- Les processus de conditionnement et les faits de conditionnement indirects - article ; n°1 ; vol.50, pg 429-440

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1949 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 429-440
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
Lecture(s) : 27
Nombre de pages : 13
Voir plus Voir moins

Gérard de Montpellier
XII. - Les processus de conditionnement et les faits de
conditionnement indirects
In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 429-440.
Citer ce document / Cite this document :
de Montpellier Gérard. XII. - Les processus de conditionnement et les faits de conditionnement indirects. In: L'année
psychologique. 1949 vol. 50. pp. 429-440.
doi : 10.3406/psy.1949.8465
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_hos_50_1_8465XII
LE PROCESSUS DE CONDITIONNEMENT
ET LES FAITS DE INDIRECT
par G. de Montpellier
Université de Louvain.
Ainsi que nous le remarquions dans un travail antérieur x,
« lorsqu'on aborde le problème du conditionnement, il y a tout
d'abord lieu de distinguer les faits de conditionnement de l'i
nterprétation de ces faits en termes de physiologie nerveuse ».
Les faits de conditionnement se manifestent au plan du com
portement : ils consistent, notamment, soit dans le transfert ou
la substitution d'excitants vis-à-vis d'une réaction déterminée,
soit dans l'apparition d'une réaction nouvelle, en raison de la
concomitance plus ou moins absolue de présentation des exci
tants conditionnel et inconditionné.
L'interprétation de ces faits en termes de physiologie ner
veuse implique le recours à certaines conceptions du fonctio
nnement du système nerveux supérieur concernant, notamment,
le mécanisme de communication entre centres récepteurs et
effecteurs. Pour Pavlov et son école, ainsi que nous le notions
déjà dans le travail mentionné ci-dessus, il semble bien que le
processus essentiel de ce mécanisme consistât dans une com
munication nouvelle s'établissant entre les centres récepteurs
correspondants respectivement aux excitants conditionnel et
inconditionné. Les textes de Pavlov ne sont pas toujours très
explicites sur ce point, mais quelques-uns cependant sont assez
nets. On peut lire, par exemple, dans Conditioned Reflexes (trad.
Anrep, p. 385) : " The fundamental mechanism of development
1. De Montpellier (1950). PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE 430
of a conditioned reflex depends upon excitation of some definite
point in the cortex coincidently with a more intense excitation
of some other point probably also of the cortex, which leads
to a connection being formed between these two points. "
Ultérieurement, sous l'influence de la conception générale du
Behaviorism, telle qu'elle s'est développée en Amérique notam
ment, il semble que l'interprétation des faits de conditionne
ment ait été conçue de plus en plus en termes de connexions
entre excitants et réponses, c'est-à-dire de communications
réalisées entre les centres récepteur et effecteur respectivement
de l'excitant conditionnel et de la réponse inconditionnée.
Dans leur important ouvrage consacré au problème des relations
entre les phénomènes de conditionnement et d'apprentissage,
Hilgard et Marquis l, par exemple, donnent du conditionnement
la définition suivante : " Conditioned is defined as an experi
mental procedure for the establishment of simple associative
connections between stimuli and responses " (p. 40).
Sans doute, pour Pavlov et son école, le
aboutit-il au déclenchement d'une réaction par un nouvel exci
tant — c'est précisément de cette manière qu'il se manifeste
au plan du comportement — et, dans ce sens, correspond-il à
l'établissement d'un processus de connexion entre excitant et
réponse; mais, ainsi que l'indique le schéma de la figure 1, la
mise en communication du centre récepteur de l'excitant con^
ditionnel et du centre effecteur de l'excitant inconditionné se
réalise à l'intermédiaire de la jonction nouvelle établie entre les
deux centres récepteurs des excitants conditionnel et incondi
tionné, et c'est là assurément, pour ces auteurs, le processus
essentiel.
Ec Crc Cein
Eine Crinc Ceinc Rinc
Fig. 1
Nous voudrions essayer de montrer brièvement que, sur ce-
point, la conception de Pavlov semble s'accorder, mieux que
l'interprétation du Behaviorism, avec certains faits mis en
lumière par les recherches récentes en ce domaine 2. Ainsi qu'on
1. Hilgard et Marquis (1940).
2. Voir aussi, à ce sujet, Maier et Schneirla (1942) et Birch et Bitter-
MAN (1949). DE MONTPELLIER. LE PROCESSUS DE CONDITIONNEMENT 431 G.
le verra d'ailleurs, le problème de la nature du processus de
conditionnement n'est qu'un aspect de celui de la nature des
phénomènes d'apprentissage en général, et l'opposition des deux
types d'interprétation que nous venons de signaler rejoint celle
des deux conceptions ou théories de l'apprentissage défendues
par l'école de Hull, d'une part, et par celle de Tolman, d'autre
part.
Parmi les faits plaidant en faveur de l'interprétation de Pavl
ov, nous voudrions signaler, notamment, les phénomènes de
conditionnement indirect *. Ces phénomènes consistent essentie
llement dans le fait du déclenchement de certaines réactions
par des excitants qui n'y ont jamais été liés, mais qui ont été
liés à certains excitants rendus efficaces vis-à-vis de ces réac
tions au cours d'un conditionnement préalable.
Voici, à titre d'exemple, une situation de ce type décrite
par Shipley (1933). Après avoir réalisé, chez des sujets humains,
un premier conditionnement dans lequel le réflexe palpébral,
déclenché normalement par un léger coup sur la joue, est déclen
ché à l'allumage d'une lampe devant le sujet, un second condi
tionnement est établi, dans lequel le « coup sur la joue » acquiert
la valeur d'un excitant conditionnel vis-à-vis de la réponse
motrice de rétraction du doigt provoquée initialement par un
choc électrique. Cela étant, si l'allumage de la lampe se produit,
le mouvement de rétraction du doigt se manifeste chez la plu
part des sujets.
L'interprétation de ces résultats réclame naturellement cer
tains contrôles expérimentaux. Il faut, tout d'abord, s'assurer
qu'initialement la lumière ne provoque pas la réponse motrice.
Ceci est réalisé en commençant par présenter l'excitant lumi
neux seul un certain nombre de fois. D'autres contrôles supplé
mentaires furent effectués, en outre, avec de nouveaux groupes
de sujets. Pour l'un de ceux-ci, la première phase de l'expérience
se réduisait à la seule présentation de l'excitant « coup sur la
joue » provoquant le réflexe palpébral, la seconde phase étant
identique à celle décrite ci-dessus; pour un second groupe de
sujets, la première phase était identique à celle du expé
rimental, la seconde phase se réduisant à la seule présentation
de l'excitant « choc électrique » déclenchant la réponse motrice.
L'expérience de test était la même pour les deux groupes :
1. Ces phénomènes sont également désignés par les expressions de «trans
fert de conditionnement » ou « préconditionnement sensoriel ». 432 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
l'excitant lumineux était présenté seul. Dans ces conditions, la
réaction motrice ne se manifeste pas.
Comment comprendre le déclenchement d'une réponse par un
excitant qui n'y a jamais été lié directement? Ainsi que le mont
rent les résultats des expériences de contrôle, il ne peut s'agir
d'un phénomène de simple généralisation d'excitant ou d'abaiss
ement du seuil de la réponse motrice en général, mais la réaction
critique doit avoir donné lieu à un phénomène de conditionne
ment. C'est, semble-t-il, à l'intermédiaire de l'excitant commun
aux deux conditionnements que le déclenchement s'effectue :
ayant constitué avec l'excitant tactile « coup sur la joue » une
structure d'excitation unitaire dans laquelle il a acquis une cer
taine équivalence fonctionnelle avec cet excitant, l'excitant lumi
neux conserve cette équivalence vis-à-vis d'une seconde réponse
déclenchée conditionnellement par l'excitant tactile et provoque
ainsi immédiatement, à son tour, cette réaction à laquelle il n'a
cependant jamais été lié directement. Mais ceci implique de voir
dans le conditionnement un processus de connexion ou, plus exac
tement, d'intégration sensorielle et non pas sensori-motrice. En
effet, si le mécanisme consiste dans l'établissement d'une liaison
nouvelle entre l'excitant conditionnel et la réponse incondition
née, on ne voit pas comment l'excitant conditionnel d'une réaction
dans un premier conditionnement pourrait aboutir à déclencher
une réaction totalement différente, propre à un second condition
nement, dans lequel il n'est pas intervenu. Si, par contre, c'est dans
l'intégration sensorielle que réside le processus fondamental du
conditionnement, le déclenchement de la réponse critique s'ex
plique aisément, car alors, à l'intermédiaire de l'excitant commun
aux deux conditionnements, il y a continuité de processus entre
cette réponse et l'excitant désormais capable de la provoquer.
Les conditions de l'expérience de Shipley peuvent être repré
sentées schématiquement de la manière suivante, en fonction de
ces deux types d'interprétation :
Lumière
i
I
Coup ^ Réflexe palpébral
Coup
i
I
Choc -s» Rétraction
Fig. 2 DE MONTPELLIER. LE PROCESSUS DE CONDITIONNEMENT 433 G.
Lumière


> Réflexe palpébral Coup
i i
Choc — . > Rétraction
Fig. 3
On voit que seul le schéma de la figure 3, permet d'expliquer
l'apparition de la réaction motrice sous l'effet de l'excitant lumi
neux, les excitants « coup » et « choc électrique » réalisant
la liaison intermédiaire : Lumière ->Coup >
Choc -> Rétraction.
Dans un travail ultérieur, réalisé dans des conditions partiell
ement modifiées, Shipley (1935) introduisit divers contrôles sup
plémentaires. Les résultats obtenus furent moins nets que ceux
de la première expérience, en ce sens que l'un des groupes de con
trôle donna des résultats semblables à ceux du groupe expéri
mental dans le test avec l'excitant critique, alors que les condi
tions de présentation y étaient cependant différentes. En réalité,
cette seconde expérience était notablement plus complexe que la
première; elle comportait, en fait, un triple conditionnement. En
effet, au cours d'un premier stade, le réflexe palpébral, déclenché
initialement par le coup sur la joue, était conditionné alternative
ment au bruit d'un vibreur et à l'apparition d'une lumière; au
cours d'un second stade, le mouvement de rétraction de la main,
déclenché initialement par le choc électrique, était conditionné
à l'apparition de la lumière. Enfin, dans les essais critiques, le
vibreur était présenté seul. Les excitants sonores et lumineux
étaient ainsi supposés conserver, vis-à-vis de l'excitant « choc
électrique », l'identité fonctionnelle acquise au premier stade vis-
à-vis de l'excitant tactile « coup sur la joue ».
Les résultats obtenus dans ces conditions montrent qu'aux
essais critiques l'excitant sonore déclenche le mouvement de ré
traction de la main chez 6 sujets sur les 10 du groupe expériment
al. Lorsque le vibreur n'a pas figuré comme excitant conditionnel
au premier stade, il n'a aucun effet sur la réaction (contrôle B);
par contre, lorsque l'excitant lumineux a été omis au premier
stade, l'excitant sonore déclenche néanmoins la réaction critique
chez 7 sujets sur 10 (contrôle C). Comment expliquer ce déclenche-
A. P. VOL. JUB 434 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
ment? Ce n'est pas la seule présence du vibreur au cours du pre
mier stade qui peut le rendre efficace vis-à-vis de la réponse
motrice, comme le montrent les résultats du groupe-contrôle D,
pour lequel le vibreur a été donné un certain nombre de fois isol
ément avant le conditionnement du mouvement de rétraction à
l'excitant lumineux. Peut-être est-ce le fait pour le vibreur d'avoir
figuré comme excitant-signal dans un premier conditionnement,
qui lui donne, par une sorte de généralisation fonctionnelle, le
même rôle vis-à-vis d'un excitant à haute valeur biologique
(choc électrique) qui a suivi ce conditionnement, bien qu'aucune
association proprement dite n'ait été établie entre les deux? Les
résultats d'un groupe de contrôle (contrôle F), pour lequel les
conditions étaient semblables à celles du groupe expérimental,
sauf que le choc électrique était présenté seul au second stade de
l'expérience, fournissent une certaine indication dans ce sens,
puisque aux essais critiques, le vibreur déclenche alors la réac
tion motrice chez 2 sujets sur 10.
Les résultats de ces expériences ont été précisés et généralement
confirmés par d'autres recherches du même type. Reprenant
l'expérience initiale de Shipley, Lumsdaine (1939) obtint des ré
sultats identiques à ceux mentionnés ci-dessus : la lumière donnée
seule, aux essais critiques, provoque la réaction motrice chez la
plupart des sujets. Lumsdaine note, cependant que le mouvement
de rétraction n'apparaît que si le réflexe palpébral se produit éga
lement, l'excitant lumineux déclenchant ainsi, à la fois, les deux
réactions *.
Plusieurs années auparavant, Prokofiev et Zéliony (1926)
avaient déjà observé un fait analogue chez quelques sujets, dans
une expérience réalisée suivant un schéma plus ou moins sem
blable. Dans ce cas, l'expérience ne comportait pas un double
conditionnement, à proprement parler, mais après une présen
tation combinée de deux excitations, l'une auditive (battement
de métronome), l'autre tactile (excitation d'un point de l'avant-
bras), un simple conditionnement du mouvement de rétraction
de l' avant-bras, provoqué normalement par un choc électrique,
était réalisé vis-à-vis de l'excitant tactile. Dans ces conditions, la
présentation de l'excitant auditif seul déclenchait la réaction
motrice chez 2 sujets sur les 3 examinés.
Une expérience du même type fut réalisée par Brogden (1939)
1. Nous reviendrons sur ce point ultérieurement, lors de la discussion
des résultats de ces expériences. DE MONTPELLIER. LE PROCESSUS DE CONDITIONNEMENT 435 G.
sur des chiens. Après une présentation combinée de deux exci
tants (son, lumière), le conditionnement du mouvement de rétrac
tion de la patte — provoqué initialement par un choc électrique —
fut établi pour l'excitant lumineux. Le son, donné seul, déclenche
alors le mouvement de rétraction chez les 8 sujets examinés; par
contre, pour un groupe de contrôle n'ayant eu aucune présenta
tion combinée initiale, aucun mouvement de rétraction n'appar
aît à l'audition du son.
Brogden (1942) fit la même expérience sur des sujets humains,
mais en enregistrant le réflexe psychogalvanique au lieu du mou
vement de rétraction. Dans ces conditions, les résultats furent
beaucoup moins nets, en ce sens que les groupes de contrôle, pour
lesquels il n'y avait pas eu de présentation combinée son-lumièrs,
donnèrent aussi des réponses galvaniques dans un certain nombre
de cas, pour le son seul, après le conditionnement de la réponse
psycho-galvanique à l'excitant lumineux. Il faut noter cependant
qu'en raison de son manque de spécificité et de son extrême sen
sibilité, le réflexe psycho-galvanique est une réaction dont le con
ditionnement n'est pas toujours aisé à interpréter. En outre,
les conditions de présentation des excitants n'étaient nullement
identiques dans les deux cas : dans le cas de la réaction psycho
galvanique, les présentations combinées lumière-son furent seu
lement de 10 au lieu de 200, les présentations de conditionnement
lumière-choc de 25 au lieu de 200-300.
L'expérience fut reprise ultérieurement par Brogden (1947)
sur des sujets humains, dans des conditions légèrement diffé
rentes. Après un stade préliminaire de présentations combinées
des deux excitants (lumière-son), une sorte de conditionnement
verbal fut réalisé pour la réaction consistant à presser la clé d'un
manipulateur à l'apparition de l'excitant lumineux, l'instruction
demandant aux sujets de réagir aussi vite que possible, afin d'évi
ter un choc électrique à la main. Trente essais furent faits dans ces
conditions, après quoi les excitants auditif et lumineux furent
présentés chacun dix fois isolément. Divers contrôles furent éga
lement réalisés : pour un groupe de sujets, par exemple, l'expé
rience ne comportait pas de stade préliminaire avec présentation
combinée des deux excitants, pour un autre groupe le stade pré
liminaire uniquement la présentation de l'excitant
sonore. Les résultats de ces expériences indiquèrent une fréquence
de réactions à l'excitant auditif notablement plus élevée (diff
érence significative du point de vue statistique) pour les sujets
du groupe expérimental que pour ceux des groupes de contrôle. 436 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
Kam (1947) obtint des résultats analogues dans une expérience
du même type réalisée également sur des sujets humains. Il
s'agissait, dans ce cas, du conditionnement du mouvement de
rétraction du doigt au bruit d'un vibreur, l'excitant initial étant
un choc électrique. L'expérience était à nouveau précédée d'un
stade de présentations combinées de l'excitant auditif et d'un ex
citant lumineux pour un groupe de sujets, tandis que, pour les
sujets d'un second groupe, ce stade préliminaire n'existait pas.
Les essais de test au cours desquels l'excitant lumineux était
seul présenté, donnèrent 62 % de réponses pour les sujets du
groupe expérimental, 7,5 % de pour ceux du groupe-
contrôle.
Une expérience de double conditionnement fut, d'autre part,
réalisée par Graham (1944) sur des chiens. Le premier conditio
nnement portait sur la réaction de flexion de la patte arrière-
droite (provoquée initialement par choc électrique) au bruit d'un
vibreur (ou à l'apparition d'un excitant lumineux); le second
conditionnement portait sur la réaction de flexion de la patte
avant-droite, en conséquence du choc électrique délivré à la
arrière du même côté. Au terme de ce double conditionnement,
l'excitant sonore ou lumineux était présenté isolément. Deux
expériences de contrôle furent également faites sur d'autres an
imaux : l'une se limitait au premier conditionnement, l'autr-3 au
second. Les résultats indiquèrent un pourcentage élevé de réac
tions à l'excitant isolé pour les animaux du groupe expérimental
(82 % en moyenne), un pourcentage nul chez les animaux du
groupe de contrôle.
Dans l'ensemble, les résultats de ces recherches sont concor
dants : ils montrent qu'une réaction peut être déclenchée par un
excitant, sans avoir jamais été liée à ce dernier par une connexion
résultant du processus de conditionnement direct. Si l'on él
imine, comme mécanisme possible d'un tel déclenchement,
le processus de généralisation d'excitation — et il semble qu'à ce
point de vue les résultats des diverses, expériences de contrôle
soient décisifs — l'interprétation la plus adéquate paraît être
celle que nous avons donnée ci-dessus, à savoir l'équivalence
fonctionnelle des excitants utilisés dans la première phase de l'ex
périence, ceci impliquant l'assimilation du processus de condi
tionnement à un phénomène d'intégration sensorielle.
Certains auteurs ont néanmoins tenté de donner de ces phéno
mènes de conditionnement indirect une interprétation compatible DE MONTPELLIER. LE PROCESSUS DE CONDITIONNEMENT 437 G.
avec la conception qui met à la base des faits de conditionnement
et d'apprentissage en général, un processus de connexion entre
excitants et réponses. Shipley (1935) et Hull (1943), notamment x,
pensent que le déclenchement de la réponse critique pourrait ré
sulter d'un « conditionnement en chaîne », le chaînon interméd
iaire étant représenté par les excitations proprioceptives corre
spondant à la réponse donnée dans le premier conditionnement.
Ces excitations joueraient le rôle d'excitant conditionnel vis-à-vis
de la réponse critique, en raison du fait qu'elles auraient accom
pagné l'excitant inconditionné propre au second
D'une manière plus concrète, dans l'expérience de Shipley, par
exemple, les excitations proprioceptives caractéristiques du
réflexe palpébral acquerraient la valeur d'un excitant condition
nel vis-à-vis du mouvement de rétraction, pour avoir accompagné
le choc électrique lors du second conditionnement. Dans cette
hypothèse, les liaisons resteraient sensori-motrices : le premier
conditionnement aboutirait à l'établissement de la liaison :
lumière ^ réflexe palpébral, le second à l'établissement
de la liaison : réflexe palpébral (sous forme d'excitations pro
prioceptives) > mouvement de rétraction, de telle man
ière que la présentation de la lumière aboutirait ainsi au déclen
chement de la réponse motrice de rétraction, par l'intermédiaire
de la réponse palpébrale. Une telle représentation implique natu
rellement que la lumière déclenche alors les deux réponses et dans
un ordre déterminé.
Cette interprétation, pour ingénieuse qu'elle soit, ne semble
guère pouvoir être retenue. En effet, lorsque les deux réponses
apparaissent dans les essais critiques, leur ordre d'apparition
n'est pas toujours celui que la théorie exigerait. Ainsi que l'ont
montré, notamment, certains enregistrements photographiques
faits par Lumsdaine (1939), lors de la répétition de l'expérience
de Shipley, la réaction de rétraction ne suit pas toujours la
réaction palpébrale; il arrive qu'elle lui soit simultanée et môme
qu'elle la précède. Par ailleurs, il est évident que la simple exé
cution du réflexe palpébral n'aboutit pas à déclencher le mou
vement de rétraction chez les sujets, après les expériences de
conditionnement. Enfin, ainsi qu'il résulte de la nature même
des diverses expériences relatées plus haut, dans certains cas
(expériences de Prokofiev et Zéliony, Brogden, Kara, par exemple),
1. Hilgard et Marquis (1940) font également état de cette interprétat
ion, mais avec certaines réserves.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.