Méthodologie. Théories et études générales - compte-rendu ; n°1 ; vol.20, pg 229-252

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L'année psychologique - Année 1913 - Volume 20 - Numéro 1 - Pages 229-252
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1913
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I. Méthodologie. Théories et études générales
In: L'année psychologique. 1913 vol. 20. pp. 229-252.
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I. Méthodologie. Théories et études générales. In: L'année psychologique. 1913 vol. 20. pp. 229-252.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1913_num_20_1_4349BIBLIOGRAPHIQUES ANALYSES
I. — Méthodologie. — Théories et études générales.
J. M. BALDWIN. — History of Psychology (Histoire de la Psychol
ogie). — 2 vol. in-16 de 136 et 168 pages, Londres, Watts and
C°, 1913; prix : 2 sch.
Le premier de ces deux petits volumes envisage les conceptions
psychologiques depuis les présocratiques jusqu'aux temps modernes,
c'est-à-dire jusqu'à Hobbes, après quelques pages consacrées à la
« psychosophie » des primitifs, à la période « prélogique » de la
pensée suivant l'expression de L. Lévy-Bruhl, dont l'auteur adopte
les conceptions principales. Une partie est consacrée aux interpré
tations anciennes non scientifiques de l'esprit (écoles pré-socra
tiques; Socrate, Platon et les socratiques; Aristote, Épicuriens,
Stoïciens, Mystiques; Philon et Platon); une autre à la maturation
du dualisme (Pères de l'Église, saint Augustin, Scholastiques,
Thomas d'Aquin, Duns Scot, Avicenne, Averroès, etc.) ; et la dernière
à l'interprétation du dualisme (Bacon, Bœhme) et à la psychologie
philosophique (réalisme de Descartes, occasionalisme et Malebranche,
parallélisme de Spinoza, harmonie préétablie de Leibniz, dogmatisme
de Wolff, débuts du naturalisme et de l'empirisme chez Gassendi et
Hobbes).
Le deuxième volume traite des temps modernes, d'une première
période matérialiste, naturaliste, empiriste (Locke, Hume, Con-
dillac, Hartley, Priestley, Holbach, les Encyclopédistes) avec courant
idéaliste (Berkeley, Kant), puis de la seconde période, philosophique
d'abord (Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer; les association-
nistes anglais, les réalistes écossais, les spiritualistes français,
l'éclectisme de Cousin), scientifique ensuite.
A ce dernier point de vue sont envisagés la méthode positive de
Rousseau et de Comte et le parallélisme psychophysique, les théories
de Herbart et de Lotze, puis le développement de la psychologie
physiologique et expérimentale (psychophysique, Chronometrie),
de la psychologie génétique et comparée, de la psychologie sociale,
affective et esthétique enfin, avec quelques noms de contemporains.
Enfin l'auteur procède à une interprétation génétique de cette
histoire, en terminant par un résumé historique, faisant de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 230
une* étude proprement psychologique, histoire de la psychologie
mais aussi sociologique, par la comparaison du développement
parallèle des conceptions sur le « Moi » de la pensée individuelle et
de la pensée qu'on peut appeler collective, « racial », dit l'auteur.
Il est regrettable que M. Baldwin n'ait donné aucune place au grand
mouvement de la psychologie objective. H. P.
W. BEGHTEREW. — La psychologie objective. — In-8 de 478 p.
Paris, Alcan, 1913.
On trouvera dans ce volume deux choses, un exposé de la
conception que Bechterew se fait de la psychologie objective
envisagée comme réflexologie, et des indications relatives à des
données biologiques, physiologiques et psychologiques, destinées à
constituer une sorte de traité de psychologie.
En ce qui concerne la conception de Bechterew, elle s'oppose
nettement à celle des premiers psychologues expérimentaux qui
ont limité la psychologie à l'étude des faits de conscience, et elle
réagit contre la tendance à susciter l'introspection du sujet au
cours de l'expérience : « Nous excluons, dit-il, l'observation
interne, aussi bien de l'étude que de l'expérience, limitant nos
moyens à l'enregistrement et au contrôle des faits objectifs ».
Rappelant les conseils de Binet dans son « Introduction à la
psychologie expérimentale » et cette assertion de Münsterberg à
propos de l'expérience psychologique, que « le sujet doit revêtir ce
squelette de la chair et du sang de ses réminiscences », il ajoute :
« Nous sommes loin de nous opposer à ces tendances, tant qu'il
s'agit d'enrichir le domaine de la psychologie subjective. Mais à
l'égard de la psychologie objective, nous trouvons qu'elles
manquent le but et sont pour le moins inutiles. L'expérience peut
et doit être le principal moyen de la psychologie objective, mais il
faut l'organiser de telle sorte qu'on puisse enregistrer les manifes
tations externes du phénomène psychique en rapport avec les fac
teurs qui l'ont provoqué. Certains appareils particulièrement
sensibles permettent de compléter ces données par l'enregistr
ement des processus cérébraux. Quant à savoir si ces derniers sont
conscients ou non, cette question doit être résolument écartée.
« II faut y renoncer avant tout parce que nous n'avons pour cela
aucun critérium objectif. Aucun signe objectif ne peut nous
montrer si le processus en question s'est écoulé sous une forme
consciente ou non. »
La psychologie est la science des processus neuro-psychiques,
processus réductibles « au schéma d'un réflexe où l'excitation,
atteignant l'écorce cérébrale, éveille les traces des réactions anté
rieures et trouve dans celles-ci le facteur qui détermine le
processus de la décharge »; le critérium objectif du psychisme se
trouve dans ce fait « que les réactions psychiques comprennent une
modification du réflexe par l'expérience antérieure de l'individu. GÉNÉRALES 231 ÉTUDES
Partout où la réaction est modifiée par l'expérience individuelle,
nous avons un psycho-réflexe ou phénomène neuro-psychique dans
le sens propre du mot. » Et il faut garder le mot psychique, qui
« s'est tellement enraciné dans la mentalité humaine qu'il nous
paraît impossible de l'éliminer de la science objective, d'autant
plus que le fond des choses n'est pas dans le vocable, mais dans le
sens qu'on lui attribue... D'autre part il est bon de conserver le
nom de « psychologie objective » pour mettre en évidence le
rapport de la nouvelle discipline à l'ancienne psychologie et pour
inculquer la conviction que les mêmes phénomènes peuvent être
étudiés des deux côtés, par l'observation interne et par les procédés
objectifs. »
Ces procédés objectifs, quels sont-ils? Il y a — c'est là la méthode
nouvelle — l'emploi des réflexes conditionnels de Pawlov. Tandis
que ce dernier se limite au réflexe salivaire nécessitant une fistule et
appliquable seulement aux animaux, prétendant restreindre l'étude
de ses réflexes provoqués par voie associative au domaine strict
ement physiologique, Bechterew, qui critique très vivement la
méthode délicate et incertaine selon lui de Pawlov et néglige ses
résultats, déclare réussir avec plus de précision à opérer des
transferts de la valeur inductrice d'une excitation spécifique à des
excitations variées, en employant des réflexes quelconques
étudiables aussi bien chez l'homme que chez les animaux, des
réflexes respiratoires par exemple, le réflexe plantaire, etc.
Mais il n'y a pas là une méthode unique, comme tend à le
soutenir Pawlov pour son procédé; Bechterew emploie les
méthodes expérimentales classiques et son traité s'appuie sur les
résultats obtenus par ces méthodes, dans la mesure où l'introspec
tion est négligée :
« II va de soi, dit-il, que la nouvelle psychologie utilisera toutes
les données de la psychologie actuelle qui ont une valeur object
ive. »
Cela semble promettre un traité complet de psychologie objective,
basé sur tous les résultats acquis.
Mais je dois avouer que ce traité n'est guère satisfaisant. Tout
d'abord il est très confus et l'ordre n'y apparaît guère ; on revient
plusieurs fois sur les mêmes sujets sans trop savoir pourquoi.
Dans la première partie, où se trouve discutée la question de
principe, Bechterew étudie les impressions externes, c'est-à-dire les
phénomènes sensoriels, et leurs conditions anatomo-physiologiques,
les impressions internes — comprenant les phénomènes de
fatigue, — les réactions externes et internes, les états affectifs, et
la corrélation des impressions avec les processus réactifs, compre
nant les phénomènes généraux d'association, dont sont examinées
les conditions anatomo-physiologiques.
La deuxième partie est faite d'une série de chapitres sur les
réflexes qui comprennent toute la psychologie, réflexes simples, instinctifs, réactions neuro-psychiques (reproduction,
imitation, mémoire, réflexes associés, jugement, opérations 232 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
logiques), réflexes mimiques, réflexes de concentration nerveuse
(ce terme de concentration nerveuse étant l'équivalent de celui
<T« attention »), réflexes symboliques, comprenant le langage,
l'écriture, le dessin, et toutes les appréciations sensorielles,
toutes les capacités de discrimination de sensations — rappro
chement singulier — , enfin réflexes personnels comprenant l'étude
de la personnalité et des formes supérieures de l'activité, formés
artistiques, etc.
Tout cela n'est pas objet d'un exposé systématique, mais on
trouve juxtaposés des résultats d'expériences souvent très hétéro
gènes et rangés ainsi sous une des rubriques énumérées.
Bechterew a en quelque sorte vidé son sac de documentation, et
il a bien fait, car il nous renseigne sur des travaux russes effectués
sous sa direction et qui ne sont guère connus en France, la
plupart ayant été publiés comme thèses de doctorat ou dans des
périodiques de langue russe.
Mais la documentation générale est tout à fait insuffisante, et
l'entraîne, en particulier pour ce qui est des sensations et percept
ions, à l'indication d'un ou deux travaux étrangers et de plusieurs
travaux russes sur un sujet qui a comporté des recherches parfois
d'une centaine d'expérimentateurs parfaitement objectifs.
A lire Bechterew — aussi bien pour ce livre de psychologie que
pour ses ouvrages de physiologie — on serait tenté de croire que
presque toute la science a été faite dans son laboratoire; et incon
testablement on y a beaucoup travaillé, mais bien souvent la
priorité des résultats appartient à d'autres centres de recherches.
Je n'en citerai qu'un exemple à propos du passage où, envisa
geant les réflexes mimiques, Bechterew traite — très superficiell
ement — de la théorie périphérique des émotions (p. 312).
« D'après la James Lange, dit-il, les changements vascu-
laires sont antérieurs aux autres processus qui déterminent
l'altération du tonus neuro-psychique. Est-ce bien exact cela? Que
disent là-dessus nos expériences?
« Celles qui ont été faites dans notre laboratoire par le D Sres-
newsky, semblent aboutir à une conclusion directement opposée.
Elles ont montré que, sous l'effet de la frayeur, l'altération du tonus
neuro-psychique se produit bien avant l'apparition des phénomènes
cardio-vasculaires. D'autre part, nous savons péremptoirement des
recherches antérieures de notre laboratoire, que les vaisseaux de
î'écorce cérébrale sont susceptibles de variations actives, indépen
dantes de l'état général du système vasculaire. »
Or je crois bien que la priorité à cet égard appartient aux
recherches de Francois Franck (1900) qui a montré l'indépendance
des variations vasculaires du cerveau et leur priori t5 par rapport
aux périphériques.
En somme Bechterew apporte surtout une psychologie objective
d'après les travaux de ses élèves et de quelques autres.
On doit d'ailleurs remarquer que l'introspection des sujets n'est
pas toujours éliminée aussi complètement qu'on pourrait se le figurer GÉNÉRALES 233 ÉTUDES
dans les recherches effectuées à son laboratoire, si l'on en croit la
relation qu'il donne du travail du Dr Nikitine et de la DlCSS0 Gromika,
où le sujet « était tenu à faire trois choses : 1° à fixer immédiate
ment sur le papier la forme qu'il avait saisie, 2° à décrire en détail
tout ce qu'il avait éprouvé, et 3° à comparer le résultat avec le dessin
même en notant les traits de ressemblance et de différence ».
Quelques remarques en terminant : Un certain nombre de noms
d'auteurs sont écorchés (Dadge pour Dodge par exemple, Irenes
pour Trêves, etc.) — relativement peu par rapport à l'ouvrage plus
ancien de Bechterew sur V Activité et la Vie où des noms français
bien connus se trouvaient méconnaissables une fois transcrits du
russe, — et il y a des défectuosités de texte ou des fautes d'impres
sion regrettables (éléments objectifs pour subjectifs, p. 29b)1.
La phrase suivante laisse supposer que la balance de Mosso a pu
servir à des dosages urinaires ! « Tout travail mental s'accompagne
d'un afflux du sang et d'une sécrétion plus abondante des phos
phates, comme l'ont prouvé les expériences avec la balance de
Mosso » (p. 369-370). Une réaction est « stéréotypée » et non « st
éréotype ». Qu'est-ce qu'une femelle « gonflée de fret » (p. 217)?
Enfin, comme il l'a fait déjà à plusieurs reprises, Bechterew
appelle « tableau de signes de Vaschide » un tableau qui a été
publié dans la Technique de Psychologie de Toulouse, "Vaschide et
Piéron, et résultant d'une élaboration collective. Plusieurs auteurs,
même en France, ont adopté cette désignation inexacte, évidem
ment plus rapide, mais contre laquelle je dois protester. Les signes
dont il s'agit, destinés à la mesure de l'attention, sont un test de
« Toulouse, Vaschide et Piéron » et non de l'un d'eux isolément.
H. Piéron.
WILLIAM MC DOUGALL. — Psychology. The study of Behaviour
(Psychologie. L'étude du comportement). — In-16 de 254 p. Londres,
Williams and Norgate, 1912.
Voici un petit livre dont on ne saurait trop recommander l'atten
tive lecture; il est en effet plein d'idées originales et intéressantes.
Rompant, lui aussi, avec la tradition subjectiviste, et cela tout à
fait indépendamment de l'effort parallèle de Bechterew, il proclame
hautement que la psychologie n'est pas la science de la conscience,
toujours inconnaissable, mais la science positive du comportement
des êtres vivants, hommes et animaux, ce qui revient en somme au
point de vue ancien d'Aristote. *\
Maintenant on n'acceptera pas nécessairement la définition que
1. Une donnée ambiguë à relever : le chien percevrait, d'après le Dr Pro-
topopofF, un septième de son (seuil différentiel). S'agit-il d'un « septième
de ton » ou d'une différence d'un septième dans le nombre des vibrations
du son initial? Il est probable que la première hypothèse est la bonne,
car on voit (p. 262) que Zeliony aurait trouvé « un quart de son », alors
qu'il s'agissait pour cet auteur d'un quart de ton. 234 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
l'auteur donne du comportement, conçu comme un effort adaptatif
en vue de la conservation de l'espèce, ce qui impliquerait qu'il
n'existe pas de comportement inadapté et nuisible, assertion non
démontrée et contredite même par certains faits. De ce que le com
portement est en général adaptatif, il ne s'ensuit pas qu'on doive
faire de ce caractère assez commun un élément de définition
logique.
Notons d'ailleurs que l'auteur, en posant le problème de l'inte
rprétation animiste du comportement tel qu'il le conçoit, et malgré
ses sympathies personnelles pour cette hypothèse, élimine la ques
tion au point de vue scientifique. M. Me Dougall, en proclamant que
la psychologie est la science du comportement, n'entend point pour
cela éliminer l'examen analytique des phénomènes de conscience
pouvant être impliqués par le tout en montrant les
difficultés de cette analyse, et il consacre à l'étude de la
un bref mais intéressant chapitre.
La « structure » de l'esprit l'arrête davantage. Le terme vise à
rappeler qu'il n'y a pas un simple agrégat de processus mentaux,
mais un système organisé conditionnant les activités adaptatives.
Distinguant la « structure logique » de la « structure historique », il
rappelle que les esprits, au premier point de vue, de par leurs dispo
sitions, leurs systèmes fonctionnels, sont profondément semblables,
mais que, au second point de vue, de par leur éducation, leurs
associations acquises, ils se différencient nettement.
Dans un chapitre sur les méthodes et les départements de la
psychologie, l'auteur distingue la psychologie de l'adulte normal,
la psychologie des animaux, la des enfants, la psychol
ogie individuelle (correspondant à la différentielle de
Stern), la psychologie anormale et la psychologie sociale, avec les
méthodes d'introspection (auto-introspection ou examen d'intr
ospections provoquées), l'observation et l'interprétation du comporte
ment, méthode essentielle, et enfin l'étude des produits de l'activité
mentale (un nid d'oiseau, une toile d'araignée, une danse, une
langue, un code, une religion, une poésie, une cathédrale, les vers
d'un fou, le système de gouvernement d'un peuple).
Avec raison, M. Me. Dougall montre que la psychologie expéri
mentale ne forme pas un département à proprement parler. Au
cours d'une expérience, les trois méthodes principales peuvent
être utilisées : si Ton demande à quelqu'un de diviser une ligne en
deux parties égales, on peut observer le comportement du sujet,
lui demander ses impressions, et enfin utiliser son travail, ce qui
permet de constater, en répétant l'expérience, qu'il existe dans la
bipartition d'une ligne une inégalité systématique.
La psychologie comparée ne constituerait pas non plus un dépar
tement véritable; dans chaque département on pourrait procéder
par comparaison. A vrai dire, je ne suis pas ici tout à fait de l'avis
de M. Me Dougall en un sens, car on peut placer à côté de la
psychologie de l'homme adulte normal, tout le groupe des psychol
ogies animale, pédologique, anormale, individuelle, sociale, dont ÉTUDES GÉNÉRALES 235
l'intérêt réside principalement dans la comparaison; et, dans le
groupement des analyses de Y Année psychologique, j'ai rangé just
ement ces cinq départements sous une rubrique commune; mais en
un sens, je serai d'accord avec lui, car on peut dire que dans une
étude quelconque on peut apporter un esprit comparatif ou ne pas
l'apporter, et qu'ainsi la comparaison est une attitude et ne peut
désigner un domaine de recherches.
Enfin la psychologie physiologique ne paraît pas non plus à
l'auteur mériter une place à part; il rappelle très justement qu'il
est nécessaire au psychologue de connaître les fonctions générales
de l'organisme par les méthodes physiologiques, étant donnés les
rapports étroits qui existent entre les fonctions mentales et toutes
les autres, et qu'il est absurde de s'occuper des capacités mentales
des insectes, sans bien connaître la structure particulière de leurs
yeux à facette, ou des états mentaux d'un aphasique sans connaître
les lésions cérébrales dont relève l'incapacité de parler; seulement
il voit là encore une méthode applicable dans tous les départe
ments.
En somme la méthode physiologique n'est qu'une des formes de
la méthode objective d'étude du comportement, seulement ceci ne
serait peut-être pas compatible avec la définition du comportement
de M. Me Dougall.
Les derniers chapitres du livre sont consacrés à quatre des dépar
tements psychologiques déterminés par l'auteur, l'étude du compor
tement animal, l'étude des enfants, la psychologie anormale enfin,
et la psychologie sociale.
Partout on trouve d'intéressantes et justes réflexions : A propos
de animale, l'auteur montre toute l'obscurité de cette
théorie^ d'origine théologique, de l'instinct, posant en principe que
l'homme possède la raison, et que l'animal est guidé par l'instinct,
théorie qui, chose curieuse, s'est trouvée reprise récemment par
un auteur qui se croit révolutionnaire, qui pense avoir fondé sur
la physico-chimie la nouvelle psychologie animale, et qui d'ailleurs
avait commencé par décréter la suppression de l'instinct, — et il
met ce vieux « tarte à la crème » sur le même plan que la vieille
théorie des facultés.
A. propos de la psychologie des enfants, M. Me Dougall insiste
sur le rôle important des instincts héréditaires, si généralement
négligés chez l'homme.
En ce qui concerne la psychologie sociale, les opinions de
l'auteur seront certainement très discutées, car c'est un domaine
où l'on ne s'entend guère : les sociologues appelleraient plutôt
sociologie mentale ce que les psychologues rangent sous le titre
précité et qui concerne les actions collectives exprimables en
termes mentaux, mais ne pouvant être le fait d'aucune mentalité
individuelle; il s'agit d'une psychologie collective, étudiant la vie
mentale de la société. De ce point de vue, il n'y aurait qu'une
différence d'étiqueUe ; mais les principes explicatifs ne sont pas du
tout les mêmes, ceux qu'invoque M. Me Dougall sont la suggestion, 236 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
la sympathie et l'imitation, ce qui correspond à peu près à l'att
itude de Tarde. Mais je ne me permettrai pas de discuter cette
conception, car je ne me sens pas la compétence nécessaire; c'est
aux sociologues à le faire. H. P.
JAMES R. ANGELL. — Behavior as a category of psychology {Le
comportement envisagé comme une catégorie de la psychologie). —
Ps. Rev. XX, 1913, p. 255-270.
La psychologie, en rayant de son vocabulaire le mot « âme »,
s'est en même temps séparée de tous les problèmes que ce terme
soulevait. « Conscience » semble être maintenant la prochaine
victime désignée; la science du comportement purement objective
tend à s'y substituer; est-ce justice? L'état de la question est
exposé dans cet article avec beaucoup de netteté; la solution pro
posée par l'auteur est empreinte de clarté et de bon sens.
La notion de conscience est attaquée de deux côtés : un grand
nombre de philosophes l'ont rétrécie; d'autre part et à juste titre
on a émis l'opinion que l'ambiguïté de sa signification prête à la
confusion et à l'erreur.
La psychologie comparée s'est la première heurtée au problème
de savoir s'il faut ou non octroyer la conscience aux animaux quand
ils font preuve d'un comportement intelligent, objectivement simi
laire à celui de l'homme : il est certain que la science ne peut que
gagner à ne pas discuter cette question et à rester sur le terrain
solide de l'objectivité. Les termes de comportement instinctif
appliqué aux actes réflexes et héréditaires, de comportement
acquis pour ceux qui représentent l'apprentissage acquis de
l'individu s'adaptant au milieu sont parfaitement clairs et suffi
sants.
Il était naturel qu'on tende à transporter ce point de vue en psy
chologie humaine, plus loin encore, en psychologie sociale, rel
igieuse, économique, etc. En fait le rendement scientifique des
méthodes subjectives est défectueux; tant qu'il se borne à enre
gistrer des faits, le psychologue reste sûr de lui, mais dès qu'il
cherche à expliquer les processus mentaux qui relient l'excitation
à la réaction, il est le jeu des hypothèses diverses qui ont été
émises sur la nature de la conscience. D'aucuns se satisfont de
l'analyse des faits, mais la plupart « ayant mangé le fruit de la
science souffrent les douleurs de l'indigestion spirituelle ».
Tantôt la conscience est prise dans le sens d'activité mentale,
tantôt d'impression personnelle momentanée; les uns sous-enten-
dent avec elle une notion d'entité immatérielle; les uns la font
spatiale, les autres non spatiale; les uns la considèrent comme un
transformateur d'énergie, les autres, l'isolant du monde extérieur,
lui confèrent pourtant le miraculeux pouvoir d'en refléter les phé
nomènes.
Mais si nous nous guérissons de cette maladie, voyons si ce ne .
ETUDES GÉNÉRALES 237
sera pas pour en contracter une autre. Si nous acceptions la notion
de comportement à son sens biologique, c'est à la condition de
pouvoir, quand les circonstances l'exigeront, restreindre ou étendre
sa signification. Le programme behavioriste est par ailleurs entièr
ement intelligible et soutenable : étudier chez l'homme le comporte
ment au sens physiologique et surtout zoologique en ce qu'il a
d'héréditaire, d'instinctif et de réflexe, en lui adjoignant le com
portement intelligent en ce qu'il a d'acquis, au sens d'adaptation
individuelle.
Mais voici la question cruciale. Pourrons-nous nous passer de
l'introspection? L'auteur montre par des exemples (sensation de
couleur, etc.) combien l'entreprise sera difficile dans la pratique.
Mais soit! supposons possible qu'on se borne désormais aux
méthodes objectives de l'étude du comportement. Qu'en résultera-
t-il? Nous devrons renoncer à élucider tous les états mentaux inte
rmédiaires aux excitations et aux réactions, et souvent ils sont ce
quïl y a de plus significatif dans tout le processus. Accordons que
l'introspection dénature souvent ce qu'elle touche : il n'en est pas
moins vrai qu'entraînée et contrôlée, limitée d'ailleurs aux ques
tions que la méthode objective ne peut résoudre, elle garde toute sa
valeur.
Qu'adviendra-t-il avec le programme behavioriste, de la psychol
ogie du « connais-toi toi-même », de tout le système des valeurs et
expériences morales et spirituelles? Ou bien nous les garderons en
les exprimant en termes désormais objectifs, ou bien nous laisse
rons ces problèmes de psychologie subjective, à l'éthique, à la
religion, à la métaphysique.
Voilà donc que la a perdu toute autonomie et se
classe au nombre des sciences biologiques. Ne tombons pas au
moins dans l'absurdité de feindre ignorer l'existence de la con
science, et de lui dénier toute signification.
Que la psychologie entre résolument dans la voie objective, rien
de mieux; mais il n'en reste pas moins acquis que l'introspection
est notre seul moyen d'études pour bien des problèmes, quand ce
ne serait que pour la description des sentiments. D'ailleurs les
méthodes objectives n'englobent-elles pas directement ou indirect
ement le concours de l'introspection? Si c'est là un mauvais outil,
perfectionnons-le, affinons-le, mais ne le rejetons pas.
J. F.
JOHN B. WATSON. — Psychology as the behaviorist views it (La
psychologie considérée du point de vue behavioriste). — Ps. Rev.,
XX, 1913, p. 158-177.
L'accord est loin d'être fait sur la question de savoir si la psychol
ogie doit rester une étude des phénomènes conscients, ou, adoptant
l'unique point de vue objectif, se ranger parmi les sciences natur
elles comme une science du behavior (comportement) ; la termino-

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