Malthus démenti ? Sous-peuplement chronique et calamités démographiques en Sardaigne au bas Moyen Âge - article ; n°4 ; vol.30, pg 684-702

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1975 - Volume 30 - Numéro 4 - Pages 684-702
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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John Day
Malthus démenti ? Sous-peuplement chronique et calamités
démographiques en Sardaigne au bas Moyen Âge
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 30e année, N. 4, 1975. pp. 684-702.
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Day John. Malthus démenti ? Sous-peuplement chronique et calamités démographiques en Sardaigne au bas Moyen Âge. In:
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 30e année, N. 4, 1975. pp. 684-702.
doi : 10.3406/ahess.1975.293640
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1975_num_30_4_293640MALTHUS MENTI SOUS-PEUPLEMENT
CHRONIQUE ET CALAMIT MOGRAPHIQUES
EN SARDAIGNE AU BAS MOYEN AGE
Le surpeuplement rural une très grande partie de Europe occidentale la
suite de expansion démographique des -xni6 siècles est plus mettre en
doute depuis les recherches récentes et concordantes de nombreux spécialistes
de économie et de la société médiévales Il agit une constatation fondée soit
sur les densités de peuplement enregistrées vers la fin de cette période souvent
égales celles du xvine voire du xixe siècle pour les mêmes circonscrip
tions) soit sur évidence de tout un enchaînement effets malthusiens
tenures de plus en plus réduites terres épuisées et abandonnées endettement
paysan hausse tendentielle des prix des blés crises répétées de subsistances
Si on est unanime présent reconnaître cette situation de départ dûment
nuancée selon les régions en fonction des activités particulières exercées et de la
productivité agraire) on est loin être accord sur le sens donner aux morta
lités et épidémies qui caractérisent la période suivante et la grande dépression
démographique qui en résulte
Pour les historiens malthusiens ces désastres sont la conséquence prévisible
et étant donnés les blocages techniques les faibles rendements de agri
culture médiévale presque inéluctable de la surcharge humaine est
toujours la conviction de M.M Postan qui avait ouvert le débat dans un article
célèbre il plus de vingt ans et qui écrit nouveau Au début du
xive siècle et peut-être avant le surpeuplement relatif était assez grand pour
faire monter le taux de mortalité un niveau exorbitant est opinion
également de Georges Duby pour lequel évolution des taux de mortalité
porte un dernier témoignage le plus probant sur la charge démographique ex
cessive qui accablait certaines campagnes Occident la fin du xnie siècle
Pour école néo-malthusienne ce est pas principalement la hausse de la
mortalité mais plutôt la baisse de la natalité déterminée par appauvrissement
des classes rurales trop nombreuses qui est en cause La surface arable
comme assure Leopold Genicot ne accroissait plus au contraire elle se
contractait Ceci aurait conduit une diminution délibérée des naissances et
freiné en premier le progrès démographique Dans le cas précis du contado de
Pistoia étudié par Herlihy un lan hunger exacerbé qui remonte peut-être
aux premières décennies du xnie siècle contraint les paysans appauvris prati
quer une politique de limitation de naissances qui aurait fait honneur Malthus
684 DAY MALTHUS MENTI
lui-même Par conséquent pour Herlihy comme pour Genicot les
premières famines et mortalités du xive siècle frappent une population déjà en
perte de vitesse sinon franchement en baisse
Du côté des populationistes multiplier les hommes est multiplier les
richesses Robert Delatouche élève énergiquement contre le pessimisme
malthusien de tous bords En premier lieu expansion démographique des xie-
xiue siècles est la cause et non la conséquence du progrès des techniques agri
coles 10 et agriculture médiévale aurait été bien capable histoire le démontre
de résoudre le problème de surpeuplement relatif en pratiquant notamment la
culture la main améliorant ainsi la productivité hectare En Alsace par
exemple vers la fin de la période expansion et en raison de la pléthore de
main-d uvre on remarque en effet le progrès de la culture intensive la
jachère noire fait place la jachère verte etc.)11 Cependant les difficultés
enchaînent la mise en culture des communaux entraîne la diminution du
cheptel les terres blé faute de fumier sont rapidement épuisées Et en fin de
compte pour Henri Dubled comme pour les malthusiens étroite observance
ce sont les mortalités et les pestes qui mettent fin définitivement la tension
démographique dangereuse de la fin du xine siècle
Pour les historiens marxistes on le sait la démographie elle seule ne
saurait expliquer le sens profond de la crise du Bas Moyen Age Ils accusent
plutôt les contradictions du mode de production féodal Le surpeuplement du
xme siècle était le fruit un système économique vicieux qui consommait
plus il investissait Hilton)12 Pierre Vilar sans minimiser comme
jadis historien soviétique Kosminsky 13 la gravité des pertes humaines au Bas
Moyen Age met en cause lui aussi le système féodal qui empêche le nouveau
pas en avant dans le domaine de la technique agricole nécessaire pour
rétablir équilibre précaire entre population et production 14
Comme on peut le constater après cet échantillon auteurs presque
personne hui il soit de tendance malthusienne populationiste ou
marxiste ne doute que Europe occidentale dans son ensemble regorgeait
hommes au moment où interviennent les grands fléaux du xive siècle
Or cette donnée de base si elle est sans doute vraie pour une bonne partie
du continent 15 ne peut plus être retenue dans le cas particulier qui nous
intéresse ici La Sardaigne restait encore au début du xive siècle un pays de
peuplement clairsemé manifestement sous-peuplé par rapport aux terres poten
tiellement productives aussi bien que par rapport aux techniques agricoles si
primitives fussent-elles Dans de telles circonstances la stricte logique malthu
sienne voudrait que les désastres démographiques frappent si ose dire en
douceur Il en est rien Au contraire aucune région de Europe été plus
cruellement éprouvée que la Sardaigne par les famines épidémies et violences
du Bas Moyen Age ni avec des effets aussi durables Bref en tout état de cause
un modèle non malthusien impose ici aussi bien pour la situation démographi
que de départ que pour les conséquences économiques et sociales de la grande
saignée des xive et xve siècles
Historiens et géographes de la Sardaigne depuis Gian Francesco Fara dont
le De Chorographia Sardiniae date de 1586 16 ont été hantés par le problème du
685 MOGRAPHIE ET SOCI
sous-peuplement rural pour beaucoup cause déterminante sinon unique de la
pauvreté chronique de leur île et se situant ainsi au ur de éternelle questione
sarda Ils ont considéré le phénomène sous optique suggérée jadis par Fara lui-
même point de départ obligatoire toute étude historique du problème est-à-
dire en comptabilisant les localités existantes époque judicale ou époque
pisane ééé siècles) et en confrontant le résultat avec le nombre de localités
recensées au début des temps modernes on ainsi constaté que la moitié des
villages sardes avait été tout simplement rayée de la carte au Bas Moyen Age
On attribue cette solitude qui afflige le voyageur et rend hardi le
délinquant 17 la guerre aux barbaresques la violence et insécurité endé
miques banditisme vendetta luttes de clocher pastoralisme guerrier comme
dit Fernand Braudel) la malaria la fiscalité effreinée des nouveaux maîtres
En fait tous les maux qui caractérisent de fa on particulière la première
période aragonaise
Nous avons essayé nous-mêmes apporter quelques précisions ordre
géographique cette représentation globale du problème18 Il en résulte
notamment que les zones élevage en particulier les montagnes de la
Barbagia et le pays de Nuoro ainsi que certaines régions où il semble avoir
existé une sorte équilibre entre labourage et élevage ont été largement
épargnées Mais par contre les zones céréalières liées aux marchés de Cagliari
dans le sud et de Sassari dans le nord ont été durement touchées Cette consta
tation permet accuser en même temps la mauvaise conjoncture la crise
agraire sans pour autant minimiser importance des facteurs catastrophiques
enumeres ici les textes en effet sont trop éloquents sur les méfaits des
pirates bandits bergers belliqueux féodaux rapaces et du bacille de Yersin)
Des recherches ultérieures sur les villages désertés de Sardaigne ont donné
un inventaire raisonné en ce qui concerne notamment la longévité la distri
bution le nombre des feux différentes époques de ces lost villages et la date
approximative de leur disparition 19 De telles précisions ont pour effet de
remettre en cause une des plus chères convictions de historiographie
autochtone selon laquelle le grand tournant de histoire sarde dans ce domaine
comme dans tout autre aurait été la conquête aragonaise commencée en 1323
Le malentendu repose en grande partie sur estimation trop généreuse de la
population rurale la veille de cet événement suggérée faute de recensements
complets par le nombre élevé de localités habitées dans la période précédente
dite pisane Dans le Tableau nous donnons notre propre évaluation de la
population sarde au début et au milieu du xive siècle suivie titre de compa
raison des statistiques fournies par Francesco Corridore dans son ouvrage
classique sur la population de la Sardaigne moderne et contemporaine est-à-
dire partir du donativo royal de 1485 20 On obtient les chiffres globaux de la
population rurale en 1300-1324 et 1349-1359 en multipliant la moyenne des
feux par village pour les localités recensées par le nombre des villages alors
existants Notre sondage concerne en occurrence des localités assez dispersées
et sans doute représentatives dans les deux cas 102 soit 13 du total en
1300-1324 153 mais pas les mêmes) soit 21 du total en 1349-1359 En se
servant du coefficient de 45 personnes par foyer choisi par Corridore le chiffre
pour la population rurale globale qui en résulte serait peine 116 000 personnes
avant la conquête pour un immense territoire de 24 000 km2 ou moins de
personnes au km2 On est très loin des estimations proposées par Solmi
686 MALTHUS MENTI DAY
Pardi et Loddo àï 300-400 000 personnes population urbaine
comprise)24 sans parler de celle de Angius pour époque judicale
500 000)22
est vrai que ce chiffre de personnes ou un seul foyer au km2 cache de
fortes variations régionales Cependant la densité la plus élevée que nous
connaissons pour la Sardaigne 535 feux au km2 dans la Plaine Campidano
de Cagliari semble nettement inférieure la densité humaine enregistrée un
peu partout dans Europe avant peste voir le Tableau II)
Persuadés que la Sardaigne des xi -xin siècles était dans son ensemble non
seulement prospère et paisible mais aussi relativement peuplée les auteurs ont
pas prêté attention méritée évidence un dépeuplement rural précoce
phénomène première vue contradictoire mais non pas inconnu 23 En effet
est cette époque que île est sortie de son isolement séculaire et est mise
heure de Europe Elle pris part modestement au développement des
échanges au progrès de agriculture notamment monastique et au mouvement
communal24
TABLEAU
nombre de total taux moyenne
villages total des urbani des feux par
année habités village urbains sation feux ruraux
1300-1324 757 25 662 339
146163 22434 1349-1359 713 205 133
20229 1485 369 548 52925 207 96
57233 1603 353 1621 8455 128 96
1678 360 64965 1804 874 131
1688 358 51 814 1447 9831 159 96
1698 355 56 914 603 9864 147
1728 358 70082 1957 12363 149 96
1751 355 80856 2278 12955 138 96
Habitants des sept villes des donativos aragonais Cagliari Iglesias Oristano Sassari
Alghero Bosa et Castelaragonese Castelsardo)
Extrapolé sur le chiffre de feux moyen de 102 villages situés dans Campidano di Cagliari
Iglesiente Sulcis Ogliastra Salto de Quirra Sarrabus Gallura et Le Baronie
Extrapolé sur le chiffre de feux moyen de 153 villages situés dans di Cagliari
Partiolla Iglesiente Sulcis Trexenta Meiulogu Logudoro Monteleone Nurra Planargia et le
pays de Sassari
Approximation basée sur la population connue de Cagliari Sassari et Iglesias 964 hom
mes ou environ 570 feux En 1485 ces trois villes représentent elles seules 685 de la
population urbaine de la Sardaigne en 1603703
Le chiffre donné pour la population de Bosa 736 feux comprenant vraisemblablement la
région de Planargia est ramené 567 feux en supposant le même rapport entre la ville et son
plat pays en 1603
Les totaux pour 1485 et 1603 ne comprennent pas le bras ecclésiastique qui comptait respec
tivement 742 et 981 foyers Dans les données de 1300-1324 et 1349-1358 où exceptionnelle
ment on connaît le nombre hommes mais pas le nombre de feux nous avons utilisé le
coefficient de 08 suivant le recensement de 1358 pour le Cape de Logudoro là où on trouve
souvent les deux éléments Tous les chiffres pour 1485-1751 sont tirés de ouvrage de Corridore
687 MOGRAPHIE ET SOCI
TABLEAU II
Densités comparées de là-population rurale en Europe
avant la Peste Noire Nombre de feux au km2
Picardie 1328 2000
Région parisienne 1328 1412
Seigneurie de Lunel 1295 776
Sénéchaussée de Rouergue 1341 680
Contado de Pistola 1244 8124
Sardaigne vers 1300-1324
Campidano di Cagliari 535
Sulcis 2126
Barbagie 0747
Posada 057
Ogliastra 043
FOSSIER La terre et les hommes en Picardie la fin du XIIIe siècle Paris 1968
pp 276 et suiv
FOURQUIN La population de la région parisienne aux environs de 1328 dans Le
Moyen Age LXII 1956 pp 63-91
POUNDS Overpopulation in France and the Low Countries op cit
HERLIHY Medieval and Renaissance Pistoia 112 La moitié du territoire consistait
en haute montagne infertile et inhospitalière ibid.)
Environ 750 km2 après BALDACCI nomi regionali della Sardegna Florence 1945
25 comprenant 73 villages cette époque dont les 19 recensés comptaient 55 feux chacun en
moyenne donc 55 73 015 750 535 feux au km2
Environ 570 km2 ibid. pp 65 et suiv. comprenant 39 villages dont 22 recensés 238 km2 ibid. pp et suiv. 27 pour lesquels tout ren
seignement direct nous manque Nous avons extrapolé comme ci-dessus en prenant pour base le
nombre moyen de feux des 101 localités recensées ailleurs voir le Tableau I)
La future Baronia de Posada Environ 606 km2 ibid. pp 22 et suiv.) comprenant 14
villages dont 12 recenses
Environ 391 km2 ibid. 56) comprenant 21 villages dont seulement recensés
Les assises de cette prospérité relative qui avait excité les convoitises des
Aragonais 25 résisteront assez gaillardement pendant une quarantaine années
la violence de la conquête et hécatombe de la Peste Noire pour succomber
la fin du xive et au début du xve siècle sous le poids de nouveaux malheurs
Ceux-ci se manifestent par des signes absolument catastrophiques Entre 1331 et
1365 par exemple la ferme des douanes de Cagliari procure de4000à6000
livres sardes par an la trésorerie royale elle ne rapportera par an que 500-
000 livres 750 000 en livres constantes vers 1415-1451 26 Les recettes
provenant de la traite des blés année normale tombent dans intervalle 1358-
1415 de 7-8 000 livres 200 livres sardes 27 Et les exportations des salines de
Cagliari plus de 50 000 quartini ou 600 tonnes métriques par an en
moyenne entre 1324 et 1365 atteignent peine 000 quartini par an en 1393-
1394 et 1413-1414 28 Dernier indice sinon une des causes primaires de cette
ruine de économie des échanges les péripéties monétaires Entre 1326 et 1363
la Monnaie du centre minier Iglesias frappe plus de treize millions alfonsins
688 MALTHUS MENTI DAY
argent équivalent de plus un million de livres sardes soit 41 tonnes métri
ques du métal blanc)29 tandis en 1419 la Sardaigne se trouve en pleine
disette les ateliers ne travaillent plus depuis de longues années cause de la
guerre et la rébellion et on doit autoriser la frappe de 8-10 000 marcs 16-
20 000 livres sardes de deniers de billon dans un premier temps et par la suite
800-1 000 marcs 600-2 000 livres seulement par an pendant dix ans afin de
maintenir la circulation un niveau jugé désormais suffisant30
Le dépeuplement rural lui aussi bat son plein la fin du xive siècle et au
début du xve avec la longue guerre de libération nationale menée par les juges
Arborée contre occupant aragonais et avec les épidémies qui abattront
nouveau sur la région en 1376 1398 et 1404 Est-ce simplement aboutissement
un processus déclenché par la conquête et par la peste de 1348 comme le pen
sent la plupart des historiens locaux ou agirait-il plutôt des derniers sursauts
un mouvement commencé bien avant cette double catastrophe en pleine
prospérité pisane
En effet les témoignages archéologiques et des documents écrits ont con
servé le souvenir un certain nombre anciens sièges évêché et chefs-lieux de
curatoria du xne et xme siècles qui apparaissent plus ni dans les premiers
recensements pisans de 1300-1324 ni dans les comptes des dîmes ecclésiastiques
au milieu du xi ve siècle ni dans la liste des localités restées fidèles Eleonore
Arborée en 1388 31 autres localités encore parmi celles mentionnées dans
les documents des xn xiii siècles manquent dans les listes du xive siècle Ainsi
15 villages de la curatoria de Trexenta 13 en Flumenargia et quelques autres
au hasard des textes dans autres régions32
De tels sondages trop aléatoires pour autoriser des conclusions concernant
la distribution géographique de ces désertions précoces peuvent servir néan-
TABLEAU III
désertions précoces villages désertés villages
vestiges de villages entre 1325 et 1550 existant
inconnus vers 1550 net
zones agricoles 204 178 140
II agro-pastorales
de la côte 78 170 64
III zones
de intérieur 163 54 100
IV zones élevage4 113 48
TOTAUX 558 407 352
Campidano di Cagliari Partiolla Trexenta Marmilla Campidano occidental Pays de
Sassari
Iglesiente Sulcis Sarrabus et Quirra Ogliastra Baronie Planargia Nurra Anglona
Gallura
Gerrei Vallée du Tirso Monte Ferru Marghine Goceano Montacuto Meiulogu
Logudoro Monteleone
Barbagie Parte Valenza Pays de Nuoro
689 MOGRAPHIE ET SOCI
moins suggérer une chronologie applicable avec prudence au très grand nom
bre de ruines habitat ignorées dans les textes La première colonne du
Tableau III donne région par région le nombre de villages identifiés disparus
avant le xi ve siècle plus le nombre de sites de inconnus33
Certes bon nombre de ces vestiges non identifiés pourraient représenter des
anciens stazzi boccili ou furriadroxius type de peuplement dispersé et souvent
passager de époque moderne 34 disparus aussi dans les documents qui nous
sont parvenus Mais la plupart semblent bien être des sites médiévaux et en
juger après les dernières mentions des désertions précoces identifiées les loca
lités en question ont probablement disparu au xne et au xnie siècle Dans les
deux colonnes de droite se trouvent le nombre net de villages détruits entre
arrivée des Aragonais et le milieu du xvie siècle ainsi que le nombre de survi
vants La comparaison des colonnes et fait penser que le processus de
désertion fut beaucoup moins sélectif comme il fut sans doute moins brutal au
commencement la fin Les zones élevage et les zones agro-pastorales de
intérieur III et IV étaient point épargnées dans la première période tout au
contraire la moitié des villages non identifiés et des désertions précoces 276
sur 558 se retrouvent dans de telles régions et 15 seulement 59 sur 407
aux xivc-xvie siècles
Quant au sens profond de ce premier mouvement on pourrait risquer une
hypothèse suggérée par notre proposition initiale sur la carence chronique de
ressources humaines et par conséquent par le caractère précaire du peuplement
rural en Sardaigne toute époque savoir que est exode rural des xne-
xme siècles vers les rares villes et vers les gros bourgs qui aurait condamné de
nombreuses localités compris anciennes cités episcopales et chefs-lieux de
canton une mort prématurée Autrement dit ce est pas uniquement le mal
loti qui quitterait le village natal pour tenter aventure en ville est très fré
quemment la population tout entière
Donc de toute évidence il ne agit pas simplement un processus qui pren
dra toute son ampleur sous impulsion des catastrophes en série du xive siècle
La preuve en est la relative non-sélectivité du phénomène échelle régionale
est aussi le progrès constant de urbanisation la fin du xnie siècle qui
se manifeste faute de chiffres)35 dans la vigueur du mouvement communal la
multiplication des paroisses urbaines essor du commerce et de artisanat Aux
xive et xve siècles au contraire le mouvement de dépeuplement est étroitement
lié la phase de la conjoncture Ici heureusement on sort du domaine des
simples probabilités en ce qui concerne les faits démographiques Le Tableau
résume les résultats essentiels de nos calculs touchant ce nouveau chapitre dans
histoire du peuplement en Sardaigne Au lendemain de hécatombe de 1348 36
la population rurale enregistré globalement une baisse dans le nombre de feux
de 43 par rapport la période 1300-1324 chiffre qui traduit un recul des
foyers par village de 395 et une diminution dans le nombre de localités habi
tées de 59 Le réseau villageois en autres termes aura assez bien résisté
la première attaque du microbe mais il paraît en même temps gravement
miné dans notre sondage de 1349-1359 sur 153 ville sardes 115 soit 751 96
comptent moins de 26 feux ceci par rapport 61 sur 102 598 un demi
siècle plus tôt Et une seule Osilo avait plus de 100 foyers par rapport
qui se trouvaient dans cette catégorie en 1300-1324 En extrapolant après ces
690 DAY MALTHUS MENTI
données il ne resterait que 14 616 familles rurales dans toute île ce qui donne
une densité inférieure personnes au km 37
Entre 1349-1359 et 1485 la population rurale imposable augmente
nouveau de 315 et la moyenne de foyers par village de 1518 96 Le fort
écart entre ces deux chiffres explique par la baisse impressionnante du nombre
de centres habités 477 96)
Des centaines de villages et de hameaux avaient disparu la grande majorité
jamais et ce sont les villages restants et les villes qui vont absorber la
croissance démographique du long xvie siècle croissance peine amorcée
vers 1485)38 et non de rares exceptions près les centres abandonnés
Comme nous avons déjà dit et ainsi il résulte dans le tableau ci-dessous
les grandes régions géographiques de la Sardaigne ont été touchées de fa on très
inégale par les disparitions rurales du Bas Moyen Age
TABLEAU IV
centres habités centres habités diminution des
en 1300-1324 en 1485 centres habités
zones agricoles 318 150 528
II agro-pastorales
de la côte 234 65 722
III zones
de ultérieur 152 105 309
IV zones élevage 53 49 75
757 369 512
Le sens du mouvement de dépeuplement est clair les poor risks sont en
général les villages situés dans les zones côtières et dans les plaines et collines
céréalièrès les plus résistants sont situés au contraire sur les hauts plateaux et
dans les montagnes de intérieur Cependant lorsque on regarde de plus près
on doit admettre la grossièreté de ce schéma Ogiiastra qui se trouve dans la
catégorie II régions agro-pastorales de la côte partage avec la Barbagia voisine
une immunité presque parfaite au phénomène de désertion même ses villages
tout près de la mer survécurent de même la Planargia avec trois
détruits sur 12 associe plutôt aux régions agro-pastorales de intérieur
comme Monteleone et Monte Ferru 39 autre part dans le heartland agricole
de ancien judicat Arborée Marmilla et la plaine Oristano) des localités
mentionnées dans le traité de paix de 1388 résistent immense balayage du
dernier siècle du Moyen Age alors que les autres grandes zones céréalièrès
Campidano de Cagliari Trexenta Partiolla et dans le nord le pays de
Sassari sont en train en perdre grosso modo sur IO40
De nombreuses études conûrment ailleurs en Europe ce sont avant tout
les hameaux et les fermes isolées de création récente et aventurée qui font les
frais du dépeuplement rural au Bas Moyen Age 41 Cette constatation confirme
son tour le postulat selon lequel expansion démographique ayant atteint ses
limites est en fin de compte le surpeuplement lui-même qui provoqué le
grand recul démographique Ainsi parmi les effets salutaires des mortalités
691 MOGRAPHIE ET SOCI
des épidémies et des massacres on remarque le repli de la population rurale sur
les meilleures terres mouvement encouragé par une conjoncture qui favorise
élevage et les cultures riches aux dépens des cultures céréalières 42
Encore une fois le modèle ne semble plus valable dans le cas de la
Sardaigne où après nos données de la première moitié du xi ve siècle ce ne
sont pas typiquement les plus petits les moins anciens les mal lotis qui
périssent Ainsi dans le Tableau si on excepte les gros bourgs de Quartu
Decimomannu et Orosei et en 1349-1359 Osilo et Sanluri on remarque
que pour chaque localité qui survivra colonne A) une autre peu près de la
même taille succombera colonne B)
TABLEAU
1300-1324
251 feux Villanova de Saruis 103 feux Quartu
220 Nulacadul 102 Decimomannu
183 Seurg ul 71 Orosei
106 Pedra de Sal 68 Terranova
Assemini 106 Tulu 67
Lode 80 Mar de Paradiso 65
Posada 75 Astia 68
61 Sarroch 62 Villamassargia
1349-1359
Osilo 120 Urgeque 66
Sanluri 94 Mositano 66
Sorso 64 Geridu 56
Ploaghe 56 Noray 48
50 Seganu2 42 Guamaggiore
44 Antas 40 Guasila
San Basilio 41 Sigulis 40
34 Teulada 40 Ussini
33 Barega 37 Serramanna
Seiegas 29 Leni 32
28 Seuni3 30 Sennori
Ossi 27 Muscianu 30
Codrongianus 26 Save 26
Senorbi 25 Turighe 25
Suelli 25 Turtana 25
Repeuplé au xvilie siècle au xvue siècle
Repeuplé au xvie siècle
La plupart des autres survivants dont nous connaissons le nombre de feux
étaient des petits hameaux au début du xive siècle donc plus forte raison vers
135043 et bien des régions caractérisées par la modicité de leurs centres
habités comme Ogliastra et Barbagia Seulo44 conserveront leurs réseaux
habitat rural presque intacts En définitive le facteur démographique lui seul
692

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