Localisation syntaxique des pauses et planification du discours - article ; n°2 ; vol.83, pg 377-394

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L'année psychologique - Année 1983 - Volume 83 - Numéro 2 - Pages 377-394
Résumé
Les pauses, émises spontanément par le parleur lors de sa production langagière, sont analysées comme des indices de la planification syntaxique. Une étude systématique de la localisation syntaxique (intraproposition-nelle, interpropositionnelle et interphrases) de toutes les pauses présentes dans deux corpus est menée. Afin de tester la souplesse avec laquelle les pauses sont déterminées par la nature du travail syntaxique à fournir, les pauses sont recensées sur deux types de corpus obtenus dans des situations de production contrôlées (destinataire familier ou non familier). Les résultats montrent que le coût de la planification dépend des opérations syntaxiques en jeu. Ce coût n'est pas remis en cause par le type de destinataire. Il est proposé de concevoir trois types de planification d'empan différent, correspondant à trois classes d'opérations syntaxiques.
Mots-clefs : discours, pauses, syntaxe.
Summary : Syntactic localization of pauses and speech planning
Pauses, spontaneously produced by speakers during speech-production, are analyzed as eues to syntactic planning. A systematic study of the syntactic localization (within clauses, between clauses, between sentences) of all pauses present in two corpus is carried out. In order to test the flexibility with which pauses are determined by the nature of the speaker's operatory task, pauses are recorded from two types of corpus obtained in controlled production-situations (familiar or not familiar receiver). Results shows that the cost of pauses is determined by the involved syntactic operations. This cost is not questioned by the kind of listeners. Three types of planning are postulated each with a specifie span, corresponding to three different classes of syntactic operations.
Key-words : Speech, pauses, syntax.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Annie Piolat
Localisation syntaxique des pauses et planification du discours
In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 377-394.
Résumé
Les pauses, émises spontanément par le parleur lors de sa production langagière, sont analysées comme des indices de la
planification syntaxique. Une étude systématique de la localisation syntaxique (intraproposition-nelle, interpropositionnelle et
interphrases) de toutes les pauses présentes dans deux corpus est menée. Afin de tester la souplesse avec laquelle les pauses
sont déterminées par la nature du travail syntaxique à fournir, les pauses sont recensées sur deux types de corpus obtenus dans
des situations de production contrôlées (destinataire familier ou non familier). Les résultats montrent que le coût de la
planification dépend des opérations syntaxiques en jeu. Ce coût n'est pas remis en cause par le type de destinataire. Il est
proposé de concevoir trois types de planification d'empan différent, correspondant à trois classes d'opérations syntaxiques.
Mots-clefs : discours, pauses, syntaxe.
Abstract
Summary : Syntactic localization of pauses and speech planning
Pauses, spontaneously produced by speakers during speech-production, are analyzed as eues to syntactic planning. A
systematic study of the syntactic localization (within clauses, between clauses, between sentences) of all pauses present in two
corpus is carried out. In order to test the flexibility with which pauses are determined by the nature of the speaker's operatory
task, pauses are recorded from two types of corpus obtained in controlled production-situations (familiar or not familiar receiver).
Results shows that the cost of pauses is determined by the involved syntactic operations. This cost is not questioned by the kind
of listeners. Three types of planning are postulated each with a specifie span, corresponding to three different classes of syntactic
operations.
Key-words : Speech, pauses, syntax.
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Piolat Annie. Localisation syntaxique des pauses et planification du discours. In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp.
377-394.
doi : 10.3406/psy.1983.28472
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1983_num_83_2_28472L'Année Psychologique, 1983, 83, 377-394
Laboratoire de psychologie expérimentale
Université de Provence
associé au CNRS1
LOCALISATION SYNTAXIQUE DES PAUSES
ET PLANIFICATION DU DISCOURS
par Annie Piolat
SUMMARY : Syntactic localization of pauses and speech planning
Pauses, spontaneously produced by speakers during speech-production,
are analyzed as cues to syntactic planning. A systematic study of the
syntactic localization (within clauses, between clauses, between sentences)
of all pauses present in two corpus is carried out. In order to test the
flexibility with which pauses are determined by the nature of the speaker's
operatory task, pauses are recorded from two types of corpus obtained in
controlled production-situations (familiar or not familiar receiver). Results
shows that the cost of pauses is determined by the involved syntactic operat
ions. This cost is not questioned by the kind of listeners. Three types of
planning are postulated each with a specific span, corresponding to three
different classes of syntactic operations.
Key-words : Speech, pauses, syntax.
1. POSITION DU PROBLÈME
Réalisée dans le cadre d'une approche psycholinguistique de
la production verbale, cette étude se donne deux objectifs.
Le premier est de mettre en évidence une relation entre la durée
et la fréquence des pauses dans un discours et l'organisation
syntaxique de celui-ci. Le deuxième est de chercher dans quelle
1. 29, avenue R. -Schuman, 13621 Aix-en-Provence, Cedex. 378 Annie Piolal
mesure les variables temporelles de la parole sont affectées par le
degré de familiarité entre le locuteur et le destinataire.
L'investigation psychologique de la production verbale doit
permettre, entre autres choses, de décrire et d'expliquer le
fonctionnement des procédures de planification et de contrôle
qui garantissent l'insertion cohérente du sens, objet d'un projet
informatif et communicatif du locuteur, dans l'émission verbale.
L'étude de ces procédures de programmation tire un grand parti
de l'analyse expérimentale des pauses silencieuses2 spontanément
produites dans toute émission verbale. Depuis les travaux de
Goldman-Eisler (1968), les études sur les pauses se sont tellement
multipliées qu'on les regroupe maintenant en un domaine
d'étude : la pausologie3. Deux récents ouvrages témoignent de
l'intérêt des psycholinguistes anglo-saxons pour ces études
(cf. Butterworth, 1980 b ; Dechert et Raupach, 1980). Pour ce
qui est du français nous ne disposons que de la recherche de
Grosjean et Deschamps (1975) qui ont comparé de façon très
complète les variables temporelles du français et de l'anglais,
sans toutefois proposer une interprétation fonctionnelle des
phénomènes observés.
Les pauses silencieuses qui apparaissent dans l'activité langa
gière peuvent remplir un grand nombre de fonctions (respiration,
emphase, programmation, etc.). Bien qu'elles soient aussi quali
fiées de « pauses d'hésitation » par Rochester (1973) ou d'autres
auteurs cités précédemment, les pauses ne sont pas, en général,
considérées comme des indices d'une difficulté d'émission verbale,
mais comme une manifestation du nécessaire travail cognitif de
planification de la production. Autrement dit, la pause témoigne
des processus cognitifs de « sélection », de « décision », d' « enco
dage » des aspects sémantiques, syntaxiques et lexicaux qui
précèdent et accompagnent l'émission verbale.
A partir de cette conception fonctionnaliste de la pause,
des modèles de production verbale ont été élaborés. Rochester
(1973) regroupe les travaux anglo-saxons sur les pauses selon
trois types de modèle du parleur : le modèle linéaire, le modèle
hiérarchique et le modèle molaire. Dans les deux premiers
2. Les pauses dites pleines et les hésitations sont, elles aussi, très inform
matives (cf. Piolat, 1981).
3. « Pausology is the behavioral investigation of temporal dimensions
of human speech » (O'Connell et Kowal, 1980, p. 8 in Dechert et Raupach
(eds)). Localisation des pauses 379
modèles, on suppose une alternance nette entre planification
(pendant la pause) et exécution du plan. Mais, dans le modèle
linéaire, l'unité de planification est le mot (Goldman-Eisler, 1968),
alors que selon le modèle hiérarchique, c'est la proposition qui
est planifiée (Boomer, 1965 ; Taylor, 1969)4. Dans les deux cas,
la décision prise pendant la pause concerne un environnement
linguistique relativement proche. Avec le troisième modèle, la
relation est beaucoup plus distale. L'empan de planification
s'accroît et concerne l'organisation sémantique du texte (Hen
derson, 1965 ; Goldman-Eisler, 19725 ; Butterworth, 1975).
Butterworth (1980 a) a tenté une intégration de ces trois
modèles en regroupant les différentes fonctions des pauses en
macro- et micro-planification. Le macro-plan, unité suprapro-
positionnelle, permet la structuration d'idées, ou structuration
sémantique. Le micro-plan, mis en place très ponctuelle
(pause isolée), favorise le choix lexical, les plans syntaxiques,
le marquage des fins de proposition. La répartition du temps
de pause entre le macro- et le micro-plan s'opère en deux grandes
phases alternatives : la planification et l'exécution. Le cycle
ainsi conçu est d'une durée maximum de 30s et couvre une
huitaine de propositions organisées en deux ou plusieurs phrases.
L'exécution du plan syntaxique peut être interrompue lorsque
les places lexicales sont vides. Planification lexicale et syntaxique
peuvent être reprises ou spécifiées pendant la phase d'exécution.
Cependant, le débat sur la ou les fonctions des pauses est
loin d'être clos. Ainsi Ford et Holmes (1978) ont remis en question
le rôle planificateur des pauses à partir de constats portant sur
la distribution de la charge de traitement (méthode des « clics »)
en cours d'émission. La charge de est moins impor
tante au début qu'à la fin d'une proposition émise. Les auteurs
en concluent que, pendant que le parleur achève une proposition,
il planifie la suivante. Gela les conduit à interpréter les pauses
(y compris les pauses longues entre phrases complexes) comme des
phases de contrôle rétrospectif ou de repos. Cette interprétation
a soulevé de nombreuses objections auxquelles ces auteurs n'ont
pas apporté de réponse convaincante. L'hypothèse d'une fonction
planificatrice des pauses silencieuses ne peut donc pas être écartée.
D'abord destinée à montrer que la distribution (durée et
4. Cités par Rochester (1973).
5.par 380 Annie Piolat
fréquence) des pauses dans le discours n'est pas aléatoire, la
présente recherche doit permettre un repérage syntaxique des
phases de silence supérieures à 300 millisecondes. Les pauses
étant considérées comme des moments de planification, il est
attendu que leur distribution sera déterminée par les types
d'opérations syntaxiques produites dans le discours. Nous consi
dérons donc des discours, recueillis expérimentalement, à la
fois sous l'angle de leur organisation syntaxique et celui des
pauses silencieuses qui y apparaissent. C'est du constat d'une
covariation systématique entre les caractéristiques (durée et
fréquence) des pauses et leur localisation syntaxique que nous
inférerons l'existence d'une relation entre la planification syn
taxique et la distribution des variables temporelles. Nous émet
tons de plus l'hypothèse que le coût temporel d'une pause donne
une indication sur Yempan syntaxique couvert par le travail
de planification :
a) Avant d'émettre une structure complexe, le parleur prend
un certain nombre de décisions qui concernent l'ensemble des
propositions qui vont composer cette structure. Cette planifi
cation devrait être la plus coûteuse temporellement.
b) Une fois engagé dans l'émission, le parleur s'interrompt
aux frontières propositionnelles pour planifier globalement la
proposition suivante ainsi que sa relation à la proposition déjà
émise. Cette planification interpropositionnelle est moins coûteuse
que la précédente.
c) Le parleur décide, de proche en proche, des relations
intrapropositionnelles. Ces décisions sont peu coûteuses tem
porellement.
Si une telle régularité apparaît, elle sera imputable en propre
à la planification syntaxique, les autres planifications (lexicale,
sémantique), indépendantes de la planification syntaxique, inte
rvenant selon une autre distribution temporelle. Toute autre
interprétation supposerait une correspondance stricte entre
contenu à émettre et organisation syntaxique choisie, donc une
covariation entre les différentes planifications nécessaires à l'él
aboration de la production, hypothèse qui nous paraît difficile
à soutenir.
Le deuxième objectif de cette recherche doit compléter le
premier en mettant à l'épreuve la stabilité de la relation entre
le coût temporel de la pause et sa localisation syntaxique.
Nous savons que le parleur modifie sa production et, en parti- Localisation des pauses 381
culier, ses stratégies syntaxiques en fonction des contraintes
pragmatiques de la situation de production. Il est, en outre,
possible de changer le degré de contrôle que le parleur porte
à son discours en faisant varier le degré de familiarité entre
parleur et destinataire, la cadence de production étant plus
rapide pour un destinataire familier que pour un non familier
(Piolat, 1977, 1982). Les variations de l'organisation syntaxique
du discours en fonction du type de destinataire devraient
s'accompagner de modifications de la planification de cette
organisation (durée et fréquence des pauses). Toutefois, il est
attendu que la hiérarchie entre les coûts temporels de la plani
fication des structures complexes, des relations interproposi-
tionnelles et intrapropositionnelles restent stables quel que soit
le destinataire.
2. PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
2.1. Situations expérimentales de production et population
Nous avons repris une partie des productions verbales analysées
antérieurement dans une étude sur les configurations syntaxiques spéci
fiques à l'oral et à l'écrit (Piolat, 1977, 1982). Vingt-six étudiants de
psychologie dictent une lettre au magnétophone afin de trouver un
logement. Par la consigne, un destinataire fictif est attribué à chaque
sujet : le sujet dicte une lettre soit pour un ami (le destinataire est
familier = Fa), soit pour une agence de location (le est non = NFa). Le sujet dicte6 sa lettre dans une seule situation de
production et sans possibilité de brouillon, dès que la consigne est
donnée. Ce type de tâche permet d'obtenir un monologue oral ; les
ruptures et superpositions des échanges dialogues sont ainsi évitées.
En outre, les sujets sont tous guidés par le même projet informatif et
le même but communicatif.
6. « Dicter » et « parler » constituent des tâches verbales qui peuvent
paraître très différentes. La comparaison des produits dictés et téléphonés
(au répondeur automatique) révèle des différences seulement dans l'organi
sation syntaxique intrapropositionnelle. Il faut noter, toutefois, que le débit de
l'oral téléphoné est plus rapide que celui de l'oral dicté quel que soit le
destinataire. En outre, l'organisation des produits dictés est différente de
celle des produits écrits. Les parleurs cherchant « à faire écrit » n'y par
viennent pas (Piolat, 1982). 382 Annie Piolat
2.2. Analyse syntaxique des productions et catégorisation
des pauses
L'analyse syntaxique des productions est faite à l'aide de descripteurs
constitués à partir des « Propositions pour une formalisation du trait
ement psycholinguistique des phrases » de Bastien et Noizet (1976)7. La
production dans sa totalité est analysée comme une succession de
structures complexes juxtaposées. Une structure complexe peut
comporter une ou plusieurs propositions reliées entre elles par des
connecteurs interpropositionnels. La proposition (au sens syntaxique et
non au sens sémantico-logique) est composée d'éléments constitutifs
(sujet, verbe, objet) et d'expansions de ces éléments (modificateur de
constituant ou de proposition).
Toutes les pauses relevées dans les corpus ont été catégorisées en
fonction de leur lieu d'insertion l'organisation syntaxique. Chaque
pause a une et une seule attribution. Elle peut être intrapropositionnelle,
interpropositionnelle (à la jonction de deux propositions connectées),
elle peut être aussi de juxtaposition (entre deux structures complexes).
— Les pauses intrapropositionnelles
En émettant la proposition de l'exemple 1 (cf. ci-après), le parleur
peut éventuellement produire une pause dans les cinq intervalles (i)
suivants8 :
S il V i2 MC i"3 MC »4 O i5 MP,
ex. 1 : Je (sujet = S) cherche (verbe = V) activement (modificateur de
constituant = MC) une petite (MC) chambre (objet = O) dès septembre
(modificateur de proposition = MP).
Toutes les pauses produites entre les éléments d'une proposition
sont appelées intrapropositionnelles. Parmi ces pauses, les pauses
dites constitutives, précédant le sujet, le verbe ou l'objet (il, i4), sont
différenciées des pauses de modificateur de constituant (i2, i3) et des
pauses de modificateur de proposition (i5). La pause qui éventuellement
précède le premier, ou bien suit le dernier élément de la proposition
n'est pas considérée comme intrapropositionnelle, mais comme inter
propositionnelle.
7. Pour plus de détails sur les descripteurs syntaxiques, cf. Piolat, 1977,
et Piolat, 1982, Annexe 1, p. 409-430.
8. Lorsqu'une pause interrompt l'émission d'un terme, elle est consi
dérée comme « précédant ce terme ». Dans le cas de figure « Article + Adject
if + Nom », si la pause est avant l'article, c'est une pause intraproposi
tionnelle constitutive ; si la pause est entre l'article et l'adjectif (== modifi
cateur de constituant), elle est considérée comme une pause de modificateur de constituant). Localisation des pauses 383
— Les pauses interpropositionnelles
Toutes les pauses qui apparaissent immédiatement avant un connec
teur interpropositionnel sont appelées pauses interpropositionnelles.
Considérant que les pauses qui suivent un connecteur
favorisent principalement, elles aussi, la planification de la proposition
subordonnée en relation à la proposition principale, nous les catégorisons
de la même façon (ces pauses sont très peu fréquentes dans nos corpus).
Les pauses interpropositionnelles peuvent être différenciées selon le type
de connecteur qu'elles accompagnent (a = coordonnées, ß = subor
données dites circonstancielles, * — subordonnées relatives, complétives,
interrogatives indirectes ; cf. Bastien et Noizet, 1976).
— Les pauses de juxtaposition
Les pauses de se situent à la frontière de deux structures
complexes non reliées en surface par un connecteur interpropositionnel.
Ajoutons enfin, qu'une fois la consigne de production donnée, le
parleur peut s'octroyer une latence initiale. La latence finale est le temps
qui sépare la requête de la formule de politesse (qui n'a pas été prise en
compte dans l'analyse).
— • Extrait d'un corpus
L'application de la catégorisation qui vient d'être exposée est illustrée
à l'aide de l'extrait de corpus présenté ci-après. Dans ce corpus, les
pauses sont numérotées. A la suite de l'extrait, la durée et la catégori
sation syntaxique de chaque pause sont précisées.
« (1) je serais heureux que tu puisses m'aider à trouver un log
ement (2) pour l'année universitaire (3) parce qu'il m'est difficile de
retourner chez moi (4) tous les jours (5) avec le bus (6) bien sûr il faudrait
que (7) que cet (8) enfin que cet appartement soit (9) pas très cher (10)
meublé (11) et il faudrait aussi que je puisse (12) cuisiner (13) au lieu
d'être obligé (14) pour pas être obligé d'aller au restaurant (15) je sais...
(production pour un destinataire familier).
pic = pause intrapropositionnelle constitutive ;
piMc = de modificateur de constituant ;
pimp = pause de de proposition ;
pip = interpropositionnelle ;
pj = pause de juxtaposition.
1 = latence initiale (1 241 ms) ; 2 = pimp (685 ms) ; 3 = pip (764 ms);
4 = pimp (347 ms) ; 5 = pimp (388 ms) ; 6 = pj (1 305 ms) ; 7 = pip
(875 ms) ; 8 = pip (315 ms) ; 9 = pic (708 ms) ; 10 = pic (521 ms) ;
11 = pip (1 713 ms) ; 12 = pic (403 ms) ; 13 = pip (803 ms) ; 14 = pip
(968 ms) ; 15 = pj (2 250 ms).
/p V Annie Piolai 384
En outre, les pauses ont été catégorisées en fonction du rang d'émis
sion des propositions. En effet une proposition peut être caractérisée
par son rang d'émission dans la structure complexe à laquelle elle
appartient. La pause intrapropositionnelle a le rang de la proposition
dans laquelle elle apparaît (de 1 à 5 et +). La pause interpropositionnelle
a le rang de la proposition qu'elle précède. Ce dernier type de pause ne
peut apparaître qu'avant la deuxième proposition émise dans la structure
complexe (de 2 à 5 et +).
2.3. Mesure des pauses et variables dépendantes
Pour l'enregistrement et la mesure de la durée des pauses9 (cf. fig. 1),
un montage électronique a été conçu par J.-C. Gedin. Le déclenchement
du chronomètre étant instantané, il est facile de repérer le
lieu d'occurrence de la pause sur la retranscription du corpus, tout en
écoutant l'enregistrement au magnétophone. La durée est affichée sur
l'imprimante. Toutes les pauses supérieures à 300 ms ont été recensées
(les pauses dites d'articulation dont la durée est inférieure à ce seuil
ne sont pas retenues).
La totalité des pauses de chaque parleur a été prise en compte pour
l'élaboration des résultats. Pour catégorie de pause et par parleur
ont été retenues deux variables dépendantes :
a) la durée moyenne des pauses ;
b) le taux d' 'occupation moyen des pauses.
commande
à pédale
redécîenchable
Fig. 1. — Schéma du montage utilisé pour localiser
et mesurer la durée des pauses
9. J.-C. Gedin est technicien électronicien à Tuer de Psychologie de
l'Université de Provence. Localisation des pauses 385
La deuxième variable dépendante permet d'opérer une pondération.
Pour chaque parleur, les occurrences d'une catégorie de pause ont été
divisées par les occurrences des intervalles syntaxiques correspondants.
Par exemple, un sujet a émis n pauses interpropositionnelles. Ces n pauses
sont divisées par la totalité des interpropositionnels que l'on
dénombre dans la production de ce sujet. Cette pondération permet
une meilleure comparaison des différentes catégories de pause que ne
le fait le classique calcul de taux relatif de chaque catégorie par rapport
à l'ensemble des pauses. Grosjean et Deschamps (1975) ont partiell
ement effectué cette pondération qu'ils appellent « remplissage de
pauses » (p. 167-168).
Dans les règles de calcul que nous nous sommes données, les taux
d'occupation peuvent être supérieurs à 1 pour trois raisons :
a) Une hésitation (du type « Heu ») peut interrompre une pause silen
cieuse. Compte tenu du mode de recueil électronique des pauses,
deux pauses silencieuses sont alors comptabilisées. Ce cas est peu
fréquent, sauf pour les pauses de juxtaposition.
b) Nous avons choisi un mode de calcul particulièrement majorant
pour les pauses intrapropositionnelles constitutives : il y a fréquem
ment plus d'une pause par proposition et nous les avons divisées
par les occurrences des propositions. Choisir comme dénominateur
les de tous les intervalles entre les mots des propositions
ne nous a pas paru pertinent.
c) Dans un intervalle interpropositionnel, deux pauses peuvent se
manifester : avant l'émission et après l'émission du connecteur
interpropositionnel. Ce cas de figure est très rare.
Ces variables dépendantes ont fait l'objet de plusieurs analyses de
la variance selon le plan :
S13<G2>*T
G = destinataire familier (Gt = Fa) vs destinataire non familier
(Gs = NFa) ;
T = facteur de catégorisation syntaxique se définissant de façon diffé
rente (par exemple, type de connecteur interpropositionnel, rang
d'émission de la proposition, etc.). Les modalités de T dépendent
de la catégorisation en jeu.
3. RÉSULTATS
3.1. Caractéristiques temporelles globales
de la production
Le débit moyen est de 1,60 mots/s. Le parleur s'accorde
une latence plus longue avant de commencer son émission

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