Les formes de la vie conjugale des jeunes couples «âgés» - article ; n°4 ; vol.51, pg 897-927

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Population - Année 1996 - Volume 51 - Numéro 4 - Pages 897-927
Caradec (Vincent).- Les formes de la vie conjugale des «jeunes» couples «âgés» Cet article cherche à mettre en évidence la diversité des formes conjugales adoptées par les couples qui se forment entre partenaires âgés de plus de 50 ans. Quatre formes ont pu être distinguées à partir d'un corpus d'entretiens semi-directifs réalisés auprès de soixante couples : vie en couple marié ; cohabitation simple ; cohabitation intermittente et cohabitation alternée. L'article s'efforce ensuite de dégager les logiques qui ont présidé au choix de ces formes conjugales et d'étudier les possibles évolutions. Il apparaît qu'au-delà d'un effet de « contagion intergénérationnelle » qui rend moins illégitime parmi les personnes « âgées » une union non sanctionnée par le mariage, ces diverses formes conjugales constituent des réponses aux problèmes spécifiques auxquels ces conjoints sont confrontés : présence de grands enfants et de petits-enfants avec qui l'on souhaite poursuivre de bonnes relations; possession d'un patrimoine, et en particulier d'une maison à laquelle certains sont particulièrement attachés ; existence d'un passé conjugal qu'il ne s'agit pas d'oublier ou de renier.
Caradec (Vincent). -Forms of Conjugal Life among the «Young Elderly» In this paper we demonstrate the diversity of conjugal lifestyles of couples in which the partners are more than 50 years old. Four different forms were identified, based on interviews with 60 couples : living in marriage, cohabitation outside marriage, intermittent cohabitation, and alternating cohabitation. An attempt is made to identify some of the factors which determined the choice of a particular lifestyle and to consider possible future developments. It would appear that different conjugal arrangements are linked with the specific problems that these couples must face : the presence of adult children and grandchildren with whom the elderly wish to keep on good terms, ownership of property especially houses to which the elderly are particularly attached, and the existence of past attachments which must neither be forgotten nor disowned.
Caradec (Vincent). - Los modos de vida conyugal de las «jóvenes» parejas «de edad » Este artículo prétende mostrar la diversidad de formas conyugales que adoptan las parejas que se forman cuando los componentes tienen más de 50 afios. A partir de un con- junto de entrevistas semi-directivas realizadas a sesenta parejas se distinguen cuatro formas principales : parejas casadas ; cohabitación simple ; cohabitación intermitente y cohabita- ción alternada. El artículo intenta entender las lógicas que determinan la elección de la forma conyugal y estudiar las evoluciones posibles. Más alla de un efecto de « contagio intergeneracional », que haria las uniones no legitimadas por el matrimonio más aceptables entre las personas « de edad », estas diversas formas conyugales son respuestas a los proble- mas especificos a los que los cónyuges se enfrentan : presencia de hijos y nietos con los que se desea mantener buenas relaciones ; posesión de patrimonio, y en concreto de una vivien- da a la cual algunos se sienten particularmente apegados ; existencia de un pasado conyugal que no se desea olvidar o negar.
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Vincent Caradec
Les formes de la vie conjugale des jeunes couples «âgés»
In: Population, 51e année, n°4-5, 1996 pp. 897-927.
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Caradec Vincent. Les formes de la vie conjugale des jeunes couples «âgés». In: Population, 51e année, n°4-5, 1996 pp. 897-
927.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1996_num_51_4_6188Résumé
Caradec (Vincent).- Les formes de la vie conjugale des «jeunes» couples «âgés» Cet article cherche à
mettre en évidence la diversité des formes conjugales adoptées par les couples qui se forment entre
partenaires âgés de plus de 50 ans. Quatre formes ont pu être distinguées à partir d'un corpus
d'entretiens semi-directifs réalisés auprès de soixante couples : vie en couple marié ; cohabitation
simple ; cohabitation intermittente et cohabitation alternée. L'article s'efforce ensuite de dégager les
logiques qui ont présidé au choix de ces formes conjugales et d'étudier les possibles évolutions. Il
apparaît qu'au-delà d'un effet de « contagion intergénérationnelle » qui rend moins illégitime parmi les
personnes « âgées » une union non sanctionnée par le mariage, ces diverses formes conjugales
constituent des réponses aux problèmes spécifiques auxquels ces conjoints sont confrontés : présence
de grands enfants et de petits-enfants avec qui l'on souhaite poursuivre de bonnes relations;
possession d'un patrimoine, et en particulier d'une maison à laquelle certains sont particulièrement
attachés ; existence d'un passé conjugal qu'il ne s'agit pas d'oublier ou de renier.
Abstract
Caradec (Vincent). -Forms of Conjugal Life among the «Young Elderly» In this paper we demonstrate
the diversity of conjugal lifestyles of couples in which the partners are more than 50 years old. Four
different forms were identified, based on interviews with 60 couples : living in marriage, cohabitation
outside marriage, intermittent cohabitation, and alternating cohabitation. An attempt is made to identify
some of the factors which determined the choice of a particular lifestyle and to consider possible future
developments. It would appear that different conjugal arrangements are linked with the specific
problems that these couples must face : the presence of adult children and grandchildren with whom the
elderly wish to keep on good terms, ownership of property especially houses to which the elderly are
particularly attached, and the existence of past attachments which must neither be forgotten nor
disowned.
Resumen
Caradec (Vincent). - Los modos de vida conyugal de las «jóvenes» parejas «de edad » Este artículo
prétende mostrar la diversidad de formas conyugales que adoptan las que se forman cuando
los componentes tienen más de 50 afios. A partir de un con- junto de entrevistas semi-directivas
realizadas a sesenta parejas se distinguen cuatro formas principales : parejas casadas ; cohabitación
simple ; cohabitación intermitente y cohabita- ción alternada. El artículo intenta entender las lógicas que
determinan la elección de la forma conyugal y estudiar las evoluciones posibles. Más alla de un efecto
de « contagio intergeneracional », que haria las uniones no legitimadas por el matrimonio más
aceptables entre las personas « de edad », estas diversas formas conyugales son respuestas a los
proble- mas especificos a los que los cónyuges se enfrentan : presencia de hijos y nietos con los que
se desea mantener buenas relaciones ; posesión de patrimonio, y en concreto de una vivien- da a la
cual algunos se sienten particularmente apegados ; existencia de un pasado conyugal que no se desea
olvidar o negar.LES FORMES DE LA VIE CONJUGALE
DES «JEUNES» COUPLES «ÂGÉS»
Les démographes ont longtemps eu tendance à ne s'in
téresser à la vie conjugale que jusqu'à 50 ans. C'est à cet
âge, par exemple, qu'on définit le «célibat définitif», tenant
pour négligeables les mariages pouvant être conclus ensuite.
Cette restriction s' explique naturellement par le fait que la
nuptialité est le plus souvent traitée comme une « variable i
ntermédiaire » de la fécondité et que celle-ci cesse à 50 ans
pour les femmes. Pourtant, la vie continue après 50 ans : l'e
spérance de vie y dépasse maintenant 27 ans pour les hommes
et 33 ans pour les femmes ; pour la plupart des individus,
c'est davantage que le nombre ď années vécues antérieurement
en union...
L'article de Vincent Caradec* aborde donc un champ
nouveau, celui de la formation des couples pendant le « tro
isième âge», et il montre que les aspirations des sexagénaires
ne sont pas si différentes, dans leurs logiques, de celles des
jeunes adultes.
Depuis le début des années quatre-vingt, la fréquence de la vie en
couple diminue : la baisse des mariages n'est plus compensée par l'aug
mentation des cohabitations (Leridon, Villeneuve-Gokalp, 1988; Lefranc,
1995). Mais ce constat n'est vrai que pour la première partie de la vie,
jusqu'à 40 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes (Lefranc, 1995).
Au-delà de 60 ans, la vie conjugale devient de plus en plus fréquente,
d'une part parce que l'âge au veuvage recule, d'autre part parce que, entre
1982 et 1990, la proportion des personnes veuves, divorcées et célibataires
vivant en couple sans être mariées s'est accrue (Gaymu, 1993).
Parmi ces couples «âgés», certains sont de «jeunes» couples: ils
se sont formés alors que les conjoints approchaient ou venaient d'atteindre
l'âge de la retraite. Ce sont eux qui vont retenir ici notre attention. Deux
questions préalables méritent d'être posées : ces «jeunes» couples «âgés»
sont-ils nombreux ? Sont-ils en augmentation ? Il est facile de connaître le
nombre de ceux qui se sont constitués par mariage : en 1992, 4 908 mar
iages ont concerné des hommes de 60 ans et plus (soit 1,8 % de l'ensemble
des mariages) et 2 194 des femmes de 60 ans et plus. (Couet et Tamby,
1995). Ces chiffres sont un peu plus élevés que ceux de 1982, puisqu'il
* Cersof.
Population, 4-5, 1996, 897-928 LES «JEUNES» COUPLES «AGES» 898
y avait eu alors, dans cette même tranche d'âges, 4 185 mariages pour les
hommes et 2 180 pour les femmes (Faur, 1985, p. 64). Mais ils sont en
baisse par rapport à ceux de 1968, respectivement 5 898 pour les hommes
(soit 1,6% de l'ensemble des mariages) et 3 365 pour les femmes (Hémery
et Dinh, 1971, p. 52). Par ailleurs, l'examen de l'évolution du taux de
nuptialité des personnes de plus de 60 ans permet d'observer que la pro
pension à se marier après 60 ans s'est stabilisée dans les années quatre-
vingt, après avoir fortement baissé dans les années soixante-dix : pour les
hommes de 60 ans et plus, le taux de nuptialité était de 0,448% en 1992,
contre 0,723 en 1965; pour les femmes de 60 ans et plus, le taux de nupt
ialité est passé de 0,113% en 1965 à 0,060 en 1992 (Hémery et Dinh,
1971, p. 55; Couet et Tamby, 1995, p. 51).
Il est plus difficile d'apprécier le nombre de couples qui se sont for
més sans légaliser leur union. Nous disposons, certes, de données sur la
cohabitation conjugale des personnes de plus de 60 ans : elles ont le mérite
de souligner que ce n'est pas là un phénomène nouveau, puisqu'aux r
ecensements de 1962 et de 1968, il y avait davantage de couples non mariés
où l'homme avait 60 ans ou plus que de couples non mariés où l'homme
avait moins de 35 ans (en 1968, 88 780 contre 67 180) (Audirac, 1986).
Par la suite, alors que la cohabitation juvénile se développait, la cohabi
tation âgée s'est maintenue au niveau de 3 % de l'ensemble des couples
âgés (Audirac, 1986; Thave, 1991). Ce n'est que récemment qu'elle semble
croître à son tour, comme en atteste la comparaison des recensements de
1982 et 1990 (tableaux 1 et 2), si bien que la proportion des couples non
mariés parmi les couples âgés est, en 1990, de l'ordre de 5%.
Tableau 1 . - Evolution du nombre des hommes de 60 ans et plus
vivant en couple non marié (1982-1990)
1982 1990
En % des En % des Situation matrimon
Effectifs des hommes de plus Effectifs des hommes de plus iale légale
cohabitants de 60 ans de la cohabitants de 60 ans de la
catégorie catégorie
Célibataires 25 560 7,9 41740 10,8
Veufs 29 620 5,4 39 696 7,4
34 936 24,7 Divorcés 25 260 24,5
52 472 1,4 Mariés (1)
Total 168 844 3,6 (2)
Sources : données 1982 : Audirac, 1987 ; Gaymu, 1993 ; données 1990 : Insee, 1992.
( 1 ) Vivant en couple avec une conjointe célibataire, veuve ou divorcée ; les hommes mariés cohabitant
avec une femme mariée ле sont pas comptabilisés.
(2) 3,6 % des hommes de plus de 60 ans, soit 4,7 % des hommes de plus de 60 ans vivant en couple. LES «JEUNES» COUPLES «AGES» 899
Tableau 2. - Evolution du nombre des femmes de 60 ans et plus
vivant en couple non marié (1982-1990)
1982 1990
Situation matrimon En % des femmes En % des femmes Effectifs des Effectifs des iale légale de plus de 60 ans de plus de 60 ans cohabitantes cohabitantes de la catégorie de la catégorie
Célibataires 14 640 2,8 27 184 5,0
Veuves 53 240 2,0 83 976 3,0
8,3 9,2 Divorcées 16 540 23 440
Mariées (1) 17 620 0,6
Total 152 220 2,3 (2)
Sources : données 1982 : Audirac, 1987 ; Gaymu, 1993 ; données 1990 : Insee, 1992.
(1) Vivant en couple avec un conjoint célibataire, veuf ou divorcé; les femmes mariées cohabitant
avec un homme marié ne sont pas comptabilisées.
(2) 2,3 % des femmes de plus de 60 ans, soit 5,1 % des femmes de plus de 60 ans vivant en couple.
Bien évidemment, ces données ne nous disent rien de la formation
des couples âgés : on ne sait quelles proportions représentent, parmi les
couples âgés cohabitants, les couples formés précocement dont l'union n'a
jamais été légalisée, et ceux qui se sont constitués plus tardivement. On
peut, cependant, faire l'hypothèse qu'un certain nombre de ces couples se
sont formés avant 60 ans, en particulier lorsque l'homme est divorcé ou
célibataire : P.-A. Audirac indique qu'en 1982, près de 30% des hommes
divorcés non remariés de 50 ans et 10% des hommes célibataires du même
âge cohabitaient (Audirac, 1986, graphique IV), et d'après le recensement de
1990, 38 020 hommes célibataires de 50 à 59 ans, 50 964 divorcés et seulement
9 864 veufs vivaient en couple non marié (de même que 23 440 femmes cé
libataires, 37 612 divorcées et 27 876 veuves) (Insee, 1992, tableau 45). Par
ailleurs, il semble qu'une part non négligeable des couples qui se forment
après 60 ans ne légalisent pas leur union : une étude portant sur la formation
des couples âgés dans une commune rurale d'Indre-et-Loire (2 600 habitants
en 1992 dont 218 personnes de 65 ans ou plus) indique que, durant la période
du 1er janvier 1976 au 1er juillet 1992, 25 couples âgés (selon la définition
retenue dans l'étude(l)) se sont constitués, mais que seulement 5 d'entre eux
ont légalisé leur union (Dardaine et al, 1995).
Si l'on compare maintenant la répartition des cohabitants selon leur
état matrimonial légal et celle des nouveaux mariés de plus de 60 ans selon
leur situation matrimoniale antérieure, on observe que les divorcés (hom
mes et femmes) se remarient proportionnellement davantage qu'ils ne co
habitent, contrairement aux hommes célibataires et aux femmes veuves. Il
est à noter que les hommes divorcés épousent des femmes plus jeunes que
les veufs et les célibataires (60% se marient avec des femmes de plus de
L'un au moins des conjoints devait être veuf et avoir plus de 65 ans au moment
de l'union. 900 LES «JEUNES» COUPLES «ÂGÉS»
50 ans, contre 76% des veufs et 71% des célibataires), les différences
entre les structures d'âge des époux des femmes célibataires, veuves et
divorcées étant beaucoup plus faibles (tableaux 3 et 4).
Faute de disposer de données nationales sur la formation des couples
âgés, on peut au moins signaler que le contexte semble aujourd'hui favorable
au développement de telles unions. Le «troisième âge» (si l'on convient d'ap
peler ainsi, par commodité, la période qui commence avec la retraite et va
jusqu'aux premiers graves ennuis de santé) a en effet été marqué par de rapides
transformations. La baisse de l'âge de cessation de l'activité professionnelle
et l'accroissement continu de l'espérance de vie et de l'espérance de vie sans
incapacité ont considérablement ouvert l'horizon de la période de retraite. Pa
rallèlement s'est diffusé un nouveau modèle de la retraite, qui valorise l'ép
anouissement personnel, tend à encourager l'ouverture sur autrui plutôt que le
repli sur soi, et se montre favorable aux recompositions conjugales. C'est
ainsi que le thème de la formation d'un nouveau couple vers la soixantaine
commence à être traité par divers médias, ce qui ne peut que contribuer
à rendre la pratique plus légitime : romans(2), livres pour enfants(3), films
de fiction(4), articles dans des revues d'informations générales(5) et pour
retraités(6), émissions documentaires à la radio(7) et à la télévision(8).
Au-delà de l'actualité du phénomène en termes d'évolution quantita
tive et de changement dans les représentations, nous voudrions, à travers
l'étude qualitative de la formation des couples âgés, nous interroger sur
la catégorie de couple. Qu'est-ce qu'un couple, en effet? La question pré
occupe aujourd'hui démographes (Leridon, Villeneuve-Gokalp, 1988, p. 334)
et sociologues (Kaufmann, 1993, p. 48). Force est de reconnaître la diversité
des formes de la vie conjugale, qui ne se limite plus à la vie matrimoniale
cohabitante : d'une part, la cohabitation s'est considérablement développée,
cohabitation «juvénile» tout d'abord qui, en se prolongeant, est devenue
« adulte » (Guibert-Lantoine et al., 1994); d'autre part les travaux les plus
récents font état de formes non cohabitantes de vie conjugale (Leridon,
Villeneuve-Gokalp, 1988, p. 334; Guibert-Lantoine et al., 1994; Martin,
1994). Par ailleurs, chacun s'accorde à reconnaître le caractère progressif
des débuts de la vie conjugale, marqués par une série d'étapes et de gli
ssements sans qu'il soit facile d'en déterminer un véritable commencement
(Bozon, 1991 ; Kaufmann, 1993) : il n'existe plus de seuil d'entrée officiel
dans la vie conjugale comme l'était la cérémonie du mariage dans les an
nées cinquante.
(2> Giinter Grass, L'appel du crapaud, Paris, Seuil, 1992 (éd. allemande, 1992) ; Claude
Sarraute, Ah! L'amour, toujours l'amour, Flammarion, 1993.
<3) Yvon Mauffret, Pépé la boulange, Paris, l'École des loisirs, 1986.
<4) Marco Ferreri, La maison du sourire, 1991.
(5) Cf. par exemple «Cet amour qui ne prend pas une ride», L'Événement du Jeudi,
12 au 18 octobre 1989.
(6) Cf. par «Aimer après 60 ans», Notre Temps, n° 280, avril 1993; «Le
bonheur de refaire sa vie», Notre Temps, n° 305, mai 1995; «L'art de la rencontre», Le
Temps Retrouvé, n° 81, sept. 1993.
(7) Dire entre les rides ou l'amour après 60 ans, France Culture, jeudi 1er octobre 1992.
® Défi (La Cinquième), par exemple, a programmé une émission sur ce thème en septembre 1995. «JEUNES» COUPLES «AGES» 901 LES
Tableau 3. - Situation matrimoniale légale des cohabitants (hors mariage)
et situation légale antérieure des nouveaux mariés
(hommes de plus de 60 ans)
Mariages avec Mariages avec Situation Cohabitations épouses de plus épouses de plus Nouveaux mariés matrimoniale hors mariage de 60 ans de 50 ans légale (et % des mariages) (et % des mariages)
Effectifs
Célibataires 41 740 744 292 (39,2 %) 527 (70,8 %)
Veufs 39 696 1913 859 (44,9 %) 1 459 (76,3 %)
Divorcés 34 936 2 158 546 (25,3 %) 1 293 (60,0 %)
Total 116 372 4815 1 697 (35,2 %) 3 279 (68,1 %)
en %
Célibataires 35,9 15,5 17,2 16,1
34,1 39,7 Veufs 50,6 44,5
Divorcés 30,0 44,8 32,2 39,4
Total 100 100 100 100
Sources : données sur la cohabitation : Insee, 1992 ; données sur les mariages : Couet et Court, 1992.
(1) Seules les cohabitations d'hommes non mariés ont été retenues dans ce tableau.
Tableau 4. - Situation matrimoniale légale des cohabitants (hors mariage)
et situation légale antérieure des nouvelles mariées
(femmes de plus de 60 ans)
Mariages avec Mariages avec Situation Cohabitations époux de plus époux de plus Nouvelles mariées matrimoniale hors mariage de 60 ans de 56 ans légale (et % des mariages) (et % des mariages)
Effectifs
Célibataires 27 184 471 433 (91,9 %) 375 (79,6 %)
834 800 (95,9 %) Veuves 83 976 681 (81,7%)
Divorcées 894 23 440 641 (71,7 %) 818(91,5%)
2 199 Total 134 600 1 697 (77,2 %) 2 051(93,3%)
en %
Célibataires 20,2 21,4 22,1 21,1
Veuves 62,4 37,9 40,1 39,0
Divorcées 17,4 40,7 37,8 39,9
100 Total 100 100 100
Sources : données sur la cohabitation : Insee, 1992 ; données sur les mariages : Couet et Court, 1992.
(1) Seules les cohabitations de femmes non mariées ont été retenues dans ce tableau.
La diversité des formes de la vie conjugale a fait l'objet de quelques
investigations grâce aux deux enquêtes sur les situations familiales de
Fined, mais celles-ci se limitent aux tranches d'âges 21-44 ans pour la
première, 20-49 ans pour la seconde. Une enquête qualitative, à visée ex
ploratoire, auprès de 60 couples qui se sont formés alors que les deux LES «JEUNES» COUPLES «ÂGÉS» 902
conjoints avaient au moins 50 ans(9) permet également d'observer, chez
ces couples, une grande diversité de situations. C'est cette diversité que
nous allons maintenant chercher à décrire. Il est en effet possible de dis
tinguer quatre formes de vie conjugale, à partir des trois critères du mar
iage, de la résidence et de la périodicité de la cohabitation. Le premier
permet de différencier les couples mariés des couples non mariés ; le se
cond distingue, parmi les non mariés, les cohabitants simples (ou
couples à résidence unique) des couples à double résidence; parmi ces
derniers, le troisième critère dissocie ceux qui pratiquent la cohabitation
intermittente de ceux qui ont opté pour la cohabitation alternée (ces termes
seront précisés plus loin). Ces diverses catégories peuvent être présentées
plus simplement de la façon suivante :
i- Couples mariés 407!
i- Couples cohabitants simples
L Couples non mariés (résidence unique) Couples à cohabitation
LDoub|e Zdence intermittente
^ Couples à
alternée
Les catégories ainsi construites suffisent pour rendre compte de l'e
nsemble des cas de notre échantillon : en particulier, il n'existe pas de couples
mariés non cohabitants (la plupart de ceux qui existent à des âges plus jeunes
étant sans doute dus à des contraintes professionnelles). Notre corpus com
prend 16 couples mariés, 24 couples cohabitants simples et 20 couples à dou
ble résidence (12 à cohabitation intermittente, 8 à cohabitation alternée).
Nous nous proposons d'examiner ces différentes formes de vie conju
gale, en nous penchant tout d'abord sur les couples à double résidence afin
de souligner les différences, mais aussi les points communs, entre cohabitation
intermittente et cohabitation alternée, puis en abordant la cohabitation simple
et les problèmes qu'elle pose, enfin en étudiant la question du mariage. Nous
verrons, pour terminer, quelles sont les évolutions possibles entre ces diffé
rentes formes de vie conjugale.
(9) Cf. la description du corpus dans l'annexe 1. L'échantillon ainsi constitué ne saurait
évidemment prétendre à la représentativité. Il convient, en particulier, de noter que les veufs
(et, dans une moindre mesure, les veuves) y sont sur-représentés (comparaison des tableaux
3 et 4 et du tableau IV de l'annexe 1), sur-représentation encore plus nette pour les remariages
(comparaison des tableaux 3 et 4 et du tableau V de l'annexe 1). Comment interpréter pareille
disparité? Au-delà du mode de constitution non systématique de l'échantillon, il ne faut pas
oublier que les données statistiques sur la cohabitation ne disent rien de la durée de cette
cohabitation, alors que nous avons recherché des couples formés lorsque les deux conjoints
avaient plus de 50 ans : il est probable que parmi les cohabitants âgés, un plus grand nombre
de divorcé(e)s et de célibataires que de veufs et de veuves aient commencé à cohabiter avant
50 ans. Pour ce qui est des remariages, d'une part la sur-représentation des veufs, dans notre
échantillon, apparaît moindre si on considère non plus l'ensemble des mariages, mais les
mariages avec une épouse de plus de 50 ans (tableau 3), d'autre part on ignore si la part
des légalisations d'unions anciennes est la même parmi les veufs et les divorcés. LES «JEUNES» COUPLES «ÂGÉS» 903
I. - Les couples à double résidence
Depuis une dizaine d'années, une nouvelle réalité conjugale fait son
apparition dans les travaux scientifiques : les anglo-saxons l'appellent LAT
(Living Apart Together) et les sociologues français «couples non cohabi
tants». Les enquêtes sur les situations familiales ont cherché à quantifier
ce phénomène en estimant la part des couples ayant conservé deux domic
iles. D'après l'enquête de l'Ined de 1994, seuls 5,8% des couples non
mariés sont dans ce cas (et 0,7 % des couples mariés) ; mais 8 % des r
épondants se sont déclarés «non en couple», tout en reconnaissant «avoir
une relation amoureuse stable», ce qui peut recouvrir des réalités conju
gales parfois peu différentes de celles vécues par les personnes se déclarant
«en couple» et ayant conservé une double résidence (Guibert-Lantoine et
al., 1994). A contrario, le fait de conserver deux domiciles peut masquer
des formes d'organisation conjugale fort dissemblables : c'est ce qui ap
paraît dans le cas des couples qui se forment à l'heure de la retraite, et
parmi lesquels il semble pertinent de distinguer les couples à cohabitation
intermittente des couples à cohabitation (ou résidence) alternée.
Les couples à cohabitation Présentons tout d'abord trois exemples
intermittente de cohabitation intermittente :
— Renée, ancienne commerçante, a 77 ans.
Il y a 5 ans, elle a rencontré Paul, retraité de l'armée, qui a le même âge qu'elle.
Ils habitent la même ville, mais dans des quartiers assez éloignés. Le matin,
chacun vaque à ses occupations dans sa maison. L'après-midi, lorsqu'il fait beau,
Renée se rend chez Paul, en bus, vers 16h00; elle y reste jusqu'à 19h00 puis
rentre manger elle, toujours en bus («le soir, j'aime bien être tranquille,
j'aime bien mon petit plateau, ma télé, voyez, j'ai pris mes petites habitudes»),
ou parfois reste dîner chez lui avant qu'il ne la ramène en voiture. Lorsqu'il
fait mauvais, c'est plutôt lui qui vient passer l'après-midi chez elle. Un dimanche
sur deux, ils vont danser avec des amis, et le dimanche suivant elle va déjeuner
chez lui (elle n'aime pas faire la cuisine). Ils ne dorment jamais l'un chez l'autre
(mais il serait faux d'en induire qu'ils n'ont pas de relations sexuelles). Chaque
matin et en début d'après-midi, elle lui passe un rapide coup de fil; le soir,
vers 21h00, c'est lui qui l'appelle pour lui dire bonsoir (couple n° l).(l0)
— Pierre et Marie sont nés la même année, en 1929. Ils sont tous les
deux veufs et se sont rencontrés en 1991, au cours d'un voyage organisé.
Leurs domiciles sont éloignés de près de 300 kilomètres, et ils ont organisé
leur vie par cycles de 15 jours : pendant deux semaines, chacun vit chez soi ;
pendant les deux semaines suivantes, ils sont ensemble, une fois chez Pierre,
<10) La liste des couples cités ainsi que leurs caractéristiques principales sont présentées
dans l'annexe 2. 904 LES «JEUNES» COUPLES «ÂGÉS»
le mois suivant chez Marie. Ils partent ensemble en vacances et, lorsqu'ils
sont séparés, se téléphonent fréquemment (couple n° 2).
— Charles et Georgette se sont rencontrés en 1990, dans un club pour
personnes âgées : lui, ancien ouvrier, avait alors 74 ans ; elle, ancienne em
ployée de la SNCF, était âgée de 75 ans. Charles mange et dort chez Georgette,
mais tous les matins et presque tous les après-midi, il retourne chez lui pour
s'occuper de son jardin. Pendant ce temps-là, Georgette reste dans sa maison
et vaque à ses occupations ménagères. Parfois, l'après-midi, ils vont faire en
semble un petit tour en voiture (couple n° 3).
Les couples à cohabitation intermittente correspondent à l'image
spontanée que suggère la dénomination « couples non cohabitants » : les
conjoints ne vivent pas constamment ensemble, leur vie se partage entre
des périodes de vie conjugale et des périodes de vie solitaire. Les exemples
proposés donnent une idée de la diversité des modes d'organisation de ces
vies conjugales : la phase de cohabitation proprement dite peut être de quel
ques heures chaque jour (couples n° 1 et 3) ou consister en des séjours de
quelques jours, voire de plusieurs semaines (couple n° 2) ; la cohabitation
peut être diurne (couple n° 1), nocturne (couple n° 3), ou combiner les deux
pendant les phases de vie commune (couple n° 2). Il est possible de mettre
un peu d'ordre dans cette diversité puisque deux formes de cohabitation
intermittente se dégagent du corpus : un type «gîte et couvert», et un type
«visites réciproques».
Le premier est illustré par l'exemple 3 et se caractérise par une phase
cohabitante « uxorilocale » et une répartition traditionnelle des rôles entre les
sexes : l'homme garde sa maison, mais vient manger et dormir chez sa com
pagne. La cohabitation «gîte et couvert» peut, dans son organisation quoti
dienne, ne pas être très différente de celle de « vieux » couples en milieu rural
dans lesquels l'homme, une fois à la retraite, continue à quitter la maison
comme il le faisait pendant sa vie active : il y a peu de différences entre
l'organisation conjugale évoquée dans l'exemple 3 et celle d'un retraité qui
passe ses journées éloigné du domicile conjugal, dans son jardin-ouvrier ou
dans son ancienne exploitation agricole (Caradec, 1991).
Dans le type «visites réciproques», auquel appartiennent les cas pré
sentés dans les exemples 1 et 2, aucun logement n'a l'exclusivité : les conjoints
semblent désireux de maintenir un certain équilibre entre les périodes vécues
chez l'un et celles vécues chez l'autre. Cette organisation préfigure, par le
principe de rotation qu'elle institue, la cohabitation alternée.
Les couples à cohabitation Comme précédemment, proposons pour
alternée commencer quelques illustrations de
cette forme de vie conjugale :
— Roger, veuf, ancien gendarme, avait 75 ans en 1985 lorsqu'il a
rencontré Andrée, 63 ans, veuve, ancienne commerçante. Depuis, ils vivent
constamment ensemble, mais alternativement chez Roger, qui a une maison

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