Liaisons entre variables biométriques et variables socio-économiques - article ; n°1 ; vol.51, pg 267-289

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 51 - Numéro 1 - Pages 267-289
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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Maurice Reuchlin
IX. Liaisons entre variables biométriques et variables socio-
économiques
In: L'année psychologique. 1949 vol. 51. pp. 267-289.
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Reuchlin Maurice. IX. Liaisons entre variables biométriques et variables socio-économiques. In: L'année psychologique. 1949
vol. 51. pp. 267-289.
doi : 10.3406/psy.1949.8510
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_num_51_1_8510IX
LIAISONS ENTRE VARIABLES BIOMÉTRIQUES
ET VARIABLES SOCIO-ÉCONOMIQUES
par M. Reuchlin
Une revue a été faite en 1938 (34) sous le titre : Niveau socio-
économique et intelligence de 63 travaux publiés de 1911 à 1937.
La plupart des travaux analysés ici sont postérieurs et consacrés,
de façon générale, à la comparaison de plusieurs groupes d'indi
vidus, dont l'ensemble est homogène quant au sexe et à l'âge, sous
l'angle d'une ou plusieurs variables biométriques (mesures anthro
pométriques, tests physiologiques ou psychologiques). Les groupes
sont constitués sur la base de variables « socio-économiques ». Ce
terme est assez vague et nous commencerons par préciser ce que
les auteurs entendent par là.
I. — Les variables socio-économiques.
La profession des sujets ou, s'il s'agit d'enfants, de leur père,
•est utilisée pour constituer des groupes distincts 8 fois sur 28 (3,
4, 5, 18, 19, 33, 35, 48). Le nombre de groupes constitués sur cette
base va de deux (manuels et non manuels, 33) à douze (48). Ce
regroupement en un petit nombre de catégories du très grand nombre
de professions que l'on rencontre dans la pratique est malaisé. Il
■est toujours conventionnel, et les conventions adoptées sont bien
difficiles à définir clairement : des catégories professionnelles ayant
été définies, il se trouve toujours un certain nombre de professions
que des estimateurs différents rangent dans des catégories diffé
rentes, même si tous ces estimateurs connaissent les définitions
adoptées. Un seul auteur, parmi ceux que nous citons, Vernon (48),
s'est préoccupé de l'importance des erreurs ainsi commises.
Rétablissement fréquenté par les sujets est utilisé 7 fois. Il s'agit
ou bien d'établissements scolaires de même type (7, 27, 39, 40, 41)
ou de types différents (36), ou bien d'établissements hospitaliers 268 REVUES CRITIQUES
de même type (17). Dans le cas d'établissements de même type,
cette variable est très voisine de la variable suivante.
La résidence des sujets ou de leurs parents est utilisée 6 fois
sur 28 (2, 19, 21, 33, 38, 48). Certains auteurs ne font que deux
groupes pour la résidence, urbains ou ruraux, sans préciser la défi
nition de ces deux termes dans beaucoup de cas. D'autres définissent
explicitement leurs groupes d'après le nombre d'habitants dans la
localité habitée par le sujet (19). D'autres, enfin, définissent leurs
groupes par la région géographique où se situe cette localité (48).
Les conditions de vie sont utilisées 3 fois. Elles sont en général
définies par une description plus ou moins standardisée de l'ha
bitat (4, 6, 26) à laquelle viennent parfois s'ajouter des éléments
comme l'alimentation et le revenu (26).
La culture des sujets ou de leurs parents est utilisée 2 fois, et
définie par le degré des établissements fréquentés (2, 4).
Enfin, les aspirations scolaires des sujets, désireux ou non d'en
treprendre des études supérieures, sont utilisées 1 fois (1) et la
participation du père à la vie de la communauté, 1 fois également (4).
Un fait évident, mais qui est si important qu'il convient de s'y
arrêter, est celui des liaisons multiples qui existent entre ces diff
érentes variables. Le simple bon sens permet d'attendre de telles
liaisons, que certains auteurs signalent explicitement : Anastasi (1)
constate le fait de se préparer à des études supérieures est hé
à la profession du père (et aussi au nombre de frères et sœurs et à la
nationalité d'origine des parents). Ansbacher et Mather (2) trouvent
une culture plus élevée chez les urbains que chez les ruraux.
Pour Brown (7), la fréquentation de tel établissement d'enseign
ement supérieur et non de tel autre traduit le niveau économique
et culturel de la famille, la résidence, la culture des parents, leur
attitude religieuse et leurs aspirations en ce qui concerne leurs
enfants. Les malades de Harper (17) qui fréquentent des hôpitaux
psychiatriques différents sont de culture et d'intelligence différentes.
Burt (8) signale ailleurs une liaison entre la culture et le revenu.
« Sur les données dont nous disposons, écrit-il, un calcul simple
montre que 40 % de ceux dont les aptitudes innées sont de niveau
universitaire ne parviennent pas jusqu'à l'Université; et probable
ment un nombre égal de sujets provenant des classes payantes (fee
paying classes) reçoivent une éducation universitaire à laquelle
leurs aptitudes innées seules ne leur donnait guère de titre. »
Le même fait est constaté aux États-Unis, par Warner (49) :
« On estime qu'environ 80 % des enfants des classes supérieures
et moyennes supérieures atteignent l'Université, tandis que 20%
seulement des enfants des classes moyennes inférieures et 5 % des
classes inférieures y accèdent. » D'une façon assez inattendue,
Warner explique ce fait par les punitions et les vexations qui seraient
infligées à l'enfant de classe inférieure par ses maîtres et ses cama- REUCHLIN. LIAISONS ENTRE VARIABLES BIOMETRIQUES 269 M.
rades. A cause de cette atmosphère, « le sens de sa propre valeur
diminuera, il réussira mal et souhaitera terminer au plus vite sa
vie scolaire »!
La culture est également liée à la résidence, peut-être par l'i
ntermédiaire du revenu. Pour chacun des 48 États-Unis, Harper (17)
calcule le pourcentage des personnes de 25 ans ou plus qui ont fait
quatre ans ou plus d'enseignement secondaire, quatre ans d'ense
ignement supérieur, etc. Ces différents calculs permettent de classer
les 48 États quant à leur « niveau culturel ». Des différences allant
du simple au triple existent entre les premiers et les derniers. Il
remarque alors que les États au niveau culturel le plus bas ont un
revenu par habitant qui n'est que le tiers ou le quart de celui des
États les plus riches. De même, Jenkins et Randall (23) constatent
que les écoles élémentaires et secondaires du Nord et du Sud des
États-Unis diffèrent significativement sur la base de critères object
ifs tels que la dépense par élève, le salaire des professeurs, etc.
A ces différences correspond évidemment une infériorité significative
des étudiants venus d'écoles du Sud par rapport à ceux qui viennent
d'écoles du Nord.
Il est probable que ces différences sont moins marquées dans un
pays comme le nôtre où l'organisation universitaire est beaucoup
plus centralisée. Mais elles existent cependant. Un Centre d'apprent
issage qui a des classes surchargées et un matériel insuffisant forme
des élèves inférieurs à ceux d'autres Centres sur la base d'épreuves
d'atelier objectives. (Travail non publié du Service de Recherches
de l'I. N. O'. P.)
Ces liaisons inextricables posent des problèmes méthodologiques,
que nous aborderons plus loin. Elles peuvent nous mettre dès main
tenant en garde contre une position trop statique et trop fragment
aire du problème. En fait, on se trouve socialement devant des
groupes d'individus différant à la fois par plusieurs caractères socio-
économiques. Il est commode, pour différencier ces groupes, de se
servir de l'un de ces caractères. Mais ce caractère n'est qu'un signe
parmi d'autres, et il ne se présente jamais seul. On peut se demander
s'il n'y a pas une erreur foncière à rechercher quel peut être l'effet
d'une variable quelconque, métier du père ou revenu par exemple,
en s'efforçant de maintenir constantes les autres variables. Si une
telle dissociation ne se réalise jamais à l'échelle du groupe (tout
en se réalisant parfois pour des individus), le psychosociologue est
aussi fondé à se poser de tels problèmes que le physiologiste le
serait à se demander quel pourrait être le fonctionnement d'un être
vivant organisé d'une façon différente de tous ceux que nous connais
sons. Ce sont sans doute des considérations de ce genre qui ont
amené l'équipe de l'I. N. E. D. à définir leurs groupes, dans un cas,
sur la base de deux variables couplées : la profession et le nombre
des enfants, ces étant d'ailleurs liées à la résidence (19) REVUES CRITIQUES 270
II. — Les variables biométriques et les populations.
Des mesures biométriques très diverses ont été faites sur les
groupes distingués sous l'angle socio-économique. Ces groupes sont
extraits de populations très différentes. Malgré cette diversité, les
résultats des travaux analysés s'accordent à mettre en lumière une
liaison entre les variables biométriques, quelles qu'elles soient, et les
variables socio-économiques.
L'étude la plus large et la mieux conduite est de loin celle de
Laugier, Weinberg et Cassin (26), dont les données ont été analy
sées de façon plus complète par Delaporte et Weinberg (12). Elle
a porté sur 650 garçons de 9 à 11 ans fréquentant les écoles pr
imaires du 13e arrondissement de Paris. Ces enfants sont divisés en
5 groupes d'après un indice de niveau de vie obtenu en considérant
l'alimentation, le revenu de la famille et l'habitation. Les résultats
moyens des 5 groupes sont confrontés dans un grand nombre de
variables biologiques : poids, taille, pression artérielle, fréquence
cardiaque, température rectale, dynamométrie, tapping, acuités
sensorielles, tests d'attention, de mémoire, d'intelligence, de connais
sances scolaires, etc. De façon générale, les fonctions circulatoires
et respiratoires sont peu affectées par les différences de niveau de
vie. Le rapport de corrélation êta prend pour elles les valeurs .09
et .10. Le développement du squelette et la croissance pondérale
(êta = .23), ainsi que les fonctions neuro-musculaires (êta = .19)
le sont davantage. Enfin, pour les fonctions mentales les plus comp
lexes, êta prend des valeurs pouvant atteindre jusqu'à .44 (eff
icience scolaire).
Les autres études n'ont pas l'extension de celle que nous venons
de citer. Chacune ne s'intéresse qu'à une variable ou à un petit
nombre de variables.
Ichok (21) compare la taille des conscrits dans les régions urbaines
et rurales et rapporte les résultats concordants d'une série de tr
avaux publiés entre 1823 et 1936. Les conscrits originaires des régions
les plus pauvres ont des tailles significativement plus petites. L'un
des auteurs cités constate même que les enfants nés dans des périodes
économiquement difficiles fournissent des classes de conscrits à
taille inférieure. Milhaud (32) constate de même, sur 1.560 jeunes
gens de 20 ans mesurés à Paris au cours de leur formation prémil
itaire, que les conscrits manuels ont une taille significativement
plus petite que les non manuels (la différence des moyennes
vaut 8 fois son erreur type). Pour le poids, la des 5 fois son type. Il attribue ces différences à la différence
des genres de vie. Milhaud et Fautrel (33) comparent la taille et
le poids, ainsi que les corrélations entre ces deux variables, dans
trois groupes de conscrits : citadins non manuels (N = 43), citadins REUCHLIN. LIAISONS ENTRE VARIABLES BIOMÉTRIQUES 271 M.
manuels (N = 248), ruraux (N = 413). Les données qu'ils publient
permettent d'analyser la variance de leurs mesures de taille et de
poids. Nous avons effectué ces calculs. Le tableau ci-dessous donne
les moyennes calculées sur les trois groupes, et la valeur de F (la
table de Snedecor donne pour ce nombre de sujets et de groupes :
F .05 = 3,01; F .01 = 4,64).
TABLEAU 1
Citadins Citadins Ruraux F non manuels manuels
Taille .... 170,3 167,9 166,3 11,29
Poids . . . . 60,116 59,520 59,450 2,12
On voit que la taille seulement diffère significativement dans
les trois groupes. Pour le poids, le seuil de signification n'est pas
atteint, les moyennes suggérant une ressemblance entre citadins
manuels et ruraux, par opposition aux citadins non manuels.
Dans le domaine physiologique, citons, outre les travaux de Lau-
gier, Weinberg et Cassm (26), cet extrait des conclusions d'une
enquête de Darroquy, Diaz, Saint-Saens et Soula (11), enquête
dont les résultats techniques ne sont pas donnés. « Nous sommes
arrivés à constater que les conditions de vie ont sur le profil des acti
vités végétatives une influence plus marquée que le niveau social
lui-même. On s'aperçoit en effet que des conditions de vie spéciales,
professionnelles, par l'adaptation qu'elles réclament, entraînent
les différences les plus sensibles. »
Une expérience simple d' estimation de longueur a permis à Ans-
bacher et Mather (2) de mettre en lumière des différences associées
aux variables socio-économiques. Il s'agissait d'estimer la hauteur
d'une planche de 8 pouces de large et de 7 pieds de haut, placée
à 1.000 pieds. 52 sujets sont examinés, différents par le sexe, l'âge,
la culture et la résidence, et une analyse de variance complexe (car
les données ne sont pas orthogonalisées) permet de constater que
les différences attribuables à la culture ou à la résidence n'ont
qu'une chance sur dix environ d'apparaître entre des échantillons
extraits d'un même ensemble. Les sujets peu cultivés ou de domic
ile rural commettent plus d'erreurs que les autres.
Dans le domaine des tests « d' intelligence » et « d'aptitude », les
études sont plus nombreuses.
Bingham (3) étudie les résultats du test A. G. C. T. (Test mili
taire de classification générale) passé par dix millions de soldats
américains : le test comprend des questions verbales, arithmétiques
et spatiales. En regroupant les résultats d'après la profession des 272 REVUES CRITIQUES
sujets, il constate une hiérarchie des résultats moyens, avec de
larges recouvrements.
Blake (4) utilise un groupe de 74 étudiants, 40 garçons d'âge
moyen 25 ans, et 34 filles d'âge moyen 23 ans. Il recherche quel
était le niveau socio-économique de leurs familles quand ils avaient
12 ans, et exprime ce niveau par un nombre calculé à partir de
la culture des parents, de la profession du père, du domicile, etc.
Cette détermination paraît assez difficile et l'on ne peut s'empê
cher d'avoir quelques craintes sur la précision des résultats. Quoi
qu'il en soit, il calcule les corrélations entre ce niveau et les résultats
de tests passés par les étudiants : un test d'analogies, l'American
Council Examination (A. C. E.), utilisé dans d'autres études, et
qui comprend une partie verbale et une partie quantitative, le
Culture Free Test de Cattell portant sur des dessins tels que le test
ne soit pas — en principe — influencé par les facteurs culturels.
Les corrélations obtenues vont de .37 à .55 chez les garçons; de
.26 à .49 chez les filles. Il semblerait donc, et d'une façon assez
TABLEAU 2
Tests
Age Groupes N
I III IV VIII IX V 1-2
Lycéennes Fénelon, 6e . . 12,5 113 X X X 2e B. . 12,6 Écolières Villejuif, 18
Lycéennes Fénelon, 5e. . . 13.6 108 X X X
Écolières Villejuif, 2e A. . 13,4 24
Lycéennes Fénelon, 4e . . 14,7 92
X Écolières Villejuif Préap X X X
prentissage ...... 14,7 20
Apprentis usines Paris . . 16,5 76
École apprentissage Beau- X X X
lieu, 3e ........ 16,11 25
Candidats administratifs
Province, instruction su
périeure 20,9 47 X
Province, pr
imaire 20,8 29
Candidats chefs équipe A . 36,3 75 X
Régleurs 37,1 104 REUCHLIN. LIAISONS ENTRE VARIABLES BIOMETRIQUES 273 M.
nette, que la liaison est plus étroite pour les garçons. C'est un
résultat qui mériterait d'être vérifié sur d'autres données.
Bonnardel et Coumétou (5) analysent les résultats de divers tests
géométriques et verbaux sur toute une série de group-es profes
sionnels et scolaires. Cette analyse n'est pas faite dans la perspective
qui nous intéresse ici. Mais les auteurs donnent leurs résultats de
façon suffisamment détaillée pour permettre des réanalyses comme
celle que nous avons tentée ici, et dont on trouvera les résultats
au tableau 2.
Les tests I, III, IV, VIII et IX sont des tests géométriques :
Pursuit de McQuarrie, figures identiques, lois de séries, compt
age de briques, figures identiques. Le test V 1-2 est un test ver
bal : synonymes-antonymes, séries de mots, séries numériques,
petits problèmes, explications de proverbes, problèmes. Les auteurs
utilisaient un second test verbal, le V4, que nous n'avons pas retenu
car il n'a pas été passé par tous les groupes. Nous avons sélectionné
dans les résultats publiés (p. 148-149) six paires de groupes dont
on trouvera la désignation dans la première colonne du tableau 2.
Dans chaque paire, les deux groupes ont sensiblement le même âge
moyen, et ils sont de même sexe. Les différences sont donc attri-
buables à certaines variables socio-économiques. Nous avons cal
culé la différence entre les résultats moyens de deux groupes pour
chaque test et chaque paire, et éprouvé la signification de ces
différences. Les différences significatives au seuil de 5 % sont signa
lées par une croix. On voit que les différences sont souvent signifi
catives. On voit aussi que les groupes d'adultes semblent se différen
cier moins que ne le font les d'enfants ou d'adolescents.
On ne peut pas conclure sur ce dernier point car les différences
socio-économiques ne sont peut-être pas comparables dans les six
paires de groupes, mais il y aurait là aussi un fait à vérifier.
Des différences attribuables aux conditions de vie se retrouvent
dans une population très particulière: un groupe d'Indiens Otomis
du Mexique, étudié par Bonnardel, Solis Quiroga, etc. (6). Le
groupe était composé de cinq villages différents. L'un de ces vil
lages était de huttes grossières, et le niveau de vie y était
très rudimentaire. Les 27 Indiens de ce village se classent en moyenne
bien au-dessous du cinquantième centile sur l'étalonnage du groupe
Otomis entier (115 sujets), dans les tests suivants : Kohs, Pior-
kowski, Mœde, Minnesota.
Heijden (18), dans un travail critiquable à bien des points de
vue, compare 20 groupes professionnels, rassemblant 1.013 per
sonnes à l'aide de deux tests, l'un d'intelligence, l'autre d'aptitude
mécanique, et constate dans les deux cas que les groupes différents
obtiennent des résultats moyens différents.
Dans la vaste enquête française (19), sur le niveau intellectuel
des enfants d'âge scolaire, qui a porté sur 47.567 garçons et •47:670
I.'aNNÉE rSYCHOLOGlQUE, LI 18 274 ;; :; ; REVUES CRITIQUES
filles de 6 à 12 ans, élèves d'écoles primaires de Fensemble du pays,
c'est le test mosaïque de Gille qui a servi d'instrument de compar
aison. C'est une épreuve utilisant seulement des dessins et composés
de questions semblant mettre en jeu des connaissances élémentaires,
l'observation et le raisonnement logique. Les résultats sont donnés
de façon extrêmement détaillée. On s'aperçoit que le résultat du
test est lié à la résidence : les enfants vivant dans des localités de
moins de 2.000 habitants ont une note inférieure d'une dizaine de
points (l'écart-type étant, selon les âges, de 27 à 29 points) à la
note des enfants habitant des villes de plus de 100.000 habitants.
L'écart se retrouve à tous les âges. Le résultat est aussi lié, à tous
les âges, à la profession du père : les enfants de cultivateurs ont
environ 35 points de moins que les enfants dont les pères exercent
des professions intellectuelles et libérales.
Une enquête écossaise faite dans un esprit assez proche de la
précédente permet à G. H. Thomson (45), entre autres résultats,
de comparer le Q. I. moyen de larges échantillons d'enfants de
onze ans habitant les villes ou les comtés. Dans l'enquête de 1947
la différence, en faveur des villes, est voisine de quatre points
pour un écart-type voisin de 20; dans l'enquête de 1932, l'écart,
de même sens, est de 3,7 points environ pour un écart- type voisin
de 16.
Jenkins et Randall (23) travaillent sur une population très dif
férente : 5.166 étudiants américains noirs. Ils emploient une méthode
qui est l'inverse de celle qu'ont suivie les autres auteurs. Ils séle
ctionnent les 237 meilleurs sujets d'après les tests et cherchent
les différences qui existent au point de vue socio-économique entre
ce groupe de « supérieurs » et le groupe général dont ils sont partis.
Ils utilisent un test de culture générale, et l'A. CE. dont il a déjà
été question. Les supérieurs dans ces tests diffèrent de l'ensemble
par le revenu, le niveau professionnel, le niveau d'instruction des
parents, par le nombre de frères et sœurs, par la résidence et la
culture.
De même, Rapaport (38) examinant à l'aide du test P. V. (qui
est du même type que le Mosaïque, auquel il a fourni certaines
questions), 867 enfants de 7 à 15 ans de Gennevilliers, les trouve
inférieurs à ceux qui ont servi à étalonner le test. Ces mêmes enfants
sont inférieurs, quant au poids et à la taille, à ceux du 15e arrondis
sement qui ont servi à établir les étalonnages de Laugier, Laufer
et Fessard.
Reuchlin (39) compare des résultats obtenus dans trois tests
(verbal, technique, spatial) par 874 garçons de 14 ans admis dans
14 Centres, d'apprentissage de la région parisienne en 1947. Il trouve
des différences significatives entre les résultats moyens des 14 Centres
(F =18,93 pour F .01 = 2,15). En 1948, 522 nouveaux élèves
sont admis dans 12 des Centres précédents. Non seulement des REUCHLIN. LIAISONS ENTRE VARIABLES BIOMÉTRIQUES 275 M.
différences significatives existent encore entre les moyennes des
Centres (F == 6,51 pour F .01 = 2,29), mais le classement; des en 1948 reproduit à peu de chose près le classement des
Centres en 1947 (rô = .94) (27). On constate encore(> en 1949,
des différences du même ordre entre les mêmes centres,, qui se
classent une troisième fois de la même façon (41). Ces résultats
excluent l'hypothèse du caractère fortuit des différences constatées.
Vernon (47) utilise les résultats obtenus dans le test bien connu
des Matrices progressives par 89.764 recrues de la Marine britan
nique, le plus grand nombre des sujets ayant entre 16 et 19 ans.
Après une analyse de variance, il estime à 12,83 % la fraction de
variance associée aux différences entre métiers, et à 0,81 % la
fraction aux entre régions d'origine des recrues.
Ces deux résultats étant statistiquement significatifs.
Le domaine de la personnalité est moins étudié sous l'angle qui
nous intéresse. Il existe néanmoins quelques indications qui vont
dans le même sens que les travaux déjà signalés.
Anastasi et Miller (1) signalent le danger qu'il y aurait à parler
d'un adolescent typique dont on pourrait connaître les préférences,
les attitudes et les idéaux, d'après l'âge et le sexe seulement. Ils
soulignent l'importance des facteurs additionnels socio-économiques.
Ils démontrent expérimentalement que les « facteurs de prestige »
sont différents dans deux groupes de 50 étudiants (25 garçons et
25 filles) tous du même âge, et fréquentant des classes de même
degré, mais dont les uns se destinent aux études supérieures et
non les autres. On leur demande quelles caractéristiques ils pré
fèrent chez des camarades de leur sexe : enthousiasme, loyauté, etc.
De nombreuses différences se manifestent entre les deux groupes,
différences supérieures à celles qui se manifestent entre les sexes.
Brown (7) applique le test M. M. P. I. (Minnesota multiphasic
personality inventory) aux élèves de différents établissements
d'enseignement supérieur et trouve des différences dans les prof
ils moyens.
Pour ce même test, Meel et Hathaway (30) avaient déjà constaté
que le groupe « étudiant », dans son ensemble, restait « sur la défen
sive » devant les questions posées, plus que tout autre groupe.
Après avoir envisagé plusieurs hypothèses explicatives, ils étaient
arrivés à conclure que le niveau socio-économique était la cause
la plus probable de cette attitude.
Koskas (25) soumet à deux questionnaires 250 jeunes gens de
15 à 18 ans. Le premier questionnaire permet de ranger leur famille
d'après leur « rôle dans la production » (c'est la seule indication
donnée par l'auteur) dans l'un ou l'autre des types « petit bourgeois »
ou « prolétarien ». Le second questionnaire a trait aux rapports
de l'adolescent avec sa famille. Sur les 75 sujets « petits »,
40 % acceptent le degré d'indépendance qu'ils ont dans leur famille,

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