Les effets consécutifs figuraux - article ; n°2 ; vol.63, pg 359-393

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L'année psychologique - Année 1963 - Volume 63 - Numéro 2 - Pages 359-393
35 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1963
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G. Bonnet
Les effets consécutifs figuraux
In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°2. pp. 359-393.
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Bonnet G. Les effets consécutifs figuraux. In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°2. pp. 359-393.
doi : 10.3406/psy.1963.27776
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1963_num_63_2_27776REVUE CRITIQUE
LES EFFETS CONSÉCUTIFS FIGURAUX
par Claude Bonnet
Une abondante littérature a été consacrée aux effets consécutifs
figuraux (EGF), dont l'existence est considérée par la plupart des
auteurs comme révélatrice de l'activité corticale.
P. McEwen (1958) présente un important travail critique sur ces
effets ; depuis sont encore parues deux revues critiques : Spitz (1958),
Day et coll. (1959) ; il faut y ajouter une revue des études japonaises
par Sagara et Oyama (1957). L'ampleur de ces travaux rend difficile
une revue exhaustive des théories et des faits qui débordent souvent
le cadre des stricts EGF ; aussi limiterons-nous notre ambition à l'étude
des facteurs les plus importants, en n'abordant les problèmes connexes
que dans la mesure où ils nous apparaîtront indispensables à la
compréhension des faits et des théories.
Afin de cerner le problème, nous proposons une définition de ces
effets, dont nous verrons ensuite les limites : on parle d'effet consécutif
figurai lorsque l'inspection prolongée d'un stimulus, qui présente en
général des caractéristiques spatiales Bien définies (figure d'inspection
ou FI) entraîne des modifications dans la perception d'un second
stimulus (figure-test ou FT) qui lui est rapidement substitué à l'intérieur
du même champ perceptif. Ces modifications prennent surtout la forme
d'un changement dans la localisation spatiale, dans la grandeur, dans
la forme mais aussi dans la couleur, la brillance... ; ces derniers phéno
mènes étant considérés par J. J. Gibson comme plus « dimensionnels »
que figuraux. Les EGF ont été étudiés dans trois modalités sensorielles :
vision, audition, kinesthésie ; cependant, les recherches les plus nomb
reuses concernent la vision de même que les théories ; aussi nous
attacherons-nous spécialement à ce domaine, signalant au passage les
études concernant les autres modalités qui confirment ou contredisent
les découvertes présentées.
Types d'effets figuraux.
Les ECF visuels. — La première observation historique a été faite
par Verhoeff (1925) ; mais on attribue classiquement la première étude
systématique à Gibson (1933). Get auteur conteste l'appellation d'EGF 360 REVUE CRITIQUE
aux phénomènes qu'il a étudiés et les nomme « effets consécutifs négatifs »
(EGN) ou adaptation (on parle aussi d'effet G) ; nous reviendrons sur
ce problème dans l'étude des théories. Imposant le port prolongé de
lunettes prismatiques qui rendent le champ visuel courbe, il constate
qu'au moment où le sujet enlève ses lunettes, le champ lui paraît avoir
une courbure inverse. Un effet analogue se manifeste après l'inspection1
d'une ligne courbe, une droite qui lui est substituée paraît avoir alors
une inverse. Gibson (1937 b), Gibson et Radner (1937) décrivent
l'effet des lignes inclinées dans lequel l'observation d'une ligne droite
présentant une légère inclinaison par rapport à la verticale, fait percevoir
FT
1 V \ N /
X
Fig. 1. — Configuration de Köhler et Wallach
Sur la carte portant FT on a rappelé la position antérieure de FI
une verticale, présentée à sa place, avec une inclinaison inverse. Bergman
et Gibson (1959) trouvent un effet semblable dans la troisième dimension.
Les études de Köhler et Wallach (1944) sont les premières à s'inté
resser à l'EGF strict. Il n'est pas dans notre propos d'exposer la soixan
taine de configurations géométriques utilisées par ces auteurs, mais
de montrer sur un exemple précis ce qu'est un BGF.
Köhler et Wallach présentent une carte portant une petite croix
(point de fixation) et un cercle (FI) pendant quelques minutes, puis,
à sa place, ils présentent une autre carte portant deux carrés symét
riques (FT) par rapport au point de fixation ; le carré supérieur pouvant
s'inscrire dans le cercle. Le carré supérieur est vu plus pâle (effet de
brillance-couleur), plus petit (effet de taille) et plus éloigné dans l'espace.
Si la figure d'inspection est un rectangle situé entre le point de fixation
et le carré supérieur, ce carré paraît s'éloigner du de
(effet de déplacement).
Les ECF kinesthésiques. — Mis en évidence par Gibson (1933),
ils ont été étudiés très systématiquement par Köhler et Dinnerstein
(1947). Ces derniers donnent par exemple au sujet une étroite bande de
carton (FI) qu'il inspecte des doigts en la tenant entre pouce et index
pendant, quelques minutes, puis ils lui présentent une bande plus large
1. Le terme d'inspection, chez Gibson, signifie que les sujets parcourent
des yeux les stimuli présentés ; chez les autres auteurs, il signifie que les
sujets gardent les yeux fixés sur un point de fixation pour des ECF visuels. BONNET. LES EFFETS CONSÉCUTIFS FIGURAIÎX SOI 0.
(FT) qu'il parcourt de la même manière. Cette seconde bande lui apparaît
alors plus large que lorsqu'il porte son jugement avant toute présenta
tion de FI.
Les ECF auditifs. — - Jones et Buntig (1949) font ajuster un son T
au plan médian par leurs sujets. Puis ils font entendre un autre son I,
situé par exemple à gauche du plan médian, pendant deux minutes ; un
nouvel ajustement au plan médian entraîne un déplacement du son T
vers l'origine de I. Deutsch (1951) observe des phénomènes analogues
en utilisant des intervalles tonaux au lieu de spatiaux.
Ajoutons que l'existence d'un point de fixation apparaît indispen
sable à la production d'un EGF visuel, ce qui constitue un critère
opérationnel de différenciation entre l'effet Gibson et l'effet Köhler.
Rappelons que Gibson demande à ses sujets de balayer du regard la
figure d'inspection alors que Köhler exige des siens qu'ils fixent le
même point pendant toute la durée de la période d'inspection (point
qui généralement ne coïncide pas avec le contour de la figure). Summer-
field et Miller (1955) ont montré qu'on ne pouvait obtenir d'EGF quand
il n'y avait pas de fixation.
LES FAITS EXPÉRIMENTAUX
I. — - Facteurs qualitatifs
Une des caractéristiques des ECF étudiés par Köhler et Wallach
est l'apparition d'une différence de brillance perçue entre la figure T
et le carré neutre, caractéristique retrouvée par Walthall (1946) et
Bevan (1951). Le premier trouve même que cette différence de brillance
dépasse en intensité celle de taille.
Ce caractère de l'ECF a amené divers auteurs à rechercher si les
brillances réelles relatives des figures T et I et du fond influent sur la
modification de la taille perçue de T. Walthall (1946) signale qu'un fond
très blanc fatigue et qu'un fond moins blanc (manille^, plus agréable,
n'entraîne pas moins d'ECF. Freeburne et Hamilton (1949) ne trouvent
pas de différence dans la fréquence d'apparition d'un ECF selon le
niveau de brillance du fond ; cependant, à niveau élevé, cette fréquence
tend à diminuer au cours de présentations successives ; à niveau faible,
elle tend à croître. Köhler (1952) pense qu'une différence moyenne de
brillance entre figure et fond est optimale, mais Fujiwara et Obonai
(1953) n'observent aucune influence d'un contraste de brillance. En
revanche, Yoshida (1953-1955), Nozawa (1953) et Pollack (1958) cons
tatent que l'ECF croît avec le contraste sans trouver la différence
optimale prévue par Köhler. E. H. Graham (1961) confirme ce résultat
dans une expérience très systématique. Day (1957) trouve que le
contraste de brillance rend un EC de mouvement plus stable.
Si on maintient le contraste constant pour I, l'ECF est plus grand
quand il y a un fort entre figure et fond pour T que quand il
il y en a un faible (Malhotra, 1960).
a. PSYcuor.. fi.'î 24 362 REVUE CRITIQUE
Köhler et Wallach pensent obtenir le même EGF en inversant les
relations de brillance entre figure et fond, ce qui est confirmé par
Hochberg (1950).
Köhler (1951, p. 240) constate un EGF lorsque la figure et le fond
diffèrent par la couleur tout en ayant la même brillance ; Hochberg
et Triebal (1955) échouent à produire des EGF par de seules différences
chromatiques. Takagi et Ishikawa (1956) trouvent un déplacement
plus grand lorsque I et T sont de même couleur que s'ils sont de couleurs
différentes. Day (1959), reprenant l'étude comparative des facteurs
brillance et couleur, pense que ces facteurs n'interviennent que dans la
mesure où ils rendent les contours plus ou moins visibles, et que les
contradictions observées dépendent du fait que l'on étudie l'effet G ou
l'effet K.
Ajoutons que si l'on maintient le contraste de brillance constant
entre les figures et leur fond et que l'on change le niveau d'éclairement,
on ne constate aucune modification dans la grandeur de l'EGF (Mar-
quart (1954), Fujiwara et Obonai (1953), Graham (1961)).
II. — Facteurs temporels
Le premier problème que nous aborderons dans cette rubrique
sera celui des modifications de la perception pendant la durée de présen
tation de la figure I. Pour Gibson (1959), ces phénomènes doivent être
distingués des EGF ; nous verrons que, à tout le moins, ils doivent
entraîner certaines précautions dans l'analyse des EGF.
Marks (1949 b), en faisant regarder pendant 4 minutes un point de
fixation situé entre deux cercles, constate que ce point se déplace, que
la brillance perçue varie périodiquement, que les cercles ont tendance
à devenir elliptiques ou polygonaux. Ces faits sont confirmés par Weitz
et Post (1948) et par Sakurabayashi (1953). Prentice et Beardslee (1950)
établissent qu'une ligne inclinée a tendance à se redresser quand elle
est présentée longtemps, ce phénomène n'est donc pas lié à une interac
tion de figures. Ikeda et Obonai (1953 b) observent qu'après une ins
pection prolongée un cercle tend à apparaître plus petit, une courbe
moins courbe, l'écartement de deux droites parallèles moins grand,
leur longueur moindre.
La durée de l'inspection, si elle a des effets propres sur la perception
de FI, entraîne des variations dans le taux de distorsion de FT. Gibson
et Radner rapportent pour l'effet des lignes inclinées que l'effet consé
cutif croît avec la durée de l'inspection pour atteindre un maximum
avec 45 s d'inspection. Hammer (1949) trouve que le déplacement de
FT est d'autant plus grand que est longue. Un
est atteint à partir de 60 s au-delà duquel le déplacement consécutif
n'augmente plus avec la durée. Les mêmes conclusions apparais
sent dans les expériences de Nozawa (1953), Obonai et Suto (1952), et
Fujiwara et Obonai (1953).
Dans le domaine des EGF kinesthésiques, Bourne et Beier (1961) BONNET. LES EFFETS CONSÉCUTIFS FIGURAUX 363 C.
trouvent un résultat analogue avec un maximum à partir de 100 s
d'inspection, Bakan et coll. (1962) confirment l'existence d'une fonction
croissante monotone entre la durée d'inspection et le taux de EGF,
sans trouver de maximum, mais chez eux, l'inspection n'excède pas 60 s.
Une autre série d'expériences, japonaises pour la plupart, arrivent
à des conclusions différentes. Elles se rapportent principalement à
l'effet « taille ». Oyama (1953), le premier, ne trouve aucune différence
dans l'EGF que l'inspection dure 1 s ou 60 s. Ses résultats sont confirmés
par Ikeda et Obonai (1953 a), Suto et Ikeda (1957), Duncan (1962).
Selon Oyama (1956 b), cette contradiction est due à la méthode employée :
la plupart des auteurs qui trouvent une relation entre durée d'inspection
et EGF utilisent une méthode d'ajustement qui nécessite plusieurs
secondes pour être réalisée ; en conséquence, ils ne mesurent pas le taux
initial d'EGF. Nous allons voir que l'argument est fondé : en effet en
présentant FI pendant une durée constante (60 s), l'EGF est à son
maximum si on le mesure dès la fin de l'inspection ; si on augmente
l'intervalle temporel entre la fin de FI et la mesure, l'ECF décroît
régulièrement pour atteindre zéro avec un intervalle de 90 s (Hammer).
Bales et Follansbee (1935) constatent cette décroissance sur l'effet
Gibson des lignes courbes (cf. p. 371), mais n'obtiennent pas une annul
ation de l'EGF.
Krauskopf (1954 a) sur l'EGF auditif, Bakan et coll. (1962), Bourne
et coll. (1963) sur l'EGF kinesthésique et Duncan (1962) en visuel
retrouvent les résultats de Hammer.
Ikeda et Obonai (1953 à), reprenant systématiquement une expé
rience d'Oyoma (1953), proposent une formulation mathématique de
prévision du taux de décroissance de l'EGF en fonction de la durée
d'inspection. Ils appellent A le taux d'EGF au moment considéré,
Aft le taux initial d'EGF au moment de la disparition de FI (c'est une
constante pratiquement indépendante de la durée de l'inspection),
e la base des logarithmes naturels, k le taux de diminution et t le temps
écoulé depuis l'inspection. Ils posent alors : A = Aoe~kt. Mueller (1949)
avait proposé une formule voisine à partir des résultats de Hammer,
dans laquelle k garde une valeur constante, alors que Ao varie en fonction
du temps d'inspection.
Il faut souligner la nécessité de réduire à zéro l'intervalle temporel
séparant les figures I et T ; Oyama (1956 b) a en effet montré qu'une
décroissance de l'EGF intervient en fonction de l'allongement de ce
temps ; ce facteur explique lui aussi les contradictions mentionnées, car
les expérimentateurs ont généralement utilisé une présentation manuelle
qui introduit un délai. Ce fait est aussi souligné par Hammer (1949).
Constatant que le taux de décroissance est proportionnel à la racine
carrée de la durée de l'inspection, Taylor (1962 a) établit une formule
similaire où il précise la valeur de k :
Et= Eoexp. (— 1 3fi4 REVIJF, CRITIQUE
où E; est le déplacement t secondes après la fin de la période I ; I la
durée de cette période ; b une constante arbitraire ; Eo le déplacement
pour t — 0. En analysant les résultats japonais, il met en évidence que
la durée de l'inspection n'a d'influence sur la valeur initiale de l'EGF
que dans une marge inférieure à 100 ms ; au-delà, l'EGF initial ne varie
plus, quelle que soit la longueur de l'inspection. Il semble que les courbes
de décroissance de l'EGF au cours de la période test soient bien des
exponentielles pour les inspections courtes ; pour les inspections plus
longues on constaterait deux phases, la seconde ayant une constante
de temps plus élevé (Taylor, 1963).
De nombreux travaux mentionnent un EGF que nous qualifierons
de résiduel pour des intervalles temporels excédant largement ceux que
l'on pourrait prévoir à partir des résultats précédents. Vernon (1934),
pour une inspection de 10 minutes, trouve un ECF après 5 minutes ;.
Gibson (1933), Gibson et Radner concluent à plus de persistance encore ;
les mêmes résultats sont signalés par Köhler et Wallach, Köhler et
Dinnerstein, Köhler et Fishback Duncan (1956), Wertheimer et Leven-
thal (1958), Gardner (1961) ; cependant Duncan ne retrouve pas en 1958
les mêmes résultats qu'en 1956.
Il convient de distinguer dans ces expériences deux phénomènes :
une persistance propre telle que l'effet de FI sur FT se manifeste encore
après 24 heures par exemple et un effet de résistance à la disparition.
Ce dernier est bien démontré en kinesthésie (Gardner, Wertheimer et
Leventhal par exemple) ; Heineman (1961) montre cependant qu'il
faut prendre certaines précautions dans le choix des indices pour le
mettre en évidence.
Les données relatives à l'effet K montrent qu'une forte persistance
s'observe surtout dans le domaine kinesthésique, dans lequel Bakan
et Thomson (1962 b) le comparent à la rétention d'une acquisition.
Dans le domaine visuel cette persistance n'excéderait pas deux minutes
pour Sagara et Oyama (1957).
Vu l'hétérogénéité des résultats publiés — de 2 minutes à 24 heures
selon les auteurs — on peut se demander si la modification perceptive
observée après un délai prolongé peut encore être attribuée à une
persistance de l'EGF ou relève d'autres facteurs.
Bien que nous ayons déclaré restreindre notre étude aux EGF,
nous sommes entraînés à parler des illusions optico-géométriques, car
les théories y font fréquemment appel. Il y aurait pour de nombreux
auteurs une étroite parenté entre les deux phénomènes en raison de leur
origine commune. Köhler et Wallach, Köhler et Fishback tentent de
montrer que le même processus (la saturation) les explique. Les Japonais
(Obonai) prennent le même parti en les expliquant par l'induction
rétinienne. Reportons la discussion théorique à plus tard pour exposer
quelques recherches sur ce problème. Les expériences les plus syst
ématiques sont dues à Ikeda et Obonai (1955 a et b). Ils s'intéressent à
l'illusion des cercles concentriques : soit deux cercles (FT) de diamètres BONNET. — - LES EFFETS CONSÉCUTIFS FIGURAUX 365 C.
égaux situés symétriquement par rapport à un point de fixation et
un cercle (FI) ayant même centre que le cercle T de gauche, mais un
diamètre plus grand. Si on présente ces deux figures simultanément,
le cercle T de gauche paraît plus grand que celui de droite (illusion)
quand on les présente successivement, le cercle T de gauche paraît plus
petit (EGF)1. Ikeda et Obonai maintiennent constante la durée de
présentation de I et de T, mais font varier l'intervalle temporel entre
l'apparition de I et celle de T, de la simultanéité (I et T apparaissent
ensemble) à la succession (T apparaît quand I a disparu). Ils constatent
un passage continu de l'illusion à l'EGF en fonction de l'allongement
de cet intervalle temporel, l'EGF se produisant dès que le sujet perçoit
un décalage entre l'apparition de I et celle de T (seuil du successif).
Ikuta (1956, 1960), Suto (1961) confirment que l'apparition simultanée
ou successive de I et T entraînent des phénomènes inverses, le passage
de l'un à l'autre étant continu.
On peut donc admettre une parenté, sinon une identité, entre
EGF et illusions optico-géométriques dont la différence ne proviendrait
que du mode de présentation simultanée ou successive des deux parties
d'une figure. Obonai et Suzumura (1954) ont pu trouver le même passage
graduel entre l'effet tau et l'effet K.
Signalons encore dans ces facteurs temporels une recherche de
Nozawa (1955), qui produit des EGF avec une présentation intermittente
de I, la grandeur de l'effet étant plus importante que pour une présen
tation continue.
III. — Les facteurs spatiaux
1) V effet de déplacement et le paradoxe de distance. — Köhler et
Wallach ont montré que, en partant de la surimposition, si I et T sont
de plus en plus distants, la grandeur du déplacement perçu sur T (EGF)
augmente, atteint un maximum puis décroît ; ils donnent le nom de
« paradoxe de distance » à ce phénomène. En cas de surimposition des
2 figures, ils ne trouvent pas de déplacement de T, qui apparaît pourtant
plus pâle, plus petit, plus éloigné dans l'espace. En utilisant deux rec
tangles noirs, pleins, situés de part et d'autre du point de fixation et
décalés symétriquement par rapport à l'horizontale comme FI et deux
points alignés sur l'horizontale de part et d'autre du point de fixation
comme FT, Fox (1951) vérifie le paradoxe de distance et retrouve à
peu près le même écart optimal. Cependant il constate que si les points T
tombent sur le contour du rectangle I, les sujets perçoivent un dépla
cement de ces points, ce qui est contraire aux prédictions de Köhler
et Wallach. Si les points T sont à l'extérieur ou à l'intérieur du rectangle,
ils se déplacent dans le même sens ; pour Köhler et Wallach, FT paraît
toujours s'éloigner du contour de FI et donc si elle est intérieure à FI
1. Quand le diamètre de I est inférieur à celui de T, les effets sont de sens
opposé : T est sous-estimé dans l'illusion, surestimé en ECF. REVUE CRITIQUE 366
paraîtra se rapprocher du centre. Fox met en évidence une attraction
de T par les bords de I. Smith (1954) rapporte un phénomène analogue
qui serait à classer dans les effets G trouvés par Gibson (1933), Prentice
et Beardslee (1950) et que l'on pourrait décrire en termes d'ajustement
à une norme. En utilisant une configuration asymétrique (une seule
FI), Fox trouve alors des résultats conformes à ceux de Köhler et
Wallach.
Pour résumer quelques sur le paradoxe de distance en
visuel, présentons les résultats de 13 expériences dans un tableau
repris de Sagara et Oyama (1957) :
Déplacement Distance I-T maximum Expérimentateur
Linéaire Angulaire Linéaire Angulaire
8' 2,8' 2,2 mm 0,6 cm Köhler-Wallach, 1944 22' 2,2' 1,3 - 1,3 — Fox, 1951 52' 8,6' 1,5 - 2,5 — Morinaga, 1955 50' 3,5' 3,0 — Ovama, 1956 a : exp. 1, 2 .. 1 à 4,5 cm 10 à 7,3' 0,5° à 3° — — 3, 4 .. 0,5 à 3 - 1,3 — 5,7' 0,75 à 3 - 0,5" à 2° 1,3 — 29' 2,7' 1,4 — 1,5 cm Ikuta, 1956 5,6' 0,5 à 1 - 0,5° à 1° 1,0 — Oyama, : exp. 6 3,0' 9 — — 7 0,7 — ? 11' 9 9 3 ? Yoshida, 1953 25' 0,5° à 2° 9,3 — Kogiso, 1956 1 à 4 cm ? 26' 2,9' 1,1 — 1 cm Nakai (non publié)
Köhler et Emery (1947) retrouvent le paradoxe de distance pour
des EGF dans la troisième dimension. Nachmias (1953) ne le met pas
en évidence dans un EGF kinesthésique, mais il semble que la série des
valeurs qu'il utilise ne soit pas assez étendue, car Köhler et Dinnerstein
l'avaient constaté. Jones et Bressler (1949), Krauskopf (1954 b), Taylor
(1962 b) le voient se manifester dans les EGF auditifs.
Le paradoxe de distance est décrit par Walthall (1949) en termes
de « force du champ ». Mesurant la grandeur apparente de cercles-tests,
il constate que la modification de cette grandeur varie selon la distance
spatiale entre FI et FT. Lorsque FT est très proche de FI, sa taille
varie peu ; plus elle s'éloigne, plus sa taille varie jusqu'à un optimum
de distance au-delà duquel la variation redevient moindre. Le paradoxe
de s'applique donc aussi bien à l'effet taille qu'à l'effet dépla
cement. Bevan (1951), en étudiant cette force du champ au moyen du
seuil absolu de perception d'un point noir (FT), trouve cependant que ce s'abaisse d'autant plus que l'on s'éloigne du contour FI, sans
présenter d'optimum; Nozawa (1956-1958), en utilisant comme figure-
test un point lumineux dont on mesure le seuil de disparition, retrouve
le paradoxe. Il établit que ce seuil est plus élevé après la présentation
de FI qu'avant. En présentant des courbes comme FI, il trouve un
seuil plus élevé pour un point T situé à l'intérieur d'une courbe, que BONNET. LES EFFETS CONSÉCUTIFS FIGURAUX 367 C.
près d'une droite, d'où un déplacement plus grand, et un seuil abaissé
à l'extérieur de la courbe. A un seuil élevé correspond une répulsion,
à un seuil bas une attraction. Ces résultats sont confirmés par Yoshida
(1953) et Kogiso (1956), qui utilisent comme FT des points noirs dont
ils mesurent le déplacement ; ils constatent parfois une attraction de T
vers I en contradiction avec les hypothèses de Köhler et Wallach.
Les contradictions dans le sens du déplacement pourraient relever
de la différence entre l'effet G et l'effet K et donc ne préjugent en rien
de la généralité du paradoxe. Il s'applique autant au déplacement qu'à
l'effet taille, c'est-à-dire aux deux effets caractéristiques de l'EGF.
Une formulation mathématique en a été donnée (Taylor, 1962 a),
que nous étudierons ultérieurement, car elle ne s'applique qu'aux cas
où les figures sont réduites à leur plus simple expression. Pour les figures
plus complexes, cercles, carrés, on peut se demander quel est le para
mètre déterminant. En considérant le tableau donné précédemment,
on ne peut manquer de remarquer une plus grande homogénéité des
déplacements linéaires, est-ce à dire que les distances ou les grandeurs
interviendraient en fonction de leurs caractéristiques objectives plutôt
que de leur valeur projective ?
2) Grandeur « apparente m1 et grandeur rétinienne. — Prentice (1947)
cherche à établir si l'EGF est fonction de la grandeur objective ou de la
grandeur angulaire (ou rétinienne) de la figure test. La grandeur rét
inienne étant fonction de la distance entre l'objet et l'observateur, on
pourrait appliquer aux EGF la loi d'Emmert définie pour les images
consécutives : la grandeur de l'image consécutive varie approximati
vement de manière linéaire avec la distance sujet-objet. Dans la pre
mière expérience de Prentice, il n'y a pas de différence dans les EGF,
que FT soit à 2 m ou à 6 m du sujet, I restant à 2 m ; retrouvant ce
résultat dans une seconde expérience, l'auteur conclut que la grandeur
réelle plus que la grandeur rétinienne détermine le taux d'EGF. En
effet, la distance des contours I-T augmente quand T passe de 2 à 6 m ;
on devrait donc attendre une variation de l'EGF si le paradoxe de la
distance s'appliquait aux grandeurs rétiniennes. Day et Logan (1961)
reprochent à Prentice de ne pas avoir modifié la distance des figures T
au point de fixation, qui ne reste pas angulairement constante ; cette
distance interviendrait donc en tant que grandeur réelle ; la position
apparente serait aussi déterminante de l'EGF, conclusion qui devrait
être tirée des résultats de Prentice.
En 1950, Prentice fait une expérience basée sur une étude non
publiée de Thouless : le principe consiste à prédire un ECF de sens
différent selon que les grandeurs rétiniennes ou objectives interviennent.
1. Les auteurs anglo-saxons utilisent le terme de grandeur apparente.
On ne sait pas toujours s'ils désignent par là la grandeur perçue ou la grandeur
telle qu'elle peut être objectivement mesurée.

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