Livres - compte-rendu ; n°2 ; vol.58, pg 535-568

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L'année psychologique - Année 1958 - Volume 58 - Numéro 2 - Pages 535-568
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1958
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F Bresson
J. Cambon
S. Ehrlich
H. Gratiot-Alphandéry
Yvette Hatwell
N. Heissler
P. Jampolsky
I. Lézine
G. de Montmollin
J. Medioni
M. Monod
Pierre Oléron
Maurice Reuchlin
Eliane Vurpillot
R. Zazzo
II. Livres
In: L'année psychologique. 1958 vol. 58, n°2. pp. 535-568.
Citer ce document / Cite this document :
Bresson F, Cambon J., Ehrlich S., Gratiot-Alphandéry H., Hatwell Yvette, Heissler N., Jampolsky P., Lézine I., de Montmollin G.,
Medioni J., Monod M., Oléron Pierre, Reuchlin Maurice, Vurpillot Eliane, Zazzo R. II. Livres. In: L'année psychologique. 1958
vol. 58, n°2. pp. 535-568.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1958_num_58_2_26714■
— LIVRES IT.
MAIOROV (F. P.). — En russe (Théorie physiologique du rêve). —
In-8° de 132 pages, Moscou-Leningrad, Éditions Académie des
Sciences, 1951.
L'ouvrage de Maïorov ne cherche pas à être une monographie sur
le problème des rêves. C'est une juxtaposition de faits cliniques, physio
logiques, empiriques (recueillis par l'auteur lui-même ou repris d'autres
ouvrages, soviétiques ou non), et de recherches expérimentales. Dans
ces dernières, comme dans son interprétation d'ensemble, Maïorov se
base sur la conception pavlovienne du sommeil : une inhibition qui
se répand à partir des niveaux les plus élevés du système nerveux cent
ral, et peut adopter des formes très différentes — inhibition partielle ;
hypnose ; sommeil, avec ses différents niveaux de profondeur (on sait
que les rêves n'apparaissent que dans le sommeil léger).
Les expériences de l'auteur portent sur :
A) L'étude des trois formes de sommeil : naturel, narcotique et
tique (la plus curieuse à observer) ;
B) La comparaison du sommeil naturel et du sommeil pathologique
(narcotique, « léthargie hystérique », etc.) ;
C) L'étude de l'évolution ontogénétique du sommeil, de la petite enfance
à la vieillesse.
Les procédés d'enregistrement sont des plus variés : chronoximétrie,
variations psychogalvaniques (A. I. Mareniva, 1949), enregistrement
du mouvement des paupières (B. V. Andreev, 1948), actographie inté
grale des mouvements du sujet (Andreev, 1951), électroencéphalogra
phie (cette dernière peu modifiée par les rêves, sauf s'ils sont chargés
d'un contenu émotionnel).
Plus que l'étude des rêves au cours du sommeil naturel (A. N. Panho-
mov) celle des rêves suggérés au cours de l'hypnose (I. E. Volpert),
s'est révélée un outil précieux. Les collaborateurs de Maïorov disent
au sujet endormi : « Vous faites un rêve », et font varier les conditions
environnantes (ainsi, un léger sifflement provoque des rêves de voyage)
au lieu de proposer directement le contenu même du rêve, comme le
faisaient d'autres chercheurs (tels A. K. Lenz, 1927). Dans l'hypnose,
on le sait, le sujet n'est réveillé que par l'ordre de l'expérimentateur
— et non, par conséquent, par les stimulations extérieures. D'autre part,
il peut, quand on le lui ordonne, se souvenir de son rêve ou le raconter
au fur et à mesure. 536 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Par cette méthode, l'auteur évite la confusion possible entre le rêve
suggéré et la vision au cours de l'hypnose — danger qu'il décelait dans
les travaux de Lenz. On peut néanmoins se demander jusqu'à quel
point l'on est en droit d'identifier, surtout psychologiquement les rêves
(même suggérés comme tels) survenant au cours de l'hypnose, et ceux
du sommeil naturel.
L'auteur refuse l'explication freudienne des rêves. Il admet en eux
un symbolisme, mais un symbolisme que l'on pourrait appeler « de tra
duction directe » — celui que la pensée humaine utilise dans les allégo
ries (ainsi un obstacle à sauter représente des obstacles la vie du
sujet). A la base des rêves il place non les pulsions internes, mais les
liaisons extérieures et intérieures, passées et présentes, du cerveau,
organe des rêves.
« II n'y a rien dans les rêves qui ne fût auparavant dans l'expé
rience » est une des pensées maîtresses de l'auteur. Dénonçant la croyance
aux rêves « prophétiques », il cite un autre physiologiste soviétique,
M. I. Astvatsaturov : « Les rêves indiquent seulement des représenta
tions passées, en rapport avec l'avenir. » Les rêves ne peuvent être
« prophétiques » que s'ils annoncent une maladie ; mais en fait, ils révè
lent alors un trouble de l'organisation encore latent, qui passe inaperçu
dans l'activité du jour, et se fait connaître sur ce fond d'inhibition
qu'est le sommeil. De tels rêves, qu'ils soient directs, ou « symboliques »
(c'est-à-dire que le sujet se voit atteint d'une maladie, ou fasse divers
cauchemars, avec sentiments d'oppression, etc.) sont l'effet de stimu
lations internes présentes. Évoquant même les rêves d'envol fréquents
chez une adolescente jusqu'à son mariage, Maïorov se demande même
si, au lieu de l'explication sexuelle courante dans ces cas, il ne faut
pas examiner les modifications cardiaques et respiratoires durant l'exc
itation sexuelle survenant dans le sommeil.
Tout comme l'action de stimulations intérieures, celle de stimula
tions extérieures durant le sommeil, a déjà été constatée par de nom
breux auteurs, Maïorov résume ainsi les différents effets possibles de
stimulations présentes, extérieures et intérieures :
1) Elles « désinhibent » le sommeil et font apparaître des phases
peu profondes, ce qui est lié au développement des rêves par reproduc
tion de traces nerveuses... mais ne provoquent pas directement des
rêves ;
2) Elles... font apparaître des rêves liés à l'analyseur qu'elles atte
ignent ; dans ce cas elles... entrent dans le contenu du rêve ;
3) Elles... font des rêves liés à un ou plusieurs analyseurs
autres que celui qu'elles atteignent... ;
4) « II arrive que dans les rêves la force des stimuli soit déformée
par la phase paradoxale » (p. 68). Ainsi, Maïorov citera des cas où un
bruit de métronome provoque un rêve de fusillade, une bouffée d'air
dans l'œil : un rêve de tempête.
Parmi toutes les observations qui tendent à prouver l'effet des liai- LIVRES 537
sons nerveuses anciennes, les plus intéressantes sont celles de K. A. Gri-
neva sur les rêves des aveugles (1939-40) : les aveugles-nés font des
rêves exclusivement formés d'images auditives, tactiles, voire olfactives
et gustatives. Aux côtés des analyseurs auditif et tactile, qui prennent
dans les rêves de tous les aveugles la place prédominante qu'occupe
l'analyseur visuel chez les voyants, l'on constate une sensibilité proprio-
ceptive très développée, et, chez certains, le « sentiment d'obstacle »
élaboré au cours de la vie. Ceux qui ont perdu la vue assez tard retrou
vent encore en rêve des images visuelles, parfois, 40, 50 ans après.
Mais chez ceux qui l'ont perdue au cours de la petite enfance, les traces
visuelles diminuent en fréquence et en netteté, deviennent quelque
chose de diffus, de flou, d'incolore.
Un autre problème essentiel est celui de la localisation fonctionnelle
des rêves. Critiquant la théorie de localisation sous-corticale des rêves,
Maïorov montre qu'ils impliquent la participation du cortex (traces
de l'expérience acquise dans la vie), et celle du sous-cortex (facteurs
émotionnels). Les rêves, dit-il, « se forment en résultat de l'interaction,
dans chaque cas concret, du cortex et du sous-cortex » (p. 54) ; ils ont
leur point de départ tantôt dans le cortex, tantôt dans le sous-cortex.
Le mouvement du sommeil et des rêves pourrait être figuré par
un schéma menant des secteurs les plus développés du système nerveux
(cortex et son deuxième système de signalisation) au sous-cortex.
« Comme tout autre, précise Maïorov, ce schéma n'est qu'une approxi
mation de la réalité, bien plus complexe et variée que tous les modèles
que nous créons. »
Quand l'homme s'endort, l'activité intellectuelle s'arrête la pre
mière ; les rêves surviennent sur la base des éléments du premier sys
tème de signalisation (surtout des images visuelles)... L'extension et
l'intensité accrue de l'inhibition évince tout le cortex. L'activité chao
tique du premier système disparaît. L'irradiation ultérieure de l'inhibi
tion sur le sous-cortex amène le sommeil profond, sans rêves.
Au réveil, nous avons le tableau opposé. Tout d'abord, l'inhibition
quitte le et le premier système de signalisation : la phase
de sommeil profond, sans rêves, est remplacée par des phases de passage,
avec des rêves. Des images visuelles et autres apparaissent, liées à telles
ou telles émotions. Le deuxième système de signalisation n'intervient
que plus tard, par la participation d'éléments de langage et de pensée
dans les rêves (p. 87).
Ensuite c'est le réveil ou, de nouveau, la reprise du rêve qui ramène
alternativement des images du premier système, puis l'intervention du
second. Maïorov définit ainsi des rêves « monocycliques », « bycicliques »,
« multicycliques ».
Les rêves, activité du cerveau, sont soumis aux lois pavloviennes
sur l'inhibition. C'est elle qui déclenche cette dissociation entre les
activités des différents niveaux du cortex comme à l'intérieur de stéréo
types solidement fixés par la vie, qui caractérise l'état de rêve. 538 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
L'induction apparaît constamment. Elle est à la base, par exemple,
de l'hypermnésie fréquente dans les rêves. Ainsi, des vieillards revivent,
avec une précision étonnante, des scènes de leur enfance. Maïorov et
MM. Suslova ont pu « suggérer » différents niveaux d'âges à des sujets
en état d'hypnose.
On sait aussi que le cerveau peut faire preuve d'une certaine activité
durant le sommeil (phénomène fréquent chez les poètes, par exemple).
Maïorov explique ces faits par l'absence des inductions négatives produites
par les nombreuses stimulations de la journée, ainsi que par la phase
paradoxale (pour l'hypermnésie), peut-être par l'existence des « points
de garde » corticaux (pour le travail intellectuel). Mais l'amnésie des
rêves, à son tour, s'expliquera par les phénomènes d'induction négative
du réveil.
L'apparition, dans le sommeil, de tendances « refoulées »,
« inconscientes », les situations incongrues où le sujet peut se trouver,
s'expliquent par les phases paradoxale (exagération des stimulations
minimes, passées ou présentes) et ultraparadoxale (ce qui est inhibition
devient positif, et réciproquement — d'où le renversement de la morale
et des tabous sociaux au cours des rêves). La phase « narcotique »
(affaiblissement de tous les réflexes conditionnés) s'applique à ces états
de somnolence où rêve et réalité se confondent.
A l'opposé de la loi des phases, joue celle de la dominante : un foyer
d'excitation permanent : faim, soif, anxiété, obsession... s'impose au
contenu du rêve. L'inertie des processus nerveux favorise la répétition
stéréotypée de rêves ayant parfois leur cause réelle dans un passé loin
tain. C'est le cas de certains cauchemars de l'enfance, et même parfois
de l'âge adulte : la peur de les voir revenir accentue leur fréquence.
A plus forte raison est-ce le cas des rêves des névrosés obsessionnels.
Maïorov distingue trois types de rêves, caractéristiques de l'âge
et, partiellement, du type de système nerveux (mais tous peuvent se
rencontrer chez un même individu au cours de sa vie). La liaison logique
des images étant en fonction de leur place dans l'activité psychique du
sujet, c'est-à-dire en inverse de l'intellectualisation, nous avons :
1° Rêves sur la base d'associations adéquates, plus proches de la
réalité, qui la répètent même parfois. C'est le cas des rêves de l'enfant
et, dans une moindre mesure, du « type artiste » ;
2° Rêves sur la base inadéquates : combinaisons désor
données d'éléments dont les fragments, pris isolément, sont compréhens
ibles ;
3° Rêves sur la base d'associations chaotiques de traces nerveuses,
plus fréquentes chez le type « intellectuel ».
A l'heure actuelle, il est difficile de retrouver dans la plupart des
rêves les liaisons réelles dont ils sont la combinaison. Maïorov s'est
volontairement borné, dans ses exemples, à quelques cas particuli
èrement simples.
Mais dans ce domaine comme dans tous les autres, les progrès de uvres 539
la science permettent constamment de nouvelles mises au point. Maïorov
a raison de souligner, par exemple, l'importance pour la théorie des
rêves, des liaisons « subsensorielles » (G. V. Guerchuni) ou « présensor
ielles » (K. M. Bykov), c'est-à-dire des réflexes conditionnés formés sur
des excitations subliminaires, ou formés avant que le sujet ne perçoive
le stimulus et n'en prenne conscience (fréquents parmi les réflexes de
clignement, étudiés par I. I. Korotkine et T.V. Plechkova).
La manifestation de ces liaisons subsensorielles au cours des rêves
est favorisée par la phase paradoxale et peut, selon l'auteur, « expliquer
bien des côtés cachés de notre activité ». Il nous semble parfois ren
contrer en rêve quelque chose de foncièrement neuf par rapport à notre
expérience. Mais ce « neuf » a pu exister dans notre vie sous forme de
liaisons « subsensorielles » (p. 110).
L'ouvrage de Maïorov, loin de clore la discussion sur le problème
des rêves, permet de l'étudier plus à fond, sur de nouvelles bases. Il
représente une recherche des lois de causalité des rêves, d'une causalité
physiologique et matérielle, ayant son origine dernière dans le monde
extérieur.
N. H.
WAPNER (S.), WERNER (H.). — Perceptual development. An
investigation within the framework of sensory-tonic field theory
(Le développement perceptif. Recherche dans le cadre de la théorie du
champ sensor i-tonique) . — In-8° de 95 pages, Worcester, Clark
University Press, 1957.
Ce petit livre contient les résultats expérimentaux d'une étude
génétique de certains phénomènes perceptifs et leur interprétation en
fonction :
— d'une part de la théorie du champ sensori-tonique ;
— d'autre part, d'une générale du développement.
Les auteurs rappellent les principaux postulats de la théorie sensori-
tonique : toute perception dépend d'une relation entre les stimuli fournis
par l'objet et l'état de l'organisme du sujet ; toute instabilité de cette
relation entraîne un changement dans l'organisme, qui a pour but de
rétablir un équilibre ; les changements de l'organisme sont de nature
sensori-tonique.
Leur théorie du développement est la suivante : les changements
génétiques doivent se faire dans le sens d'une différenciation croissante
entre le sujet et l'objet.
La plupart des expériences ont été faites auparavant sur des adultes ;
elles sont reprises systématiquement sur 7 groupes d'âge de 7, 9, 11, 13,
15, 17 et 19 ans. Il y a 30 à 40 enfants par groupe, chaque enfant subit
les dix épreuves. Celles-ci se divisent en trois catégories :
A) Détermination de la verticale d'un bâton, de la position du plan
médian et du plan horizontal, en fonction de divers facteurs externes :
inclinaison du corps, position initiale de l'objet et degré d'asymétrie 540 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
de cette position, caractère statique ou dynamique de l'objet.
B) Réponses sensori-motrices (mesurées par le degré de torsion
de la tête) à diverses stimulations sensorielles.
C) Mesures d'illusions optico-géométriques (Muller-Lyer et cercles
de Titchener).
Les AA. tirent des résultats obtenus une confirmation de leurs hypo
thèses : l'évolution génétique se fait dans le sens d'une stabilité croissante
du monde perceptif et de la formation d'un cadre de référence personnel.
L'analyse des faits en termes de théorie du champ sensori-tonique
est bien construite et séduisante. La partie qui traite de la nature du
développement de l'individu et des relations entre théorie de la per
ception et théorie du développement est beaucoup plus faible.
E. V.
VOITONIS (N. I.). — En russe (Préhistoire de l'intellect sur le
problème de Vanthropo genèse). — In-16 de 270 pages, Moscou,
Éditions de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S., 1949.
Les recherches de Voïtonis portent sur des singes inférieurs (macacus
nemestrinus, macacus rhesus, papia hamadryas) ; des comparaisons
sont faites avec le comportement du renard, du chacal et du jeune ours.
Elles montrent :
1) L'intensité de l'impulsion à manipuler chez le singe inférieur,
et l'importance de la nouveauté du stimulus dans ce besoin de manip
uler. L'animal perçoit les différences de couleur, forme, taille, avec
une grande acuité.
2) Le besoin de manipuler et d'exploiter l'objet, qui équivaut pour
l'A. à une analyse pratique.
L'impulsion d'orientation et d'exploration est indépendante de
l'instinct alimentaire, et atteint ici une importance propre ; l'A. est
cependant parti de l'activité exploratrice nécessaire au type d'alimen
tation du singe.
L'A. cherche ensuite à étudier expérimentalement les motivations
du comportement : il se sert de la méthode des réactions différées :
il met aussi en relief le rôle du souvenir et de l'attention chez le
singe, ainsi que la labilité de comportement. Le singe réagit à des
stimuli non alimentaires, ce que l'on n'obtient pas des autres animaux,
sauf l'ours. Il retient des combinaisons complexes pendant des inter
valles de temps prolongés ; il est sensible à des fines différences quali
tatives et quantitatives ; le singe est capable de transférer une expérience
acquise à une situation bien différente (non les autres animaux). Il
retient mieux les expériences sur les première et dernière cages que
sur celles du milieu.
L'A. étudie ensuite le comportement du singe à l'égard de l'outil.
Il note que le singe inférieur est apte à diviser, à séparer, mais qu'il
assemble difficilement ; ce n'est qu'après un certain exercice qu'il peut
se servir de l'outil, mais alors il peut transférer cette expérience à une LIVBES 541
autre situation. Le chapitre suivant est consacré aux sociétés des singes ;
le lieu primitif semble être celui qui existe entre la guenon et ses petits,
mais qui s'étend aux autres jeunes ; l'A. étudie également le jeu, les
services que se rendent les animaux (notamment l'épouillement), les
combats et le rôle de l'instinct sexuel dans ces rivalités ; il critique les
interprétations anthropomorphiques, le pansexualisme et les concept
ions freudiennes. Quelques observations sont consacrées au langage
gestuel.
Dans sa postface, N. Ladygina Kots revient sur le fait que la curio
sité du singe dépasse la simple satisfaction des besoins ; c'est la tendance
à manipuler qui enrichit la perception du singe, avec un rôle dominant
des récepteurs visuels, puis olfactifs ; l'audition a un rôle secondaire,
sauf chez le chimpanzé. La capacité destructrice précède d'ailleurs les
formes, faibles, d'activité synthétique. Au reste cette curiosité est
vite satisfaite, et l'animal cesse alors de s'intéresser à l'objet ; le singe
recherche plus volontiers des objets cachés que ceux posés devant lui :
il a tendance à conserver, à cacher. D'autre part la manipulation
l'emporte sur la vérification (visuelle par exemple). De comparaisons
entre le singe et des animaux inférieurs, il ressort que le singe distingue
beaucoup de détails fins, qu'il fait beaucoup d'essais (et d'erreurs),
mais retient bien les réussites ; il a cependant tendance à vivre dans
l'instant et à se laisser emporter par son dynamisme et ses impulsions
momentanées.
I. L.
OLÉRON (P.). — Les composantes de l'intelligence d'après
les recherches factorielles. Préface de H. Piéron. — In-8° de
517 pages, Paris, P.U.F., 1957.
P. Oléron fait dans cet ouvrage une histoire critique très détaillée
de cinquante années d'analyses factorielles consacrées à la recherche
des composantes de l'intelligence. L'ouvrage est divisé en trois parties.
La première expose l'œuvre de Spearman, le fondateur de la technique,
et les travaux de son école ; la seconde présente la conception multi-
factorielle, autour de Thurstone ; la dernière envisage les résultats de
ces recherches d'un point de vue critique. L'ouvrage, très complet,
fournit un sérieux outil de travail grâce à un index, à de nombreuses
références, et à une très abondante bibliographie.
Les deux parties historiques retracent les étapes du développement
de la théorie et les polémiques qu'elle suscita et qui égarèrent parfois
les recherches. L'auteur montre l'acharnement que mit Spearman à
défendre ses conceptions, parfois avec mauvaise foi. Les critiques et
les difficultés rencontrées par la théorie des deux facteurs amenèrent
la découverte de techniques plus souples et plus fécondes. L'auteur,
parfaitement informé et toujours soucieux d'objectivité, laisse néanmoins
transparaître ses sympathies pour Thurstone et sa théorie multifac-
torielle des « habiletés primaires ». Autour de ces deux chefs d'école. 542 Analyses bibliographiques
se groupent disciples et francs tireurs : des schismatiques comme Thomps
on, et, dans une certaine mesure C. Burt, ceux aussi qui cherchent à
guider l'analyse mathématique par les apports de la théorie psychol
ogique, comme le gestaltiste R. Meili ou comme J. P. Guilford.
Au cours de cette histoire, on voit se dégager les difficultés. L'analyse
factorielle est d'abord une technique d'analyse des résultats obtenus
par des sujets dans une série d'épreuves. Il y a donc au premier plan
des difficultés qui se situent au niveau des postulations mêmes de l'outil
mathématique : linéarité du modèle, normalité des distributions statis
tiques, etc. Les psychologues factorialistes se sont en général assez
peu soucié de ces problèmes et cet ouvrage n'y fait par conséquent que
de brèves allusions. Un second plan de difficultés se situe au niveau
des techniques mêmes d'extraction des facteurs : méthode des différences
tétrades de Spearman avec l'extraction d'un facteur général et de fac
teurs spécifiques, méthode centroïde de Thurstone, etc. On est ici au
centre des polémiques, car la technique d'analyse est étroitement liée
au modèle interprétatif et par conséquent à toute la théorie de la struc
ture de l'intelligence. Réalité de g, unicité de g, facteurs mathématiques
ou composantes psychologiques, nominalisme ou réalisme : autrement
dit, quel sens doit-on donner aux résultats de la technique mathémat
ique ? Problème d'autant plus délicat qu'il n'est pas indépendant de
la population et de la série de tests utilisés : l'invention nécessaire
pour certains sujets peut être remplacée chez d'autres par la routine,
la série de tests en s'allongeant aboutit à un endettement des facteurs,
sans qu'on y voit de terme.
Ce livre apparaît comme un bilan. Certes, P. Oléron s'est trop penché
sur ces travaux pour ne pas tempérer ses critiques de quelque indulgence.
Mais on peut se demander si les résultats acquis sont à la mesure de
l'énorme dépense d'énergie qu'ont entraînée ces recherches. L'analyse
factorielle pouvait-elle être plus qu'une technique de classement, ce
qui n'est déjà pas négligeable, mais qui apparaît ici bien coûteux : on
a parfois l'impression en lisant cet ouvrage que certains factorialistes
ont cru que les techniques mathématiques étaient une fin en elles-
mêmes et pouvaient dispenser de l'expérimentation et de la réflexion
proprement psychologique (ce qu'on retrouve maintenant avec l'util
isation de l'analyse de la variance). L'analyse factorielle de l'intell
igence a eu peu de portée pratique, elle n'a pas abouti non plus à dégager
une fonction au sens où la physiologie entend ce terme. Ces factorial
istes ont des excuses, répond l'auteur, leur « situation est la même
que serait celle du physiologiste si celui-ci ne pouvait étudier l'activité
neuro-musculaire qu'en proposant à des populations divers tests ou
performances sportives. Il découvrirait divers facteurs qui permettraient
de décrire des différences individuelles. Il pourrait multiplier les fac
teurs en raffinant sur le nombre et la nature des épreuves. Mais ce ne
sont pas des travaux de ce genre qui ont amené à connaître la physio
logie de la contraction musculaire ». L'analyse factorielle ne nous aurait Livres 543
permis que de dresser « une grossière esquisse d'un nouveau domaine »
nous dit encore l'auteur, assez désabusé. Quoi qu'il en soit, nous devons
être reconnaissant à P. Oléron d'avoir pris la peine de mettre à notre
portée le dossier complet, classé et commenté de la discussion ; ce qui
est mieux il a réussi à écrire sur ce sujet difficile un ouvrage clair et
d'une lecture aisée qui rendra accessible à tous cette étape du déve
loppement de la psychologie.
F. B.
APOSTEL (L.), MANDELBROT (B.), MORF (A.). — Logique,
langage et théorie de l'information. — In-8° de 207 pages, Paris,
P.U.F., 1957. — APOSTEL (L.), MAYS (W.), MORF (A.), PIA-
GET ( J). — Les liaisons analytiques et synthétiques dans les compor
tements du sujet. — In-8° de 147 pages, Paris, P.U.F., 1957.
Ces deux ouvrages constituent les tomes 3 et 4 des Études d'épisté-
mologie génétique qui rapportent les travaux du Centre de Genève,
effectués, comme on le sait, sous la direction de Piaget.
Le premier est constitué, pour sa plus grande part, par des exposés
théoriques (seul le dernier chapitre, le plus court, rapporte des expé
riences effectuées par Morf). Il s'ouvre par une étude de Mandelbrot
consacrée à la linguistique statistique macroscopique ou macrolinguistique.
L'idée directrice de l'auteur est de s'attacher aux lois statistiques
molaires de la langue, c'est-à-dire aux lois qui intéressent les ensembles
— mots et non phonèmes — et de dégager les régularités qu'elles expri
ment. Un certain nombre de postulats sont sous-jacents à cette manière
de voir, en particulier l'adhésion à la conception de modèles explicatifs
et, plus spécialement, le rapprochement des phénomènes considérés
avec ceux qui se manifestent au niveau de la thermodynamique (on
retrouve le lien que la théorie de l'information avait établi par l'inte
rmédiaire de la notion d'entropie). Partant de ces bases et utilisant
certains de ses travaux antérieurs, l'auteur s'attache à la loi du Zipf
— effectivement typique des régularités observables au niveau des
mots — et d'autre part, à la loi de Willis sur la répartition du nombre
des espèces à l'intérieur d'un genre.
L'exposé de Mandelbrot ne vise pas à être technique, réservant
pour un autre ouvrage les justifications mathématiques. Il est certain
que c'est à partir de ces bases qu'un spécialiste pourrait en juger la
solidité. La compétence de l'auteur donne a priori confiance en la valeur
de ses interprétations et en tout cas le lecteur ne peut être que frappé
par la puissance de synthèse dont il fait preuve et la valeur suggestive
de ses considérations.
Le chapitre d'Apostel (en collaboration avec Mandelbrot) est plus
général encore dans son objet, car sous le titre « Logique et langage
considérés du point de vue de la précorrection des erreurs », il étudie
la possibilité d'assimiler la logique et la grammaire à des codes précor
recteurs, c'est-à-dire à des règles permettant ou favorisant une commu-

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