Les paraphrases : étude sémantique, leur rôle dans l'apprentissage - article ; n°1 ; vol.76, pg 177-197

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L'année psychologique - Année 1976 - Volume 76 - Numéro 1 - Pages 177-197
RÉSUMÉ
Les recherches des dix dernières années concernant les paraphrases ont été analysées. Il s'agit d'études sémantiques des critères de définition des paraphrases et d'expériences portant sur l'appréhension de l'équivalence sémantique et sur le rôle des paraphrases dans l'apprentissage.
Summary
Studies that have been devoted to paraphrases during the last ten years are reviewed. Semantic criteria for the definition of paraphrases are considered. Experiments devoted to the perception of semantic equivalence and to the role of paraphrases in learning are reported.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Liliane Vezin
Les paraphrases : étude sémantique, leur rôle dans
l'apprentissage
In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°1. pp. 177-197.
Résumé
RÉSUMÉ
Les recherches des dix dernières années concernant les paraphrases ont été analysées. Il s'agit d'études sémantiques des
critères de définition des paraphrases et d'expériences portant sur l'appréhension de l'équivalence sémantique et sur le rôle des
paraphrases dans l'apprentissage.
Abstract
Summary
Studies that have been devoted to paraphrases during the last ten years are reviewed. Semantic criteria for the definition of
paraphrases are considered. Experiments devoted to the perception of semantic equivalence and to the role of paraphrases in
learning are reported.
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Vezin Liliane. Les paraphrases : étude sémantique, leur rôle dans l'apprentissage. In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°1.
pp. 177-197.
doi : 10.3406/psy.1976.28135
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1976_num_76_1_28135Année psychol.
1976, 76, 177-197
LES PARAPHRASES : ÉTUDE SÉMANTIQUE,
LEUR ROLE DANS L'APPRENTISSAGE
par Liliane Vezin
Université de Paris VIII, Laboratoire de Psychologie1
Equipe de Recherche « Etude des acquisitions chez Vhomme
Associée au C.N.R.S.
SUMMARY
Studies that have been devoted to paraphrases during the last ten years
are reviewed. Semantic criteria for the definition of paraphrases are
considered. Experiments devoted to the perception of semantic equivalence
and to the role of paraphrases in learning are reported.
La capacité de produire ou de saisir diverses expressions comme se
référant toutes à la même signification est un facteur essentiel de la
compréhension d'une langue. Katz et Fodor (1963, p. 175) insistent sur le
fait qu'un critère important d'évaluation de la portée d'une théorie
sémantique est celui de sa capacité à analyser les paraphrases.
Il existe une relation paraphrastique entre des phrases lorsqu'elles
ont la même signification : elles se rapportent au même invariant sémant
ique et conduisent le sujet à la même interprétation sémantique. Ces
phrases sont par conséquent substituables les unes aux autres dans un
contexte déterminé. Cependant, la définition de la notion de paraphrase
présente deux difficultés principales : en premier lieu, il convient de
déterminer des critères qui permettent de déterminer que des expres
sions syntaxiques ou lexicales différentes ont la même signification ; en
outre, on peut se demander si certaines reformulations correspondent à
des interprétations sémantiques qui les distinguent plus de l'invariant
sémantique que d'autres. Cela concerne le problème des degrés de proxi
mité (en se référant à l'écart des reformulations par rapport
à l'invariant sémantique). Ces deux problèmes seront traités dans le
présent article.
L'analyse formelle des relations paraphrastiques est particulièrement
importante. En effet, les bases théoriques qui sont ainsi élaborées per
mettent une étude du matériel linguistique présenté à « l'entrée » dans des
1. Route de la Tourelle, 75571 Paris Cedex 12 (France). REVUES CRITIQUES 178
situations de mémorisation ou de compréhension. Une comparaison peut
alors s'effectuer entre, d'une part, les différentes formes de paraphrases
établies selon des critères formels, et d'autre part les phrases pour le
squelles les sujets négligent les caractéristiques distinctives pour ne tenir
compte que des caractéristiques communes. Une telle comparaison peut
permettre en particulier de mettre en valeur le codage conceptuel effec
tué par le sujet.
Nous présenterons dans cet article des recherches qui ont été effec
tuées dans les dix dernières années. Elles se sont poursuivies princ
ipalement dans deux directions : l'analyse formelle des critères définis
sant les paraphrases (syntaxiques et lexicales) ; les études comportement
ales concernant d'une part l'appréhension des relations paraphrastiqu es,
d'autre part le rôle des paraphrases dans l'apprentissage.
I. — ANALYSE FORMELLE DES PARAPHRASES
Les travaux réalisés dans cette perspective ont relié le concept de
paraphrase à celui de transformation syntaxique d'une part et dé sub
stitution des items lexicaux d'autre part.
1. Les paraphrases syntaxiques
II faut noter que l'analyse linguistique des phrases transformées a
d'abord été centrée sur l'étude de la similitude syntaxique. Ainsi, le
modèle présenté par Chomsky (1957) est essentiellement de type syn
taxique : le nombre de transformations syntaxiques effectuées à partir
d'une phrase noyau correspondante définit la complexité syntaxique
des phrases dérivées. Cependant, il s'agit de déterminer s'il est possible
d'interpréter les transformations syntaxiques en termes de transformat
ions paraphrastiques : des phrases qui présentent un invariant lexical
et sur lesquelles on a effectué des transformations syntaxiques peuvent-
elles avoir la même signification ? Dans l'ouvrage de 1965, Chomsky met
l'accent sur le fait que les n'impliqueraient aucune
addition ou modification de sens. C'est dans cette perspective que Mil-
ner (1973) propose de mettre en relation la notion de transformation
syntaxique et celle de paraphrase dans la grammaire generative.
Katz et Postal (1964), Chomsky (1965) ont mis l'accent sur le fait
que la structure profonde d'une phrase détermine son interprétation
sémantique tandis que la structure de surface permet son
phonétique. A partir de la profonde des phrases réalisées effe
ctivement au niveau de la structure de surface sont dérivées par des
transformations. Dans cette perspective, l'équivalence sémantique entre
des phrases est repérée à partir de l'analyse des relations grammaticales
définies en termes de configurations d'indicateurs syntagmatiques sous-
jacents, les différences observées au niveau de la structure de surface L. VEZIN 179
n'étant pas pertinentes pour la détermination de cette similitude sémant
ique. Deux phrases, dont l'une est une transformation de l'autre, et
qui sont associées à la même suite d'indicateurs syntagmatiques sous-
jacents sont des paraphrases : il y a coïncidence entre leurs structures
formelles sous-jacentes (Katz et Postal, 1964, p. 238, éd. 1974). Ainsi,
dans le cas de la transformation de l'actif en passif, les relations gram
maticales de base (« être sujet de », « être objet direct de ») repérées à
l'aide des indicateurs syntagmatiques sous-jacents sont identiques dans
les deux cas, indépendamment de la structure de surface de ces phrases.
Il existe entre ces deux phrases appariées une « synonymie du point de
vue cognitif » (Chomsky, 1965, pp. 40 et 220, éd. 1971), une phrase étant
vraie si et seulement si l'autre est vraie. La notion de paraphrase est mise
en relation avec celle de règles transformationnelles, et définie selon un
critère de valeur de vérité, critère se situant sur une dimension différente
de celle de l'équivalence sémantique. Il faut noter que, bien que récem
ment Chomsky ait indiqué que la composante sémantique affectait non
seulement la structure profonde mais aussi la structure de surface, il a
cependant confirmé la pertinence des relations grammaticales de la
structure profonde en ce qui concerne la détermination du sens (cité
par Dubois-Charlier et Galmiche, 1972, p. 45).
De façon complémentaire pour Fillmore (1968), les relations sémant
iques sont exprimées en termes de fonctions attribuées à des « cas ».
Ainsi, la fonction du « cas » agent consiste à accomplir une action, celle
du « cas » patient à subir cette action, l'objet utilisé par l'agent pour
effectuer l'action ayant la fonction d'instrument. Dans cette perspective,
les phrases transformées qui ne modifient pas les fonctions sémantiques
présentent des significations équivalentes. En ce qui concerne la transfor
mation actif en passif, il y a changement des fonctions grammaticales
des termes mais non des fonctions sémantiques. Une même structure
sous-jacente peut présenter différentes représentations en surface.
La notion de paraphrase est essentielle au modèle « sens-texte » de
Mel'cuk (1971), Mel'cuk et Zolkovskij (cités par Dubois J. et al, 1973,
pp. 430-431). Il s'agit de rendre compte de toutes les expressions d'un
sens dans la langue considérée, du passage du sémantique au syntaxique.
Des phrases ont un sens identique lorsque le rapport de paraphrase peut
être justifié par des considérations linguistiques (transformations syn
taxiques et lexicales d'une phrase de base) ; le sens est différent s'il faut
recourir à des considérations extra-linguistiques (tenant à la situation).
A ce niveau d'analyse il apparaît que des phrases transformées sont
en rapport paraphrastique avec une phrase de référence lorsqu'elles ont
la même structure profonde que celle-ci.
Toutefois, un certain nombre de travaux ont mis en valeur que des
phrases transformées peuvent ne pas être substituables à la phrase de
référence. Une telle conception est présentée par Harris, 1964 (cité par
Leeman, 1973, pp. 32-42). Pour Harris, les transformations sont ana- 180 REVUES CRITIQUES
lysées en termes de comparaison des co-occurrences. Il convient de
distinguer les transformations qui apportent une information supplé
mentaire (transformations incrémentielles) des transformations para-
phrastiques qui ne déterminent aucun apport nouveau de sens (les per
mutations par exemple).
En outre, le fait de considérer que certaines trasnformations peuvent
constituer des ensembles paraphrastiques lorsqu'il n'y a pas adjonction
d'informations supplémentaires au niveau de la phrase transformée ne
paraît pas un critère systématiquement pertinent. La substituabilité
des phrases reformulées est dépendante de problèmes contextuels et pas
seulement des structures sous-jacentes de ces phrases (Hiz, 1964 ; cité
par Leeman, 1973, p. 87).
Kiefer (1973) considère que la plupart des transformations changent
le sens en modifiant la valeur de vérité de la phrase de référence. C'est le
cas des transformations d'effacement, de déplacement, d'emphase, de
voix active en passive qui changent la structure logique des phrases. Dans
cette perspective la valeur de vérité des phrases est définie en termes de
mondes possibles, les attitudes et les croyances du locuteur et de l'audi
teur étant prises en considération (p. 128).
La difficulté d'établir des relations paraphrastiques entre phrases
transformées à partir uniquement des règles descriptives est mise en
valeur par Culioli (1971, 1973). Cet auteur remarque qu'il y a construc
tion interprétative des structures de surface par ceux qui produisent des
énoncés. D'une part, un ensemble de paraphrases doit être considéré
comme dérivant toutes d'un schéma commun primaire de relations
orientées entre termes constituants ; d'autre part, la possession des
mêmes règles de dérivation paraphrastique ne s'accompagne pas syst
ématiquement des mêmes interprétations.
Les travaux qui viennent d'être présentés montrent que toutes les
phrases résultant des transformations syntaxiques d'une même phrase de
référence ne correspondent pas à des paraphrases de celle-ci. Deux types
de phrases transformées doivent être distingués : 1) les phrases trans
formées qui ne changent pas le sens de la phrase de référence (par maint
ien de la structure profonde identique entre phrase de référence et
phrases transformées ou par non-adjonction d'information) ; 2) les trasnformées qui ne sont pas substituables à la phrase de réfé
rence (par suite d'éléments contextuels, d'apport d'incréments, ou par
modification du sens cognitif de la phrase de référence). Il paraît part
iculièrement intéressant de se demander si, au niveau de l'appréhension
par le sujet des relations paraphrastiques, les paraphrases syntaxiques
(correspondant aux phrases transformées qui ne modifient pas le sens
de la phrase de référence) sont substituables aux phrases de référence.
Nous analyserons dans la seconde partie de cet article des expériences
qui se rapportent à cette question. L. VEZIN 181
2. Les paraphrases présentant
des substitutions d'items lexicaux
Les travaux présentés dans cette partie portent sur des reformul
ations de phrases utilisant des items lexicaux différents de ceux de la
phrase de référence. Des phrases pour lesquelles il n'existe pas de rela
tions transformationnelles peuvent être des paraphrases l'une de l'autre
du fait qu'elles contiennent des expressions ayant des sens équivalents,
synonymes (Katz et Postal, 1964, p. 238, éd. 1973). Selon Weinreich
(1972, p. 88), parmi ces expressions, sont d'authentiques paraphrases
celles qui correspondent à une transformation syntaxique ayant peu
d'intérêt dans le cadre d'une théorie sémantique.
a) Pour Leeman (1973, p. 49) une distinction importante entre la
synonymie et la relation transformationnelle est que la première ne
dérive pas d'une opération linguistique contrairement à la seconde. Le
concept de synonymie peut être analysé en se référant à la décomposa-
bilité des entrées lexicales en traits élémentaires. Ceux-ci ont été étudiés
par Katz et Fodor (1963), Chomsky (1965). Weinreich (1972, p. 45)
définit une entrée lexicale comme comprenant trois types de traits :
phonétiques, syntaxiques et sémantiques. Ce sont les traits sémantiques
qui concernent notre propos. Le sens d'un item lexical est ainsi décrit
comme pouvant être décomposé en unités sémantiques de taille infé
rieure. La phrase apparaît non pas comme une concaténation de mots
ou de morphèmes, mais comme un ensemble de traits sémantiques orga
nisés. De nombreux travaux expérimentaux tendent à valider l'hypo
thèse selon laquelle les mots sont stockés sous forme d'un ensemble de
traits (Bower, 1967 ; Anisfeld et Knapp, 1968 ; Fillenbaum, 1969). Cela
conduit à étudier la notion d'équivalence sémantique non pas en termes
de recouvrements associatifs (Deese, 1965) mais en fonction de l'étendue
du recouvrement des traits respectifs des différents items lexicaux
(Schaeffer et Wallace, 1969). Dans cette perspective on peut considérer
que deux phrases sont en relation de synonymie lorsque les traits qui les
différencient sont négligeables pour la signification par rapport à ceux
qui déterminent le tronc commun entre ces phrases. Katz (1964, p. 532)
distingue au niveau des items lexicaux deux cas :
— deux items lexicaux sont totalement synonymes si et seulement si
leurs entrées dans le dictionnaire (représentées sous la forme d'un
schéma en arbre) sont exactement les mêmes ;
— deux items lexicaux sont synonymes pour une acception si et seul
ement si leurs entrées dans le dictionnaire ont un chemin commun.
Il convient de noter que la synonymie entre diverses expressions
peut dépendre de problèmes contextuels. Ainsi Pêcheux (1969, pp. 29 et
suiv.) met en valeur le fait que certains termes sont substituables quel
que soit le contexte (synonymie non contextuelle) alors que d'autres 182 REVUES CRITIQUES
ne sont substituables que dans certains contextes (synonymie locale ou
contextuelle). Une analyse semblable est présentée par Leeman (1973,
p. 49). qui remarque que deux mots considérés comme synonymes peu
vent en fait présenter des différences de nuance en fonction du niveau
de langue dans lequel ils sont utilisés (langue courante, soutenue ou
archaïque).
La notion de contexte est particulièrement analysée par Chafe (1970,
1972). Cet auteur propose des critères d'analyse des rapports para
phrastiques qui sont basés sur les caractéristiques linguistiques des
phrases et sur les intentions du locuteur. L'analyse de la structure des est effectuée d'une part à partir de la grammaire des cas (Fill-
more, 1968), et d'autre part en termes de traits sémantiques. Deux types
de traits sont distingués : des traits liés de façon intrinsèque à l'info
rmation transmise par l'item lexical, et des traits contextuels. Ces derniers
sont, soit choisis par le locuteur en vue de communiquer un certain type
d'information, soit déterminés par des contraintes linguistiques. Pour
cet auteur, le trait contextuel concernant l'article défini est particuli
èrement important pour l'étude des rapports paraphrastiques. Des expres
sions paraphrastiques dans un certain contexte peuvent ne plus être en
rapport d'équivalence lorsqu'une modification de contexte intervient
par la présence dans l'une d'entre elles du trait contextuel « article défini »
qui restreint son sens. Ainsi, la nécessité de tenir compte des caractéris
tiques contextuelles limite l'existence de « vraies » paraphrases.
Dans l'analyse linguistique effectuée par Chafe, le contexte est
considéré comme modifiant la signification des items lexicaux par adjonc
tion de traits supplémentaires (traits contextuels). Mais si l'on considère
qu'il existe chez le sujet un système cognitif unique dont l'expression
linguistique sous certaines conditions n'est qu'une partie (Le Ny, 1975),
on peut émettre l'hypothèse selon laquelle un item contient de façon
potentielle un certain nombre de traits contextuels. Le rôle du contexte
consiste alors à actualiser ces traits. Cette hypothèse met en valeur le
fait qu'une analyse exhaustive des traits sémantiques potentiels des
items lexicaux permettrait de construire, pour un sens déterminé (une
lecture), des ensembles de phrases toutes paraphrastiques les unes des
autres.
De telles analyses ont l'intérêt de situer l'étude des rapports para
phrastiques dans le cadre d'une théorie sémantique de type cognitif.
Pour Oison (1970) un mot désigne un réfèrent « intentionnel » par rap
port à un ensemble d'autres referents possibles dont il se différencie
grâce au contexte. La synonymie est ainsi déterminée à chaque fois en
fonction de la similitude du réfèrent intentionnel auquel le mot ou la
proposition se rapporte. Une paraphrase se rapporte au même réfèrent
intentionnel que la phrase de référence par élimination ou différenciation
des autres referents possibles d'après le contexte.
b) Les travaux qui viennent d'être présentés se sont centrés sur L. VEZIN 183
l'analyse formelle des critères de définition des relations de synonymie.
Mais l'étude des traits sémantiques composant une phrase conduit à
prendre en considération la notion de proximité sémantique en fonction
de l'importance des traits distinctifs entre les phrases par rapport à ceux
qui constituent le tronc commun.
En premier lieu, il convient de distinguer la similarité sémantique
de la synonymie. Dans cette perspective, Kiefer (1973) postule l'existence
de relations sémantiques mettant en jeu une hiérarchisation de catégor
ies spécifiant les mots positivement ou négativement à chaque niveau
de l'arbre. Une telle structure est voisine de celle élaborée par Katz
et Fodor (1963).
Notons que la technique des « définitions incomplètes » proposée par
Miller (1972) (définition du sens d'un mot au moyen de règles de compos
ition des unités plus « petites » constituant ce mot) permet également
de distinguer les items lexicaux similaires de ceux qui sont synonymes.
Des items lexicaux similaires sur le plan de la signification appartiennent
au même domaine sémantique.
La relation de généralité-spécificité présente un autre cas important
où des expressions non substituables, non équivalentes sémantiquement,
ont cependant une partie de leurs traits sémantiques communs. Le degré
de généralité des termes exprimant les concepts ou niveau de super-ordi
nation, se définit par la relation d'inclusion des concepts en sous-classes.
Cela se réfère à une organisation hiérarchique des telle qu'elle
a été présentée par Collins et Quillian (1969). Un terme particulier (spéci
fique) pouvant être considéré comme contenant la même information
sémantique que celle de la catégorie superordonnée plus une
supplémentaire. L'exemple transmet non seulement les informations
contenues dans la phrase générale, mais aussi d'autres qui sont apportées
par sa spécificité (L. Vezin, 1972 ; Le Ny, 1974 ; Cordier, Le Ny, 1975).
Ainsi, il apparaît que le temps d'étude nécessaire pour mettre en mémoire
un signifié spécifique est supérieur à celui qui est nécessaire pour mémor
iser le signifié général (Le Ny, Denhière, Le Taillanter, 1973). L'exemple
verbal a ainsi un double statut : d'une part il exprime, par une formulat
ion parallèle, la même information que celle contenue dans la phrase
générale, les mêmes traits ; d'autre part il contient des informations
supplémentaires liées à sa spécificité, ce qui lui confère un statut de
non-équivalence sémantique par rapport à la phrase générale illustrée.
La proximité de l'exemple verbal par rapport à la phrase
générale est moins élevée que celle existant entre la phrase générale et
une paraphrase utilisant des synonymes de même niveau de généralité.
Dans le premier cas les traits distinctifs entre les deux phrases prennent
une part plus importante dans la signification que dans le second cas.
Les travaux qui viennent d'être présentés montrent que les substi
tutions lexicales de type équivalence ne sont pas les seules à pouvoir
rendre compte du concept de paraphrase lexicale. Des expressions qui 184 REVUES CRITIQUES
correspondent à des interprétations sémantiques plus ou moins diffé
rentes de celle de la phrase de référence (par suite de l'importance des
traits distinctifs par rapport aux traits communs) doivent également être
prises en considération pour la définition de ce concept. Cela peut être
rapproché de l'analyse présentée par Pêcheux, Fuchs (1975, pp. 61, 66
et 75) qui distinguent, en se situant dans la perspective de Harris, deux
types de substitutions :
— les « symétriques » qui supposent une équivalence entre
les deux substituables ;
— les substitutions « orientées » pour lesquelles les substituables ne sont
pas équivalents, mais l'on peut passer de l'un à l'autre, « déduire »
l'un de l'autre. La « substitution orientée » constitue la possibilité
d'une équivalence ultérieure, une équivalence « à l'état naissant ».
Dans cette perspective l'équivalence résulte de la disparition, de
l'effacement d'une orientation.
II. — ÉTUDES COMPORTEMENTALES
A) L'appréhension de l'équivalence sémantique
II est important de comparer les formes de paraphrases définies de
façon formelle avec les phrases qui sont effectivement considérées par
les sujets comme des paraphrases des phrases de référence : celles pour
lesquelles ils négligent les traits distinctifs pour ne prendre en considé
ration que les traits communs. Trois directions de recherche seront
présentées : 1) substituabilité des phrases pour les sujets ; 2) jugements
d'équivalence sémantique entre diverses reformulations et la phrase de
référence ; 3) activité de production de paraphrases.
1) Substituabilité entre les phrases de référence
et leurs diverses reformulations
Ce problème a surtout été abordé dans le cas des reformulations syn
taxiques. Les expériences réalisées dans le cadre du modèle de Chomsky
(1967) ont étudié les phrases transformées sous l'angle de leur complexité
syntaxique, l'hypothèse du codage proposée par Mehler (1968) pouvant
rendre compte de la mémorisation de ces phrases. Cette perspective est,
en particulier, analysée dans l'article de D. Dubois (1972). Il est inté
ressant de se demander si les résultats obtenus par ces expériences
permettent de déterminer quelles sont les transformations qui, pour le
sujet, ne changent pas le sens de la phrase de référence. Nous illustrerons
cette démarche en présentant des expériences qui montrent principal
ement que les phrases passives peuvent être substituées par le sujet à des
phrases actives.
Clifton, Kurcz et Jenkins (1965) ont fait apprendre 12 phrases di
fférentes (trois dans chaque catégorie : active, passive, négative, néga- L. VEZIN 185
tive-passive) en quatre essais. Une épreuve de reconnaissance était
ensuite présentée comprenant 96 phrases : 12 phrases de référence et
leurs 36 transformations (trois pour chaque phrase de référence) et
48 phrases contrôle. Les résultats montrent principalement que les
fausses reconnaissances diffèrent selon la nature de la transformation
présentée : ainsi les transformations actives-passives ont été très peu
différenciées contrairement aux transformations actives-négatives. Les
phrases négatives sont donc moins semblables aux phrases actives que
ne le sont les phrases passives. La transformation actif-passif ne modifie
pas le sens de la phrase pour les sujets contrairement à la transformation
actif-négatif. Citons également l'expérience de Martin et Robert (1966)
qui ont montré que les sujets substituent souvent, lors d'une épreuve
de rappel, des phrases passives à la place des phrases actives présentées
à l'entrée.
Bregman et Strasberg (1968) ont fait apprendre en une seule passa
tion 16 phrases appartenant à quatre catégories grammaticales : actives,
passives, négatives et interrogatives (quatre phrases par catégorie).
Dans le test, chaque phrase apparaissait sous ses quatre formes gramm
aticales et le sujet devait identifier la forme sous laquelle la phrase
était apparue lors de l'apprentissage. En cas d'erreurs les sujets effec
tuaient un second essai. Les résultats montrent principalement qu'il y a
chez les sujets une substitution entre les phrases actives et les phrases
transformées. La actif en passif ou l'inverse étant la plus
forte. Au niveau de la seconde tentative ce résultat est particulièrement
important. L'interprétation de ces résultats est réalisée en distinguant
d'une part le code syntaxique transmis aux sujets (formes passives,
actives, négatives et interrogatives), et d'autre part l'information sémant
ique concernant le message transmis. Lorsque cette information est décodée, les caractéristiques du code au moyen duquel cette
information a été transmise ne sont plus stockées en mémoire à long
terme. Des traits tels que le « passif » sont alors stockés sous l'angle de la
signification impliquée par ce trait plutôt que sous l'aspect syntaxique.
Les sujets confondent les phrases actives et passives parce que lorsqu'un
message est transmis le trait « passif » est non pertinent pour décoder :
1) la véracité du message ; 2) le fait concerné par ce message ; 3) les
implications de ce sur le plan des attitudes. Dans cette perspect
ive, la trace mnémonique laissée par les phrases passives diffère très
peu de celle laissée par les phrases actives. La transformation passive
est ainsi perçue par le sujet comme représentant la même signification
que la phrase de référence.
Une expérience analogue à celle de Clifton, Kurcz et Jenkins (1965)
a été effectuée avec des sujets polonais par Kurcz (1970, cité par Kurcz
1972, 1973). Cette expérience pose le problème de l'identité intercultur
elle des transformations. L'auteur constate que les sujets polonais ne
se trompent pas quand il s'agit de différencier, à la reconnaissance, par

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