Masquage et effet de répétition du mot : sa nature et sa localisation fonctionnelle - article ; n°3 ; vol.90, pg 345-357

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L'année psychologique - Année 1990 - Volume 90 - Numéro 3 - Pages 345-357
Résumé
L'emploi de la procédure d'amorçage avec masquage de l'amorce permet de limiter l'intervention de la mémoire épisodique dans la détermination de l'effet de répétition du mot. Dans cet article sont présentées deux expériences qui comparent l'importance de l'effet de répétition par référence à une situation contrôle constituée soit d'un mot-amorce non relié à la cible (Expérience 1) soit d'une amorce neutre de type xxxx (Expérience 2).
Les résultats montrent que l'effet de répétition est important et d'amplitude comparable dans les deux expériences. Cet effet n'interagit pas avec la fréquence des mots employés.
On conclut que l'effet observé est de nature facilitatrice et qu'il traduit une accélération des procédures d'accès au lexique interne.
Mots clés : reconnaissance des mots, effet de répétition, masquage.
Summary : The word repetition effect in masked priming.
The use of a masked priming procedure allowed us to limit the intervention of episodic memory in the study of the word repetition effect.
Two experiments are presented in this article. In Experiment I the repetition effect was estimated relative to a control condition where the prime was an unrelated word. In Experiment 2 the repetition effect was estimated relative to a neutral condition in which the prime was a sequence of lower case Xs. Results show a clear and analogous repetition effect in these two experiments. The amplitude of the repetition effect was comparable for low and medium frequency words.
These results suggest that the repetition effect is a facilitatory effect resulting from an acceleration of the processes involved in lexical access.
Key-words : word recognition, repetition effect, masking.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Juan Segui
Jonathan Grainger
Masquage et effet de répétition du mot : sa nature et sa
localisation fonctionnelle
In: L'année psychologique. 1990 vol. 90, n°3. pp. 345-357.
Résumé
L'emploi de la procédure d'amorçage avec masquage de l'amorce permet de limiter l'intervention de la mémoire épisodique dans
la détermination de l'effet de répétition du mot. Dans cet article sont présentées deux expériences qui comparent l'importance de
l'effet de répétition par référence à une situation contrôle constituée soit d'un mot-amorce non relié à la cible (Expérience 1) soit
d'une amorce neutre de type xxxx (Expérience 2).
Les résultats montrent que l'effet de répétition est important et d'amplitude comparable dans les deux expériences. Cet effet
n'interagit pas avec la fréquence des mots employés.
On conclut que l'effet observé est de nature facilitatrice et qu'il traduit une accélération des procédures d'accès au lexique
interne.
Mots clés : reconnaissance des mots, effet de répétition, masquage.
Abstract
Summary : The word repetition effect in masked priming.
The use of a masked priming procedure allowed us to limit the intervention of episodic memory in the study of the word repetition
effect.
Two experiments are presented in this article. In Experiment I the repetition effect was estimated relative to a control condition
where the prime was an unrelated word. In 2 the effect was relative to a neutral in
which the prime was a sequence of lower case Xs. Results show a clear and analogous repetition effect in these two
experiments. The amplitude of the repetition effect was comparable for low and medium frequency words.
These results suggest that the repetition effect is a facilitatory effect resulting from an acceleration of the processes involved in
lexical access.
Key-words : word recognition, repetition effect, masking.
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Segui Juan, Grainger Jonathan. Masquage et effet de répétition du mot : sa nature et sa localisation fonctionnelle. In: L'année
psychologique. 1990 vol. 90, n°3. pp. 345-357.
doi : 10.3406/psy.1990.29410
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1990_num_90_3_29410L'Année Psychologique, 1990, 90, 345-357
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université René-Descartes, EPHE
Associé au CNRS (URA 316)1
MASQUAGE ET EFFET
DE RÉPÉTITION DU MOT :
SA NATURE
ET SA LOCALISATION FONCTIONNELLE
par Juan Segui et Jonathan Grainger
SUMMARY : The word repetition effect in masked priming.
The use of a masked priming procedure allowed us to limit the inter
vention of episodic memory in the study of the word repetition effect.
Two experiments are presented in this article. In Experiment I the
repetition effect was estimated relative to a control condition where the
prime was an unrelated word. In Experiment 2 the repetition effect was
estimated relative to a neutral condition in which the prime was a sequence
of lower case Xs. Results show a clear and analogous repetition effect in
these two experiments. The amplitude of the repetition effect was comparable
for low and medium frequency words.
These results suggest that the repetition effect is a facilitatory effect
resulting from an acceleration of the processes involved in lexical access.
Key-words : word recognition, repetition effect, masking.
L'effet de répétition du mot — la présentation préalable
d'un mot facilite son traitement lors d'une deuxième présenta
tion — constitue, avec l'effet de fréquence, l'un des phénomènes
le plus largement étudié en psycholinguistique.
Cet effet a été obtenu à l'aide de différentes tâches expéri
mentales telles que la décision lexicale (ex. Besner et Swan,
1982), le seuil d'identification (Carroll et Kisner, 1982), ou encore
renonciation du mot (naming) (Feustel, Shiffrin et Salasoo,
1983).
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris. Juan Segui et Jonathan Grainger 346
II semble admis à l'heure actuelle que dans les conditions
ordinaires de présentation des mots l'effet de répétition comporte
au moins deux composantes distinctes ; une composante de
mémoire à court terme qui décline très rapidement en fonction
de l'intervalle temporel ou du nombre des items intervenant
entre la première et la seconde présentation du mot (Ratcliff,
Hockley et McKoon, 1985) et une composante de mémoire à
long terme dont la durée de vie peut être de l'ordre de plusieurs
jours (Scarborough, Cortese et Scarborough, 1977).
Malgré sa généralité, il faut noter que l'instauration de
l'effet de répétition semble dépendre dans une large mesure de la
nature du traitement effectué sur le mot lors de la phase d'acquis
ition, ainsi que des stratégies mises en œuvre par le sujet. Le
rôle de la mémoire épisodique semble dans tous les cas être
déterminant (Oliphant, 1983).
Compte tenu de ce qui précède l'interprétation théorique de
l'effet de répétition s'est avérée très complexe. Cet effet résulterait
de l'intervention de multiples composantes du système de tra
itement dont l'importance et le mode d'action varient en fonction
des conditions expérimentales employées.
Une avancée importante dans la compréhension et l'étude de
l'effet de répétition a été rendue possible récemment grâce à
l'utilisation de procédures expérimentales qui permettent d'éviter
la mise en œuvre de stratégies conscientes de la part du sujet
tout en limitant d'une manière drastique l'intervention de la
mémoire épisodique. Ceci a pu être fait en employant des tech
niques de masquage qui empêchent l'identification consciente
du mot- test lors de sa première présentation.
Forster et Davis (1984), Förster, Davis, Schocknecht et
Carter (1987), et Segui et Grainger (1990), ont mis en évidence
l'existence d'un tel effet de répétition en utilisant une procédure
d'amorçage avec présentation masqué du mot-amorce. Dans
ces expériences le sujet effectue une décision lexicale sur l'item-
cible présenté immédiatement après l'amorce. L'amorce est
présentée pendant soixante millisecondes et précédée par un
masque visuel (pattern mask) de cinq cents millisecondes.
Les effets de répétition obtenus dans ces recherches ne
peuvent pas être interprétés eh termes d'une simple similarité
visuelle et/ou orthographique entre l'amorce et la cible car,
d'une part, ces items sont présentés à l'aide de caractères gra
phiques différents (bateau-BATEAu) et, d'autre part, on n'observe Masquage et effet de répétition 347
pas d'effets de facilitation pour des mots qui sont proches mais
non identiques du seul point de vue orthographique (dune-LUNE).
Ce dernier point est vrai quand les mots utilisés sont des mots
courts de quatre ou cinq lettres.
Un autre aspect important des résultats obtenus avec la
procédure de masquage est que l'on n'observe aucun effet de
répétition pour les items non mots, tandis qu'un effet de facilita
tion est observé pour des mots morphologiquement reliés (ex.
made-MAKE) (Forster et Davis, 1984 ; Forster et al., 1987).
Ces deux dernières sortes de données ont conduit Förster à
soutenir que l'effet de répétition observé dans ces travaux est
de nature lexicale et traduit une accélération des procédures
d'accès au mot-cible.
Cette conclusion est renforcée par le fait que dans les situa
tions de masquage l'importance de l'effet de répétition est
analogue pour les mots de haute et de basse fréquence (Förster
et Davis, 1984 ; Humpreys, Besner et Quinlan, 1988 ; Segui et
Grainger, 1990), tandis qu'un effet clairement plus important de
répétition, de l'ordre du simple au double, est observé pour les
mots de basse fréquence par rapport à ceux de haute fréquence
dans les situations sans masquage (Scarborough et al., 1977).
L'existence de cette interaction entre l'importance de l'effet de
répétition et la fréquence des mots dans les situations sans
masquage serait due à l'intervention de la mémoire épisodique.
Le rôle de cette dernière se trouverait éliminé ou minimisé par
l'emploi de la technique de masquage. Bien entendu, comme
souligné plus haut, ceci ne signifie pas que l'effet de répétition
observé dans les situations où la première présentation du mot
n'est pas masquée soit dû uniquement à l'intervention de la
mémoire épisodique. Des effets liés à la mémoire lexicale propre
ment dite pourraient également intervenir (Feldman et Mos-
kovljevic, 1987).
Compte tenu de l'importance théorique considérable de la
mise en évidence d'un effet de répétition avec masquage du mot-
amorce il nous a semblé nécessaire de confirmer la validité et la
généralité des résultats préalablement obtenus avec ce type de
paradigme expérimental.
La réalisation de ces nouvelles expériences nous a paru
s'imposer par le fait que dans les recherches précédentes de
Forster et al. ainsi que dans celle de Segui et Grainger, ces
auteurs ont utilisé comme situation contrôle pour évaluer l'effet. Juan Sêgui et Jonathan Grainger 348
de répétition, des couples de mots non reliés sur le plan formel
or, certains résultats récents semblent indiquer que le choix de
ce terme de comparaison peut avoir conduit à surestimer l'i
mportance de l'effet de répétition.
En particulier, Humpreys et al. (1988) en associant une
procédure de masquage du mot-amorce avec un seuil de recon
naissance du mot-cible également masqué, ont montré que l'effet
de répétition observé est nettement plus élevé quand on l'estime
par rapport aux items contrôle ayant comme amorce un mot
non relié à la cible (contrôle non relié), que quand on le fait par
rapport aux items contrôle ayant comme amorce une séquence
de xxxx (contrôle neutre). En effet, tandis que l'effet de répé
tition estimé en termes de différence de pourcentage de reconnais
sances correctes est de 12 % par référence au contrôle neutre
elle est de 22 % par référence au contrôle non relié. Il faut
rappeler cependant que Humpreys et al. utilisent dans leurs
expériences une procédure de seuil de reconnaissance avec
double masquage ce qui rend leurs résultats non directement
comparables à ceux obtenus par Forster et al. et Segui et Grainger,
en décision lexicale.
Le choix de la situation contrôle dans ce dernier type de
tâche a donné lieu à un large débat dans le cadre des études sur
l'amorçage sémantique. En particulier, il semble bien établi à
l'heure actuelle que les effets d'inhibition observés pour les
couples contrôle composés de deux mots non reliés sont de
nature post-accès et traduisent la réalisation d'un test de compat
ibilité sémantique entre le mot-amorce et le mot-cible (de
Groot, Thomassen et Hudson, 1982 ; Seidenberg, Waters,
Sanders et Langer, 1984 ; Lorch, Balota et Stamm, 1986). Cette
interprétation est en conformité avec le fait que ces effets d'inhi
bition ne sont plus observés quand le mot-amorce est masqué
(Balota, 1983). Malheureusement, dans ces conditions expéri
mentales, la démonstration empirique d'un véritable effet
d'amorçage sémantique reste encore controversée (Holender,
1986).
Dans les expériences présentées dans cet article nous avons
abordé l'étude de l'effet de répétition dans une situation de
décision lexicale avec masquage de l'amorce en utilisant comme
amorce un mot non relié dans l'expérience 1 (contrôle non relié)
et une séquence de xxxx dans 2 neutre). Masquage et effet de répétition 349
EXPÉRIENCE I
MATERIEL
Le matériel expérimental de base est constitué par 20 mots de
basse fréquence (12 occurrences par million) et 20 mots de moyenne
fréquence (93 occurrences par million). Les fréquences ont été extraites
des tables de fréquence du tlf (Trésor de la Langue française, 1977).
Les mots de basse et moyenne fréquence ont été appariés en ce qui
concerne leur longueur (4 ou 5 lettres), leur fréquence de bigrammes,
ainsi que le nombre moyen de leurs voisins orthographiques plus fr
équents (mots de même longueur que le mot-test et partageant avec
celui-ci toutes les lettres sauf une à leur place respective). Le contrôle
de ce dernier paramètre est important, car dans des recherches précé
dentes il a été montré que, toutes choses égales par ailleurs, les mots
ayant des voisins orthographiques plus fréquents déterminent des
temps de décision lexicale plus élevés que ceux n'ayant pas de voisin
plus fréquent (Grainger, O'Regan, Jacobs, et Segui, 1989 ; Grainger
et Segui, 1990). L'absence de contrôle de ce paramètre conduit géné
ralement à surestimer l'importance de l'effet de fréquence, car la probab
ilité d'avoir un voisin plus fréquent que le mot lui-même est d'autant
plus élevée que ce mot est peu fréquent (Grainger, 1990).
Deux listes expérimentales (Ll et L2) ont été constituées, afin de
contrebalancer la présentation des mots expérimentaux. Chaque liste
comporte : a) Vingt couples de mots expérimentaux répétés (10 de
moyenne fréquence et 10 de basse fréquence, ex. cour-couR) ; b) Vingt
couples constitués d'un mot-amorce non relié et d'un mot-cible expéri
mental (10 de moyenne fréquence et 10 de basse fréquence, ex. tour-
pari) ; c) Vingt couples constitués d'un mot-amorce et d'un non mot-
cible non relié (ex. code-GAiM) ; et d) Vingt couples de non-mots répétés
(ex. sibe-siBE). Les couples c et d sont les mêmes dans les deux listes
expérimentales et ils ont été introduits uniquement pour les exigences
de la tâche de décision lexicale.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
La procédure expérimentale est identique à celle utilisée par Segui
et Grainger (1990).
Chaque essai comporte une suite de trois stimulus : d'abord, un
masque visuel constitué par une suite de dièses # #, en deuxième
lieu, un item-amorce présenté en caractères minuscules pendant soixante
millisecondes et, enfin, Pitem-cible présenté en caractères majuscules.
Il n'existe aucun intervalle entre la présentation de l'amorce et celle 350 Juan Segui et Jonathan Grainger
de Pitem-cible. Ce dernier remplace l'item-amorce à la même position
et reste affiché sur l'écran jusqu'à ce que le sujet donne sa réponse.
Celle-ci consiste à répondre sur un bouton de réponse « oui » s'il s'agit
d'un mot et sur un bouton de réponse « non » s'il s'agit d'un non-mot.
La réponse « oui » est associée à la main préférée du sujet. Un intervalle
fixe de une seconde sépare la réponse du sujet de la présentation de
l'essai suivant.
Les couples d'items ont été présentés dans un ordre aléatoire et
différent pour chaque sujet.
On demande aux sujets de répondre le plus rapidement possible à
l'item en majuscules sans faire d'erreur. Rien n'est dit en ce qui concerne
la présentation préalable d'un mot-amorce. Dans ces conditions expé
rimentales Forster et al. (1978) ont montré que les sujets sont incapables
de juger si l'item-amorce est ou non analogue à l'item-cible.
La plupart de nos sujets, interrogés après l'expérience, disent avoir
ignoré la présence d'un item-amorce avant la présentation de l'item-
cible.
SUJETS
Trente sujets, étudiants de psychologie du niveau licence de l'Uni
versité de Paris V, ont passé cette expérience dans le cadre de leurs
obligations universitaires habituelles. Deux groupes de 15 sujets sont
associés respectivement aux listes expérimentales Ll et L2.
RÉSULTATS
Le tableau I présente les temps de décision lexicale ainsi que
les pourcentages d'erreur associés à chaque condition expéri
mentale.
Comme on peut le constater il existe un net effet de répétition
et de fréquence ; les mots répétés donnent lieu à des temps de
réponse plus courts que les mots non répétés et les mots de
moyenne fréquence déterminent des réponses plus rapides que
ceux de basse fréquence. La distribution des erreurs est parallèle
à celle des temps de réponse...
Une analyse de variance conduite sur les moyennes des
temps de réponse indique que les deux facteurs « répétition » et
« fréquence » ont introduit des effets significatifs (F(l,28)
= 30,58 p < .0005 et F(l,28) = 12,19 p < .005 respectivement),
tandis que l'interaction n'est pas significative (F(l,48) = < 1). Masquage el effet de répétition 351
Tableau I. — Temps de décision lexicale (ms) et pourcent
age d'erreur pour les mots de basse el de moyenne fréquence
pour les conditions « mot répété » et « contrôle non relié »
(Expérience I)
Mean reaction time (ms) and error rates for low and
medium frequency words in repeated and unrelated
control conditions
Mot répété Mot contrôle
Mots de basse fréquence 570 626
(11,7 %) (16 %)
Mots de moyenne fréquence 541 597
(3,7 %) (4 %)
DISCUSSION
Les résultats obtenus dans cette première recherche
confirment l'existence d'un effet de répétition quand la première
présentation du mot est masquée et quand la situation contrôle
est constituée par des mots non reliés.
Les effets observés sont tout à fait comparables pour les
mots de basse et de moyenne fréquence.
Ces résultats s'accordent avec ceux obtenus précédemment
par Forster et Davis (1984), ainsi que par Segui et Grainger
(1990), et confirment le fait que l'identification consciente du
mot lors de sa première présentation n'est nullement nécessaire
pour la détermination de l'effet de répétition.
De manière quelque peu paradoxale il a été montré récem
ment que des effets d'inhibition et non pas de facilitation peuvent
être observés dans certaines conditions expérimentales quand la
première présentation du mot a donné lieu à son identification
consciente de la part du sujet (Kanwisher, 1987).
Le but de la deuxième expérience est d'aborder l'étude de
l'effet de répétition du mot en utilisant comme item-amorce de
la situation contrôle une séquence de caractères x (contrôle
neutre). 352 Juan Segui el Jonathan Grainger
EXPÉRIENCE II
MATÉRIEL
Le matériel expérimental est identique à celui utilisé dans la recherche
précédente à ceci près que les mots ou non-mots amorce des couples
contrôle, ont été remplacés par des séquences de la lettre x. Le nombre
de caractères de cette séquence est apparié au nombre de lettres du
mot-cible auquel elle est associée.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
La procédure expérimentale est identique à celle utilisée dans
l'Expérience I.
SUJETS
Vingt sujets, étudiants de psychologie du niveau licence de l'Uni
versité de Paris V, ont passé l'expérience dans le cadre de leurs obli
gations universitaires habituelles. Deux groupes de 10 sujets sont
associés respectivement aux listes expérimentales Ll et L2.
RÉSULTATS
Comme on peut le constater dans le tableau II les mots
répétés ont donné lieu à des temps de réponse plus courts que les
mots non répétés, tandis que les mots de moyenne fréquence
Tableau IL — Temps de décision lexicale (ms) et pourcen
tage d'erreur pour les mots de basse et de moyenne fréquence
pour les conditions « mot répété » et « contrôle neutre » (xxxx)
(Expérience II)
Mean reaction time (ms) and error rates for low and
medium frequency words in repeated and neutral (xxxx)
control conditions
Mot répété Item contrôle
Mots de basse fréquence 601 659
(8,5 %) (H %)
Mots de moyenne fréquence 585 630
(3 %) (6 %) Masquage et effet de répétition 353
déterminent des réponses plus rapides que ceux de basse fr
équence. La distribution des pourcentages d'erreurs indique les
mêmes tendances.
L'analyse de la variance conduite sur les moyennes des
temps de réaction indique un effet très significatif du facteur
répétition (F(l,18) = 29,09 p < .0005), tandis que l'effet du
facteur fréquence est significatif au seuil de .10 (F(l,18) = 3,70).
L'interaction entre ces facteurs n'est pas significative (F(l,18)
DISCUSSION
Les résultats observés dans cette recherche sont tout à fait
comparables à ceux de l'Expérience I en ce qui concerne l'effet
de répétition. Comme dans la première expérience le facteur
répétition introduit un effet significatif et n'interagit pas avec le
facteur fréquence. La présence d'un effet de répétition important
estimé par rapport à une situation contrôle neutre ne comportant
pas de mot-amorce non relié indique la nature facilitatrice de
l'effet observé.
Contrairement aux résultats de la première expérience le
facteur fréquence n'introduit pas ici un effet significatif au seuil
habituel de .05. On remarquera néanmoins que l'effet moyen
observé est comparable à celui obtenu dans la première expé
rience (23,5 ms vs. 29 ms) et que les erreurs se distribuent de
manière analogue. Les mots de basse fréquence ont donné lieu
à plus d'erreurs que ceux de moyenne (9,2 % vs. 4,5 %),
ce qui traduit la corrélation classique entre ces deux variables
dépendantes vis-à-vis du facteur fréquence.
Une analyse de la variance conduite sur la distribution des
erreurs met en évidence un effet significatif du facteur fréquence
(F(l — 18) = 8,84 p < .01).
Compte tenu de ce qui précède on peut conclure à la présence
dans cette expérience d'un effet de fréquence. L'absence de
significativité au seuil habituel de .05 sur les temps de réponse
doit être attribuée sans doute à la taille relativement réduite de
notre échantillon de sujets (N = 20).
AP — 12

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