Mémoire, images. Abramowski (bis), Betts, Guillet, Kuhlmann, Linwurzky, Offner(bis), Seashore - compte-rendu ; n°1 ; vol.16, pg 414-427

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L'année psychologique - Année 1909 - Volume 16 - Numéro 1 - Pages 414-427
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1909
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Alfred Binet
Étienne Maigre
J. Larguier des Bancels
VI. Mémoire, images. Abramowski (bis), Betts, Guillet,
Kuhlmann, Linwurzky, Offner(bis), Seashore
In: L'année psychologique. 1909 vol. 16. pp. 414-427.
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Binet Alfred, Maigre Étienne, Larguier des Bancels J. VI. Mémoire, images. Abramowski (bis), Betts, Guillet, Kuhlmann,
Linwurzky, Offner(bis), Seashore. In: L'année psychologique. 1909 vol. 16. pp. 414-427.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1909_num_16_1_3803414 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
mement intéressant; en termes vulgaires, chacun sait fort bien se
rendre compte s'il est attentif ou non. C'est surtout lorsqu'on estime
l'attention au point de vue de la clarté des représentations que ce
parallélisme est frappant, et que cette estimation est fidèle.
A. B.
VI. — Mémoire, images.
EDOUARD ABRAMO WSKI. — L'image et la reconnaissance. — Arch,
de psychologie, 33, octobre 1909, p. 1-38.
Ce très intéressant et très méticuleux travail a trait à une partie
d'une question bien importante en psychologie, celle de la pensée
sans images. L'auteur s'est surtout préoccupé de rechercher quel est
le processus réel de la reconnaissance . Nous disons réel, car on
décrit d'habitude un processus de convention qui serait celui-ci :
pour reconnaître un objet, il faut comparer la perception de l'objet
présent, à son image évoquée en tant que souvenir; et grâce à
cette comparaison, on porte un jugement d'identité, et on conclut
que c'est bien le même objet. Cette intervention de l'image dans la
reconnaissance a paru inexacte à bien des auteurs. Abramowski,
dans son court historique, cite Lehmann, Gamble et Calkins. Je
crois me rappeler que Bourdon avait fait des observations très
pénétrantes sur la reconnaissance d'une lettre dans un texte; il
avait Vu que cette se faisait sans images, mais par
l'éveil d'un sentiment vif, qui donne comme plus d'importance à
cette perception-là. J'ai fait et publié des observations analogues;
la reconnaissance s'opère grâce à la production d'un certain sent
iment intellectuel; c'est au moins ce qui se passe dans les cas
usuels, et ce qui suffît; la confrontation avec des images n'est
qu'une opération de contrôle. L'auteur a donc repris cette idée,
avec des expériences sur une dame, à qui il montrait divers dessins;
ces dessins devaient ensuite être reconnus, et le sujet décrivait
minutieusement ce qui se passait dans son esprit au moment de la
reconnaissance. On avait donc d'abord les résultats de l'introspec
tion. L'auteur ne s'en est pas contenté. Très ingénieusement, il a
pensé qu'il y avait mieux à faire, c'était de varier les conditions de
manière à empêcher réellement l'image de se produire nettement
au moment de la reconnaissance des dessins; le principal moyen
employé a été la distraction par des calculs, soit pendant la pre
mière vision, soit pendant la seconde vision compliquée de recon
naissance, soit l'intervalle. De cette manière, on pouvait
contrôler l'introspection en quelque sorte, ou plutôt, on avait l'avan
tage de compliquer les conditions, de les varier et de voir diff
érentes faces du phénomène. Bien des petites observations curieuses
ont été faites en cours de route. La conclusion a été celle que nous ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 415
supposions, à savoir que la reconnaissance se fait sans images, elle
se fonde sur un sentiment de nouveauté ou sur l'absence de ce
sentiment. L'auteur pour finir formule ainsi sa théorie de la recon
naissance :
« Dans l'acte de la reconnaissance, le souvenir se joint à l'im
pression avant qu'il se développe en image, c'est-à-dire il se joint
sous un aspect intellectuel, plutôt affectif que représentatif. En se
fusionnant avec l'impression, il donne à celle-ci une teinte émot
ionnelle, il l'imprègne d'un sentiment spécifique d'identité ou de
nouveauté, lequel, au premier moment de la perception, ne con
stitue pas encore un objet de la pensée distinct de l'impression, mais
forme avec cette dernière une seule et même perception. » Ce
cachet émotionnel de l'impression est le point de départ et la base
du jugement de reconnaissance. Ce n'est que dans la phase
suivante qu'il se sépare de l'impression, se développe en image, et
constitue l'acte intellectuel de la comparaison, composé de deux
membres : le souvenir imaginé et la perception externe. — La
reconnaissance est donc la perception d'un objet sous son aspect
a-intellectuel; elle est un phénomène affectif, un sentiment de famil
iarité, incorporé à l'impression. »
Nous croyons cette conclusion très juste; mais accessoirement,
nous ferons une critique. C'est que nous ne comprenons pas bien,
l'auteur ayant établi le rôle du phénomène affectif dans la recon
naissance, comment il explique le mécanisme de ce sentiment. Il
dit que « le souvenir se joint à l'impression sous son aspect...
affectif ». Il nous semble que c'est là une hypothèse nullement
démontrée, à moins qu'il y ait dans son travail quelque preuve
qui nous aurait échappé. Nous ne voyons pas pourquoi ce sent
iment affectif consisterait dans un souvenir affectif se soudant à
l'impression actuelle.
Nous ajouterons, et ceci par exemple n'est pas une critique, que
nous souhaitons que l'auteur continue l'analyse de ce sentiment de
familiarité, et nous explique en quoi il consiste.
A. BlNET.
ABRAMOWSKI. — Illusions de la mémoire. — La Revue psycho
logique (Bruxelles), vol. II, mars et juin 1909.
Ce long mémoire expérimental aboutit à montrer l'importance
de l'inconscient dans la perception, la mémoire et l'oubli. D'après
l'auteur, chaque perception contient un élément psychique a-intel
lectuel, le sentiment vague qu' « il y a quelque chose ». L'acte de
l'attention transforme ce sentiment en objet de pensée bien défini,
capable d'être analysé et dénommé. Si l'attention est distraite, il ne
reste que ce sentiment indéterminé, et c'est lui qui constitue
l'inconscient, c'est-à-dire quelque chose d'inaccessible à la pensée,
bien que psychique et influant sur la pensée. L'auteur pense que
lorsqu'une perception tombe dans l'oubli, il se produit un phéno- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 416
mène inverse sur le travail de l'attention; il est oublié, et la
perception est réduite à son état émotionnel indéfini; dans ce cas,
l'état émotionnel marque sa présence par un certain nombre de
signes; on a par exemple le sentiment d'un souvenir inhibé, on dit
vulgairement qu'on a le mot ou l'idée au bout de la langue; ou
bien on s'oppose à une identification fausse, par exemple on ne
se rappelle pas le nom d'une personne, mais on n'admet pas qu'elle
s'appelle Durand. Le sentiment émotionnel apparaît aussi dans la
reconnaissance, qui consiste à proprement parler dans l'évocation
de ce sentiment antérieur par une perception actuelle; l'auteur
explique encore d'une manière analogue les hallucinations de la
mémoire; ce sont des sentiments conservés qui deviennent le point
de départ d'un travail intellectuel erroné. Les paramnésies s'expl
iqueraient encore par le même mécanisme. Ce travail d'Abra-
mowski est plein de détails et ne peut guère se résumer.
A. B.
G. H. BETTS. — The Distribution, and Functions of Mental
Imagery (La distribution et les fonctions de V imagerie mentale). —
Teachers College. Columbia University, New-York, 1909.
Il faut faire bon accueil à cette monographie; elle est excellente,
bien mûrie, et porte sur un sujet tout moderne. Il ne s'agit plus de
rechercher quels sont les types d'images qu'on rencontre chez les
divers individus ni même de savoir comment chez un même indi
vidu différents types se combinent. Le but de la recherche est plutôt
de montrer qu'on a beaucoup exagéré l'importance des images dans
la vie mentale. Il existe, nous l'avons dit nous-même, une pensée
sans images. C'est cette affirmation que l'auteur reprend dans sa
conclusion; et il fait remarquer avec une malice de bon aloi que
nous avions soutenu une thèse contraire dans notre petit livre sur
la Psychologie du raisonnement, que ce livre représente des vues a
priori, tandis que l'étude de notre ouvrage plus récent : Étude expéri
mentale sur r intelligence, est seule de nature expérimentale. Cette
critique est juste, et nous l'acceptons.
Dans un premier chapitre, l'auteur a usé de la méthode du
questionnaire pour connaître les images mentales d'un grand
nombre d'élèves jeunes et âgés, composant une classe ou l'auditoire
d'un cours, et il s'est adressé à tous collectivement. Il s'est servi
du questionnaire de Galton, de celui de Titchener, et d'un autre de
son invention; il a multiplié les enquêtes et les conversations; ce
gros effort n'a pas produit grand résultat. Il observe seulement trois
points : alors qu'en général, les enfants accusent des images ment
ales claires et brillantes, les sujets plus âgés, par exemple les
maîtres, assurent que leurs images sont faibles, vagues ou absentes.
Galton avait déjà vu cela. Le second point est l'inexistence de types
purs, visuels, auditifs ou autres. Est-ce qu'on ne s'en doutait pas?
Enfin, troisième point, aucune corrélation n'existe entre le pouvoir BIBLIOGRAPHIQUES 417 ANALYSES
d'évoquer volontairement des images et les succès scolaires. Il y
aurait même plutôt une corrélation négative. Je n'insiste pas davant
age, parce que je crois que cette méthode qui consiste à faire
apprécier par un sujet l'état général de son imagerie n'est point
une bonne méthode; elle est trop indirecte, trop infidèle; elle exige
de la part du sujet auquel on s'adresse un jugement trop compliqué
d'appréciation portant sur tout un ensemble de phénomènes, et sur
des phénomènes très fuyants; je m'étonne qu'on ait employé si
souvent cette méthode vraiment périlleuse.
Le second chapitre de la monographie, le plus intéressant à notre
avis, est consacré aux images qui naissent spontanément pendant
l'exercice de la pensée. Le procédé suivi consiste à poser un
problème, une question quelconque, qui exige un travail intellec
tuel; puis, le travail terminé, on pousse une interrogation sur les
images; ou bien, pendant que le travail est en train, on l'interrompt
brusquement, pour s'informer des images. L'auteur a employé
surtout la première variante du procédé; elle est peut-être moins
bonne que l'autre, mais plus commode lorsqu'on fait des expé
riences collectives, comme c'était son cas. Il s'est en effet toujours
adressé à des groupes d'élèves, et ceux-ci opéraient ensemble. Nous
ferons une petite critique à ce procédé ; il est expéditif, et d'autre
part nous sommes persuadé, d'après maint détail de son étude,
que l'auteur a pris toutes les précautions nécessaires pour éviter les
principales erreurs d'une recherche collective. Mais ce qu'il n'a
peut-être pas pu éviter, c'est une sorte de suggestion générale sur
le but de l'expérience. Les élèves ont dû en causer entre eux
n'ont-ils pas compris son idée de derrière la tête? N'ont-ils pas vu
qu'en somme l'auteur est défavorable à la thèse courante d'après
laquelle les images jouent un rôle important dans la pensée? Et
par conséquent n'ont-ils pas été portés à satisfaire leur professeur,
en réduisant inconsciemment leur imagerie à la portion congrue?
Nous soupçonnons qu'il y a là des conditions un peu délicates à
remplir. Savoir ce que pense une personne qu'on étudie attentiv
ement pendant des semaines est à la rigueur possible; mais savoir
ce que pensent cent personnes me paraît bien compliqué. Je ne
voudrais pourtant pas accentuer trop cette critique, car l'auteur a
changé presque constamment ses sujets, il s'est transporté dans
divers milieux et il paraît avoir songé à presque toutes les chances
d'erreur.
Le premier essai d'expérimentation fut le suivant : on écrivit des
mots, et on demanda aux élèves d'écrire des mots de sens opposés ;
ceci fait, on les pria de noter les images qui leur avaient apparu
pendant la recherche, en les distinguant des images ayant pu leur
apparaître après. Le nombre des sujets était de 52. Or, 505 mots
opposés furent écrits; et sur ce nombre, 275 furent écrits sans le
secours d'aucune image, et 153 avec une image postérieure à
l'évocation du mot opposé. Il est à noter d'abord que les images
visuelles sont prépondérantes; et ensuite, d'après l'analyse des
l'année psychologique, xvi. 27 ■
418 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
résultats, ce n'est que dans 15 p. 100 des cas que l'image a apparu
avec le mot, et qu'elle a pu exercer une influence utile sur l'asso
ciation. Voilà déjà qui est bien significatif.
La seconde expérience s'est proposée de rechercher si l'image
nous est utile pour rechercher des objets familiers. On a donné à
une classe de 60 élèves, fort avancés déjà en psychologie, la consigne
de trouver et d'écrire en dix secondes les noms des objets que la
marée découvre, puis, un autre jour, et aussi pendant dix secondes,
les noms des bruits qu'on entend dans une grande ville, et enfin
dans une troisième circonstance réglée de même, les noms des al
iments qu'on préfère. Puis, après chaque série de mots écrits, il fal
lait décrire les images évoquées, dire si elles avaient apparu avant
ou après le mot. Le tableau suivant résume assez bien l'ensemble
des résultats.
IMAGES
— ~""^
visuelles auditives gustatives
Nombre de sujets 79 77 78 total des objets nommés . 313 273 351 moyen nommé par per
sonne 4 3,5 4,5
Pourcentage de personnes n'ayant
point eu d'images 14 18 47
Nombre moyen de mots écrits par
ces personnes. 3,6 3,4 4,4
Pourcentage de personnes ayant eu
des images nettes et vives. . . . 46 50 27
Nombre moyen de mots écrits par
ces personnes 4 3,7 4,5
Pourcentage de mots accompagnés
par des images 73 66 40 d'images consécutives
aux mots 26 24 13
Pourcentage simultanées
avec les mots 47 42 27
Ce tableau montre bien des faits intéressants. Remarquons d'abord
combien les images gustatives sont peu nombreuses par rapport
aux autres images. Elles ne sont vives que chez 27 p. 100 des per
sonnes, alors que les autres images vives atteignent les pourcent
ages de 46 et SO p. 100. Une enquête par questionnaire ne donne
pas ces résultats; car dans ce cas, on attire nécessairement l'atten
tion tour à tour sur chaque espèce d'image, et on ne peut pas voir
l'importance relative de chacune.
Remarquons aussi combien les images qui se sont formées simult
anément avec les mots sont peu nombreuses ; il n'y en a au maximum
que 47 p. 100, et encore ce nombre élevé n'est atteint que par les
images visuelles. Cela signifie que c'est seulement dans cette pro
portion qu'on peut soupçonner que l'image ait présenté quelque ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 419
utilité pour la recherche. Il semble donc démontré que dans la
moitié des cas, si on cherche l'idée d'un objet, ce n'est pas l'image
qui s'emploie à nous le faire trouver. Enfin, troisième point, il ne
paraît pas que ceux qui sont dépourvus d'images soient mis ainsi
dans un grand embarras, car ils trouvent à peu près autant de
mots que ceux qui possèdent des images vives; nous disons à peu
près; la différence en effet est assez faible pour être négligée.
Les expériences suivantes ont eu pour objet d'étudier une pensée
plus abstraite. On a prié des élèves de songer à écrire leurs cinq
principales capacités, puis on leur a demandé une analyse intro
spective de tout ce qui s'était passé dans leur esprit pendant cette
recherche; puis, à d'autres élèves, on a expliqué, à la fin d'une
leçon, ce qu'est l'instinct, et on leur a demandé semblablement
une recherche introspective sur les images qui leur avaient apparu
pendant qu'ils écoutaient cette explication; pour d'autres encore,
la définition de termes abstraits fut l'occasion de semblables quest
ions. Le compte rendu de ces études et les extraits des copies de
quelques élèves montrent amplement qu'on avait affaire à des per
sonnes bien entraînées à l'introspection. Tout ce qui peut remplir
une conscience était présent dans les analyses que les sujets four
nirent : sensations et perceptions, images, sentiment du sens, sen
timent d'effort d'attention, sentiment de plaisir et d'intérêt. Ce qui
frappe encore, c'est combien les images visuelles sont rares; dans
l'expérience sur l'instinct, il n'y en avait pour ainsi dire aucune.
Quand elles existent, elles sont la plupart du temps inutiles, et par
fois même discordantes. C'est bien la preuve que leur rôle est fort
petit. Employant une ingénieuse expression, l'auteur les appelle
quelquefois des sous-produits de l'activité intellectuelle; et remar
quant qu'elles apparaissent surtout dans les moments où la pensée
se fait hésitante, il irait jusqu'à dire qu'elles n'appartiennent qu'à
des phases de défaillance. Mais cette conclusion nous paraît vra
iment exagérée. Car faire le procès de l'image, ce serait aussi,
croyons-nous, faire le procès de la conscience, dont l'image n'est
qu'une forme.
Les épreuves suivantes montrent du reste combien la question est
compliquée, et varie selon l'individualité des sujets, et aussi selon la
nature des travaux imposés. On donne par exemple à résoudre le
joli problème suivant : un cube rouge, de trois centimètres, est à
diviser en cubes de 1 centimètre; dire combien de petites cubes
auront 1 face rouge, 2 faces rouges, 3 ou 4, ou pas une. Dans ce
cas, la grande majorité des sujets visualise le cube à découper;
mais dans le cas où l'opération qu'on leur demande est une multi
plication mentale, le nombre de ceux qui visualisent la donnée ou
les produits partiels n'est plus que du tiers, et il semble même que
les bons visualisateurs n'ont pas sur les autres l'avantage d'une
solution plus rapide ou plus exacte. A noter l'importance pédago
gique de cette dernière conclusion. L'auteur, résumant tout cela,
paraît disposé à admettre que l'appel à l'image mentale se fait • 420 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
surtout dans les cas où une perception serait nécessaire pour
résoudre le problème; le cas des cubes à découper est typique à
cet égard.
Suivent des expériences de reproduction ou de reconnaissance
par la mémoire. Ainsi, on montre une ligne de 100 millimètres, puis
le sujet doit décider la longueur d'autres lignes en se reportant par
la mémoire au modèle qu'on vient de lui montrer, et dont on lui a
fait connaître la longueur. Deux faits déjà connus par les analyses
précédentes apparaissent ici encore, à savoir que le nombre de ceux
qui font ces comparaison sans recourir à une image visuelle con
sciente de la ligne servant d'étalon, est considérable — environ un
tiers — et que ces sujets sans image, ne font pas plus d'erreur que
ceux qui opèrent avec les images les plus claires. Comme toujours,
l'auteur est prêt à conclure que l'image est inutile. Peut-être a-t-il
raison. Je lui suggérerai cependant une autre explication; je sup
pose volontiers que les individus dépourvus d'images claires sont
peut-être tout simplement des individus ayant plus de maturité
intellectuelle, plus de jugement, plus d'attention, ce qui supplée à
des images perdues qui tout de même pourraient jouer un rôle. Je
ne crois pas trop à mon explication. Je voudrais surtout faire sentir
qu'il y a là des questions extrêmement compliquées, et dont la
solution n'est pas encore donnée. La pensée sans images existe; la
monographie de Betts en convaincra les plus sceptiques ; mais quels
sont les avantages ou les défauts de cette pensée sans images, dans
quelle circonstance est-elle surtout utile ou nuisible, c'est ce que
vraiment nous ignorons encore.
Nous sommes obligés de nous borner. Deux mots suffiront pour
les dernières expériences, malgré leur intérêt. On a fait retenir un
carré composé de 12 lettres, puis le sujet a dû le reproduire de
mémoire, et l'écrire ensuite dans un autre ordre que celui où on le
lui avait présenté; les colonnes horizontales ont dû être écrites
verticalement. Il apparaît que ceux qui ont témoigné de la pré
sence d'images visuelles ont fait moins de fautes dans ce double tra
vail que ceux qui n'avaient pas d'images visuelles à leur disposition.
Les premiers ont eu 62 p. 100 de bonnes réponses dans les deux
épreuves; et les seconds seulement 86 p. 100 les
épreuves. L'auteur hésite devant ce résultat, qui à première vue
semble bien montrer que la visualisation est un avantage pour ce
genre d'expériences. Mais remarquant que les pauvres visualisateurs
font aussi bien la reproduction du carré avec changement de direc
tion des lettres que la dans l'ordre appris, il paraît dis
posé à en conclure que l'image visuelle n'est guère utile, puisque
ceux auxquels elle fait défaut s'en passent si bien dans un travail
qui la réclame tellement, le travail du deuxième genre.
Je ne suis pas convaincu. Ce qui me frappe le plus, c'est le sérieux
avantage que la visualisation assure aux premiers sur les seconds.
Il me paraît à peu près certain que bien visualiser doit constituer
dans quelques cas précis une petite supériorité. Maintenant, si les BIBLIOGRAPHIQUES 421 ANALYSES
mauvais visualisateurs ont fait aussi facilement un certain change
ment d'ordre des lettres qu'une reproduction dans l'ordre appris,
cela peut s'expliquer peut-être ; nous pouvons bien supposer qu'ils
ont dû employer des trucs divers, et qu'on n'a pas pu les surveiller
de très près, puisque l'expérience était collective.
Une dernière investigation que nous citerons est bien curieuse;
elle est relative au nombre d'images qui apparaissent dans la lecture
d'un roman. Elles sont nombreuses, les réponses des sujets inter
rogés le prouvent amplement, mais ce ne sont pas elles qui forment,
au dire des lecteurs, le centre principal de l'intérêt de l'histoire,
ce sont les sentiments de joie, de sympathie, d'intérêt, de curiosité
qui s'éveillent pendant la lecture.
Dans sa conclusion, l'auteur résume les expériences qu'il vient
d'exposer, et montre que le chapitre sur les images mentales est à
écrire de nouveau, car l'importance des images a été grandement
exagérée. Sa conclusion, du reste, est très nuancée; elle est pleine
de suggestions fines, dont quelques-unes nous paraissent un peu
hasardées, par exemple lorsqu'il veut tirer de son étude des conclu
sions pédagogiques contre certains exercices éducatifs par les sens.
Mais ce n'est pas le moment d'examiner cette question secondaire.
Restons ici dans la psychologie. Après avoir lu et relu cette si import
ante monographie, je pense qu'il y aurait nécessité à montrer ce
par quoi dans les descriptions de la pensée, il faut remplacer
l'image. Ce sont, croyons-nous, des attitudes. Mais en quoi consis
tent-elles? Quel est leur rôle? Quel est leur mécanisme? Voilà un
beau sujet, tout battant neuf, et nous voudrions bien que Betts l'étu-
diât. Ce serait le complément logique de sa belle monographie ; car
après avoir détruit, il faut construire ; après avoir montré que
l'image ne joue pas le premier rôle, il faut dire par qui et par quoi
ce premier rôle est tenu.
Alfred Binet.
CEPHAS GUILLET. — Retentiveness in Child and Adult {Mémoire
chez Venfant et Vadulte). — The American Journ. of Psychology,
juillet 1909, p. 318-352.
Une mère donne à son enfant, âgé de deux ans et demi, un
album contenant les portraits en couleurs de 58 oiseaux, et elle est
surprise de la rapidité que l'enfant met à apprendre les noms de
ces oiseaux : en cinq heures et demie, réparties le long de vingt-
quatre jours, tous les noms des oiseaux étaient connus. La mère,
curieuse de psychologie, eut la patience de faire de comparaisons
avec sa propre mémoire, en apprenant des mots japonais. Longue
étude, pleine de détails, et qui ne conduit pas à moins de vingt
conclusions, dont quelques-unes il est vrai sont banales. La mémoire
d'un enfant aussi jeune est plus faible que celle de l'adulte; la mère
apprend deux fois aussi vite; et après six semaines, elle retient
71 p. 100 de ce qu'elle a appris, tandis que l'enfant ne retient que 422 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
33 p. 100. Les images visuelles et auditives paraissent plus impor
tantes chez l'enfant. A. Binet.
KUHLMANN. — On the Analysis of Auditory Memory Consciousness
(L'analyse de la conscience des sons dans la mémoire). — The Amer
ican Journ. of Psychology, avril 1909, p. 194-218.
Dans des expériences faites sur la mémoire des sons, et consis
tant à faire répéter des sons ou des mots et des phrases qu'on
écoutait d'abord devant un graphophone, l'auteur s'est surtout
préoccupé de fixer quel est le rôle exact de la mémoire auditive ;
que l'on comprenne bien, d'abord, le sens de ces expériences. Il
ne s'agit plus, comme jadis, de poser à une personne cette ques
tion si compliquée et si vaine : êtes-vous un auditif? usez-vous
d'images auditives? La méthode est toute différente, et plus sûre.
Elle consiste à faire faire un travail qui implique — d'après ce
qu'on présume — un emploi d'images auditives; puis, aussitôt que
le travail est terminé, on s'adresse au sujet, et on lui demande si
précisément dans ce travail il vient d'employer des images auditives.
On surprend donc en quelque sorte sur le fait, en flagrant délit,
l'emploi qui a été fait de l'rdéation. Kuhlmann, en faisant entendre
des sons ou des phrases, conduisait tout naturellement ses sujets à
recourir à la mémoire auditive pour conserver le souvenir de ces
impressions; et on pouvait s'attendre à ce que, lorsque les sujets
chercheraient à se rappeler ce qu'on leur avait fait entendre, ils
emploieraient pieusement les images auditives. Il n'en a rien été ; et
c'est là la partie la plus intéressante et la surprise de ce travail. Les
images auditives jouent un petit rôle. Rôle plus grand pour les visuelles, soit des mots, soit de l'entourage, soit des idées
associés; ces images visuelles apparaissent surtout pour amorcer
la mémoire, ou pour remplir ses lacunes. Il y a aussi un recours
fréquent à la mémoire motrice ; et celle-ci est même tout à fait pré
pondérante pour la reproduction des sons qui ne sont pas des mots
(par exemple, chant, rire, cris d'animaux, etc.). Et enfin, bien
souvent il y a eu ce que l'auteur appelle « inference par le con
text », ce qui signifie peut-être mémoire des idées, ou idées sans
images. A. Binet.
J. LINWÜRZKY. — Zum Problem des falschen Wiedererkennens.
(A propos du problème de la fausse reconnaissance). — Archiv für
die gesamte Psychologie, t. XV, p. 256-260.
Description d'un cas particulier relatif à l'auteur. Celui-ci trouve
que les conditions préalables de la fausse reconnaissance doivent
être : d'abord un état de faiblesse et de fatigue, qui ne permet que
des représentations insuffisantes et les empêche de se produire avec
facilité ; ensuite le fait d'imaginer un événement capable de se réa-

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