Les squelettes « romains » et paléochrétiens du Musée d'Alger ; remarques sur le peuplement préislamique de l'Afrique du Nord - article ; n°1 ; vol.7, pg 7-43

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1971 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 7-43
Summary This work is concerned with human remains of Roman times (1st to 4th Century A.C.) — including 34 skulls — found in different archaeological sites in Algeria (and Tunisia). We have no certitude as to the proper origin of the subjects, but there is a good probability that most of them are of local ancestry. Affinities appear with various Mediterranean populations (first of all, with contemporaneous ones from Spain) and particularly with some actual populations of North Africa such as the Kabyles, who are considered as being among the most « typical » Berberian people. Unfortunately, we lack references for thorough comparisons, especially with the whole of the Algerian Protohistoric material (but we hope interesting observations will come out after the review of this material, which another anthropologist is preparing).
37 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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G. Boulinier
M Chabeuf
Les squelettes « romains » et paléochrétiens du Musée d'Alger ;
remarques sur le peuplement préislamique de l'Afrique du Nord
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 7 fascicule 1, 1971. pp. 7-43.
Abstract
Summary This work is concerned with human remains of Roman times (1st to 4th Century A.C.) — including 34 skulls — found in
different archaeological sites in Algeria (and Tunisia). We have no certitude as to the proper origin of the subjects, but there is a
good probability that most of them are of local ancestry. Affinities appear with various Mediterranean populations (first of all, with
contemporaneous ones from Spain) and particularly with some actual populations of North Africa such as the Kabyles, who are
considered as being among the most « typical » Berberian people. Unfortunately, we lack references for thorough comparisons,
especially with the whole of the Algerian Protohistoric material (but we hope interesting observations will come out after the
review of this material, which another anthropologist is preparing).
Citer ce document / Cite this document :
Boulinier G., Chabeuf M. Les squelettes « romains » et paléochrétiens du Musée d'Alger ; remarques sur le peuplement
préislamique de l'Afrique du Nord. In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 7 fascicule
1, 1971. pp. 7-43.
doi : 10.3406/bmsap.1971.2007
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1971_num_7_1_2007LES SQUELETTES «ROMAINS»
ET PALÉOCHRÉTIENS DU MUSÉE D'ALGER
Remarques sur le peuplement préislamique
de l'Afrique du Nord
par
G. BOULINIER et M. CHABEUF
(Laboratoire d'Anthropologie de la Faculté des Sciences de Paris
et R.C.P. 151 du Centre National de la Recherche Scientifique)
Introduction.
Il existe dans les collections du Centre de Recherches Anthropologiques,
Préhistoriques et Ethnographiques et du Musée du Bardo (Alger) une série de
squelettes et de crânes isolés, classés sous la rubrique : « Romains ■». Il s'agit, en
effet, de restes humains trouvés dans quelques-uns des nombreux sites archéolo
giques d'époque romaine que compte l'Algérie (et parfois dans des sépultures
paléochrétiennes) .
Bien que certains d'entre eux doivent être considérés comme douteux, quant
à leur âge réel, et doivent donc être écartés (1), on peut dire que ces restes se ratta
chent grosso modo, de par les conditions de leur découverte, à la période qui
s'étend du premier au troisième ou au quatrième siècle de notre ère.
Parmi eux, on compte, en particulier, trente-quatre crânes (2). Ces restes
n'ont jamais été étudiés. Nous devons à la bienveillance du Professeur Camps,
qui a obtenu une mission pour l'un d'entre nous dans le cadre de la R.C.P. 151
du C.N.R.S., d'avoir pu nous charger de ce travail.
Nous nous proposons, dans la présente étude, de résumer, tout d'abord, les
principales opinions qui ont été exprimées par les auteurs (historiens, archéolo
gues, ethnologues et anthropologues), au sujet de la « romanisation » de l'Afrique
du Nord et de ses éventuelles conséquences anthropologiques.
Puis, après avoir indiqué l'origine des pièces dont nous disposons, et exposé
les problèmes qu'elles posent a priori, nous en présenterons l'étude anthropo
logique proprement dite.
(1) Tel ce crâne en provenance d'El Milia, qui avait été déposé au greffe du tribunal...
(2) D'autres ont été apportés récemment au Musée du Bardo (en provenance de
Cherchell), mais ils sont en mauvais état et n'ont pas encore pu être restaurés. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
DE LA « ROMANISATION » DE L'AFRIQUE DU NORD
Généralités sur l'ouverture méditerranéenne du Maghreb.
Si les populations d'Afrique du Nord sont, dans l'ensemble, assez proches
des populations méditerranéennes, en général (voir, par exemple, Coon, 1939, et
Vallois, 1944), la raison en est sans doute une certaine communauté d'origine, et
peut-être aussi une adaptation à des conditions de vie à peu près semblables.
A la suite de nombreux auteurs, il est également tentant d'invoquer, pour
expliquer ce phénomène, l'importance des relations qu'ont entretenues ces diffé
rentes populations, pendant des millénaires. En effet, surtout à partir de — 3200,
époque vers laquelle le Sahara a commencé à s'assécher — entraînant la format
ion de l'« île » du Maghreb — , il semble que, grâce à la navigation, la Berbérie
soit devenue de plus en plus méditerranéenne.
Plus tard, ces relations allèrent s'accentuant. De là, en particulier, les tradi
tions anciennes, qu'on peut qualifier de méditerranéennes, relevées par divers
ethnologues (Servier, 1962; Camps, 1961, 1965 et 1968; etc.).
Cependant, les influences culturelles n'impliquent pas nécessairement des
déplacements de populations considérables, et des mélanges raciaux de nature
à bouleverser la structure anthropologique des populations. Ainsi, Bousquet
(1967), se fiant aux travaux de divers auteurs, affirme que, depuis le Néolithique,
l'Afrique du Nord a reçu « bien plus de civilisations successives que de masses
humaines, capables de faire disparaître et de remplacer les bases préhistoriques
de son peuplement ».
En tout cas, si, d'un certain point de vue, l'histoire de la Berbérie, jusqu'à
nos jours, a été surtout celle des dominations étrangères qu'elle a subies (succes
sivement : phénicienne, romaine, vandale, byzantine, arabe, turque et française),
il est certain que chacune de celles-ci n'a pas exercé sur le pays une influence
comparable ; et, sur le plan anthropologique, les traces laissées par certaines
d'entre elles sont sans aucun doute très faibles.
Influence de la conquête romaine.
Parmi ces influences, quelle a été celle de la conquête romaine ? Peut-on
parler d'une certaine « composante romaine », dans le peuplement de l'Afrique
du Nord ? Pour essayer de répondre à ces questions, rappelons les points de vue
avancés par certains auteurs, et les arguments qui découlent de leurs observat
ions.
A première vue, si l'on considère l'importance des villes romaines dont le
sol de l'Afrique du Nord a conservé les vestiges archéologiques (1), on pourrait
penser que l'implantation romaine a joué un rôle non négligeable. Loin de se
manifester uniquement dans la région côtière, cette présence paraît avoir atteint
le pays en profondeur, puisque des garnisons jalonnaient, à une certaine distance,
le fameux limes opposé aux attaques des populations non contrôlées nomadisant
plus au Sud.
(1) Voir, par exemple, les illustrations du très bel ouvrage de Wood et Wheeler (1966). BOULINIER ET M. CHABEUF. SQUELETTES « ROMAINS » ET PALEOCHRETIENS 9 G.
D'autre part, un argument d'ordre démographique nous est fourni indirec
tement par Gautier (1952) : « Dans l'Afrique carthaginoise et romaine, la richesse
de la faune est à elle seule une preuve que l'homme y était rare. » Et ailleurs ;:
« Ce petit fait concret, la présence au Maghreb carthaginois d'éléphants sauvages
en grands troupeaux (...) fait sentir, mieux qu'une statistique d'ailleurs inexistante,
flans quel état Rome a trouvé ce pays, en voie de peuplement, encore aux trois
quarts vide, et par conséquent ce qu'elle en a fait. Elle l'a rempli d'hommes et de
ressources... »
Naturellement, rien ne dit que cet accroissement ne doive pas être porté au
crédit des populations locales... Mais il est incontestable que la faiblesse du peuple
ment préexistant peut militer en faveur d'une « sensibilité » particulièrement
grande aux apports extérieurs.
D'ailleurs, dans une étude anthropologique portant sur les empreintes digi
tales d'Algériens actuels, M.-C. Chamla (1961) trouve des proportions qui :
1° sont semblables à celles observées chez les autres populations d'Afrique
du Nord (notamment les Libyens et les Marocains) ;
2° diffèrent notablement de celles rencontrées aussi bien chez les Espagnols
et les Portugais, que chez les populations de la Médiferranée orientale (Arméniens,
Syriens ou Libanais) ;
3° sont, au contraire, particulièrement proches de celles des Italiens... « Cette
analogie frappante entre Algériens et Italiens mérite d'être soulignée », note l'au
teur, qui, pour l'expliquer, ne manque pas d'invoquer « l'ancienneté et l'impor
tance de la conquête romaine ».
Pourtant, l'héritage de Rome chez les populations d'Afrique du Nord est
souvent aussi tenu pour insignifiant. Ainsi, Ibn Khaldoun, le grand historien arabe
de la deuxième moitié du xive siècle, ne lui accorde manifestement pas une très
grosse importance — ni d'ailleurs aux autres dominations préislamiques, qui,
remarque-t-il, « se maintinrent trop peu de temps pour façonner ce peuple (les
Berbères) aux usages de la vie sédentaire ». Bien qu'empreint d'un patriotisme
maghrébin évident, son témoignage ne doit pas être sous-estimé.
Pour Gautier et divers auteurs (Gsell, etc.), « Rome n'a pas introduit en
Afrique une très grande quantité de sang italien ». Ils se fondent, en particulier,
sur la comparaison entre les influences culturelles respectives laissées par Carthage
et par l'empire romain (1). A propos de cette dernière influence, Bousquet (1967)
parle de « la nullité presque complète du résultat définitif » : quelques mots,
l'usage du calendrier julien et (selon Terrasse) le plan romain de la maison dans
l'architecture berbère. En effet, contrairement aux Carthaginois, qui ne semblent
pas avoir eu de préjugé racial, les Romains formèrent apparemment une société
assez fermée. Peut-être, comme le suggère Gautier, les Carthaginois, d'origine
phénicienne, présentaient-ils plus d'affinités avec les Berbères que les Romains ;
en fin de compte, bien que ces derniers leur aient succédé, ils auraient préparé
d'une certaine façon l'introduction future de l'Islam... (2). Ainsi, il est possible
(1) D est à noter que l'influence phénicienne en Afrique et au Maghreb a duré un bon
millénaire (entre le milieu du xne siècle et la destruction de Carthage, en — 146), soit deux
fois plus longtemps que celle de l'empire romain.
(2) Toutefois, pour Planhol (1957 et 1968), ce sont essentiellement des facteurs géogra
phiques qui ont favorisé l'essor de cette religion et de la civilisation arabe. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 10
que l'on soit en partie abusé par le lustre des villes romaines : celles-ci ont pu
ne représenter qu'une sorte de placage artificiel.
Des indigènes « citoyens romains ».
Aujourd'hui, de nombreux siècles après la conquête arabe (1), il est donc
bien difficile de se faire une opinion ; et cela d'autant plus que, comme nous
l'avons dit plus haut, influence génétique et influence culturelle ne coïncident pas
nécessairement.
Remarquons seulement que si, à l'époque romaine, la majorité des autoch
tones étaient « exploités » par les Romains, une partie de la population des pro
vinces d'Afrique atteignit tout de même un certain niveau social et culturel,
notamment dans les villes. Ce niveau lui permit, par exemple, de fournir des
penseurs chrétiens tels que Tertullien ou Saint Augustin. A propos de ce dernier.
Marrou (1965) écrit : « L'Afrique d'Augustin était une terre latine (...) Le latin
\i été non seulement sa langue de culture mais déjà sa langue maternelle '(...) Il
est né citoyen romain. » Et pourtant, ajoute l'auteur : « Le calcul des probabilités
permet d'inférer qu'il était sans doute de pure race berbère » (son nom de famille
Aurelius suggère que ses aïeux avaient été naturalisés, avec toute la masse des
provinciaux, par la fameuse constitution de l'empereur Caracalla en 212).
Ainsi, même si Berbères et Romains se sont peu mélangés, sur le plan
génétique, il est certain qu'ils se sont énormément côtoyés dans les villes, et que
la population de ces dernières, loin d'être exclusivement romaine, a dû être en
très grande partie indigène.
D'ailleurs, sur le plan militaire, Cagnat (1912) souligne la faible importance
numérique des troupes d'occupation dont témoignent les textes (2). Cette limi
tation d'effectif s'accompagnait d'un recrutement local, prépondérant à certaines
époques. Comme l'écrit Julien, « il fallait être citoyen pour devenir légionnaire,
mais l'empereur accordait ce titre aux engagés volontaires à leur entrée au ser
vice ». Et, vers 150, par exemple, « Rome jugeait son autorité siffisamment assise
pour assurer l'ordre presque uniquement avec des contingents berbères ».
Malgré tout, même si l'influence de Rome n'a été qu'éphémère, il semble
donc que, sous son occupation, nombre de Berbères aient vécu comme des
Romains, et qu'en conséquence, nous devrions en trouver les traces dans les
sites archéologiques dits « romains ».
PROBLÈMES CONCERNANT L'ORIGINE DES PIECES ÉTUDIÉES
La série de Tipasa.
Parmi les restes humains que nous avons étudiés, il convient, tout d'abord,
de distinguer une série qui peut présenter une certaine homogénéité, parce
qu'extraite d'une même nécropole : il s'agit de la série de Tipasa, du nom de la
ville romaine bien connue, située sur la côte, à quelque soixante-dix kilomètres à
(1) Le début de l'invasion arabe remonte au milieu du vne siècle.
(2) Notamment par rapport aux nombreuses légions qui stationnèrent en Gaule. G. BOULINIER ET M. CHABEUF. — SQUELETTES « ROMAINS » ET PALÉOCHRÉTIENS 11
l'ouest d'Alger. Nous possédons un certain nombre de renseignements sur cette
nécropole (1).
Par nécropole « romaine » de Tipasa, nous entendons celle qui s'étend à
la sortie de la ville, immédiatement au nord de la route conduisant à Cherchell (2).
L'archéologue Lancel, dans son Guide officiel de Tipasa (1966), l'appelle
« nécropole de l'ouest », terme devenu un peu imprécis depuis que dans cette
même nécropole occidentale, encore très incomplètement fouillée, ont été décel
ées des sépultures d'âges différents, allant du 111e siècle avant J.-C. (période
punique ou néo-punique) au 111e siècle après J.-C. (période romaine).
Il faut se reporter aux comptes rendus publiés par Baradez (1961) pour obte
nir quelques précisions sur l'origine probable de cette nécropole. D'après cet
auteur, l'empereur romain Antonin fit venir de Pannonie (Autriche actuelle),
en 143, des troupes de cavalerie destinées à soumettre les indigènes dont les
incursions menaçaient la sécurité de la ville. Ces soldats construisirent une
seconde enceinte, à quelque distance de l'enceinte existante, et établirent leur
camp entre les deux. C'est pourquoi l'enceinte dont on retrouve la porte occidentale
sur la route de Cherchell, mérite le nom d'« enceinte ď Antonin ».
Cette enceinte fut terminée en 147 et, l'année suivante, les militaires quit
tèrent la ville. Or Baradez découvrit en 1 954 (près de l'amphithéâtre) quatre stèles
funéraires se rapportant à ces cavaliers. On peut donc penser que la zone située
au-delà de cette nouvelle enceinte commença à être utilisée comme nécropole
dès 147.
Mais elle le fut vraisemblablement pendant au moins un siècle, ce qui
correspond à la période romaine de Tipasa antérieure à la diffusion du christi
anisme (aucune des sépultures visibles ne porte, en effet, d'emblèmes chrétiens).
Il y a donc peu de chances, a priori, pour que les restes qui nous sont parvenus
appartiennent à ces militaires (ou à des membres, de leurs familles), puisque ceux-ci
ne sont restés à Tipasa que quelques années (de 145 à 148).
Cependant, le problème n'est pas résolu pour autant : nous ne savons pas
quels sont les gens qui ont été inhumés dans cette nécropole. Nous seule
ment qu'ils n'habitaient pas les campagnes, mais une ville bien romaine (après
avoir été sous l'influence de Carthage), et un port. Peut-être, par cette situation,
risquent-ils, dans une certaine mesure, d'appartenir moins au « fond » de la popul
ation, qu'à sa fraction ouverte sur l'extérieur, c'est-à-dire sur le monde médi
terranéen ?...
Répartition des autres restes.
Dans l'ensemble, on possède sur l'origine exacte des autres sujets beaucoup
moins de renseignements que sur celle de la série de Tipasa. Cette origine est
relativement variée. En effet, si quelques crânes proviennent également de la
région de Tipasa (voir fig. 1), les autres se répartissent de l'ouest de l'Algérie
(Saint-Leu) à la Tunisie (Tindja), en passant par Alger (Icosium), Khenchela,
Tébessa...
Parmi les crânes sans doute les moins anciens, citons ceux extraits de sépul-
(1) Voir aussi Chabeuf (1970 à).
(2) On écrit aussi : « Cherchel ». 12 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
tures chrétiennes : Alger 51, Tébessa 14 et 15 (ayant appartenu à des donatistes)
et Sila (basilique du IVe siècle), ces derniers étant certainement autochtones. On
sait, en particulier, que l'hérésie du donatisme (ive siècle) se développa au sein
du « prolétariat agricole » (Gautier) ; ses adeptes n'étaient donc pas des
étrangers.
^ - ( Icosium) Annaba Carthaget-X /
(loi Caesarea) Alger ч , — *^—r s-** ( Hippo Regius ) f •7^ ^— CherchelL KABYLIE Tipasa . s Djemila (Cuicull V
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Chott el Djerid
Fig. 1. — Carte de l'Afrique septentrionale, permettant de localiser les principales
villes romaines dont sont originaires nos sujets.
Conclusions.
Ainsi, nous risquons de trouver, dans l'ensemble de notre échantillon, une
certaine hétérogénéité, rendant son exploitation quelque peu délicate. En effet,
il n'est pas impossible, en fonction de ce que nous avons dit plus haut, qu'une
partie de nos sujets soit composée de véritables « Romains », originaires d'Italie
(ou d'ailleurs), comme nous pouvons avoir affaire à des autochtones n'ayant
dans leur proche ascendance aucun élément extérieur ou à des indigènes plus
ou moins « romanisés ».
Cependant, en dépit de cette incertitude fondamentale, et des réserves qu'elle
entraîne quant au caractère de représentativité d'un tel « échantillon », nous
pensons que la publication de cette série peut, dans une certaine mesure, nous
aider à reconstituer l'histoire anthropologique et l'évolution récente des populations
d'Afrique du Nord.
Les éléments dont nous disposons par ailleurs sont, en effet, fort rudimen-
taires, puisque nous désignons pour l'instant par le même terme de « protohistori
ques », sans pouvoir établir de meilleure distinction chronologique, tous les indi
vidus trouvés dans les sépultures « mégalithiques » d'Algérie (voir Chamla,
1968). Or ces sépultures peuvent dater aussi bien de — 1300 qu'être postérieures
à la période romaine (certains dolmens sont construits avec des pierres portant G. BOULINIER ET M. CHABEUF. SQUELETTES « ROMAINS » ET PALEOCHRETIENS 13
des inscriptions romaines), ou même être immédiatement antérieures à la conquête
arabe (1). Par rapport à l'ensemble de ces Protohistoriques, notre série peut
donc, sur le plan chronologique, paraître assez privilégiée, puisqu'elle se rapporte
à une période relativement bien précisée, et peut constituer une sorte de jalon.
DESCRIPTION INDIVIDUELLE DES SUJETS
Dans ce chapitre, nous dresserons un inventaire des sujets exhumés et des
pièces squelettiques que nous possédons pour chacun d'eux. A propos de chaque
pièce, nous indiquerons sommairement son état de conservation et sa pathologie
éventuelle ; puis nous en décrirons les caractéristiques les plus nettes, et en pré
ciserons les principales mensurations — à l'exception de celles des crânes et des
mandibules, qui seront rassemblées dans les tableaux récapitulatifs I et II, ceci
afin d'alléger le présent chapitre.
D'ailleurs, notre échantillon est surtout intéressant par tous les crânes qu'il
comprend (seule la série de Tipasa contient d'autres os associés à ces crânes,
permettant notamment un diagnostic plus sûr du sexe). Nous ferons, dans le cha
pitre suivant, une étude d'ensemble de ces crânes.
Dans l'énumération qui va suivre, les sujets de Tipasa seront désignés par
ce mot, suivi de la lettre « H » et d'un numéro (2) ; la date de leur découverte,
lorsqu'elle est connue, sera indiquée entre parenthèses. Les autres sujets seront
désignés par le nom de leur localité d'origine et, en général, par le numéro qu'ils
portent dans les collections du Musée.
Notons que les données relevées pour chacune des deux séries ne sont pas
exactement identiques. En effet, chacune d'elles a été étudiée indépendamment
par l'un des auteurs de cet article ; et ce n'est que par la suite que les deux
études ont été réunies dans une publication commune (3).
Première série
• Tipasa H 1 (19-6-64).
— Mandibule complète, à l'exception du condyle droit ;
— Partie droite du massif facial, comprenant la majeure partie du maxillaire
supérieur et les deux malaires ;
— Quelques fragments de la base du crâne.
Mandibule robuste, pouvant être masculine. Symphyse peu saillante. Gonions
normaux. Arcade dentaire en U. Toutes les dents sont présentes, à l'exception
des incisives (perdues ou cassées, mais ayant existé pendant la vie). Absence de
caries. Surfaces occlusales modérément usées.
Maxillaire supérieur et annexes : toutes les dents sont présentes, sauf M2
(1) D'ailleurs jusqu'à récemment, on les qualifiait de « préislamiques » en général.
(2) Seul ce numéro figurera dans les tableaux.
(3) La première série (Tipasa et Cherchell 1) a été examinée par M. Chabeuf. 14 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
et M3 à gauche, en bon état et modérément usées comme au maxillaire inférieur.
Bon articulé dentaire. 11 manque la partie palatine de la voûte (largeur : 38).
Largeur du nez 25 bijugale 125,6
• Tipasa H 2 (19-6-64).
Cette sépulture comprend, en réalité, les restes mélangés de deux sujets :
un crâne (qui semble masculin), et divers os, pouvant appartenir au même homme
et à une femme (trois humérus, trois clavicules, etc.).
Crâne : il s'agit d'une calotte crânienne dont une partie de la base fait
défaut. Sa forme est bursoïde. Le front est large. La face se réduit à une partie
de l'arcade dentaire du maxillaire supérieur. Aspect robuste dans l'ensemble.
Aucune suture n'est soudée (25 ans ?).
Mandibule : fragment comportant une partie du corps et de la branche mont
ante droite. Aspect robuste.
Clavicules :
1° une clavicule droite, petite et grêle, assez rectiligne :
longueur max 125
périmètre au milieu 31
largeur ext. max 18 au milieu 10
épaisseur au milieu 9,1
robustesse 24,8
indice larg. ext 14,3 diaphysaire .* 91
2° une autre clavicule droite, robuste, fortement coudée et dont les apophyses
inférieures sont bien développées :
longueur max 146,4
périmètre au milieu 40
largeur ext. max 19,4 au milieu 14
épaisseur au 11,1
robustesse 27,3
indice larg. ext 13,3 diaphysaire 79,3
3° une clavicule gauche, homologue de la première et sans doute féminine :
longueur max 123,4
périmètre au milieu 30
largeur ext. max 19,8
largeur au milieu 10,3
épaisseur au 10,1
robustesse 24,3
indice larg. ext 16 diaphysaire 98
Omoplates : trois fragments supéro-externes : un gauche et un droit, avec
une épine assez fine et droite et un acromion quadrangulaire ; un gauche, beau
coup plus grand (appartenant sans doute à un homme de grande taille), avec une
épine de même type, mais renflée au milieu, et un acromion volumineux, plutôt
falciforme. BOULINIER ET M. CHABEUF. — SQUELETTES « ROMAINS » ET PALÉOCHRÉTIENS 15 G.
Humérus : trois (deux féminins et un masculin ? ), tous incomplets.
1° D. féminin :
circonférence min 55
diamètre min 15 max 22,4
indice diaphysaire 66,9
2° Humérus G. féminin :
circonférence min 55
diamètre min 15 max 21,2
indice diaphysaire 70,7
robustesse 18,9
longueur estimée à 290 mm, ce qui correspond à une taille de 1,53 m environ.
3° Humérus D. masculin, dont l'épiphyse inférieure est soudée à la cavité
sigmoïde du cubitus (cette soudure n'est pas due à un processus pathologique,
mais à la nature argilo-gréseuse du sol environnant).
circonférence min 65
diamètre min 21 max 24,2
ind. diaphysaire 86,7
ind. robustesse 22,1
longueur : 293 ; la taille correspondante (1,56 m) diffère nettement de celle don
née par le cubitus (voir ci-après)...
Cubitus associé à l'humérus précédent. Sa longueur (260) donnerait une taille
de 1,68 m.
circonférence min 43
diam. ant.-post. max 15,3 transverse 13,9
diam. sous-sigm 27,2 tranverse 23,4
indice diaphysaire 90,8
robustesse 16,5
Os iliaques : au nombre de deux, ils appartiennent au même individu. Il leur
manque la partie antérieure (et tout le pubis). Mais l'échancrure sciatique en
est peu ouverte, et le bassin correspondant semble masculin :
hauteur maximum 195 (D.) et 187 (G.)
longueur de l'ischion droit, environ 87
(un fragment de tête fémorale demeure collé au fond du cotyle gauche).
Fémurs : les deux fémurs homologues existent, s' articulant avec les os ili
aques correspondants. La longueur du fémur D. (400) donne une taille de 1,62 m.
Autres mesures :
coté D. côté G.
diamètre ant.-post. milieu 28 28,2 tranverse 25,3 24,7
diamètre transv. sous-troch 34,4 31,8 ant.-post 24,6 25,3
indice robustesse 12,8 — pilastrique 110 114
indice platymerie 71,4 79,5

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