Missions archéologiques françaises au Chili Austral et au Brésil Méridional - article ; n°1 ; vol.57, pg 77-99

De
Journal de la Société des Américanistes - Année 1968 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 77-99
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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Annette Laming-Emperaire
Missions archéologiques françaises au Chili Austral et au Brésil
Méridional
In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 57, 1968. pp. 77-99.
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Laming-Emperaire Annette. Missions archéologiques françaises au Chili Austral et au Brésil Méridional. In: Journal de la
Société des Américanistes. Tome 57, 1968. pp. 77-99.
doi : 10.3406/jsa.1968.2038
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jsa_0037-9174_1968_num_57_1_2038MISSIONS SCIENTIFIQUES
MISSIONS ARCHÉOLOGIQUES FRANÇAISES
AU CHILI AUSTRAL ET AU BRÉSIL MÉRIDIONAL
Datations de quelques sites par le radiocarbone
Les dernières missions archéologiques françaises au Chili austral et au
Brésil méridional ont été peu ou pas publiées. Diverses études sur les fouilles
exécutées dans l'une ou l'autre région sont en préparation ou sous presse.
Pour compenser les inconvénients de ces longs délais, nous donnons ici
quelques informations sur des datations par le radiocarbone déjà effectuées
et leurs implications pour la chronologie des régions étudiées. Pour le Chili
nous avons groupé avec les datations des sites fouillés par nous, celles d'autres
chercheurs concernant des sites comparables dans les mêmes régions.
I. Les sites du Chili austral.
1. Les recherches.
Recherches américaines. Au début de sa carrière Junius Bird exécuta deux
missions archéologiques en Patagonie chilienne, la première pendant l'été
austral 1932-1933, la seconde de 1934 à 1937.
Les fouilles de Bird n'ont pas été publiées d'une façon détaillée. Elles
ont permis à leur auteur de distinguer 5 grandes phases dans le développe
ment des cultures préhistoriques de Patagonie et de situer la plus ancienne
occupation de l'homme dans l'extrémité australe du continent américain
il y a environ 10.000 ans. Aucun document trouvé depuis les travaux de
Bird n'a suggéré une arrivée plus ancienne. Les échantillons datés prove
naient de la grotte du Mylodon, de la grotte Palli Aike et de la grotte Fell.
Recherches finlandaises. Les deux expéditions finlandaises en Patagonie
et en Terre de Feu, qui eurent lieu en 1928 et 1937 sous la direction de Vaïno 78 SOCIETE DES AMERICANISTES
Auer exécutèrent essentiellement des recherches de géochronologie et de
paléobotanique. Les résultats de leurs travaux sont de la plus grande utilité
pour les préhistoriens parce qu'ils ont abouti d'une part à la publication
d'un atlas pollinique de Fuégo-Patagonie qui reste le seul à cette date pour
la région, d'autre part à l'établissement d'une séquence chronologique post
glaciaire fondée sur l'existence de trois couches de cendres volcaniques dis
tinctes, plus une quatrième plus ancienne et moins bien définie. Nous avons
trouvé une fois au moins ces cendres recouvrant une couche archéologique
en Terre de Feu, et il est probable que des analyses de sédiments provenant
de sites variés révéleront parfois l'existence de ces cendres datables.
Les éruptions définies par les travaux finlandais ont été situées chrono
logiquement par des datations radiocarbone de la façon suivante (d'après
Gordon 1967) :
Localisation № Éruption Datation С 14 échantillon de l'échantillon
III cendres Y 183 IV Couche d'éruption 2.240 ±60 soit 290 av. J.-C.
Y 183 III 3 cm. au-dessus cendres 4.480 ± 50 soit 2.530 av. J.-C. II cendres Y 183 II 3 cm. au-dessous 6.600 ± 90 soit 4.650 av. J.-C.
Y 188 5 cm. au-dessus cendres 8.700 ± 100 soit 6.750 av. J.-C. I cendres Y 189 5 cm. au-dessous 9.300 ± 200 soit 7.350 av.
Missions ethnologiques et archéologiques françaises au Chili austral.
Plusieurs expéditions françaises se sont déroulées en Patagonie chilienne
et en Terre de Feu de 1946 à 1968, subventionnées par la Commission des
Fouilles du Ministère des Affaires Étrangères et par le Centre National de
la Recherche Scientifique.
I. 1946-1949. Joseph Emperaire et le Dr. Louis Robin. Étude ethnologique
et anthropologique des derniers Alakaluf des Archipels de Magellan, menée
au cours d'une convivence de 18 mois avec ces nomades de la mer.
IL 1951-1953. Joseph Emperaire et Annette Laming-Emperaire, avec
la collaboration de Bernard Passini. Prospection archéologique dans les
mers d'Otway et du Skyring, dans les régions d'Ultima Esperanza, de Cerro
Guido et de Cerro Castillo, sur la côte nord du Détroit de Magellan, dans la
région volcanique de la frontière chileno-argentine, et dans les archipels
de Patagonie occidentale et de Terre de Feu. Fouilles dans les sites d'Engle-
field et de Ponsonby, et dans les grottes Fell et du Mylodon.
III. Dec. 1957 -mars 1958. Joseph Emperaire exécute toute une série de
prospections sur les côtes du Détroit de Magellan pour préparer une grande MISSIONS SCIENTIFIQUES 79
expédition qui doit avoir lieu l'année suivante. Fouilles à Puerto del Hambre,
l'établissement espagnol fondé sur les côtes du Détroit par Sarmiento en 1584
sous le nom de Ciudad del Rey Felipe.
IV. Octobre 1958-mai 1959. Joseph Emperaire, A. Laming-Emperaire,
puis Henri Reichlen à partir de février 1959. Prospection de nouveaux sites
sur la côte nord du Détroit de Magellan, découverte des sites de Bahia Muni-
ción. Fouilles à Ponsonby.
Fouilles à Bahía Munición et à la grotte Fell. Prospection de la côte
nord de la Terre de Feu, de Punta Catalina à la Bahia Gente Grande. Fouille
de DCO, découverte des sites du Cabo San Vicente.
V. Dec. 1960-mars 1961. A. Laming-Emperaire, Maria José Ménézes,
avec la collaboration de Armando Aguilar et de Armando Sanchez. Pours
uite de la prospection des côtes de Terre de Feu, de la Bahia Gente Grande
à la Caleta Josefina. Fouilles dans les sites de Hotel Bahía Inutil, et sur le
continent à la Cueva de la Leona.
VI. Octobre 1964-janvier 1965. A. Laming-Emperaire, Zulema Spencer,
Roger Humbert, Daniele Lavallée, Ann Chapmann, avec la collaboration
de Armando Aguilar et de Armando Sanchez. Reprise des fouilles sur le
continent à la grotte Fell et à Bahía Munición, et en Terre de Feu à DCO,
Rio Calafate, au Cabo San Vicente. Découverte et fouilles à l'abri Marazzi.
VII. Nov. 1967 -mars 1968. A. Laming-Emperaire, Z. Spencer, D. Lavall
ée, R. Humbert avec la collaboration pour des périodes variables de Jacquel
ine Madrid de Colin, Cristina Durán, John Fell, Oswaldo Wegmann, André
Singer. Reprise des fouilles à l'abri Marazzi en Terre de Feu. Sondages à
Morro Chico et à la Laguna Thomas Gold sur le continent.
2. Les sites datés.
Il y a actuellement en Patagonie australe 7 sites dont un niveau au moins
a été daté par le radiocarbone. Ce sont la grotte du Mylodon, la grotte Palli
Aike, la grotte Fell, le gisement de Ponsonby, le gisement d'Englefield,
le gisement de Bahía Munición, et, en Terre de Feu, l'abri Marazzi.
La grotte du Mylodon. Cette grotte immense située à proximité de la côte
Est du fjord d'Ultima Esperanza, est connue depuis la fin du xixe siècle.
De nombreuses fouilles et sondages y ont été pratiqués (Moreno, 1897,
Nordenskiôld, 1899, Hauthal, 1899, Emperaire et Laming, 1953). Des fouil-
leurs amateurs et des chercheurs de trésors y pratiquèrent aussi des trous
et des tranchées. Actuellement, malgré l'état chaotique du sol, on peut
estimer qu'une bonne partie du remplissage est intact, dans une proportion
qui atteint peut-être 50 % de l'ensemble. Les parties non touchées sont
situées soit sous les déblais des premiers fouilleurs, soit au centre de la grotte
sous un immense éboulis de la voûte qui semble postérieur aux couches à 80 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES
mylodon. On ne pourrait atteindre ces parties intactes qu'après d'impor
tants travaux de déblaiement.
La grotte du Mylodon, constamment parcourue par des courants d'air,
forme un mauvais habitat pour l'homme, et elle est archéologiquement très
pauvre. La contemporanéité de l'homme et du mylodon n'y a jamais été
clairement démontrée. Son intérêt réside dans l'extraordinaire conservation
des vestiges organiques (cuirs, poils, excréments) due certainement à la
présence d'une épaisse couche de cendres volcaniques qui s'est accumulée
dans la caverne et a peut-être causé la mort de ses derniers occupants.
On a deux datations d'échantillons provenant de la grotte du Mylodon.
L'un, consistant en excréments de mylodon, fut recueilli par Bird en 1937.
Sa datation par l'université de Chicago a donné une antiquité de 10.800 ±
570 années et 10.864 i 720 années, ce qui situe le dépôt du fumier vers
8.882 4; avant J.-C. L'autre échantillon recueilli par J. Emperaire en 1953
consistait aussi en excréments de mylodon. Il a été daté par le Commissar
iat à l'Énergie atomique de Saclay et a donné une antiquité de 10.300 ±
400 années, ce qui le situe vers 8.340 ± 400 avant J.-C.
La grotte de Palli Aike. La grotte s'ouvre à l'intérieur du cratère du volcan
de Palli Aike, à peu de distance de la frontière du Chili avec l'Argentine.
Elle fut découverte et entièrement fouillée par Bird en 1937. La couche la
plus ancienne, qui reposait sur un lit de cendre volcanique, a donné de l'indus
trie de pierre et d'os mêlées à des vestiges de faune disparue. L'analyse par
le radiocarbone exécutée en 1950 par l'Université de Chicago a montré une
antiquité de 8.639 ± 450 années, ce qui la situe vers 6.689 ± 450 av. J.-C.
La grotte Fell. La grotte se trouve dans l'estancia Brazo Norte, qui appart
ient à la famille Fell depuis les débuts de la colonisation dans la région.
Elle s'ouvre dans la vallée du rio Oosin Aike (rio Chico). Elle a été découverte
et fouillée par Bird en 1937. La mission archéologique française y a pratiqué
un sondage en 1953, une fouille de quelques mètres carrés en 1959, un net
toyage des déblais des fouilleurs clandestins et une remise en état en 1965.
John Fell et son fils Bill y ont fait également quelques travaux dans les années
1960 et suivantes.
Actuellement un quart environ du remplissage et tout le cône d'éboulis
sont intacts pour des recherches futures. Dans les couches les plus anciennes
les industries humaines étaient, d'après les travaux de Bird, associées avec
du cheval et du mylodon. Dans le sondage et la fouille de 1953 et 1959,
on a pu seulement mettre en évidence l'association du cheval américain et
de l'homme, les vestiges de mylodon ayant été trouvés sous la première
occupation humaine.
La datation d'un échantillon recueilli par John Fell et correspondant à
la plus ancienne occupation humaine a donné 10.720 ± 300 années, ce qui
situe la couche vers 8.760 ± 300 avant J.-C. Aucun échantillon recueilli
par la mission française n'a été daté, ni publié. MISSIONS SCIENTIFIQUES 81
Gisement de Ponsonby. Ponsonby est le nom d'une estancia située sur
l'île Riesco, au débouché du canal Fitz-Roy dans la mer du Skyring. La
stratigraphie en est extrêmement compliquée et correspond à un ensemble
de terrasses et de tourbières lié aux variations du niveau des eaux du com
plexe de mers intérieures Skyring-Otway. Des fouilles y ont été exécutées
en 1951-1953 et en 1958 par J. Emperaire. Elles n'ont pas été publiées. Aucune
nouvelle fouille n'y est prévue dans l'immédiat.
D'une façon schématique, outre un emplacement de campement en bor
dure de la côte actuelle dans les parages duquel les derniers Alakaluf noma-
disaient encore en 1953, le site comporte :
A. A 200 m. en arrière de la côte, au pied d'une falaise de dépôts glaciaires,
un amas de coquilles dont l'ensemble constitue notre série A. L'industrie
est très proche de celle des pêcheurs nomades des temps historiques. La
faune est essentiellement marine. Une datation des coquilles de la base de
l'amas a donné 3.700 ± 130 années soit 1.750 ± 130 avant J.-C.
B. Le long de la falaise il existe une étroite terrasse dont la hauteur au-des
sus des eaux du Fitz-Roy est de 4 à 6 mètres. Elle est coiffée d'un important
gisement pris dans un sédiment très fin d'allure loessique. Ce gisement se
décompose en plusieurs niveaux dont l'ensemble constitue notre série B.
L'amas de coquille A est adossé à la terrasse sur laquelle est situé B. Il ne
recouvre pas les niveaux B, mais il est nécessairement plus récent que В
parce qu'il n'est nulle part recouvert par des sédiments, par de la faune
ou par de l'industrie provenant de B. L'industrie de В est très différente de
celle de A et s'apparente davantage à celle que l'on trouve dans les pampas
de l'intérieur. La faune est une faune terrestre avec guanaco dominant. Л у
a aussi de nombreuses mauchas (berniques), de la famille des patellidés.
Ces coquillages vivent sur le littoral et sont typiques des vestiges alimentaires
des chasseurs terrestres fréquentant les côtes, alors qu'ils sont peu prisés,
des pêcheurs qui leur préfèrent les coquilles d'eau profonde.
Une datation de charbons recueillis sous le principal foyer fouillé du В
a donné 3.720 ± 130 années, soit 1.750 ± 140 avant J.-C. Nous pensions
la série В plus ancienne, et aussi plus éloignée dans le temps de l'amas de
coquille A. Des datations de contrôle seront nécessaires.
C. A la base de В et sous A des objets de pierre ont été trouvés éparpill
és dans un sédiment qui d'abord ne se différencie pas de celui du B, puis
devient sableux et se termine par des sables ferrugineux dans lesquels on
a trouvé de la faune et de l'industrie. L'industrie est pauvre et ne permet
aucun rapprochement avec d'autres gisements de Patagonie. La faune est
terrestre et comporte essentiellement du guanaco. Nous n'avons pas de
datations pour l'ensemble С
D. Sous le niveau С commencent une série de sables et de tourbes stra
tifiés dans lesquels on a encore trouvé deux niveaux archéologiques avec
charbons de bois, un peu de faune et très peu d'industrie. La faune est essen- 82 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES
tiellement terrestre. Il n'y a plus de coquillages marins et l'on peut penser
que la mise en communication avec les eaux de l'océan des grands lacs gla
ciaires de l'Otway et du Skyring se situe à une époque contemporaine de la
fin du D ou du début du C.
Quatre datations ont été faites sur des échantillons provenant de la série D.
Le deuxième niveau de charbons de bois a été daté de 6.370 ± 160 années,
soit 4.420 i 160 avant J.-C. Malheureusement la pauvreté des vestiges
humains correspondant à ces charbons ne nous permet de rien dire sur les
groupes qui occupaient ces parages quelques millénaires avant l'ère chrétienne.
Il semble peu probable que le lieu fouillé soit un site d'habitat qui aurait
sans doute été très humide. Nous pensons que les charbons datés ont pu
parvenir de plus haut et peut-être d'un lambeau de terrasse à peine percept
ible au flanc de la falaise, à une dizaine de mètres de hauteur et qui forme
aujourd'hui un sentier très étroit fréquenté par les moutons. Un sondage
pratiqué sur ce lambeau à peine visible, mais dont nous recherchions l'exi
stence parce qu'il fallait trouver l'origine des charbons de bois, a donné de
l'industrie lithique s'apparentant pour une pièce au moins à celle des pampas
de l'intérieur.
Deux tourbières sous-jacentes à ce niveau à charbons de bois ont été
datées respectivement de 6.500 ± 350 années, pour la tourbière supérieure,
et de 7.610 ± 170 années, pour la tourbière inférieure, soit de 4.540 ± 350
et 5.660 ± 170 avant J.-C, ce qui semble satisfaisant et s'accorde bien avec
l'image d'ensemble du site. En revanche les sables à troncs d'arbre sont dans
les croquis de 1953 intercalés entre les deux tourbières et la datation de
5.520 ± 140, soit 3.570 d= 140 avant J.-C. est irrecevable. Nous ignorons
si l'erreur provient de l'étiquetage de l'un ou l'autre échantillon ou de la
datation elle-même. Des datations de contrôle sont nécessaires.
Il semble que dans l'état actuel des fouilles, l'histoire de Ponsonby puisse
se résumer de la façon suivante :
I. Au début du post-glaciaire l'île Riesco était encore unie au continent
et le système Otway-Skyring était occupé par des lacs glaciaires. Aux périodes
de bas niveaux les bords de ces lacs étaient recouverts par des tourbières,
aux périodes de hauts niveaux ces tourbières étaient recouvertes de vases
ou de sables lacustres.
La tourbière inférieure se situe vers 5.660 avant J.-C, c'est-à-dire qu'elle
serait antérieure à l'Altithermal, tandis que la tourbière supérieure est datée
de 4.540 avant J.-C. et correspondrait au début de l'Altithermal. Les études
de pollens confirmeront ou non ces appartenances. Les sables à troncs d'arbre
doivent correspondre à un épisode chaud et à une brutale fonte des gla
ciers de l'intérieur de Riesco. Ils devraient avoir 1.000 ans de plus que l'âge
obtenu par l'analyse radiocarbone pour s'insérer normalement dans la
stratigraphie du site.
II. Les premiers humains (D) qui fréquentèrent les bords du Skyring
s'installèrent probablement en arrière des tourbières et peut-être sur une MISSIONS SCIENTIFIQUES 83
terrasse d'une dizaine de mètres bordant la cuvette encore lacustre. C'étaient
des chasseurs terrestres. Ils semblent avoir été peu nombreux et n'avoir
campé sur les bords du Skyring que d'une façon sporadique. Les plus anciennes
traces de leur occupation ont été datées de 4.420 avant J.-C. et correspondent
donc encore à l'Altithermal.
III. A la fin de l'Altithermal le paysage du Skyring se transforme, une
nouvelle terrasse s'édifie, à 4 mètres environ au-dessus des eaux actuelles
et, vers la même époque, les eaux du grand lac glaciaire entrent en communic
ation avec celles de l'océan, comme le montrent l'existence, dans le niveau
archéologique coiffant cette terrasse, de coquillages marins et de phoque.
Les nouveaux occupants du site sont des chasseurs terrestres (B). Leur
industrie comporte de nombreux bifaces et de très belles pointes de pierre
à dentelures jamais retrouvées dans d'autres sites de Patagonie. Le climat
s'est refroidi. Des charbons ont été datés de 1.740 avant J.-C.
IV. La terrasse de 4 mètres est abandonnée et les terres bordant les
eaux du Skyring se sont sans doute légèrement exhaussées. De nouveaux
groupes humains viennent camper au pied de la falaise. Ils s'adossent cette
fois à la terrasse de 4 mètres dont la base est tout entière recouverte par
leurs détritus de coquilles. Ce sont des pêcheurs marins (A) dont l'alimenta
tion est essentiellement constituée de phoque et de coquillages. Leur cul
ture matérielle est très proche de celle des derniers Fuégiens dont ils sont
peut-être les ancêtres directs.
V. Les eaux du Skyring ont continué à baisser. La communication entre
Skyring et Otway se fait maintenant par un étroit chenal aux courants
violents, le canal Fitz-Roy. Les amas de coquilles des périodes précédentes
se trouvent loin de la côte. Les habitats comme il est de règle chez les pêcheurs
nomades qui n'abandonnent jamais leurs canots, doivent suivre ce mouve
ment. Mais ils s'éloignent ainsi du pied de la falaise, et sont mal abrités des
vents. Le lieu est abandonné. Il semble que lorsqu'à la fin du siècle les
premiers colons blancs s'installèrent à Ponsonby, les Alakaluf ne fréquen
taient pas régulièrement ce site, et que c'est la présence de postes de ber
gers qui, paradoxalement, appelèrent l'installation de campements tempor
aires et peu importants.
Gisement ďEnglefield. Le gisement fouillé repose sur une terrasse de 27 m.
de la petite île d'Englefield dans la mer d'Otway. Il fut découvert en 1951
par J. Emperaire. Il est constitué d'un niveau archéologique unique dont
l'épaisseur varie de quelques cm à 60 cm, entièrement composé de coquilles,
cendres et sables pris en brèche, dont la superficie, qui n'a pu être délimitée
avec précision, atteint plusieurs dizaines de mètres carrés. Le gisement
n'a pas été entièrement exploré et d'autres fouilles pourront y être prati
quées. Il serait en particulier souhaitable de recueillir des charbons à diverses
hauteurs du dépôt afin de déterminer la durée de l'occupation. 84 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES
On a trouvé à Englefield une très belle industrie d'os et d'obsidienne.
Les harpons gravés à double tenon et les magnifiques pointes et couteaux
bifaces d'obsidienne restent uniques parmi les industries actuellement con
nues de Patagonie australe. Toutes les pointes sont sans pédoncule et suggèrent
un rapprochement avec la pointe d'Ayampitim. La présence d'une lame de
hache piquetée dans les coquilles, du type de celles non datées connues dans
la région de Chiloé, pose le double problème des contacts avec des groupes
septentrionaux et de l'existence en Amérique du Sud du piquetage de la
pierre à une époque très reculée. Cependant cette lame de hache était unique,
et une intrusion récente est possible dans ce gisement superficiel.
Il semble que le gisement d'Englefield corresponde à une occupation d'un
type particulier d'un groupe sans doute plus septentrional, venu chercher
et travailler l'obsidienne que l'on trouve dans le fjord tout proche de Silva
Palma.
On possède deux datations d'échantillons de charbons recueillis à Englef
ield. L'une a donné 9.248 ± 1.500 années, ce qui situe l'occupation aux
environs de 7.286 avant J.-C, l'autre 8.456 ± 1.500 années, ce qui situe
l'occupation vers 6.496 avant J.-C. La large marge d'erreur de ces deux
dates ne nous permet pas de situer l'occupation de l'île et l'exploitation de
l'obsidienne avec plus de précision qu'entre le 6e et le 9e millénaire avant J.-C.
Elle correspond à un paysage très différent du paysage actuel et à une période
climatique antérieure à l'Altithermal.
Bahía Munición 3. La Bahía Munición est une baie de la côte nord du
Détroit de Magellan située entre le phare de Punta Delgada et le phare de
Posesión. De nombreux sites érodés ou partiellement erodes y ont été
découverts. Un site en stratigraphie y a été repéré en 1958 et étudié en 1959
et 1964, sous le nom de Bahía Munición 3. Il s'agit d'une dune consolidée
dont la partie fouillée a donné 11 niveaux archéologiques bien distincts,
certains séparés par d'épaisses couches de sables stériles, et s'étageant sur
une auteur de 7 mètres.
L'industrie d'os et de pierre n'a pas encore été étudiée en détail. Elle est
pauvre et n'a livré de belles pièces que dans les niveaux supérieurs. On a
trouvé des coquilles marines dans tous les niveaux, montrant que lors de
l'occupation cette partie du Détroit était en communication avec l'Atlan
tique. Cependant les coquilles étaient tou jours en petite quantité (sauf
dans la couche 9) et représentant des espèces que l'on peut ramasser à marée
basse. Tous les niveaux fouillés paraissent correspondre à une occupation
sporadique de chasseurs terrestres, aucun à un lieu de campement de
pêcheurs. Neuf échantillons de charbons de bois de Bahía Munición 3 ont
été datés. Ils ont donné :
Couche 2 : 290 i 90 années, soit vers 1.660 de notre ère. 3 : 250 i 90soit vers 1.700 de ère.
Couche 4 : 740 zb HO années, soit vers 1.210 de notre ère.
Couche 5 : 800 i 100 années, soit vers 1.150 de notre ère. SCIENTIFIQUES 85 MISSIONS
Couche 6 : 1 années, soit vers 270 de notre ère. .680 1407 : 530 100 soit vers 1.420 de ère.
Couche 8 : 550 Ю0 années, soit vers 1.400 de notre ère. 1 110 soit vers 40 avant J.-C. 9 : .990
Couche И : 3 .200 450 années, soit vers 1.250
Profil strati graphique de Bahia municion 3.
Les résultats paraissent déconcertants. Ils montrent d'une part que, malgré
la hauteur du gisement, les occupations des couches fouillées se sont succé
dées à une cadence rapide, certains niveaux pourtant bien distincts au cours
de la fouille n'étant séparés que par quelques dizaines d'années. Le fait
s'explique aisément par la nature éolienne des sédiments et par l'extrême
rapidité de formation des dunes. Il est d'autre part plus difficile de com
prendre la division en deux séries des datations obtenues. Ces deux séries
sont les suivantes :
I. 1.660 de notre ère (couche 2), 1.700 (couche 3), 1.210 (couche 4), 1.150
(couche 5), 270 (couche 6).
(La marge d'incertitude explique sans difficulté le chevauchement des
deux dernières datations, la couche 3 pouvant théoriquement dater de l'année
1.610 et la couche 2 de l'année 1.750.)
II. 1.420 de notre ère (couche 7), 1.400 denotre ère (couche 8), 40 avant
J.-C. (couche 9), 1.250 avant J.-C. (couche 11).

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