Les proportions du membre postérieur de l'Homme comparées à celles des autres Primates - article ; n°3 ; vol.6, pg 227-241

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1970 - Volume 6 - Numéro 3 - Pages 227-241
Zusammenfassung. Die Proporlionen des hinteren Gliedes des Menschen mit denen der anderen Primaten verglichen. Ihre Bedeuiung fur die Anpassung an die aufgerichtete Zweifiissigkeit. Die eigentlichen und äusseren Proportionen des hinteren Gliedes des Menschen und dessen verschiedener Segmente werden aufgrund der Datender wissenschaftlichen Literatur mit denjenigen der anderen Primaten (Catarrhiner, Platyrrhiner, Prosimier) verglichen. Der Mensch weist von diesem Standpunkte sehr auffallende Merkmale auf : Verlängerung des Gliedes in seiner Gesamtheit und insbesondere des Schenkelbeines, Kurze des Fusses, Ausdehnung der Fusswurzelgegend ; er weicht dadurch in verschiedenem Ausmasse von den anderen Primaten und sehr oft von den sogenannten menschähnlichen Affen. Diese Feststellung ist eher dazu geeignet, die Hypothese einer Evolution zu menschlichen Formen durch eine lange von einer relativ allgemeinen Form ausgehende und an die Zweiftissigkeit angepasste Nachkommenschaft zu unterstürzen.
Summary. Proportions of the hind limb of Man compared with those of other Primates. Their meaning for the adaptation to erected bipedalism. The extrinsic and intrinsic proportions of the hind limb of Man and its different segments are compared with those of other Primates (Catarrhina, Platyrrhina, Prosimia) in accordance to the admitted facts of scientific literature. Man offers from this point of view very pronounced features : lengthening of the limb as a whole and particularly of the femur, shortness of the foot, importance of the tarsal region. He is thereby more or less at variance with the other Primates and very often with the so-called manlike Apes. This conclusion leads rather to assume that evolution towards human form might have proceeded from a relatively generalized form through a long line of ancestors progressively adapted to bipedalism.
Résumé. Les proportions extrinsèques et intrinsèques du membre postérieur de l'Homme et de ses différents segments sont comparées à celles des autres Primates (Catarhiniens, Platyrhiniens, Prosimiens) d'après les données de la littérature scientifique. L'Homme présente à cet égard des caractéristiques très marquées : l'allongement du membre dans son ensemble, et particulièrement celui du fémur, la brièveté du pied, l'importance de la région tarsienne, l'éloignent à des degrés divers des autres groupes de Primates, et très souvent des Singes dits Anthropomorphes. Cette conclusion est plutôt favorable à l'hypothèse suivant laquelle l'évolution vers la forme humaine a dû se faire par une longue lignée d'ancêtres progressivement adaptés à la bipédie, à partir d'une forme relativement généralisée.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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J. Lessertisseur
Les proportions du membre postérieur de l'Homme comparées à
celles des autres Primates
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 6 fascicule 3, 1970. pp. 227-241.
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Lessertisseur J. Les proportions du membre postérieur de l'Homme comparées à celles des autres Primates. In: Bulletins et
Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 6 fascicule 3, 1970. pp. 227-241.
doi : 10.3406/bmsap.1970.2197
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1970_num_6_3_2197Zusammenfassung
Zusammenfassung. Die Proporlionen des hinteren Gliedes des Menschen mit denen der anderen
Primaten verglichen. Ihre Bedeuiung fur die Anpassung an die aufgerichtete Zweifiissigkeit. Die
eigentlichen und äusseren Proportionen des hinteren Gliedes des Menschen und dessen verschiedener
Segmente werden aufgrund der Datender wissenschaftlichen Literatur mit denjenigen der anderen
Primaten (Catarrhiner, Platyrrhiner, Prosimier) verglichen. Der Mensch weist von diesem Standpunkte
sehr auffallende Merkmale auf : Verlängerung des Gliedes in seiner Gesamtheit und insbesondere des
Schenkelbeines, Kurze des Fusses, Ausdehnung der Fusswurzelgegend ; er weicht dadurch in
verschiedenem Ausmasse von den anderen Primaten und sehr oft von den sogenannten
menschähnlichen Affen. Diese Feststellung ist eher dazu geeignet, die Hypothese einer Evolution zu
menschlichen Formen durch eine lange von einer relativ allgemeinen Form ausgehende und an die
Zweiftissigkeit angepasste Nachkommenschaft zu unterstürzen.
Abstract
Summary. Proportions of the hind limb of Man compared with those of other Primates. Their meaning
for the adaptation to erected bipedalism. The extrinsic and intrinsic proportions of the hind limb of Man
and its different segments are compared with those of other Primates (Catarrhina, Platyrrhina, Prosimia)
in accordance to the admitted facts of scientific literature. Man offers from this point of view very
pronounced features : lengthening of the limb as a whole and particularly of the femur, shortness of the
foot, importance of the tarsal region. He is thereby more or less at variance with the other Primates and
very often with the so-called manlike Apes. This conclusion leads rather to assume that evolution
towards human form might have proceeded from a relatively generalized form through a long line of
ancestors progressively adapted to bipedalism.
Résumé
Résumé. Les proportions extrinsèques et intrinsèques du membre postérieur de l'Homme et de ses
différents segments sont comparées à celles des autres Primates (Catarhiniens, Platyrhiniens,
Prosimiens) d'après les données de la littérature scientifique. L'Homme présente à cet égard des
caractéristiques très marquées : l'allongement du membre dans son ensemble, et particulièrement celui
du fémur, la brièveté du pied, l'importance de la région tarsienne, l'éloignent à des degrés divers des
autres groupes de Primates, et très souvent des Singes dits Anthropomorphes. Cette conclusion est
plutôt favorable à l'hypothèse suivant laquelle l'évolution vers la forme humaine a dû se faire par une
longue lignée d'ancêtres progressivement adaptés à la bipédie, à partir d'une forme relativement
généralisée.Bulletins el Mémoires de la Société ď Anthropologie de Paris,
tome 6, XIIe série, 1970, pp. 227 à 241.
MÉMOIRES ORIGINAUX
LES PROPORTIONS DU MEMBRE POSTÉRIEUR
DE L'HOMME COMPARÉES
A CELLES DES AUTRES PRIMATES.
LEUR SIGNIFICATION DANS L'ADAPTATION
A LA BIPÉDIE ÉRIGÉE
PAR
J. LESSERTISSEUR
(Laboratoire ď Anatomie comparée du Muséum.
Jusqu'ici, la plupart des tentatives faites pour apprécier, à l'intérieur de
l'Ordre des Primates, la signification de ce mode particulier de station et de
locomotion qu'est la bipédie humaine (comme en général tout ce qui concerne
la place de l'Homme dans la classification animale) se sont fondées sur une
information pratiquement limitée aux seuls Primates supérieurs, voire souvent
aux seuls Singes dits anthropomorphes. Nous ne discuterons pas ici des rai
sons de cette manière de procéder, des postulats qu'elle implique, des inconvé
nients qu'elle présente : d'autres l'ont fait avant nous, et depuis longtemps (1).
Qu'on nous accorde seulement qu'il est possible de raisonner autrement.
Supposons qu'on ne sache rien d'autre, sinon que l'Homme est un Primate.
Comment, dans une perspective évolutionniste, et pour nous en tenir au
sujet qui nous intéresse, décider de la place que doit occuper dans la divers
ité des adaptations locomotrices du groupe, cette caractéristique essentielle
de notre espèce : la bipédie en position érigée ?
Ainsi posé, le problème ne requiert qu'une méthode : chaque caractère
because (1) Par they exemple, relate only Mivart to (1869) the highest : « the forms valuable of the treatises Order, and of authors some distinctions yet leave much resulting to be from desired, such
limited comparisons are apt to disappear and the anatomical value of others to decrease, when the
survey is considerably extended » (p. 299).
BULL. ПТ MÉM. SOCIÉTÉ ANTHROP. DE PARIS, T. 6, 12e SÉRIE, 1970. 17 . société d'anthropologie de paris 228
utilisable doit être étudié pour son compte, sinon dans toutes les espèces,
du moins dans un échantillon de formes représentatif de toute l'étendue de
l'Ordre, de telle manière que le cas particulier de l'Homme se trouve, sur les
tableaux ainsi obtenus, objectivé, situé à sa place, indépendamment de toute
autre hypothèse taxinomique ou phylogénétique. Notre but est ici d'éprouver
une telle méthode, sur l'exemple particulier des proportions du membre pos
térieur.
Les mesures relatives au membre postérieur des Primates, et les divers
indices auxquels elles ont été rapportées, sont maintenant assez bien établis.
Les travaux de Mivart (1869), Mollison (1911), Schultz (1930, 1937), Gabis
(1960), Erickson (1963)... nous fournissent une ample moisson de données,
rendues malheureusement disparates par la diversité des méthodes, l'inégale
étendue ou l'inégale précision des informations (étendue et précision allant,
bien entendu, à l'inverse), la pluralité des points de vue adoptés et des object
ifs poursuivis.
Parmi ces travaux, on peut être surpris, voire étonné, que nous n'ayons
retenu pour nos graphiques, après plusieurs tentatives, que le plus ancien,
celui de Mivart. Plusieurs raisons motivent ce choix :
1° dans l'impossibilité de rendre cohérentes les mesures des divers auteurs,
il était à peu près inévitable de n'en retenir qu'un seul, celui qui réunissait la
plus large information ; 2° en effet, la précision (qui n'est pas ici très fine)
nous importait beaucoup moins pour notre objet que l'étendue : or Mivart a
mesuré et comparé les squelettes appendiculaires de vingt-neuf genres de
Primates des collections du British Museum et du Royal College of Surgeons ;
3° enfin, n'étant pas prévenu par un quelconque présupposé phylogénét
ique, il a parfaitement saisi la nécessité d'une enquête générale et strict
ement objective pour l'évaluation des affinités.
Notre travail, partant donc des données fournies par les riches tableaux
numériques de cet auteur, s'ordonnera essentiellement autour de quatre
graphiques :
1° longueurs comparées des membres antérieurs et postérieurs libres,
moins les autopodes, par rapport à la longueur du rachis, moins la queue ;
2° longueur totale du membre postérieur par rapport au rachis et longueurs
comparées de ses divers segments ; 3° rôles comparés de la cuisse et du pied
dans l'allongement du membre postérieur ; 4° longueur totale du pied et
proportions de ses segments tarsien et post-tarsien. Le choix des variables
et des indices sera justifié à mesure de l'exposé.
I. — Longueurs comparées des membres antérieurs et postérieurs libres.
• Les longueurs des membres et corrélativement l'indice intermembral
s'évaluent classiquement sans les autopodes : c'est que l'intégration de la
mesure de la longueur du pied à celle de la longueur du membre postérieur LESSERTISSEUR. — PROPORTIONS DU MEMBRE POSTÉRIEUR 229 J.
pose un problème difficile. En effet, l'articulation tibio-tarsienne n'est null
ement située, comme l'est son équivalente radio-carpienne, à l'extrémité
proximale de l'autopode, mais à un niveau plus distal (par suite du chevau
chement du calcanéum sur l'astragale et de son allongement postérieur par
le tuber) ; il en résulte que le pied n'est pas le prolongement de la jambe,
et que la longueur totale du membre postérieur ne peut pas être considérée
comme égale à la somme de ses trois segments, mais lui est inférieure. Nous
avons donc, dans cette première étape, respecté la convention habituelle.
La longueur relative du membre postérieur peut être évaluée, soit par
rapport à la longueur du antérieur (on prend pratiquement l'inverse
de l'indice intermembral classique), soit par rapport à la longueur du tronc.
Celle-ci peut être mesurée à son tour soit, classiquement, du point supra-
sternal au point symphysaire du pubis, ce qui est le cas, par exemple, des
mesures de Mollison et de Schultz ; soit, pour permettre l'utilisation des
squelettes, plus faciles à trouver en collection que les individus entiers, et
parce que la mesure ainsi prise est plus exacte, représentée par la longueur du
rachis, supposé redressé, queue exclue, c'est-à-dire de l'atlas à l'extrémité
distale du sacrum, ce qu'ont préféré Mivart et Erickson.
Pour établir la figure 1, nous avons d'abord classé les Primates mesurés
dans l'ordre décroissant des indices intermembraux, ou plutôt dans l'ordre
croissant de leurs inverses, qui sont portés en abscisse. On observe ainsi que
l'Homme, dont le membre postérieur est très long par rapport à l'antérieur
(presque 150 %), se place dans une telle série au voisinage de Primates très
éloignés de lui dans la classification, soit, pour les genres mesurés, entre
YAotes (= Nyclipithecus) — celui de tous les Singes dont le membre postérieur
est le plus long par rapport à l'antérieur, et qui est aussi le mieux adapté au
saut arboricole — , et YIndri, un Lémurien malgache également très adapté
au saut « en force », et qui présente la particularité, lorsqu'il est accidentell
ement amené à se mouvoir sur le sol, de le faire en position bipède, par une
série de bonds ressemblant un peu à ceux des Kangourous. Cette valeur de
150 % n'est d'autre part nettement dépassée que par un autre Prosimien,
le Galago, sauteur très spécialisé, mais dans une autre direction que l'Indri,
puisque, on le verra, c'est chez lui surtout le tarse qui est démesurément
allongé (1). Signalons encore que les Singes anthropomorphes, que l'on consi
dère habituellement comme les plus proches de l'Homme dans la classifi
cation, sont situés — avec aussi l'Atèle — tout à l'autre bout de l'échelle,
non que leur membre postérieur soit particulièrement court, mais parce que
leur membre antérieur est particulièrement long (locomotion suspendue ou
brachiation) (2).
cette (1) échelle, On remarquera à une place que assez le Tarsier, banale qui : c'est présente que son aussi membre cette particularité, antérieur est, est lui situé, aussi, lui, très au long. long de
(2) On aussi, après Mme Gabis, que les Primates quadrupèdes terrestres, comme les
Babouins (Papio), ont des membres antérieurs relativement plus longs que leurs voisins arboricoles,
et, par là, semblent se rapprocher des « semi-brachiateurs », comme le Chimpanzé ou le Lago triche.
Gela n'implique sans doute pas, comme on l'a dit parfois, une ascendance brachiatrice, mais peut
s'expliquer par une raison fonctionnelle (ils sont plus quadrupèdes que sauteurs). 230 SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS
Afin de dissocier, dans cette série, la part qui revient, quant à l'interpré
tation des chiffres, à la longueur de chacun des membres, on a porté en ordon
née du même graphique, d'une part, l'indice de longueur du membre posté
rieur, d'autre part, l'indice du membre antérieur, tous deux réduits et évalués
par rapport à une commune unité extrinsèque, la longueur du rachis, définie
comme ci-dessus. Les segments verticaux ainsi obtenus pour chaque genre
mesuré représentent donc :
MA/R
MP/R
150
Po G At P La Pa Lo Ma Cb Pi D Ao
Le Ha
Col
Ga 100"
4 MP MA
50
140 160 60 80 100 120 180
Brachiateurs Semi-brachiateurs Grimpeurs Sauteurs et érigés
Fig. 1. — Longueurs comparées des membres antérieurs et postérieurs libres (moins l'autopode)
par rapport à la longueur du rachis, dans une série de Primates classés dans l'ordre inverse de leur
indice intermembral (A/P, en abscisse). Chaque genre e>t représenté par le segment vertical qui
joint les points indiquant, en ordonnée, la longueur de ses membres antérieur (A) et postérieur (P),
par rapport au rachis (R). Les Prosimiens sont symbolisés par des croix, les Platyrhiniens par des
cercles blancs, les Catarhiniens par des cercles noirs.
Al, Alouatia ( = Mycetes) ; Ao, Aolus ( = Nyctipithecus) ; Ar, Arciocebus ; At, Ateles ; Ca,
Cacajao ( = Brachyurus) ; Cb, Cebus ; Ce, Cercopithecus ; Cl, Callicebus ( = Callithrix) ; Co;
Colobus ; D, Daubentonia ( = Chiromys) ; G, Gorilla ; Ga, Galago ; H, Homo ; Ha, Hapale ;
Ну, Hylobates ; I, Indri ; La, Lagothrix ; Le, Lemur ; Lo, Loris ; Ma, Macacus ; P, Pan (= Tro
glodytes) ; Pa, Papio (= Cynocephalus) ; Pe, Perodicticus ; Pi, Pithecia ; Po, Pongo (= Simia\
S, Semnopithecus ; Sa, Saimiri (= Chrysothrix) ; T, Tarsius.
1° par leur éloignement de part et d'autre d'un point d'abscisse 100, qui
indique la place théorique d'un Primate dont les membres antérieurs et pos
térieurs (autopodes exclus) seraient égaux, la disproportion des membres
l'un par rapport à l'autre : les segments situés à gauche de ce point corre
spondent aux genres où le membre antérieur est prédominant (brachiation
et semi-brachiation), les segments situés à droite, ceux où c'est le membre
postérieur qui prédomine (toutes les autres adaptations) (1) ;
(1) Cette présentation nous a été inspirée par un tableau publié par A. Delmas (1958). LESSERTISSEUR. PROPORTIONS DU MEMBRE POSTÉRIEUR 231 J.
2° par leur longueur, croissante de part et d'autre du point 100, la valeur
numérique de cette disproportion, par rapport à la longueur du rachis, prise
comme unité ;
3° par l'ordonnée de leur milieu, la moyenne de l'allongement des deux
membres par rapport à cette même unité.
On constate que la majorité des segments trouvent sensiblement place
dans un angle aigu d'environ 35°, dont le sommet est évidemment situé au
point d'abscisse 100, l'ordonnée se trouvant être également voisine de ce chiffre,
ce qui signifie que, dans la plupart des genres, l'allongement différentiel des
membres n'affecte pas gravement les proportions générales (approximati
vement 1 /1 /1 au départ ?). Un petit nombre de segments demeurent pour
tant très sensiblement en dehors de cette zone moyenne, et presque partout
au-dessus. Ce sont des formes extrêmes : d'une part, dans les brachiateurs,
le Gibbon, dont les deux paires de membres montrent ainsi un allongement
remarquable, quoique au large bénéfice de l'antérieur ; d'autre part, parmi
les sauteurs arboricoles, le Tarsier, qui montre la même particularité, mais
dont, à l'inverse, le membre postérieur prédomine largement (1).
Le seul Primate bipède verticalement érigé, l'Homme, lui aussi, quoique
à un moindre degré, se situe à cet égard assez au-dessus de la place que lui
impartirait son rang dans la série.
Peut-être faut-il en conclure, comme le fait Mollison, que l'extrême allo
ngement d'une des deux paires de membres s'accompagne nécessairement d'un
certain allongement corrélatif de l'autre (phénomène dit « d'homotypie des
proportions ») : on n'observe en effet jamais chez les Primates, comme c'est
parfois le cas chez d'autres animaux, l'association, par exemple, d'un membre
postérieur très long et d'un membre antérieur très court (Oiseaux aptères,
certains Dinosauriens bipèdes et, à un moindre degré, Rongeurs ou Marsupiaux
bipèdes sauteurs). Mais ces exemples mêmes nous incitent à la prudence dans
cette interprétation, car, chez les Primates, animaux supérieurs, le membre
le moins développé n'est jamais pour autant sans fonction, il conserve même
toujours des fonctions importantes : le Gibbon est un excellent sauteur arbor
icole, le Tarsier se sert de ses membres antérieurs pour s'agripper et se rece
voir après le saut, et tous les Primates, surtout l'Homme, se servent de leurs
bras et de leurs mains pour de multiples fonctions non locomotrices. Aussi,
une interprétation fonctionnelle du phénomène en question n'est-elle pas
exclue, les deux explications pouvant d'ailleurs être corrélatives.
II. — Allongement des divers segments du membre postérieur.
Pour juger de l'importance relative des divers segments constituant le
membre postérieur (cuisse, jambe et pied) dans l'allongement général de ce
(1) A l'opposé, le Potto (Perodicticus) , l'un des plus « paresseux » parmi les Lémuriens, montre
des indices inférieurs aux proportions normales : mais cela peut tenir en partie au grand allonge
ment du tronc chez les Lorisiformes. société d'anthropologie de paris 232
membre, il faut nécessairement introduire la notion de longueur de l'auto-
pode. Nous nous sommes décidé à le faire en représentant la longueur totale
du membre par la somme des longueurs de ses trois segments, fémur, tibia et
pied osseux, prises unitairement et rapportées en pourcentage à une commune
unité, la longueur du rachis. La longueur ainsi obtenue, pour la raison exposée
plus haut, est supérieure à la réelle du membre, même déplié, mais
permet une évaluation plus aisée.
150-
100 120 140 160 180
Fig. 2. — Longueurs cumulées des divers segments du membre postérieur (F, fémur ; T, tibia ;
p, pied osseux, rapporté? à la longueur totale du membre, en ordonnée) dans une série de Primates
classés dans l'ordre d'allongement de ce membre (P/R, en abscisse). Mêmes références que fig. 1.
Les droites théoriques y = 0,33 x, y = 0,66 x et y = x, correspondraient à un accroissement homo-
thétique des divers segments supposés égaux.
Nous avons donc porté en abscisse de la figure 2 la longueur ainsi calculée,
tandis que nous portions en ordonnée, en les ajoutant à mesure l'une à l'autre
et de bas en haut, la longueur du pied, celle du tibia, celle du fémur (rappor
tées à la longueur du rachis). Le dernier des points ainsi obtenus a donc
toujours une ordonnée égale à son abscisse (y = x), tandis que les intervalles
verticaux entre les points correspondant à un même genre représentent res- LESSERTISSEUR. PROPORTIONS DU MEMBRE POSTÉRIEUR 233 J.
pectivemeni, sur l'échelle des ordonnées et de haut en bas, les longueurs de
la cuisse, de la jambe et du pied. On observe ainsi :
1° qu'au voisinage des chiffres les plus bas, les segments peuvent être
considérés comme sensiblement égaux entre eux, et leur somme voisine de la
longueur du tronc (1/3 + 1/3 + 1/3) (ex. : Lemur) ; la seule exception est
encore constituée par les Lémuriens lents, comme Ardocebus, dont le membre
est plus court que le rachis (mais, on l'a dit, le rachis des Lorisidés est excep
tionnellement long) ;
2° qu'à mesure de l'allongement du membre dans son ensemble, les trois
segments s'allongent généralement d'une façon à peu près proportionnelle
(cf. les droites : y = 0,33 x, et y = 0,66 x) ;
3° que cependant la cuisse a tendance à s'allonger plus que la jambe et
celle-ci plus que le pied.
Les écarts à considérer par rapport à ces règles, soit dans un sens, soit dans
l'autre, sont intéressants. Ce sont, d'une part, en ce qui concerne le pied, son
excessif allongement (plus de 33 % du membre) dans quelques formes, comme
l'Orang-outan (Pongo), ГАуе-aye (Daubentonia), le Galago (Galago) et, au
delà des limites du graphique, le Tarsier (Tarsius). Les deux premières de ces
exceptions paraissent être des cas singuliers de formes quelque peu dyshar-
moniques ; les deux dernières correspondent à cette modalité curieuse d'apti
tude au saut, particulière à certains Prosimiens, que nous avons déjà ren
contrée.
A l'opposé, le pied est spécialement court (jusqu'à 25 % environ du membre)
dans quelques rares formes, dont les plus nettes et les plus importantes à
considérer pour notre objet sont l'Homme et, dans une moindre mesure, le
Gibbon (Hylobates).
D'autre part, on notera un fémur particulièrement court (moins de 33 %
de la longueur du membre) chez Hapale, Tarsius, Daubentonia (voisin de ce
chiffre dans quelques autres formes dont Galago), très long au contraire
chez Hylobaies (40 %) et Homo (42,6 %). Les genres qui ont donc le pied plus
long ont le fémur le plus court, et vice versa, la jambe représentant toujours
à peu près le tiers de la longueur totale du membre. Ce résultat sera confirmé,
et les conséquences théoriques qu'on en peut tirer, développées, dans l'inte
rprétation de la figure suivante.
III. — Longueurs comparées de la cuisse et du pied.
Par rapport à la longueur totale du membre postérieur, évaluée comme
précédemment, il semble donc intéressant de comparer les longueurs respec
tives du pied (p/MP, en abscisse) et de la cuisse (F/MP, en ordonnée). Ce
graphique (fig. 3) confirme la remarque ci-dessus : dans l'ensemble, lorsque
le pied s'allonge, le fémur se raccourcit, et réciproquement. Le Primate qui 234 SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS
a le pied le plus long, l'Orang-outan (Pongo), a aussi la cuisse relativement
très courte, tandis que celui qui a la cuisse la plus longue, l'Homme, a
aussi le pied le plus court. Cependant, la corrélation entre ces deux carac
tères n'est pas très rigoureuse : en particulier, les deux formes en question
(Homme et Orang) ont, parmi d'autres dans l'ensemble des Primates, une
cuisse relativement longue par rapport à la longueur de leur pied, comme en
témoigne le fait que la droite qui joint les points qui les symbolisent sur le
graphique passe au-dessus de la plupart des représentés. Mais la géné-
MP
45-
35-
P
MP 30
20 25 30 35 40
Fig. 3. — Longueurs comparées du fémur (F, en ordonnée) et du pied osseux (p, en abscisse), rap
portées à la longueur totale du membre postérieur, dans une série de Primates. Mêmes références
que fig. 1.
La droite en trait plein joint les points extrêmes Homo et Pongo ; la droite en tireté est une estima
tion approchée de la droite de régression.
ralité de la loi n'en est pas moins évidente : aucun point ne s'écarte beaucoup
de la droite (les écarts sont évidemment encore moindres si on considère la
droite moyenne, ou droite de régression).
Retenons donc simplement de ce graphique et du précédent que, quant à
la longueur des divers segments du membre postérieur, l'Homme se situe
nettement à part des autres Primates : l'allongement (très marqué) de son
membre postérieur s'effectue essentiellement par l'allongement de la cuisse,

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