Les méthodes non verbales d'examen mental - article ; n°1 ; vol.24, pg 70-82

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L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 70-82
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1923
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Dr. O. Decroly
III. Les méthodes non verbales d'examen mental
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 70-82.
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Decroly O. III. Les méthodes non verbales d'examen mental. In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 70-82.
doi : 10.3406/psy.1923.4493
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1923_num_24_1_4493Ill
LES MÉTHODES NON VERBALES
D'EXAMEN MENTAL
Par le Dr Degroly.
Dans le premier travail critique publié sur l'échelle de Binet
nous signalions déjà en 1906 *, parmi les lacunes de cette échelle,
le manque d'épreuves qui ne font pas appel au langage, et
d'épreuves qui permettent de déceler les aptitudes motrices.
L'observation des enfants incapables de tirer parti du régime
scolaire habituel, m'avait fait constater ce que d'autres auteurs
ont également signalé, c'est qu'il y a une activité intelligente
très développée capable de se manifester sans intervention des
mots, et que par contre il y a des sujets qui peuvent répondre
d'une manière satisfaisante aux tests de Binet et qui sont c
ependant très bornés pour les adaptations pratiques et sociales.
De là est née la préoccupation de rechercher entre autres les
épreuves où le langage est absent ou peu important ; c'est ainsi
que nous avons avec divers collaborateurs, étudié le test d'images
en désordre, celui des boîtes à ouvrir, et d'autres. Ceci se passait
avant la guerre. Pendant celle-ci nos recherches ont été inte
rrompues ou ralenties. Or, dans les pays étrangers les investi
gations continuaient pendant ce temps ; elles ont donné lieu
à un grand nombre de formes d'épreuves dites non verbales.
Parmi ces épreuves non verbales, il faut distinguer celles qui
peuvent se réaliser en groupe ou épreuves collectives, et
celles qui ne peuvent s'appliquer qu'à un seul sujet à la fois.
Les types d'épreuves collectives se sont multipliés dans ces
dernières années depuis la vaste application qui en a été faite
dans l'armée américaine a.
1. V. Decroly et de Gand. Diverses recherches critiques sur les tests
de Binet, Archives de Psychologie, 1907 et suivantes.
2. V. et Buyse, Les applications américaines de la psychologie
à l'éducation, Lamerlin. 1923. LES METHODES NON VERBALES D'EXAMEN MENTAL 71 DECROLY.
Le test Army Bêta fut le premier des tests dits non ver
baux, suivi bientôt par le test de même espèce d'Otis l ; les
épreuves non verbales de Dearborn, Haggerty, Healy-Bronner,
Kingsbury, Myers, Pintner, Pressey, Stockbridge et Trabue,
de la ville de Détroit et autres, diffèrent plus ou moins des
deux premières.
Ces épreuves sont le plus souvent des épreuves d'attention
possible et d'intelligence logique.
Souvent elles exigent la compréhension des instructions et
par conséquent ne sont pas absolument non verbales, mais il
en est qui peu vent se pratiquer sans langage grâce aux modèles
qu'on donne préalablement.
Déjà, dans l'échelle Binet-Simon, il y a certaines épreuves
où l'exécution et même les instructions ne demandent que peu
ou pas de langage, tels le test de copie du carré, du losange, de
comparaison esthétique, des lacunes de figures, des compar
aisons de poids ; seulement telles qu'elles sont conçues, la
plupart exigent l'examen individuel.
Les Américains ont repris et étendu le test des lacunes de
figure ; mais ils en ont aussi imaginé d'autres et se sont efforcés
de les rendre applicables à des groupes simultanés.
Parmi eux, il en est qui, comme nous venons de le voir, néces
sitent cependant la compréhension d'instructions verbales. La
plupart de ces épreuves non verbales sont prévues pour des
sujets qui ne savent ni lire ni écrire, ou pour des étrangers. Cer
taines sont combinées pour des sujets de tout âge, d'autres
conviennent surtout pour des enfants du jardin d'enfants et
du début de l'école élémentaire ou primaire. En ce qui concerne
les épreuves que nous avons élaborées, signalons que nous avons
étudié des tests de dessin qui ont une corrélation avec l'âge
mental, dans deux travaux, l'un publié dans le Journal de
Neurologie, en 1912, l'autre dans le C. R., de la conférence
d'orientation professionnelle de Barcelone, en 1922.
Nous avons publié en 1914 2 une étude sur le test des images
en désordre. Claparède 3 a signalé que ce test avait été préconisé
antérieurement par Dawid en Pologne, mais avec une technique
différente et qui fait intervenir nécessairement le langage. Le
test de Dawid consiste en effet à montrer la première et la
1. Otis (A.-S.), Primary examination jortn A and B. G. Harrap et C°,
Londres.
2. Decroly, Epreuve nouvelle..., Année Psychologique, 1914.
3. V. Claparède, Les diverses espèces de tests mentaux, 1918, Arch.
-Suisses de Neurologie et de Psychiatrie. 72 MÉMOIRES ORIGINAUX
dernière image d'une série, et à faire raconter ce qui s'est
passé entre les deux.
Dans la technique que nous proposons, le langage peut être
éliminé en faisant d'abord une ou deux épreuves pour rien,
qu'on fait répéter par le sujet ; quand le sujet sait parler on
peut recourir au langage comme second contrôle. Cette épreuve,
qui était d'abord individuelle, est maintenant rendue collective.
Pour ce qui concerne les boîtes à ouvrir, nous en avons cons
truites et fait construire différents modèles de plus en plus com
pliqués et dont certains sont agencés pour présenter divers
degrés de difficulté croissante.
Le modèle le plus compliqué est employé à l'Office d'Orien
tation professionnelle de Bruxelles, et dans divers laboratoires
du pays et de l'étranger; il sert à déceler des aptitudes d'intell
igence pratique associées à des capacités motrices.
Il consiste en une caisse en bois d'environ 20 x 20 X 12,
fermée par des mécanismes visibles et invisibles, qui se com
mandent en partie les uns les autres. Nous publierons ince
ssamment le résultat de nos recherches sur ces boîtes '.
Épreuve des images « effets et causes »
L'épreuve des images « effets et causes « a été combinée il y
a deux ans ; nous avons fait une série de recherches avec diff
érents collaborateurs, notamment avec Mlle Sécelle, institutrice
d'une classe d'observation pour enfants anormaux, dans une
école primaire publique de Bruxelles. Avec l'assentiment des
autorités scolaires, Mlle Sécelle a fait porter l'expérience sur
289 enfants de 8 à 15 ans.
L'épreuve consiste notamment en quinze paires d'images ;,
ces images sont dans un rapport de cause à effet, ou un rapport
logique analogue.
Les voici dans l'ordre approximatif de difficulté :
a) Une bouteille cassée sur le sol. — Un petit garçon lâche
la bouteille.
b) Un bateau qui sombre. — Deux navires qui marchent
dans des directions croisées.
1. Soulignons en passant que ces tests n'excluent pas les épreuves analy
tiques, mais rendent cependant de grands services pour juger de la manière
dont les fonctions complexes ou des ensembles de fonctions se manifestent
daas des problèmes pratiques. DECKOLY. LES METHODES NON VERBALES 1) EXAMEN MENTAL 73
<) Un lapin mort. — Un chasseur qui tire.
d) Un ardoisier sur le toit. — Un ouvrier étendu sur le sol.
c) Un peintre juché sur une échelle. — Le même tombé avec
son échelle.
/) Une perche avec des oiseaux et une flèche qui abat un de
ceux-ci. — Un gamin tendant un arc.
s) Un gamin saigne du nez. — Deux gamins se battent.
h) Un qui s'éponge !a figure. — Un gamin court.
:) Un arbre brisé. — Une scène d'ouragan.
/') Une scène d'inondation. — Une scène de pluie torrent
ielle.
k) Un incendie. — Une boîte d'allumettes.
l) Un gamin couvert de taches, grondé par sa mère. — Un
encrier.
m) Un carreau cassé. — Un gamin dans l'attitude du jet.
La technique d'abord employée était la suivante : on pré
sente d'abord une image de la série A (effets), notamment le
bateau qui sombre, et on fait rechercher l'image correspondante
de la série B (causes), représentée par la rencontre de deux
navires. Puis on dit au sujet qu'il doit rechercher pour toutes
les images de la série A, les images correspondantes de la
série B.
Pour permettre un travail simultané, on a placé des signes
dans un coin de chaque image-effet ; ces signes doivent être
reportés sur les images-causes correspondantes. On arrête les
sujets au bout de cinq minutes, lorsqu'ils ont moins de 10 ans.
On note le, nombre des réussites effectuées dans ce temps.
M11" Sécelle a modifié cette technique pour des groupes
d'école primaire, en découpant les images-effets. Celles-ci sont
placées d'abord, par les enfants, sur un carton, dans un ordre
quelconque ; on distribue alors les images- causes et on les fait
placer au-dessus des images-effets correspondantes. Le danger
de la copie est ainsi évité.
Les résultats obtenus de cette manière, sur 289 enfants
d'une école de filles sont les suivants : :
74 MEMOIRES ORIGINAUX
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Age t~^ 00 O^ <O "^* f^) CO ■*!* iß ?O t>- OO
groupes
en
nés réussites Nombre 1911 1908 1916 1915 1914 1913 1912 1910 1909 1907 1906 1905 par de Enfants </ a > Totaux H
£
V t des résultats par âge (suite) Tableau
Totaux Nombre
Age de
réussites Elèves classes normales Elèves classes arriérées
Enfants nés en
1 1916 7 1
1915 21 2 8 23
1 1 33 1914 9 6 39
3 1913 1 23 8 31 10
3 24 1912 4 1 10 34 11
■ 26 1 2 3 1911 12 13 39
5 1910 5 4 27 25 52 13
3 2 11 1909 14 2 3 23 34
2 1 7 5 ô 17 24 1908 15
2 1907 16 2 1 4 6
1 2 1906 17 2 4
1 2 1905 18 2
22 21 179 110 289 totaux par groupes
3 16
24 38 76 MÉMOIRES ORIGINAUX
Les enfants sont divisées en élèves des classes normales et
élèves des classes spéciales ; les premières sont au nombre de
179, les secondes 110 (les résultats de celles-ci sont indiqués
par chiffres soulignés).
On trouve, dans le tableau, le nombre d'élèves qui, dans le
temps prescrit, ont réussi de 0 à 14 épreuves. Remarquons
dès maintenant, qu'aucune élève n'a donné 13 réussites et
qu il y a aussi une chute anormale pour le nombre de sujets
qui ont donné 11 réussites.
Pour le premier cas, il est facile de comprendre que cela
résulte de ce que toutes celles qui ont 13 réussites en ont f
atalement aussi 14, puisqu'il ne reste plus qu'une image à
placer 1. Il est donc possible que la chute pour le nombre qui
a donné 11 réussites résulte aussi d'un phénomène analogue.
Voici encore quelques considérations dont il faut tenir
compté avant de passer à l'appréciation des résultats :
a) L'école examinée est une école publique, fréquentée par
des enfants en majorité de la classe des travailleurs manuels et
indigents.
b) Le nombre d'enfants en retard de plus de 2 ans est très
grand, puisque les classes spéciales renferment plus de 40 0/0
de la population, de là un plus grand nombre d'élèves âgées,
dans ces classes.
c) Les meilleures élèves des classes normales quittent vers
12 ans pour passer dans les écoles préparatoires à des sections
normales, ou autres écoles secondaires ; de là la diminution
proportionnellement très marquée de ces élèves après 12 ans,
alors que l'obligation scolaire va jusqu'à 14 ans.
Si nous essayons de représenter d'une manière plus pal
pable les résultats par âge et par groupe, nous pouvons, par
exemple, figurer quels sont les nombres de sujets qui obtiennent
9 ou 10 réussites sur 13. Nous pouvons ainsi rechercher à quel
âge 9 sur 13 sont obtenues par 70 0 /0 environ des
sujets ; ce pourcentage a été considéré comme suffisant pour
établir à quel âge correspond un test ou un certain degré de
réussite dans un test. Ceci d'ailleurs n'est donné qu'à titre
d'indication et devra encore être précisé par des rechercher
ultérieures.
Voici ce que nous obtenons en mettant en tableau les résul-
1. Il est possible qu'en modifiant la manière de faire exécuter le test, otv
aurait aussi 13 réussites — seulement, il faudrait alors le donner indiv
iduellement. LES METHODES NON VERBALES D EXAMEN MENTAL 77 IJECROLY.
tats représentés par 9 réussites sur 13. Nous n'avons pas été
au delà de 15 ans, les nombres étant trop peu importants au
delà de cet âge.
èves
Classes normales Classes arriérées S -a P*""~ — ^ y — "■ »•- --. , ■— ™ Ti •« Nombre ■< two Nombre Réussite Nombre Réussite Réu
% V.
8 23 4,3 21 1 4,9 1
20,5 8 24,2 0 9 39 8 33 6
10 31 10 32 24 9 38,9 8 1
38 12 50 1 1 11 34 13 24
12 39 17 43,4 26 13 50 13 4
52 28 54 20 74 11 32 13 27 25
14 34 19 56 11 8 72,5 23 11 47,5
62 * 100 17 9 15 24 15 7 7 52,9
Mis en graphique, ces résultats donnent ce qui suit : (V. gra
phique I).
10 Ages 11 en années 12 13 14- 16
Graphique I
Le graphique montre bien la gradation des bons résultats
dans l'ensemble chez les élèves des classes normales et chez .
78 MEMOIRES ORIGINAUX
celles des classes anormales \ Chez les normales, on peut dire
que 70 à 75 0/0 des élèves réussissent 9 épreuves sur 13, à
partir de 13 à 14 ans.
Si nous faisons le même travail pour 10 réussitessur 13,
nous obtenons les nombres et le graphique suivants :
1
èves
Claises normales Class äs arriérées
Ja -*- — ,-- - — •- — — ^ y — "■■» ■^^~— ts n CD a < S -q "S S BUS a a 0 a o 1 Z o as aï es
0 8 23 0 0 21 0 0 2 0
7 ,8 6 0 0 9 39 3 33 3 1 9,
0 10 31 5 22 ,5 24 7 29 8 0
34 32 10 1 10 il il 24 11 46
2 1 12 39 10 25 ,5 26 8 30 13 15,
24 13 52 24 46 27 67 26 6 18
11 5 14 34 19 56 11 8 5 23 47, 72,
15 24 15 62 ,5 7 100 17 9 8 7 58,
Mis en graphique, ces résultats donnent ce qui suit : (V. gra
phique II).
100
9 I0 H 12 IS lif 15
figes en années
Graphique II
1. Si les classes normales inférieures ont des résultats aussi bas, c'est pro
bablement que cea classes ne sont pas sélectionnées.

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