Les pieds humains sculptés de la pierre Le Mulot (N° 1), à Bleurville (Vosges) - article ; n°3 ; vol.5, pg 181-196

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Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1914 - Volume 5 - Numéro 3 - Pages 181-196
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1914
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Marcel Baudouin
Les pieds humains sculptés de la pierre Le Mulot (N° 1), à
Bleurville (Vosges)
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, VI° Série, tome 5 fascicule 3, 1914. pp. 181-196.
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Baudouin Marcel. Les pieds humains sculptés de la pierre Le Mulot (N° 1), à Bleurville (Vosges). In: Bulletins et Mémoires de la
Société d'anthropologie de Paris, VI° Série, tome 5 fascicule 3, 1914. pp. 181-196.
doi : 10.3406/bmsap.1914.8655
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1914_num_5_3_8655BAUDOUIN. — LES PIEDS HUMAINS SCULPTÉS DE LA PIERRE LE MULOT 181 MARCEL
Cette terre cuite représente une femme qui pétrit la tête de son enfant.
La femme repose par terre, dans l'attitude jambes croisées, son crâne a
la déformation cunéiforme relevée, un nez énorme remplit le visage.
Même du crâne, même exagération du nez s'observent sur
les sifflets en terre cuite du Yucatan, modelés en forme humaine, que
conserve le musée du Trocadéro.
L'enfant, assis sur les cuisses de sa mère, est assez grand : il se tient
comme un enfant qui sait marcher. Sa tête a la même déformation que
celle de sa mère, son nez offre un volume aussi exagéré. Son crâne est pris
par les mains de sa mère qui le presse entre deux objets ayant l'aspect de
polissoirs. L'opération est désagréable, car l'enfant, bien qu'il ne crie pas,
cherche à écarter avec ses mains les bras qui le pétrissent. Sans doute la
déformation a été commencée dès le berceau, elle existe chez l'enfant ;
elle est simplement parachevée.
La légende de cette image est fournie par un écrit espagnol relatif aux
Niquirans du Nicaragua :
« Quand les enfants sont très jeunes, dirent les indigènes à Bobabella,
leurs têtes sont tendres et on les pétrit alors dans la forme que vous
voyez être la nôtre au moyen de deux morceaux de bois, creusés dans le
milieu. Cette coutume, donnée à nos ancêtres par nos Dieux, nous prête
up air noble, et nos têtes sont ainsi mieux adaptées au port des fardeaux *. »
Les déformations crâniennes sont représentées nombreuses et variées
dans l'art précolombien .*. Mais la terre cuite, que nous présentons, mont
rant comment s'obtiennent ces déformations, est unique en son genre.
LES PIEDS HUMAINS SCULPTÉS DE LA PIERRE LE MULOT (N* I),
A BLEURVILLE (Vosges).
Par M. le Dr Marcel Baudouin (Paris),
I. — Introduction.
Définition. — II existe, à Bleurville (Vosges) 1, un Rocher, des plus inté
ressants, couvert de Sculptuhes* qui s'appelle La Pierre Le Mulot ou Pierre
du Mulet.
Cette dénomination est due à la présence de plusieurs Sculptures de
* H. Beuchat. — Manuel d'Archéologie américaine, 1912, p. 401.
* Elles sont étuJièes dans L. A. Gosse : Essai sur les déformations artificielles
du crâne. Paris, 1855.
i Bleurville est une commune, située à peu de distance de Vittel ou Contrexéville ;
elle est de l'arrondissement de Mirecourt, canton de Monthureux-sur-Saône [Gare à
5 k. de Bleurville). Î6 avwl 1914 182
Sabots d'Equidés ; mais il y a, à côté, des Sculptures de Pieds humains, que
nous allons décrire ici, sans nous préoccuper aujourd'hui des autres
œuvres humaines, si nombreuses et si curieuses, de ce Rocher très
remarquable.
En réalité, la station préhistorique est constituée par deux pointements
à sculptures, auxquels nous avons donné les noms de Rocher n° I et de
Rocher n° II. Les sculptures, qui nous intéressent ici, ne sont d'ailleurs
situées que sur le Rocher principal n° I, le plus considérable et le plus
intéressant (Fig. 1).
Historique. — 1* lre Découverte. — Ce rocher a été découvert, en 1880, par
par le célèbre préhistorien des Vosges, Félix Voulût1, qui fut un véritable
précurseur dans l'étude des sculptures sur roches, en France.
Voici la trop brève description qu'il en a donné alors.
« En face d'une Cuvette-entonnoir [sans doute VEcuelle, conique, de ce
rocher], sur la Pierre Le Mulot*, se voient... deux Empreintes de Pieds
d'Homme, qui sont dirigés vers un point du ravin, où, sur la rive opposée
d'un ruisseau, j'ai rencontré une autre roche [à sculptures], portant le
même nom... »3.
2° Bibliographie. — - 1° M. Reber, en 1892, a cité ce rocher sous le nom
de Pierre de Contrexéville (Vosges) 4.
2° Puis Koehler5 a écrit de son côté quelques années plus tard (1896) :
« Sur une pierre de Contrexéville (Vosges), on voit, en dehors de deux
sculptures, qui ressemblent à des Pieds, des croix, des fers de chevaux, et
des cupules. Mais les dernières figures paraissent gravées postérieurement
aux premières »6.
3e 2e Découverte. — En 1897, dans un ouvrage spécial sur la Pierre à
Mulot 7, F. Voulot est revenu sur ces Empreintes de Pieds. — Voici ce qu'il
en dit, en deux endroits différents :
« On voit, sur la gauche [en regardant le Nord], une Empreinte, que
les habitants du pays regardent comme celle du Pied d'un Cavalier, mont
ant en selle. Cette hypothèse me paraît hasardée, le bout du soi-disant
1 Félix Voulût. — Sur deux mégalithes vosgiens et sur les signes gravés sur les
rochers. — Bull, de la Soc. d'Anthr. de Paris, 3» sér., t. III, 1880, p. 3J3-340 [Voir
p. 340].
* C'est à lui que je donne le nom de Pierre à Mulot [n* 1].
» Je lui réserve la dénomination de à [n* II].
* Reber. — Die vorhistorischen Uenkmaler in Einfischsthal. - Arch. f. Anthropol
ogie, etc., 1892, 22 Bd, 1. u . II Heft, p. 346.
5 Koehler. — Steinemith Fusspûren. — Corr. Blatt. d deut. Geaellsch.f. Anthrop.,
Ethn. und Urgesch , XXVII, «896, p. 55-58 (Voir p. 57).
6 Opinion qui, jusqu'à présent, n'est pas du tout certaine. — On ne peut dater ces
sculptures que très approximativement. — Toutes sont peut-être très anciennes...
7 F. Voulût. — Le Pied humain, le Pied et le Fer de Cheval et les Croix à tra
vers le monde et les âges. — Bulletin de la Soc. Philomalique Vosgienne, 1896-1897. hors'
— St-Dié, 1897, in-8% 27 p., 2 pi. texte (4 fig.) [Voir p. 5]. BAUDOUIN. — LES PIEDS HUMAINS SCULPTÉS DE LA PIERRE LE MULOT 183 MARCEL
pied étant coupé carrément '. Cette empreinte, comme le grand Sabot,
est moins profondément gravée que les petits Fers,, et paraît remonter a
une plus haute antiquité... »
« La position des deux Pieds... * cités, avec l'empreinte du baton3, si c'en
est une, en face d'une cuvette... ».
En somme, les descriptions de cet auteur étant absolument insuffi
santes, il était nécessaire de reprendre complètement l'étude de cet
intéressant Rocher a Sculptures. — C'est ce que nous avons tenté de faire
ces temps derniers.
4° Bibliographie. — Mais ajoutons encore, pour être complet, que, dans
ces dernières années, notre excellent ami, M. L. Schaudel *, a cité aussi
ces sculptures.
« Les empreintes [pédi formes], a peu près grandeur nature, a écrit
L. Schaudel *, s'écartent vers les doigts et sont assez rapprochées au talon.
Au dessous de ceux-ci se trouve placée une Ecuelle 5, très nettement
sculptée. Cette disposition serait comparable à celle du Rocher aux
Pieds. »
Folklore. — Tout le Folklore de ce Rocher n'est pas en rapport seul
ement avec les sculptures de Sabots de Chevaux, qui ont surtout frappé
l'imagination populaire. La Légende principale qui y a trait6 [Mulet fan
tastique] n'a donc pas fait disparaître celle qui a existé sans doute aupa
ravant pour les Pieds humains [quoiqu'on n'en sache rien]. Cela n'a d'ail
leurs rien d'étonnant, puisque les sculptures de Sabots datent sans doute
du Néolithique.
Voici d'ailleurs le détail des deux Légendes.
1° D'après la légende des « Fers », N.-S. Jésus-Christ, ou Saint Martin,
qui, montés le dernier sur une mule (cet animal se rapporte surtout à
Saint Martin), le premier sur un âne (Jésus-Christ), avait franchi d'un
bond la vallée du Ruisseau du Gras, en partant de la Pierre n° I, pour
tomber sur la Pierre n* II 7. — Ce saut classique explique les empreintes
d'un petit Equidé (Ane ou Mulet), et la petitesse des sabots 8.
b) En ce qui concerne plus spécialement les Empreintes de Pieds, celles-
ci, d'après F. Voulot 9, « sont encore aujourd'hui l'objet d'une tradition,
1 II s'agit pourtant d'un vrai pied, fort curieux.
* En réalité, il y a une Empreinte pèdi forme entre ces deux pieds [Voir PI. I. fig. 5).
3 II s'agit de la Cupule qui accompagne la Paire de Pieds. -
« L. Schaudel. — Bull. Soc. Préh. de France, 1904, i 2 octobre.
5 11 s'agit toujours de la Cupule (dite Empreinte du Baton).
6 P. Sébillot. - Le Folklore de France, t. I, 1900 [Voir p. 389].
i F. Voulût. - 1897, Loc. cit. [Voir p. 7].
8 La Cupule serait l'empreinte du Baton de St-Mirtinou de Jésus- Christ, là comme
en Vendée [Pas de St-Roch], et ailleurs.
9 F Voulût. — Loc. cit , 1897, p 35-26. •
184 16 avril 1914
qui semblerait les rattacher au Culte solaire. Il n'est pas rare qu'une jeune
fille, très désireuse de se marier \ se rende la nuit, en secret, sur la
Pierre à Mulot. Si elle fait trois * tours3 sur elle-même, les pieds posés dans
les empreintes mystérieuses 4, elle sera mariée dans l'année... » 5 !
Ce Rocher à Empreintes est donc une pierre de Mariage, en l'espèce,
parce qu'elle présente des traces d'une Divinité toute puissante, capable
de trouver un Mari à toute jeune fille. — Gela nous ramène bien, en effet,
au Mythe dit de la Fécondation et par suite au Dieu-Soleil.
Fig. 1. — Le Rocher, fixe, de La-Pierre-lk-Mulot, à Bleurville (Vosges).
[D'après une lithographie de F. Voulût, 1897 [Rocher n* I].
Légende : I, Rocher (n° I), vu presque de face. — II, Le même Rocher
(n* I), vu de profil. — P1^, Paire de pieds, principale ; — P3, Pied du Caval
ier; — S1, Deux Sabots d'Equidës; — S*, Trois Sabots d'Equidés; — a, b,
Croix, sculptée; — R, Roue (Solaire), sculptée ; — Z, Swastika; — G, Cu
vette entonnoir [Ecuelle typique].
Etude personnelle. — Sachant que des Moulages,, exécutés jadis par
F. Voulot de la Pierre Le Mulot, existaient toujours à Genève6, j'ai prié
le distingué conservateur du Musée, M. A. Cartier, de m'en faire exécuter
1 Mariage = Fécondation. — Le Soleil est en effet le Dieu générateur par excel
lence.
1 Nombre fatidique, bien connu.
1 Tours s=s Cercle. — L'idée de roue, de cercle, etc., est liée, on le sait, au Culte
solaire.
4 Ce n'est pas un exercice facile t — Ce qui veut dire qu'en Folklore un bon
mariage est considéré comme une opération malaisée. — Cette légende est donc
assez récente, c'est-à-dire de l'âge du Fer sans doute, maispréchrélienne.
5 Autres coutumes analogues dans les Vosges [Ste Odile; Dabo; etc ].
6 Un moulage de cette Pierre a, en effet, été indiqué comme se trouvant au Musée
de Genève [d'après Reber] par L. Schaudel. BAUDOUIN. — LES PIEDS HUM\INS SCULPTÉS DE LA PIERRE LE MULOT 485 MARCEL
des contre-empreintes. Celles-ci m'ont servi à obtenir d'autres Moulages, que
j'ai d'ailleurs exposés, à deux reprises [Beauvais (1909J ; Tours (1910)],
lors d'Expositions préhistoriques (Fig. 2).
J'ai pu ainsi étudier complètement :
1° Les Empreintes de Pieds humains; 2° les Sabots d'Equiués; 3° les
autres Sculptures du Rocher.
Mais je n'ai à m'occuper ici que des Empreintes de Pibds humains, qui
ne sont d'ailleurs peut-être pas toutes contemporaines des empreintes de
Sabots de Chevaux [quoique toutes ces sculptures se trouvent sur le même
rocher] et peut-être pas de la même époque que les Croix pattées, assez
nombreuses, de La Pierre à Mulot (n* II).
Grâce à ces Moulages, j'ai pu établir : V Un Décalque, très exact, de la
Paire de Pieds, avec la Cupule qui se trouve à côté d'eux; et de deux
autres Pieds voisins ; 2° des coupes longitudinales des divers pieds ;
3° des coupes transversales de ces pieds, au niveau de la plante et des
talons. — Je reproduis ici ces dessins décalqués, en les réduisant au 1/4 de
leur grandeur réelle : ce qui permettra de se rendre un compte très exact
de leur forme et de leurs dimensions {Fig. 2 et 3).
Description. — Je me bornerai donc a étudier d'abord la Paire de Pieds
indiquée ; puis le « Pied du Cavalier », indiqué par F. Voulot, car cette
sculpture [dont j'ai aussi le moulage] est pour moi un vrai Pied {.
Je déclare, de suite, que la Paire de pieds me paraît être de YEpoque
néolithique, parce qu'elle présente à sa base une Cupule typique, qui la
date de par ses caractères. Je m'empresse d'ajouter que les « Quatre
Sabots de Cheval », voisins, de la même Pierre Le Mulot, sont peut-être aussi
anciens ; mais les Croix pattées du rocher n° 2 peuvent n'être que post-
romaines *. — On aurait donc gravé sur roche, à la Pierre Le Mulot, depuis
l'ère Néolihitque jusqu'au Moyen Age 3.
Situation. — a) La Pierre à Mulot correspond à un plateau, s'avançant
« en promontoire escarpé au-dessus d'une étroite vallée des Faucilles
entre Viviers-le-Gras et Bleurville » (Vosges).
b) L'Altitude du Rocher est assez élevée; mais je n'en possède pas le
chiffre précis.
Pétrographie. — La Roche est du Grès Vosgien, grossier, très dur.
* Cette sculpture me semble être aussi de l'époque néolithique, comme celle des
Cercles à quatre rayons, qui l'avoisinent, ainsi que les swastikas typiques, qui y
sont mélangés.
* A la Pierre le Mulot n' I, il y a des Croix simples, qui peuvent bien être Néo
lithiques [car elles ressemblent à celles de Bretagne]. — La grande Ecuelle, conique
signalée plus haut, peut à la rigueur être aussi de la fin du Néolithique ; mais rien
ne le prouve.
3 Dans d'autres notes, j'étudierai les sculptures de Sabots de Chevaux, et les Cercles
et Swastikas. 16 avril 1914 18e>
Constitution du Rocher. — Le Rocher n* I est constitué par un pointe-
ment, allongé de l'Ouest à l'Est, plus large à l'Ouest qu'à l'Est, dont les
bords ont été arrondis par l'érosion (Fig. 1).
Du côté de l'Est, il est divisé par une faille, qui en isole l'extrême
pointe orientale, laquelle présente 'aussi des sculptures. La partie Ouest
a 7x8 m. ; l'autre 3x5 m. La faille est profonde de 0,70 cm. au moins,
et large de 0,50 ».
Il est peu élevé au-dessus du sol : environ 0,80cm. Sa surface zéni
thale est absolument plane et bien horizontale, comme une lame de clivage.
Et c'est certainement pour cela qu'il a été choisi, pour des sculptures, par
les artistes préhistoriques. Celles-ci sont localisées sur ses bords Sud,
Est et Ouest. Il est absolument indispensable de remarquer qu'i/ n'y en a
aucune du côté du bord Nord! C'est là un argurnentcapital, qui vient justi
fier, une fois de plus, notre théorie, d'après laquelle ces œuvres humaines
sont toutes rituelles et en rapport avec le Culte solaire *.
II. — Description des Sculptures.
Nous avons à décrire :
1° La Paire de Pieds, bien connue depuis F. Voulot ;
20 Le Pied isole', placé au milieu de la paire précédente, que j'ai
retrouvé sur les Moulages du Musée de Genève ; dessiné, mais non décrit,
par Voulot ;
3° Le Pied du Cavalier, cité par F. Voulot.
Nous terminerons par quelques considérations d'ensemble.
I. — Pairk de Pieds.
Situation. — Cette Paire de Pieds, absolument nette et indiscutable, se
trouve près du bord Sud, à peu près en son milieu, du Rocher 3. Cette
position est à souligner, car elle semble voulue.
Orientation. — 1° Ensemble. — L'Orientation générale est telle que les
plantes se dirigent du côté du Sud ; mais aucune précision mathématique
n'est possible, car l'orientation n'a pas été prise par F. Voulot a la bous
sole et nous n'avons pas encore visité les lieux nous-même.
' D'après F. Voulot, cette cavité serait artificielle : ce qui est très admissible. —
Elle "représenterait alors une Rainure, voulue, correspondant à la Ligne méridienne
néolithique, comme une rainure profonde du Pas de la Mule, à Esse (Charente)
* On sait que le Soleil ne se trouve jamais au Nord dans nos régions.
1 La plupart des sculptures de Sabots d'Equidés sont au coin Ouett de ce bord
Sud, à environ 3 m. — A l'Est, il y a des Croix et des Roues. BAUDOUIN. — LES PIEDS HUMAINS SCULPTÉS DE LA PIERRE LB MULOT 187 MARCEL
Malgré cela, il est bien évident que position et direction font songer au
Soleil à Midi et à la Ligne méridienne i !
2° 0. spéciale. — Les deux Pieds, droit et gauche, très reconnaissables,
en raison de l'existence d'un gros orteil, très bien dessiné, n'ont pas leurs
grands axes parallèles . Et cela est voulu {fig. 2).
Fig. 2. — La Paire de pieds et le Pied isolé de la Pierre a Mulot (N* I)i
Bleurville (Vosges). — Décalque du Moulage, réduit (C°n, M Baudouin). —
Echelle: 1/4 grandeur.
Légende: P, Pied de droite. — G, Pied de gauche. — P. D. Is., Pied
isolé central (droit). — S, sorte de petit Sabot d'Equidé, minuscule, cen
tral (inédit). — G, Cupule. — Go, Coupe de cette Cupule. — PI, Plantes. —
Ta, Talons. — O, grand axe des pieds (Orientation). — a, a\ b, b\ c,
cenlre des Plantes et des Talons. — Les grisés correspondent à des Coupes
transversales (G. D. et P. D.) et longitudinales (D. G.) de Moulages des
Scuptures. — Nm, Nord magnétique.
Le Pied Droit semble à peu près Nord -Sud; mais la plante du Pied
Gauche s'écarte notablement vers le Sud-Est *.
< Au Sud des Pieds, d'ailleurs, il y a une sorte de Bassin ou Echancrure. voulue,
qui. semble donner, avec les pieds de la paire. Va Ligne méridienne. \— Mais cette
interprétation reste discutable, .faute d'examen direct sur les lieux, à la bouss
ole.
* L'axe du Pied gauche fait avec la ligne des axes des Sabots d'Equidés un angle
de 50», qui doit faire songer à un Angle solsticial Nous en reparlerons plus loin. 188 16 avril 1914
Si l'on prolonge, du côté des talons, les dits grands axes jusqu'à leur
point de rencontre sur le Rocher au nord de la sculpture, on constate
qu'ils constituent un angle, aigu, ayant environ 30°, et qu'ils se rencont
rent, au nord du centre des Talons, à 0 m. 45 pour le pied droit et à
0 m. 51 pour le Pied Gauche. Ce point de rencontre ne correspond à rien
sur le rocher, d'ailleurs.
II résulte de là que ce pourrait être aussi la bissectrice de cet angle qui
correspondrait à l'aie réel des Pieds ; mais il est impossible de l'affirmer
en l'espèce.
Dimensions. — Les Dimensions des deux Pieds sont les suivantes :
Pied droit. Pied gauche.
Longueur maximum 270 mai. 260 mm.
( Piaule 90 — 95 — | TaloQ ?8 _ g() _
Talon. . 18 — 18 —
Profondeur maximum -, nl . Al, n. Plante . 10 — 24 —
a) Sexe. — Ces dimensions, dépassant 0 m. 24 pour la longueur, indi
quent une paire de pieds d'un sujet du sexe masculin. — II s'agit donc de la
représentation d'un Homme.
b) Inversion. — Les largeurs montrent que le Pied gauche est plus étalé
(95 pour 90; 80 pour 78) que le droit, quoique le pied soit le plus
court (260 pour 270).-
Malgré cela, il semble bien que ces différences, qu'on retrouve dans la
profondeur également (le gauche est plus creux que le droit : ce qui
semble indiquer une puissance plus grande), soit en rapport avec le fait
de Yinversion de la Sculpture, qui force à conclure qu'en réalité le Pied
de gauche est le Pieddroit de l'Homme représenté. — On sait que, par suite
du phénomène dit de la « Droiterie», le pieddroit est d'ailleurs, d'ordi
naire, le plus « fort ».
Indices. — Les Indices dés deux Pieds de cette paire sont les sui
vants :
Pied droit Pied gauche
95X100 10 X 100 q, „, Indice soléo-podalique iôâ ;
Indice talo-podalique : — ™r — = 28,88 — ; — ^rrr — — 30,76.
78 * * °- — 86,44 — ; — ^ = 84,21. Indice talo-solèen : yo yo
a) Ces chiffres montrent tout d'abord la grande différence qui existe
entre les deuxpieds, puisque leurs indices varient de 2 points (28,88 pour
30,76; etc.) et même de plus de 3 points (33,33 pour 36,53)!
L' Indice soléo-podalique montre en outre que c'est bien le Pied gauche b)BAUDOUIN. — LES PIEDS HUMAINS SCULPTÉS DE L\ PIERRE LE MULOT 189 MARCEL
(c'est-à-dire le droit après correction de l'Inversion), qui est le principal,-
car c'est lui qui se rapproche le plus de la normale pour le sexe masculin
(40,00).
Dans ces conditions on doit même se demander s'il y a vraiment ici
une Paire de pieds; l'hypothèse contraire de deux pieds (droit et gauche),
différents d'origine et de date, n'est pas, en effet, insoutenable! Toutefois,
jusqu'à preuve du contraire, nous en restons à l'idée de Paire, qui appar
aît comme évidente, quand on n'entre pas dans les détails minutieux
des faits observés et surtout quand on tient compte de la remarque pré
cédente.
c) Ce qui est certain c'est que l'Indice soléo-podalique est trop faible et
notablement ! Il est vrai qu'on peut soutenir que cela est dû au type de
sculpture, dite en semelle ou sandale, avec gros Orteil, car, pour ces sortes
de cavités plates et peu profondes, le gros orteil a toujours l'air surajouté
* : ce qui allonge d'autant la longueur du pied *. après coup
Distances entre les Pieds. — Si l'on mesure la distance qui sépare les
centres des Plantes et des Talons de ces deux pieds, on constate :
a) Plante D. — Plante G. — 300 = 0,06 x 5.
b) Talon D. — Talon D. = 240 = X 4.
Ici apparaît donc, de suite, la Commune Mesure inter cupulaire, bien connue,
de l'Epoque néolithique : constatation capitale, on verra pourquoi.
Constitution des Sculptures. — D'autre part, nous retrouvons cette
même commune mesure dans la confection des Pieds, puisque la distance
entre les centres des Talons et des Plantes est aussi de 120=0,06X2.
Ces constatations justifient ce que je disais plus haut, à savoir que le
gros orteil semble avoir été vraiment surajouté à des sculptures en semelle
(du type Savoie) (Fig. U), terminées et plus régulières que celles à gros
orteil.
Mode de fabrication. — En tout cas, chaque pied de ce type a été fabri
qué à l'aide de deux Cupules, en verre de montre, presque circulaires,
réunies par un pont rocheux, qu'on a dû faire sauter pour obtenir la
cavité pédiforme, mais dont on constate encore des traces, puisqu'entre
les deux cupules l'empreinte est bien moins profonde (8 mm. à 10 mm.
seulement) qu'aux Talons ou aux Plantes 3 (Fig. 2; a, a'; b, b' ; c).
Annexes. — 1° Cupule. — II est facile de montrer que la Cupule, qui se
1 En comparant la Paire de la Pierre à Mulot (n° I; avec la Paire de la Pierre de
Lans-le-Villard (n° I), il est facile de se rendre compte de la justesse de cette
affirmation {Fig. 4).
* En effet si l'on calcule cet indice, en supprimant VOrteil, on a: — 95 f^ ^ 100 = M, M;
ce qui correspond au chiffre normal (40,00) ou à peu près.
3 Sorte de bombement, semblant correspondre à la voûte plantaire.

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