Les Sentiments et la vie affective. La Croyance - compte-rendu ; n°1 ; vol.28, pg 628-636

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L'année psychologique - Année 1927 - Volume 28 - Numéro 1 - Pages 628-636
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1927
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4° Les Sentiments et la vie affective. La Croyance
In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 628-636.
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4° Les Sentiments et la vie affective. La Croyance. In: L'année psychologique. 1927 vol. 28. pp. 628-636.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1927_num_28_1_6476628 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
d'une opération chirurgicale. — An. Méd. ps., LXXXV, 3, oct.
1929, p. 246-251.
Une mélancolique voyant opérer sa voisine, présente d'abord les
symptômes les plus caractéristiques de la peur : pâleur, relâchement
des sphincters, puis des sécrétions vaginales, de l'intumescence cli-
toridienne, un besoin antialgique, puis hédonistique de se masturber.
Ce fait rejoint bien d'autres faits connus non seulement du médecin
mais du public et des littérateurs. Il s'explique par la synergie fonc
tionnelle du pneumo-gastrique et du nerf érecteur sacré. H, W.
4° Les Sentiments et la vie affective. La croyance
751. — L. CELLERIER. — Les éléments de la vie affective. —
R. ph., Cil, 1926, p. 260-280 et 426-451. — La vie affective se
condaire. — R. ph., CIV, 1927, p. 335-369.
L'auteur commence par distinguer deux sortes d'états affectifs,
les uns innés ou primaires, dépendant immédiatement de la nature
de l'organisme et par suite semblables chez tous les hommes, les
autres acquis ou secondaires, dérivant de l'expérience des individus
et par suite différents pour chacun.
En conséquence, pour déterminer si les sentiments sensoriels sont
des états affectifs primaires ou secondaires, il faut rechercher si une
même sensation produit régulièrement le même état affectif, ou au
contraire un état tantôt de plaisir, tantôt de déplaisir. L'expérience
prouve que l'état affectif qui accompagne les sensations visuelles,
auditives, gustatives, dérive non de la sensation elle-même, mais
des expériences qu'elle évoque, le plus souvent sous forme incons
ciente.
La douleur primaire n'est pas une qualité de la sensation, mais
une sorte spéciale de sensation, dont l'appareil récepteur est, comme
le tact, répandu sur tout le corps ; elle peut être considérée
une sensation de lésion, remplissant un rôle d'avertissement. Les
ruptures d'équilibre fonctionnel, par suite soit d'insuffisance, soit
d'excès de l'énergie dépensée, s'accompagnent au même titre de
douleur soit proprement dite, soit atténuée ou protalgie. Cette dou
leur provoque des réactions corporelles, qui sont des réflexes produi
sant une attitude d'activité ou de tension destinée à rétablir l'équi
libre.
Le plaisir primaire n'est nullement le contraire de la douleur : il
se produit pendant le passage d'un état pénible à un état d'équilibre
et d'indifférence ; il a pour condition l'existence de l'état pénible et
cesse avec lui. L'état pénible déterminant une tension, le plaisir du
retour à l'équilibre s'accompagne d'un plaisir de détente, différent
en nature du premier et qui, dans certains cas, apparaît même
comme distinct à la conscience. Ce plaisir de détente est d'autant
plus vif que la tension était plus forte et que la détente est plus
rapide.
La réaction à la douleur présente des formes très variables, où l'on
peut distinguer, du plus simple au plus complexe, le réflexe, Tins- LES PROCESSUS AFFECTIFS 629
tinct, la réaction intelligente. Dans ce dernier cas intervient le sou
venir d'expériences passées où telle conduite a produit le soulagement
de la douleur, évocation d'une réaction qui en suscite la réalisation.
La théorie d'après laquelle la douleur résulterait de ce qu'une
tendance n'a pas reçu satisfaction n'est valable que pour les douleurs
secondaires. La douleur primaire au contraire est le processus affé
rent qui provoque les réactions motrices utiles à l'adaptation de
l'organisme aux circonstances.
Tandis que les faits affectifs primaires dépendent exclusivement
de la nature de l'organisme, la sensibilité secondaire dérive de l'ex
périence acquise. Les faits affectifs secondaires ont toujours pour
stimulant immédiat un fait psychique. Le cas le plus simple est celui
d'un sentiment provoqué par un sentiment primaire. Viennent en
suite les sentiments anticipés. La suppression d'un plaisir ou d'un
déplaisir secondaire, comme celle d'un plaisir ou d'un déplaisir pri
maire, cause un déplaisir ou plaisir secondaire. Enfin, les circons
tances qui troublent nos habitudes produisent.un déplaisir secondaire
d'autant plus vif que le passage de l 'état d'adaptation antérieur à
l'état inadapté nouveau est plus accentué ou plus rapide.
Les sentiments secondaires ne sont pas seulement provoqués par
un état psychique actuel. Une expérience actuelle dépourvue de
tonalité affective peut provoquer un sentiment en évoquant une
expérience antérieure qui était colorée d'un sentiment. Le processus
d'association est universel dans la vie affective et présente une infinie
variété. L'évocation automatique, qui est la plus fréquente, porte
beaucoup plus sur des faits colorés de sentiment que £ur des faits in
différents. Le souvenir d'une expérience affective peut posséder un
ton affectif soit semblable à celui qu'elle avait elle-même, soit diffé
rent ; le souvenir d'une expérience à coloration affective peut devenir
indifférent, le souvenir d'une expérience indifférente
affectif.
Par suite d'associations médiates inconscientes avec des expé
riences affectives, un objet indifférent en lui-même peut produire du
plaisir ou du déplaisir. Ce transfert permet de retracer la genèse de
nombre de sentiments ; tels sont ceux qui dérivent de la sensation de
lésion, de la rupture d'équilibre par insuffisance ou excédent d'énerg
ie, le plaisir sexuel, le sentiment filial, les sentiments sociaux, le
plaisir parental, les sentiments moraux.
L'émotion n'est qu'un secondaire accompagné de réac
tions internes assez vives pour être perçues. La théorie de James
s'applique (et c'est presque une tautologie) à l'émotion ainsi définie,
correspondant à la coarse emotion ; mais la suppression des réactions
produit un sentiment calme et non un simple résidu intellectuel.
Les sentiments secondaires provoquent deux réactions qui se con
fondent souvent, évitation du déplaisir, qui existe déjà dans la sen
sibilité primaire, et poursuite du plaisir, propre à la sensibilité
secondaire. Un premier processus d'évitation du déplaisir se manif
este dans l'évocation des souvenirs. Il présente deux formes, d'abord
une sélection inconsciente des évocations mnésiques, puis un refou
lement quasi automatique, bien que conscient, des souvenirs pénibles,
lorsqu'ils viennent à être évoqués. Quand le déplaisir est dû à l'action èâO ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
du milieu, l'individu s'y soustrait soit en supprimant sa cause, soit
en s'en écartant. Dans l'émotion proprement dite, le trouble général
résultant du choc émotionnel entrave ou supprime l'évocation de la
réaction appropriée. Par l'effet de l'habitude, les réactions aux sen
timents secondaires deviennent des tendances secondaires. Aucun
fait ne démontre, ni d'ailleurs n'infirme, l'innéité de ces tendances
secondaires à l'évitation du déplaisir ou à la poursuite du plaisir.
G.-H. L.
752. — P.-T. YOUNG. — Studies in affective psychology {Eludes de
psychologie affective). — Am. J. of Ps., XXXVIII, 2, 1927, p.
157-193.
Les expériences décrites par l'auteur ont eu pour but la détermi
nation des caractères spatiaux de certaines expériences affectives.
La sensation de l'agréable et du désagréable peut-elle être localisée ?
Est-elle douée d'un certain volume ? Des excitations ayant été
produites au moyen de stimuli (tactiles, olfactifs, gustatifs, auditifs)
choisis de façon à faire naître une émotion, on demandait au sujet
de « décrire la qualité et les caractères spatiaux du sentiment (fee-
« ling) éveillé, en prenant soin de noter tout spécialement l'endroit
« où ü était localisé ». Les données recueillies sont contradictoires ;
de l'avis de Y. les divergences seraient dues moins à des différences
d'expérience personnelle qu'à l'ambiguité des termes employés tels
que « feeling » et « localiser ». La même diversité se retrouve dans les
rapports concernant la nature de l'expérience affective. L'agréable
et le désagréable sont caractérisés comme des pressions, des attitudes
corporelles, des attributs de l'objet, etc.. Les observations des sujets
sont fortement colorées par leur attitude (analytique et sensorielle
ou fonctionnelle), par leur formation et leurs opinions psychologiques.
L'auteur conclut à l'échec de la méthode introspective dans le do
maine affectif. A. B.-P.
753. — STEFAN V. BODA. — Grundlagen und Entfaltung des Ge
fühllebens (Bases et développement de la vie affective). — Résumé
allemand du texte hongrois. Athenaeum, 1926. Extrait 27 p.
L'auteur accorde une grande importance à la vie affective qui
constitue la sphère paléomentale, avec ses caractéristiques, qui sont
la relation avec la personnalité et les intérêts profonds de l'organisme,
la nature dynamique et la relation avec des processus non sensoriels.
Il se rallie à l'existence d'un centre véritable'de la vie affective repré
senté par le thalamus. Et il montre que, à partir des affects élément
aires (plaisir et déplaisir) cette vie se développe en deux directions,
celle des émotions (uniquement affective, par évolution quantitative)
et celle des tendances, inclinaisons, passions, ce qui fournit un élément
de différenciation des caractères. H. P,
754. — M. PRADINES. — L'hétérogénéité îonctionneUe du plaisir
et de la douleur. — R. ph., CIII, 1927, p. 178-212 et 395-420.
Contrairement aux doctrines courantes qui ne reconnaissent entre
le plaisir et la douleur qu'une différence de degré et non de nature,
P. se propose d^ëtablir que le plaisir et la douleur sont dans une indé- LÈS PROCESSUS AFFECTIFS é&i
pendance fonctionnelle radicale. Les états affectifs de l'ordre phy
sique se divisent en besoins, qui donnent des plaisirs et ne peuvent
donner des douleurs, et en sensations douloureuses, qui n'ont aucun
rapport avec les besoins et ne peuvent donner de plaisirs, mais seu
lement l'impression de soulagement résultant de leur cessation et qui
n'est qu'un pseudo-plaisir produit par un pseudo-besoin. Cette
impression, née du sentiment d'un contraste successif, n'existe que
par le souvenir et est par suite autant morale que physique. C'est à
tort qu'on donne le nom de besoin à ce qui n'est en réalité qu'une
activité comprimée ou une fonction empêchée (besoins de mouve
ment, d'évacuation, de repos ou de sommeil, de chaleur et de fra
îcheur) : ces pseudo-besoins sont l'effet et non la cause de la douleur.
Les besoins, vrais ou faux, si l'on en écarte des représentations issues
de l'expérience antérieure qui peuvent s'y ajouter et les transforment
en désir, sont constitués exclusivement par une connaissance et un
mouvement ; mais dans les besoins faux, la .connaissance est une
sensation qui ne saurait être anticipée et le mouvement est
répulsion pour écarter cette sensation ; dans les besoins vrais, la
connaissance est une pure anticipation et le est une
impulsion qui tend à provoquer, par l'appropriation future d'une
réalité non encore donnée, des états sensitifs positivement nouveaux.
C'est parce que la connaissance contenue dans le besoin vrai est une
anticipation qu'il ne s'est pas créé de besoin des objets les plus nécess
aires, comme l'air, parce que ces objets devant, sous peine de «mort,
être donnés à tout moment à l'organisme, il n'a pas le loisir d'at
tendre et d'anticiper.
Si les doctrines courantes admettent que le besoin se réduit à une
douleur lorsqu'il n'est pas satisfait, c'est en vertu d'une doublé
confusion entre besoin non satisfait et besoin contrarié et entre
contrariété et douleur. Toutes les douleurs sans exception sont des
sensations et dérivent d'excitations externes (même quand elles sont
internes à notre corps), et elles sont distinctes du besoin alors même
qu'elles y paraissent indissolublement liées comme dans la faim et la
soif. Le besoin sexuel est capable d'acquérir l'intensité la plus vive
sans donner naissance à aucune douleur locale positive. Le besoin
révèle son opposition spécifique avec la douleur jusque dans les états
désagréables dont il est la source. Tous sont des gênes ou des con
traintes du besoin : dégoût qui refoule le besoin par la contrariété en
lui présentant son objet sous l'orme inutilisable, privation qui ruine
le besoin en lui refusant son objet, contrainte d'arrêt ou vexation
qui suspend le besoin en lui retirant son objet. En résumé, les plaisirs
vrais correspondent à des fonctions par lesquelles nous attirons à
nous un externe anticipé, mais non encore sensible, qui appartient
à notre nature, et s'opposent aux douleurs vraies qui sont des défenses
par lesquelles nous repoussons de nous un externe sensible qui lui est
contraire.
Ainsi, nous sommes les artisans du plaisir et les patients de la
douleur. Mais n'existerait-il pas au moins certains plaisirs dont nous
serions simplement les patients et qui seraient, comme la douleur,
des états sensoriels ? Cette conception, qui remonte à Platon, repose
sur une confusion entre l'agrément esthétique et l'agrément physique ; 632 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
les plaisirs en question, notamment ceux de la vue et de l'ouïe, sont
toujours mélangés d'éléments moraux. Le plaisir alimentaire et le
plaisir sexuel détachés du besoin ne sont pas des sensations nouvelles ;
ils résultent seulement de la création de besoins nouveaux et de la
découverte de stimulations plus nombreuses et plus actives des
besoins primitifs.
Pour conclure, le plaisir, lié à l'activité vitale, est un phénomène
essentiellement biologique dont on ne saurait trouver le principe
dans l'individu isolé ; la douleur, liée à la passivité sensorielle, est
un phénomène essentiellement physiologique, qui exprime un état
local et pourra toujours s'expliquer entièrement par des modifications
nerveuses locales. La douleur peut être modifiée ou' produite à vo
lonté, mais il semble bien difficile de produire expérimentalement le
plaisir autrement qu'en stimulant le besoin. Il ne reste plus grand
chose dans la douleur qui apparaisse comme une sorte de prédesti
nation biologique de défense ou de conservation. G.-H. L.
755. — M. STASBURGER. — La vie affective de la jeune travail
leuse. — Pols. Ar. Ps., I, 3, 1927, p. 235-246 (en polonais).
Au moyen de quelques tests (en particulier associations couplées,
achèvement de phrases et description d'images), — l'auteur a essayé
de se rendre compte du développement de l'imagination et des sent
iments chez 61 jeunes filles de 15 à 18 ans d'une école professionnelle
de Varsovie. Les résultats de ces recherches sont les suivants : dans
les classes supérieures le nombre des associations automatiques
diminue, tandis qu'augmentent celles d'ordre supérieur (analyse et
synthèse). La description des images a bien mis en lumière les diffé
rents types de Binet : Descriptif, Observateur, Erudit, Emotif, aux
quels il faut ajouter le type moralisateur de Leclère. Les sujets de
niveau inférieur appartiennent naturellement au premier de ces
types. La note émotionnelle est très importante, et revêt facilement
un caractère erotique. Il est à remarquer qu'à l'inverse des jeunes
filles de la classe aisée, non surmenées par le travail professionnel
et à développement régulier, chez lesquelles l'exaltation propre à
l'adolescence se dissipe rapidement, chez les sujets adonnés à un dur
travail, vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques et à pré
disposition tuberculeuse, l'exaltation des sentiments se maintient
pendant une durée bien plus longue. Il y aurait intérêt à vérifier la
validité de cette remarque sur un nombre plus grand de sujets, car il
y a là un point qu'il serait important de préciser s'il se rencontre
vraiment de façon générale. M. F.
756. — H. MARCUS. — Die Paradoxien des Gefühls (Les paradoxes du
sentiment). -4-- Z. f. ang. Ps., XXIX, 3, 1927, p. 197-228.
L'attrait du nouveau, qui s'évanouit dès que le nouveau devient
une réalité ; le réveil d'un sentiment, au moment où nous sommes
menacés de perdre ce que nous avons cru posséder sûrement et ce
qui, semblait-il, nous était presque indifférent ; enfin, ce fait que
nos sentiments s'émoussent à l'exercice alors que les autres fonctions
psychologiques se fortifient ; — tels sont les trois faits que l'auteur
qualifie de « paradoxes du sentiment ». Ils seraient régis par une loi PROCESSUS AFFECTIFS 633 LES
suprême de la nature qui est comme le complément de la loi de con
servation : à savoir une tendance à accroître constamment nos r
ichesses.
Le sentiment s'évanouit lorsque nous approchons d'un but long
temps poursuivi, car, une fois le but atteint, le désir devient inutile.
Pour une raison identique, nos sentiments s'émoussent à l'exercice,
devenus inutiles dans un état stable, car ils n'ont pour fonction
que d'apparaître au moment où doit se produire un changement
d'adaptation.
Ainsi, le paradoxe suprême du sentiment réside en ceci, qu'étant
lui-même le but de toute notre vie intérieure, il n'est qu'un moyen
dans notre existence biologique. D. W.
757. — ED. CLAPARÈDE. — L' Auto- justification. — Ar. de Ps.,
XX, 80, 1927, p. 265-298.
G. ne veut que poser une question : pourquoi, quand un individu
souhaite esquiver un devoir ennuyeux, ou accomplir quelqu'acte que
sa raison ou sa conscience réprouve, cherche-t-il à se justifier, à lui-
même l'objet de son souhait ? Quelle est la signification fonctionnelle
de l'auto-justification, et comment parvient-elle à ses fins ? Mais,
quand C. pose une question, il en profite pour l'analyser sous tous ses
aspects possibles, avec la finesse de pénétration qui est la sienne. Il
est donc à peu près impossible de résumer les trente pages de cet ar
ticle, il faudrait les reproduire presqu'en totalité pour donner une
idée équitable de la richesse si diverse de leur contenu. Avant d'expo
ser ce qu'est l'auto-justification, G. envisage la pensée affective en
général, manifestation de la tendance foncière chez l'homme à
échapper au réel, pour subir l'ascendant de ses désirs, de ses croyances
et de ses idéaux. Mais cette tendance doit s'accorder avec un certain
respect de la réalité, parce que l'homme a appris à connaître qu'on
ne pouvait s'en moquer impunément. La pensée affective prétend
doiïc au réel, et il en découle la logique affective et la pensée autiste,
tandis que la création artistique, la poésie, etc., ne sont que des manif
estations de cette même pensée sans prétention au réel. La logique
affective, sous la forme habituelle du raisonnement affectif, est un
raisonnement à contre-sens : au lieu que la croyance soit déterminée
par le raisonnement, c'est ce dernier qui est conditionné par la
croyance. C'est ce raisonnement affectif qui va intervenir dans l'au
to-justification. Cette opération n'est qu'un terme de toute une série
qui comprend tous les actes de pensée affective destinés à convaincre.
Tantôt, il s'agit de convaincre autrui, c'est un souci social qui aboutit
à la justification. Tantôt il s'agit de se convaincre soi-même. Dans
le cas du souci intellectuel de justifier une croyance à laquelle on tient,
on arrive à la rationalisation ; si c'est uu souci personnel, moral de
se justifier soi-même, c'est précisément l'auto-justification, qui peut
se présenter sous trois aspects : a) Auto -justification proprement
dite (l'Evasion de Jones), ce que C. appelle soit une Auto-échappat
oire (si je désire fumer, je me dis : une cigarette de plus ou de moins
n'a pas d'importance), soit un Auto-prétexte, (je me dirai alors : le
tabac me 'stimule au travail), b) Auto-consolation qui peut être
laudative (un vieillard parlera de la « verte vieillesse »), négative #34 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUE
(le même dira « à 60 ans on n'est pas vieux ») ou méprisante (mépris
pour la jeunesse et ses inconvénients), c) Auto-purification, qui est
une auto-excuse négative (ce n'est pas moi) ou positive (j'ai dit cela en
effet mais c'est parce que je suis très franc) ou imputative (ce n'est
pas moi, c'est lui.)
Ayant ainsi défini et délimité son problème avec beaucoup d'acuité,
C. se demande alors pourquoi un individu cherche à se justifier à ses
propres yeux, et pourquoi, pour ce faire, il emprunte la forme ra
tionnelle. Le fait qu'il ait besoin de justification, prouve qu'il y a
conflit de tendances, division de la personnalité. Or la fonction de la
volonté est précisément de mettre fin à ce conflit, de donner à l'une
des tendances un poids suffisant pour l'emporter nettement sur
l'autre et déterminer l'action. Dans Pauto-justification le moi infé
rieur essaie d'amadouer le moi supérieur pour finalement pouvoir
l'emporter et donner libre cours à la tendance qui le sous-tend. En
effet, s'il n'y avait pas ainsi conflit de deux personnalités, si un seul
et même moi était en jeu, on ne comprendrait pas pourquoi on de
vrait se servir d'arguments à forme logique. La forme rationnelle
apparaît, l'observation de l'enfant est décisive à ce sujet, quand il
s'agit de convaincre autrui, l'un des deux moi en présence dans le cas
de l'auto-justification. Les deux personnalités sont assez distinctes
pour employer, pour se convaincre, le langage social de la logique.
La dernière question qui se pose, la plus importante peut-être, est
celle-ci : l'individu qui emploie des arguments de logique affective,
c'est-à-dire de fausse logique, est-il dupe de sa tromperie, et sinon,
pourquoi alors y recourir ? Dans la plupart des cas, pense C., nous ne
sommes pas nos propres dupes. Disant qu'à 60 ans on n'est pas
vieux, on « essaie de justifier un acte nécessitant la jeunesse », mais
une foule d'expériences personnelles beaucoup trop présentes et trop
proches nous démontrent le contraire et nous empêchent de croire à
nos fabulations.. Mais alors pourquoi ce « paradoxe de l'auto-justifi
cation » ? Pour G. qui ne prétend là qu'à une hypothèse très prudem
ment présentée, c'est dans la direction des activités ludiques qu'il
faudrait en chercher l'explication. Dans l'auto-justification, nous
jouons à celui qui croit, comme l'enfant croit être soldat en sachant
que ce n'est pas exact, nous sommes flattés des éloges que
nous décerne une personne, sachant qu'elle pense exactement le con
traire, etc. Ce serait là une attitude très courante de la vie psychique
quotidienne, dans laquelle, il ne faut jamais l'oublier, le mensonge
tient une place très considérable, bien qu'en prétende certaine psy
chologie qui voit l'homme tel qu'il devrait être, et non tel qu'il est.
De plus l'illogisme, même quand il ne s'agit pas de prélogiques aus
traliens, a une part importante dans l'activité humaine. Notre vie
psychique implique toute une série d'états intermédiaires au réel
et au jeu, qui sont des absurdités aux yeux de la raison, mais n'en
n'ont pas moins une existence très vivace « nous permettant, comme
le dit C., de biaiser avec la réalité, de lui faire la nique, sans toutefois
la perdre complètement de vue ». Ces états sont des auxiliaires de
l'action, et il semble bien en effet que l'on puisse y ramener le pro
cessus paradoxal et obscur au premier abord, dont C. nous offre
une si pénétrante étude. M, F, LES PROCESSUS AFFECTIFS 635
758. — K. C. MUKHERJI. — Belief and Conation [Croyance et ef
fort). — Ind. J. of Ps., II, 4, 1927, p. 159-171. %'
L'auteur montre la relation des croyances superstitieuses avec les
besoins de la vie pratique et trouve que la crédulité primitive est
un très faible sens logique, en acceptant comme réel ce qui évoque des
tendances instinctives, en personnifiant les objets de ses craintes
(le soleil, le vent, la peste), et en se désintéressant de tout ce qui
dans la nature ne se trouve pas en relation immédiate avec les ins
tincts, les nécessités de la vie. La croyance chez les primitifs s'appuie
donc en dernier ressort sur l'élément conatif de leur vie instinctive.
H. P.
759. — J. C. FLÜGEL. — Sexual and Social sentiments [Sentiments
sexuels et sociaux). — Br. J. of Med. Ps., VII, 2, 1927, p. 169-176.
On admet en général un certain antagonisme entre les manifestat
ions relevant des instincts sexuels et sociaux. Ils sont, selon Me
Dougall, nettement distincts. Selon Freud, au contraire, les tendances
sociales ne constituent qu'une différenciation spéciale de l'instinct
sexuel. L'auteur qui se rattache à ce dernier point de vue admet
que l'instinct sexuel se différencie de l'instinct social par l'absence
d'éléments sensuels, une plus grande permanence, identification et
diffusion. L'institution de la famille est en quelque sorte antagon
iste de celle qu'exigerait un sentiment purement social. Toutefois,
dans certaines conditions, elle peut servir d'introduction au sent
iment social qui implique une limitation de l'idée de possession ja
louse. D'autre part, l'amour romantique aide à former plutôt qu'il
n'inhibe les sentiments sociaux. L'auteur admet entre les deux une
connexion que confirme le fait de leur renforcement parallèle au
cours de l'adolescence (?) et le fait qu'un trouble organique ou fonc
tionnel de la vie sexuelle de l'individu a un retentissement sur sa 'vie sociale. M. L.
760. — RENÉ GUYON. — La cruauté. — In-16 de 153 pages, Paris,
Alcan, 1927. Prix : 12 francs.
Caractéristiques et manifestations de la cruauté, histoire, valeur
morale, situation juridique, tels sont les points de vue successifs de
l'auteur envisageant la cruauté, dans sa monographie un peu superf
icielle, dans un but moral fort louable, et dans l'espoir de favoriser
tout particulièrement la protection des animaux. H. P.
761. — P. COURBON. — Sur la pensée mystique et la pensée morb
ide. — J. de Ps., XXIV, 2, 1927, p. 146-158.
Le caractère général des mystiques chrétiens est d'avoir à certains
moments le sentiment d'échapper aux conditions de la nature hu
maine pour correspondre avec une puissance divine ou infernale et
pour disposer d'un mode de connaissance immédiat que n'ont pas les
autres hommes. Ces états interdits à l'homme normal lui sont connus
par la description qu'en donnent les privilégiés qui les ont éprouvés ;
la psychologie chrétienne ou religieuse du surnaturel mystique est
fournie par l'interprétation que donnent de ces états les auteurs chré
tiens ; la psychologie scientifique ou profane de ce surnaturel mys« 6 Je ANALYSES ßlßLIOCRAMlQUES
tique s'obtient par comparaison avec les états délirants. On peut
alors comparer les trois formes normale, mystique et pathologique
de la pensée. Les deux dernières se distinguent toutes deux de la
pensée normale par la concomitance d'une modification consciente
de la cénesthésie. Dans la pensée mystique, cette concomitance se
traduit par le sentiment d'un état surnaturel que le sujet interprète
conformément aux enseignements de sa foi religieuse : il dit avoir
une vision. Dans la pensée morbide, elle se traduit par des sentiments
multiples et imprécis, entre autres celui d'un changement de la per
sonnalité ; mais comme le sujet ne dispose d'aucune règle pour les
interpréter à lui-même et les expliquer à autrui, il y a délire. L'état
mystique est susceptible d'élaboration discursive, d'organisation
logique et de communication sociale ; c'est tout le contraire pour
l'état morbide. La pensée mystique est donc une pensée simplement
anormale, intermédiaire entre la pensée normale et la pensée patho
logique. G.-H. L.
5° Esthétique élémentaire
762. — -C. E. WITMORE. — The psychological approach to esthetics
{De la psychologie à l'esthétique). — Am. J. of Ps., XXXVIII, 1,
1927, p. 21-38.
Plutôt que de choisir d'abord une psychologie parmi les systèmes
actuellement en faveur et de s'en servir pour éclairer les données de
l'esthétique, l'auteur préfère considérer les faits les plus généralement
admis et voir quelle position psychologique ils suggèrent.
Pour lui, 2 notions essentielles sont à retenir ; celles de la situation
esthétique correspondant d'une part à un état de « tension » entre
2 niveaux (l'habituel et le conscient, l'activité rythmique et non
rythmique, les éléments intellectuels et émotionnels) et pouvant
d'autre part se décomposer en 3 éléments (triadic coaception) : l'ar
tiste, le public (récipient) et l'œuvre d'art.'
Si l'objectivisme de la psychologie moderne tend seulement à
l'établissement de normes, de moyennes, il est bien certain que de
nombreux aspects de l'expérience artistique, et non des moins ca
ractéristiques, sont laissés de côté. Pour venir en aide aux théories
esthétiques, l'important serait au contraire que la psychologie
s'attachât à l'étude des cas pour y découvrir ce que le public et les
artistes sont capables de donner dans les cir onstances les plus favo
rables.
Il ne semble pas d'ailleurs que les données acquises puissent nous
amener à la découverte des principaux déterminants de « valeur e
sthétique ». Et si l'on en revient à la conception « triadic », on s'aper
çoit ; 1° que la psychologie de l'artiste en tant qu'individu ne peut
véritablement être connue ; 2° que celle du public se réduit à l'expose
général de quelques-unes des conditions élémentaires qui favorisent
la reconnaissance d'une œuvre d'art, et que, finalement, ni l'un ni
l'autre de ces deux aspects de la question n'existe tant qu'une réelle
valeur esthétique n'a reçu une forme ou n'a été reconnue.
A. B.-F,

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