Les relations interpersonnelles - compte-rendu ; n°2 ; vol.61, pg 536-546

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1961 - Volume 61 - Numéro 2 - Pages 536-546
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
Lecture(s) : 13
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

Les relations interpersonnelles
In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°2. pp. 536-546.
Citer ce document / Cite this document :
Les relations interpersonnelles. In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°2. pp. 536-546.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1961_num_61_2_26893ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 53G
par le sujet à diverses qualités sociales et le degré auquel il s'attribue
ces qualités. Un certain nombre de résultats différenciant normaux et
malades psychiatriques, hommes et femmes, petite bourgeoisie et
travailleurs manuels sont évoqués.
P. J.
L'étude psychologique des petits groupes.
Montmollin (G. de). — Réflexions sur l'étude et l'utilisation des
petits groupes : II. Le petit groupe comme moyen d'action. — Bull.
C.E.R.P., 1960, 9, 109-122.
L'A. expose comment les « petits groupes » ont été utilisés pour
transformer les individus qui en sont membres. La discussion de groupe
peut être l'occasion d'une psychothérapie où les malades se « défoulent »
plus facilement, apprennent à s'intégrer à un groupe qui les tolère.
Mais le succès de cette méthode est incertain car la « variabilité des
comportements sociaux individuels », le rôle ambigu du thérapeute
empêchent de constituer des documents pour la validation. Dans le
psychodrame, comme dans le sociodrame, les sujets jouent alternativ
ement des rôles différents ; la première méthode vise à liquider des
tensions précises ; la seconde, à objectiver des tensions intergroupes.
Les critiques faites à ces procédés concernent la notion de spontanéité
et l'aptitude au jeu dramatique. Ici encore, l'absence de validation
interdit de conclure.
Le T Groupe s'adresse à des normaux. L'A. compare cette méthode
à une initiation rituelle, caricature de la vie sociale et souligne ses
dangers.
Les « petits groupes » ont aussi été employés pour former et entraîner
des individus. Étudiant cet aspect, l'A. soulève le problème du transfert
de la formation au sein d'un groupe artificiel à l'application dans les
conditions réelles de l'existence. La pression exercée par le groupe sur
l'individu est plus profonde que celle exercée par un individu sur d'autres.
Mais elle dépend des relations qui s'établissent entre l'individu et le
groupe.
Un problème crucial est précisé dans la conclusion : les groupes expé
rimentaux sont-ils représentatifs ? Pour l'A., leur taille n'est pas en
cause ; mais ils sont isolés dans le temps, et abstraits d'un milieu
externe ce qui rend contestable la généralisation des résultats.
G. L.-L.
Les relations interpersonnelles.
Hilkevitch (R. R.). — Social interactional processes : a quantitative
study (Étude quantitative du processus d'interaction sociale). — ■
Psychol. Rep., I960, 7, 145-201.
L'interaction sociale mesurée par les choix sociométriques a-t-elle
lieu de préférence entre des sujets considérés comme égaux ou entre
des sujets à personnalités complémentaires ? Les mesures suivantes sont PSYCHOLOGIE SOCIALE 537
pratiquées sur des écoliers de 8e grade (26 garçons et 29 filles) : 1. Mesure
de choix sociométriques ; 2. Mesure de leur égalité (définie à l'aide
de 18 variables de réputation, c'est-à-dire concernant l'opinion que les
autres ont sur leurs qualités) ; 3. Mesure de certaines variables intraper-
sonnelles du Rorschach. Les scores des trois mesures sont classés en
trois degrés d'intensité.
On voit que les choix sociométriques réciproques vont de pair,
pour certaines variables avec une certaine complémentarité des scores, d'autres avec une congruence des scores (lorsqu'ils occupent
les mêmes degrés de l'échelle). Chez les garçons, il y a significativement
plus de traits complémentaires que de traits congruents. L'interaction
sociale s'établit entre ceux qui se complètent du point de vue de la
force de la personnalité, de l'autorité, de l'acceptabilité sociale. Les
traits congruents se trouvent surtout dans la sphère intellectuelle.
Chez les filles, le choix réciproque est davantage fondé sur la simi
litude. Les seuls traits complémentaires se situent dans l'adaptation
de l'affectivité et de l'intelligence.
R. F.
Lott (B.), Lott (A.). — The formation of positive attitudes toward
group members (La formation d'attitudes positives à l'égard des
membres du groupe). — J. abnorm, soc. Psychol., 1960, 61, 297-300.
Les A. cherchent à reformuler les problèmes de relations inter
personnelles et de performance en groupe dans les termes des théories
S-R de l'apprentissage. — C'est en fonction de cette théorie qu'ils
supposent que les membres d'un groupe qui ont été récompensés pour
leur performance en présence de leurs camarades de groupe tendront
davantage à avoir vis-à-vis de ceux-ci des attitudes positives que des
membres de groupes qui n'ont pas été récompensés. On retrouve ici
la théorie de Dobb inspirée des schémas de Hull sur la genèse des att
itudes : une attitude est une réponse « expectative », réponse anticipée
et fractionnelle qui est évoquée par un élément d'une situation dans
laquelle antérieurement un individu s'est trouvé récompensé. L'expér
ience a été réalisée sur des enfants qui appartiennent aux mêmes classes
d'une école primaire, elle comporte trois parties : 1. Une séance de tests
sociométriques ; 2. A quelque temps de là, on choisit 88 sujets qui sont
répartis en 16 groupes de 3 membres de telle sorte que dans aucun
groupe il n'y ait de choix réciproques ; on fait jouer les enfants à un jeu
dans lequel il s'agit d'atteindre un objectif en évitant une série d'obstac
les ; en fait, il s'agit d'un jeu truqué de telle sorte que certains soient
toujours récompensés pour leur réussite, d'autres jamais parce qu'ils
échouent toujours ; il y a des groupes dans lesquels les 3 membres sont
récompensés, d'autres dans lesquels seulement 2 membres sont récompens
és, d'autres dans lesquels aucun membre n'est récompensé, il y a une
séance de jeu (3 essais) le matin, et une autre (3 essais) l'après-midi ;
3. Le soir même, et sous une autre forme que pour les premières épreuves,
A. PSYCHOL. 01 35 538 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
on fait de nouveau passer un test sociométrique. Les résultats vont dans
le sens de l'hypothèse : en effet, pour les sujets récompensés, pour
48 choix, 11 se portent sur un membre de leur groupe expérimental,
37 sur un non-membre, tandis que pour les sujets non récompensés,
pour 48 choix, 3 seulement se portent sur un membre de leur groupe
expérimental, 45 sur un non-membre ; la différence est significative.
Dans la discussion, les A. insistent sur l'importance des mécanismes
du renforcement, puisque les attitudes positives ont été induites après
une relativement courte séquence expérimentale, à l'aide d'une
« récompense » presque dérisoire (il s'agissait de petites voitures en
matière plastique) alors que les enfants se connaissaient pour appartenir
à la même classe de longue date ; on ne peut faire appel ici à l'instabilité
affective des enfants d'école primaire, caries A. ont contrôlé la stabilité
des affections qui s'est trouvée exceptionnellement forte pour les sujets
utilisés, bien que temporairement affaiblie par la manipulation expéri
mentale. Ils insistent également sur le fait que la « cohésion » a été ici
réellement manipulée alors que dans d'autres recherches, elle n'est que
verbalement suggérée aux participants.
G. M.
Zajonc (R.), Morrissette (J.). — The role of uncertainty in cognitive
change (Le rôle de l'incertitude dans le changement cognitif). —
/. abnorm, soc. Psychol., 1960, 61, 168-175.
En généralisant à la psychologie individuelle le schéma lewinien
de changement social les auteurs cherchent à mettre en évidence le
rôle joué par le niveau et les variations de la certitude sur les changements
pouvant intervenir dans les jugements. On présente aux sujets (96),
à l'aide d'un tachistoscope, 18 fois à intervalle d'une 1/2 s, une photo
graphie aérienne qui représente un terrain constellé de cratères de
bombes. Les manipulations expérimentales portent sur le stimulus
(même photographie pour 18 essais : 350 cratères ; photo remplacée
par une autre qui comporte 250 cratères, soit après la 6e, soit après la
12e présentation), ou bien sur l'indication (feedback) donnée par l'B.
après chaque estimation et qui est sensée être le jugement moyen de
sujets ayant précédemment participé à l'expérience (pas d'indication ;
le nombre communiqué est centré autour de 350 et maintenu constant
pour les 18 présentations, soit changé (centré autour de 250) ou bien
après la 6e présentation, ou bien après la 12e) ; pour un troisième échant
illon de sujets, on combine les variations du stimulus et les variations
de l'indication donnée par l'E. Les sujets doivent, après chaque présen
tation, noter par écrit à combien ils estiment le nombre de cratères,
en indiquant la marge d'exactitude de leur jugement (mesure « subjec
tive » de l'incertitude) ; une mesure « objective » de l'incertitude sera
fournie par la variabilité des estimations : les essais sont groupés par
trois et l'on calcule la déviation moyenne des estimations pour chaque
bloc de trois essais. Un premier résultat fait apparaître la diminution
de l'incertitude (à la fois objective et subjective) en fonction du nombre PSYCHOLOGIE SOCIALE 539
d'essais, pour les groupes de contrôle (1 . Pas d'indication ; même photo ;
2. Indication constante, même photo) : au début, l'incertitude objective
des sujets qui reçoivent une indication est beaucoup plus grande que
celle des sujets sans indication, mais dès le 4e essai, elle devient plus
petite et le demeure jusqu'à la fin (D.S. à .01) ; quant à l'incertitude
subjective, elle est plus grande pour les sujets qui ne reçoivent aucune
indication jusqu'au milieu de l'expérience et devient ensuite constam
ment inférieure ; la courbe des sujets sans indication a une pente beau
coup plus accentuée que celle des sujets avec et coupe cette
dernière ; l'analyse de variance pour les deux mesures de l'incertitude
montre une interaction entre les effets du feedback et du nombre de
présentations. Un second résultat a trait aux effets de la manipulation
du stimulus et de l'information donnée en feedback ; sur l'estimation
que font les sujets du nombre de cratères présentés : les changements dans
l'estimation du nombre de cratères ne sont nets et significatifs que pour
les sujets pour lesquels on a fait varier l'information, mais non le stimu
lus ; dans tous les groupes, il y a une tendance générale à se conformer à
l'indication fournie par l'E. plutôt qu'à celle fournie par le stimulus,
mais il faut se souvenir que le stimulus est présenté dans des conditions
sous-optimales (tachistoscope). Un troisième résultat se rapporte
aux variations de l'incertitude en fonction de la manipulation du st
imulus et de l'information donnée en feedback : les résultats sont les
mêmes pour les deux mesures de l'incertitude : quand on introduit
une variation expérimentale, il y a élévation du niveau d'incertitude,
mais ce n'est pas évident pour tous les groupes expérimentaux et il y a
de fortes différences interindividuelles ; de plus, l'augmentation de
l'incertitude est fonction du niveau d'incertitude avant le changement
expérimental : pour les sujets dont l'incertitude était forte, il n'y a pas
d'élévation ; pour les le niveau d'incertitude était bas,
l'accroissement est fortement marqué. Enfin, un dernier résultat relatif
aux variations de l'incertitude en fonction du changement dans les
estimations du nombre de cratères pour les sujets : l'incertitude croît
chez les sujets qui changent d'estimation et pour eux seuls.
G. M.
Rosen (S.), Levinger (G.), Lipitt (R.). — Desired change in self
and others as a function of resource ownership (Changement désiré
de soi et des autres en fonction de la possession de ressources). —
Hum. Relat., 1960, 13, 187-193.
De nombreux travaux ont déjà été consacrés à l'étude du désir de
modifier sa propre personne ou celle d'autrui. Rares sont ceux qui,
dans cette perspective, ont tenu compte des variables de groupe.
L'originalité de la recherche présentée est de considérer le désir de
changement en fonction de la possession de propriétés cognitives,
motrices, émotionnelles, etc., susceptibles d'assurer la satisfaction des
besoins des autres membres du groupe (« ressources »). 540 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Les hypothèses sont les suivantes. Plus positives sont les ressources
que les autres attribuent à un membre de leur groupe :
1) Moins ils désirent le voir changer ;
2)celui-ci désire changer ;
3) Moins ce dernier désire voir changer les caractéristiques des autres
membres.
Soixante-quatre garçons âgés de 12 à 14 ans répartis en huit groupes
sont soumis, au cours d'un camp de quatre semaines à un entretien
individuel au cours duquel ils classent leurs camarades par ordre de
préférence, ils indiquent celui auquel ils voudraient le plus ressembler.
Gomment ils voudraient voir changer leurs et eux-mêmes.
Partant de ces réponses, cinq indices sont construits. Leur confron
tation permet de montrer que les trois hypothèses formulées sont stati
stiquement significatives.
R. L.
Mulder (M.). — The power variable in communication experiments
(La variable pouvoir dans les expériences sur les communications). —
Hum. Relut., I960, 13, 241-257.
D'après l'A., trop d'importance a été accordée au facteur topolo
gique et pas assez au processus dynamique dans les expériences de labo
ratoire sur les communications dans les petits groupes de travail.
Aussi préconise-t-il de se référer à la théorie de Leavitt sur « l'indépen
dance de l'action », mais avec des concepts plus opérationnels. Dans
l'expérience présentée, il en définit trois : Y activité, fonction de l'intensité
des communications, la performance propre correspondant au travail
effectué sans l'aide d'autrui, et l'exercice du pouvoir, proportionnel à la
quantité d'information communiquée à autrui pour l'aider dans son
travail.
Les hypotheses formulées sont les suivantes : la satisfaction d'un
individu travaillant en groupe croît en fonction du pouvoir qu'il exerce
et de sa performance propre ; cet individu a tendance, d'une part, à
réduire la distance psychologique qui le sépare des membres les plus
puissants de son groupe, à condition que celle-ci ne soit pas trop import
ante, et d'autre part, à accroître celle qui le sépare des membres les
moins puissants, à condition que cette dernière ne soit pas trop faible.
Ces hypothèses sont éprouvées au cours d'une expérience portant
sur 20 groupes de 4 sujets suivant un plan factoriel 2 x 2, l'une des
variables indépendantes étant l'importance plus ou moins grande de la
performance propre, l'autre, ou du
pouvoir exercé. L'activité est maintenue constante dans les quatre
conditions grâce à l'utilisation de trois compères dans chaque groupe
et d'un système de communication par interphone. La tâche proposée
consiste à résoudre une série de 15 problèmes du type Leavitt.
L'examen des résultats montre que le degré de satisfaction ne PSYCHOLOGIE SOCIALE 541
dépend pas de la performance propre mais de l'importance du pouvoir
exercé. Les hypothèses concernant la distance psychologique sont
vérifiées.
R. L.
Solomon (L.). — The influence of some types of power relationships
and game strategies upon the development of interpersonal trust
(Influence de quelques types de relations de pouvoir et de stratégies
de jeu sur la confiance interpersonnelle). — J . abnorm, soc. Psychol.,
1960, 61, 223-230.
Il faut signaler cette recherche parce qu'elle est représentative
d'une série d'études consacrées aux problèmes des relations inter
personnelles dans des situations qui mettent en jeu des intérêts à la
fois convergents et antagonistes et qui entraînent des comportements
stratégiques ; les modalités de ces comportements, les facteurs cognitifs
aussi bien que les motivations qui les déterminent, les conséquences
qui en découlent dans la perception interpersonnelle et les affects ouvrent
un vaste domaine à la recherche expérimentale. Deutsch, dont les études
déjà anciennes sur la coopération et la compétition sont célèbres, a
récemment formulé un certain nombre de modèles théoriques pour
l'étude de ces situations, et plus particulièrement pour l'étude des
relations de pouvoir et de la « confiance » interpersonnelle ; la contribu
tion de Heider, l'hypothèse relative à « l'équilibre structural » est égal
ement très importante. Le travail de Solomon est irréductible à tout
résumé : la complexité des variables et la virtuosité du plan expéri
mental, néanmoins fort rigoureux, exigeraient un long exposé ; l'article
lui-même est trop succinct pour une totale intelligibilité. L'auteur
emprunte à une recherche antérieure de Deutsch, un jeu à deux parte
naires qui caractérise la situation expérimentale : les deux joueurs
font des choix successifs qui peuvent entraîner des pertes ou des gains
en argent (imaginaires). En fait, l'un des sujets (S) est « naïf » et joue
toujours le premier, le second (O) est fictif : l'E. communique par voyant
lumineux une série de choix programmés à l'avance. Les manipulations
expérimentales qui portent soit sur le contenu des choix soit sur la stra
tégie du « compère », définissent 9 variables : 1. trois modes de « pouvoir ».
Le sujet a un pouvoir absolu (O peut déterminer si S gagne
ou perd, sans que S puisse affecter les gains ou les pertes de O), un pou
voir partiel (O peut déterminer si S gagne ou perd, mais S a quelque
contrôle sur les gains de O), un pouvoir égal (les 2 joueurs peuvent
déterminer de la même façon les gains ou les pertes de l'autre) ; 2. Dans
chacune de ces conditions, le compère emploie l'une des stratégies
suivantes : « coopération inconditionnelle » (O choisit de telle sorte que
le gain soit maximum pour l'un et l'autre, quel que soit le choix de S),
« coopération conditionnelle » (O choisit de telle sorte que le gain soit
maximum pour l'un et l'autre, mais sur la base de la réciprocité) « non- » (O choisit de telle sorte qu'il est impossible d'atteindre son 542 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
gain mutuel maximum). Après 6 essais, on informe les sujets que les
rôles vont maintenant être inversés et qu'ils feront leurs choix en
second ; O (c'est-à-dire l'E.) adopte toujours une stratégie « coopérat
ive ». — Enfin, les sujets répondent à un questionnaire relatif à leurs
attitudes vis-à-vis de leur partenaire (O) et à leur interprétation des
modalités de jeu. La variable dépendante est mesurée par le nombre de
fois où les sujets font des choix « confiants » (ils s'attendent à un choix
coopératif de la part de O et font un choix coopératif) ou des choix
« méfiants » (ils s'attendent à un choix non coopératif de la part de O
et font un choix non coopératif) ; il y a une troisième sorte de choix
que l'auteur appelle « résiduels » soit que les sujets s'attendent à un
coopératif et fassent un choix non coopératif (« exploitation » du sujet O
dans le cas où le pouvoir est également partagé), soit que les sujets
s'attendent à un choix non coopératif et fassent un choix coopératif
(« risque encouru »). Les principaux montrent que : 1, Un sujet fait
d'autant plus de choix « confiants » qu'il a plus de pouvoir relativement
à O ; 2. Lorsque S et O ont le même pouvoir, S tend à répondre à une
stratégie coopérative inconditionnelle de O par une stratégie d'exploi
tation et ressent moins de sympathie pour O (questionnaire postexpé
rimental) ; il tend à répondre de façon coopérative et à éprouver plus
de sympathie pour O lorsque O a une stratégie coopérative conditionn
elle. Cette différence s'inverse lorsque le pouvoir est inégalement
partagé. Ces résultats vont dans le sens des hypothèses de Deutsch
(choix stratégique des sujets) et d'Heider (réponses affectives concomi
tantes des choix) et l'A. montre qu'ils peuvent valider certaines méthodes
pédagogiques ou thérapeutiques destinées à transformer les motivations
purement égoïstes d'enfants ou de malades en motivations altruistes.
G. M.
Deutsch (M.), Krauss (R.). — The effect of threat upon interpersonal
bargaining (L'effet de la menace sur les négociations interpersonn
elles). — J. abnorm, soc. Psychol., 1960, 61, 181-189.
L'intérêt de cette recherche expérimentale tient à plusieurs raisons :
elle offre en laboratoire un modèle pour des situations réelles où deux
parties adverses doivent négocier un accord qui satisfasse leurs intérêts
respectifs (marchandage entre un vendeur et un acheteur, négociations
entre syndicats et patrons, négociations politiques, etc.) et s'inscrit dans
toute une série de recherches consacrées au « bargaining » ; ce modèle
s'appuie sur une conception des relations sociales qui n'est pas outra
geusement simplifiée, en ce sens qu'on suppose les tendances compétitives
et coopératives comme étroitement imbriquées et qu'à côté des facteurs
de motivation en relation avec la récompense, on pose comme détermi
nante, l'existence de facteurs cognitifs, c'est-à-dire les moyens dont peut
disposer le sujet et la connaissance qu'il en a.
De plus, cette expérience est fort ingénieuse : on demande aux sujets
d'imaginer qu'ils dirigenl une compagnie de transports routiers. Pour PSYCHOLOGIE SOCIALE 543
chaque convoi arrivé à destination, ils recevront une récompense (0*60 $)
diminuée des dépenses de route, qui sont proportionnelles au temps du;
parcours. Le jeu comprend deux joueurs (A et B) ; l'un et l'autre partent
d'un point différent et arrivent à un point différent, mais leur route
comporte un parcours commun à voie unique : ils ne peuvent donc se
croiser. Chaque sujet a une autre route pour arriver à destination, ces
routes « secondaires » n'ont aucune partie commune, mais elles sont très
sinueuses et plus longues (56 %) que la route principale ; on peut
s'attendre à perdre, ainsi que le dit l'E., au moins 0,10 $ en l'utilisant.
A chaque extrémité de la partie commune des routes directes, il y a
une porte qui est sous le contrôle de l'un ou l'autre des joueurs : lorsque
A ferme la porte qu'il commande, B ne peut franchir la route commune,
lorsque B ferme la porte qu'il commande, A ne peut franchir la route.
Le contrôle des portes constitue la « menace » dont disposent les sujets
vis-à-vis de leur partenaire ; l'expérience comporte trois conditions :
les joueurs ne contrôlent pas les portes (aucune menace) ; l'un des
joueurs contrôle l'une des portes, l'autre non (menace unilatérale) ;
les deux joueurs contrôlent chacun une porte bilatérale).
Chaque sujet dispose d'un tableau complexe qui lui fournit des indica
tions sur le temps écoulé, sa position sur le parcours, l'ouverture ou la
fermeture de la porte contrôlée par le partenaire et qui comporte divers
boutons de commande (mise en route et arrêt, changements de direction
et de route ; ouverture, fermeture de la porte qu'il commande) ; les
gains et les pertes sont annoncés après chaque essai, la consigne met
très explicitement l'accent sur le gain personnel. On recueille plusieurs
types de données : le profit et la perte de chaque joueur pour chaque
essai ; les « parcours » détaillés de chaque sujet, y compris les hésitations,
les arrêts, les retours en arrière, changements de route, etc. — 16 sujets
participent à l'expérience, sous chaque condition expérimentale ; le
jeu comporte 20 essais. La mesure la plus simple de la difficulté ren
contrée par les joueurs pour atteindre un « accord » (ou plutôt un modus
vivendi, puisque aucune communication verbale n'est tolérée) est la
somme des profits (ou des pertes) des deux partenaires à chaque essai :
plus élevée est la somme des rétributions, moindre est le temps pris
pour arriver à une méthode de « partage » de la partie commune des
routes directes, puisque l'utilisation des routes secondaires entraîne
un allongement du temps.
Les résultats montrent que : 1. Les gains cumulés des 2 joueurs
pour chaque essai sont supérieurs lorsqu'il n'y a aucune menace, inter
médiaires pour une « menace » unilatérale, inférieurs pour une « menace »
bilatérale (respectivement : entre 0,10 et 0,30 ; entre — 0,10 et 0,30 ;
entre — 0,60 et — 0,20, exprimés en dollars) ; Les gains augmentent
avec le nombre d'essais, mais l'effet est surtout marqué pour les sujets
ayant joué sous condition de « menace » unilatérale, car le niveau de
départ, au cours des premiers essais est très bas. — 3. Si l'on compare
les gains de A (qui est seul à contrôler une porte dans la condition de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 544
« menace » unilatérale) et B, pour les 3 conditions expérimentales, les
gains de A, aussi bien que ceux de B, sont meilleurs lorsqu'il n'y a pas
de menace que lorsqu'elle est unilatérale et les plus mauvais sous
condition de menace bilatérale ; il est intéressant de remarquer que si
A dispose seul du contrôle d'une porte, ses gains, comme prévu, sont
meilleurs que ceux de B, mais que ceux de B sont meilleurs que lorsqu'il
dispose lui-même d'un contrôle similaire (gains B sous condition uni
latérale, A a une porte, B n'en a pas > gains B sous condition bilatérale,
A a une porte, B a une porte). Certaines stratégies- types apparaissent
avec une relative constance pour l'ensemble des sujets sous les trois
conditions expérimentales, dont l'une est en rapport avec la personnalité
des sujets : un sujet dominant qui oblige l'autre à revenir en arrière, et qui
franchit toujours le premier le parcours commun. On retiendra les conclu
sions des auteurs qu'ils généralisent audacieusement : dans une négo
ciation, les deux parties gagnent lorsqu'elles ne disposent d'aucune
« arme » ; et lorsque l'une des parties dispose unilatéralement d'une
menace, ses gains sont meilleurs, mais l'autre partie gagne dans ce cas à
ne pas utiliser l'arme dont elle dispose par mesure de rétorsion.
G. M.
Walters (R. H.), Ray (E.). — Anxiety, social Isolation, and rein-
forcer effectiveness (Anxiété, isolement social et efficacité du renfor
cement). — J. Personal., 1960, 28, 358-367. — Walters (R. H.),
Marshall (W. E.), Shooter (J. R.). — Anxiety, isolation and
susceptibility to social influence (Anxiété, isolement social et susceptib
ilité à l'influence sociale). — Ibid., 518-529,
Le problème est le suivant : les comportements de dépendance
sociale sont-ils motivés par un besoin secondaire spécifique ou bien
correspondent-ils à un mode de réponse habituel à l'anxiété. Les deux
recherches portent sur les variables : isolement social, anxiété et degré
de renforcement ou de conditionnement des réponses. Dans la première
les auteurs ont introduit une variable supplémentaire de rang de nais
sance pour tester les hypothèses selon lesquelles les premiers nés seraient
plus dépendants dans des situations soit anxiogènes soit d'isolement
social. La situation expérimentale comportait une série de renforcements
d'un type de réponse dans une sorte de jeu de billard (Gerwitz et Baer).
Dans la deuxième recherche l'expérience a été faite sur la perception
du mouvement autocinétique, en mesurant l'effet sur les réponses
des sujets des jugements de distance du mouvement émis par l'expér
imentateur et celui du renforcement de certaines réponses. La détermi
nation des quatre situations expérimentales — isolement avec anxiété,
isolement sans anxiété, situation sociale avec anxiété, situation sociale
sans anxiété — a été réalisée dans la première expérience par une
période d'attente dans l'isolement ou avec des camarades de jeu et une
préparation préalable par l'expérimentateur, dans la deuxième expé-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.