Maintien durable de l'orientation de l'attention en écoute dichotique: comparaison entre un avertisseur verbal et un avertisseur sonore latéralisé - article ; n°1 ; vol.96, pg 31-52

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 1 - Pages 31-52
Résumé
Cette recherche porte sur l'efficacité du maintien de l'orientation attentionnelle auditive en fonction de la nature de l'avertisseur utilisé (sémantique où sonore latéralisé) et de la durée séparant la présentation de l'avertisseur de la présentation de la cible (1,5 et 3 s) dans une tâche de détection de cible (lettre) présentée dichotiquement avec un distracteur.
On observe une interaction entre le facteur type d'avertisseur et le facteur durée de l'intervalle séparant l'avertisseur de la cible : la latence de la détection d'une cible verbale présentée à l'oreille indiquée par l'avertisseur est signifîca-tivement plus longue lorsque l'oreille attentive est l'oreille gauche, l'intervalle long (3 s) et l'avertisseur un clic sonore latéralisé que dans les autres conditions. Ces résultats suggèrent que l'orientation de l'attention se dissipe plus rapidement à l'oreille gauche lorsque l'avertisseur est un signal sonore. Ces résultats sont discutés dans le cadre d'une distinction théorique entre une forme d'orientation de l'attention déployée volontairement et une forme d'orientation de l'attention capturée automatiquement. Ils justifient cette méthodologie de l'attention «forcée» en écoute dichotique.
Mots-clés : orientation de l'attention, écoute dichotique, perception auditive.
Summary: Auditory orienting of attention in dichotic listening.
An experiment examined how the orienting of auditory attention is maintained over time (front 1,5 seconds to 3 seconds) as a function of cue type (the words « right » or « left » presented binaurally, or a lateralized tone cue). The hypothesis is that, for the longest delay between cue and target, orienting attention to one ear determined by the cue words «left» and «right» presented binaurally leads to a better detection of verbal targets presented dichotically with distractors as compared to orienting determined by a peripheral sound presented only in the to-be-attended ear. Two rates of presentation of the dichotic stimuli pairs were used, resulting in cue/target delays of 1,5 seconds (fast rate) and 3 seconds (slow rate). Two dummy pairs which never contained any target were also inserted between the cue and the target.
The main result is an interaction between cue type and the rate of presentation. The mean latency of a correct verbal response was slowest in the left attended ear at a slow rate and when the cue was a lateralized tone. This result suggests that attentional focusing is more easily dissipated when orientation is provoked by a lateralized tone eue. This interpretation is discussed in the context of Posner's (1980) and Mondor and Bryden's (1992a, b and c) proposed distinction between deliberate endogenous orienting and automatized exogenous orienting. This distinction stresses the fact that deliberate orienting of auditory attention leads to a more robust focusing (longer lasting and more resistant to distraction) than automatic exogenous orienting.
Key words : orientation of attention, dichotic listening, auditory perception.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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J.-F. Camus
Maintien durable de l'orientation de l'attention en écoute
dichotique: comparaison entre un avertisseur verbal et un
avertisseur sonore latéralisé
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 31-52.
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Camus J.-F. Maintien durable de l'orientation de l'attention en écoute dichotique: comparaison entre un avertisseur verbal et un
avertisseur sonore latéralisé. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 31-52.
doi : 10.3406/psy.1996.28876
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_1_28876Résumé
Résumé
Cette recherche porte sur l'efficacité du maintien de l'orientation attentionnelle auditive en fonction de la
nature de l'avertisseur utilisé (sémantique où sonore latéralisé) et de la durée séparant la présentation
de l'avertisseur de la présentation de la cible (1,5 et 3 s) dans une tâche de détection de cible (lettre)
présentée dichotiquement avec un distracteur.
On observe une interaction entre le facteur type d'avertisseur et le facteur durée de l'intervalle séparant
l'avertisseur de la cible : la latence de la détection d'une cible verbale présentée à l'oreille indiquée par est signifîca-tivement plus longue lorsque l'oreille attentive est l'oreille gauche, l'intervalle
long (3 s) et l'avertisseur un clic sonore latéralisé que dans les autres conditions. Ces résultats
suggèrent que l'orientation de l'attention se dissipe plus rapidement à l'oreille gauche lorsque
l'avertisseur est un signal sonore. Ces résultats sont discutés dans le cadre d'une distinction théorique
entre une forme d'orientation de l'attention déployée volontairement et une forme d'orientation de
l'attention capturée automatiquement. Ils justifient cette méthodologie de l'attention «forcée» en écoute
dichotique.
Mots-clés : orientation de l'attention, écoute dichotique, perception auditive.
Abstract
Summary: Auditory orienting of attention in dichotic listening.
An experiment examined how the orienting of auditory attention is maintained over time (front 1,5
seconds to 3 seconds) as a function of cue type (the words « right » or « left » presented binaurally, or a
lateralized tone cue). The hypothesis is that, for the longest delay between cue and target, orienting
attention to one ear determined by the cue words «left» and «right» presented binaurally leads to a
better detection of verbal targets presented dichotically with distractors as compared to orienting
determined by a peripheral sound only in the to-be-attended ear. Two rates of presentation of
the dichotic stimuli pairs were used, resulting in cue/target delays of 1,5 seconds (fast rate) and 3
seconds (slow rate). Two dummy pairs which never contained any target were also inserted between
the cue and the target.
The main result is an interaction between cue type and the rate of presentation. The mean latency of a
correct verbal response was slowest in the left attended ear at a slow rate and when the cue was a
lateralized tone. This result suggests that attentional focusing is more easily dissipated when orientation
is provoked by a lateralized tone eue. This interpretation is discussed in the context of Posner's (1980)
and Mondor and Bryden's (1992a, b and c) proposed distinction between deliberate endogenous
orienting and automatized exogenous orienting. This stresses the fact that deliberate of auditory attention leads to a more robust focusing (longer lasting and more resistant to
distraction) than automatic exogenous orienting.
Key words : orientation of attention, dichotic listening, auditory perception.L'Année psychologique, 1996, 96, 31-52
Laboratoire de Psychologie expérimentale
CNRS, URA 316
Université René Descartes1
MAINTIEN DURABLE DE L'ORIENTATION
DE L'ATTENTION EN ÉCOUTE DICHOTIQUE:
COMPARAISON ENTRE UN AVERTISSEUR VERBAL
ET UN AVERTISSEUR SONORE LATÉRALISÉ
par Jean-François CAMUS
SUMMARY : Auditory orienting of attention in dichotic listening.
An experiment examined how the orienting of auditory attention is
maintained over time (from 1,5 seconds to 3 seconds) as a function of cue
type (the words « right » or « left » presented binaurally, or a lateralized tone
cue). The hypothesis is that, for the longest delay between cue and target,
orienting attention to one ear determined by the cue words «left» and
«right» presented binaurally leads to a better detection of verbal targets
presented dichotically with distractors as compared to orienting determined
by a peripheral sound presented only in the to-be-attended ear. Two rates of
presentation of the dichotic stimuli pairs were used, resulting in cue/target
delays of 1,5 seconds (fast rate) and 3 seconds (slow rate). Two dummy
pairs which never contained any target were also inserted between the cue
and the target.
The main result is an interaction between cue type and the rate of
presentation. The mean latency of a correct verbal response was slowest in the
left attended ear at a slow rate and when the cue was a lateralized tone. This
result suggests that attentional focusing is more easily dissipated when
orientation is provoked by a lateralized tone cue. This interpretation is
discussed in the context of Posner's (1980) and Mondor and Bryden's
(1992a, b and c) proposed distinction between deliberate endogenous orienting
and automatized exogenous orienting. This distinction stresses the fact that
1 . 28, rue Serpente, 75006 Paris. 32 Jean-François Camus
deliberate orienting of auditory attention leads to a more robust focusing
(longer lasting and more resistant to distraction) than automatic exogenous
orienting.
Key words : orientation of attention, dichotic listening, auditory
perception.
L'objectif du présent travail vise à comparer les effets dura
bles (supérieurs à la seconde) de l'orientation de l'attention pro
duits par deux types d'avertisseurs différents sur la latence de
l'identification d'une cible présentée dichotiquement avec un
distracteur. Les deux types d'avertisseurs concernés sont d'une
part un « clic » sonore bref présenté uniquement dans l'oreille
vers laquelle le sujet doit orienter son attention et, d'autre part,
le mot «Gauche» ou «Droit» présenté binauralement (donc
perçu centralement par le sujet) spécifiant l'oreille vers laquelle
le sujet doit porter son attention. Nous faisons l'hypothèse que
le maintien durable de la focalisation attentionnelle sur une
oreille sera plus efficace avec un avertisseur de type sémantique
(les mots «gauche» ou «droite» présentés binauralement)
qu'avec un avertisseur de type bruit (clic sonore présenté dans
l'oreille vers laquelle le sujet doit porter son attention).
Depuis les travaux pionniers de Posner (1980) et de Posner
et Cohen (1984) on manipule l'orientation de l'attention en pré
sentant au sujet un avertisseur qui informe le sujet de l'endroit
probable de l'apparition de la cible quelques instants avant l'ap
parition de cette dernière. On observe alors que la détection
d'une cible effectivement présentée à cet endroit est plus rapide
et plus précise que si elle est présentée ailleurs (Posner, 1978;
Posner et Cohen, 1984 ; Müller et Rabbitt, 1989). Des résultats
analogues ont été observés dans l'orientation auditive, notam
ment à l'aide de protocoles d'écoute dichotique au cours des
quels les sujets sont avertis quelques instants avant la présenta
tion de la cible de l'oreille dans laquelle cette dernière est
susceptible d'être présentée (Mondor et Bryden, 1992c ; Bedard,
El Massioui, Pillon et Nandrino, 1993).
Néanmoins, la question de savoir si l'orientation de l'atten
tion est déployée de la même manière quel que soit le type
d'avertisseur utilisé demeure toujours irrésolue.
Dans le domaine de la perception auditive peu de recherches Orientation de l'attention en écoute dichotique 33
ont abordé cette question. Quelques recherches portant sur
l'orientation de l'attention auditive n'utilisent généralement
qu'un seul type d'avertisseur. Burke (1990) par exemple,
recourt à une indication sonore centrale pour orienter l'attention
d'enfants vers un signal pouvant apparaître dans un
haut-parleur, situé sur la gauche ou sur la droite du sujet. Il ne
trouve pas d'effet de l'orientation sur un temps de réaction
simple, ce qui est explicable par : 1 / le taux de prédictibilité de
50 % utilisé (l'endroit indiqué est valide dans 50 % des cas) ; et
2 / par une indication binaurale et non monaurale de la direction
à attendre. Pearson et Lane (1990, 1991) étudient le change
ment d'orientation de l'attention à l'aide d'un protocole
d'écoute dichotique. La tâche des sujets consiste à se focaliser
sur une oreille pour y détecter des cibles (des chiffres parmi des
lettres). Puis, à un signal donné, présenté dans l'oreille attent
ive, ils doivent changer d'oreille attentive (switch) ou non (non
switch) et poursuivre la même tâche. Le taux d'erreurs (omis
sions et intrusions) observé après le signal de réorientation
(condition switch) devient comparable à celui observé après le
signal de maintien (condition non switch) au bout de 2,4 s. Les
auteurs considèrent que cette durée correspond au temps néces
saire à la réorientation de l'attention auditive. Cette valeur éle
vée ne correspond ni aux données correspondant à la commutat
ion de l'attention visuelle (située autour de 400 ms : Sperling et
Reeves, 1980, Weichselgartner et Sperling, 1987) ni aux données
de Broadbent (1954, 1956) concernant la commutation auditive
située aux alentours de 500 ms, ni aux données récentes de Mon-
dor et Zatorre (1995) situant aussi aux alentours de 500 ms le
délai nécessaire pour engager l'attention auditive dans une
direction donnée.
Les travaux de Mondor et Bryden (1991, 1992a, 19926) étu
dient l'orientation de l'attention auditive à l'aide d'un avertis
seur sonore (eue) présenté dans l'une ou l'autre oreille. Les
auteurs s'intéressent à la manière dont cette orientation de l'a
ttention peut moduler un biais attentionnel, c'est-à-dire une dis
tribution asymétrique de l'attention entre les deux oreilles (Bry
den, Munhall et Allard, 1983). La tâche consiste à identifier la
syllabe (structure de type CV sans signification) présentée dans
l'oreille indiquée. L'oreille attentive est indiquée à l'aide d'un
signal sonore bref. Le délai temporel (asynchronie) séparant l'i
ndicateur (eue) de la paire dichotique varie. Seules les erreurs Jean- François Camus 34
sont analysées. Chez des sujets droitiers, les auteurs observent
que le biais attentionnel (plus d'erreurs à l'Oreille attentive
gauche — OAG) présent pour une asynchronie de 150 ms est signi-
ficativement réduit lorsque l'asynchronie est de 450 ms (Mondor
et Bryden, 1991). Ce qui indique que l'orientation de l'attention
vers la gauche module une orientation spontanée préférentielle
du sujet droitier vers la droite. Cette asymétrie de la distribu
tion spontanée de l'attention (biais vers l'oreille droite lorsque le
matériel est verbal; biais vers l'oreille gauche lorsqu'il s'agit
d'évaluer l'émotion d'un locuteur) est sensible à la difficulté de
la tâche. Par exemple, un biais vers l'oreille gauche (identifier
l'émotion — colère ou tendresse — d'un locuteur) se transforme en
biais vers l'oreille droite lorsque la cible a une intensité plus
faible que le distracteur dichotiquement présenté (Mondor et
Bryden, 1992a). Cette orientation automatique de l'attention à
l'aide d'un avertisseur latéralisé ne se réduit pas à un effet
d'alerte correspondant à une mobilisation non spécifique (au
sens où elle ne serait pas dirigée vers un endroit) des ressources
attentionnelles (Mondor et Bryden, 19926). Mondor et Bryden
(1992c) retrouvent en vision ce même biais attentionnel vers
Fhémichamp visuel droit. Celui-ci disparaît lorsque l'attention
est orientée à l'aide d'un avertisseur périphérique présenté
100 ms avant la cible.
Ragot et Guiard (1992) étudient la rapidité d'une réponse
manuelle effectuée avec la main gauche où la main droite en fonc
tion de l'ordre «gauche» ou «droit» présenté auditivement. Les
mots «gauche» ou «droit» peuvent être présentés aussi bien à
l'oreille gauche qu'à l'oreille droite. Indépendamment de l'oreille
de présentation et de la main concernée, les auteurs observent que
la latence de la réaction manuelle est plus élevée pour le mot
« gauche » que pour le mot « droit ». Ils attribuent cette différence
à un facteur sémantique de familiarité : le mot « droit » serait plus
familier que le mot «gauche». Dans cette recherche, les mots
«gauche» ou «droit» ne sont pas des avertisseurs mais des
signaux impératifs ordonnant l'exécution de la réponse manuelle.
Certains auteurs suggèrent que les mécanismes mis en jeu ne
seraient pas les mêmes selon que l'attention est orientée à l'aide
d'un avertisseur latéralisé apparaissant inopinément ou à central indiquant de manière symbolique
(flèche orientée) la direction probable d'apparition de la cible.
L'orientation attentionnelle peut être endogène, c'est-à-dire Orientation de l'attention en écoute dichotique 35
délibérément contrôlée par le sujet (push attention, Mondor et
Bryden, 1992a) ou exogène, c'est-à-dire capturée par le stimulus
(pull attention, Mondor et Bryden, 1992a). Jonides (1981), Yan-
tis et Jonides (1990), Yantis et Johnson (1990) suggèrent qu'un
signal périphériquement présenté déclenche automatiquement
une orientation de l'attention vers cet endroit ce qui facilite
ensuite l'identification d'une cible susceptible d'y être présentée.
Le caractère automatique de cette orientation est caractérisé
par les faits suivants : 1 / la facilitation de l'identification d'une
cible apparaissant à l'endroit indiqué ne souffre pas d'une aug
mentation de la charge mentale (Jonides, 1981); 2 /le bénéfice
(facilitation de la réponse correspondant à une cible apparais
sant à l'endroit indiqué) ne s'accompagne pas nécessairement de
coût (ralentissement de la réponse lorsque la cible n'apparaît pas
à l'endroit attendu), ce qui, en recourant aux critères définis par
Posner et Snyder (1975) et repris par Neely (1977), semble
signer un processus automatique d'activation (Tepin et Dark,
1992) ; 3 / le sujet ne peut pas s'empêcher de s'orienter vers ce
signal même si son attention est focalisée dans une autre direc
tion (Müller et Rabbitt, 1989).
L'avertisseur central, quant à lui, conduirait à une orienta
tion de l'attention délibérée. Le sujet doit interpréter l'orientaindiquée par le symbole et décider de déployer son atten
tion en conséquence. Cette forme d'orientation de l'attention
serait plus lente à se déployer mais permettrait de mieux résister
à la distraction. Müller et Rabbitt (1989) montrent que l'activa-
tion attentionnelle automatique provoquée par une indication
périphérique produit une facilitation maximale entre 100 et
200 ms après la présentation de l'indicateur qui se dissipe
ensuite entre 200 et 600 ms. L'activation attentionnelle délibé
rée se déploie à partir de 400 ms soit pour prendre le relais de
l'orientation automatique (le sujet maintient, mais cette fois
volontairement, son attention focalisée dans la direction indi
quée par le signal périphérique) soit pour corriger le changement
d'orientation qu'il n'a pas pu s'empêcher d'effectuer à la suite
de l'interruption causée par le signal périphérique. De plus, cette
orientation délibérée serait susceptible d'être activement main
tenue plus durablement. Les données expérimentales concernant
cette propriété sont peu nombreuses, alors que des hypothèses
originales ont été avancées. Allport (1987, 1989), notamment,
suggère que cette orientation volontaire et contrôlée de Fatten- 36 Jean-François Camus
tion permet de maintenir durablement une certaine cohérence
comportementale malgré ou en dépit des sollicitations nomb
reuses et imprévues qui menacent d'en altérer la continuité.
Du point de vue adaptatif, l'orientation délibérée de l'attention
doit permettre de résister à la distraction sans pour autant inhi
ber une fonction de surveillance d'apparitions d'informations
biologiquement signifiantes (du type proie ou prédateur). Seule
cette attention endogène permet la construction de nouvelles
réponses adaptatives plus efficaces et plus élaborées. Une fois
acquises, ces réponses peuvent être automatisées et combinées
avec l'alerte produite par l'orientation automatique exogène :
l'organisme, après avoir évalué la valeur biologique du signal
qui vient de capturer son attention, décide d'y répondre de telle
ou telle manière. Yantis et Jonides (1990) montrent que des
signaux à apparition rapide (abrupt onset) ne déclenchent une
orientation automatique que si l'attention est en mode diffus,
c'est-à-dire non focalisée stratégiquement. Ces auteurs disti
nguent donc d'une part, les mécanismes responsables de la détec
tion de la propriété «apparition rapide» d'un signal périphé
rique et, d'autre part, les décisionnels susceptibles
d'orienter ou non l'attention vers le signal ainsi détecté. Les
résultats de Yantis et Jonides (1990) peuvent être mis en pers
pective avec ceux de Müller et Rabbitt (1989) : tant que l'orien
tation délibérée n'a pas eu le temps de se mettre en place, le pro
cessus d'installation est facilement « interruptible » par
l'apparition brutale d'un signal périphérique (Müller et Rabbitt,
1989) mais, lorsque celle-ci est installée, la résistance à la dis
traction provoquée par un signal est efficace (Yant
is et Jonides, 1990).
Ces données suggèrent l'hypothèse qu'un avertisseur sonore
latéralisé oriente rapidement, involontairement et peu durable
ment l'attention dans la direction où il est apparu. En revanche,
un indicateur verbal et sémantique centralement présenté et
indiquant sous la forme « gauche » ou « droite » l'oreille à
laquelle le sujet doit faire attention orienterait l'attention plus
lentement, intentionnellement mais plus durablement que le
précédent. La durée du maintien de l'orientation apparaît donc
comme une propriété susceptible de différencier les deux modes
d'orientation de l'attention. Si l'orientation provoquée par un
signal sonore latéralisé se dissipe plus rapidement que l'orienta
tion déployée à la suite de la présentation d'un avertisseur Orientation de l'attention en écoute dichotique 37
sémantique alors, la sélection d'une cible dans l'oreille indiquée
doit s'effectuer plus rapidement dans la seconde situation que
dans la première et ceci lorsque l'intervalle séparant l'avertis
seur de la cible est relativement long.
Une des difficultés rencontrées en attention visuelle concer
nant l'étude de la durée du maintien de l'orientation est liée à la
présence de mouvements oculaires susceptibles d'apparaître
après la présentation d'un avertisseur et d'interagir avec les
mécanismes de la focalisation attentionnelle. La situation
d'écoute dichotique permet de surmonter cette difficulté
puisque la focalisation de l'attention sur une oreille ne s'accom
pagne pas de mouvements moteurs dirigeant explicitement et
sélectivement les analyseurs cochléaires vers une région précise
de l'espace auditif. Ces protocoles autorisent donc facilement
l'utilisation d'intervalles longs séparant l'avertisseur de la cible.
Mais, le recours à des intervalles longs entre l'avertisseur et la
cible risque d'introduire une nouvelle difficulté. En effet, le
sujet a la possibilité d'interpréter (recoder verbalement) le signal
sonore latéralisé et d'en déduire l'orientation qu'il convient de
maintenir activement. Dans ces conditions, une orientation déli
bérée de l'attention prendrait le relais de l'orientation automat
ique et aucune différence entre les deux types d'avertisseur ne
pourrait être observée. Afin de limiter le risque de recodage ver
bal du signal sonore latéralisé nous avons décidé d'introduire
des stimuli dichotiques leurres (ne contenant pas la cible) entre
l'avertisseur et le stimulus test (contenant la cible). On espère,
en utilisant cette procédure, que d'une part, l'activité cognitive
dans laquelle est engagé le sujet limite Popération de recodage
verbal de l'avertisseur sonore, et que d'autre part, ces paires
leurres introduisent une sorte de distraction susceptible de réo
rienter ou de recentrer l'attention du sujet et ce, d'autant plus
facilement que l'orientation initiale produite par l'avertisseur se
dissipe rapidement. Notre hypothèse principale se formule donc
comme une hypothèse d'interaction : lorsque l'intervalle tempor
el séparant l'avertisseur de la cible n'est pas trop important, la
focalisation sur une oreille demeure maintenue quel que soit le
type d'avertisseur utilisé (sonore latéralisé, ou sémantique
binaural) par contre, lorsque l'intervalle est plus long, la focali
sation induite par un avertisseur sémantique demeure main
tenue alors que s'est dissipée celle provoquée par un avertisseur
sonore latéralisé. Jean-François Camus 38
METHODE
TÂCHE
La tâche du sujet est une recherche auditive construite selon un para
digme proche des recherches expérimentales de Schneider et Shiffrin (voir
Camus, 1988 pour une présentation détaillée de ce paradigme). On pré
sente d'abord au sujet deux cibles possibles (lettres de l'alphabet). Celles-ci
sont présentées visuellement et disposées l'une au-dessous de l'autre afin
de ne pas induire une latéralisation. Le sujet est averti qu'une seule de ces
deux lettres cibles va lui être ensuite présentée auditivement et simultané
ment avec un autre stimulus. Il est aussi averti qu'il va entendre d'autres
lettres et que sa tâche consiste à identifier laquelle des deux lettres cibles
lui a été effectivement présentée. On ajoute que, pour l'aider, un avertis
seur indique l'oreille dans laquelle cette lettre va être présentée et qu'il
convient de porter son attention exclusivement sur cette oreille. L'avertis
seur et les trois paires dichotiques (deux paires leurres et une paire test)
sont ensuite présentés. Seule la paire test contient une des deux lettres
cibles qui est toujours présentée dans l'oreille attentive. La réponse du
sujet est verbale et on enregistre sa latence. La paire test contenant la cible
est toujours la dernière de la série des trois paires dichotiques.
FACTEURS
Les deux principaux facteurs manipulés dans cette expérience sont:
1 / le type d'avertisseur (sonore latéralisé et sémantique central) ; et, 2 / la
cadence de présentation des paires dichotiques. Deux cadences de présen
tation des paires dichotiques sont utilisées : 1 / une cadence rapide où les
paires sont présentées toutes les 500 ms (c'est-à-dire un intervalle de 1,5 s
entre l'avertisseur et la cible) ; et, 2 / une cadence lente où les paires sont
présentées toutes les 1 000 ms (c'est-à-dire un intervalle de 3 s entre l'aver
tisseur et la cible).
STIMULI
Les stimuli constituant les paires dichotiques sont des échantillons de
voix humaines digitalisées (Logiciel Audio média sur Mac II). La digitali-
sation a été effectuée à 44,1 KHz afin d'assurer une excellente intelligibi
lité des stimuli. Les échantillons sont prononcés par un locuteur profes
sionnel, en l'occurrence une chanteuse. Chaque échantillon est normalisé
en ce qui concerne la durée et l'intensité. stimulus dure approx
imativement 400 ms et est présenté à 60 dB SPL. Les deux cibles possibles

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