Les villes de Russie entre l'Occident et l'Orient (1750-1850) - article ; n°3 ; vol.46, pg 705-733

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1991 - Volume 46 - Numéro 3 - Pages 705-733
Russian Cities.
An important peculiarity of Russian urbanization from 1740-1870 was the deceleration of its tempo at precisely the moment when urbanization increased in Western Europe (to the mid-eighteenth century Russia lagged behind only England and France in relative numbers of urban population). The main reasons for this deceleration, in the comparative context, are that the industrial revolution began later in Russia and pro ceeded more slowly than in Western Europe, and that the character of Russian indus trialization was more diffused, in particular industrialization took place in equal parts in the city and the countryside. As result, urban industrialization, the main factor in rapid urbanization in Western European countries was weakened by rural industrialization. In 1725, 78% of all industrial enterprises and 86% of the labor force were concentrated in cities, but by 1868 Russian cities controlled only 41% of industry and 39% of labor.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1991
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Monsieur Boris Mironov
Les villes de Russie entre l'Occident et l'Orient (1750-1850)
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 46e année, N. 3, 1991. pp. 705-733.
Abstract
Russian Cities.
An important peculiarity of Russian urbanization from 1740-1870 was the deceleration of its tempo at precisely the moment when
urbanization increased in Western Europe (to the mid-eighteenth century Russia lagged behind only England and France in
relative numbers of urban population). The main reasons for this deceleration, in the comparative context, are that the industrial
revolution began later in Russia and pro ceeded more slowly than in Western Europe, and that the character of Russian indus
trialization was more diffused, in particular industrialization took place in equal parts in the city and the countryside. As result,
urban industrialization, the main factor in rapid urbanization in Western European countries was weakened by rural
industrialization. In 1725, 78% of all industrial enterprises and 86% of the labor force were concentrated in cities, but by 1868
Russian cities controlled only 41% of industry and 39% of labor.
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Mironov Boris. Les villes de Russie entre l'Occident et l'Orient (1750-1850). In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 46e
année, N. 3, 1991. pp. 705-733.
doi : 10.3406/ahess.1991.278972
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1991_num_46_3_278972LES VOIES DE LA MODERNISATION
LES VILLES DE RUSSIE
ENTRE OCCIDENT ET ORIENT
1750-1850
BORIS MIRONOV
La ville préindustrielle russe déjà fait objet de multiples recherches
Adoptant opinion des historiens russes avant la révolution la majorité des
historiens occidentaux estime que les villes russes diffèrent radicalement de
leurs homologues occidentales et les classe comme Max Weber dans le type
oriental1 inverse leurs collègues soviétiques affirment aucune étape
de leur développement les villes russes ne se sont fondamentalement distin
guées des villes de Europe de Ouest elles ont suivi la même évolution et
abouti aux mêmes résultats2 Notons que les historiens occidentaux et russes
Ancien Régime mettaient accent sur le statut juridique des citadins sur les
associations urbaines administration des villes et les rapports entre la cité et
tat En revanche les historiens soviétiques jugent ces aspects secondaires et
intéressent surtout économie urbaine et la structure sociale des villes
Certains Occidentaux ont pris conscience du caractère quelque peu unilatéral de
la problématique traditionnelle de leurs collègues et ont estimé que la ville russe
préindustrielle était dotée de certains traits qui tout au moins sur le plan écono
mique la rapprochaient de la cité occidentale3 Mais les chercheurs soviétiques
ont continué camper sur leurs positions sans réagir ces nouvelles approches
Nous nous proposons de montrer ici sur la base une analyse ensemble
que premièrement la ville préindustrielle russe soulignons il agira préci
sément des villes russes et non baltes polonaises ukrainiennes etc. différait
fondamentalement du type occidental comme du type oriental de sorte elle
offrait un type eurasien particulier et que deuxièmement au xvnie et dans la
première moitié du xixe siècle urbanisation de la Russie induite par euro-
péanisation et la modernisation du pays suivit les mêmes directions en Occi
dent et que la ville russe évolué vers le type occidental
705
Annales ESC mai-juin 1991 no pp 705-733 VOIES DE LA MODERNISATION LES
Mesures du développement urbain
Selon les critères adoptés en Russie on qualifiait de villes les localités offi
ciellement reconnues comme telles par le gouvernement elles confé
raient le statut de ville une agglomération les autorités se fondaient sur son
importance économique le nombre de ses habitants et les possibilités elle
offrait sur les plans administratif et militaire Comme le notait Nikolaj
Mil utin haut fonctionnaire et statisticien du milieu du xixe siècle La plupart
de nos villes ont été créées pour des besoins purement administratifs Il faut
considérer les localités urbaines comme des sociétés privilégiées de type parti
culier qui il est vrai présentent des signes de vie industrielle mais qui diffèrent
surtout des autres par une ordonnance sociale spécifique les droits civils de leur
population autochtone et pour une part leur importance administrative dans
la région Si on envisage uniquement les villes officielles qui seules seront
prises en compte dans cet article leur nombre augmenté au cours de la
période considérée autre part certaines agglomérations ont été privées de
leur statut de villes tandis que autres inverse plus nombreuses acqué
raient ce statut En 1727 la Russie Europe dans ses frontières de 1721 sans
la Finlande) comptait 342 villes 389 en 1745 503 en 1785 et 524 en 1863 En
1863 la Russie dans son ensemble mais sans la Pologne la Finlande et le Cau
case comptait 678 villes 728 si on ajoute les bourgs posady)5
Au milieu du xixe siècle il avait donc plus de 700 villes et bourgs en
Russie tait-ce beaucoup ou peu Comment évaluer la densité du réseau
urbain russe Au regard de étendue du territoire ce réseau était très lâche
comparé aux autres pays européens Dans les années 1850 la distance moyenne
entre deux villes en Russie Europe était de 86 km elle était de 93 km au Cau
case et de 507 km en Sibérie Les villes les plus rapprochées se trouvaient dans la
province de Courlande 50 km et les plus dispersées étaient situées la
région de Yakoutie 887 km ou dans la province Arkhangelsk 307 km si
on considère seulement la Russie Europe6 Ces distances sont bien plus éle
vées que celles qui séparent en moyenne les villes des autres tats européens la
même époque 27 km en Autriche 17 km en Prusse en Pologne et en Angle
terre 14 km en France7 Notons que le réseau urbain russe était considérable
ment agrandi et que la Russie avait annexé des territoires plus urbanisés elle
cela signifie au début du xvine siècle les distances étaient encore plus
grandes Dans les pays Europe occidentale et centrale le réseau urbain avait
peu varié depuis la fin du Moyen Age dès le xve siècle le continent européen
exception faite de sa partie orientale était couvert un réseau dense agglo
mérations commerciales et industrielles qui étaient séparées par des distances de
20 30 km près de 10 km en Italie et en Angleterre proprement dite)8 Cela
signifie que tout village était situé en moyenne 10-15 km une ville est-à-
dire une journée de marche ce qui permettait un paysan de faire aller-et-
retour ou un bourgeois de gagner la ville la plus proche Cette distance
moyenne de 20 30 km avéra optimale pendant longtemps et est pourquoi
le nombre de villes augmenta peu en Europe Au lieu en Russie même au
milieu du xixe siècle si on tient compte du mauvais état des routes le voyage
une ville autre nécessitait au moins plusieurs jours Les communications
706 MIRONOV LES VILLES DE RUSSIE 1750-1850
en souffraient beaucoup comme les contemporains en avaient parfaitement
conscience
Eu égard la rareté des agglomérations il est pas difficile expliquer ce
fait si déplorable de économie russe le mauvais état des voies et surtout des
routes secondaires la cherté des communications et partant la faiblesse de
agriculture et des industries en général Les longues distances rendent plus dif
ficile entretien des voies même là où elles sont aménagées et contraignent le
paysan renoncer vendre ses produits meilleur prix sur les marchés qui sont
trop éloignés Ainsi la première condition un progrès industriel et écono
mique la promptitude des communications et des échanges se heurte-t-elle
radicalement en Russie la dispersion de sa population9
En 1782 1811 1825 et 1856 les agglomérations urbaines sur la population
desquelles nous disposons de renseignements peuvent être classées en trois
groupes tableau Selon les normes admises dans la seconde moitié du xvn
siècle et la première moitié du xixe les grandes villes comptaient plus de 25 000
habitants les villes moyennes de 25 000 et les petites moins de 00010 Si
on adopte cette classification nous obtenons la répartition suivante
1782 1811 1825 1856
Grandes villes 07 13 13 20 28 40
Villes moyennes 147 271 120 193 158 244 298 42.5
Petites villes 391 722 492 794 476 736 375 535
Total 542 100 620 100 647 100 701 100
De 1782 1856 le nombre des villes grandes et moyennes augmenté en
valeurs relative et absolue tandis que celui des petites villes diminué les
changements essentiels dans la taille des villes se sont produits au cours du pre
mier quart du xixe siècle Toutefois les petites villes ont continué dominer
numériquement pendant toute la période et est pourquoi elles passaient aux
yeux des contemporains pour des villes typiquement russes La population
urbaine était mieux répartie entre les trois groupes de villes en pourcentage
7752 7577 1825 1856
Grandes villes 189 273 284 347
Villes moyennes 449 374 425 492
Petites villes 362 356 291 161
Total 100 100 100 100
la fin du xvnie et au début du xixe siècle les villes petites et moyennes
abritaient un peu plus du tiers de la population urbaine totale Peu peu celle-ci
se concentra dans les villes moyennes et grandes En 1856 près de la moitié de
la population urbaine habitait les villes moyennes et plus un tiers dans les
grandes villes les petites villes en abritant une proportion de 16
707 LES VOIES DE LA MODERNISATION
Dans la période 1782-1856 la population urbaine accrut de 10 environ
par suite de la création de nouvelles villes et de 90 du fait de la croissance des
villes anciennes ce qui fut donc le facteur déterminant de urbanisation de la
Russie Les petites villes devenaient moyennes les moyennes devenaient
grandes
La taille des villes revêt une grande importance si on veut comprendre les
particularités de la vie urbaine Le nombre habitants la densité de la popula
tion déterminent écart entre les modes de vie urbain et rural en autres
termes le niveau de développement embourgeoisement de telle ou telle
ville Plus celle-ci est importante plus sa population est dense plus ses activités
sont diversifiées surtout dans le commerce et industrie et plus les traits
urbains bourgeois apparaissent nettement dans le mode de vie des habitants
affaiblissement des liens de parenté et de voisinage le rétrécissement du rôle
social de la famille amenuisement des traditions dans la vie sociale et privée et
du contrôle social de individu la nature superficielle anonyme et fortuite des
relations interpersonnelles enfin la prédominance des rapports aux choses par
rapport aux rapports personnels qui passent par la médiation des objets des
marchandises et du travail inverse plus la ville est petite et dispersée plus
les activités de sa population sont uniformes et plus les rapports sociaux de ses
habitants gardent un caractère personnel que ce soit sur le plan de la dépen
dance de exploitation ou des échanges11
Tableau Répartition des villes russes selon le nombre habitants en 1782-1783
1811 1825 1856 en pourcentage sur le territoire de la Russie sans la Pologne et la
Finlande
1782-1783 1811 1825 1856
Taille des villes
Villes Population Villes Population Villes Population Villes Population en milliers hab.
Moins de 129 17 195 24 159 20 60 04
1-19 207 67 226 72 213 59 136 23
2-49 386 278 373 258 363 212 340 134
5-99 205 302 147 219 179 225 278 236
10-199 61 161 37 106 56 137 124 196
20-299 07 37 11 59 14 65 30 84
30-399 03 25 09 64 14 61
40-499 03 23 04 23
05 57 04 27 50-599
60-699 04 33
70-799 02 28 02 12
80-999
Plus de 100 04 111 03 182 03 195 04 167
Total 100 100 100 100 100 100 100 100
Calculé après les sources suivantes Archives historiques centrales URSS fonds 796 chan
cellerie du Saint-Synode) inventaire 64 dossier 580 STORCH 1795 pp 118-122 pour 1782-
83) GERMAN 1819 pp 230-268 pour 1811) STER 1829 1-95 pour 1825) Statistièeskie
tablicy 1858 pp 222-239
708 MIRONOV LES VILLES DE RUSSIE 1750-1850
Les sociologues estiment partir du seuil de 20 30 000 habitants les
villes offrent la possibilité de changements radicaux dans les relations interper
sonnelles qui ne sont plus primaires mais médiatisées de sorte on passe de la
communauté la société12 est pourquoi tous les classements des villes font
apparaître ce chiffre Mais il faut souligner que les changements décrits sont
caractéristiques un capitalisme développé du moins en ce qui concerne la
Russie Dans la période précapitaliste qui est celle que nous étudions la diffé
rence entre les villes petites et grandes ne jouait pas un rôle essentiel dans les
relations interpersonnelles sans doute parce que les villes tant soit peu impor
tantes étaient subdivisées en unités autonomes et auto-administrées Par
exemple au Moyen Age les villes russes étaient divisées en quartiers koncy)
centuries sotni et rues au xvie et au xvne siècle les unités qui composaient le
bourg posaï étaient les slobody faubourgs* ou les centuries Au xvine siècle
la structure de la sloboda était caractéristique des villes anciennes comme des
villes nouvelles par exemple Saint-Pétersbourg Sans doute permettait-elle de
préserver les relations de type patriarcal entre les citadins des grandes villes Au
cours de la première moitié du xixe siècle ce partage en slobody laissa la place
une division mécanique administrative et policière en arrondissements qui signi
fiait abolition du cloisonnement interne et en fait augmentation de la popu
lation urbaine Les causes directes de ce décloisonnement sont sans doute la
croissance démographique de certaines slobody et la mobilité sociale de la popu
lation Parmi les causes plus profondes on peut citer le développement des rela
tions marchandes qui dépersonnalisaient et réifiaient les rapports personnels
Pour revenir la répartition des villes selon le nombre de leurs habitants on
peut supputer que même au milieu du xixe siècle 94 des villes en Russie
étaient pas assez peuplées pour sortir des relations patriarcales et entrer dans
le mode de vie bourgeois Cependant plus un tiers de la population urbaine
totale habitait des grandes villes et pouvait déjà goûter les joies de urbanité
bourgeoise
Il existait un lien proportionnel entre importance administrative des villes
et le nombre de leurs habitants Par exemple les capitales étaient plus grandes
que les chefs-lieux de provinces les chefs-lieux des districts plus petits
que ces derniers mais plus grands que les autres villes qui leur tour étaient
plus grandes que les bourgs Comme le montre le tableau cette interdépen
dance entre le statut administratif de la ville et sa taille devint plus étroite avec le
temps mais elle était pas encore totale au milieu du xixe siècle
En même temps que le nombre total des villes leur taille moyenne croissait
lentement passant de 100 habitants dans les années 1740 100 dans les
années 1850 Le volume global de la population urbaine passa dans le même
temps de millions millions habitants est-à-dire du simple au double
Et pourtant la part de la population urbaine dans la population totale décrut
passant de 11 71 tableau 3)
II agit soit enclaves dans la cité soit de faubourgs soit enfin de petits bourgs situés une
plus grande distance de la ville qui étaient généralement créés par la couronne pour regrouper des
artisans ou des mercenaires dont elle avait besoin et qui étaient exonérés de impôt la différence
du posad Cette structure unités la fois territoriales et professionnelles demeura longtemps
même après leur désenclavement juridique NdT)
709 VOIES DE LA MODERNISATION LES
Tableau Taille des villes selon leur statut
Statut administratif des villes Répartition des villes selon leur taille en
Grandes Moyennes Petites Total
1782 1856 1782 1856 1782 1856 1782 1856
Capitales 100 100 100 100
Chefs-lieux de provinces 34 78 58 20 100 100 de districts 04 22 46 78 53 100 100
Autres villes 17 33 79 65 100 100
Bourgs 21 100 79 100 100
La décroissance en valeur relative de la population urbaine venait avant tout
de augmentation plus rapide de la population rurale La première raison tient
la surmortalité urbaine Sur la base des données fournies par les diocèses au
Synode concernant les baptêmes sépultures et confessions nous avons pu éta
blir le tableau suivant sur évolution démographique de la population ortho
doxe urbaine et rurale de la Russie Europe qui élevait environ 85 de
la population totale du pays tableau 4)
Tableau volution de la population urbaine totale en Russie de 1742 1860
1742- 1796- 1801- 1811- 1821- 1831- 1841- 1851-
1747 1800 1810 1820 1830 1840 1850 1860
Population de la Russie
en millions habitants 182 374 406 439 482 529 554 586 urbaine
en milliers 002 329 289 336 615 915 989 161
de la population urbaine
dans la totale 11 89 81 76 75 7.4 7.2 7.1
Calculé après les données fournies par les glises et conservées aux Archives historiques cen
trales URSS au fonds du Saint-Synode 796) non compris les territoires de la Pologne de la
Finlande et du Caucase Ces données proviennent des statistiques des confessions par villes et dis
tricts ruraux fournies tous les ans par le clergé et destinées connaître la taille et la structure sociale
des populations urbaine et rurale ainsi que des chiffres des naissances et décès également établis
tous les ans par le clergé Les statistiques démographiques du xvine et du xixe siècle étaient dressées
selon des méthodes qui ont pas changé et qui gardaient les villes dans des frontières immuables
incluant la population des faubourgs Pour un examen critique de ces sources et de la statistique
ecclésiastique voir MIRONOV nye domosti istoènik èislennosti
socia noj struktu naselenija Rossii XVIII-pervoj poloviny XIX dans nye isto-
rièeskie discipliny XX Leningrad 1989
710 LES VILLES DE RUSSIE 1750-1850 MIRONOV
Tableau Mouvement naturel dans les villes et les campagnes de 1742 1869
Périodes Natalité Mortalité Accroissement naturel
Villes Campagnes Villes Campagnes Villes Campagnes
1742-1748 657 516 616 393 35 12.3
537 469 412 299 25 170 1779-1783
552 485 45 110 1807-1815 507 375
1821-1829 554 501 435 337 119 164
1830-1835 545 477 465 343 80 134
1841-1850 527 50.4 497 385 30 119
525 514 1851-1859 526 386 -01 128
1860-1869 543 522 513 384 31 138
Sources voir tableau
Ces chiffres il ne faut considérer titre indicatif montrent il
pratiquement toujours eu un accroissement naturel de la population urbaine
compris dans les capitales Il eu décroissance que dans les périodes de
guerres et épidémies par exemple en 1812-1813 1831-1832 1848 1854 Mais
du fait une mortalité élevée la natalité urbaine quant elle dépassait fré
quemment la natalité rurale accroissement naturel des villes était de 23 fois
inférieur celui des campagnes Par conséquent pour que la part des villes dans
la population totale du pays restât constante il aurait fallu un apport migra
toire qui excédât de 23 fois naturel de la population urbaine
Or emigration rurale était dans ensemble faible telle était la seconde
raison de cette décroissance relative Le solde migratoire des villes peut être
approximativement calculé en soustrayant les chiffres de accroissement
naturel de la croissance totale de la population urbaine Traduite en taux
annuels la part respective de ces deux facteurs de croissance figure au tableau
Pendant toute la période considérée la migration paysanne vers les villes
était manifestement insuffisante pour compenser écart entre accroissement
naturel de la population rurale et celui de la population urbaine année 1832
fut une sorte de date frontière alors le facteur principal de la croissance
urbaine avait été accroissement naturel tandis après cette date sa place est
prise par émigration rurale qui ressemble une série de pulsations dépendant
de toute une série de conditions socio-économiques et politiques
La surmortalité urbaine explique par des facteurs assez évidents la den
sité de la population propice la propagation des maladies infectieuses des
conditions de vie plus mauvaises la campagne du point de vue de la santé et
de hygiène existence un grand nombre de professions nuisibles la
la présence dans les villes un plus grand nombre de militaires surtout
retraités de mendiants de sous-prolétaires parmi lesquels la mortalité était
plus élevée des conditions de travail plus dures le paupérisme la criminalité
alcoolisme la prostitution
711 LES VOIES DE LA MODERNISATION
Tableau Parts respectives des mouvements naturel et migratoire dans la croissance
de la population urbaine 1742-1869
Taux moyens annuels en
Périodes de la population Accroissement Accroissement Solde
total naturel urbaine migratoire
1742-1783 115-96 +084 +080 +004
1784-1810 +055 +046 96-78 +009
1811-1816 78-76 -069 +049 -118
1817-1823 76-73 +090 +117 -027
73-76 +330 +109 +121 1824-1826
1827-1831 +142 76-71 -071 -213
1832-1859 71-71 +0.91 +023 +068
1860-1863 71-68 -028 +063 -091
68-70 +122 +009 1864-1869 +113
Sources voir tableau
La faiblesse du flux migratoire des causes multiples Au cours de la pre
mière moitié du xvnie siècle et aux années 1810 une bonne conjoncture
agraire était formée du fait de la révolution des prix qui rendait agriculture
plus rentable que les activités industrielles et commerciales pour la masse de la
population La croissance des prix était plus rapide pour les denrées agricoles
que pour les produits industriels et les salaires retardaient sur les prix ce qui
retentit défavorablement sur le niveau de vie des citadins occupés dans indus
trie et artisanat Tout ceci ralentit considérablement exode rural et on
observa même ici et là un reflux des habitants des villes vers les campagnes13
Au cours des années 1820 la dépression agraire qui se prolongea aux
années 1840 entraîna un renversement de tendance dans les flux migratoires La
chute des prix du blé poussa les paysans vers les villes et moins les citadins en
sens inverse
exode rural était également freiné par la colonisation intensive des régions
méridionales et orientales qui prit énormes proportions la fin du xvnie
siècle lorsque la Russie obtint accès de la mer Noire et elle fixa ses fron
tières sur le littoral de la mer Caspienne En 77 ans de 1782 1858 36 millions
de personnes essentiellement des paysans migrèrent en Nouvelle Russie au
Caucase du Nord dans les steppes de la Volga inférieure de Oural du Sud et
en partie en Sibérie surtout pour cultiver ces terres fertiles car bien peu instal
laient dans les villes Le flux des colons ne fit augmenter au milieu du
xixe siècle en 1782-1795 il atteignit près de 23 000 personnes par an en 1836-
1858 55 00014 privant ainsi les régions centrales de leurs citadins potentiels et
sapant les processus urbanisation Notons que ce lien inversement propor
tionnel entre la colonisation et urbanisation été observé dans autres pays
712 MIRONOV LES VILLES DE RUSSIE 1750-1850
Aux tats-Unis par exemple au xvnie siècle la mise en valeur agricole du pays
explique que la part de la population urbaine passe de 9-10 en 1709 4-5
en 179015
La migration paysanne était freinée par le servage et aussi par le fait que
dans ensemble le phénomène des paysans sans terre resta limité la
réforme de 186116 Certes les paysans voyaient diminuer leurs parcelles mais
était insuffisant pour provoquer leur emigration massive La liberté exercer
une industrie leur permettait de compenser le manque de terres par des activités
non-agricoles notamment le travail saisonnier17 dont importance ne faisait
que croître Dans les années 1860 il touchait au moins des paysans soit 13
millions de personnes)18 Si même un saisonnier sur dix était devenu un habitant
permanent des villes la part de la population urbaine dans la population totale
se serait immédiatement accrue de
on évoque les facteurs qui ont freiné émigration paysanne il ne
faut pas non plus oublier certaines mesures qui étaient destinées lutter contre
amenuisement des parcelles transferts de paysans défrichage etc. et qui
étaient prises selon les cas soit par tat soit par les nobles Dans les pro
vinces de la partie russe de empire ce blocage était dû également la commu
nauté rurale le mir qui par un système de partages périodiques garantissait
chaque nouveau laboureur une parcelle égale celle des anciens cultivateurs
absence de toute tradition de majorât ou de minorât dans les campagnes
russes jouait également un rôle de frein19
autre bout de la chaîne la ville non plus ne pouvait offrir du travail un
grand nombre de migrants ruraux parce que les entreprises industrielles et
commerciales ne se concentraient pas essentiellement dans les villes et que celles
qui étaient urbaines étaient peu nombreuses et exigeaient peu de main-d uvre
Même industrie de transformation se localisait surtout en zone rurale partir
du deuxième quart du xixe siècle comme en témoigne le tableau
Tableau Localisation de la grande industrie en Russie de 1725 1868
1775-1778 1868 Périodes 7725 1813-1814
Nombre entreprises
urbaines 42 78 263 60 1145 57 445 41
rurales 12 22 174 40 586 43 404 59
Nombre ouvriers
urbains 12 400 86 31 700 57 92000 54 160 100 39
ruraux 2000 14 23 900 43 78 400 46 249 400 61
Sources STRUMILIN 1966 pp 330-333 INDOVA 1975 pp 248-345 domosti
manufakturah 1816 pp 1-466 Statisticeskij vremennik 1872 pp L-LXXIIL Conformément aux
normes usitées dans historiographie soviétique nous appellerons grandes entreprises celles
qui employaient au moins 16 ouvriers
713

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