Les tendances de la population active en France - article ; n°3 ; vol.10, pg 413-426

De
Publié par

Population - Année 1955 - Volume 10 - Numéro 3 - Pages 413-426
Les recensements de la population permettent de suivre la population active par professions et, par suite, les grandes migrations professionnelles (1). Celles-ci permettent à leur tour de mesurer les courants profonds qui s'exercent à l'intérieur de la population et, par suite, de formuler des prévisions ou d'orienter la politique générale en matière économique et sociale. Utile lorsque les automatismes libéraux fonctionnaient, à peu près seuls, la connaissance des mouvements de population active est devenue indispensable, aujourd'hui que le plein emploi est devenu un des objectifs essentiels de la politique économique. Mais lorsque les recensements ne sont pas en tous points comparables entre eux, les erreurs qui peuvent résulter d'une utilisation trop rapide sont considérables, parce qu'elles portent sur des différences. Il importe donc de rétablir le mieux possible les comparabilités. C'est l'objet de cet article.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
Lecture(s) : 11
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins

Alfred Sauvy
Les tendances de la population active en France
In: Population, 10e année, n°3, 1955 pp. 413-426.
Résumé
Les recensements de la population permettent de suivre la population active par professions et, par suite, les grandes migrations
professionnelles (1). Celles-ci permettent à leur tour de mesurer les courants profonds qui s'exercent à l'intérieur de la population
et, par suite, de formuler des prévisions ou d'orienter la politique générale en matière économique et sociale. Utile lorsque les
automatismes libéraux fonctionnaient, à peu près seuls, la connaissance des mouvements de population active est devenue
indispensable, aujourd'hui que le plein emploi est devenu un des objectifs essentiels de la politique économique. Mais lorsque les
recensements ne sont pas en tous points comparables entre eux, les erreurs qui peuvent résulter d'une utilisation trop rapide
sont considérables, parce qu'elles portent sur des différences. Il importe donc de rétablir le mieux possible les comparabilités.
C'est l'objet de cet article.
Citer ce document / Cite this document :
Sauvy Alfred. Les tendances de la population active en France. In: Population, 10e année, n°3, 1955 pp. 413-426.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1955_num_10_3_4417LES TENDANCES DE LA
POPULATION ACTIVE
EN FRANCE
migrations profonds générale connaissance population automatismes suite, Les Celles-ci recensements de en qui formuler professionnelles permettent active matière des s'exercent libéraux mouvements par des de économique professions à la fonctionnaient, prévisions à leur population l'intérieur (i). de tour et population ou et, de sociale. permettent d'orienter par mesurer à la peu population suite, Utile active près de les la lorsque suivre seuls, est politique courants grandes et, devepar les la
nue indispensable, aujourd'hui que le plein emploi est devenu
un des objectifs essentiels de la politique économique. Mais
lorsque les recensements ne sont pas en tous points compar
ables entre eux, les erreurs qui peuvent résulter d'une util
isation trop rapide sont considérables, parce qu'elles portent
sur des différences. Il importe donc de rétablir le mieux pos
sible les comparabilités. C'est l'objet de cet article.
Le recensement de 1936 était, dans l'ensemble, comparable à
ceux qui l'ont précédé entre les deux guerres et même avant
la première. Mais le recensement de 1946, entrepris dans des
circonstances spéciales, n'est pas comparable aux précédents et
appelle des rectifications. Celui de 1954 marque, lui aussi, une dis
continuité, sur l'avant guerre, en particulier.
// ne s'agit pas seulement de différences de méthode, mais de
changements dans l'état d'esprit des individus recensés : un grand
nombre de situations professionnelles sont mal définies et donnent
lieu à des appréciations en partie subjectives. Avant la guerre, le
recensement était, en somme, basé sur une certaine indifférence des
individus et sur une permanence des situations dans le temps. Par
contre, en 1946, et aussi en 1954, l'individu était en état de méfiance
(1) Par « migration professionnelle », nous n'entendons pas seulement le changement
de profession d'un individu au cours de son existence, mais l'ensemble de l'évolution
qui résulte à la fois de ces changements de profession et du renouvellement des géné
rations. 414 LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE
vis-à-vis de l'administration. Il pensait davantage à répondre d'une
façon qui ne risquât pas de nuire à ses intérêts. De ce fait, les
réponses dans les cas ambigus n'ont pas été données de même façon
qu'auparavant.
L'I.N.S.E.E. a publié, sur la population active de 1954, des
chiffres provisoires basés sur un sondage des bulletins au 1/20 (2).
Il doit procéder ultérieurement au dépouillement total et à une
analyse approfondie, qui permettra une interprétation correcte des
chiffres.
Nous nous proposons ici de pratiquer sur les chiffres des recen
sements antérieurs des corrections provisoires, propres à les rendre
plus comparables à ceux de 1954, de façon à déceler dès maintenant
les tendances générales de la population active.
Comme les principales anomalies Comparaisons sur la population
du recensement de 1946 s'observent agricole masculine.
dans l'agriculture, comparons les
chiffres de la population masculine à divers recensements (Agricul
ture et Forêts) :
1921 1926 1931 1936 1946 1954
Fig. 1. — Population active masculine de 1921 à 1954.
Cette figure permet deux constatations :
1) Les points sont tous à peu près en ligne droite, à l'exception
de celui de 1946. Mais celui de 1954 est provisoire.
(2) Bulletin hebdomadaire de statistique, 28 mai 1955. LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE 415
Jusqu'en 1946, les aides familiaux de sexe masculin, c'est-à-dire
les hommes faisant partie d'un « ménage » dont le chef est culti
vateur, étaient systématiquement considérés comme cultivateurs,
pourvu qu'ils aient plus de 14 ans (enfants) et moins de 70 ans
(ascendants et collatéraux). En 1954, définition plus restrictive :
comme pour les femmes mariées, ceux qui n'ont pas déclaré de
profession n'ont pas été classés comme cultivateurs. Le chiffre de
1954 devrait donc être rectifié en hausse, pour être rendu compar
able à ceux des recensements antérieurs.
Malgré cette éventuelle rectification, on peut conclure de la
figure 1 que la migration professionnelle de l'agriculture vers les
autres professions est un courant profond qui résiste aux crises et
aux guerres, et qui ne s'est pas accéléré, du moins en valeur absolue.
Si, maintenant, on prolonge la période 1921-1936, non plus par
progression arithmétique, mais en adoptant pour la période 1936-
1954 le même rythme de baisse que de 1921 à 1936, on trouve un
chiffre un peu plus élevé : 3.450.000 cultivateurs en 1954.
2) Le chiffre de 1946 est manifestement erratique. La différence
trouvée par rapport à la ligne de tendance peut s'expliquer par des
causes purement statistiques, et par des anomalies économiques de
l'année 1946 :
a) II existe, dans les campagnes, de nombreuses personnes qui,
tout en exerçant une profession artisanale et surtout commerciale,
possèdent quelques terres et les exploitent plus ou moins intensé
ment. Lors des recensements, elles indiquent en général, en premier
lieu, leur profession non agricole. En 1946, par contre, pour diverses
raisons, datant de l'occupation, ces personnes ont été portées à se
donner comme cultivatrices, pour faire coïncider cette déclaration
avec leur classement dans le rationnement alimentaire.
h) Des hommes âgés, peu actifs, qui, en d'autres circonstances
se seraient déclarés sans profession, ont eu également intérêt à se
donner comme cultivateurs.
c) D'autres hommes ont effectivement travaillé plus qu'ils ne
l'auraient fait en temps normal et pouvaient, de ce fait, être à juste
titre considérés comme actifs en 1946.
Il y a donc deux anomalies statistiques et une variation réelle,
mais accidentelle.
Dans l'incertitude sur le recensement de 1946, le mieux serait
peut-être de passer un trait sur lui et de sauter directement de
1936 à 1954. Cependant, il y a utilité à aller plus loin et à rectifier
le chiffre de 1946. En effet :
a) Cette rectification du nombre de cultivateurs donne quelques
indications utiles sur la rectification à apporter à la population non
agricole.
b) II faut tenir compte de la force du chiffre imprimé. Les
chiffres bruts de 1946 seront fatalement, et en dépit des réserves
formulées, comparés à ceux de 1954 et de grosses erreurs risquent 416 LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE
d'en résulter. Il y a donc lieu de substituer à ces chiffres bruts
trompeurs des chiffres hypothétiques, mais vraisemblables.
Si nous suivons la ligne de tendance observée de 1921 à 1954,
ou si interpolons entre 1936 et 1954, nous trouvons pour la
population masculine dans la culture en 1946, des nombres très
voisins, de l'ordre de 3.725.000. Si nous admettons la constance du
rythme annuel de variation de 1921 à 1936, nous trouvons un
chiffre un peu plus élevé : 3.780.000.
Précisons bien que, pour 1946, il ne s'agit pas du chiffre réel,
mais du chiffre de tendance, qui lui est sans doute inférieur, en
raison des suractivités effectives signalées plus haut.
Population agricole totale. Elle est plus difficile à évaluer, parce
que plus difficile à définir. La femme
de cultivateur pose toujours des difficultés aux recenseurs. Il est
bien rare qu'une femme de cultivateur exploitant n'aide en rien son
mari, du moins quand elle n'a pas d'autre profession. Mais il est
rare aussi que cette aide corresponde à une activité totale. La règle
adoptée pour classer les femmes en « cultivatrices » ou en « sans
profession » a varié selon les recensements. En 1954, la définition
de la femme cultivatrice a été beaucoup plus sévère qu'en 1946.
L'activité réelle des femmes de cultivateurs a, sans doute, un
peu diminué depuis le début du siècle, du fait notamment de la
motorisation; mais cette réduction ne doit pas être importante et
disparaît en tous cas derrière les divergences de méthode des recen
sements. Le nombre de femmes actives pour 100 hommes varie de
50 à 80 %, selon les définitions et règles adoptées.
Nous nous proposons de conserver le chiffre de 1954 (bien qu'il
nous paraisse un peu faible), puisque c'est le dernier connu et
est souvent appelé à être reproduit. Il s'agit de trouver des chiffres
comparables pour les années antérieures.
La répartition entre patrons-cadres et aides familiaux est trop
différente d'un recensement à l'autre pour être utilisable. De nomb
reuses femmes mariées comptées comme patronnes en 1946 ont
été classées parmi les aides familiaux en 1954.
La meilleure solution consiste à appliquer au nombre d'hommes
de 1946, corrigé comme il a été dit, la proportion de femmes cons
tatée en 1954; ce calcul peut se faire de diverses façons .
L'application de la proportion au total de la population agricole
conduit à un nombre de femmes actives de 2.025.000, au lieu de
3.250.000. Le calcul sur les seuls exploitants conduit au chiffre de
2.125.000 femmes actives. Mais l'augmentation du nombre d'ouvriers
agricoles (hommes) de 1946 à 1954, ne correspond certainement pas
à la réalité; le nombre des ouvriers a dû diminuer au moins autant
que celui des exploitants, ce qui conduit à le porter à 1.100, en
1946, et à réduire à 2.685 celui des exploitants. Dans ces conditions,
le calcul conduirait à 2.008.000 cultivatrices en 1946. LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE 417
Dans les recensements antérieurs à la guerre, la répartition entre
ouvriers et exploitants étant très mal connue, le calcul ne peut
porter que sur l'ensemble. Nous admettrons que la proportion des
femmes actives devait être un peu plus élevée avant guerre et adop
terons le chiffre de 60 % pour les recensements de 1921 à 1936. Pour
1946, cette proportion de 60 % nous paraît encore admissible, la
motorisation ayant sans doute réduit l'activité féminine de 1946 à
1954, ce qui conduit, pour 1946, à 2.240.000 femmes actives. Cette
méthode, certes contestable, approche la réalité de plus près que
les chiffres publiés. Nous obtenons ainsi de nouvelles estimations
pour la population active agricole depuis 1906 (en milliers) :
Chiffres rectifiés Chiffres bruts
Femmes Femmes Total Hommes Femmes pour 100 Total Hommes Femmes pour 100 hommes hommes
1906 5.452 3.325 61,0 8.777 8.777 5.452 3.325 61,0
1921 7.988 4.993 2.995 60,0 8.951 4.994 3.958 79,2
1926 4.741 2.845 60,0 7.586 8.129 4.741 3.388 71,4
1931 4.447 2.669 60,0 7.116 7.637 4.447 3.190 71,7
1936 6.755 4.222 2.533 60,0 7.141 4.222 2.919 69,1
5.965 3.725 2.240 60,0 1946 7.387 3.250 4.137 78,5 3.780 2.270 6.050
3.326 1.812 54,4 5.138 1954 5.138 3.326 1.812 54,4 3.450 1.877 .54,4 5.327
Millions
1906 1921 1926 1931 1936 1946 1954
Fig. 2. — Population agricole depuis 1906. LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE 418
Nous n'avons pas estimé nécessaire de changer le chiffre de 1906.
Ce sont les recensements d'entre les deux guerres qui avaient adopté
une définition très large de la femme active dans l'agriculture.
Pour 1954 et, par suite, pour 1946, nous proposons deux estimat
ions, basées l'une sur le chiffre recensé, l'autre sur la prolongation
du mouvement 1921-1936, en progression géométrique.
En 1921 et 1946, la proportion effective des femmes actives était
sans doute supérieure à celle adoptée ci-dessus, en raison des
séquelles de guerre. Mais nous cherchons surtout ici, rappelons-le,
à déceler des tendances et, par suite, à éliminer les variations acci
dentelles.
Signification de l'émigration Que représente cette migration de
professionnelle. 50.000 hommes quittant tous les ans
l'agriculture ? Rappelons tout d'abord
qu'il ne s'agit pas nécessairement de cultivateurs abandonnant leur
profession; beaucoup plus souvent, le changement se fait d'une
génération à l'autre, le fils suivant une voie différente de celle du
père. Mais la diminution de la population active agricole doit tenir
compte aussi des variations proprement démographiques. Dans cer
taines régions à population vieille, la diminution se fait automati
quement, sans aucun départ. Dans d'autres, au contraire, cette
diminution correspond à une migration plus forte encore. Les docu
ments disponibles ne permettent pas, pour le moment, de mesurer
ce phénomène avec la précision nécessaire.
Quoi qu'il en soit, une diminution de 50.000 hommes, sur un
total, disons de 3.525.000 (moyenne entre 1946 et 1954), représente
une réduction de 1,4 % par an, inférieur à l'accroissement moyen
de productivité directe, puisque la production continue à augment
er. Cette constatation souligne la nécessité de trouver non seul
ement de nouveaux débouchés pour les produits agricoles, mais un
nombre d'emplois plus élevé les fils de cultivateurs quittant
la culture.
Nous avons employé l'expression « productivité directe » et non
« rentabilité », parce que, dans une large mesure, il se produit une
exportation de travail; c'est le cas, notamment, lorsqu'un cultiva
teur mécanise ses installations et réduit son personnel. La rentabil
ité peut, dans certains cas, n'être que très faiblement améliorée.
Le progrès technique dans l'agriculture est « récessif », du moins
dans la France actuelle; il entraîne une réduction de la main-
d'œuvre employée et entraîne par suite une migration profession-
nlle, par refoulement.
Voici maintenant un autre aspect : supposons un moment que,
dans la population agricole, les générations assurent intégralement LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE 419
leur remplacement : les cultivateurs ne constituant que 25 % de la
population, une classe masculine de fils de cultivateurs ne doit pas
comprendre plus de 75.000 jeunes gens. Ce chiffre n'est qu'un ordre
de grandeur, car le calcul exact ferait intervenir la répartition par
âges de la population agricole, mais il conduit à un résultat si peu
vraisemblable qu'il mérite attention.
Il faudrait en conclure en effet que deux jeunes sur trois (ou
du moins que, dans une génération donnée, deux personnes sur
trois) quittent l'agriculture, proportion qui paraît excessive. Nous
avons signalé plus haut la question délicate du recensement des
aides familiaux. Une diminution de la population agricole aussi
forte ne pourrait s'expliquer que par l'allongement de la scolarité,
ou par une cessation plus rapide de l'activité des personnes âgées.
Ces inconnues ne pourront être levées que par le dépouillement
complet de la population active par âge et par des statistiques de
fécondité suivant la profession. C'est entre 20 et 60 ans que les
résultats sont relativement sûrs et, par suite, probants.
Les travaux en cours de l'I.N.S.E.E. permettront bientôt de faire,
pour la première fois, un bilan véritable de l'évolution de la popul
ation agricole en France.
Population non agricole. La surestimation des cultivateurs en 1946
tient, pour une large part, nous l'avons
vu, au fait que des ruraux, habituellement considérés comme com
merçants ou artisans, se sont déclarés cultivateurs. Le fait est
confirmé par le rapprochement des personnes actives dans le com
merce. Les chevauchements à l'intérieur des nomenclatures ne
permettant pas de comparer utilement les diverses professions
intéressées, suivons, dans le temps, l'ensemble « commerce, hôteller
ie, débits de boisson » (numéros 69 à 81 de la nouvelle nomenclat
ure et numéros correspondants de l'ancienne) (3), ce qui donne :
Total Hommes Femmes
2.008.000 1.079.000 929.000 1921
1926 2.146.000 1.208.000 9as.ooo
1931 2.337.000 1.291.000 1.046.000
1.333.000 1.041.000 1936 2.374.000
1946 1.095.000 953.000 2.028.000
1954 2.452.000 1.362.000 1.090.000
Ici aussi apparaît une sérieuse discontinuité : la population
recensée en 1946 est trop faible, pour les raisons déjà signalées.
(3) Voir résultats statistiques du recensement général de la population en 1946,
vol. III, Population active, pp. 54 et 74. 420 LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE
Milliers
2.750
2.500
1921 1926 1931 1936 1946 1954
Fig. 3. Population active dans les professions : commerce, hôtellerie,
débits de boisson.
Mais, cette fois, la population de 1954 ne rejoint pas la ligne de
tendance (comme elle le faisait pour les cultivateurs), même si on
se contente de prolonger la pente 1931-1936, qui avait été ralentie
par la crise économique. Le prolongement conduirait, pour 1954, à
une population active de 2.507.000 personnes, sur la ligne 1931-
1936, et 2.800.000 sur la ligne 1926-1936.
Cette observation va à rencontre de l'opinion communément
admise sur le gonflement pléthorique du commerce depuis la
guerre. Mais le recensement des personnes adonnées au commerce
est particulièrement délicat, en raison de leur dispersion. D'autre
part, les frontières de ce secteur ne sont pas absolument nettes, en
particulier avec l'artisanat. Les critiques si souvent faites contre les
commerçants et le regain d'estime dont bénéficie, au contraire,
l'artisanat ont, sans doute, fait infléchir un peu les déclarations.
On peut donc penser que le recensement de 1954 donne, pour le LES TENDANCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE 421
commerce, des résultats un peu inférieurs à la réalité, ou tout au
moins que le maintien du comportement d'avant-guerre chez les
recensés aurait donné, en 1954, des chiffres supérieurs à ceux qui
ont été trouvés.
En tout état de cause, pour suivre la tendance antérieure, les
chiffres de 1946 devraient être relevés de près de 400.000 personnes.
L'interpolation sur 1936-1954 donne 390.000 dont 255.000 hommes
et 135.000 femmes (4).
Ce nombre est, pour les hommes, inférieur aux 412.000, dont
nous avons diminué la population agricole masculine de 1946. La
différence, soit 157.000, peut correspondre soit à des artisans décla
rés cultivateurs en 1946, soit à des ruraux âgés, qui ont prolongé
effectivement leur activité ou bien se sont déclarés cultivateurs pour
des raisons de ravitaillement. Nous admettrons que les premiers
doivent être d'environ 70.000, à ajouter à la population agricole et
que le chiffre réel de la population agricole masculine a dû atteindre
environ 3.800.000 en 1946. Mais, pour les comparaisons, nous con
servons le chiffre de tendance 3.725.000.
Ces 40.000 artisans ou travailleurs indépendants ont été répartis
ci-dessous, entre les groupes « mines et industries » (30.000) et
« autres activités » (10.000) d'une façon assez arbitraire, mais qui
ne peut entraîner d'erreur relative appréciable sur ces postes.
Pour les femmes, nous transférons bien 135.000 bulletins vers
les professions commerciales, mais ce nombre étant très inférieur
à la surestimation de la population féminine agricole, il en résulte
que la population active féminine totale (professions en 1946) doit
être réduite de façon importante : 875.000.
Nous obtenons ainsi la comparaison suivante :
1946 rectifié 1954 194« brut (chiffres de tendance)
Total H. F. Total H. F. Total H. F.
5.138 3.326 812 5.965 2.240 7.387 1 3 725 4.137 Agriculture 3 .250
Mines et in
6.055 1 862 7.300 1.762 7.260 5.498 dustries 7.917 5 538 .762 1
Commerce
1.362 1 090 2.418 1 350 1.068 2.028 1.095 hôtellerie 2.452 933
Banques, assu-
234 201 387 208 179 387 208 435 179 ranc, financ.
106 740 595 123 617 740 123 Services 701 617
1.092 899 1.919 743 1.909 Autres activit. 1 176 1.166 743 1.991
Activité non
173 82 809 440 369 809 440 connue 255 369
12.348 6.541 19.538 12 560 6.978 20.520 12.667 .853 18.889 7
Un calcul rigoureux prendrait en considération la population active dont l'activité (4) n'a pas été déclarée. Mais aucune donnée ne permet de supposer comment se répar
tissent ces personnes, surtout en 1946.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.