Mémoire et vieillissement: effet du niveau de difficulté d'une tâche de production en situation de rappel libre - article ; n°1 ; vol.96, pg 67-84

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 1 - Pages 67-84
Résumé
Dans le but d'examiner l'hypothèse selon laquelle un effet du vieillissement sur l'effet production existerait lorsque la difficulté de la tâche de production est augmentée, deux expériences ont été réalisées. Dans chacune d'elle nous comparons des sujets jeunes et âgés dans trois conditions d'apprentissage : lecture, production «facile» et production «difficile». Les deux expériences se différencient par le fait que dans la première les mots cibles sont produits à partir d'un mot contexte fortement associé alors que celui-ci est faiblement associé au mot cible dans la seconde. Les résultats indiquent que les sujets âgés ne bénéficient pas autant que les jeunes de l'avantage qu'apporte la situation de production des mots cibles sur leur lecture uniquement dans la situation où sont combinées la condition de production « difficile » et d'association faible (expérience 2).
Mots-clés : mémoire, vieillissement, effet production.
Summary: Aging and memory: Effect of the difficulty level of a generation task on the recall of words.
Two experiments examine the hypothesis that aging would influence a generation effect when the difficulty of the task is increased. We compared young and elderly subjects in three learning conditions : reading, easy generation and hard generation. In the first experiment, the target words were generated from a highly associated word context, whereas a low-association word context was used in the second experiment. The results show that elderly subjects do not benejlt as much as the young ones from the advantage brought by the generation situation of target words on their reading, when the hard generation and the low association conditions are combined (experiment 2).
Key words : aging, memory, generation effect.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Laurence Taconnat
Michel Isingrini
Mémoire et vieillissement: effet du niveau de difficulté d'une
tâche de production en situation de rappel libre
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 67-84.
Résumé
Dans le but d'examiner l'hypothèse selon laquelle un effet du vieillissement sur l'effet production existerait lorsque la difficulté de
la tâche de production est augmentée, deux expériences ont été réalisées. Dans chacune d'elle nous comparons des sujets
jeunes et âgés dans trois conditions d'apprentissage : lecture, production «facile» et production «difficile». Les deux expériences
se différencient par le fait que dans la première les mots cibles sont produits à partir d'un mot contexte fortement associé alors
que celui-ci est faiblement associé au mot cible dans la seconde. Les résultats indiquent que les sujets âgés ne bénéficient pas
autant que les jeunes de l'avantage qu'apporte la situation de production des mots cibles sur leur lecture uniquement dans la
situation où sont combinées la condition de production « difficile » et d'association faible (expérience 2).
Mots-clés : mémoire, vieillissement, effet production.
Abstract
Summary: Aging and memory: Effect of the difficulty level of a generation task on the recall of words.
Two experiments examine the hypothesis that aging would influence a generation effect when the difficulty of the task is
increased. We compared young and elderly subjects in three learning conditions : reading, easy generation and hard generation.
In the first experiment, the target words were generated from a highly associated word context, whereas a low-association word
context was used in the second experiment. The results show that elderly subjects do not benejlt as much as the young ones
from the advantage brought by the generation situation of target words on their reading, when the hard generation and the low
association conditions are combined (experiment 2).
Key words : aging, memory, generation effect.
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Taconnat Laurence, Isingrini Michel. Mémoire et vieillissement: effet du niveau de difficulté d'une tâche de production en
situation de rappel libre. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°1. pp. 67-84.
doi : 10.3406/psy.1996.28878
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_1_28878L'Année psychologique, 1996, 96, 67-84
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université François-Rabelais, Tours1
MEMOIRE ET VIEILLISSEMENT:
EFFET DU NIVEAU DE DIFFICULTÉ D'UNE TÂCHE
DE PRODUCTION EN SITUATION DE RAPPEL LD3RE
par Laurence TACONNAT et Michel ISINGRINI
SUMMARY : Aging and memory: Effect of the difficulty level of a
generation task on the recall of words.
Two experiments examine the hypothesis that aging would influence a
generation effect when the difficulty of the task is increased. We compared
young and elderly subjects in three learning conditions : reading, easy and hard generation. In the first experiment, the target words
were generated from a highly associated word context, whereas a
low-association word context was used in the second experiment. The results
show that elderly subjects do not benefit as much as the young ones from the
advantage brought by the generation situation of target words on their
reading, when the hard and the low association conditions are
combined (experiment 2).
Key words : aging, memory, generation effect.
Un nombre important de travaux ont montré l'existence
d'une baisse de la performance chez les sujets âgés dans les
tâches directes de mémoire telles que le rappel et la reconnais
sance (pour revue, voir Craik et Jennings, 1992 ; Van der Lin
den, 1994). L'identification des processus fonctionnels suscepti
bles d'expliquer ce déficit constitue une des orientations
1 . 3, rue des Tanneurs, 37041 Tours Cedex. Laurence Taconnat et Michel Isingrini 68
majeures de la recherche sur le vieillissement des processus mné-
siques. Une hypothèse importante, formulée dans ce domaine, se
rapporte à l'idée que le déficit observé chez les sujets âgés serait
consécutif aux difficultés qu'ils présentent dans la mise en
œuvre des traitements de type sémantique durant la phase d'en
codage de l'information à mémoriser.
En s'appuyant sur le modèle des niveaux de traitement
(Craik et Lockhart, 1972), cette hypothèse a d'abord été formul
ée par Eysenck (1974), puis par Craik et Simon (1980). Le
modèle des niveaux de traitement repose sur l'idée qu'une info
rmation à mémoriser peut être encodée selon différents trait
ements hiérarchisés sur un continuum allant des traitements
superficiels de type structural, ou phonologique à des trait
ements plus profonds de nature sémantique. Il postule également
qu'un encodage sémantique, entraîne la réalisation d'une trace
mnésique plus durable. Si ce modèle a donné lieu à des critiques,
relatives notamment à la difficulté de faire une évaluation
directe de la notion de profondeur (Baddeley, 1978), l'impact de
la variation des niveaux de traitement sur la mémoire a cepen
dant reçu une validation par différents travaux qui ont utilisé la
technique des tâches orientées qui amène le sujet soit à traiter
l'aspect phonologique des informations à mémoriser, soit leur
signification, au cours de l'apprentissage (Hyde et Jenkins,
1969 ; Craik et Tulving, 1975).
Appliquant ce modèle à l'étude de l'effet de l'âge, certains
auteurs (Eysenck, 1974; Craik et Simon, 1980) ont supposé
qu'une part importante du déficit mnésique lié au vieillissement
pouvait s'expliquer par le fait que les sujets âgés présentent des
difficultés particulières dans la réalisation d'un traitement
sémantique à l'encodage. D'un point de vue expérimental, un
tel déficit est mis en évidence par l'existence d'une interaction
significative entre l'âge et le type de traitement qui accompagne
l'apprentissage, indiquant que les sujets âgés ne bénéficient pas
autant que les sujets jeunes d'une tâche de nature sémantique
par rapport à une tâche qui oriente l'encodage vers la structure
du stimulus.
Cependant, les travaux qui ont cherché à confirmer cette
hypothèse à l'aide de différents paradigmes permettant d'orien
ter le sujet à l'apprentissage vers un encodage sémantique des
stimuli, semblent avoir abouti à des résultats contradictoires
(voir Craik et Jennings, 1992). Si la réalisation d'une tâche Mémoire et vieillissement 69
sémantique comme l'évaluation du degré d'agrément du stimul
us (décider, à l'aide d'une échelle en cinq points, si un item
évoque un événement agréable ou désagréable) opposée à une
tâche structurale (compter les voyelles d'un mot), comme le
montrent les travaux d'Erber, Herman et Botwinick (1980) et
de Mason (1979), aboutit généralement à l'observation d'une
interaction significative entre l'âge et le niveau du traitement, il
s'avère que lorsque d'autres tâches à l'encodage sont proposées
aux sujets, ce type d'interaction n'apparaît pas. Ces tâches sont
celles, à l'inverse des précédentes, dont la procédure permet
d'être sûr que le sujet a bien effectué le traitement demandé par
la consigne. C'est le cas lorsqu'il s'agit de citer des adjectifs cor
respondant aux noms à mémoriser (Java et Gardiner, 1991), ou
de produire les mots à rappeler à partir de mots inducteurs qui
leur sont liés sémantiquement (Smith, 1984, cité par Rabino-
witz, 1989 ; McFarland, Warren et Crockard, 1985 ; Mitchell,
Hunt et Schmitt, 1986; Johnson, Schmitt et Pietrukowitz,
1989 ; Rabinowitz, 1989). Dans ces deux dernières situations, les
résultats des différents travaux montrent que les sujets âgés
bénéficient autant que les sujets jeunes de l'effet facilitateur sur
la mémoire qu'apporte la production d'adjectifs ou la product
ion de mots cibles.
Deux interprétations peuvent alors être proposées pour
rendre compte de l'aspect contradictoire des travaux déjà réal
isés. La première consiste à supposer que l'hypothèse d'un
déficit de l'élaboration sémantique à l'encodage accompagnant
le vieillissement n'est pas confirmée. Dans ce cas, l'interaction
significative observée en utilisant la tâche de jugement d'agré
ment (Eysenck, 1974; Erber et al, 1980; Mason, 1979) pourr
ait s'expliquer essentiellement par le fait que les sujets âgés
n'ont pas suivi la consigne et ne se sont pas engagés véritable
ment dans un traitement sémantique, le traitement mental
réalisé par le sujet n'étant pas verifiable dans ce type de tâche
orientée (voir Taconnat et Isingrini, sous presse). La seconde
s'appuie sur l'hypothèse de l'existence d'un déficit réel de l'e
ncodage sémantique lié à l'âge, mais qui n'apparaît que sous
certaines conditions expérimentales, notamment celles où cette
opération n'est pas entièrement guidée par la tâche orientée
(voir Craik, 1983) et donc nécessitant un investissement atten-
tionnel plus important. Cela pourrait être le cas pour la tâche
de jugement d'agrément. Laurence Taconnat et Michel Isingrini 70
L'objectif de notre travail est d'explorer cette seconde voie
explicative, en centrant notre analyse sur l'effet production.
Nous chercherons à examiner si sous certaines conditions expé
rimentales de production «difficile», les sujets âgés sont sus
ceptibles de ne pas bénéficier autant que les sujets jeunes de
cet effet.
L'effet production (generation effect, Slamecka et Graf, 1978 ;
Jacoby, 1978) se rapporte à l'observation selon laquelle les mots
produits par le sujet lui-même à partir d'un mot contexte et
d'un fragment du mot cible (table-cha...) sont plus facilement
mémorisés que les mots simplement lus (table-chaise). Dans la
littérature, ce phénomène a été interprété à l'aide de diverses
explications (pour une revue détaillée, voir Charles, 1988) que
l'on peut regrouper en trois catégories.
La première suppose que l'effet production serait la consé
quence d'un processus automatique d'activation du réseau
sémantique, augmenté par le fait de produire un mot cible à
partir d'un mot contexte associé (McElroy et Slamecka, 1982 ;
Gardiner et Hampton, 1985 ; Mitchell et al., 1986). Une seconde
forme d'explication s'appuie sur la théorie de la profondeur de
traitement (Craik et Lockhart, 1972). Elle postule que l'effet de
production sur la mémorisation du mot cible apparaît comme la
conséquence d'un traitement profond engendré par la tâche de du mot cible. La réalisation de celle-ci à partir d'un
mot contexte associé renforce la nature sémantique des opéra
tions d'encodage, en favorisant soit un traitement unique des
caractéristiques sémantiques spécifiques au mot produit (Johns
et Swanson, 1988 ; Begg, Snider, Foley, Goddard, 1989), soit un
traitement double de ces caractéristiques et des dimensions
sémantiques plus générales de la relation liant le mot contexte
au mot cible (Hirshman et Bjork, 1988 ; Burns, 1990; McDaniel
et Waddil, 1990 ; Charles et Tardieu, 1990). La troisième cause
possible de l'effet production, proche de la seconde, s'appuie sur
l'idée que la production serait accompagnée d'un effort cognitif
qui augmenterait les possibilités d'établir un traitement élaboré
des items (McFarland, Frey et Rhodes, 1980 ; Hirshman, soumis
à publication). Cette conception est inférée à partir du modèle
développé par Jacoby (1978) selon lequel l'investissement atten-
tionnel et l'intérêt que le sujet porte à la tâche, en rendant
celui-ci plus actif, permettent d'effectuer des opérations cogni-
tives plus élaborées aboutissant à une meilleure mémorisation. Mémoire et vieillissement 71
Dans ce sens, certains travaux ont pu montrer que lorsque la
difficulté de la tâche au moment de l'apprentissage est augment
ée, la performance mnésique bénéficie également d'une amélio
ration (Jacoby, Craik et Begg, 1979 ; O'Brien et Myers, 1985 ;
Krinsky et Nelson, 1981). Craik et Tulving (1975) concluent
également que l'augmentation de la complexité d'une tâche réa
lisée à l'encodage permet d'augmenter l'élaboration des informat
ions à apprendre, et par conséquent, rend mieux récupérable la
trace mnésique.
Toutefois, contrairement à ce point de vue, Burns (1992) a
obtenu des résultats indiquant que sous certaines conditions
expérimentales où l'apprentissage est rendu plus difficile, il était
possible de faire disparaître l'effet Production. Dans une expér
ience, où cet auteur a fait varier le rythme de présentation des
items, un effet production significatif n'apparaît qu'avec un
rythme de présentation lent. Il en conclut que si le rythme de
présentation est trop rapide, la production du mot crée des
interférences avec les traitements cognitifs qui lui succèdent. Ce
phénomène aurait pour conséquence d'inhiber le traitement
sémantique relationnel et de diminuer voire d'annuler l'effet
production. Selon cette conception, il convient alors de faire une
distinction entre les processus relatifs à la tâche de production
du mot cible et ceux relatifs à la mise en mémoire de celui-ci.
L'augmentation du niveau de difficulté de la tâche de product
ion entraînerait un effet de facilitation sur la mémorisation du
mot cible (supériorité de la production « difficile » sur la product
ion « facile »), cependant jusqu'à un certain point correspon
dant lui-même à un certain niveau de mobilisation attention-
nelle. Au-delà, l'augmentation de la difficulté de la tâche
entraînerait l'atténuation de l'effet production dans la mesure
où les ressources attentionnelles laissées disponibles par la tâche
de production seraient insuffisantes pour que puisse s'opérer une
bonne mémorisation.
L'effet production a été peu étudié chez les sujets âgés. Les
recherches menées avec des épreuves de reconnaissance (John
son et al., 1989 ; Rabinowitz, 1989) ont montré sans ambiguïté
que cet effet était équivalent chez les sujets jeunes et âgés. Les
résultats obtenus sur des épreuves de rappel vont dans leur
grande majorité dans le même sens. La recherche de Mitchell
et al. (1986) examinant l'effet production sur des sujets jeunes,
âgés et des patients atteints de la maladie d' Alzheimer a mon- 72 Laurence Taconnat et Michel Isingrini
tré, à l'aide d'une épreuve de rappel indicé, que chez les sujets
malades l'effet n'apparaissait pas, alors qu'il était de même pro
portion chez les sujets des deux premiers groupes. Smith (1984),
cité par Rabinowitz (1989), utilisant une épreuve de rappel
libre, a montré que l'effet production était équivalent chez les
sujets jeunes et âgés tandis que McFarland et al. (1985), avec le
même test, n'obtiennent un effet production chez les sujets âgés
qu'après trois essais. Dans l'ensemble, les différents travaux réa
lisés ont révélé que l'effet production paraissait relativement
bien préservé au cours du vieillissement normal. Seuls les résul
tats de McFarland et al. (1985) semblent indiquer qu'un effet de
l'âge sur l'effet production est susceptible d'exister sous cer
taines conditions.
Dans la conception théorique postulant que l'effet produc
tion s'explique avant tout par un processus automatique d'ac-
tivation du réseau sémantique, on peut comprendre qu'il ne
soit pas altéré par le vieillissement dans la mesure où il paraît
bien assuré que l'âge n'affecte pas l'activation en mémoire
sémantique (pour revue, Light, 1992). Cette explication a d'ail
leurs été proposée par Johnson et al. (1989) et par Rabino
witz (1989), pour rendre compte de leurs résultats sur les
sujets âgés. Par ailleurs, si l'on adopte l'hypothèse explicative
selon laquelle la production d'un mot cible favorise le trait
ement sémantique de celui-ci, les données des travaux qui mont
rent que l'effet n'est pas affecté par le vieilli
ssement semblent en contradiction avec le point de vue qui fait
dépendre le déficit mnésique observé chez les sujets âgés, de
difficultés dans la réalisation de traitements profonds, au sens
de la théorie de Craik et Lockhart (1972). Cependant, cette
contradiction peut être levée si l'on considère les travaux qui
ont montré que les difficultés des sujets âgés n'apparaissaient
de manière significative que dans les tâches demandant une
mobilisation importante de l'attention, comme l'ont montré
Craik et McDowd (1987), avec un paradigme d'attention
divisée.
En associant ce point de vue à celui de Burns (1992), selon
lequel l'effet production est atténué si la production du mot
cible demande trop d'attention, on peut alors s'attendre à ce
que sous certaines conditions de production difficile, l'effet pro
duction diminue chez les sujets âgés. Dans cette situation expé
rimentale, la production du mot cible devrait solliciter davan- et vieillissement 73 Mémoire
tage l'attention du sujet et ne pourrait être réalisée par les sujets
âgés sans entraîner d'inconvénients pour l'intégration du stimul
us en mémoire. Cette diminution devrait être plus accentuée
dans le grand âge, où l'on suppose l'apparition de problèmes
attentionnels encore plus importants.
Le but de la présente recherche est d'explorer cette hypot
hèse en agissant sur la difficulté de la production à l'encodage.
Pour cela, nous faisons varier deux facteurs : le nombre de let
tres qui composent le fragment du mot à produire, selon le para
digme proposé par Hirshman (soumis à publication), et le degré
d'association qui existe entre le mot contexte et le mot à pro
duire. De plus, nous prendrons en compte deux groupes de
sujets âgés (60-75 ans et 76-90 ans), car on peut supposer que les
processus qui sous-tendent l'effet production peuvent n'être
altérés que dans le grand âge.
On devrait pouvoir observer, dans le cas de la production
d'associés forts (expérience 1) un effet de production difficile
(table-cha... (vs) table-c ), se traduisant, en accord avec
Hirshman (soumis à publication), par une performance en rap
pel plus importante sous la condition de production « difficile »
que sous la condition de production «facile». Cependant,
conformément à l'hypothèse que nous avons formulée, on peut
également s'attendre à voir apparaître une interaction entre
l'âge et le niveau de difficulté de la tâche de production, indi
quant que les sujets âgés bénéficient autant que les sujets jeunes
de l'effet de production « facile », mais non de l'effet de product
ion « difficile ». En revanche, dans le cas de la production d'as
sociés faibles (expérience 2), on devrait pouvoir observer une
interaction entre l'âge et la tâche dès la production «facile»,
puisque la production d'un mot faiblement associé à son
contexte requiert un effort cognitif plus important que la pro
duction d'un mot fortement associé. De plus, les résultats atten
dus chez les sujets âgés devraient se trouver accentués chez les
sujets du groupe très âgés, aussi bien dans la situation de pro
duction d'associés forts (expérience 1) que dans la situation de
production faibles 2), si l'on suppose que
le vieillissement s'accompagne de déficits attentionnels de plus
en plus importants. 74 Laurence Taconnat et Michel Isingrini
EXPÉRIENCE 1 : production facile et difficile en présence
d'associés forts
METHODE
SUJETS
Au total, 63 sujets, répartis en 3 groupes de 21, ont participé à l'expé
rience. Le premier groupe est constitué de sujets jeunes (étendue :
20-35 ans ; moyenne d'âge : 24 ans, ET = 5,4), le second, de sujets âgés
(étendue : 60-75 ans ; moyenne d'âge : 66,5 ans ; ET = 4,2), et le troisième,
de sujets très âgés (étendue : 75-92 ans ; moyenne d'âge : 82,5 ans ;
ET = 4,7). Les sujets jeunes (13 hommes et 8 femmes) ne sont pas issus
d'une population étudiante, les sujets âgés (9 hommes et 12 femmes pour
le premier groupe, et 6 hommes et 15 femmes pour le second groupe) ont
tous rapporté être en bonne santé et ne subissaient pas de traitement
médicamenteux susceptible de modifier leur mémoire. Les sujets ont égal
ement précisé participer régulièrement à des activités associatives ou de loi
sirs. Les trois groupes de sujets sélectionnés présentent une aptitude ver
bale équivalente, évaluée à l'aide du test de Binois-Pichot dont le principe
repose sur la reconnaissance de synonymes. Leurs performances moyennes
sont respectivement de 26,38 (ET = 3,3), de 27 (ET = 4,6) et de 29,2
(ET = 4,4).
MATÉRIEL
Une liste de 30 couples de noms usuels tirés de la table de Lieury, Iff
et Duris (1976) a été réalisée. Ces couples de mots sont fortement asso
ciés sémantiquement. Ils correspondent au niveau d'association libre le
plus élevé. 10 couples de mots sont présentés en condition lecture
(canapé-fauteuil), 10 sont présentés en condition de génération «facile»
(canapé-faut — ), et 10 sont en de «diffi
cile » (canapé-f- ).
PROCÉDURE
Les couples de mots sont reproduits sur des fiches cartonnées et sont
présentés au sujet un à un visuellement. Le temps de présentation est de
5 s, avec un intervalle de 2 s entre chaque stimulus. Ce mode de présenta
tion est utilisé aussi bien en génération qu'en lecture. Les trois sous-listes Mémoire et vieillissement 75
correspondent aux trois conditions expérimentales et sont contrebalancées
d'un sujet à l'autre. Les sujets ont pour tâche, soit de lire à haute voix les
couples de mots, soit de produire à haute voix les mots incomplets. Quand
un mot n'a pas été produit pendant le temps imparti, on passe à l'item sui
vant. Lorsque la passation est terminée, les sujets sont soumis à une tâche
interférente de comptage à rebours pendant 3 mn afin d'éviter l'effet de
récence. Puis ils sont invités à restituer oralement tous les mots dont ils se
souviennent, parmi ceux qui étaient placés en deuxième position (les items
contextes rappelés ne sont pas pris en compte). Le temps de rappel n'est
pas limité. Les performances sont exprimées en pourcentages, puisque
dans les conditions de production la performance en rappel ne peut être
évaluée qu'à partir du nombre de mots cibles effectivement produits. Les
données sont traitées par analyse de variance (VAR 3), selon un plan mixte
3 (âge) X 3 (conditions expérimentales : lecture, production facile, product
ion difficile).
RESULTATS
Une analyse préalable effectuée sur le nombre de mots pro
duits durant la phase d'apprentissage a permis de mettre en évi
dence que celui-ci était équivalent entre les trois groupes
[F(2,60) < 1], et qu'il n'y a pas de différence significative entre
les deux niveaux de difficulté de la tâche de production
L'analyse effectuée sur le rappel révèle un effet significatif de
l'âge [F(2,60) = 20,03 ; p < .001], indiquant que plus les sujets
sont âgés, et moins les performances en rappel sont élevées. On
observe également un effet significatif de la situation
[F(l,60) = 15,55; /><.001], correspondant à l'effet de facilita
tion de la production sur le rappel. Cependant, il n'apparaît pas
d'interaction entre ces deux facteurs [F(4,120) < 1]. Les sujets
âgés profitent donc autant que les sujets jeunes de l'effet pro
duction. Enfin, il n'y a pas d'effet de production difficile compar
ée à la production facile [F(l,120) < 1].
Ces résultats s'accordent avec ceux des travaux qui ont étu
dié l'effet de production d'associés sémantiques chez les sujets
jeunes (Slamecka et Graf, 1978 ; Jacoby, 1978) et chez les
âgés (Smith, 1984 cité par Rabinowitz, 1989; McFarland et al.,
1985; Mitchell et ai, 1986; Johnson et ai, 1989; Rabinowitz,
1989). Ils confirment d'une part que la mémorisation des mots

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