Les motivations d'accomplissementet d'affiliation. Recherches du groupe de l'Université de Wesley - article ; n°1 ; vol.58, pg 133-146

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 1 - Pages 133-146
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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C. Andrieux
Les motivations d'"accomplissement"et d'"affiliation".
Recherches du groupe de l'Université de Wesley
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 133-146.
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Andrieux C. Les motivations d'"accomplissement"et d'"affiliation". Recherches du groupe de l'Université de Wesley. In: L'année
psychologique. 1958 vol. 58, n°1. pp. 133-146.
doi : 10.3406/psy.1958.26665
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_1_26665LES MOTIVATIONS
D' « ACCOMPLISSEMENT » ET D' « AFFILIATION »
RECHERCHES DU GROUPE
DE L'UNIVERSITÉ DE WESLEY
par Cécile Andrieux
Jusqu'à ces dernières années, l'étude des motivations en psychologie
s'effectuait dans deux secteurs non communicants : celui de la psychol
ogie expérimentale dans l'étude de l'apprentissage ; et celui de la
psychanalyse et des théories de la personnalité dans l'analyse des
pulsions et l'étude des motivations supérieures : désir de puissance,
autonomie, réalisation de soi... Les études de groupe de l'Université
de Wesley, entreprises vers 1947, sous la direction de McClelland et
d'Atkinson, semblent avoir jeté un pont entre problèmes et méthodes,
jusque-là séparés par des cloisons étanches.
L'objectif de McClelland et de son équipe a été, à partir de 1947,
de trouver une méthode objective de mesure des besoins secondaires,
afin de permettre à la psychologie expérimentale classique d'aborder
l'étude des motivations complexes dans l'apprentissage et dans les
comportements cognitifs chez l'homme, et de lui fournir le moyen
d'édifier une théorie plus adéquate à l'étude des motivations secondaires,
basée sur d'autres constructions hypothétiques que la réduction des
besoins ou le pouvoir associatif des stimuli (2). Par la suite, cette méthode
a été utilisée par le groupe dans un vaste projet d'application des
techniques et des connaissances acquises en psychologie expérimentale
à l'étude des processus psycho-sociologiques : l'analyse des relations
entre contenus mentaux, de leurs rapports avec des institutions sociales
telles que des formes d'éducation ou le développement de facteurs
économiques (17, 18).
La méthode mise au point par l'école de McClelland est une adap
tation du Thématique Apperception Test de Murray, plus objective
que ce test dans son échantillonnage de figures, dans sa technique de
codage et sa validation. Avant toute démarche, McClelland a
posé les principes de sa méthode de mesure : contrôle de la situation
expérimentale, isolement d'une variable indépendante, démonstration
de la liaison existant entre cette et les projections recueillies
dans le contenu imaginatif, mise au point d'une analyse de ce contenu. 134 REVUES CRITIQUES
La première expérience a porté sur l'étude des « histoires » fournies
par des sujets plus ou moins affamés, placés devant des images contenant
des indices significatifs de nourriture. Cette première expérience de
contrôle des mécanismes de projection ayant été concluante, McClelland
et son équipe ont abordé la mesure du besoin « d'accomplissement »
(achievement) et un peu plus tard (vers 1951 environ) celle du besoin
« d'affiliation » (affiliation). Ces besoins ont été plutôt décrits que
définis par Murray. L'école de McClelland a précisé leur définition, que
nous traduisons ainsi : besoin d'accomplissement « l'aspiration à atteindre
dans une compétition un but conforme à des normes d'excellence » ;
besoin d'affiliation « la recherche de relations affectives avec autrui ».
La traduction française courante du mot « achievement », nous paraît en
fait inadéquate, si le concept d'accomplissement permet de mettre
l'accent avec justesse sur la recherche d'un but idéal, il laisse inexprimé
l'aspect essentiellement compétitif de cette recherche. Et il nous semble
que les notions : désir de réussite — où réussite se distingue du succès,
par sa signification sociale, le succès ayant une signification plus objec
tive — ou encore désir d'exceller seraient une traduction satis
faisante de la notion « achievement motive ». Nous utiliserons quant à
nous indifféremment le concept accomplissement ou réussite.
LA MÉTHODE DE MESURE
Le livre de McClelland et de ses collaborateurs, The Achievement
Motive, publié en 1953 (19), est consacré, en partie, à l'exposé d'une
recherche finale, couronnant un long travail de codification, de mise au
point et de validation de la mesure de la motivation d'accomplissement.
Dans ses expériences, le groupe de Wesley a utilisé en tout 8 planches,
en général dans une même présentation 4 planches à la fois ; parmi ces
planches, 3 tirées du T. A. T., les autres fabriquées spécialement en vue
du test ; toutes représentaient des personnages masculins. La passation
du test était collective, chaque planche était présentée sur l'écran
durant 20 s, les sujets devaient écrire pour chaque planche, en 4 mn,
une histoire en répondant à 4 questions. Avant le test projectif, une
séance de mise en situation permettait de contrôler la variable motiva-
tionnelle. Il s'agissait d'ordinaire d'une séance de test de performance,
par exemple d'un test d'anagrammes. La variable nature et degré de la
motivation était manipulée par les instructions précédant le test et
par le climat général de la passation. Par exemple, dans l'expérience
décrite dans The Achievement Motive : 1er groupe : climat de détente,
importance de la tâche minimisée par l'instruction ; 2e groupe : instruc
tions neutres en séance normale de test ; 3e groupe : instructions stimu
lant le désir de réussite, donnant à l'épreuve une valeur d'épreuve
d'intelligence et de capacités nécessaires au leadership ; 4e, 5e et 6e groupes :
avec instructions stimulant la motivation et induction soit du succès,
soit de l'échec, soit de l'expérience alternée du succès et de l'échec. Le ANDRIEUX. LES MOTIVATIONS 135 ('..
codage des « histoires » était complètement systématisé et la fidélité
interjuges très élevée, de l'ordre de .90. Les catégories du code étaient
nombreuses : images, thèmes d'une part ; expression du besoin, d'autre
part ; affects et expectations positifs et négatifs, obstacles. Le codage
donnait lieu ainsi à des scores totaux et des scores partiels.
Les résultats de l'expérience finale portant sur 117 sujets montrent
que la variance des scores est due à la variable conditions expérimentales,
c'est-à-dire à la stimulation de la motivation d'accomplissement ; et
ceci dans toutes les planches.
Malgré ces résultats positifs, qui confirment d'autres résultats simi
laires, la critique de cet instrument de mesure est à faire : il n'y a dans le
score total, quoique seules les catégories discriminantes entre conditions
expérimentales aient été retenues dans sa composition, et que les
intercorrélations des scores des différentes planches aient été faites,
aucune pondération des scores partiels, aucune pondération non plus
des scores des différentes planches ; d'autre part, le score total est selon
toute vraisemblance pluridimensionnel, comme l'indique, par exemple,
la variance des scores partiels dans les situations d'échec et de réussite ;
or aucune analyse factorielle du score, si elle a été tentée, n'a été publiée.
Les études faites pour définir et valider le matériel projectif relatif
à la motivation d'affiliation représentent le même effort de systémat
isation accompli avec les mêmes méthodes : les auteurs de recherches
sur la (24, 3, 12) ont utilisé comme matériel
projectif soit des planches du T. A. T., mélangées avec des planches
utilisées par Henry et Geutzkow dans l'étude des relations dans les
petits groupes (13), soit un test « d'intuition » où il est demandé au sujet
d'expliquer ou d'interpréter des phrases de signification ambiguë, ce
matériel étant également codé à l'aide de catégories fixées par McClelland.
Les premières recherches sur le besoin d'affiliation, celles de Shipley,
Veroff, Atkinson et Heynes ont donc été consacrées, comme dans l'étude
du besoin d'accomplissement, à la validation de la mesure par la
méthode des comparaisons entre groupes contrôles et groupes expé
rimentaux, où le besoin d'affiliation était suscité. Le procédé utilisé
pour stimuler la motivation consistait en une épreuve sociométrique
d'auto-cotation sur une liste de traits, de cotation de camarades, du choix
d'un certain nombre d'amis et de la prédiction du nombre de choix qui
seraient faits à l'égard de soi-même. Les catégories retenues pour l'él
aboration du score final étaient naturellement celles où la variance
intergroupes se révélait significative. Les résultats de ces recherches
ont été concluantes.
A côté des critiques sur le plan de l'élaboration statistique, cette
méthode de validation, par la manipulation de la variable motivation-
nelle dans la situation expérimentale, pourrait soulever une objection
fondamentale : Si une situation, ayant pour but de stimuler un besoin
donné, présente une liaison avec l'apparition de certaines réponses, dans
le matériel projectif, peut-on dire qu'il y ait une relation de cause à 136 REVUES CRITIQUES
effet entre la motivation et ces réponses ? Dans le groupe où la situation
expérimentale a eu pour but de stimuler par exemple le désir de réussite,
un besoin de réussite non exprimé dans le matériel projectif, mais manif
esté par l'amélioration de la performance a pu être provoqué chez
certains sujets, une production imaginaire, sans implication du moi
et sans conséquences sur la situation réelle, stimulée chez d'autres,
la supériorité du score global de ce groupe étant imputable à cette
dernière catégorie de sujets.
VALIDATION PAR DES CRITÈRES EXTERNES
Des recherches ultérieures, dans la mesure où on reconnaît un
pouvoir validant aux comportements qu'elles explorent, permettent
de réfuter cette objection. Des sujets extrêmes en niveau du besoin
d'accomplissement furent sélectionnés ; leurs comportements perceptifs
et mnésiques, relatifs à des stimuli associés à des situations de réussite
ou d'échec, ou bien leurs performances et leurs apprentissages furent
comparés.
La publication relatant l'expérience la plus ancienne dans ce domaine
date de 1949. S'inspirant des expériences de Postman, Bruner et McGin-
nies, McClelland et Liberman obtiennent des temps de reconnaissance
plus rapides de mots relatifs à la réussite chez les sujets ayant un haut
niveau de motivation d'accomplissement (20). Dans le même ordre
d'expérience, Atkinson et Walker (16) font une recherche relative à la
perception liminaire d'objets et de visages chez des sujets à niveau de
besoin d'affiliation bas et élevé. Les sujets à niveau de besoin d'affiliation
élevé ont un seuil de perception des visages significativement plus bas,
lorsque l'expérience est précédée d'une épreuve sociométrique, c'est-à-
dire lorsque le besoin d'affiliation est stimulé.
Atkinson s'est intéressé plus particulièrement aux rapports entre
la motivation d'accomplissement et le rappel de tâches inachevées (1,4).
Dans ses dernières expériences, faites avec Raphelson, il compare le
nombre de rappels de tâches inachevées (IR) et la différence entre le
rappel de tâches achevées et (IR-GR), chez des sujets
extrêmes dans le besoin d'accomplissement d'une part et chez des
sujets extrêmes dans le besoin d'affiliation d'autre part. Dans les
conditions où l'instruction stimule le besoin d'accomplissement, la
différence est significative en faveur des sujets à besoin d'accomplis
sement élevé, qui se souviennent davantage de tâches inachevées (IR
et IR-CR), tandis que dans les conditions expérimentales « détendues »
la différence est déterminée par la variable niveau d'affiliation, les
sujets à besoin d'affiliation élevé mémorisant davantage de tâches
inachevées (IR et IR-CR).
Lorsqu'ils se trouvent associés à une satisfaction réelle pour l'ambi
tion du sujet et lorsque la difficulté intrinsèque de la performance est
égalisée ou contrôlée, les succès dans la performance et l'apprentissage ANDRIKUX. LES MOTIVATIONS 137 C.
fournissent d'autres critères de validation. L'ouvrage de McClelland
et de ses collaborateurs résume le résultat de plusieurs expériences, la
plupart concluantes. Parmi les expériences plus récentes qui fournissent
des données pour ce test de la validation (14, 15, 11, 4, 28, 29), nous
ne citerons ici qu'une expérience de French (11) postérieure à la
publication du livre, The Achievement Motive. French trouve une
corrélation de .45 et .51, significative à P .01 entre la performance
et le score du besoin d'accomplissement au test « d'intuition » (voir
ci-dessus) dans une situation neutre de test et dans une situation avec
promesse de récompense ; et une corrélation de .48 entre la performance
et le besoin d'affiliation mesuré par le même test, lorsque la situation
expérimentale est une situation « de détente ».
Les résultats sont beaucoup moins cohérents lorsque nous pour
suivons l'examen des liaisons du niveau du besoin d'accomplissement
avec d'autres conduites : soit la réussite scolaire, soit surtout l'expression
directe du besoin d'accomplissement. McClelland ne trouve pas de
différence entre sujets classés H (haut) et B (bas) en besoin de réussite
dans le nombre de références à ce besoin dans des phrases à compléter ;
au contraire, il trouve dans certaines phrases, celles commençant par
le pronom « je », des différences en sens inverse de son hypothèse : les
sujets cotés B, en besoin de réussite dans son test énoncent davantage de
propositions relatives à la réussite. D'autres auteurs (7, 16) ne trouvent
pas de relations significatives entre le test de McClelland et des ques
tionnaires d'habitudes, d'intérêts ou de personnalité plus ou moins
axés sur le besoin de réussite, passés dans les mêmes séances par les
sujets. Ces résultats ne peuvent-ils s'expliquer par un effet de décalage
normal et une compensation possible entre 2 niveaux différents de la
personnalité, celui des besoins latents exprimés sur un mode symbolique
et projectif et celui des besoins manifestes et conscients s'exprimant
dans des réponses directes ? Mais nous restons néanmoins perplexes :
Certains sujets peuvent exprimer dans les « histoires » des besoins
latents, d'autres des besoins manifestes ; auxquels de ces sujets seraient
imputables les corrélations existant entre les réponses au test de
McClelland et les résultats de la performance ? Pour répondre à cette
question il faudrait : d'une part, que l'analyse des liaisons entre expres
sions de motivations et réussite dans la performance aient été pratiquée
à l'aide de tests variés : projectif s et non projectif s ; et d'autre part,
que la connaissance théorique des mécanismes de projection et d'expres
sion verbale directe soit plus poussée, la psychologie est bien peu avancée
dans ces voies.
Un autre résultat nous étonne de même : Hurley trouve (dans un
travail cité par plusieurs auteurs (14, 29)) une corrélation de. 17 entre le
test de McClelland et le test AI : « Imagerie d'Accomplissement »,
tirée d'une passation, avec réponses à choix multiple, de 10 planches
du T. A. T. ; cependant les expériences faites à l'aide de ce test par
exemple sur les relations entre l'imagerie d'accomplissement et l'appren- 138 REVUES CRITIQUES
tissage (14) et l'effet de l'échec sur la performance quand l'imagerie
d'accomplissement varie (29) donnent les mêmes résultats que des
expériences analogues faites avec la variable besoin d'accomplissement
mesurée par le test de McClelland. Ce défaut de corrélation n'est pas
dû à de mauvaises fidélités de ces tests, qui tous ont été éprouvés, du
moins cette source d'erreurs ne peut être la seule. Une remarque s'impose :
le test AI comprend seulement l'imagerie d'accomplissement qui ne
représente qu'une catégorie et qu'un score partiel parmi une dizaine
d'autres dans le test de McClelland, test qui a été construit pour mesurer
non seulement des habitudes, « des tendances à répondre », mais bien
une motivation, c'est-à-dire une tendance dynamique, un désir : l'attente
d'un succès ou l'appréhension d'un échec. Les réponses associatives,
images d'activités orientées vers la réussite pourraient selon les situations
expérimentales être en liaison ou non avec un désir effectif, des appré
hensions ou des espoirs suscités par ces images. Nous manquons là
encore d'expériences qui permettent de tester la nature de la différence
existant entre les 2 épreuves et partant nous éclairer sur le contenu
motivationnel, réel, des projections de réussite, c'est-à-dire sur la variance
propre au contenu dynamique des projections de ces 2 tests dans les
résultats de la performance, de l'apprentissage, de la perception.
ROLE DE LA MOTIVATION
DANS LA PERFORMANCE ET L'APPRENTISSAGE
En effet, dans l'étude du rôle de la motivation dans la performance
et l'apprentissage, deux conceptions théoriques de la motivation
s'affrontent. Pour Färber (10), par exemple, la motivation ce sont les
« tendances à répondre », qui, par leur valeur associative déterminent
un effort ou un affect. Pour McClelland et Atkinson (19, 2), les affects
ont dans la motivation un pouvoir dynamique, ce sont eux qui « médiat
isent » des « dispositifs de réponses », à valeur renforçante pour la
performance ou l'apprentissage ; l'activation du comportement peut
donc être assurée pour ces auteurs par des affects positifs — attente
agréable — aussi bien que par des affects négatifs, tendant à réduire
un besoin : peur, anxiété, privation.
Quoique aucune expérience cruciale n'ait été tentée pour trancher
de la nature des motivations d'accomplissement ou d'affiliation, c'est
cette théorie qui sous-tend les expériences faites par le groupe de
l'Université de Wesley, dans l'étude du rôle de la motivation dans la
performance. Pour étudier ce problème, Atkinson, qui s'y est part
iculièrement intéressé, définit d'abord la force qui détermine le sujet
à exécuter la performance ; il pose le problème dans les termes de
Tolman (25) : la tendance à agir dans une direction « est fonction à la
fois de la force de la motivation et de la force de l'attente provoquée
par les indices de la situation expérimentale, relatifs au caractère
instrumental de la performance par rapport au but de cette motivation ». ANDRIEUX. LES MOTIVATIONS 139 C.
B = / (m, e). Dans les articles auxquels nous nous référons maintenant
(7, 5, 11) B, c'est l'implication du sujet dans la performance (ego invol
vement) ; m, la motivation de base, dont les indices sont fournis par
l'histoire du sujet ; e, l'expectation ou l'attente suscitée par les indices
de l'instruction et la procédure de l'épreuve. Tous les auteurs qui ont
publié sur ce problème ces 3 dernières années trouvent des résultats
concordants :
Si on suscite l'expectation par des indices relatifs à l'accomplissement,
c'est-à-dire si on donne à la tâche une signification compétitive, en
suggérant au sujet qu'elle aura valeur de démonstration de son intel
ligence et d'autres capacités supérieures, les sujets ayant un score
élevé en motivation d'accomplissement — motivation de base —
réussissent mieux cette tâche donnée ; même si les aptitudes ne sont pas
égalisées au départ, on constate une supériorité de performance chez
des sujets cotés H (haut) en besoin d'accomplissement. Par exemple,
lorsqu'on divise des sujets H, en sujets à aptitude arithmétique forte
ou faible, la différence des scores dans une performance
n'est pas significative entre ces deux groupes, alors que chez les sujets
cotés B (bas), la même division en 2 groupes fournit des différences
significatives au test arithmétique (5).
Si on fait l'expérience dans une atmosphère de détente et si on
suscite chez les sujets le besoin de faire plaisir à l'examinateur, d'être
approuvé par lui, c'est-à-dire si on provoque chez les sujets l'attente
d'une satisfaction du besoin d'affiliation, ce sont les à niveau
d'affiliation élevé qui réussissent le mieux la performance.
Par contre, si on introduit dans la situation expérimentale des
indices extrinsèques, la promesse d'une récompense ou une forte pression
(minutage rigoureux (28), crainte d'un choc électrique (21)), ni les
sujets à haut besoin de réussite, ni les sujets à haut besoin d'affiliation
ne se distinguent par un score plus élevé.
Enfin, Atkinson et Reitman (5) ont réalisé une expérience permett
ant de neutraliser chacun des 3 types de motivation décrits ci-dessus
en les suscitant à la fois. Aucun des 3 types de sujets, à haut besoin
de réussite, d'affiliation ou de récompense matérielle, n'a réalisé une
performance significativement supérieure, les auteurs ayant mis en
effet tous les sujets dans des conditions favorables à l'implication du
moi. Cette expérience nous paraît particulièrement suggestive pour
le contrôle de la motivation dans les situations de test pour la psycho
technique et la recherche expérimentale.
Pour terminer ce rapide inventaire des études relatives au rôle des
motivations d'accomplissement et d'affiliation sur la performance, il
faut signaler une expérience intéressante de Williams (29) faite sur le
rôle de la motivation (mesurée ici par le test d' « Imag
erie d'Accomplissement ») lorsqu'on fait varier dans la performance
deux autres facteurs : 1° L'échec ou le succès ; 2° Le mode de fixation du
niveau d'aspiration par le sujet ou par l'examinateur. Williams en 140 REVUES CRITIQUES
arrive aux conclusions expérimentales suivantes : l'échec seul n'est
pas un élément de la variance, non plus que le mode de fixation du
niveau d'aspiration (set), mais il existe une interaction entre les
motivations d'accomplissement, l'échec ou la réussite et le « set » ;
ou plus explicitement, lorsque le niveau de motivation n'est pas contrôlé,
l'échec n'améliore, ni ne détériore la performance ; par contre, l'échec
améliore la performance des sujets à besoin de réussite élevé, lorsque
leur niveau d'aspiration est fixé par eux-mêmes, et la performance
des sujets à besoin de réussite bas, lorsque le niveau d'aspiration est
fixé par l'examinateur. Enfin, dans toutes les conditions, les sujets à
besoin de réussite élevé ont un score de performance supérieur à celui
des sujets à besoin de réussite bas, alors que cette liaison entre le score
et la motivation d'accomplissement mesurée par l'Ai ne se retrouve pas
entre le score et le niveau d'aspiration, ce dernier serait donc une mesure
inadéquate du besoin de réussite.
ESPOIR DE RÉUSSITE ET CRAINTE DE L'ÉCHEC
Plusieurs auteurs se sont également posé le problème des rapports
existant entre l'anxiété et la motivation d'accomplissement (Bendig (7),
Raphelson (23)). Ils ne trouvent pas de relations significatives entre
l'échelle d'anxiété manifeste de Taylor et le test de McClelland, mais obtient une corrélation significative ( — .43) entre ce test
et la mesure de l'anxiété dans les situations de test de Mandler et
Sarason : les sujets à besoin de réussite B sont donc souvent plus anxieux
que les sujets à besoin de H, devant une épreuve définie.
En groupant les sujets présentant les 2 caractéristiques : Groupe I :
Anxiété + et Accomplissement — ; Groupe II : Anxiété — et Accomplis
sement + , les auteurs trouvent que dans une séance de manipulation
libre, qui précède un test de performance sur un appareillage délicat,
les sujets du groupe II présentent un niveau de conductibilité de la
peau (R.P.G.) élevé, alors que pendant la passation du test ce sont les
sujets du groupe I qui manifestent une réaction galvanique élevée.
L'élévation du R.P.G., chez les sujets anxieux, à niveau d'accomplis
sement élevé serait une mesure d'un niveau à" activation générale du
comportement. Le score en besoin d'accomplissement serait donc un
critère de l'interprétation à donner à l'élévation du R.P.G.
Clark, Teevan et Ricciuti (8) ont voulu reprendre une hypothèse
énoncée par McClelland reliant le besoin d'accomplissement élevé à
une attitude d'espoir du succès et le bas à
une de crainte de l'échec, l'expérience menée par ces auteurs
n'a pas été concluante. Martire (22) a étudié les relations du niveau
d'aspiration et de l'écart entre le moi idéal et le moi réel avec un autre
principe de Clark, établi par McClelland. Après avoir pris deux mesures
du besoin de réussite, l'une dans des conditions de détente, l'autre dans
des conditions de stimulation du besoin de réussite, accompagnée
d'autres épreuves ; il classe ses sujets en 4 groupes : HH, BH, HB etBB. ANDRIEUX. — LES MOTIVATIONS 141 C.
II trouve : que les sujets H H qui dans toutes conditions manifestent
un besoin de réussite élevé, qui par ailleurs sont le plus nombreux,
aux niveaux d'âges inférieurs (autour de l'âge moyen de 20,5), présentent
un écart entre le moi idéal et le moi réel significativement plus élevé que
les autres sujets, et que les sujets HB, qui ont un besoin d'accomplis
sement élevé mais redoutent l'échec ont un niveau d'aspiration « réaliste »
et « idéal » significativement plus bas que les trois autres groupes. Les
groupes BH et BB ne présentent pas dans cette expérience de signes
particuliers, ils sont moins intrinsèquement motivés que les H H et
moins anxieux que les HB.
Malgré d'intéressantes suggestions de McClelland dans son ouvrage
et la recherche instructive de Martire, nous savons peu de choses de
l'effet de l'échec et du succès ainsi que de l'attente du succès et de la
menace de sur l'expression du besoin de réussite (ou d'affiliation)
dans un matériel projectif ; cette connaissance paraît pourtant indis
pensable pour prévoir quels types de sujets nous obtiendrons dans les
catégories H et B de besoin d'accomplissement (ou d'affiliation), et, en
étudiant les réactions particulières de chacun de ces types à l'égard de la
performance, pour prédire le niveau de réussite des deux catégories H et B .
FACTEUR PSYCHO-SOCIOLOGIQUE
L'étude de la nature et des effets sur le comportement de la moti
vation d'accomplissement a orienté rapidement le groupe de l'Université
de Wesley vers l'étude des origines et des conséquences au niveau social
de cette motivation. Nous trouvons un premier compte rendu de ces
recherches dans le livre The Achievement Motive, le deuxième dans le
Symposium de Nebraska sur la motivation.
Après avoir pris connaissance des premiers travaux du groupe de
Wesley, on voit s'esquisser une structure motivationnelle, un syndrome
« accomplissement ». Au moyen d'interviews centrés sur le type d'édu
cation reçu des parents, sur l'image paternelle, certains chercheurs de
ce groupe ont d'abord trouvé des relations intéressantes du besoin
élevé d'accomplissement avec : une valorisation moyenne des parents ;
peu de sentiments de culpabilité en général ; le non-conformisme (grâce
à une recherche annexe aux expériences de Asch) ; des relations parents-
enfants sur le mode « acceptation » affective, non sur le mode « rejet »
et désapprobation. Dans le sens de ce dernier résultat, citons un travail
de Winterbottom, où cet auteur découvre, d'après une étude faite par
questionnaire auprès de mères américaines, que le haut niveau du
besoin d'accomplissement est en liaison avec la récompense physique,
c'est-à-dire des manifestations affectives directes de la mère ; le même
travail et un autre dirigé par Friedman sur 8 cultures indiennes amér
icaines ont démontré, d'autre part, une corrélation très élevée entre
l'apprentissage précoce de l'indépendance et un besoin de réussite
élevé chez les adolescents.
McClelland, toujours dans le même ouvrage, et Atkinson dans sa

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