Les performances des enfants sont-elles jugées en fonction de leur sexe ? - article ; n°1 ; vol.92, pg 81-104

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L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 1 - Pages 81-104
Summary : Do sex stereotypes influence the judgment of child performance?
The influence of sex stereotypes on educational pattern is demonstrated. Theoretically, sex stereotypes moderate the attributional style of the observers of children. An attributional experiment is presented in the tradition of research that presents the same child once as a boy and once as a girl by changing the name. 3-year old children were filmed in achievement situations with success and failure. The hypothesis is tested that subjects give more disadvantageous attributions to girls than to boys. In this article the presentation of the construction of the design and the manner how the data are analyzed are stressed. The subjects are 140 pupils of a vocational school in Fribourg (CH), 16-20 year old. The results show slight support for the hypothesis.
Key words : attributions, human sex differences, stereotypes, experimental design.
On a pu mettre en évidence l'influence des stéréotypes liés au sexe sur le comportement éducatif. Ces stéréotypes ont un effet modérateur sur le style attributif des personnes en face des enfants. La présente recherche s'inscrit dans la tradition des expériences qui présentent le même enfant une fois avec un prénom masculin et une fois avec un prénom féminin. De jeunes enfants âgés de 3 ans ont été filmés dans des situations de succès et d'échec. On formule l'hypothèse que les sujets donnent des hétéro-attributions moins favorables envers les filles qu'envers les garçons. Dans cet article, l'accent est mis sur la présentation de la construction du plan expérimental et la façon-dont les,données sont analysées. L'échantillon est constitué de 140 apprentis d'une école professionnelle de Fribourg (CH), âgés de 16 à 20 ans. Les résultats appuient l'hypothèse dans une certaine mesure.
Mots clés : attributions, différences liées au sexe, stéréotypes, plan expérimental

24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Bernard Plancherel
Lothar Schattenburg
Les performances des enfants sont-elles jugées en fonction de
leur sexe ?
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°1. pp. 81-104.
Abstract
Summary : Do sex stereotypes influence the judgment of child performance?
The influence of sex stereotypes on educational pattern is demonstrated. Theoretically, sex stereotypes moderate the
attributional style of the observers of children. An attributional experiment is presented in the tradition of research that presents
the same child once as a boy and once as a girl by changing the name. 3-year old children were filmed in achievement situations
with success and failure. The hypothesis is tested that subjects give more disadvantageous attributions to girls than to boys. In
this article the presentation of the construction of the design and the manner how the data are analyzed are stressed. The
subjects are 140 pupils of a vocational school in Fribourg (CH), 16-20 year old. The results show slight support for the
hypothesis.
Key words : attributions, human sex differences, stereotypes, experimental design.
Résumé
On a pu mettre en évidence l'influence des stéréotypes liés au sexe sur le comportement éducatif. Ces stéréotypes ont un effet
modérateur sur le style attributif des personnes en face des enfants. La présente recherche s'inscrit dans la tradition des
expériences qui présentent le même enfant une fois avec un prénom masculin et une fois avec un prénom féminin. De jeunes
enfants âgés de 3 ans ont été filmés dans des situations de succès et d'échec. On formule l'hypothèse que les sujets donnent
des hétéro-attributions moins favorables envers les filles qu'envers les garçons. Dans cet article, l'accent est mis sur la
présentation de la construction du plan expérimental et la façon-dont les,données sont analysées. L'échantillon est constitué de
140 apprentis d'une école professionnelle de Fribourg (CH), âgés de 16 à 20 ans. Les résultats appuient l'hypothèse dans une
certaine mesure.
Mots clés : attributions, différences liées au sexe, stéréotypes, plan expérimental
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Plancherel Bernard, Schattenburg Lothar. Les performances des enfants sont-elles jugées en fonction de leur sexe ?. In:
L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°1. pp. 81-104.
doi : 10.3406/psy.1992.29491
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_1_29491L'Année Psychologique, 1092, 92, 81-104
NOTE MÉTHODOLOGIQUE
Institut de Psychologie
Université de Fribourg1
LES PERFORMANCES DES ENFANTS
SONT-ELLES JUGÉES
EN FONCTION DE LEUR SEXE ?
Présentation d'un plan expérimental
par Bernard Plancherel et Lothar Schattenburg
SUMMARY : Do sex stereotypes influence the judgment of child per
formance?
The influence of sex stereotypes on educational pattern is demonstrated.
Theoretically, sex stereotypes moderate the attributional style of the observers
of children. An attributional experiment is presented in the tradition of
research that presents the same child once as a boy and once as a girl by
changing the name. 3-year old children were filmed in achievement situations
with success and failure. The hypothesis is tested that subjects give more
disadvantageous attributions to girls than to boys. In this article the present
ation of the construction of the design and the manner how the data are
analyzed are stressed. The subjects are 140 pupils of a vocational school
in Fribourg (CH), 16-20 year old. The results show slight support for the
hypothesis.
Key words : attributions, human sex differences, stereotypes, experi
mental design.
1. Route des Fougères, C H- 1700 Fribourg, Suisse. 82 Bernard Plancherel et Lothar Schaltenburg
INTRODUCTION
C'est dans le cadre de sa théorie de l'apprentissage social
que Rotter a utilisé le concept de contrôle interne-externe des
renforcements (Rotter, 1954). De nombreux chercheurs ont repris
ensuite ce concept (exprimé sous la forme de Locus of control) en
lui donnant parfois une signification plus large ou plus restreinte.
On trouvera dans Nicole Dubois (Dubois, 1987) une excellente
clarification historique de ces différentes approches. Nous admett
ons comme elle que l'on parle de sentiment (ou conviction)1 de
contrôle pour faire référence « au degré de représentation qu'a
un individu du lien qui existe entre ses comportements et/ou
caractéristiques personnelles (traits, aptitudes, attitudes) et les
renforcements positifs ou négatifs qu'il reçoit », qu'il s'agit d'une
« variable générale de personnalité » et d'une « croyance générale
de contrôle indépendante d'une situation particulière » (Dubois,
1987, p. 45). Depuis le lancement de cette théorie par Rotter
puis par Seligman (1975), l'impact des convictions de contrôle
sur le bien-être psychique a été mis en évidence par de nomb
reuses recherches. Un sentiment de faible contrôle sur l'env
ironnement serait en général associé à des états émotionnels
négatifs comme l'angoisse, les sentiments de culpabilité, la dépres
sion, la tension psychique. Mais, parallèlement à la théorie des
convictions de contrôle, s'est développée la théorie des attr
ibutions causales (Heider, 1958). On parle d'attribution pour faire
référence à un processus d'inférence débouchant sur une expli
cation causale des comportements et des émotions. Les attribu
tions portent ainsi sur les causes d'événements passés ou pré
sents. Il s'agit donc d'un jugement, d'une explication a posteriori,
alors que les convictions de contrôle sont des attentes général
isées sur les résultats futurs de l'action, et il s'agit dans ce cas
d'une évaluation a priori. Il est alors parfaitement naturel de
se demander dans quelle mesure les attributions qui sont faites
1. Nous préférons le terme de « conviction de contrôle » à celui de « sent
iment de contrôle », trop connoté affectivement, et à celui de « perception de
contrôle » qui fait référence à l'efficacité personnelle, alors que la conviction
de signifie une expectation d'efficacité. On est là en accord avec la
littérature germanophone qui, à la suite de Schneewind (1976) et Krampen
(1982), utilise le terme de Kontrollüberzeugung pour rendre compte du Locus
of control reinforcement de Rotter. des performances et sexe 83 Jugement
par l'entourage, et qu'on appelle hétéro-attributions, peuvent
avoir une influence sur les convictions de contrôle du jeune
enfant lors de la première socialisation. Il y aurait des hétéro-
attributions favorables et d'autres qui seraient défavorables.
Ainsi, dire de façon constante qu'un succès provient de la chance
ou de la facilité et que l'échec vient d'un manque de capacité va
développer un sentiment de contrôle externe ainsi qu'une piètre
estime de soi. C'est dans ce contexte qu'on peut aussi aborder
le problème des comportements éducatifs différenciés que pour
raient avoir les parents par rapport au sexe de leur enfant,
comportements qui se traduiraient entre autres par des hétéro-
attributions différentes qui entraîneraient à leur tour des convic
tions de contrôle chez les filles et chez les garçons.
Or, parmi les nombreuses études qui ont porté sur les diffé
rences liées au sexe, certaines ont pu mettre en évidence que les
convictions de contrôle des femmes et des jeunes filles face au
succès étaient plus « externes » et celles des garçons plus
« internes », alors que face à l'échec c'est le contraire (Dweck
et Bush, 1976 ; Dweck et Goetz, 1977 ; Gitelson, Petersen et
Tobin-Richards, 1982 ; Kaufman et Richardson, 1982 ; Stipek,
1984 ; Mrazek, 1989 ; Pierrehumbert, Plancherel et Meuwly-
Chuard, 1987). Certains résultats sont moins clairs, et l'on peut
encore désirer approfondir la méthodologie de ces recherches
(Miller et Kirsch, 1987). Mais si l'on considère que d'une part les
femmes semblent être sujettes à plus de troubles que la litt
érature spécialisée appelle troubles névrotiques comme la dépres
sion et 1' anxiété (Gove, 1979 ; Amenson et Lewinsohn, 1981 ;
Bolognini, Plancherel, et Bettschart, 1989 ; Plancherel, Bolognini,
Rossier et Bettschart, 1990), et que d'autre part ces troubles
semblent souvent corrélés avec des convictions de contrôle
internes pour l'échec et externes pour le succès, on peut se
demander si ces convictions ne sont pas en grande partie dues à
l'éducation et à l'influence que les parents ou les personnes de
l'entourage peuvent avoir sur l'enfant par leurs hétéro-attribut
ions (Perrez, 1989 ; Perrez et Chervet, 1989 ; Supersaxo, Perrez
et Kramis, 1985).
L'existence d'attitudes différenciées par rapport au sexe avec
de jeunes enfants a été mise en évidence au moyen d'une expé
rience très ingénieuse : celle de la présentation d'un bébé ou
d'un jeune enfant dont l'apparence est assez neutre sexuellement,
une fois comme garçon et une fois comme fillette. C'est Rothbart 84 Bernard Plancherei et Lothar Schallenburg
et Maccoby (1966) qui ont utilisé pour la première fois l'idée de
la variation expérimentale du prénom (masculin ou féminin)
d'un même enfant comme stimulus. D'autres auteurs ont repris
cette idée (cf. Meyer et Sobieszek, 1972 ; Seavey, Katz et Salk,
1975 ; Gurwitz et Dodge, 1975 ; Condry et Condry, 1976 ;
Rosenthal et Paltiel, 1982 ; Lloyd et Duveen, 1990). La plupart
de ces expériences présentent d'abord une vidéo de l'enfant, et
l'on demande ensuite aux sujets de remplir un questionnaire
construit par exemple selon la méthode du différentiateur sémant
ique, à savoir une batterie d'échelles bi-polaires relatives aux
trois dimensions d'évaluation (bon/mauvais), de puissance (fort/
faible) et d'activité (vite/lent), selon la terminologie d'Osgood,
ou d'autres échelles d'aptitude, le but étant de tester la différence
entre les réponses faites par les sujets ayant vu l'enfant présenté
comme garçon et ceux qui l'ont vu présenté comme fillette.
On peut se demander cependant si le fait de prendre un seul
enfant ne limite pas le caractère généralisable des résultats
obtenus par une telle expérience. C'est pourquoi, la recherche
qui va suivre s'est donné pour but de reprendre cette idée de la
variation du sexe expérimental, mais en prenant 4 enfants au
lieu de 1 ou 2. Faite d'abord à Fribourg avec un groupe d'ap
prentis, elle a été répliquée avec un groupe de lycéens, un groupe
de mères, et à Leipzig (ancienne rda) avec un groupe d'apprentis.
Les premiers résultats ont déjà été publiés (Schattenburg, 1989 ;
Schattenburg, Plancherei et Perrez, 1990, 1991 ; Anderson, 1990).
Dans ce qui va suivre, nous nous limiterons à la présentation du
plan expérimental de cette recherche en renvoyant pour l'inte
rprétation aux autres publications parues à ce sujet.
MATÉRIEL EXPÉRIMENTAL ET QUESTIONNAIRE
A partir d'un film en continu portant sur diverses activités
d'enfants soit à la maison, soit dans un jardin d'enfants, on a
choisi six situations naturelles : deux concernent une tâche
cognitive, deux une tâche motrice et deux une performance
d'interaction avec un pair. Pour chaque tâche, on a pris une fois
une réussite et une fois un échec. des performances el sexe 85 Jugement
SITUATIONS DE TYPE COGNITIF
Succès : nommer correctement un oiseau dans un livre, construire
une tour avec des plots, arranger correctement une image, nommer
correctement une scie.
Echec : deviner correctement un avion caché dans un sac, nommer la
couleur d'un crayon, nommer correctement la couleur d'une pièce de
Légo, deviner qu'une fleur est une tulipe les yeux fermés.
SITUATIONS DE TYPE MOTEUR
Succès : grimper sur une balançoire, lancer une balle dans le trou
d'un mur, faire une culbute, se balancer sur une poutre.
Echec : tomber d'une chaise en tirant une prise électrique, trébucher
en sautant à la corde, atteindre des piquets avec des anneaux, monter
avec les deux jambes sur des anneaux de gymnastique.
SITUATIONS DE TYPE INTERACTIONNEL
Succès : défendre avec succès la possession d'une guitare, défendre
avec succès la possession d'une petite pelle, défendre avec succès la
possession d'un lion en peluche, défendre avec succès la possession d'un
plateau de jeu.
Echec : perdre une guitare au profit d'un camarade, se faire prendre
une boîte de bonbons, ne pas pouvoir participer à un jeu de Lego, perdre
un sceau à sable au profit d'un petit camarade.
Il est à souligner que ces situations n'ont pas été provoquées
artificiellement. Un film vidéo a ensuite été fait (Schattenburg,
Perrez et Haering, 1988) qui met en scène les 2 garçons et les
2 fillettes âgés de 3 ans dans ces situations. Dans un prétest, on
s'était assuré qu'il n'était pas possible d'identifier de façon uni-
voque le sexe des enfants. On n'a d'autre part choisi intention
nellement aucune tâche typique pour un sexe. Chaque enfant
a été permuté selon le plan qu'on va présenter ultérieurement,
et les 6 tâches ont été permutées aléatoirement pour chaque
enfant. Le plan demandait la constitution de 4 groupes de sujets.
Chacun de ces groupes voyait une séquence de 4 x 6 = 24 situa
tions dans un ordre différent aussi bien pour les enfants, pour les
prénoms et pour les situations. Par contre les groupes 1 et 3
voyaient les mêmes enfants avec les même prénoms, de même
que les groupes 2 et 4.
Après chaque situation, le sujet devait remplir un question
naire standardisé contenant 4 échelles portant sur les catégories 86 Bernard Plancherel et Lothar Schaltenburg
de causalité de Weiner (1986) : 1) Chance/Malchance, 2) Appli
cation/Manque d'application, 3) Facilité/Difficulté de la tâche,
4) Talent/Manque de talent (ou doué/pas doué). En outre, après
chaque 3e et 6e situation, le sujet remplissait un questionnaire
comportant 9 échelles construites selon la méthode du différen-
ciateur sémantique pour évaluer la féminité ou la masculinité
de l'enfant. Ceci avait pour but de s'assurer que l'effet du stimulus
sur les attributions était bien dû à la variation expérimentale
du prénom et non à d'autres variables perturbatrices. Dans le
cas de résultats concordants, on pourra parler de validité interne
du plan expérimental.
PLAN EXPÉRIMENTAL
L'idée de départ était celle de présenter un même enfant une
fois avec un prénom masculin, et une fois avec un prénom
féminin. Dans une telle expérience, il suffît de constituer deux
groupes de sujets qui verront l'enfant selon tel ou tel prénom.
La situation est cependant asymétrique, car le prénom de l'enfant
correspond à son sexe réel pour un groupe et non pour l'autre
groupe. On a donc, dans le cas où l'enfant est un garçon, les deux
types d'information pouvant être donnés aux sujets : Gg
(Garçon/garçon, à savoir Prénom masculin lorsque l'enfant est
un garçon) et Fg (Fille/garçon, à savoir Prénom féminin lorsque
l'enfant est un garçon), ou Ff et Gf dans le cas où l'enfant est une
fillette.
Si par contre on ajoute un ou plusieurs enfants, le problème
expérimental se complique. On a le choix entre plusieurs pos
sibilités :
1) Soit 2 enfants, et dans ce cas on s'arrangera pour des
raisons de symétrie pour prendre une fillette et un garçon. On a
dans ce cas les 4 types d'information possibles : Gg, Fg, Ff, Gf.
On peut alors choisir les plans suivants :
a) soit prendre 4 groupes de sujets qui verront 1 seul enfant
selon une des informations Gg, Fg, Ff, Gf. C'est la procédure
qu'ont choisie J. W. Meyer et B. Sobieszek (1972). On pourra
tester ici l'effet sexe expérimental en comparant les groupes
Gg et Gf aux groupes Ff et Gg. et l'effet sexe réel en compa
rant les groupes Gg et Fg aux groupes Ff et Gf ; des performances d sexe 87 Jugement
b) soit prendre 2 groupes de sujets qui verront 2 enfants (pro
cédure adoptée par Rosenthal et Paltiel, 1982). Le facteur
sexe expérimental sera un facteur intergroupes et le
facteur sexe réel un facteur intrasujets. Mais on constate
que les 2 groupes n'auraient pas non plus une expérience
parfaitement symétrique, car un groupe n'a que des prénoms
masculins (Gg et Gf) et un groupe que des prénoms féminins
(Ff et Fg).
2) C'est pourquoi nous avons choisi de prendre 4 enfants
et, pour la symétrie, il était naturel de 2 garçons et
2 fillettes. Chaque sujet voit les 4 enfants avec 2 prénoms
masculins et 2 prénoms féminins, mais pour chaque prénom,
il y a une fois correspondance avec le sexe réel de l'enfant et une
fois non. Pour éviter un effet d'ordre, nous avons choisi de per
muter les enfants. On peut le faire de différentes façons, mais
nous avons choisi une structure de carré latin, à savoir 4 permut
ations avec la condition que chaque enfant n'apparaisse jamais
sur la même colonne dans chaque ligne (voir fig. 1).
G9 Fg Ff &f
GROUPE 1 El E2 E3 E4
n=33 BEAT THOMAS KARIN CECILE
F9 Gf Ff cg
GROUPE 2 E4 E2 El E3
n=41 URSULA PIERRE SUSI ALAIN
F9 Ff GS Gf
E2 GROUPE 3 E4 E3 El
n=33 CECILE KARIN THOMAS BEAT
Gf cg Ff F9
GROUPE 4 E3 El E4 E2
n=33 ALAIN SUSI PIERRE URSULA
Fig. 1. — Plan avec 4 enfants permutés. Chaque ligne correspond à
la séquence des enfants vus par un groupe de sujets. On peut constater
par exemple que l'enfant El est une fillette présentée comme telle (susi, Ff)
aux groupes 2 et 4, et comme garçon (beat, Gf) aux groupes 1 et 3.
Design with 4 permuted children. Every row shows the sequence of the
children in the video which is seen by one group of subjects. Example : child El
(real girl) is presented once as a girl (SUSI Ff) to the groups 2 and 4 and once
as a boy to the group 1 and 3. 88 Bernard Plancherei et Lothar Schallenburg
Quatre groupes de sujets sont alors constitués. Chacun des
groupes voit les 4 enfants dans un ordre différent. Comme
chaque enfant a un double prénom, nous les identifierons dans
la suite par les symboles El (beat/süsi), E2 (thomas/ürsula),
E3 (karin/alain) et E4 (cécile/pierre), les chiffres représen
tant le rang de l'enfant pour le premier groupe de sujets.
L'analyse statistique d'un tel plan peut se faire de différentes
façons :
a) II n'est pas possible d'utiliser une analyse de variance
pour tester l'effet du sexe expérimental sous forme de facteur
intergroupes si l'on prend en compte tous les sujets avec toutes
leurs réponses. L'équilibre complet du plan ainsi que la symétrie
de la présentation des enfants et des prénoms amènent à une
annulation de l'effet, puisque chaque sujet voit à la fois un vrai
garçon, une vraie fille, un faux garçon et une fausse fille.
Il serait possible cependant de revenir à un modèle d'analyse
avec facteur intergroupes pour tester l'effet sexe expéri
mental à condition de constituer aléatoirement soit 4 groupes
de sujets dont on ne garderait, pour chaque groupe respective
ment, que les données d'une des situations Gg, Gf, Fg, Ff, ou
en constituant 2 groupes, avec pour le premier, les données des
situations Gg et Gf, et pour le deuxième, les données des situa
tions Fg et Ff. Mais dans ce cas, on perd une grande partie des
informations récoltées sur chaque sujet et l'on n'évite pas
l'absence de symétrie entre les groupes mentionnée plus haut.
b) Une autre façon de traiter les données statistiquement
est de ne pas tester le sexe expérimental comme facteur inter
groupes, mais comme facteur intrasüjets. On utilise alors
toutes les informations données par chaque sujet. L'analyse
devient alors une anova avec mesures répétées, opposant Gg et
Gf à Ff et Fg (voir fig. 2).
Dans ce plan, on peut tester aussi sous forme de facteur
intrasüjets non seulement le sexe expérimental mais aussi
le sexe réel ainsi que l'interaction entre les deux. On perd
dans cette analyse l'idée de départ de ce genre d'expérience qui
était de tester l'effet du sexe expérimental sur un même enfant.
Mais l'avantage réside dans le fait qu'on peut faire porter l'ana
lyse sur toutes les données de tous les sujets en même temps.
On a aussi un avantage statistique : la variabilité due aux diff
érences entre sujets est éliminée de l'erreur expérimentale. Il
nous semble d'autre part que les inconvénients : effet différé, des performances et sexe 89 Jugement
PREIÎOM MASCULIN PRENOM FEMININ
FILLE GARÇON FILLE GARÇON
G9 Gf F9 Ff
KARIN THOMAS BEAT CECILE
ALAIN PIERRE URSULA SUSI
THOMAS BEAT KARIN CECILE
ALAIN PIERRE URSULA SUSI
Fig. 2. — Plan reconstruit pour une anova avec facteur intrasujet.
Pour les sujets des groupes 1 et 3, par exemple, le sexe experi
mental compare les scores de thomas et pierre, aux scores de karin
et cégile. Pour les groupes 2 et 4, cela revient à comparer les d'ALAiN
et pierre aux scores d'uRsuLA et susi.
Presentation for an ANOVA with repeated measures (WITHIN FACT
OR). Example : The factor EXPERIMENTAL SEX for the group 1 and 3
compares the scores of THOMAS and PIERRE with the score of KARIN and
CECILE, For the groups 2 and 4, the score of ALAIN and PIERRE are
compared with the scores of URSULA and SUSI.
effet de latence et effet d'ordre ou d'apprentissage ne sont pas
à craindre de par le type de tâche, et grâce aux permutations des
enfants. Nous avons donc choisi la procédure avec mesures
répétées (intrasüjets) pour tester l'effet du sexe expérimental
et réserver le test intergroupes pour calculer l'effet du sexe
des sujets, ou d'autres variables indépendantes.
L'analyse statistique pose cependant quelques problèmes
que nous allons considérer ci-après.
CARRÉ LATIN ET MESURES RÉPÉTÉES
Le carré latin est un plan qui a deux fonctions distinctes.
Avec des mesures indépendantes, il est utilisé dans un but
économique. En faisant l'hypothèse d'une absence d'interactions
entre un facteur et deux autres, on peut faire une analyse de
variance à 3 facteurs en ne croisant que les deux premiers, ce qui
diminue grandement le nombre des cellules. Ainsi, avec 3 facteurs
à 4 niveaux chacun, on a seulement 16 cellules au lieu de 64.
Par contre, avec mesures répétées, le carré latin est utilisé dans

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