Les sculptures et les gravures sur roche de la Nouvelle-Calédonie - article ; n°1 ; vol.10, pg 517-530

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1909 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 517-530
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1909
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Marius Archambault
Les sculptures et les gravures sur roche de la Nouvelle-
Calédonie
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 10, 1909. pp. 517-530.
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Archambault Marius. Les sculptures et les gravures sur roche de la Nouvelle-Calédonie. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 10, 1909. pp. 517-530.
doi : 10.3406/bmsap.1909.8113
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1909_num_10_1_8113221- ARCHAMBAULT. — SCULPTURES ET GRAVURES SUR ROCHES 517'
Pour la Scandinavie, nous sommes parfaitement d'accord, mais quant'
aux Iles-Britanniques, il y a d'assez notables différences. Ainsi, si j'avais <
attribué aux trois zones de'nigrkcence deBeddoe, les couleurs corresponBritan-'
dant aux miennes, j'aurais eu le tableau suivant : Toutes les Iles
niques teintes en violet (ma zone intermédiaire), sauf les régions suivantes1,
tcinles en bleu (zone des blonds) : côtes N.-O. et E. de l'Ecosse et le sud
dv3 ce pays ; le nord de l'Angleterre (4 comtés), puis les comtés deSheffield et
de Nottingham, au centre, et ceux de Harm et Berks au sud1; par contre/
on devrait teindre en rouge :presque tout le pays de Galles, la Cornouaille^
et le Devon, ainsi que plusieurs districts de la côte ouest de l'Irlande.
Malgré les lacunes que présente ma carte, elle donne, je crois, une idée
assez juste de la distribution en Europe des trois types de pigmentatipi) :
et permet de localiser avec plus de précision que jadis les deux races euro
péennes blondes : Nordique (Homo Europeus de certains auteurs) et Orient
ale, (petite et sous-brachycéphale), ainsi que les quatre races européennes
brunes : Occidentale (Homo Alpinus; Ibérique (Homo Meridionalis), Atlan-
to-Méditerranéenne (sous-dolichocéphale) et Adriatique (brachyciphale).*
LES SCULPTURES ET LES GRAVURES SUR ROCHE DE LA NOUVELLE-CALEDONIE
Par M. Marius Archambàult.
La Nouvelle-Calédonie, cet anneau de la longue chaîne insulaire qui se
prolonge de la Papouasie jusqu'aux solitudes glacées de la grande mer
antarctique, va apparaître sans doute aux ethnographes et aux préhis
toriens comme une contrée vraiment paradoxale. Elle est habitée depuis
une époque impossible à préciser par une race négroïde peu développée,
peu industrieuse, et surtout peu artiste, et qui possédait cependant des
procédés techniques remarquables tels que la fabrication de la poterie
(dont mon ami, M. Leenhardt, nous a fait entrevoir, l'autre jour, toute
l'ingéniosité), l'usage si ce n'est la fabrication des perles -monnaie et une
habile irrigation très bien entendue, eu, égard à la constitution si tour
mentée du pays. .
Les Canaques, je le répète, sont très peu artistes. Cela ressort surtout
de la comparaison de leurs ouvrages avec ceux des autres races peuplant
les archipels de la Mer du Sud. La faute en est peut-être a leur outillage.
Avec des lames tranchantes faites d'un morceau de coquille, ils sculptaient
sur bois et gravaient sur bambou. Ce qui reste de ces sculptures ou tabous
de l'ancien temps, montre un art extrêmement grossier- Leur gravure sur
bambou est certainement plus déliée; c'est en un sens, une sorte d'écri
ture puisqu'il s'agit de fixer par l'image, le souvenir de certains faits,
i Beddoe, Le 8 • JUBILÉ DU CINQUANTENAIRE 222 54
mais c'est avantUout figuratif. La lecture de ces arcanes ne serait pas très
difficile puisque la représentation s'attache a suivre de très près la réalité.
Les sujets sont rendus avec gaucherie, avec raideur, ça rappelle les bon
shommes dessinés par, les enfants, mais enfin, l'on se rend bien compte
de ce que l'on a sous les yeux.
Les Canaques ont ils possédé, dans le passé, un état de civilisation plus .
élevé et ne sont-ils actuellement, qu'un peuple dégradé? La réponse a
cette question semble peu aisée. Aucun des observateurs s'occupant de
cette collectivité insulaire ne l'a jusqu'à présent résolue.
On pourrait soutenir que la meilleure période de l'art canaque est toute
récente et date du jour où leurs relations avec les Européens ont mis ces
hommes bruns h tète crépue en possession des outils de fer ou d'acier.
D'autre part, il y a bien, çà et 1k, quelques vestiges troublants, .tels que
figurines ou sculptures sur pierre, doubles pics à nervures et gorge cen
trale qui témoignent d'une certaine dextérité manuelle. Mais jusqu'à qoeL
point peut-on faire honneur à ce rameau mélanésien de ces trouvailles
exceptionnelles? Les voir dans leurs mains, n'est peut-être pas une preuve
absolue. Ils ont très bien pu s'approprier l'œuvre de prédécesseurs pro
bables, et conserver soigneusement quelques reliques des clans auxquels
ils se sont substitués.
Cette question serait bien mieux élucidée par l'examen des anciennes
sépultures. Remarquons en passant que le mode de sépulture canaque
n'est pas fait pour documenter. Du mort, porté dans la forêt s'élevant sur
la pente plus ou moins raide, disposé dans le branchage d'un arbre
couché, et des quelques pièces, marmites ou haches, déposées parcimo
nieusement auprès de lui, il devra, à la longue, rester bien peu de chose.
D'autres façons d'inhumer indiqueraient la présence d'autres races. Je ne
dirai pas que les recherches systématiques manquent, mais elles ont été
peu fructueuses. Je suis sans doute le seul explorateur calédonien possé
dant à son actif, la découverte d'une grotte à sépultures (roche de Paha).
A part une sorte de plancher artificiel à mi-hauteur recouvert de terre
battue et jonché de débris d'ossements, j'ai trouvé dans lé sol deux
couches d'ossements plus ou moins fragmentés avec un mobilier extr
êmement réduit composé de grosses coquilles et d'un fragment de bracelet
arrondi, pour la couche supérieure, puis de quelques instruments à faciès
éolithique mélangés avec de menus débris d'ossements et des cendres,
pour la couche inférieure.
Cette découverte, je l'avoue, n'est pas faite pour dissiper l'obscurité du
passé calédonien. Au reste, le cas étant unique, il serait sans doute
imprudent de lui accorder une importance absolue. Mais il y a bien par
ailleurs, des ouvrages attestant la présence d'hommes singulièrement
exercés dans le maniement du ciseau ou du burin et doués d'un remar
quable goût pour la figure abstraite, à en juger par la variété étonnante
de leurs énigmatiques symboles. Ces ouvrages ne sont pas difficiles à
découvrir. Ils sont même parfois assez imposants pour arrêter longuement
le regard. Dès lors,, pourquoi les Canaques qui ne peuvent les ignorer 223 ARCHAMBAULT. — SCULPTURES ET CRAVURES SUR ROCHES 5f 9
complètement sont-ils restés muets sur ce sujet, n'en parlant à personne,
pas même à leurs amis blancs ou métis, pas même aux missionnaires
qui, parfois soucieux* d'ethnographie, les interrogeaient longuement sur
leurs mœurs et coutumes et, parlant la langue du pays, vivant au sein des
tribus, ne devaient rien laisser échapper.
Mais les Canaques qui ramassent soigneusement toutes pierres offrant
des ressemblances plus ou moins fortuites avec tout objet figurant dans
le cercle étroit de leurs préoccupations et s'en font des talismans ou des
fétiches, ne parlent même pas entre eux des grandes roches ornementées
par le ciseau. Je pourrais citer des cas probants, des chefs ou des sorciers
apparemment très instruits quant aux traditions locales, qui ignoraient
tout à fait les monuments figurés existant dans leur région. Mais il faut
s'en tenir à ce qui m'a été déclaré par tant d'entre eux, chefs ou simples
sujets : «.Nous avons connu ces pierres travaillées de tout temps et nous ne
savons pas ce que cela veut dire ». Je retiens encore pour sa saveur particul
ière, le propos qui me fut tenu par mon guide Marius, un converti très
dessalé du village de Bondé : « Tu sais bien que les Canaques n'ont jamais su
travailler les pierres de cette façon. C'est le diable qui a fait celai » Un autre de
mes guides dut, pour me donner l'appellation indigène de ces monuments,
m'épeler un mot très long, évidemment formé par procédé agglutinatif , et
qui n'était autre chose que la traduction exacte de la locution dont nous
nous servions entre nous : c'est-à-dire « pierres travaillées par l'homme. »
Et ce dernier guide, Boasaou, de Néchacoya, qui m'a conté tant de
légendes sur des roches plus ou moins curieuses à tout autre point de
vue, s'est trouvé n'en avoir aucune dans son sac sur les blocs à inscrip
tions.
En somme, l'imagination canaque est en flagrant état d'impuissance;
cette race pourtant habile à s'expliquer par d'ingénieux à peu près l'incom à'
préhensible, n'a pu s'assimiler cet héritage d'un passé trop étranger
ses procédés mentaux.
Je dois au pur hasard la découverte de cette richesse archéologique qui
fera sans doute de la Nouvelle-Calédonie une terre marquée d'un, signe
particulier entre toutes les grandes îles océaniennes. Cependant, j'avais
été, à mon insu, brièvement précédé dans ces recherches par un. fonc
tionnaire de l'Administration pénitentiaire, M. Glaumont, qui, en -1895, a
communiqué quelques dessins à cette Société, par l'intermédiaire du
regretté Bonnemère.
Si précaires que fussent mes moyens d'exploration — je ne pouvais y
consacrer que mes rares et trop brefs loisirs de fonctionnaire — j'ai déjà
découvert, réparties en cinquante groupes, plus de deux cents de ces
roches mordues par un ciseau habile.
Quelques unes de ces unités représentent un travail imposant. La seule
roche Chambeyron, à l'extrême pointe de la presqu'île Bogota, est une
falaise épiglyphiée sur une longueur de deux à trois cents mètres. J'ai pu
appeler les Cent-Piertës, le groupe si remarquable de la montagne
Kassdukou à Poro. Le groupe Feillet qui s'échelonne à légère distance et 520". • • JUBILÉ DU CINQUANTENAIRE 224
le long de la haute rivière de Ponérihouen, compte plus de cinquante
composants.
Les tentatives d'interprétation souffriront certainement beaucoup de
cette dispersion des inscriptions sur des blocs plus ou moins rapprochés,
groupés sans aucun ordre apparent si ce n'e.st celui du nombre. Cette
dernière raison, — et la bonne venue du support — semblent seules
expliquer le choix des pièces ciselées et fait ressortir une attention parti-,
culière accordée au nombre sept, celui qui se vérifie le plus fréquemment.
Cependant, des groupements ont fait, une fois ou deux, ressortir le nombre
douze.
Le cas du bloc à inscription isolé est tout a fait exceptionnel et peut,
tenir à des recherches imparfaites. Le couple, à plus ou moins grande
distance et de taille étrangement inégale, semble bien davantage de règle.-
La nature de la station graphique peut être quelconque. Dans le lit de,
la ravine comme dans celui de la rivière,, sur le rivage baigné par les.
vagues au flanc de la montagne, au milieu des vallées comme au
cœur des cirques ou des vallons retirés, on peut se trouver en face de la.
roche élevée au rang de. monument figuré. Pourtant la présence de l'eau \
vive semble avoir été un motif tout particulier pour l'inscription des :
symboles, car les lits de ravine ou de rivière m'ont réservé les trouvailles i
les plus fréquentes. Les bancs de roche animés par le bouillonnement des.
cascatelles démontrent maintes fois la prédilection des symbolistes.
Où une différence sensible apparaît, c'est quand on étudie la répartition
des groupes. D'une côle à l'autre, les rangs s'espacent de plus en plus.'
Très nombreux sur la côte est, ils s'éclaircissent à mesure que l'on
s'avance vers la chaîne centrale. On retrouve cependant quelques-unes do.
ces stations sur l'autre versant de cette chaîne, notamment au pied des
montagnes ou dans les ravins boisés, mais de loin en loin. J'ai constaté,
leur absence presque complète des plaines mamelonnées de la côte ouest
et surtout de ces rivages maritimes tournés vers l'Australie. On a beau
coup plus de chance de les rencontrer dans les déserts miniers de la
région serpentineuse que dans les régions fertiles.
Fait bizarre à première vue, il n'y a rien de semblable dans les ties
pourtant si voisines de l'archipel loyaltien, mais de formation entièr
ement madréporique .
Au reste, les hommes de la période glyphique ont été très sévères sur
la nature de la roche. Jusqu'à présent, ils paraissent n'avoir rien confié au
calcaire ruiniforme, pourtant si impressif. Leur choix s'est fixé sur les
roches dures de nature eruptive: la serpentine, la rhyolithe, la cornéenne.
Le schiste sériciteux a été également honoré du dépôt glyhique et à
juste titre, car il a remarquablement résisté aux diverses causes d'usure.
Cette recherche de la roche dure doit paraître méritoire. Ce naïf écri
vain de la pierre a eu souvent la coquetterie de son art, Certes, les têtes
de roche suffisamment polies par la nature pour recevoir telles quelles,
toute inscription, abondent dans cette pétrée Calédonie. Mais on ne s'est
pas toujours contenté de cet à-peu*près; on a, gravi un ou deux écher ARCHAMBAULT. — SCULPTURES ET GRAVURES SUR ROCHES 521 225
Ions, oh I bien humbles, de la pompe architecturale. Tantôt c'est le bloc
qu'on a rigoureusement dressé et égalisé de façon a obtenir une stèle ver
ticale où Je glyphe se détache avec netteté (pierre a Surprise », vallée de
Koua). Parfois, cet épannelage de la stèle représente un effort énorme
comme il apparaît à la pierre « La Muette » (Négropo), où une part impor
tante du bloc a été enlevée. On s'est efforcé aussi de donner une- forme
géométrique à l'ensemble du bloc ; la pierre « Henriette » (Gouenreu) a subi
une ablation qui lui fait offrir l'aspect d'une pyramide à côtés inégaux.
La pierre « Cathèdre »(Bouérou), offre mieux encore. Un siège grossier,1 à
large dossier hémicirculaire et complété par une marche pour les pieds,
a été taillé dans la roche. Aussi remarquable en son genre, le travail1
effectué à la pierre « Grange » (vallée de Koua). A la base de cette sorte de
falaise, on a détaché un bloc cubique d'une hauteur d'environ un mètre
sur une longueur plus grande. Le bloc détaché est resté en place. La sec
tion très nette, mais à. bords mousses, témoigne du travail accompli. Il
semble qu'on ait voulu pratiquer une excavation artificielle.
On a certainement charrié de façon quelconque des blocs d'un volume
considérable pour les situer à l'endroit choisi. La «Jessie'stone» (Gouenreu)
représente un effort de ce genre. Ce colossal bloc, placé en travers d'une
ravine et orienté parallèlement au cours du soleil, est simplement posé à
plat sur le sol. Ce monument véritable représente, d'ailleurs, un effort de
sculpture des plus remarquables, car il reproduit nettement les épaule-
ments et les ravinements de la montagne de Bèrèoua qui s'élève juste en
face de la ravine. C'est évidemment au ciseau de l'homme qu'il doit cette
similitude. La pierre «Françoise » (grand ravin de Dô-Nèva), représente une
érection du même genre.
A-t-on été jusqu'à planter de hautes pierres dans le sol ; en un mot,
existe-t-il quelque chose de comparable à des menhirs ? La pierre « Lucien
Dubois » (Monéo), large et haute dalle s'élevant verticalement au milieu
d'une ancienne alluvion de vallée, me fait soupçonner un travail de ce
genre, mais je n'ai pas encore pu m'en assurer. Il existe par ailleurs
(groupe « Feillet » à Ponérihouen) un longpylône quadrangulaire ornementé
d'une fine représentation humaine. Or, cette pièce ne pouvait produire
l'effet voulu par le graveur qu'à condition d'être plantée dans le sol.
Le parement donné à un certain nombre de ces monuments suppose
l'emploi d'un outillage approprié; probablement le ciseau et le marteau:
he grain de taille produit est au reste caractéristique ; il est tel que celui
qui résulterait de l'action d'un marteau-pic. L'ampleur et la bonne venue
des traits figurés dans la pierre indiquent également l'intervention du
ciseau ou du burin. Il y a bien quelques exemples défigures obtenues par
grattage, tapotement ou frottement d'une pointe, mais c'est la très rare
exception. La caractéristique de l'ornementation calédonienne est un art
qui tient autant de la sculpture que de la gravure, c'est la figuration h
l'aide de l'entaille et de la ronde-bosse parallèles ou, si l'on aime mieux,
de sillons et de cordons alternatifs. Une saisissante impression de relief
soc d'anthrop. 34 JUBILÉ" DU CINQUANTENAIRE 226 522
s'obtient de cette façon. La régularité du travail fait souvent honneur à
l'habileté des ouvriers.
Ce style est identiquement le même que celui des célèbres sculptures
du tumulus deGavr'inis. Les roches subJove écossaises de Coisfield, Jed-
burgh, Auchnabreach, Bewick, ou bien les /wmw/nrlandais de Sleive-na-
Calligha, New-Grange, Doth et Lough-Crew offrent des figures rendues
par la même technique.
Ce serait cependant une erreur de croire que l'ornemaniste ou le symb
oliste calédonien (il peut à volonté paraître l'un ou l'autre) s'en soit
tenu à la succession alternative du creux et du re'.ief. La gamme que son
ciseau a parcourue est beaucoup plus étendue. Ça s'étend de la pure
ronde-bosse — dont il y a quelques exemples — au trait obtenu par le
curin le plus fin ou même la simple pointe. Il faut tenir compte, en
outre, de ces figures obtenues par tapotement ou grattage, que je viens
de signaler. Il y a, certainement un classement à faire, reconnaître la
part des races qui ont pu coopérer à cette œuvre d'ornementation ru-
pestre,' déterminer leur succession dans le temps et dire à laqualle revient
l'initiation. Toutefois, je ne hasarderai rien dans ce sens, l'état actuel
des recherches ne permettant que de vagues approximations.
Quoi qu'il en soit, ce style alternatif est de beaucoup le plus fréquent
sur les monuments calédoniens. Il caractérise tout au moins une- belle
époque de cet art. 11 est aussi le plus propre a faire ressortir et même don
ner leur plein effet à ces représentations géométriques ciselées sur ,1a
roche. La plupart de ces figures paraîtraient des plus pauvres réduites au
motif initial. La répétition concentrique si bien adaptée à celle alternance
des sillons et des cordons leur donne une élégance et une ampleur vra
iment remarquables. On a peine à se défendre d'une impression de hiéra
tisme devant ces creux et ces reliefs successifs étrangement ressemblants
parfois, aux replis du serpent.
La recherche de cette symétrisation géométrique se vérifie le plus sou
vent, mais n'est pas de règle absolue. Parmi les réalisations les plus
remarquables, soit au point de vue de la fréquence ou de l'ampleur, il y
a d'abord la croix. L'imagination des ciseleurs de la serpentine s'est la
rgement exercée sur ce thème. Leurs, combinaisons sont singulièrement
similaires des types adoptés par les divers peuples méditerranéens. Cer
taines dispositions les rendent quelquefois particulièrement remarquables
ou leur donnent un sens. Je citerai notamment la croix simple et la croix
oblique ou X qui se différencient en réalité par une orientation basée sur
le cours du soleil à l'un des solstices de Tannée. La combinaison de ces
deux types a donné des étoiles à huit pointes que j'ai aussi observées ;
mais il y a également des à six branches ou X barrés. Ces étoiles
à six ou k huit branches sont parfois entourées du cercle ; c'est donc
l'équivalent delà rouelle ou roue celtique. Je mentionnerai ensuite les
belles croix bifurquées ou de Malte, les croix scaliformes ou de Lorraine
(c'est-à-dire des croix à multiples croisillons qui peuvent rappeler le dis
positif chaldéen de l'arbre de vie), la croix potencée ou étoile à douze •
523'
ARCHAMBAULT. — SCULPTURES ET GRAVURES SUR ROCHES227
pointes. On peut rattacher au motif cruciforme certains dispositifs en II,
mais'k longues branches inégales.
Mais la croix concentrique est le type le plus fréquent et en somme le
plus caractéristique de cet art. Elle n'est peut-être pas exclusive aux mo
numents calédoniens. Simpson (in Archaic Sculpturing* etc.), la signale
d'après Rawlinson, parmi les symboles chaldéens. C'est le seul exemple
qui soit venu à ma connaissance d'une réalisation extra-calédonienne.
Ces croix concentriques des inscriptions calédoniennes ne sont pas
toutes comparables entre elles. Les unes sont remarquables par la multi
plicité des sillons concentriques, d'autres par l'exagération du relief.
Parmi ces dernières, je range certaines des croix figurées sur la Jessië-
slone. Leur dispositif vaut un examen minutieux. La grande branche de
l'une d'elles rappelle, en effet, le corps creux d'une barque monoxyle,
tandis que le croisillon a la forme d'une longue rame à large palette ;
d'autres traits achèvent curieusement de souligner le caractère de ce
symbole.
Un certain nombre de pétroglyphes confirment également cette sorte de
consécration donnée par le dispositif cruciforme aux armes ou aux in
struments tenus pour les plus nobles. La hache paraît le motif d'un certain
nombre de ces représentations. On y retrouve la célèbre forme bipenne.
I/une des figures les plus caractéristiques en ce genre, est celle de la
roche « Chambeyronv.Le type est extrêmement archaïque. Au-dessus, il y a
un autre type de hache légèrement indiqué. Le manche s'évase vers le
bas ; le croisillon, large à une extrémité s'apointit à l'autre ; la branche
supérieure est légèrement anthropomorphisée par des traits indiquant des
yeux et une bouche à large rictus. L'un des blocs du groupe « Feillet » (haute
Ponérihouen), offre une figure malheureusement peu distincte, mais où
l'on peut discerner, semble- t-il, une forme très élégante de hache bipenne
surmontée du croissant.
La spirale tient une place importante dans le symbolisme calédonien à
en juger par sa fréquence et la grandeur de certains spécimens. Elle
apparaît souvent avec l'adjuvant d'ornements extérieurs disposés en cou
ronne : petits cercles, dents de loup ou longs dards triangulaires. On
trouve encore la double spirale en forme d'esse. Une autre disposition
curieuse est celle des spirales associées deux à deux, d'une façon qui rap
pelle assez bien nos X manuscrits.
On rencontre parfois l'anneau figuré en relief et l'on peut alors se
demander s'il ne s'agit pas d'une sorte de grande cupule. Au contraire,
les assemblages de cercles concentriques abondent. Ils apparaissent sou
vent entourés d'une couronne de rayons divergents. Et même en quelques
cas, ces assemblages de cercles radiants sont anthropomorphisés par
deux ou trois petits cercles qui prennent la place des anneaux les plus
intérieurs, en rappelant la disposition des yeux et de la bouche dans le
visage humain.
D'autres assemblages de cercles concentriques méritent une mention.
Ils offrent parfois la caractéristique d'une ligne bisectrice unissant les JUBILÉ DU CINQUANTENAIRE 228 524
anneaux ou bien d'un rebroussement symétrique allant du centre à la
périphérie. Cette catégorie de cercles concentriques se montre aussi
entourée, non pas de fins rayons aigus, mais d'une simple ou double
couronne de digitations plus ou moins pétaloïdes.
Après les cercles on passe naturellement aux croissants concentriques.
Le motif élégamment recourbé aux deux extrémités comme les volutes du
chapiteau ionique est assez difficile à déterminer. Ce glyphe aux lignes
d'une courbure artistique et que l'un de mes guides a pu comparer à cer
taine forme- de soupière! s'irradie également d'une couronne de fins
rayons divergents; mais en ce cas, il y a toujours association sur le même
support avec les cercles concentriques radiés.
J'ai vu aussi des figures de ce genre associées par trois ou par quatre
sur le même support, mais avec des différences allant du simple croissant
à l'anneau presque entièrement arrondi. J'ai trouvé par ailleurs le simple
croissant entourant un bouton sculpté en relief. Ce dispositif rappelle
curieusement le symbole chaldéen que tout le monde connaît.
On doit rapprocher de ces deux dernières catégories de symboles, des
figures où les cercles concentriques apparaissent juxtaposés à des crois
sants concentriques et en outre réunis par une barre allant du centre de
l'un des asssemblages à l'autre.
L'ovale, ou du moins un type approchant, forme le principe d'une autre
grandre catégorie de figures. Cet ovale, généralement très aminci à une
extrémité et arrondi à l'autre, me paraît, quoiqu'en prétendent les Cana
1' 'ovale à anneaux ques, n'avoir rien de phallique. A la roche « Chambmjroni) ,
concentriques plus ou moins multipliés se marie avec la croix. Un des
blocs du groupe «.Adam» , à laDumbéa, ainsi que du grand groupe «Feillet •»
déjà cité, montre encore l'ovale marié avec la croix, mais les prolonge
ments cruciformes sont devenus très complexes. L'ovale apparaît encore
marié avec la croix sur le bloc « Alpha » du groupe du « Sphinx » à Gondé,
mais l'une des branches cruciales se prolonge barrée de quelques rangs
de croisillons coudés comme une croix scaliforme.
L'ovale existe encore sur les roches « Badimoin »,à Ganala, et « Bernier »,
à Ni. Celui de la roche Badimoin, par exemple, montre un ovale très allongé,
pointu à une extrémité et arrondi à l'autre. La figure est longitudina-
lement sectionnée par un trait médian. Quelques anneaux légèrement
indiqués et des traits transverses achèvent de caractériser ce dispositif.
Tel quel, ce schéma rappelle fortement une grande barque prise par vue
cavalière.
Je viens de passer en revue, un peu longuement peut-être, les princi
pales catégories de figures entre lesquelles peuvent se diviser les glyphes
calédoniens; mais il s'en faut que j'aie épuisé la série. Le tableau qu'on
pourrait d'ores et déjà former de ces symboles étonnerait par sa grand
eur. Il faudrait y comprendre nombre d'assemblages de lignes très
complexes dont la description exigerait un temps abusif. Je m'efforcerai
cependant d'en signaler l'existence par quelques brèves indications génér
ales. Mais, avant de passer à ce résumé, il me paraît nécessaire de dire ARCHAMBAULT. SCULPTURES ET GRAVURES SUR ROCHES 525 229
toute la place qu'occupent l'homme et les autres êtres animés dans cette
iconographie de la serpentine.
Les représentations anthropomorphiques abondent; elles ne sont pas
toujours faciles à reconnaître; elles confirment souvent cette notion du
symbolisme qui a présidé à l'élaboration de cet art.
Les faits de ce genre ne sont pas jusqu'à présent bien nombreux, mais
celte considération ne saurait diminuer leur importance.
Sur l'une des roches du groupe des « Cent-Pierres » à Poro, on peut voir
un cercle ovalaire entourant les principaux traits de la figure humaine,
les yeux, le nez, la bouche. Des rayons divergents s'échappent de
cet anneau. L'ensemble rappelle extrêmement certaines représentations
helléniques du soleil.
La pierre « Beaudeau » (vallée deDothio), montre également trois tètes
humaines reconnaissables surtout au contour; les traits sont très gros
sièrement indiqués. Des rayons latéraux s'échappent de la partie de ces-
tètes répondant aux joues. En outre, l'une de ces têtes est surmontée de
deux petites cornes tordues ressemblant beaucoup à celles du bélier, A
côté de ces trois tètes, il y a une autre figuration où l'on peut reconnaître
un disque rayonnant.
Sur la pierre «.Alpha » du groupe du «.Sphinx» déjà cité, c'est le double
œil de chouette également entouré de rayons divergents.
On peut reconnaître l'homme en d'autres figurations moins ambitieus
es, souvent réduites à l'état de simples schémas. La tête, les quatre
membres, les mains et les pieds sont indiqués plus ou moins naïvement;
ça suffisait à cet idéographiste probable. Mais il y a de.s images plus
poussées, notamment sur les blocs du grand groupe « Feillet » souvent rap
pelé. L'une de ces images traitées d'après le style concentrique, est tout
a fait typique. La tête est formée par un triangle où l'on a indiqué les
yeux et la bouche; une suite de losanges marquent la poitrine et le
ventre; les bras et les jambes s'écartent du corps comme des chevrons;
les doigts et les orteils se disposent en éventail; la verge est relevée et
forme angle aigu avec l'axe du corps ; l'ensemble est bizarre, mais non
ridicule.
Il y a d'autres figurations dont l'anthropomorphisme est probable à
cause de la disposition générale où l'on peut retrouver la tête et les
quatre membres. Pour d'aucuns de ces derniers, il s'agit simplement ici
de sillons' ovalaires vigoureusement ciselés à grand relief. A tort ou à
raison, j'ai cru pouvoir y reconnaître le symbole féminin accusé par les
organes delà fonction maternelle, les seins et les hanches.
Certains organes de l'homme, ceux de l'activité entre autres, sont par
fois figurés spécialement sur la roche : les yeux, la main, le pied. Ce
besoin d'adaptation géométrique si singulier a conduit ces stylistes à rendre
les yeux humains par le double œil de chouette. J'ai déjà parlé du double
œil de chouette rayonnant de la pierre «.A Ipha» du «Sphinx ». Sur la roche
« Chambeyron » j'ai retrouvé ce double œil de chouette, mais le signe est
prolongé par cinq digitations qui rappellent les doigts de la main.

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