Les Gaulois. L'industrie dite de la Tène est purement Gauloise. Les Bastarnes - article ; n°1 ; vol.7, pg 34-50

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1906 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 34-50
17 pages
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Publié le : lundi 1 janvier 1906
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Les Gaulois. L'industrie dite de la Tène est purement Gauloise.
Les Bastarnes
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 7, 1906. pp. 34-50.
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Les Gaulois. L'industrie dite de la Tène est purement Gauloise. Les Bastarnes. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 7, 1906. pp. 34-50.
doi : 10.3406/bmsap.1906.8135
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1906_num_7_1_813518 janvier 1906 34
En élargissant encore la fosse vers le Nord, on découvre enfin deux
crânes placés l'un à côté de l'autre. Il est impossible de les dégager sans
les briser. J'ai pu cependant reconstituer en partie l'un de ces crânes : il
présente les mêmes caractères que celui de Maka : prognatisme, dolicho-
céphalie et aplatissement des parois latérales, qui dénotent la môme ori
gine nigritique.
Les deux crânes étaient de 1 m. 20 de profondeur; les squelettes occu
paient une longueur de 1 m. 75 à 1 m. 80 environ.
A Dialato comme a Maka, nous n'avons découvert aucune trace de mob
ilier funéraire, d'armes ou de parures.
En résumé : dans le tombeau Sud, quelques fragments de squelettes à
des profondeurs différentes; dans le tombeau Nord, deux squelettes enche
vêtrés au point qu'on ne peut distinguer leurs ossements respectifs que
par une différence notable dans leur état de conservation ; ce désordre
s'explique aisément si nous admettons que les cadavres ont subi une pre
mière inhumation provisoire, pendant le temps nécessaire à la préparation
de la tombe définitive, temps qui devait être assez long, puisqu'il fallait
tailler les pierres de l'enceinte et les amener sur place.
Je noterai enfin que le parfait état des deux pots trouvés au centre des
enceintes de Dialato est une preuve que ces deux tombes n'ont jamais
été violées; si dans l'une de ces tombes, nous n'avons retrouvé que des
fragments épars, c'est parce qu'elle n'a jamais contenu autre chose.
Voilà, Messieurs, les quelques observations que j'ai pu faire; n'étant
pas compétent en ces matières, je ne puis en tirer de conclusions, et
laisse aux Eommes de science le soin de faire des rapprochements s'il y-a-
lieu.
LES GAULOIS. L'INDUSTRIE DITE DE LA TENE EST PUREMENT GAULOISE.
LES BASTARNES
Par M. Zabobowski.
A la suite de la présentation par M. Volkov de documents photogra
phiques rapportés par lui des Garpathes orientales, et relatifs aux Hou-
zoules, j'ai intervenu pour donner quelques explications sur les origines
probables de ces Houzoules.
Mon intervention a provoqué une discussion qui s'est généralisée et au
cours de laquelle des questions d'archéologie et d'ethnologie ont été sou
levées au sujet des Gaulois. Ce n'est pas sans surprise que j'ai entendu
élever des contestations sur les caractères et la patrie originaire des
Gaulois qui nous sont bien connus. Je ne crois pas avoir à traiter à fond
des problèmes parfaitement résolus, et sur les données desquels chacun
peut s'éclairer à loisir dans une foule d'ouvrages. Je veux seulement ici
présenter en un tout coordonné les réponses que j'ai faites aux questions — LES GAULOIS 35 ZABOROWSKI.
qui m'ont été posées, aux objections qu'on m'a opposées au cours de deux
séances consécutives.
I. — J'ai depuis longtemps répété à satiété combien c'était pour nous un
embarras que l'emploi du nom de Celtes dans un sens spécial qu'on pourrait
qualifier de craniologique. Jamais à l'étranger on n'emploie, on ne peut
employer ce nom dans le même sens que nous sans être obligé de le
définir, sans le faire suive de ces mots : Des anthropologistes français. Certes
Broca avait bien le droit de prendre un nom de l'histoire pour l'appliquer
à un peuple déterminé physiquement. Et il a appliqué le nom de Celtes
aux habitants de la Celtique de César après avoir défini ceux-ci, sur des
informations trop sommaires, comme brachycéphales et bruns. Dans cette
Celtique, circonscription administrative assez mal circonscrite, en Auvergne
même, dans la Bretagne, il y a des descendants de Gaulois blonds encore
aujourd'hui bien reconnaissables. Mais là n'était pas la question essentielle.
Le choix de Broca aurait pu être accepté, sanctionné à tout hasard, si le
nom de Celtes n'avait pas eu un sens historique déterminé. Mais il en a,
il en a toujours eu un. Et ce qu'il y a de plus grave,*c'est que jamais, au
cours de l'histoire, il n'a été appliqué à un peuple brun brachycéphale. Son
emploi technique en anthropologie n'a pu changer, ni faire abandonner
son usage en histoire. De sorte qu'il signifie deux choses différentes et con
tradictoires, selon qu'on s'en sert en France parmi nous ou que les savants
étrangers y ont recours. Il est devenu un mot dangereux, source perpétuelle
d'obscurités et de confusions. Voilà donc pas mal de temps que pour mon
compte j'ai dû le mettre de côté. J'ai montré que dans l'Europe centrale
et jusqu'à la Baltique, c'était surtout le nom historique des Venèdes qui .
était lié à la propagation de la brachycéphalie. En Occident, c'est surtout
celui, également historique, des Ligures, cela jusqu'en Grande-Bretagne,
malgré les contestations auxquelles donne lieu la prédominance actuelle
de bruns dolichocéphales dans l'ancienne Ligurie. Mais, bien entendu,
ces noms s'appliquaient à des peuples plutôt qu'à des races.
Partout à l'étranger le nom de Celtes est employé comme synonyme de
celui de Gaulois, et c'est là. en effet son sens historique. Alors ici, en
France, je ne puis plus employer que celui de Gaulois.
Anthropologiquement l'épithète de celtique y est l'équivalent de brun
brachycéphale, alors que les Gaulois, dont nous avons des portraits, beau
coup de crânes et des descriptions très précises, étaient grands, de carnation
claire, dolichocéphales et blonds originairement (V. Strabon, IV, ch. iv,
1, 2 (c Les Celtes, ou Gaulois, sont tous des hommes de haute taille. Nous
pouvons nous représenter ce qu'ils étaient anciennement, par ce qu'on
raconte des mœurs actuelles des Germains, car, physiquement et politique
ment, les deux peuples se ressemblent et peuvent passer pour frères...
VII, ch. i, 2 : « Comparés aux Celtes ou Gaulois, les Germains offrent
bien quelques petites différences, mœurs plus sauvages, taille plus élevée,
cheveux plus blonds, mais à cela près, ils leur ressemblent fort. »Polybe,
ii, ch. III, parle de la grandeur et de la beauté de corps des Gaulois cis- 18 janvier 1906 36
alpins, el les Transalpins, dit-il, ne sont pas une nation différente des
Gaulois, de ceux qui avaient pris Rome en 390.
Le nom de Celte semble avoir été employé le premier *. Mais, comme le
dit César lui-même, c'est celui que les Gaulois employaient encore de son
temps de préférence pour se désigner eux-mêmes. « Ils s'appellent en
leur langue Celtes, et nous les appelons en la nôtre Gaulois. »-Tel est le
sens du premier paragraphe de son premier chapitre. Et il ne fait pas de
différence entre Celtes et Gaulois, lorsqu'il dit par exemple des Suisses
qu'ils étaient les plus puissants d'entre les Celtes. Des Belges, « les plus
vaillants parce qu'ils sont les plus éloignés du luxe et du commerce de
Rome », il fait la troisième partie de la Gaule (n, 1), et il semble en même-
temps les distinguer des Celtes, mais pour, quelques lignes plus loin,
appeler Gaulois les Celtes de- la frontière des Belges. 11 emploie co
uramment le nom de Gaulois sans nullement par là désigner des peuples
différents des Celtes (iv, 1, v, 5, 6, vi, 2). La description qu'il donne des
mœurs des Gaulois s'applique à ceux de la Celtique cpmme aux autres,
même à ceux de la Grande-Bretagne (vi, 2).
Mais il sépare nettement les prêtres et les guerriers du menu peuple
asservi qui était le peuple conquis (« On ne l'appelle point aux délibéra
tions publiques, et la plupart se voyant chargés de dettes et d'impôts, ou
opprimés par la violence des grands, se mettent au service des autres qui
ont le même pouvoir sur eux que les maîtres sur leur esclaves », vi, 2).
Tous les auteurs anciens les plus sérieux, Appien, Pausanias, Polybe,
Strabon, ont, comme César, formellement attesté que Celtes et Gaulois
(forme latine) ou Galates (forme grecque), c'était la même chose, que ces
noms désignaient les mêmes peuples, de caractères physiques semblables,
et, je puis ajouter, de langues étroitement parentes.
Or, quoiqu'on ait pu écrire en France, les savants étrangers font au
jourd'hui comme ces auteurs anciens.
II. — Au ve siècle, avant notre ère, Hérodote plaçait les sources de l'Ister
ou Danube, dans le pays des Celtes (II, 33). « II commence dans le pays
desCeltes, auprès de la ville dePyrène... » Peuimporteque dans son igno
rance des régions occidentales de l'Europe, il se trompe sur les contiguïtés
de ce pays des Celtes. Comme il n'y a dans son texte aucune ambiguïté
au sujet de l'Ister qui est connu de beaucoup de monde, dit-il, traverse
l'Europe par le milieu et se jette dans le Pont-Euxin, il résulte que les
anciens Grecs ont su parfaitement que le Haut-Danube appartenait à la
patrie des Celtes ou Gaulois, ce dont nous trouvons une confirmation dans
Dion Cassius (170-235) qui fut gouverneur de la Pannonie1 (Lagneau,
1 Pausanias. — Description de la Grèce Atlique. Ch. III, p. 22, trad. Clavier : « Le
nom de Galates ne prévalut que très tard. Anciennement les Gaulois portaient celui
de Celtes que les autres peuples leur donnaient aussi. »
1 t Dans les temps les plus reculés, les habitants des deux côtés du Rhin portaient
le nom de Celtes. » — LES GAULOIS 37 ZABOROWSKI.
p. 639). Il en résulte aussi que le gros de la nation gauloise occupait
encore, au ve siècle, la patrie première, Bade, Wurtemberg, Souabe, Ba
vière, Franconie, Thuringe, jusqu'au Weser, Bohême.
D'ailleurs, le rapprochement que fait Hérodote entre une ville Pyrène,
peu après connue d'après Aristote, pour être la chaîne des Pyrénées, et les
sources du Danube, n'est pas aussi absurde qu'il paraît. Il a du moins une
signification qui n'est pas absurde. Il correspond à une réalité. Il y avait,
dès lors, en effet, des Celtes à proximité des Pyrénées et au delà. Des ren
seignements recueillis par Hérodote, il ressortait que des Celtes se trou
vaient en même temps sur le Danube et dans la région des .Pyrénées. Il
a donc rapproché la montagne du fleuve dont il ignorait l'éloignement,
alors qu'il n'y avait de relations qu'entre les deux peuples qui occupaient
l'un et l'autre. Les contradictions apparentes des anciens sur la présence
de Celtes ou de Gaulois, en des contrées très différentes, s'expliquent de la
même façon : elles sont l'expression d'une réalité, à savoir : l'expansion
dans tous les sens, à travers l'Europe, dans les Carpathes, sur le Danube,
en Asie-Mineure *, en Gaule, en Grande-Bretagne, en Italie., même en
Espagne, de tribus gauloises conquérantes. Cette expansion, qui ne fut en
bien des cas qu'une dispersion de pillards vagabonds, n'est plus mise en
doute par personne, autant que je sache.
Des auteurs aussi positifs que César et Strabon auraient pu suffire à
nous éviter, à cet égard, des discussions stériles (César, VI, 2, Tacite, 28).
Plusieurs fois, dans mes leçons, j'ai insisté sur le grand, rôle que les
conquérants gaulois du iv° siècle ont joué sur le Danube. (V. Bullet., 1904,
p. 692) d'après l'archéologie et l'ethnologie. Strabon nous donne les ren
seignements les plus précis sur les Scordisques et Taurisques et il connaiss
ait fort bien les caractères des Gaulois du Danube, comme le montre ce
qu'il dit des Japodes, « nation semi-celtique, semi-illyrienne. » (VII
cm, 2 et c. v, 2.)
Les mouvements, en sens différents des Gaulois, ne furent possibles et
ne sont explicables qu'en raison de leur position au cœur de l'Europe
centrale. Et c'est aussi en de leur présence en cette région sur le
Haut-Danube, que les Germains furent, comme nous l'avons constaté,
.séparés par eux des influences méditerranéennes, jusqu'après l'intr
oduction du fer. Cette donnée archéologique est on ne plus conforme à ce
que nous venons de dire des renseignements recueillis sur eux par Héro
dote au ve siècle.
La Bohème tient son nom de Gaulois, les Boïens, qui avaient envoyé
de leurs bandes jusque sur le Pô, d'après Polybe (II, 3), au moins dès le
iv8 siècle avant notre ère et jouaient encore un grand rôle sur le Danube
peu avant Strabon. Les affluents de droite du Rhin ont des noms d'ori
gine gauloise. Tels étaient aussi les noms des montagnes, entre la
Bavière et la Bohème, de la forêt hercynienne, occupée par les Boïens lors
Polybe. — L c: i. Défaits à Delphes (272 av.) les Gaulois se jetèrent en Asie. 18 janvier 1906 38
de la grande invasion des Cinabres, au ne siècle avant notre ère; tels sont
les noms de différentes villes, Bamberg, Ratisbonne.
Le nom du Rhin lui-même est d'origine gauloise; et les Gaulois l'ont
transporté, sur le Pô, d'une part, et en Irlande de l'autre.
La forme primitive de ce nom était Reinos. El il est passé sous cette
forme aux Germains, donc à une époque assez reculée, d'après d'Arbois
de Jubain ville1.
Les Gaulois avaient remplacé la diphtongue ei par e avant d'envoyer
des bandes conquérantes dans le nord de l'Italie d'une part et de l'autre
peut-être jusqu'en Irlande. Le nom de la ville de Bologne en Italie vient
du gaulois Bononia, traduction du nom plus ancien de Felsina. Or, auprès
de Bologne se trouve encore une rivière qui porte le nom de Reno. Ce
même nom, dans l'irlandais, a le sens de grande étendue d'eau et s'ap
plique à la mer. Or. les Gaulois étaient dans le nord de l'Italie au moins
au v° siècle. Nous avons pour la prise de Rome par eux la date très sûre
de 390 avant notre ère, Polybe nous ayant conservé des détails circons
tanciés sur la lutte entre Romains et Gaulois. Nous avons une date plus
ancienne pour l'émigration de Gaulois en Grande-Bretagne, mais peut-
être un peu moins sûre.
Dans les mots où entraient la consonne q, les Gaulois ont' remplacé
celle-ci à une certaine époque par p. Ce changement dans la prononciation
était déjà opéré lorsque certaines de leurs bandes franchirent les Pyrénées
vers le ve siècle. Car dans les noms géographiques espagnols d'origine
gauloise, le q, d'après M. d'Arbois de Jubainville, est remplacé par p. Or,
en Irlande, en Ecosse, l'usage de q s'est maintenu et le nom primitif de
Bretagne était Qretanis. Encore au vie siècle, les Pietés d'Ecosse, dont on
a une chronique latine du xe siècle, s'appelaient Cruithne, forme voi
sine de Qretanis. Ce sont des immigrants venus postérieurement à ceux
refoulés en Irlande et en Ecosse, qui de Qretanis ont fait Prêtants. Les pre
miers emigrants gaulois de la Grande-Bretagne y sont donc venus avant
le ve siècle ; ils y sont venus plusieurs siècles avant.
M. d'Arbois de Jubainville parle du xi° siècle et des archéologues
(Munro) rapportent à l'âge du bronze, entre 12 à SOO avant notre ère, les plus
anciennes migrations celtiques. D'autre part, le vieux nom gaulois du
fer, isarno pour aiz-arno, passé dans les langues germaniques, se retrouve
dans le Kymrœg haiarn et l'irlandais iarn. Il ne s'ensuit pas néces
sairement que les plus anciens emigrants gaulois en Grande-Bretagne
ont connu le fer. Ils auraient pu le recevoir, avec son nom, d'émigrants
venus après eux.
Il y a apparence cependant que les migrations gauloises en Grande-
Bretagne, ayant laissé trace dans la langue et l'histoire, sont postérieures
à la connaissance du fer sur le Haut-Danube. Cette connaissance re-
1 Personne n'a critiqué plus vivement que moi les fragiles échafaudages construits
par M. d'Arbois de Jubainville. Il n'en serait pas moins fort injuste de considérer ses
travaux comme non avenus. , LES GAULOIS 39 ZABOROWSKI.
monte d'ailleurs là au début de l'époque hallsiadtienne, à 800 ans avant
notre ère environ. Toutefois, des communautés lexiques existaient déjà
au moment de ces migrations, entre le gaulois et le germanique, comme
le prouve le vieil irlandais fid, « arbre », gaulois widu, vieil allemand
witu; l'irlandais lethar « cuir », allemand leder; etc. Ces communautés
lexiques n'ont pu s'établir qu'alors que les Gaulois occupaient le sud de
l'Allemagne.
Pour le point de départ de tout ce qui est gaulois, soit d'un côté, soit de
l'autre, nous sommes donc ramenés invariablement au Rhin et au Haut-
Danube.
III. — L'industrie du fer de l'époque de la Tène est gauloise. Elle s'est
répandue dans tous les sens autour de cette même région et sa diffusion
même ne s'explique qu'en raison de son existence dans cette région, comme
centre de rayonnement. Elle a pénétré de là en Scandinavie, et partout
ailleurs, elle a marqué, l'influence, le passage ou l'établissement de Gaul
ois : dans les Garpathes orientales, comme en Gaule ; sur le Danube et
sur le Pô comme en Angleterre.
J'ai consacré une leçon à exposer (1904-1905, leç. II) que de nom
breux peuples gaulois s'étaient signalés pour leur travail du fer long
temps avant la conquête romaine : Tels sont les Eduens, les Arvernes,
les Bituriges, les Prétocoriens du Périgord, les Belges, les Nerviens, les
Bellovaques, les Helvètes, etc.
Dans une leçon sur le passé préhistorique du Danemark, je me suis
étendu sur l'introduction du fer dans ce pays et en Scandinavie.
Je viens de dire que le vieux nom gaulois du fer, isarno pour aizarno
c cuivre fort », est encore employé au fin fond de l'Irlande sous la forme
iarn, kymrœg, haiarn. Nous le retrouvons dans le vieux nordique isarn, le
gothique eisarn, le v. haut allem. isarn, l'anglo-saxon isern. Tous ces
mots dérivent bien d'une forme unique, et cette- forme est bien gauloise,
arno n'ayant de sens qu'en Gaulois. Elle est passée chez les Germains
alors que ceux-ci parlaient encore une langue à peu près commune. Et
nous savons qu'en effet quelques siècles antérieurement à notre ère,
surtout au iv9 ou au ve (date fixée par les archéologues pour l'introduc
tion du fer), les Germains sur le pourtour occidental de la Baltique devaient
parler la même langue. Les objets usuels ont, depuis ces temps reculés,
changé bien des fois de forme, les plus anciens ayant été remplacés par
les nouveaux plus commodes, mieux fabriqués, que le commerce apportait.
Leur nom a changé en même temps. C'est ainsi que, malgré la très
grande ancienneté de l'épingle et de l'agrafe, notre mot français lui-
même, « épingle », vient du latin « spina », « spinula », épine, épingle,
lequel se retrouve même dans le polonais « szpilka », épingle, et sans doute
dans le vieux h. allem. spanga, fibule, épingle. L'irlandais delg, épine,
broche ou agrafe, comique delc, est sans doute le même mot que le
vieux nordique dalkr. Cette communauté lexique a pris origine à l'épo
que de la Tène. Elle ne peut pas être d'origine plus tardive. Nous avons 18 janvier 4906 40
su que les fibules ont été avec les agrafes de ceinture, les premiers objets
en fer importés en Danemark. Le nom gaulois a été introduit avec la
chose. Encore au temps de Tacite, cette fibule était l'objet essentiel de la
toilette des Germains : « L'habillement de la nation, dit-il (c. xvn) ne
consiste que dans une saie (le petit manteau gaulois), attachée avec une
agrafe ou faute d'agrafe avec une épine » C'est alors que s'est introduit
un autre nom d'origine latine ayant aussi le sens d'agrafe et d'épine.
Nous ne voyons pas d'autre origine possible à spanga, v. h. allem., et à
l'allemand spange signifiant encore aujourd'hui agrafe.
Nous avons vu quel rôle jouait la lance chez les Gaulois, tout d'abord
à Hallstadt. Les fers de lance sont très abondants dans leurs stations. Ils
sont abondants en particulier à la Tène. Et les anciens Gaulois ont bien
marqué leurs préférences pour cette arme qu'ils fabriquaient à leur
manière. Aussi les Romains leur ont emprunté leur nom de la lance. Le
v. gaulois gaison, ou gaisos, irlandais actuel, gae, et ce même nom latinisé
gœsum signifient arme à hampe de fer gauloise, et il est passé dans le grec
gaisos (yataoi;), avec le sens de lance gauloise à hampe en fer. Or la lance fut
aussi communément employée par les Germains. Nous retrouvons donc
son nom gaulois dans les langues germaniques : v. nordique geisl « bâton »,
geir, lance, v. h.all.etv.angl. sax. gar, qui se présente souvent en compos
ition : Ger-hast, — Ger-trut, etc. devenus des noms propres.
Cela exposé, je me borne à reproduire ici ce que dit M. Sophus Mûller,
dans son ouvrage classique : Nordische allertumskunde (édit. ail. Strasb.
1898, 2 vol. in-8°). Vercingetorix assiégé dans Alesia (Alise Sainte-
Reine. — Côtes d'Or) par César, fut secouru par une armée de 248.000
Gaulois, dont 8 000 cavaliers.
Les Romains pour se défendre à la fois contre Vercingetorix et contre
cette armée, durent creuser une double ligne de retranchements. L'empla
cement- de ces retranchements a été retrouvé et on y a recueilli une quant
ité d'objets abandonnés par les Gaulois: Par exemple des umbos de bouc
liers, en fer, des épées à deux tranchants dans un fourreau de métal h
bout large, des épingles à arc. Tous ces objets sont semblables à ceux
trouvés dans les tombeaux. danois. On connaît bien d'ailleurs, par les
descriptions des anciens, le bouclier gaulois avec son ombilic, bosse
métallique à pointe conique, destiné à protéger l'avant bras.
Il est souvent question dans Ips Commentaires de César, de Bibracte, la
capitale des Eduens. L'emplacement de cette ville existe près d'Autun
(C'est le mont Beuvray). Et entre les anciens murs et fossés qui l'entou
raient, on a mis au jour de nombreuses assises de ses maisons. Or, au
milieu de ces ruines, il y avait beaucoup de ces épingles à arcs des tom
beaux danois, et la ressemblance entre ces deux séries de pièces va par-
foisjusqu'à l'identité la plus complète.
Il n'y a pas de doute qu'à Alesia comme à Bibracte, nous avons bien,
affaire aux Gaulois de l'histoire.
Mais nous avons déjà montré des objets semblables, la même industrie,
en différents points de l'Europe centrale. Nous retrouvons cette indus- — LBS GAULOIS 41 ZABOROWSKI.
trie non seulement en Gaule, mais partout où l'histoire nous a signalé
des invasions de Gaulois. Elle est donc bien gauloise aussi dans l'Europe
centrale. Des Gaulois ont été maîtres. du nord de l'Italie. Or, -dans des
cimetières étrusques, on trouve des tombeaux de guerriers dont le contenu
rappelle absolument celui des plus anciens tombeaux danois, l'industrie
. d'Alesia, de Bibracte.
Ces tombeaux se classent entre 400 et 200 avant notre ère, époque
où la région où ils se trouvent est tombée sous la domination romaine.
On a trouvé àMarzabotto, près Bologne, une fibule à arc pareille à deux
fibules recueillies dans un vase avec des os brûlés, à Ulbjerg, district
de Viborg, Danemark.
Des Gaulois du Danube sont allés s'établir jusque sur le littoral de
l'Adriatique, se superposant à une population brûlant. tous ses morts.
Nous avons montré cette superposition en plusieurs cimetières. (Y. Bullet.,
1904, p. 692).
Prèsd'Adelsberg en Carniole, à Saint-Michaël, à côté de tombes halls-
tadtiennes, sont des tombes de l'époque de la Tène. Celles-ci contenaient
des fibules à arc, des épées à deux tranchants et à. un tranchant légère-!
ment courbe, comme celui du Danemark.
A ces observations de Sophus Mûller, j'ajoute celles faites récemment
en Bohême. M. Pic a donné lui-même deux fibules en fer de Stradonice
2," pi. HI, fig. 32 et 33) qui sont à peu (Cechy na usvite Dejin. Zwazek,
près identiques aux fibules danoises.
Sans discuter, sans connaître ces trouvailles d'ailleurs récentes, de
Stradonice, M. Sophus Mûller, pouvait cependant dire, il y a déjà huit ou
neuf ans (p. 31) : « Nous avons suivi les principales formes celtiques des
antiquités trouvées en Danemark, à travers l'Europe Centrale, de l'ouest
à l'est, et discuté leur première origine. Elles se laissent suivre de la
Hongrie, de la Bohême, jusqu'à la Baltique. Sur toute cette étendue le long
de laquelle la nouvelle culture a gagné le nord, on a trouvé de. nombreux
échantillons d'une fabrication semblable. Ces trouvailles attestent le fait-
historique que les Celtes (M. Sophus Mûller emploie indifféremment les
noms de.Celtes ou de Gaulois comme tous les autres savants étrangers),
le fait est historique, que les Gaulois, aux iveet m0 siècles, occupaient dans
l'Europe Centrale une place considérable. De là leur industrie, leur goût,
leur style ont acquis une pleine domination sur les peuples habitant au
nord de leur pays jusqu'au sud de la Scandinavie et jusqu'en Angleterre.
De puissantes tribus gauloises apparurent dans la vallée du Danube dans
tout, leur développement. Pillant et volant, elles parcoururent la plus
grande partie de l'Italie, de la Grèce, de l'Asie-Mineure... Ce grand
déploiement de force, sur le terrain politique, correspondit naturellement
à un développement puissant et original de l'industrie et du style, comme
nous l'observons encore, lors du deuxième grand mouvement de peuple,
celui des invasions germaniques. Cette époque de la domination celtique
est désignée sous le nom d'époque de la Tène ou du récent âge du fer dans
le centre de l'Europe. Les éléments de cette nouvelle culture comprennent .
18 janvier 1906 42
une partie de ceux du plus vieil âge du fer ou de Hallstadt et quelques-uns
de ceux des pays classiques. Où il y a des antiquités celtiques, il y a aussi
des produits d'industrie grecque et étrusque. Notamment dans la région
danubiennne au milieu de riches trouvailles, il y avait de beaux vases
de bronze etd'autres objets de métal d'un travail classique, à côté de pro
duits de l'industrie des Celtes. En Danemark aussi on a découvert quatre
vases de bronze d'un travail classique, qui sont du dernier siècle avant
Jésus-Christ. Ils ont sans doute été- pris en Italie par les guerriers gaulois
et sont parvenus dans le nord après de longs détours. En tout cas ils
appartiennent aux monuments de la puissance des Celtes. »
Les observations de M. Sophus Mûller sur l'âge du fer danois, les
relations certaines qu'il démontre entre lui et la civilisation gauloise, sont
restées inconnues ici ou à peu près. Leur importance décisive a été igno
rée. Mais elles n'étonneront pas ceux qui ont suivi mes leçons. Et je n'ai
qu'à rappeler ce que j'ai 'dit encore il y a peu de temps, pour en faire
saisir toute la portée. C'est l'archéologie même qui parle par l'organe de
Sophus Mûller.
Or, l'archéologie, sans rien connaître des recherches poursuivies
loin de son domaine, nous affirme, nous démontre, que ce sont les
Gaulois qui ont introduit, sur la Baltique, le fer, les premiers objets fabri
qués en fer. Pendant ce temps, d'un autre côté, les linguistes, ignorant ces
résultats, découvrent que dans les langues germaniques, les noms du fer
et d'objets fabriqués en fer, ne sont pas germaniques d'origine, mais
gaulois. Encore aujourd'hui, au fin fond de l'Irlande, le nom du fer des
cendant du nom vieux gaulois, est étroitement parent du nom gothique,
des noms germaniques, en général, du nom vieux h. ail. (Revue de l'École
cTAnthrop., 1904; p. 217). N'est-ce pas là une concordance frappante et
n'avons-nous pas dans cette concordance même une base d'une solidité
à toute épreuve, pour la détermination précise des origines gauloises et
germaniques? Toutes les élucubrations inventées pour expliquer ces
origines, tous les romans de migrations et de pérégrinations, ne tomb
ent-ils pas à plat devant-elle? Qu'en résulte-t-il en effet? Que les
Gaulois étaient sûrement établis dans la zone centrale de l'Europe, des
Carpathes au Rhin, au moins avant la première pénétration du fer dans
cette région, avant l'époque de Hallstadt, et que les ancêtres des Germains
au contraire étaient déjà éloignés alors de toute région où le fer était
connu; notamment de la mer Noire sur le littoral de laquelle les métaux
pénètrent ensemble avant le • xu6 siècle avant notre ère. Ils étaient
cependant à proximité de territoires gaulois. Les Germains n'auraient pu
recevoir le fer et ses noms des Gaulois, s'ils avaient été, à l'époque halls-
tadtienne,' ailleurs que sur le pourtour occidental de la Baltique. Nous
1 Schrader cite bien Sophus Mûller, mais entre l'opinion qui fait de Hallstadt une
station préceltique, et celle qui l'attribue aux Gaulois Taurisques, il ne se prononce
pas (1, 174). Et il déclare ne pas savoir si les ont emprunté leur art national
4u fer fiu* Grecs de Marseille ou à l'Italie du nord,

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