Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle - article ; n°1 ; vol.30, pg 187-218

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1975 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 187-218
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Claude Delasselle
Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 30e année, N. 1, 1975. pp. 187-218.
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Delasselle Claude. Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 30e
année, N. 1, 1975. pp. 187-218.
doi : 10.3406/ahess.1975.293598
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1975_num_30_1_293598DOMAINES DE HISTOIRE LES
LES ENFANTS ABANDONNES PARIS AU XVIIIe SI CLE
histoire juridique institutionnelle et administrative de Hôpital des En
fants-Trouvés de Paris depuis sa création en 1670 la Révolution déjà
été faite et il ne peut être question ici de résumer les travaux essentiels parus sur
ce sujet Par contre si le dévouement inépuisable des Dames de la Charité et
des administrateurs si les difficultés matérielles énormes dans lesquelles ils se
sont débattus devant le flot sans cesse montant des enfants secourir sont bien
connus maintenant nous savons encore bien peu de choses sur les enfants aban
donnés eux-mêmes On sait ce ils sont devenus après avoir été recueillis
hôpital on ignore plus rien des efforts qui ont été déployés pour leur assurer
survie nourriture et éducation ni de la terrifiante mortalité qui les frappait et
faisait du service des Enfants-Trouvés un gouffre où disparaissait rapidement la
plus grande partie des enfants recueillis Mais on ne savait pas au xvine siècle et
on ne sait toujours pas avec précision où venaient ces enfants ni de quels
milieux sociaux ils étaient issus ni pourquoi enfin ils étaient si nombreux se
voir rejetés par leurs parents
étude présente pour but essayer de combler en partie cette lacune et
en recherchant par un sondage statistique effectué sur deux années de la
période étudiée 1772 et 1778) des renseignements sur identité de ces enfants
de tenter expliquer la progression de abandon au cours du dernier siècle de
Ancien Régime
Cependant avant aborder cette étude il est nécessaire de rappeler
rapidement quelques éléments indispensables la compréhension du problème
Il faut remarquer tout abord que expression enfants trouvés est main
tenue tout au long du siècle alors même que les modalités réelles de abandon
se modifiaient complètement En effet la fin du xvne et au début du
xvnie siècle la quasi-totalité des enfants admis Hôpital des Enfants-Trouvés
est formée effectivement enfants réellement trouvés est-à-dire enfants qui
ont été déposés dans la rue généralement de nuit sous le porche des églises sur
le pas de porte des commer ants ou des chirurgiens-accoucheurs et qui ont été
recueillis au matin il agit donc de exposition enfants seul mode abandon
pratiqué alors
187 DOMAINES DE HISTOIRE LES
est au cours du xvme siècle que ce type abandon va peu peu se
raréfier pour faire place de nouvelles formes tandis que les abandons se
multiplient Vers 1770-1780 si Hôpital des Enfants-Trouvés re oit encore les
rares enfants exposés dans les rues de Paris la majeure partie des enfants qui
sont admis sont soit des enfants nés et apportés directement de leur lieu
de naissance hospice par une sage-femme une nourrice ou bien les parents
eux-mêmes) soit des enfants nés Hôtel-Dieu de Paris soit enfin des enfants
amenés de province par des transporteurs spécialisés dans ce trafic Il nous sem
ble alors préférable pour éviter les confusions possibles employer expression
plus générale enfants abandonnés2 pour désigner ensemble de cette
population
Que deviennent ces enfants une fois recueillis Les enfants en bas âge non
sevrés de beaucoup les plus nombreux sont envoyés la Maison de la Couche
située rue Neuve Notre-Dame côte de Hôtel-Dieu face la cathédrale
Notre-Dame Là ils sont allaités par des nourrices sédentaires en attendant être
pris en charge par des nourrices venues de province et qui vont retourner
immédiatement leur domicile avec le nourrisson qui leur été confié Les en
fants plus âgés plus un an sont envoyés soit dans un établissement dépendant
de Hôpital des Enfants-Trouvés la maison du Faubourg Saint-Antoine soit
dans les hôpitaux de la Pitié et de la Salpêtrière soit enfin directement placés
la campagne
Ces données de base rapidement rappelées observons maintenant le
mouvement des admissions Hôpital des Enfants-Trouvés tout au long de la
période 1670-1791 La courbe des admissions graphique révèle une
progression assez constante entre les années 1670 et 1772 suivie une baisse
irrégulière de 1773 1791 En étudiant cette courbe de fa on plus détaillée on
constate que la progression de la période 1670 1772 est loin être par
faitement régulière une hausse rapide des abandons de 1670 1700 per
turbée par une poussée extraordinaire en 1693-1694 correspondant une des
plus violentes crises de Ancien Régime succède une certaine stagnation des ad
missions entre 1700 et 1721 aux environs de 1700 admissions par an environ
passagèrement bousculée par une nouvelle poussée exceptionnelle lors de la
crise de 1709 cette accalmie succède alors partir de 1721 une hausse qui va
accélérant régulièrement et culmine en 1772 avec le chiffre record pour tout le
xvine siècle de 7676 admissions en un an Deux chutes brutales en 1773 et en
1779 cassent ce mouvement ascensionnel et le nombre des abandons se stabilise
un peu entre 1780 et 1790 aux alentours de 5800 enfants admis par année
avant de baisser nouveau en 1791
Au total augmentation des admissions est une ampleur tout fait
remarquable puisque le nombre des enfants admis passe de 312 pour année
1670 7676 en 1772 est-à-dire environ 25 fois plus Pour ensemble de la
période étudiée augmentation exacte est de 563 entre la moyenne de la 1670 1689 et celle de la période 1780-1790 accroissement
considérable de la charge supportée par Hôpital et qui est la base de toutes les
graves difficultés éprouvées par administration des Enfants-Trouvés au cours
du siècle Si après 1772 la charge est un peu allégée elle est restée néanmoins
trois quatre fois plus lourde que dans les vingt premières années du siècle
On pourrait donc conclure la seule lecture de cette courbe que abandon
est développé de fa on considérable Paris au cours de la période 1670-1791
188 DELASSELLE ABANDONS ENFANTS PARIS AU XVIIIe SI CLE
et passer immédiatement la recherche des causes de ce phénomène surprenant
Il serait cependant bien imprudent de supposer priori que le nombre des
enfants admis Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris coïncide exactement
avec celui des enfants abandonnés donc de se fier la courbe des admissions
pour évaluer ampleur de abandon Paris au xvine siècle La réalité est
beaucoup plus complexe du fait des origines très diverses de ces enfants et des
modalités fort variables au cours du siècle de leur abandon
Nous avons déjà noté que au moins dès le milieu du xvine siècle une partie
des enfants recueillis Paris était pas née mais avait été apportée de la
province ou même de étranger5
1670 80 90 1700 10 20 30 40 50 60 70 80 90
GRAPH Nombre enfants admis la couche de Paris de 1670 1790
De 1772 1778 leur nombre varie de fa on importante tombant après le
maximum de 3071 enfants apportés de province en 1772 1753 admissions
dès année suivante puis remontant lentement pour se maintenir entre 000 et
500 admissions annuelles En pourcentage le nombre des enfants venant de
province ou de étranger varie entre 40 et 30 pendant cette même
période
Nous avons déjà remarqué effondrement brutal du nombre des admissions
en 1773 et nouveau en 1779 il explique par la promulgation de deux arrêts
royaux interdisant le transport enfants abandonnés Paris Cependant selon
Desbois de Rochefort8 le nombre des enfants apportés de province et de
étranger reste au moins de 200 par an après 1779 ce qui permettrait at
tribuer aux seuls enfants de Paris une quantité assez constante environ 500
189 DOMAINES DE HISTOIRE LES
CARTE Nombre enfants trouvés envoyés Paris en 1778 par diocèse par
ville les villes ayant envoyé moins de enfants ne sont pas représentées)
190 ABANDONS ENFANTS PARIS AU XVIIIe SI CLE DELASSELLE
par an dans la période 1780-1790 Or ceci correspond aux chiffres relevés pour
la période 1772-1778 entre 000 et 600 par an On peut donc avancer que le
nombre des enfants abandonnés Paris même est resté peu près stable entre
1770 et 1790 aux alentours de 4500 par an
étude des procès-verbaux admissions de année 1778 permis de dresser
une carte montrant la provenance géographique des enfants de province et de
étranger carte et tableau Ces documents montrent que on apporte des
enfants abandonnés Paris depuis des régions fort lointaines si on met
part9 les cas enfants apportés depuis des villes étrangères Bruxelles La Haye
Londres Liège surtout 10 et de villes fran aises très éloignées de Paris Lyon
Périgueux) il reste que le périmètre de recrutement des enfants abandonnés
Paris est très vaste Il étend tout le Bassin Parisien et le déborde même
largement parfois Alsace Lorraine Franche-Comté Bretagne Les régions où
provient le plus grand nombre enfants abandonnés sont bien sûr le diocèse de
Paris puis la Picardie la Champagne la Bourgogne la Normandie et les régions
du Nord Mais il est guère de régions du Bassin Parisien qui envoient en
fants abandonnés Paris
TABLEAU
Enfants trouvés apportés de province et de étranger en 1778
Ville Hôtel-Dieu Diocèse Généralité
Paris 207 30
Troyes 84 10
Amiens 40 61
Chartres 19 58
Soissons 10 53
Cambrai 19 43
Rouen 15 46
Liège 13 47
Reims 26 10 23
Beauvais 42
Arras 27 22
Noy on 47
Sens 13 27
Laon 12 32
Lisieux 39
Auxerre 30
vreux 30
Meaux 29
Boulogne 29
Autun 25
Metz 16 14
ngres 12 13
Chalon-sur-Saône 10 12
Orléans 10 12
Senlis 17
Châlons-sur-Marne 14
191 LES DOMAINES DE HISTOIRE
Ville Hôtel-Dieu Diocèse Généralité
Saint-Omer 15
Le Mans 13
Rennes
Besan on 10
Bayeux
Strasbourg
Sees
Saint-Malo
Toul
Bale
Nancy
Tours
Versailles 120
Dijon 40 36
Valenciennes 45
Douai 30
Calais 18
Sedan 18
Caen 15
Provins 15
Abbevüle 14
Vendôme 13
Givet-Saint-Hilaire 11
Colmar
Maubeuge
Lüle
Béthune
Laval
Moins de enfants envoyés Paris Blois Bruxelles Lyon La Haye
Londres Belfort Vesoul Amboise Lens La Flèche Périgueux etc
Cependant ceci ne doit pas faire illusion la localisation géographique telle
elle ressort de cette carte risque être trompeuse En effet ce est pas
abandon en province que les procès-verbaux permettent de connaître mais le
transport Paris un certain nombre enfants abandonnés en province ce qui
est pas du tout la même chose Ainsi on constate que certains hôpitaux de
province refusent avant 1779) accepter les enfants abandonnés et les font
systématiquement envoyer sur Paris ou bien pratiquent envoi groupé enfants
exposés ils avaient recueillis pendant un certain temps et dont ils se
débarrassent par la suite En 1772 par exemple on enregistre des envois massifs
enfants par les hôpitaux de Troyes Thiers Auxerre Caen et Metz en 1778
les hôpitaux de Troyes Auxerre Vendôme Orléans Rouen et Sens sont les
principaux points de départ de ces convois enfants souvent assez âgés de
10 ans parfois davantage)
autre part les seigneurs haut-justiciers qui sont tenus en principe de pren
dre leur charge et de pourvoir entretien des enfants trouvés sur leur
territoire 11 cherchent en général se débarrasser par tous les moyens de ces en-
192 DELASSELLE ABANDONS ENFANTS PARIS AU XVIIIe SI CLE
fants en les faisant porter sur le territoire voisin ou hôpital le plus proche 12
ou surtout en les confiant des voituriers pour les transporter Paris
arrivée enfants abandonnés provinciaux Paris dépend donc de at
titude de chaque établissement hospitalier de celle des seigneurs haut-justiciers
et surtout de activité des meneurs 13 et voituriers de leurs itinéraires de la
fréquence de leurs voyages Si aucun enfant ne provient de la région nivernaise
pendant les deux années étudiées cela ne veut pas dire que la prospérité et la
vertu régnent dans cette contrée mais sans doute aucun meneur en assure
le service ou bien que les hôpitaux de cette région remplissent convenablement
leur fonction
Surtout la mortalité énorme des enfants pendant leur voyage vers la capitale
varie sans nul doute en fonction de la durée du voyage ce qui amène penser
un nombre égal enfants arrivés vivants Paris les uns venant une région
proche de la capitale Beauvaisis par exemple) les autres de Bourgogne ou
Alsace indiquerait que le nombre enfants envoyés par la province la plus
lointaine est supérieur celui de la région la plus proche Mais il faudrait aussi
connaître avec précision les moyens de transport utilisés la durée réelle du
voyage et non seulement la distance parcourue) époque du transport rôle des
intempéries de la chaleur etc.) le soin enfin accordé par chaque meneur son
fardeau facteurs impossibles évaluer dans leur totalité Il reste cependant très
probable que les enfants abandonnés des régions les plus éloignées de Paris se
trouvent sous-représentés par rapport ceux des régions voisines de la capitale
Impossible donc de se servir de ces chiffres enfants provinciaux comme in
dices de la misère ou de la dépravation de telle ou telle province Le phénomène
prouve seulement que abandon est très fréquent en également et
témoigne de la saturation du mauvais fonctionnement ou de incurie des
hôpitaux de province ainsi que de attrait exercé par établissement de Paris
sur les provinciaux soit désireux de confier leurs enfants un établissement
excellente réputation soit au contraire soucieux éloigner le plus possible et
de voir noyée dans une masse anonyme une progéniture embarrassante
Ce qui frappe surtout imagination est cette organisation du transport
enfants vers Paris Les témoignages sur cette pratique ne sont pas très abon
dants Rappelons le plus célèbre celui de Louis-Sébastien Mercier 14 est un
homme qui apporte sur son dos les enfants nouveau-nés dans une boîte
matelassée qui peut en contenir trois Ils sont debout dans leur maillot respirant
air par en haut homme ne arrête que pour prendre ses repas et leur faire
sucer un peu de lait Quand il ouvre sa boîte il en trouve souvent un de mort il
achève le voyage avec les deux autres impatient de se débarrasser du dépôt
Quand il déposé hôpital il repart sur le champ pour recommencer le
même emploi qui est son gagne-pain
II est bien évident que dans ces conditions la mortalité de ces enfants trans
portés sur parfois plus de 400 km dos homme était énorme Selon Desbois
de Rochefort 15 près des neuf dixièmes périssent avant âge de trois mois
Ce chiffre ne semble pas exagéré compte tenu de la longueur des voyages 16 de
la protection précaire contre les intempéries de âge des enfants compte tenu
également du fait que les transporteurs ne peuvent nourrir correctement les en
fants qui leur sont confiés enfin du peu intérêt des transporteurs la survie
des enfants Il est très probable en effet que les parents payaient au départ 17 et
le prix est le même pour le voiturier que enfant arrive vivant au dépôt ou
193 DOMAINES DE HISTOIRE LES
il meure en chemin 18 Il importait sans doute peu au transporteur arriver
Paris avec des enfants en vie au contraire même puisque cela pouvait lui
permettre de refaire provision enfants au long de sa route vers Paris Mercier
affirme que presque tous les on transporte de Lorraine par Vitry
périssent dans cette ville 19 De Vitry Paris on peut supposer que le voiturier
peu soucieux de voyager vide ou de ne porter un ou deux survivants cher
chait compléter son chargement Son bénéfice est proportionnel la mort
rapide des enfants sans la moindre possibilité de contrôle Sans aller
supposer que les transporteurs aient été tenté de supprimer les enfants qui leur
avaient été remis 20 on peut penser que leurs soins envers eux étaient plus que
réduits Mercier parle du défaut de la nourriture et Desbois de Rochefort
confirme que les transporteurs sont souvent négligents et ne nourrissent pas les
enfants ou bien leur donnent du vin Il faut dire aussi que ces transporteurs
auraient eu bien du mal nourrir convenablement les enfants une époque où
les techniques de allaitement artificiel sont plus que rudimentaires éponges im
bibées de lait sucées par enfant et la plus grande attention de leur part aurait
pu protéger efficacement les enfants du froid de la pluie ou de la chaleur ni de
la durée et de inconfort du voyage
Au bout du compte peut-on évaluer même très approximativement la
mortalité des enfants pendant leur voyage de la province vers Paris Si on
reprend la proportion de 9/10 enfants morts pendant le voyage et dans les
trois premiers mois suivant leur admission et connaissant le nombre enfants
de province morts pendant les trois premiers mois après leur entrée la Couche
cf Tenon cité plus haut) on peut hasarder hypothèse que dans la période
1773-1777 le nombre des enfants pris en charge par les meneurs en province
élevait 000 environ par an alors que le nombre des enfants de ad
mis varie pour la même période entre 1750 et 2500 par an Cet usage de faire
envoyer des enfants abandonnés en province vers Paris donc encore beaucoup
plus ampleur que les chiffres de hôpital ne le laisseraient supposer
Malgré son interdiction en 1773 et 1779 et les sanctions qui menacent les
voituriers 21 ce trafic ne disparaît pas complètement les voituriers modifiant
leurs itinéraires pour échapper aux contrôles Cependant on constate tout de
même il diminue sensiblement après 1779 les contrôles sont sans doute
assez efficaces et surtout il semble que les hôpitaux de province aient la fois
re des instructions pour limiter au maximum leurs envois vers Paris 22 et des
subsides du gouvernement pour faire face entretien des enfants re us
Après avoir ainsi étudié rapidement apport provincial revenons aux seuls
enfants nés et abandonnés Paris Nous avons déjà remarqué que parmi ces en
fants il fallait distinguer au moins dans la seconde moitié du me siècle trois
catégories les enfants apportés depuis Hôtel-Dieu de Paris ceux qui ont été
exposés dans les rues et levés par un commissaire enfin ceux qui ont été ap
portés directement la Couche
étude des procès-verbaux admission des années 1772 et 1778 ainsi que
les chiffres fournis par Tenon donnent les pourcentages suivants pour la
période 1772-1778 les enfants de Hôtel-Dieu forment environ 20 du total
des enfants et 30 des seuls enfants abandonnés Paris Les enfants exposés
sont peu nombreux cette époque de 96 des enfants abandonnés Paris
Le reste 65 environ est formé par la troisième catégorie
Les enfants de Hôtel-Dieu forment une masse compacte assez
194 DELASSELLE ABANDONS ENFANTS PARIS AU XVIIIe SI CLE
décourageante pour le chercheur car les procès-verbaux admission et les
billets joints de ces enfants ne portent comme renseignements que le sexe et
âge approximatif ainsi que le nom de la mère et le prénom de enfant Im
possible de localiser le domicile de la mère de savoir si enfant est légitime ou
non etc Les causes mêmes de abandon sont multiples sont apportés la
Couche des enfants dont la mère est morte Hôtel-Dieu après son ac
couchement ou les enfants abandonnés par leur mère hospitalisée Hôtel-
Dieu pour accouchement ou pour maladie) ou encore des enfants malades
placés Hôtel-Dieu et transférés Hôpital des Enfants-Trouvés 23 Il est très
curieux de constater 24 que 87 des enfants nés Hôtel-Dieu chaque année
sont placés aux Enfants-Trouvés comment expliquer ce pourcentage Il est
vrai que la mortalité fait des ravages effrayants aussi bien sur les nouveau-nés
que sur les accouchées 25 Mais il faut peut-être aussi imaginer que Hôtel-Dieu
constitue une sorte asile pour filles fautives que sa proximité avec la
Couche facilite abandon et il est probable que Hôtel-Dieu recueille nombre de
filles-mères venues exprès de province dans le but accoucher et aban
donner leur enfant Notons tout de suite ailleurs que ce sont de loin les enfants
de Hôtel-Dieu qui fournissent le plus fort tribut la mort 83 meurent dans
le premier mois après leur naissance peine survivent âge de ans
contre 17 96 pour les autres catégories enfants abandonnés et un nombre
vraiment très faible de ces enfants dû parvenir âge adulte
Heureusement nous aurons plus de chance avec le reste des enfants aban
donnés parisiens Les procès-verbaux sont souvent beaucoup plus détaillés et
permettent une étude beaucoup plus complète Bornons-nous pour le moment
étudier la géographie parisienne de abandon pour un certain nombre en
fants extrait baptismal joint indique le nom et le domicile des parents 26 On
pu ainsi dresser une carte27 ou on représenté le nombre enfants aban
donnés par paroisse pour année 1778
On voit que les paroisses les plus étendues fournissent le plus grand nom
bre enfants abandonnés Ce sont les très vastes paroisses de Saint-Eustache
no 8) Saint-Sulpice no 30) Sainte-Marguerite no 32) Saint-Laurent no 16 et
moins vaste cependant Saint-Nicolas-des-Champs no 22 qui emportent pour
la plupart paroisses assez périphériques Les petites paroisses du vieux centre de
Paris la Cité le quartier des Halles fournissent un nombre réduit enfants
abandonnés exception toutefois de la paroisse Saint-Séverin no 29)
Mais ceci ne représente une approche bien sommaire et essentiel ne
peut être que de comparer le nombre des enfants abandonnés avec la population
de chaque paroisse On obtient alors28 une carte aspect sensiblement
différent les paroisses du vieux centre de Paris présentent un pourcentage élevé
enfants abandonnés par rapport leur population en particulier les paroisses
Saint-Jean-en-Grève no 14) Sainte-Marie-Madeleine-en-la-Cité no 31) Saint-
Séverin no 29) Saint-Jacques-de-la-Boucherie no 12 et Saint-Merry no 21)
formant ainsi une bande sombre sur la carte le long de axe Nord-Sud de Paris
Remarquons que toutes ces paroisses se trouvent peu de distance de la
Couche ce qui peut être considéré comme un facteur incitation abandon
Mais on trouve aussi un pourcentage élevé dans la vaste paroisse Saint-
Eustache déjà un peu plus éloignée Puis le pourcentage affaiblit mesure que
on éloigne de la Cité On note une très faible prédominance des quartiers
ouest sur les quartiers est de la capitale mais les paroisses de extrême
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