- Les références de la pensée courante chez l'enfant - article ; n°1 ; vol.50, pg 387-402

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 387-402
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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Henri Wallon
VIII. - Les références de la pensée courante chez l'enfant
In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 387-402.
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Wallon Henri. VIII. - Les références de la pensée courante chez l'enfant. In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 387-402.
doi : 10.3406/psy.1949.8461
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_hos_50_1_8461VIII
LES RÉFÉRENCES DE LA PENSÉE COURANTE
CHEZ L'ENFANT
par Henri Wallon
Laboratoire de Psychobiologie de l'Enfant, Paris.
Dans le déroulement des pensées qui l'occupent successive
ment, l'esprit précise l'image des objets ou des situations qui
s'offrent à lui par référence à des systèmes usuels de relations
ou de représentations. C'est sa façon de réagir aux impressions
reçues, de les identifier, de leur donner une signification; faute
de quoi elles resteraient flottantes, dans une sorte de rêverie
indécise et inconsistante. Ces références varient avec la nature
des situations ou des objets, mais aussi avec les habitudes, les
aptitudes, les tendances ou même avec les intérêts momentanés
de chacun.
Il a paru intéressant de rechercher celles qui peuvent se ren
contrer chez des enfants de 6 à 9 ans. Comme il est impossible
de saisir la pensée spontanée de l'enfant, il était nécessaire de
la provoquer, ce qui ne manque pas d'être artificiel, mais ne
peut cependant susciter que des façons coutumières de réagir.
L'enfant aimant questionner ou s'interrogeant souvent lui-même
sur l'événement qui vient d'attirer son attention, c'est cette
disposition naturelle qu'on a voulu utiliser. A une proposition
énonçant un fait de son expérience familière il devait répondre
par une question, puis c'est à lui-même qu'on demandait de
donner la réponse à sa propre question. En fait, l'enfant si
questionneur spontanément, éprouve une grande difficulté à
réaliser, sur consigne, l'attitude du questionneur. Il va droit à
la réponse, à la remarque, à la réflexion qu'aurait pu amener sa
question. Et ce n'est pas simple économie d'un terme de passage 388 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
reconnu inutile : il semble bien d'une inaptitude primitive à
jouer un personnage conditionnel, inaptitude d'autant plus mar
quée que l'enfant est plus jeune. On n'insistait donc pas sur la
consigne de la question, le but de la recherche étant de connaître
le corrélatif le plus spontanément donné par l'enfant au fait qui
lui était suggéré.
Les enfants examinés fréquentaient une école de garçons à
Boulogne-sur-Seine, près de Paris. Leurs parents étaient pour la
plupart des employés, de petits fonctionnaires, des ouvriers
métallurgistes, des artisans. Ils avaient entre 6 et 9 ans. Les
réponses des enfants ayant dépassé cet âge portaient souvent
la trace de thèmes scolaires uniformes. Elles étaient manifeste
ment l'écho d'exercices faits en classe. Ceci semble indiquer que
vers 10 ans se développe l'aptitude à raisonner selon des direc
tives définies; mais ce genre de réponses n'avait pas d'intérêt
pour la présente recherche.
Enfants de 5; 1/2 à 6; = 8
— 6; à 7; = 30
— 7; à 8; = 34
— 8; à 9; =-- 25
Les phrases qui leur étaient proposées, au nombre de 24, étaient
réparties en 4 séries de 6, ceci uniquement pour rendre le fra
ctionnement de l'examen plus facile.
Série A :
1° Les rues sont couvertes de neige.
2° Le chien et le chat se battent.
3° II est parti se promener dans les bois.
4° La poule a pondu un œuf.
5° II a renversé l'encrier sur son cahier.
6° La Seine a inondé les caves.
Série B :
1° Le vent secoue les arbres.
2° Les moutons se sauvent devant le chien.
3° Les enfants vont se baigner.
4° II s'est cassé la jambe en courant.
5° Le pêcheur jette un filet dans l'eau.
6° Les nuages cachent le soleil. WALLON. LA PENSEE COURANTE CHEZ l'eNFANT 389 H.
Série C :
1° La mer a de grosse vagues.
2° II a eu le doigt pincé dans la porte.
3° II y a de la glace clans les ruisseaux.
4° Sa mère lui a défendu de sortir.
5° L'eau des fleuves s'en va à la mer.
6° II a cueilli un gros bouquet de fleurs.
Série D :
1° La nuit il y a des étoiles.
2° Les ouvriers construisent la maison.
3° L'auto est tombée dans la Seine.
4° II n'y a de papillons que dans la belle salsim.
5° Sa balle a cassé la lampe.
6° Dans les bois il n'y a plus de fleurs.
Le dépouillement des réponses a permis de les grouper en
deux grandes catégories : celles qui se bornent à identifier le
fait énoncé ou à l'analyser et qui le complètent par quelque
circonstance extérieure. Pensée statique d'une part, pensée tran
sitive de l'autre.
Les premières présentent des niveaux variables de complexité.
Le plus bas d'entre eux consiste dans une simple adhésion ou
non-adhésion subjective : confirmation, «c'est vrai... c'est
comme ça»; doute, refus, critique, affirmation contraire, « y a
pas de neige dans les rues ». Sur le plan d'une objectivité plus
grande, l'enfant peut se contenter de répéter le fait énoncé.
Cette tautologie dépasse la simple écholalie; elle répond à la
prise de conscience d'un fait désormais admis comme réel. Elle
l'insère dans un ordre de choses qui dépasse celui de la simple
représentation. La tautologie peut d'ailleurs ne pas être littérale.
Elle peut devenir synonymie, interprétation, description, défini
tion, comparaison ou analogie. Puis vient l'analyse qualitative
et spécifique, l'indication des modalités ou des variantes. Ici
encore se rencontre la tendance à contredire, à énoncer des
affirmations inverses. Les spécifications peuvent être de degrés,
quantité, fréquence, dimensions. Elles être aussi de
lieu, de matière, de temps. Enfin la distinction peut être faite
entre ce qui a plutôt valeur d'indices et la réalité.
Dans les catégories de la pensée transitive prennent place le
passage à des circonstances plus ou moins aberrantes ou acci
dentelles : narration, fabulation, digression. Puis le passage à
des circonstances connexes : cause, origine, conséquence, fina- 390 PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
lité, mécanisme, moyen, obstacle. Enfin le passage peut se faire
vers des personnes ou de personne à personne avec des positions
réciproques correspondantes : responsabilité, motivation, inten
tion, autorisation, désobéissance, obligation morale.
Entre les réponses d'identification et les réponses transitives
la disproportion est considérable. Les premières sont beaucoup
moins nombreuses. Leur total ne dépasse pas 489 alors que 809
sont relatives à la seule causalité, 688 aux conséquences, 190
à des faits divergents, etc. Parmi ces 489 réponses ce sont celles
en rapport avec l'adhésion subjective qui sont le moins nomb
reuses : 62 en tout, dont 38 de contradiction, 9 expressions de
doute, 8 de critique, 4 confirmations et 3 interprétations. Avec
ses camarades, quand ils discutent d'un événement, il semble
que l'enfant se pose bien plus souvent la question de sa réalité
ou de son exacte véracité et qu'il prenne facilement une attitude
de contestation et d'opposition. Sans doute éprouve-t-il ici
l'impression du fictif, de l'irréel. Des expériences de ce genre
peuvent difficilement susciter des réactions de tous points sem
blables à celles de la vie courante.
La même observation vaut, sans doute, pour les indications
de lieu et de moment, qui sont les critères fondamentaux de
ce qui existe ou se produit et sur lesquelles l'enfant veut habi
tuellement des précisions. Ici elles ne dépassent pas le nombre
de 73, dont 53 précisions de lieu et 20 de moment.
C'est l'identification proprement dite qui suscite le plus de
réponses : 384 en tout, dont 8 de pure constatation, 2 descrip
tions, 3 définitions, 6 équivalents, 1 1 variantes, 53 synonymes.
ïl n'y a que 2 affirmations contraires. A un niveau supérieur
apparaît un effort pour spécifier la situation, 23 fois; pour l'ana
lyser, 30 fois; pour la qualifier, 124 fois; pour la quantifier,
192 fois (fréquence, 12 fois; dimensions, 17; vitesse, 14; degré de
la qualité, 79). Il faut ajouter à ces chiffres 20 réponses où l'en
fant voit dans le fait énoncé l'indice de quelque chose qui existe
ou qui va se produire.
C'est à la pensée transitive que ressortissent la plupart des
réponses données par l'enfant. Elle peut être orientée ou non.
Dans 380 cas les circonstances énoncées n'ont pas avec la situa
tion de liaison nécessaire : 7 fois le rapport est impossible à
découvrir, 17 fois il est fortuit, 47 fois il s'exprime par une simple
enumeration de faits ayant de l'un à l'autre quelque liaison,
190 fois l'association est légitime mais sans rien de spécifique,
119 fois elle est du type narratif. WALLON. LA PENSEE COURANTE CHEZ l'eNFANT 391 H.
Est orientée au contraire la pensée qui remonte à la cause :
809 fois; qui envisage les conséquences : 688 fois; qui imagine
le mécanisme : 143 fois; l'instrument : 4 fois seulement; l'obs
tacle : 5 fois. La finalité est invoquée 37 fois. Dans le domaine
de la causalité humaine, les intentions figurent pour 141 cas,
les motifs pour 124; mais l'évocation de personnes jouant le
rôle d'agents pour 7 cas seulement, ce qui n'est peut-être pas
sans quelque ressemblance avec la rareté des indications instru
mentales. Les motivations morales ne sont présentes que dans
38 réponses : obligations diverses, 26; autorisation refusée ou
obtenue, 5; responsabilité, 7. Il se peut qu'avec les filles ces
derniers résultats seraient différents.
De ces comparaisons il résulte qu'entre 6 et 9 ans la pensée
de l'enfant sait déjà spontanément établir des liaisons systémat
iques, mais qu'elle reste accessible aux diversions et aux digres
sions. Elle est plus pratique qu'analytique et se porte plus
volontiers vers la cause ou vers l'effet que vers la qualité des
choses ou les motivations morales; ce qui n'implique pas
d'ailleurs qu'elle soit insensible aux unes ou aux autres; mais
elle ne les fait encore entrer que peu dans le circuit de ses jus
tifications intellectuelles.
Ces chiffres n'ont pourtant qu'une valeur très relative et
n'expriment que des tendances très générales. Ils seraient inév
itablement modifiés par l'emploi de phrases autres que celles
utilisées dans cette expérience. En effet chacune d'entre elles
s'inscrit pour des valeurs très différentes sous les différentes
rubriques envisagées.
Soit la rubrique causalité, 809 cas; elle figure pour 92 cas en
D6 — pour 61 en Al — pour 57 en B2 — 56 en B4 — 55 en
D3 — 54 en C3 — 49 en A2 — 47 en D4 — 42 en A6 — 36 en
Bl — 35 en D5 — 32 en B3, en Cl et en C2 — 30 en A5 — 27
en C4 — 21 en A3 — 13 en B6 — 12 en Dl — 8 en A4 et en C5
— 5 en C6 — 4 en D2 — 1 en B5. Elle est partout représentée
et elle est au 1er rang des réponses pour 11 phrases, au 2e pour
5, au 4e, au 5e, au 7e, au 8e, au 9e les autres phrases. Les
différences de phrase à phrase sont donc considérables. Mais
cette dispersion démontre aussi que les phrases sont suffisa
mment diverses pour ouvrir un large éventail aux tendances
intellectuelles de l'enfant et, sans doute, pour donner à la plu- PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE 392
part d'entre elles l'occasion de se manifester. La prépondérance
habituelle des liaisons causales est ainsi confirmée.
La rubrique des conséquences, 688 cas, se retrouve elle aussi
à propos de toutes les phrases. Elle figure 8 fois au 1er rang;
9 fois au 2e, 2 fois au 3e, 1 fois au 4e, 5e, 6e, 7e et 8e rang. Sa
fréquence est de 71 enB5 — 58 en Â5 — - 54 en Bl — 47 en C2
— 45 en D5 — 40 en C4 — 39 en B4 — 38 en B6 — 36 en D3
— 28 en C3 — 26 en A6 et en Cl — 25 enB 3 — 23 en A2 —
20 en Al, en A4, en C6 — 13 en B2 — 12 en A3 — 8 en C5 —
7 en D5 — 6 en D2 — 4 en Dl .— 2 en D4.
Causes et conséquences étant les termes d'une même dimens
ion, les unes tournées vers ce qui précède, les autres vers ce
qui suit, on peut se demander quels sont leurs rapports mutuels
dans les réponses obtenues. Ici encore se constate l'influence
exercée par la diversité des phrases inductrices. Pour certaines
cette dimension paraît presque inexistante. Par exemple, en D2,
elle se limite à 10 réponses (4 Ca, 6 Co); en Dl à 16 (12 Ca,
4 Co); en C5, 16 (8 Ca, 8 Co); en C6, 25 (5 Ca, 20 Co); en A4,
28 (8 Ca, 20 Co).
Dans d'autres cas le chiffre total est élevé, mais la quantité
des Ca et des Co très inégale. Les trois exemples les plus frap
pants sont en B5, Ca = 1, Co = 71; en D6, Ca = 92, Co =7;
en D4, Ca = 47, Co = 2. Cette espèce de compensation mutuelle
se retrouve pour la plupart des phrases, mais tantôt le Ca l'em
porte : Al = 81 (61 Ca, 20 Co); A2 = 72 (49 Ca, 23 Co); A3 =
33 (21 Ca, 12 Co); A6 = 68 (42 Ca, 26 Co); B2 = 70 (57 Ca,
13 Co); B3 = 57 (32 Ca, 25 Co);.B4 = 95 (56 Ca, 39 Co); Cl =
58 (32 Ca, 26 Co); C3 = 82 (54 Ca, 28 Co); D3 = 91 (55 Ca,
36 Co); Et tantôt ce sont les Co qui l'emportent sur les Ca :
A5 : 88 (30 Ca, 58 Co); Bl = 90 (36 Ca, 54 Co) : B6 = 51
(13 Ca, 38 Co); C2 - 79 (32 Ca,47Co);C4 = 67 (27 Ca,40 Co);
D5 = 79 (35 Ca, 44 Co).
Loin derrière le couple Ca-Co, qui totalise 1.497 réponses,
viennent des rubriques qui n'en comportent qu'un nombre
beaucoup plus restreint. Il est évident que moins le
des réponses est élevé, et moins il y a de chances qu'elles se
répartissent sur la totalité des phrases inductrices ou
y occupent un rang élevé. Entre ces trois facteurs qui se condi
tionnent mutuellement, il n'y a pourtant pas une proportion
constante. Une répartition égale entre toutes les phrases et,
par suite, un rang moins élevé dans chacune indiquent que la
rubrique est plus en rapport avec la direction mentale corres- WALLON. LA PENSEE COURANTE CHEZ LENFANT 393 H.
pondante que spécifique de la phrase. Dans le cas inverse, la
réponse est davantage commandée par le sens particulier de
la phrase. Cette différence doit s'expliquer par la nature des
phrases, mais elle pourrait à l'échelle individuelle indiquer une
tendance plus marquée à envisager les choses sous un aspect
soit plus général soit plus discriminatif.
Les trois rubriques qui, après le couple Ca-Co, se partagent
le premier rang donnent de cette différence un exemple assez
net. La rubrique intitulée « associations divergentes » l'occupent
2 fois avec 190 réponses qui se répartissent sur les 24 phrases
sans exception. Celle des « intentions » l'occupe 3 fois avec
141 réponses réparties sur 18 phrases seulement. Celle de la
« narration » l'occupe 1 fois avec 119 réponses réparties sur 21
questions.
Il est manifeste qu'entre la première et la troisième de ces
rubriques, il y a similitude, la différence 119 à 190 expliquant
celle de 21 à 24 (nombre des phrases sur lesquelles elles se départ
issent) et de 1 à 2 (nombre de fois qu'elles occupent le premier
rang). Au contraire la rubrique « intentions » se distingue des
deux autres, à la fois, par le nombre plus restreint des phrases
entre lesquelles elle se distribue et parce qu'elle seule, elle arrive
autant de fois au premier rang que les deux autres réunies.
Elle est donc plus spécifique, c'est-à-dire qu'à cet âge-là du
moins, les enfants ne ramènent pas indistinctement à des inten
tions diffuses autour d'eux les effets qu'ils peuvent constater
ou imaginer : s'il est vrai qu'ils soient animistes, ce serait à un
âge antérieur. Au contraire les liaisons plus ou moins lâches du
récit ou des degressions sont un stade qu'ils n'ont pas complète
ment franchi et elles peuvent s'observer à propos de questions
assez diverses.
En appliquant le même critère aux autres rubriques, on cons
tate que celle des « motifs » distribue ses 124 réponses entre
13 phrases seulement et se rapproche ainsi de la rubrique « inten
tions », avec laquelle d'ailleurs elle a manifestement des affinités
psychologiques : intentions et motifs sont, en effet, deux aspects
de la même causalité subjective, les unes regardant vers le but,
les autres le justifiant. Au contraire la rubrique « mécanisme »
étend ses 143 réponses sur 22 phrases différentes. Elle est donc
d'usage moins spécifique. C'est le cas aussi des rubriques « qual
ité » et « degré ». Les réponses sont relativement peu nomb
reuses : 124 et 79, c'est-à-dire qu'à cet âge-là, l'enfant est
encore beaucoup moins porté à considérer la nature de l'objet PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE 394
que son efficience. Mais elles sont réparties sur un grand nombre
de phrases : qualité 194/21, degré 79/20, c'est-à-dire que l'ana
lyse n'est pas suscitée plutôt par un objet que par un autre, mais
qu'elle répond à une tendance propre de l'esprit.
Cependant l'emploi de ces critères devient impossible quand
le nombre des réponses par rubrique est trop faible, car il devient
impossible de trancher entre le rôle du hasard et celui d'une
situation spécifique ou singulière. On pourrait noter pourtant
la grande dispersion de la rubrique « lieu ». Elle ne comporte
que 53 réponses, mais qui se répartissent entre 19 phrases
différentes. Il n'existe pas grand-chose, en effet, qui ne puisse
être localisé, si la question vient à se poser. Mais il est remar
quable que l'enfant la pose rarement dans l'expérience présente,
et c'est sans doute, comme on l'a dit plus haut, parce qu'une
indication de lieu est une affirmation d'existence et l'enfant de
6 ans ne confond plus les situations verbales qui lui sont pro
posées avec des situations réelles.
***
La diversité dans la répartition des rubriques suivant les
phrases indique que l'activité intellectuelle de l'enfant et son
orientation vers telle ou telle catégorie de questions sont fort
ement influencées par le contenu de chaque phrase et par les
représentations qu'elles suscitent. L'intérêt de ces représenta
tions est aussi de montrer le matériel dont il dispose pour préciser,
pour identifier, pour réaliser et pour imaginer les faits qui
s'offrent ou qui sont offerts à son esprit. Ici encore il peut y avoir
éparpillement des représentations ou forte condensation sur le
même objet.
Dans Al : Les rues sont couvertes de neige, c'est la neige qui
retient surtout l'attention (31 fois). A elle se substitue ou s'ajoute
le froid (23 fois), puis l'hiver (4 fois), soit un total de 58 pour les
intempéries^ — Puis viennent les effets de la neige sur la circula
tion (7 fois), sur les jeux (7 fois), sur l'équilibre des promeneuses
(6 fois), soit un total de 20. — A ces associations les plus fréquentes
s'en ajoutent d'autres : blanc-noir (9 fois); glace-eau-pluie (5 fois);
disparition de la neige (2 fois); localisation de la neige, dans l'air,
dans le ciel (2 fois), sur les toits, sur la route, sur le trottoir (4 fois);
considérations sur les portes, les fenêtres (3 fois); nécessité des
manteaux (2); loups (1 fois), cigale et fourmi (1 Noël (2 fois).
A2 : Le chien et h chat se battent. — Ici les raisons morales l'em- WALLON. LA PENSEE COURANTE CHEZ l'eNFANT 395 H.
portent : méchanceté (18), animosité (9), caractère enragé (7)>
colère (7), mécontentement (4), campétition (4), provocation (3),
dispute (2), soit 54; — puis viennent les moyens d3 combat : ils se
griffent (10), se mordent (6), soit 16; — puis les effets di la lutte :
ils se font mal (9), se blessent (1), se tuent (1), se font tomber (1),
soit 12; — c'est pour un os (4), pour la soupe (1); — on les sépare (2),
la lutte est interrompue (1).
A3 : // est parti se promener dans le bois : pour chasser, pour récol
ter des marrons, des fleurs, des noisettes (12), pour s'amuser (8),
pour se promener (5), prendre l'air (2), sait 27 motifs; — il fait
beau (9), chaud (7), froid (2), soit 18 pour le temps, la température;
— il en a reçu l'ordre, la permission, la défense (11); — il rencontre
un loup (11), il se perd (3), il a peur (2), il monte sur un arbre (3),
soit 18 pour des incidents le plus souvent fâcheux.
A4 : La poule a pondu un œuf : les enfants parlent de le manger
(19), de le chercher (12), de le faire couver (3); — ils parlent de la
fermière (15), des poussins (11), du coq (3), du petit oiseau (1),
du renard (1), du nid (3), du poulailler (2), du panier (1); — l'œuf
est cassé (6), bon (3), gros (3), blanc ou jaune (3), beau (1), ovale (1);
— la poule est bonne (3), elle aime sa maîtresse (1); — on fera de
la crème (1).
A5 : // a renversé l'encre sur son cahier, il a été grondé (29),
battu (15), soit 44 punitions; — il ne fait pas attention (12), il
l'a fait exprès (6), il est mauvais élève (3), maladroit (2), sale (2),
brutal (1), pas prudent (l),il était en colère (2), soit 29 imputations
de responsabilité; — il a joué avec l'encrier (5), il l'a heurté du
coude (4), de la main (2), il a été poussé (1), il a bousculé la table (1),
il a tiré le tapis (1), il n'était pas bien assis (1), il a fait tomber le
porte-plume (1), soit 16 explications sur la façon de renverser
l'encre; — il a fait une tache (11), il a voulu l'effacer (1); — il a
pleuré (1), il voulait écrire (1), il a désobéi (1), il écrivait mal (1).
A6 : La Seine a inondé les caves. — La Seine a monté (10), dé
bordé (5), elle était trop lente (9), trop pleine (1), trop lourde (1),
soit 26 explications relatives à la Seine; — c'est à cause de la pluie
(17), de l'eau tombée (5), soit 22 explications par la pluie; — à
cause de l'hiver (2), de la mer (2), des vagues (1). du vent (1), soit
6 par les éléments et les saisons; — les caves sont noyées (6),
démolies, percées (6), remplies (4), on ne peut plus y aller (2); — les
objets sont dans l'eau (3), le vin (1), le charbon (1), les carafes (1),
l'auto (2); — les gens ont peur (2), déménagent (2); — on vide les
caves (3), l'eau baisse (1), les pompiers viennent (1); — certains
enfants parlent aussi des bateaux (4), association divergente.
Bl : Le vent secoue les arbres. — II est fort (28), il fait froid (22),
c'est l'hiver (3), la tempête (2), le mauvais temps (1), la pluie (1),
la neige (1), soit au total 58 pour les intempéries; — il fait tomber
(45), casse (6), fait s'envoler (5), soit 56 pour l'action du vent; —

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