Les mouvements des yeux et les mesures de dépendance-indépendance du champ - article ; n°2 ; vol.81, pg 511-533

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L'année psychologique - Année 1981 - Volume 81 - Numéro 2 - Pages 511-533
Résumé
Après un rappel des principales épreuves permettant de mesurer la dimension dépendance-indépendance du champ, on examine des caractéristiques des mouvements oculaires lors de l'exécution des différentes tâches qui constituent ces épreuves, en particulier le EFT (Embedded Figures Test) et le RFT (Rod and Frame Test). Uauteur étudie ensuite la relation entre mouvements oculaires et dépendance-indépendance du champ chez les schizophrènes. Une dernière partie est consacrée aux mouvements latéraux involontaires dans leurs rapports avec le style cognitif.
Summary
The author reviews the main methods for the measurement of field dependence-independence and analyzes the characteristics of eye movements during certain tests, namely Embedded Figures Test and Rod and Frame Test. The relationship between eye movements and field dependence-independence in schizophrenies is investigated as well as the relationship between uncontrolled lateral movements and cognitive style.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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R. Rozestraten
Les mouvements des yeux et les mesures de dépendance-
indépendance du champ
In: L'année psychologique. 1981 vol. 81, n°2. pp. 511-533.
Résumé
Après un rappel des principales épreuves permettant de mesurer la dimension dépendance-indépendance du champ, on
examine des caractéristiques des mouvements oculaires lors de l'exécution des différentes tâches qui constituent ces épreuves,
en particulier le EFT (Embedded Figures Test) et le RFT (Rod and Frame Test). Uauteur étudie ensuite la relation entre
mouvements oculaires et dépendance-indépendance du champ chez les schizophrènes. Une dernière partie est consacrée aux
mouvements latéraux involontaires dans leurs rapports avec le style cognitif.
Abstract
Summary
The author reviews the main methods for the measurement of field dependence-independence and analyzes the characteristics
of eye movements during certain tests, namely Embedded Figures Test and Rod and Frame Test. The relationship between eye
movements and field dependence-independence in schizophrenies is investigated as well as the between
uncontrolled lateral movements and cognitive style.
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Rozestraten R. Les mouvements des yeux et les mesures de dépendance-indépendance du champ. In: L'année psychologique.
1981 vol. 81, n°2. pp. 511-533.
doi : 10.3406/psy.1981.28390
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1981_num_81_2_28390L'Année Psychologique, 1981, SI, 511-534
LES MOUVEMENTS DES YEUX
ET LES MESURES
DE DÉPENDANCE-INDÉPENDANCE
DU CHAMP
par R. Rozestraten1
SUMMARY
The author reviews the main methods for the measurement of field
dependence-independence and analyzes the characteristics of eye movements
during certain tests, namely Embedded Figures Test and Rod and Frame
Test. The relationship between eye movements and field dependence-
independence in schizophrenics is investigated as well as the relationship
between uncontrolled lateral movements and cognitive style.
Witkin (1965) définit le style cognitif comme « les manières carac
téristiques et stables du fonctionnement des activités perceptives et
intellectuelles ». Pour Gardner (1964), le style cognitif « comprend des
ensembles de processus cognitifs durables qui structurent l'expression
intentionnelle sous des types particuliers de conditions d'ambiance ».
Kagan, Moss et Sigel (1963) ont affirmé que ce terme « se réfère à des
préférences individuelles stables quant à l'organisation perceptive et
aux catégories conceptuelles du monde extérieur ». Le style cognitif
est donc un concept qui englobe des composantes perceptives et cogni-
tives. Selon la théorie de Witkin, le style cognitif d'un individu peut
«tre entièrement évalué par la mesure de son aspect perceptif qui
s'exprime, lorsque le sujet est plutôt « indépendant du champ », par une
« recherche active pour différencier des stimuli dans le visuel »
(Conklin, Muir et Boersma, 1968).
1. Professeur de l'Université de Sào Paulo : Dept. de Psicologia, Fac. de
Filosofia, Ciencias e Letras de Ribeirao Prêto, Ribeirao Prêto, S. P. Brésil.
Travail réalisé au Laboratoire de Psychologie de la Conduite, onser,
Montlhéry. Nous remercions M. Neboit pour l'aide qu'il nous a apportée dans
la rédaction de cet article. 512 R. Rozeslraten
Divers tests sont utilisés pour mesurer cette composante perceptive
ou pour la situer sur la dimension Dépendance- Indépendance du Champ
(dic). Avec le bat (Body Ajustement Test), le sujet est assis sur une
chaise latéralement inclinée dans une petite pièce également inclinée
et la tâche consiste à mettre la chaise en position verticale réelle. Avec
le rft (Rod and Frame Test), on présente au sujet un carré aux lignes
lumineuses et une baguette qui peut tourner sur un axe au centre du
carré. Une distance de 2 m sépare le sujet du carré qui peut être incliné
à 28° à gauche ou à droite. Le test se déroule dans l'obscurité, et de
telle sorte que les seuls points de repère, pour le placement de la baguette
dans le plan vertical vrai, soient le carré incliné et la position du sujet.
Le rft est appliqué selon trois modalités de passation différentes : la
chaise du sujet présente une inclinaison de 28° dans le même sens que le
carré, la chaise est inclinée de 28° en sens contraire du carré, la chaise
est en position verticale, le carré se trouvant incliné de 28° à gauche
pendant 4 essais et de 28° à droite pendant 4 autres essais. Cette tro
isième modalité est la plus fréquemment utilisée. Un troisième test est
le eft (Embedded Figures Test) ou épreuve des figures emboîtées ou
« embrouillées » (Huteau, 1975). Dans ce test, une figure simple est
cachée ou emboîtée dans un ensemble de lignes qui forment une figure
complexe multicolore, dans laquelle la première est difficile à reconnaître.
Les résultats de I'eft de Witkin sont exprimés en temps utilisé, et les
items non résolus par le sujet sont évalués à 180 s (f). Le test, dans sa
forme plus complète, comporte deux séries A et B équivalentes, chacune
avec 12 figures complexes, soit un total de 24 figures complexes, et 8 simples à identifier.
Les résultats de ces tests, considérés comme des indicateurs fiables
de dic, permettent de distinguer deux groupes extrêmes de sujets :
d'une part, des sujets « dépendants du champ » (dc) qui font des erreurs
plus grandes dans la tâche d'ajustement à la verticale, qui sont plus
facilement influencés par l'environnement ou par le carré incliné et
qui découvrent difficilement une figure emboîtée dans une figure
complexe ; d'autre part, des sujets « indépendants du champ » (ic) qui
font peu d'erreurs pendant l'ajustement à la verticale et qui découvrent
facilement les figures emboîtées.
La corrélation significative de ces tests avec les sous-tests analytiques
du wais (le Block Design Test, le Object Assembly Test et le Picture
Completion Test) et le test du dessin d'une figure de Witkin montre un
comportement perceptif différent des dc et des ic par rapport à un
champ de stimulation. Les dc percevraient le champ comme une totalité
en subissant une grande influence du fond sur la figure et les ic feraient
plus attention à des parties différenciées du champ, en isolant facilement
la figure du fond.
En plus de l'observation générale que le fonctionnement perceptif
et cognitif peut avoir des relations strictes avec les mouvements oculaires Mouvements des yeux et le champ 513
(mo), une des raisons qui a amené à rechercher la relation entre la diff
érence de comportement perceptif des dc et des ic et les mo est un fait
observé par Witkin et relatif au comportement de divers dc pendant
le test eft. Ces sujets ont besoin de suivre les lignes qui constituent la
figure simple avec le doigt ou avec un crayon. Parfois, ils commencent
à partir d'un détail plus pregnant et essayent de reconstruire la figure
simple. Ces mouvements de suivi correspondent probablement aux mo
nécessaires pour reconstruire la figure.
Les principaux indices utilisés pour caractériser les mo sont : la
durée des fixations, l'amplitude des mouvements, et la distribution des
fixations sur la figure observée.
Les diverses études qui recherchent la relation entre les mo et les
tests de style perceptif peuvent être divisées en cinq groupes :
1) Les études qui analysent les mo pendant la réalisation de diverses
tâches et qui recherchent une corrélation avec les résultats obtenus aux
tests de style perceptif.
2) Les études qui analysent les mo pendant la réalisation du eft.
3) Les qui portent sur les mo la du rft.
4) Les études qui s'intéressent à la relation entre les mo et la dimens
ion Die chez les schizophrènes.
5) Les études sur les mo latéraux involontaires et leurs relations
avec la dic.
I. — LES MO DANS DIFFÉRENTES TÂCHES
ET LEUR RELATION AVEC LA DIC
Gardner et Long (1962) ont enregistré les mo pendant une tâche
d'évaluation du diamètre de cercles. Ils sont partis de l'hypothèse que
l'évaluation de la taille est directement liée à l'extension de l'exploration
visuelle et que l'attention sélective mesurée par I'eft est un phénomène
différent de l'exploration visuelle (au sens du terme scanning). Ils
appliquent les 12 premiers items de I'eft de Witkin à 60 sujets féminins
avec une limite de temps de 3 mn. Les résultats confirment l'hypothèse
en présentant des coefficients de corrélation de — 0,20 à 0,02 entre le
temps moyen de la solution de I'eft et les moyennes des cinq mesures
d'extension d'exploration visuelle pendant l'évaluation des cercles. Par
ailleurs, ces auteurs trouvent une corrélation positive significative entre
les résultats à I'eft et l'illusion de Delbœuf, ainsi qu'avec la vitesse
de lecture de mots de trois lettres avec un bruit de fond formé par d'autres
lettres entremêlées. Une des données les plus importantes de cette étude
est que les différences individuelles dans les mo sont stables.
Conklin, Muir et Boersma (1968), supposant que les mouvements
de suivi de la ligne avec le crayon, pendant la solution de I'eft chez les
dc, reflètent les mo, ont formulé l'hypothèse que les ic auraient des mo 514 R. Bozeslraten
plus actifs, plus rapides, et plus amples que les dc. Cette relation possible
entre les mo et la dimension dic est aussi suggérée par Luborsky,
Blinder et Schimeck (1965). Ces auteurs indiquent aussi les diverses
variables dignes de considération dans les études des mo : 1) la durée
de l'inspection du fond ; 2) la dispersion des fixations à partir du centre ;
3) la répartition des mo (le nombre de cellules d'une grille qui sont
touchées par les mo) ; 4) la longueur moyenne des saccades et 5) la durée
des fixations.
Le concept de répartition (scatter) introduit par Luborsky et al.
(1965) a été complété par Mackworth et Bruner (1966), qui proposent
un système de pondération par rapport à la valeur informative des
diverses régions du champ de stimulations. Les poids de ces régions
sont attribués par divers juges. En utilisant cette stratégie, Mackworth
et Bruner arrivent à conclure que les enfants fixent plus fréquemment
des régions moins informatives que les adultes, et obtiennent donc un
score plus bas que les adultes dans la recherche d'informations (Info
rmation Search Score, iss).
Conklin, Muir et Boersma (1968) se demandent si les caractéristiques
des mo chez les dc et chez les ic différenciés par I'eft ne seraient pas
de même nature. Pour évaluer les patterns de l'exploration visuelle, ils
choisissent trois variables des mo : 1) la longueur moyenne des saccades,
2) la durée moyenne des fixations et 3) la recherche de l'information (iss)-
L'expérience est réalisée sur 32 sujets (16 du sexe masculin et 16 du
sexe féminin) choisis parmi 237 après la passation de I'eft. Chacun des
deux groupes comporte seulement des sujets très dc et très ic. La tâche
consiste à compléter trois figures : 1) le visage d'un vieil homme — du
Gestalt Completion Test — , 2) un bateau à rames, 3) une grange ; les deux
derniers sont tirés du sous-test (complément d'images) du wais. Les mo
sont captés par réflexion cornéenne et enregistrés sur un film de 16 mm
au moyen d'une caméra de Mackworth (1967), ce qui permet de voir
les mo sur l'objet exploré.
Les résultats sont les suivants : a) il n'y a pas de différences signi
ficatives entre les sexes. Les auteurs suggèrent que les différences
parfois constatées entre les sexes à I'eft se situent probablement plus
au niveau « conceptuel » qu'au niveau « perceptif » des processus de
prise et de traitement d'information ; b) les ic présentent des saccades
plus amples par rapport au visage du vieil homme, mais c) on ne ren
contre pas de différence significative entre les dc et les ic relativement
à la durée des fixations ; d) au contraire, le score de recherche des info
rmations (iss) montre une différence significative entre ces deux groupes :
les ic utilisent plus de temps à chercher des informations dans les zones
très informatives. Ceci concorde avec l'hypothèse selon laquelle les ic
sont plus aptes à diriger leur attention vers les aires d'informations
pertinentes du champ visuel et c'est probablement ce facteur qui est le
plus important dans la résolution rapide de I'eft. Les auteurs concluent Mouvements des yeux et le champ 515
qu'il paraît exister, en fait, une relation entre les mo et la dimension dic.
Cette donnée correspond à l'hypothèse que l'articulation du champ
perceptif prend la forme d'une attention sélective vers les stimulus
pertinents (Gardner, Holzman, Klein, Linton et Spencer, 1959) et
conforte l'affirmation de Witkin (1965) selon laquelle « les individus
présentent des patterns caractéristiques et stables dans le fonctionne
ment de leurs activités perceptives et intellectuelles ».
II. — LES ÉTUDES SUR LES MO
PENDANT LA RÉALISATION DE L'EFT
En prenant comme base les résultats de Gardner et Long (1962) et
en considérant que les dc ont une approche plus globale et les ic une
approche plus analytique, Burdick (1965) cherche à vérifier l'hypothèse
que les dc font moins de mo, donc moins de fixations que les ic. II
utilise 10 sujets dont les mo sont détectés par des électrodes et enregistrés
sur un polygraphe (le plus petit mo enregistrable étant de 1,5°).
Les résultats indiquent qu'il n'y a pas de corrélation significative
entre les scores à I'eft et le nombre de mo par minute (0,04). L'auteur
suggère que ce résultat est dû à la petite taille des figures de I'eft, ce
qui provoque un important effet de « bruit ». Mais il est possible aussi
que la faible sensibilité de l'enregistreur explique partiellement ces
résultats. A propos de cette expérience, Haley (1973) critique le fait
que l'auteur n'a pas utilisé de groupes extrêmes de dc et de ic, ce qui
rend plus difficile la recherche d'une éventuelle différence dans les mo.
Barrett, Cabe et Thornton (1967) n'avaient pas trouvé de corrélation
significative entre les résultats au rft et des mesures de fonctionnement
visuel. En considérant que les corrélations entre le rft et I'eft, calculés
par Witkin et al. (1962), vont de 0,30 à 0,60, ils formulent l'hypothèse
que les deux tests peuvent mesurer des dimensions différentes et que le
style perceptif mesuré par I'eft contient une composante de fonction
nement visuel. Witkin et al. (1954 et 1962) n'ont pas discuté l'éventualité
de variation du style perceptif en fonction des différences individuelles
du fonctionnement visuel. Barrett et al. (1968) réalisent une recherche
sur la relation entre ces deux variables. Comme point de départ, ils
considèrent que la tâche de recherche d'une figure simple dans une
figure complexe peut avoir une relation avec la vision du relief. D'autre
part, on sait que la perception stéréoscopique est affectée par des
phories extrêmes. L'efficacité du fonctionnement visuel serait influencée
par la phorie, puisque les personnes ayant peu ou pas de phorie souffrent
moins de distorsion dans leur perception du monde visuel. Suivant ce
raisonnement, Barrett et al. (1968) étudient la relation entre les scores
à I'eft et deux variables élémentaires du fonctionnement visuel : la
phorie latérale proche et la stéréoscopie maculaire. 516 R. Rozeslralen
Ils soumettent 44 sujets d'abord à des tests de phorie et de vision
stéréoscopique, ensuite au pft, et, six mois après, à I'eft. Ils constatent
qu'il n'existe pas de corrélation significative entre ces variables de
fonctionnement visuel et les scores à I'eft. Ceci permet de conclure
que le n'est pas un facteur spécifique du style perceptif
et n'a pas d'influence significative sur la différenciation entre dc et ic.
La première étude qui analyse les mo pendant la réalisation de
I'eft (en utilisant la réflexion cornéenne) est de Boersma, Muir, Wilton
et Barham (1969). Ils se proposent de vérifier l'hypothèse selon laquelle
les ic présentent un nombre plus grand de saccades entre la figure
complexe et les figures simples, ce qui indiquerait une approche plus
analytique de la tâche pour ce groupe de sujets.
Ils utilisent le groupe de 32 sujets (16 hommes et 16 femmes) de
l'expérience citée plus haut. Le plan expérimental est un plan facto-
riel 2x2 (masculin ou féminin, dc ou ic). Les mo sont enregistrés sur
film avec une vitesse de 10 images par seconde. La surface de vision
est 20 cmx20 cm et les stimulus sont trois figures de cf 1 Hidden
Figures Test. Ce test, analogue à I'eft de Witkin et utilisé par Guilford,
comporte une figure complexe et cinq figures simples possibles. Ces
figures possibles sont présentées au-dessus de la figure complexe. Les
sujets doivent indiquer laquelle des cinq figures simples s'adapte par
faitement à la figure complexe. Le sujet doit donc regarder la figure
principale et chacune des cinq figures simples pour pouvoir décider
laquelle d'entre elles s'emboîte exactement, et ce comportement se
reflète dans les saccades et dans les fixations.
Les résultats montrent que :
a) Les ic présentent significativement plus de solutions correctes
que les dc, mais il n'y a pas de différence significative entre les deux
sexes quant aux solutions correctes.
b) En comparant le nombre des fixations sur la figure principale
et sur les figures simples, on ne constate pas de différence significative
entre les ic et les dc ; néanmoins les hommes restent plus de temps
sur les figures complexes que sur les simples. En analysant les trois
premières fixations, on constate que le seul effet significatif est l'effet
du sexe par rapport à la première fixation, qui se situe toujours sur la
figure complexe : les hommes ont une plus longue fixation.
c) Une analyse de variance du nombre de fixations sur la figure
complexe et sur les figures simples montre que les ic ont un nombre
plus grand de fixations sur la figure complexe que les dc. De façon
indirecte, cela signifie qu'ils font plus de saccades vers les figures
simples.
d) II n'y a pas de différence significative entre les ic et les dc quant
à la durée moyenne des fixations sur la figure complexe, néanmoins
cette et sa variabilité sont significativement plus grandes chez
les hommes que chez les femmes. Mouvements des yeux et le champ 517
Les résultats les plus importants, qui différencient les ic des dc,
sont les suivants : les ic présentent plus de solutions correctes, ont un
nombre moyen de fixations plus élevé sur la figure complexe et présen
tent plus de saccades entre la figure complexe et les figures simples.
Ces données sont en accord avec l'hypothèse générale selon laquelle
les ic seraient plus analytiques. Les ic montrent une amplitude de mo
plus petite, ce qui est naturel puisque plus l'individu est actif en termes
de mo, plus il fera de mo pendant un temps donné et moins ces mouve
ments seront amples. Les auteurs attirent l'attention sur le fait que,
bien que les ic aient une tendance à faire plus de saccades entre la figure
principale et les figures simples, ce fait n'est pas le seul indice d'une
recherche visuelle plus analytique, puisque les ic passent également
davantage de temps sur la figure complexe.
En ce qui concerne les différences entre les sexes, on vérifie que les
hommes passent plus de temps sur la figure complexe avec une durée
plus grande des fixations sur cette figure. Les femmes passent plus de
temps, avec des plus longues, sur les figures simples. On peut
donc dire que les hommes sont plus analytiques que les femmes dans
leur recherche visuelle. Etant donné qu'ils sont délibérément plus lents
par rapport à la recherche de la figure complexe, ils obtiennent de
meilleurs résultats que les femmes dans ce type de tâches.
Un point n'est abordé par aucun des auteurs, c'est le type de recherche
visuelle effectuée à l'intérieur même de la figure complexe. On peut en
effet se demander si ces mo sont complètement aléatoires ou s'il existe
quelque type d'organisation. S'il y a une organisation, diffère-t-elle
chez les ic et chez les dc, et quelles sont ces différences ?
III. — LES ÉTUDES SUR LES MO
PENDANT LA RÉALISATION DU RFT
De la même manière qu'ils avaient étudié I'eft, Barrétt, Cabe et
Thornton (1967) recherchent la relation entre les résultats au rft et
les deux variables du fonctionnement visuel : la stéréoscopie maculaire
et la phorie latérale.
Le test rft classique de Witkin est appliqué à 44 sujets selon trois
modalités précédemment décrites. Les résultats obtenus ne présentent
pas de corrélation significative avec les deux variables du fonctionne
ment. Les auteurs concluent que les différences individuelles de style
perceptif ne sont liées ni à l'acuité stéréoscopique, ni à la phorie. Les
résultats confirment l'idée de Witkin selon laquelle le style perceptif
est une fonction de la différenciation psychologique individuelle et n'est
pas lié à des différences individuelles dans le fonctionnement visuel.
En 1973, Haley attire l'attention sur le fait que jusqu'à cette date
on a peu prêté attention à la relation entre les mo et le rft, bien que 518 R- Rozestraten
celui-ci soit considéré comme une mesure qui définit le concept d'arti
culation du champ. Son étude se propose de vérifier les différences
éventuelles entre les mo des groupes extrêmes de ic et de dc pendant
l'application du rft. L'hypothèse est que lés ic regardent plus le champ
que les dc et auraient donc une variabilité plus grande de déflexions
des mo à partir du centre du champ visuel.
Dans cette expérience, il utilise deux groupes de 8 étudiants, sélec
tionnés par le hft-cfa de Guilford. Le rft classique de Witkin est
équipé d'un moteur de telle façon que le sujet peut régler lui-même
la position de la baguette. Chaque sujet fait six essais : pendant les deux
premiers essais on lui présente la seule baguette dans deux positions
(vers la gauche ou vers la droite) et, pendant les quatre essais suivants,
on lui présente la baguette et le carré dans les positions. Chacun
de ces essais est divisé en deux périodes :
1) Une période d'observation de 10 s pendant laquelle le sujet ne
fait qu'observer sans bouger la baguette ;
2) Une période de décision pendant laquelle il ajuste la baguette
à la verticale. On fait l'enregistrement des erreurs (en degrés) et du
temps de décision.
Les mo sont détectés par réflexion cornéenne et sont enregistrés
sur polygraphe. La variabilité des mo est le point critique de l'expé
rience et est indiquée par deux mesures dérivées des enregistrements
des mo :
1) Les scores de déviation (d) : en chacun des six essais, les dé flexions
sont données en millimètres par seconde. Il y a donc 10 scores pour les
10 s de la période d'observation et 10 pour les premières 10 s de la
période de décision. En utilisant la moyenne de chacune de ces périodes,
on obtient 12 scores moyens par sujet : 6 pour la période d'observation
et 6 pour la période de décision.
2) Les scores de V écart-type (et) : pour chaque séquence de 10 s
des deux types de périodes, on calcule l'écart-type des scores d de
chaque sujet comme étant une mesure d'exploration perceptive, une
manifestation de la variabilité des fixations. Chaque sujet a donc
12 scores de et.
De cette façon, les scores des mo indiquent aussi bien le point moyen
de fixation (d) que la variabilité des fixations (et).
Les résultats montrent que :
a) Les groupes ic et dc se différencient par les moyennes des erreurs
en degrés uniquement quand le carré est présent ;
b) Les ic ne montrent pas des différences de moyenne des erreurs
en degrés dans ces deux situations, cependant les dc montrent des
moyennes des erreurs plus grandes avec la présence du carré (effet
du carré) ;
c) Le test de variabilité des m o par le et indique que les mo sont
plus dispersés quand le carré est présent et aussi pendant la période Mouvements des yeux et le champ 519
d'observation ; mais on n'observe aucun effet des scores au rft, soit
seul ou en interaction, sur les scores d'ET ;
d) Une analyse des scores d indique qu'il y a un effet général
significatif sur le point moyen de fixation en relation avec les change
ments de la position initiale du carré et de la baguette, mais on ne
constate pas une relation systématique avec les scores rft ;
e) Les scores d et les scores et sont indépendants et indiquent
une consistance entre les mo pendant la période d'observation et la
période de décision.
En considérant les résultats c) et d), l'auteur conclut qu'il n'y a pas
de corrélation entre le comportement des mo, évalué par sa variabilité,
et la performance au rft. Autrement dit le style perceptif mesuré
par la dimension dic et le d'exploration visuelle sont
des styles d'attention non corrélés.
Blowers et O'Connor (1978) présentent quelques remarques critiques
concernant l'expérience de Haley. D'abord, ils observent que dans
l'enregistrement des mo pendant l'application du rft avec le carré,
les auteurs ne considèrent pas que les images des dix premières secondes,
cette restriction temporelle peut avoir affecté la variabilité puisque le
temps d'ajustement est libre. Ensuite, ils remarquent que bien que
l'analyse du groupe montre un effet du carré chez les sujets dc, cela ne
veut pas dire que tous les dc sont dépendants du carré. Pour l'affirmer
une analyse des données individuelles aurait été nécessaire. On peut
encore ajouter que le type d'enregistrement utilisé par les auteurs ne
fournit pas d'information sur les zones des plus fréquentes fixations.
A notre avis, la stratégie du regard par rapport à l'ensemble du champ
visuel et par rapport aux différents éléments est plus intéressante que
la simple quantité et variabilité des mo.
Dans le même article, Blowers et O'Connor rappellent que les sujets
faisant de grandes erreurs au rft sont tenus comme incapables de
séparer la partie pertinente (la baguette) de la partie non pertinente
(le carré). De cette façon, le rft reflète des différences individuelles
constantes concernant la capacité de faire attention de façon sélective
pour séparer des éléments pertinents des non pertinents quand ces
derniers sont en compétition avec les premiers.
Berlyne (1970) a démontré que l'attention englobe au moins deux
aspects pendant la réception des stimulus : les aspects extensifs et les sélectifs. L'aspect extensif se réfère à l'ampleur des mouvements
pour chercher les stimulus dans l'environnement : c'est le principe du
contrôle d'exploration. L'aspect sélectif se réfère à l'articulation du
champ de stimulus par différenciation des stimulus pertinents des
non pertinents (ou de la figure sur le fond) : c'est le principe d'articula
tion du champ. Les études analytiques de Gardner et Long (1962)
ont montré que le contrôle d'exploration et l'articulation du champ
sont deux aspects séparés et indépendants de l'attention. C'est pourquoi

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