Lois de la sensation et de la perception. Synesthésies. Illusions et sens spatial. - compte-rendu ; n°1 ; vol.43, pg 530-544

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L'année psychologique - Année 1942 - Volume 43 - Numéro 1 - Pages 530-544
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1942
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a) Lois de la sensation et de la perception. Synesthésies.
Illusions et sens spatial.
In: L'année psychologique. 1942 vol. 43-44. pp. 530-544.
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a) Lois de la sensation et de la perception. Synesthésies. Illusions et sens spatial. In: L'année psychologique. 1942 vol. 43-44.
pp. 530-544.
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V. — Sensation et perception
1° Généralités
a) Lois de la sensation et de la perception
Synesthésies . Illusions et sens spatial
573. — J. PIAGET, M. LAMBERCIER, E. BÇESCH et B. von
ALBERTINI. — Introduction à l'étude des perceptions ehez
l'enfant et analyse d'une illusion relative à la perception visuelle
de cercles concentriques. — Ar. de Ps., XXIX, 1942, p. 1-107.
Dès les études classiques de Helmholtz et de Hering sur les
constances perceptives, la question s'est posée des relations entre la
perception et l'intelligence. On sait que pour Helmholtz ces cons
tances impliquaient des raisonnements inconscients, tandis que pour
Hering, elles étaient indépendantes de l'intelligence (puisque la
connaissance des données objectives ne change rien à une illusion
perceptive) et s'expliquaient par des régulations purement physio
logiques. La question a été renouvelée par la critique de la notion de
sensation, mais aujourd'hui la même opposition reparaît entre les
différents interprètes de la Gestalttheorie, puisque les Gestaltistes
orthodoxes reprennent, en l'élargissant, la notion de régulation
physiologique, tandis que l'école de Weizsäcker et de Brunswick
revient à l'idée d'une construction psychologique.
Piaget reprend la question par la méthode suivante : il exprime-
le système des rapports perceptifs dans le langage du groupement
logique ; les différences entre cette expression idéale et les faits déter
mineront la part de transformations non compensées caractéristique
de la perception. Si l'on constate, alors, que cette différence diminue
peu à peu avec l'âge, on aura prouvé que la réversibilité n'est pas
une propriété immédiate, mais qu'elle se développe progressivement,
et qu'il y a continuité entre la perception et la connaissance intel
lectuelle.
Reprenant l'étude d'une illusion signalée par Delbœuf , il propose
à ces sujets de choisir, parmi six cercles A2 de grandeur différente, celui
qui leur paraît égal à un cercle A entouré d'un cercle concentrique A'.
L'expérience a été faite sur des enfants de 5 à 8 ans, et sur des adultes.
Dans ces conditions la grandeur du cercle A est en général sous-
estimée ; l'illusion présente, à tout âge, un maximum quand le
A3 rapport -r-, = - . Mais on observe un renversement du sens de l'illusion
quand le cercle extérieur devient très grand par rapport au cercle
intérieur f ! maximum pour — A , = - 1 \ J , l'illusion négative étant d'ail
leurs notablement plus faible que l'illusion positive. — Enfin, pour
A une même valeur du rapport -r-7, diminue à mesure que
les figures s'agrandissent.
Mais d'autre part certaines variations sont fonction de l'âge. :
SENSATION ET PERCEPTION. GÉNÉRALITÉS 53Ï
11 va, des enfants aux adultes, de moins en moins d'écart entre les
A '
illusions qui correspondent aux variations du rapport -t-, . Les ilhi-
sions négatives diminuent avec l'âge, ainsi que les différences dues
à la grandeur absolue des figures.
11 y a donc à la fois un effet d'assimilation et un effet de diss
imilation des deux cercles concentriques. Pour l'intelligence, ces deux
effets se compensent exactement et la correction de l'illusion est.
complète. Pour la perception, tantôt l'un, tantôt l'autre des deux
effets est prépondérant, selon les conditions de l'expérience, qui
agissent ici causalement et non logiquement.
11 y a régulation quand la variation objective tend à produire
une variation subjective de sens contraire qui modère l'illusion (par
exemple quand l'accroissement de la différence des rayons favorise
une assimilation compensatrice). Or l'expérience montre que l'impor
tance des phénomènes de régulation augmente avec l'âge. L'illusion
est sensible à une éducation.
Piaget développe, pour expliquer ces faits, une théorie fondée sur
les notions de centration et de décentration ; il appelle centration la
réunion des rapports perceptibles à partir d'une même position du
regard ; la décentration résulte de la coordination de toutes les
centra tions possibles pour une figure donnée. Si l'on pose en principe
que, dans une centration, la zone périphérique est sous-estimée par
rapport à la zone centrale, et d'autant plus qu'elle en est plus éloi
gnée, on voit que la décentration réduira l'illusion dans une mesure
qui dépend des dimensions relatives et absolues des éléments de la
ligure et l'on comprend, sans que nous puissions ici entrer dans les
détails, comment ces hypothèses peuvent fournir une explication
des données de l'observation. Insistons sur le fait que parler de réu
nion et de coordination des perspectives successivement obtenues par
les déplacements du regard, ce n'est plus parler le langage de la
physiologie, mais celui de la logique. C'est reconnaître la parenté entre
les organisations perceptives, qui se traduisent dans les aspects des
choses, et les opérations intellectuelles, qui conduisent à leur connais
sance objective ; c'est revenir, en un sens, à une interprétation voisine
de celle de Helmholtz, puisque la constance (imparfaite) des objets
dans la perception est déjà attribuée à des opérations logiques vir
tuelles, inconscientes. P. G.
574. — JEAN NOGUÉ. — Esquisse d'un système des qualités sen
sibles. — In-8° de 434 pages. Paris, Presses Universitaires, 1943.
Prix : 100 francs.
Cet ouvrage posthume de J. N., mort si prématurément en 1940,
à l'âge de 41 ans, à Stockholm, où il dirigeait l'Institut français» est
préfacé par Emile Bréhier, qui rappelle que N. fut élève, à Strasbourg,
de Pradines et de Lavelle, dont l'enseignement, si différent qu'il fût,
convergeait vers une philosophie de l'expérience sensorielle.
N. avait déjà consacré une thèse, en 1937, à « La Signification
ilu sensible », dans laquelle la qualité sensible apparaissait, non
comme une donnée pure, objet de simple contemplation, mais 532 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
comme un symbole indispensable pour comprendre l'univers et agir
sur lui.
Il restait à développer cette conception, en montrant la « liaison
intime et inévitable .» de chaque qualité « avec les cadres d'action et
de pensée^qu'elle sert à nous représenter ». C'est ce que N. avait
entrepris dans l'ouvrage qu'il n'a pu terminer et auquel manquent un
chapitre sur l'audition ainsi que les conclusions générales.
Ce livre de philosophie, fort intéressant, relève évidemment
beaucoup plus de l'art que de la science.
On y trouve de fines observations, des auto-analyses approfondies,
exposées avec une étonnante richesse verbale, fignolées à l'extrême,
et permettant par exemple de consacrer 18 pages au dur et au mou.
Il y a un remarquable effort de description du sensible par le
discours.
Sur bien des points, il y aurait à relever des assertions discuta
bles ou des erreurs (notion de poids où se trouve méconnue la carac
téristique de densité des objets, méconnaissance de l'adhésif, à-côté
du poli et du rugueux, affirmation que T « intensité lumineuse »
augmente quand un objet avance, etc.). Mais il y a aussi beaucoup de
fines remarques et d'intéressantes interprétations : Les qualités
tactiles comme perceptions complexes résultant d'un jeu sensoriel
multiple avec un rôle essentiel d'une exploration active (le dur comme
résistance à l'effort, le mou comme retardateur du mouvement) ;
la discontinuité psychologique jouant un rôle essentiel dans les
perceptions de temps et de mouvement (à rencontre de la conception
bergsonienne de la durée psychologique, avec la notion du « laps de
temps ») ; l'analyse de synesthésies affectives, etc.
Mais, encore une fois, il ne faut pas voir dans cet ouvrage, pas
plus que dans ceux de Pradines ou de Lavelle, une étude psycholo
gique. Il s'agit d'une œuvre de philosophie générale. H. P.
575. — YVES LE GRAND. — Sur la théorie des sensibilités différent
ielles. — C. R., CCXVII, 1943, p. 407-409.
Envisageant la possibilité d'un mécanisme de la vision centrale
par un système de trois types de cônes (schéma trichromatique)
reliés à un nombre n de centres (au moins égal à 3), l'auteur établit
une théorie mathématique de la sensibilité différentielle aux couleurs
(pour la discrimination des nuances), à partir de la colorimétrie
classique et de ses coefficients X, Y, et Z caractérisant les diverses
radiations (en nuance, pureté et brillance).
Il détermine une formule d'évaluation de la probabilité pour que
l'un des n centres confonde deux lumières données (reste au-dessous
du seuil différentiel) à même niveau de brillance.
Et il confronte sa déduction à des résultats expérimentaux, ceux
de Priest et Brickwedde sur la pureté minima perceptible, au seuil
de différenciation d'une couleur d'avec le blanc.
Les résultats doivent satisfaire à des conditions de forme
A {x — x0) +B {y — y0) = 1
où x et y désignent les coordonnées trichromatiques du mélange*
lumineux comparé au blanc et xoyo celles du blanc. SENSATION ET PERCEPTION. GÉNÉRALITÉS 533
Or l'expérience vérifie les prévisions de manière très satisfaisante.
Avec des valeurs de A égales à — 400 et de B = 160, pour les radia
tions inférieures à 550 mix, et des valeurs respectives de 310 et 0 pour
celles supérieures à 570, on peut représenter toutes les mesures par
deux équations linéaires seulement. La comparaison de la pureté
minima perceptible calculée avec celle qu'ont trouvée les auteurs
pour 40 radiations monochromatiques montre leur accord remar
quable (les valeurs calculées s'intercalent entre les valeurs indivi
duelles des deux auteurs). H. P.
576. — H. AUTRUM. — Ueber kleinste Reize bei Sinnesorganen
(Sur les plus petits stimuli efficaces pour les organes sensoriels) . ■ —
Bi. Zentr., LXIII, 1943, p. 209-236.
Quelles sont les intensités énergétiques minimales ?
Pour l'ouïe humaine, d'après Waetzmann et Keits, entre les
valeurs trop élevées de Sivian et White et trop basses de Wien il faut
envisager 10~10 ergs/sec."1 ; pour la vision crépusculaire de l'homme,
Gildemeister a trouvé une valeur identique pour le flux devant
atteindre 1 cm2 d'ouverture pupillaire, en longueur d'onde optima,
et les valeurs de von Kries, à 507 nifx, de Buisson, de Reeves, sont
seulement un peu supérieures (5,6 à 17,1) ; pour l'organe subgénual
des Insectes, d'après les recherches de l'auteur sur la Blatte, à
l'optimum de 1.400 hertz, l'amplitude minima efficace est de
0,04 angstrom, avec une intensité probable de 5,9 . 10~10 ergs/sec."1 ;
enfin, toujours d'après ses recherches, A., sur le Dectique- et la
Sauterelle verte, arrive à 2,2 . 10~10 ergs/sec."1 par organe tympanique
récepteur (le double en tenant compte de l'excitation simultanée
des deux organes). Ces valeurs, presque identiques, sont telles qu'on
peut se demander si une augmentation de sensibilité serait encore
possible.
En faisant intervenir le temps utile, et en admettant pour la vue
et l'ouïe 0,5 sec. (alors qu'en réalité le temps actif est très différent
pour ces deux sens), A. adopte les valeurs de 2,8 . 10-10 ergs pour
la vue, 4,10-n à 2,10^10 pour l'ouïe et rappelle que von Kries a fixé,
par mesure directe, le minimum visuel à 1,3-2,6 . 10"10 ergs, dont
la moitié seulement parvient à la rétine après traversée des milieux
oculaires ; il cite les travaux de Hecht, Shlaer et Pirenne, aboutissant
à des valeurs de 2,2 à 5,7 . 10~10 ergs, dont 9 % seulement seraient
absorbés par le pourpre. Si on admettait l'efficacité d'un seul quan
tum, soit à 507 mpi, 3,9 . 10~12 ergs, alors qu'une molécule heurtant
le tympan d'après l'énergie du mouvement d'un gaz diatomique dans
la théorie cinétique, doit apporter un peu moins de 10~13 ergs, on
trouverait des valeurs plus basses que celles qui sont réellement
efficaces.
En matière d'olfaction, chez le mâle du Bombyx noir, la sub
stance sexuelle de la femelle, d'après Butenandt, agirait à la concent
ration d'un centième de y par ce, ce qui indique la possibilité d'action
d'une seule molécule. Pour la vue il faut compter 34 à 68 quanta
d'après les données de von Kries or, en un dixième de seconde, les
fluctuations statistiques dans l'apport des photons sont de l'ordre
de 30 à 45 % ; si la sensibilité était plus grande les fluctuations ren- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 534
draient indéterminée la perception de clarté (indétermination par
oscillation qui est, en fait, bien caractéristique du seuil) .
Pour l'organe tympanique des Locustides, la sensibilité friserait
la perturbation des fluctuations fortuites de pression, d'amplitude
probable; voisine de 2,8 . 10~3 \i bars (avec quelques incertitudes
de détermination), alors que le seuil de sensibilité correspond à
3 . 10~3 {x bars.
Les limites pour l'odorat humain, pour le goût ou pour le tact, se
montrent beaucoup plus élevées (action d'environ 5 . 108 molécules
de trinitrobutyltoluol, avec 50 ce. d'air d'après Valentin, de 1016 molé
cules de chlorhydrate de quinine, pression exercée sur un poil
de 2.000 ergs).
Les organes sensoriels ne doivent pas être excités par les processus
élémentaires, les cellules, prises isolément, paraissent pouvoir l'être ;
Kaha, Mœwus et JercheL (1938), ont montré qu'une seule molécule
de crocine pouvait mettre en mouvement un gamète immobile de
Chlamydomonas.
Un seul quantum peut sans doute exciter un bâtonnet isolé de
la rétine, mais le seuil de la sensation exige une réponse nerveuse pour
laquelle: il y a des phénomènes de sommation. Si une seule moléeule
agissait sur un récepteur olfactif isolé, cela impliquerait la réussite
de l'excitation simultanée de 108 réceptions. H. P.
577. — K. J. W. CRAIK. — Instruments and method for measuring
sensory events (Instruments et méthode de mesure de phénomènes
sensoriels). — J. of Scientific Instruments, XVIII, 1941, p. 1-9.
L'auteur envisage le rôle des appareils sensoriels dans les mesures
physiques, et, s'adressant plus particulièrement à la vision et à
l'audition, les sens les plus précis, rappelle leurs caractéristiques, au
point de vue de la sensibilité absolue et discriminative, en faisant
une grande place à l'influence, souvent négligée, de l'adaptation.
Il signale la tendance, dans la mesure, à tout ramener à une lecture
d'échelle par le procédé du vernier qui permet d'utiliser la discr
imination: spatiale la plus fine, de l'ordre d'un décalage juste percept
ible d'environ 5 secondes.
En ce qui concerne les mesures de brillance et de sonorité, on se
heurte à la difficulté de l'évaluation de l'efficience de l'énergie mesur
ée au moyen des appareils permettant l'emploi d'échelles, en raison
de la grande variabilité individuelle de cette efficience.
Discutant la question des mesures d'intensité, pour lesquelles on
procède à des égalisations, à dès annulations de différence, il réfute
uncertain nombre des objections faites à toute possibilité de mesure
sensorielle, et examine les tentatives auxquelles on s'est livré.
Après avoir dit quelques mots des essais récents d'évaluation
fondés sur la fréquence des influx afférents dans une fibre isolée du
nerf sensible, il envisage l'intégration fechnérienne, pour laquelle il
faut substituer à la courbe logarithmique la sigmoïde qu'implique
la variabilité du seuil différentiel relatif. Il réfute certaines des objec
tions à cette intégration, signale une fois de plus le rôle trop négligé
de l'adaptation* et insiste sur l'absence de démonstration de la valeur
de l'échelon différentiel comme unité stable. La mesure ainsi fondée SENSATION ET PERCEPTION. GÉNÉRALITÉS 535
équivaut à l'emploi d'un galvanomètre dont on ne connaîtrait pas
les caractéristiques.
Il passe ensuite aux tentatives d'appréciation directe de bri
llances ou sonorités doubles ou moitiés, donnant aussi avec Stevens,
pour l'ouïe, une courbe sigmoïde des intensités. Mais les mesures
manquent de cohérence.
Quant au postulat que les intensités des sensations des deux yeüx,
ou des deux oreilles, s'additionnent arithmétiquementr, il n'en admet
pas la validité dans le domaine de la vue, et, tout en le reconnaissant
valable pour l'ouïe (alors qu'il y a là une inference erronée basée sur
l'égalité d'action d'un stimulus sonore binauriculaire et d'un stimulus
double mono-auriculaire), il ne pense pas qu'on puisse fonder sur
cette donnée une échelle de sensations.
Mais, mettant en évidence l'importance pratique des mesures
■en matière d'éclairements ou de bruits, il maintient le droit à de
telles mesures. L'objection fondée sur l'impossibilité de réaliser des
additions avec les sensations ne porte pas, car il y a des quantités
physiques qui, susceptibles aussi de s'égaliser, ne peuvent pas
s'additionner, comme les densités.
En terminant il décrit quelques appareils et quelques tests utilisés
<lahs la mesure. H. P.
578. — L. SCHILLER. — Ganzheitliche Auffassung und Persönl
ichkeitstypus (Perception globale et type personnel). — Z. f. Ps.,
1942, 153, p. 43-80.
On a beaucoup cherché dans les modalités de la perception, un
ândice caractérologique.
C'est à cette méthode que se rattachent les expériences de l'au
teur. Il présente à ses sujets différents modèles de l'illusion de
Muller-Lyer et leur fait régler la longueur d'une des lignes de manière
qu'elle leur paraisse égale à l'autre. • — Une expérience analogue est
faite ensuite avec le parallélogramme de Sander. Enfin, les mêmes
personnes sont soumises au test des taches d'encre de Rorschach. —
Le travail contient une étude détaillée des effets particuliers des
différents modes de présentation de la figure de Müller-Lyer. Mais
d'une façon générale on peut distinguer deux groupes de sujets, selon
Ja grandeur de l'illusion, et cette différence paraît correspondre au
caractère plus global ou plus analytique de leur perception. Les résul
tats obtenus avec la figure de Sander sont tout à fait comparables à
ceux de la figure de Müller-Lyer (corrélation de 0,73 entre les class
ements des sujets dans les deux épreuves). — - Mais, si l'on interprète
les résultats du test des taches d'encre selon les principes posés par
Rorschach, on ne trouve pas de corrélation entre les indications qu'il
fournit sur la perception globale et celles que donnent les tests d'illu
sion optico-géométrique. On ne peut donc parler de disposition géné
rale à l'analyse ou au syncrétisme : ces attitudes dépendent des objets
sur lesquels portent les expériences. Par contre le syncrétisme, dans
les tests géométriques, se rencontre dans la proportion de 90 % chez
les sujets sensibles à la couleur dans le test des taches d'encre, tandis
que la tendance analytique correspond dans 70 % des cas à la prépon
dérance de la forme. P. G. 536 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
579. — G. RÉVÉSZ. — De geestelijke activiteit bij de waarneming
(L'activité de Vesprit dans la perception). — Alg. Néd. Tijd. v.
Wijsb., XXXIV, 5, 1941, p. 293-303.
La perception s'explique par le fait que l'esprit intègre les don
nées sensorielles et les expériences antérieures dans un tout ayant
une signification. Cette activité synthétique est conditionnée notam
ment par les tendances, par l'imagination et par le langage. Ce dernier
joue donc un rôle dans la constitution de l'image que nous nous
formons du monde extérieur. R. P.
580. — A. G. WESMAN, P. EISENBERG. — The perception of
relationship in human adults (Perception de la relation chez des
adultes humains). — J. of exp. Ps., XXVIII, 1941, p. 63-76.
Étude entreprise pour étendre aux adultes humains l'expérience
de Kœhler faite sur des singes, pour voir si ceux-ci distinguent les
qualités absolues ou seulement leurs relations. Les résultats des
expériences des auteurs, faites sur 117 étudiants, avec des formes
géométriques de grandeur et de couleur différentes, montrent que la
perception des relations est plus fréquente (69,4 %) que celle des
qualités absolues (19,9 %). On trouve aussi des réponses indiffé
rentes (10,7 %). Le renversement de l'ordre de présentation des
figures n'a pas. révélé d'influence des figures elles-mêmes sur le type
de la réponse. Soixante-quatorze individus ont répondu avec cons
tance : 43 ont varié, d'une catégorie à l'autre (relatif, absolu).
Parmi ces derniers, le nombre des réponses indiquant des perceptions
de relations a progressivement augmenté au cours de l'expérience. Ces
faits posent de nouveaux problèmes : 1) la découverte des réponses
« indifférentes » demande une révision des études antérieures faites sur
ce sujet ; 2) bien que les résultats montrent que la réponse la plus fr
équente porte sur des relations, rien ne montre que cette forme de per
ception soit fondamentale ; 3) la grandeur de l'intervalle entre les
figures peut être plus grand que celui que les recherches antérieures
indiquaient comme favorable à la perception des relations. V.
581. — D. KATZ. — Gestaltgesetze des Körper- Erlebnisses (Lois de
structure de V expérience corporelle). — Acta paediatrica, XXX,
p. 389-405.
Dans une série d'exemples, K. met en évidence le fait que le
corps agit comme un tout.
Il envisage en particulier les activités du type « mâchoire », dans
lesquelles les efforts qui s'opposent sont fortement sous-estimés :
un soulèvement de poids de 5 kg. paraît équivalent à une pression
dynamométrique quadruple.
Et il expose les résultats de ses multiples recherches sur les
pressions exercées dans l'attitude équilibrée qui fait porter le poids
du corps sur l'un et l'autre pied, ainsi que sur la région antérieure
ou postérieure de la surface d'appui. H. P.
582. — O. LAUENSTEIN. — Sehatteneharakter und Dingcharakter
(Caractère d'ombre et caractère de chose). — Z. f. Ps., 1942, 154,
p. 203-214.
Communication provisoire sur des expériences interrompues par :
SENSATION ET PERCEPTION. GÉNÉRALITÉS 537
la guerre. Il s'agissait de déterminer à quoi l'on reconnaît une ombre
portée, et comment on la distingue d'un objet sombre ou d'une tache
sur le fond clair. On présentait au sujet les ombres portées par des
figures (invisibles) découpées dans du carton ; on faisait varier,
au cours des épreuves, la netteté du contour de l'ombre et la diffé
rence de clarté avec le fond. Les sujets décrivent soit un objet, soit
une tache, soit une ombre. expériences permettent d'éliminer
l'hypothèse d'un phénomène de « transformation ■» qui permettrait
d'attribuer une couleur propre à la partie du fond sur laquelle
l'ombre se projette, comme si on la voyait par transparence (par suite
d'une dissociation de la couleur et de l'éclairement dans la percept
ion). Une région sombre est vue comme chose quand elle présente
avec le fond un contraste vigoureux de clarté et que son contour est
net (l'une des deux conditions pouvant, jusqu'à un certain point,
compenser l'absence de l'autre). Quand elle présente les caractères
opposés, elle est vue comme une tache sur le fond ; enfin, pour des
valeurs moyennes des deux variables (netteté du contour et contraste
de clarté) , elle apparaît comme une ombre portée. P. G.
583! — R. M. CRUIKSHANK. — A note on the influence of praise
and reproof upon Size constancy (Note sur V de la louange
et de la réprobation sur la constance de V appréciation visuelle des
grandeurs). — J. of exp. Ps., XXIX, 1941, p. 524-527.
Les jugements des sujets sont influencés par les louanges ou les
reproches : en s'efforçant d'améliorer leurs résultats dans le choix
d'un carré égal à un carré donné, ils choisissent un carré qui s'éloigne
davantage des conditions requises. Ces résultats sont semblables à
ceux de Holaday (1933), Klimpfinger (1933), Henneman (1935).
L'auteur n'a pu déterminer si l'influence prolongée de la réprobation
seule ou celle de la louange seule ont le même effet. V.
584. — J. PIAGET et M. LAMBERCIER. — La comparaison visuelle
des hauteurs à distance variable dans le plan fronto-parallèle. —
Ar. de Ps., 1943, XXIX, p. 173-253.
L'expérience consiste à comparer deux à deux dans le plan frontal
des règles de bois verticales dont l'écartement varie de 0 m. 03 à
3 mètres. L'étalon ou le mesurant a uniformément 10 cm. de long :
l'objet variable ou le mesuré présente des variations de longueur
de 1 à 25 cm. On détermine l'étendue des seuils d'égalité, c'est-
à-dire l'écart entre la plus grande et la plus petite longueur jugées
égales à l'étalon, et l'erreur systématique, c'est-à-dire l'écart entre
l'étalon et le médian du seuil d'égalité. Cette erreur est fonction de
la distance entre les objets comparés. Aux grandes distances le
mesurant est surestimé, le mesuré sous-estimé ; c'est l'inverse aux
pe-tites distances.
Il n'y a donc pas, au niveau de la perception, réversibilité dans
les rapports entre le mesurant et le mesuré. Piaget explique cette
dissymétrie par son hypothèse de la centration. Aux grandes dis
tances, le regard se déplace ; il va de l'étalon à l'objet à mesurer ;
il faut transporter en quelque sorte le premier sur le second ; il y aura
donc fixation particulière de l'étalon à transporter et par conséquent ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 338
surestimation (d'après l'hypothèse que l'objet vu en vision centrale
est surestimé par rapport à l'objet périphérique). Aux petites di
stances, par contre, il n'y a pas fixation privilégiée de l'étalon, parce
que celui-ci forme avec l'objet une figure dont tous les éléments sont
simultanément donnés -, il n'y aura donc pas d'illusion ou même il y
aura tendance au renversement de l'illusion, la fixation se portant
plutôt sur l'objet nouveau et variable.
Les seuils d'égalité s'étendent avec la distance parce qu'aux
distances il y a une double fixation, l'une au départ, l'autre à l'arr
ivée : elles agissent en sens contraire et tendent à produire un nive
llement des différences objectives.
Pour que l'erreur systématique soit réduite, il faut que le sujet
soit obligé de considérer chaque terme tantôt comme étalon, tantôt
comme terme à mesurer (par exemple quand on lui demande d'expri
mer son jugement tantôt sous la forme A > B, tantôt sous La
forme B < A — , ou quand on fait varier, d'une épreuve à l'autre,
la place de l'étalon, ce qui masque son identité.
Le « transport » dont il a été question plus haut est-il assimilable
à un dans le temps, et repose-t-il sur la conservation d'un
.souvenir de l'étalon ? Non, car des expériences de contrôle, dans
lesquelles la comparaison repose réellement sur la mémoire* montrent
que l'erreur systématique est diminuée dans ce cas (en même temps les seuils s'élèvent) par rapport au cas de la comparaison
perceptive.
Fait important pour l'interprétation des expériences, l'erreur
systématique diminue avec l'âge. L'adulte a acquis une aptitude plus
grande à la permutation des fonctions du mesurant et du mesuré.
P. G.
585. — J. PIAGET et M. LAMBERCIER. — Le problème de la compar
aison visuelle en profondeur (constance de la grandeur) et
Terreur systématique de l'étalon. — Ar. de Ps., 1943, XXIX,
p. 255-308.
Dans des expériences (rapportées d'autre part), P. et L. faisaient
comparer des longueurs verticales dans le même plan frontal. Ils
ajoutent ici à la différence de distance latérale de ces objets une
différence de distance en profondeur et abordent ainsi le problème
de la constance de la grandeur des objets. Les études de nombreux
auteurs ont montré que l'enfant est capable de juger correctement
de la grandeur d'objets visibles à différentes distances, malgré les
variations de grandeur de leurs images rétiniennes ; mais le pourcen
tage des sujets capables de cette appréciation correcte augmente
avec l'âge. Les expériences de P. et L. montrent que la question est
complexe ; la constance en profondeur est le résultat statistique de
tout un système de régulations. Ils insistent surtout sur un aspect
négligé de ce phénomène. Dans les mêmes conditions objectives, les
résultats varient quand on intervertit les rôles du mesurant et du
mesuré, c'est-à-dire de l'objet étalon et de l'objet variable. De même
que la comparaison dans le plan frontal, la comparaison en profondeur
donne lieu à un transport mental de l'étalon, qui exige sa fixation
préalable et entraîne sa surestimation (que l'objet étalon soit le

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