Modalités temporelles de présentation et développement des mécanismes associatifs médiats de la mémoire - article ; n°1 ; vol.67, pg 89-107

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L'année psychologique - Année 1967 - Volume 67 - Numéro 1 - Pages 89-107
The task is to memorise 48 words presented in systematically ordered series. These words can constitute 24 paires chosen by their strength of association : rate of primary association (3 levels), reversibilily of this strength (2 levels). A task of recall follows the presentation of words after one minute.
Three rates of presentation are used : fast (R), slow (L), fast and repeated (4 R), or : one word every 1,5 second (R), 6 s (L), 1,5 s (4 R), with a time of projection for each word : 0,5 s (R), 5 s (L), 5 s (4 R), for in this case, the list is repeated 4 times.
This fast and repeated presentation is the most effective : it permits the reconstitution of the greatest number of associations. The slow presentation is more effective than the fast one. The associative index of reversibility only has an effect of differentiation, whatever the conditions are.
These data confirm a theorical conception of the mnemonic processus at three levels. The recall would depend on : 1° A short-term memory, bound to perceptive activity ; 2° The immediate mobilisation of the long-term memory, that is acquired before the task ; 3° A middle-term memory, that is all the mnemonic activities developed during the task. bound to perceptive activity ; 2° The immediate mobilisation of the long-term memory, that is acquired before the task ; 3° A middle-term memory, that is all the mnemonic activities developed during the task.
La tâche consiste à mémoriser 48 mots présentés en série selon des ordres systématiques. Ces mots peuvent constituer 24 couples choisis d'après leur force d'association : taux d'association primaire (3 niveaux), réversibilité de cette force (2 niveaux). Une épreuve d'évocation suit la présentation des mots à 1 minute d'intervalle.
Trois conditions temporelles de présentation sont utilisées : rapide R, lente L, rapide et répétitive 4 R, c'est-à-dire un mot toutes les 1,5 s (R), 6 s (L), 1,5 s (4 R), avec une durée de projection de chaque mot 0,5 s (R), 5 s (L), 5 s (4 R), car dans ce cas la liste est répétée 4 fois.
Cette présentation rapide et répétitive est la plus efficace car elle permet la reconstitution du plus grand nombre d'associations. La présentation lente est plus efficace que la rapide. Seul l'indice associatif de réversibilité a un effet différenciateur quelles que soient les conditions.
Ces données confirment une conception théorique des mécanismes mnémoniques à trois niveaux. L'évocation dépendrait : 1° D'une mémoire à « court terme » difficilement dissociable de l'activité perceptive ; 2° De la mobilisation immédiate de la mémoire à « long terme » où se trouve stocké tout l'acquis antérieur à l'épreuve ; et 3° D'une mémoire à « moyen terme » qui correspond à l'ensemble des activités mnémoniques qui se développent au cours de la mémorisation proprement dite.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
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Geneviève Oléron
P. Coslin
G. Lamouroux
P. Malrieu
J.-L. Renaud
Modalités temporelles de présentation et développement des
mécanismes associatifs médiats de la mémoire
In: L'année psychologique. 1967 vol. 67, n°1. pp. 89-107.
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Oléron Geneviève, Coslin P., Lamouroux G., Malrieu P., Renaud J.-L. Modalités temporelles de présentation et développement
des mécanismes associatifs médiats de la mémoire. In: L'année psychologique. 1967 vol. 67, n°1. pp. 89-107.
doi : 10.3406/psy.1967.27552
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1967_num_67_1_27552Abstract
The task is to memorise 48 words presented in systematically ordered series. These words can
constitute 24 paires chosen by their strength of association : rate of primary association (3 levels),
reversibilily of this strength (2 levels). A task of recall follows the presentation of words after one minute.
Three rates of presentation are used : fast (R), slow (L), fast and repeated (4 R), or : one word every 1,5
second (R), 6 s (L), 1,5 s (4 R), with a time of projection for each word : 0,5 s (R), 5 s (L), 5 s (4 R), for
in this case, the list is repeated 4 times.
This fast and repeated presentation is the most effective : it permits the reconstitution of the greatest
number of associations. The slow presentation is more effective than the fast one. The associative
index of reversibility only has an effect of differentiation, whatever the conditions are.
These data confirm a theorical conception of the mnemonic processus at three levels. The recall would
depend on : 1° A short-term memory, bound to perceptive activity ; 2° The immediate mobilisation of the
long-term memory, that is acquired before the task ; 3° A middle-term memory, that is all the mnemonic
activities developed during the task. bound to perceptive activity ; 2° The immediate mobilisation of the
long-term memory, that is acquired before the task ; 3° A middle-term memory, that is all the mnemonic
activities developed during the task.
Résumé
La tâche consiste à mémoriser 48 mots présentés en série selon des ordres systématiques. Ces mots
peuvent constituer 24 couples choisis d'après leur force d'association : taux d'association primaire (3
niveaux), réversibilité de cette force (2 niveaux). Une épreuve d'évocation suit la présentation des mots
à 1 minute d'intervalle.
Trois conditions temporelles de présentation sont utilisées : rapide R, lente L, rapide et répétitive 4 R,
c'est-à-dire un mot toutes les 1,5 s (R), 6 s (L), 1,5 s (4 R), avec une durée de projection de chaque mot
0,5 s (R), 5 s (L), 5 s (4 R), car dans ce cas la liste est répétée 4 fois.
Cette présentation rapide et répétitive est la plus efficace car elle permet la reconstitution du plus grand
nombre d'associations. La présentation lente est plus efficace que la rapide. Seul l'indice associatif de
réversibilité a un effet différenciateur quelles que soient les conditions.
Ces données confirment une conception théorique des mécanismes mnémoniques à trois niveaux.
L'évocation dépendrait : 1° D'une mémoire à « court terme » difficilement dissociable de l'activité
perceptive ; 2° De la mobilisation immédiate de la mémoire à « long terme » où se trouve stocké tout
l'acquis antérieur à l'épreuve ; et 3° D'une mémoire à « moyen terme » qui correspond à l'ensemble des
activités mnémoniques qui se développent au cours de la mémorisation proprement dite.Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée
de la Sorbonne
Laboratoire associé au C.N.R.S.
MODALITÉS TEMPORELLES DE PRÉSENTATION
ET DÉVELOPPEMENT DES MÉCANISMES ASSOCIATIFS
MÉDIATS DE LA MÉMOIRE
par Geneviève Oléron
en collaboration avec P. Coslin
G. Lamouroux, P. Malrieu et J.-L. Renaud
Broadbent (1958) a proposé une théorie dichotomique et
sélective de la mémoire dont le fonctionnement repose sur
l'existence de mécanismes dits à court terme (STM) et d'autres
à long terme (LTM). Les premiers permettent un enregistrement
momentané et limité de données en raison de la capacité du
canal de réception ; ils recouvrent l'ensemble des mécanismes
dits de mémoire immédiate. Les mécanismes de mémoire à long
terme se réfèrent à l'établissement des traces mnésiques stabi
lisées par apprentissage grâce aux procédés classiques de répé
titions, de conditionnement, etc. Dans un exposé critique,
Melton (1963) rejette cette conception dichotomique de la
mémoire et pense qu'il n'y a pas de discontinuité dans le fonc
tionnement mnémonique. Selon la nature même des expériences
mnémoniques considérées, on peut augmenter relativement
l'importance des processus mnémoniques à très court terme par
rapport aux seconds et ainsi accentuer l'aspect dichotomique
des processus.
Cependant, il semble qu'en aucun cas l'activité mnésique
immédiate soit indépendante de tout ce que porte le potentiel
mnémonique d'un individu. La perception, base indispensable
du développement de la mémoire, dépend elle-même, d'une part
des traces mnésiques, fixées en mémoire à long terme, et d'autre
part de la capacité de la mémoire à court terme. Les perceptions
sont très souvent des « reconnaissances », les mémorisations des
actualisations partielles d'éléments déjà connus. Lorsque nous
apprenons quelque chose, nous apprenons en fait fort peu. Nous 90 MÉMOIRES ORIGINAUX
utilisons un très grand nombre d'éléments acquis, traces mnés
iques, issus d'expériences anciennes que nous intégrons dans
des relations nouvelles. Ainsi en est-il des mots exprimant une
information nouvelle à connaître.
Ces quelques remarques très schématiques n'ont pour objet
que de préciser la perspective théorique dans laquelle s'insèrent
plusieurs de nos études, dont celle-ci sur les mécanismes sélectifs
de la mémoire. Le schéma théorique de ceux-ci serait pour nous
à trois niveaux. Tout individu constitue en raison de ses expé
riences passées un stock de traces mnésiques plus ou moins
disponibles selon les conditions préalables de leur acquisition :
ce sera le contenu de la mémoire à long terme. Lorsqu'il apprend
quelque chose, sa mémoire à court terme lui permet de fixer,
de manière plus ou moins complète pendant une durée limitée,
les données perceptives. Celles-ci mobilisent en fait immédiate
ment le contenu de la mémoire à long terme et c'est au niveau
d'une mémoire à moyen terme que s'opère cette synthèse des
données anciennes et nouvelles. Cet état mnémonique inte
rmédiaire correspondrait à l'actualisation et la mise en disponib
ilité dans le moment présent à la fois de ce qui est nouveau
dans l'acquisition et de ce qui n'est qu'une évocation du passé.
La mise en disponibilité en mémoire à « moyen terme »
dépendrait également des attitudes cognitives et affectives du
moment. Celles-ci sont le fait d'une orientation spécifique vers
l'un ou l'autre des aspects caractéristiques des éléments perçus
à mémoriser d'une part ; on ne prête attention qu'à certains
aspects des données. Cette attitude mobilise également d'autre
part les connaissances acquises et fait appel à la mémoire à
long terme. Nous faisons par ailleurs l'hypothèse que la sélec
tivité de l'activité mnémonique est également déterminée par
l'existence préalable de ces schemes mnésiques élémentaires ou
relationnels de la mémoire à long terme, car ceux-ci sont réac
tivés par la stimulation actuelle qui se trouve en concordance
avec eux. Ceci peut se faire en dehors de toute activité consciente
de l'individu et dépendre de réactions conditionnées. Ainsi
s'expliquent certains apprentissages incidents.
Il nous semble que ce schéma des mécanismes mnémoniques
à trois niveaux ne postule pas de discontinuité fonctionnelle
puisque ces mécanismes dépendent les uns des autres. Il s'inspire
à la fois du schéma de Broadbent (1958), de Waugh et Nor
man (1965), du mécanisme de reconnaissance perceptive de
Oldfield (1965), mais également du modèle machine de Simon OLÉRON 91 G.
et Friegenbaum (1964). En effet, ces derniers proposent une
mémoire qui possède déjà un certain stock de données qu'elle
utilise pour apprendre des liaisons associatives nouvelles.
Cette étude expérimentale se propose d'étudier le dévelop
pement des mécanismes mnémoniques à « moyen terme » en
fonction de la durée impartie à l'acquisition des données. La
mobilisation des structures mnésiques à long terme, si elles sont
complexes, exige un certain temps. Par ailleurs, leur influence
structurante sur les données en mémoire à moyen terme permet
d'augmenter la capacité de celle-ci. On postule en effet que
mémoriser est avant tout l'établissement de structures stables
selon une perspective théorique de Hebb (1949). Ainsi se trouve
réduit le nombre des unités discrètes qui, au lieu d'être des mots,
sont des ensembles de mots, Miller (1956), Ehrlich (1965).
Nous nous proposons d'étudier comment le temps d'acquis
ition modifie le développement de l'activité médiate d'asso
ciation verbale. Celle-ci dépend très étroitement de nos habitudes
développées par la pratique de la langue. Bien qu'il soit toujours
difficile de préciser les processus médiateurs déclenchés par
l'activité mnémonique, comme le soulignent Underwood, Erle
bacher (1965), on a déjà montré que la nature même du matériel
à mémoriser dans l'immédiat favorise le développement de l'une
ou l'autre de ses habitudes verbales, catégorisation, associa
tion, etc. Bousfield (1953) a été l'un des premiers à souligner
l'importance du rétablissement des couples associatifs lorsque
les mots qui pouvaient les constituer étaient présentés en
désordre. Le but de ce travail n'est donc pas de montrer que
l'activité médiate d'association verbale est efficace, ce qui a
été mis en évidence de façons diverses par de nombreuses études
rapportées par Florès (1964), mais de rechercher l'influence du
temps d'acquisition avec ou sans répétition explicite sur son
développement au cours de l'acquisition d'une série de mots
après une seule présentation.
Pour étudier l'influence du temps d'acquisition, nous avons
utilisé trois modalités de présentation visuelle des mots, une
de durée courte R, une de durée longue L et une dernière à
présentation rapide et répétitive 4 R.
La première condition R est choisie de telle sorte qu'il n'y a
aucune difficulté pour les sujets pour percevoir chaque mot. La
seconde condition L permet aux activités médiates répétitives
d'organisation des mots de se développer après la présentation
de chaque mot. 92 MÉMOIRES ORIGINAUX
Mais l'on sait que la présentation rapide non seulement ne
permet pas le développement de ces activités intermédiaires,
mais de plus laisse se développer une inhibition dite « réactive »
selon les conceptions de Hull (1943) qui nuit à la consolidation
des traces mnésiques. C'est pourquoi nous avons utilisé une
troisième condition rapide et répétitive ; les mots sont présentés
à la même cadence que pour la présentation R, mais celle-ci est
répétée 4 fois. Dans ces conditions, la durée totale de présentation
de chaque mot est la même qu'en L, et nous faisons l'hypothèse
du développement d'inhibition réactive tout au long des répé
titions. Par ailleurs celles-ci devraient favoriser l'acquisition de la
structure des mots conformément à la série et nuiront ainsi au
développement des activités médiates.
Nous avons utilisé un matériel verbal associatif comparable
à celui de Jenkins et Rüssel (1952, 1958). Nous nous proposons
de vérifier que l'efficacité des modalités de présentation dépend
également de la force des liaisons associatives entre les mots
utilisés. Les mots appartenant à des couples associatifs dont les
liaisons sont plus fortes seront plus rapidement appris que ceux
dont les liaisons associatives sont plus faibles (auparavant les
mots ont été dissociés et mis en désordre). Ce résultat a été
trouvé par les auteurs précités et par Bousfield, Cohen (1955,
1958), par Deese (1959).
Nous avons utilisé deux critères pour sélectionner les mots,
d'une part la force de l'association primaire A -> B (trois
niveaux) et d'autre part la force de réversibilité de la liaison
associative. Nous entendons par là le fait que, lorsque le mot B
est donné comme réponse en association libre au mot A, il y a une
forte réversibilité si A est donné comme réponse à B, quand ce
mot est présenté. Nous avons utilisé deux niveaux de révers
ibilité, absence et existence de celle-ci. L'hypothèse est que,
lorsque la réversibilité existe, les mots seront mieux retenus
quelles que soient les modalités temporelles de présentation.
Technique expérimentale
L' 'expérience
Tous les mots d'une série préparée à l'avance sont projetés un à un
sur un écran placé face aux sujets. Ceux-ci doivent s'efforcer de les
retenir le mieux possible. On ne donne aucune indication sur la nature
du matériel utilisé.
Il y a une minute d'intervalle entre la fin de la présentation des
mots et l'évocation de ceux-ci faite par écrit par chaque sujet. Pendant 93
cet intervalle, pour éviter des répétitions implicites, on donne aux sujets
toutes les indications nécessaires pour l'évocation : ne commencer
celle-ci qu'à un signal, écrire tous les mots dans l'ordre où ils viennent
à l'esprit sur une feuille de réponse. Celle-ci est distribuée pendant cet
intervalle de temps et comporte deux colonnes de vingt lignes chacune
(chaque sujet reçoit deux feuilles). L'évocation dure cinq minutes.
La passation de l'épreuve est collective ; 4 ou 5 sujets participent
simultanément à celle-ci. Il y a autant de groupes que de conditions
expérimentales. Celles-ci, au nombre de 12, sont déterminées à la fois
par la modalité temporelle de présentation (3) et le nombre des listes
de mots établies (4).
Les modalités temporelles de présentation des listes
a) La présentation rapide (R) des mots consiste à projeter un mot
toutes les 1,5 s sur l'écran avec une durée de projection de 0,5 s. Cette
durée permet une appréhension complète des mots et limite le nombre
des répétitions implicites.
b) La présentation L : Les mots se succèdent avec un intervalle
de 6 s et demeurent 5 s sur l'écran.
c) La rapide et répétitive 4 R : Les mots sont présentés
toutes les 1,5 s comme précédemment et la série est répétée quatre fois
de suite.
TABLEAU I
Force de la liaison A B
5 % A -> B 8 % 11 % A -> B 18 % A -> B 20 %
F I F II F III
Forte 1 lune-astre (5,4) 5 tête-chapeau (12,6) 9 mouton-laine (20,4 „pa t 2 enfant-gosse (5,6) 6 maison-toit (13) 10 enfer-diable (25,6)
7 pardon-excuse (13,5) 11 poule-œuf (36,5) 3 lit-drap (5,6)
F 4 roi-couronne (6,5) 8 bois-forêt (15,7) 12 marteau-clou
fil f I MU
13 citoyen-république (5,2) 17 fourneau-chaleur (11,3) 21 fruit-pomme (20,4) Faible 14 ciseaux-couture (6,5) 22 tibia-jambe (24,8)
15 beurre-vache 20 18 19 chemin-route érosion-volcan commerce-argent ( (14,8) (13,5) 12,2) 23 entraînement-sport (28,3)
16 sifflet-bruit (6,5) 24 êpiderme-peau (50,4)
Les listes des mots
Celles-ci contiennent 48 mots expérimentaux, précédés et suivis
de 3 mots neutres, soit 54 mots au total. Les 48 mots expérimentaux
ont été extraits du matériel verbal obtenu par F. Jodelet et G. Olé-
ron (1966) dans une étude sur la réversibilité. Ils ont été choisis pour
que soient rigoureusement contrôlés, d'une part les taux d'association 94 MÉMOIRES ORIGINAUX
primaire des couples des mots A -> B dans le sens direct, et d'autre part
la réversibilité de cette liaison. Nous avons choisi trois niveaux pour
le taux d'association : faible (I), moyen (II), fort (III). Le tableau I
fournit avec précision la valeur de ces taux. Pour les deux niveaux de
réversibilité, nous avons d'une part celui de forte réversibilité (F) où
la liaison B ->- A (obtenue préalablement expérimentalement) est faibl
ement supérieure ou égale à la liaison A — > B et d'autre part celui de
faible réversibilité (/) où la liaison B -» A est très faible ou nulle.
Les listes sont construites systématiquement pour répartir tout
au long de la liste les mots selon les caractéristiques de leur liaison
associative. Les mots neutres de début et de fin sont toujours les
mêmes.
a) Les listes sont constituées par huit blocs de 6 mots qui se corre
spondent deux à deux entre les blocs. Dans chaque bloc se succèdent
les mots issus d'associations faible, moyenne, puis forte, en alternant
conjointement le niveau de la réversibilité des couples auxquels ces
mots appartiennent. Schématiquement, il y a ainsi dans chaque bloc
six mots issus systématiquement des six cases du tableau I, à savoir
dans l'ordre, F I, / I, F II, / II, F III, / III.
b) A l'alternance des réversibilités faible et forte (F et /) correspond
une alternance entre les associants A de F et B de / ; autrement dit,
si A correspond au mot associant du tableau I lune dans (lune-astre)
et B au mot associé astre, l'ordre des mots dans le premier bloc d'une
des listes est F I (A), / I (B), F II (A), / II (B), etc.
c) La distance entre deux mots associables est également systé
matique. Deux écarts, l'un petit correspond à un intervalle de cinq
mots, soit d, l'autre plus grand D à un de 23 mots.
En fait, cela consiste à mettre dans les listes d l'associant et l'associé
dans deux blocs successifs et dans les listes D, et séparés par trois autres. Si x et y sont des blocs corre
x' et y', x", y" et x'" y'" les spondant d'associants A et d'associés B,
autres blocs, quatre listes ont été constituées comme il suit :
Liste I, d : x, y, x', y', x", y", x'", y'".
x' , y", x" ', y'", x'". II, d : y, x, y',
x" ', x'", y, y', y", y'". Liste III, D : x, x',
x' Liste IV, D : y, y', y", y"', x, x", x'". ,
Les sujets. — Ce sont des étudiants en psychologie de la
première année de la licence de psychologie ou de première
année de l'Institut de Psychologie. Ils sont bénévoles et
volontaires.
L'analyse des protocoles des sujets nous a permis de dénomb
rer le nombre de mots évoqués avec exactitude, le nombre des
associations reconstituées en tenant compte de l'ordre de l'évo
cation ; deux mots qui se suivent sont considérés associés. OLERON 95 G.
RÉSULTATS
Les résultats essentiels de cette étude seront présentés en
confrontant l'efficacité et la sélectivité mnémonique avec la
reconstitution des liaisons associatives.
I. — Efficacité du rappel
1° L' évocation des mots. — Conformément à l'étude de
Murdock (1960) et de deux études de G. Oléron (1965, 1966), le
nombre des mots évoqués est plus clair avec la présentation
lente des mots qu'avec la présentation rapide. Ce résultat
apparaît dans le tableau II où figurent le nombre moyen de
mots rappelés par les sujets dans chacune des situations.
TABLEAU II
Situations
R (1,5 s) L (6 s) 4 R (4 X 1,5 s)
Nombre de sujets 20 20 32
Moyenne 13,15 23,8 30,51
a 5,44 8,06 7,15
Marge 5-27 G-35 16-44 nombre de mots
Contrairement à notre attente, la présentation répétitive des
listes est la situation la plus favorable au développement de
l'activité mnémonique. Les différences entre les résultats des
trois conditions de présentation R, L et 4 R sont significatives ;
les comparaisons entre les notes moyennes de rappel par sujet
sont / = 5,00 avec dl = 38 significative à p < .001 entre R et L,
/ = 3,19, dl = 50, p < .001 entre L et 4 R.
La comparaison des dispersions des résultats individuels et
de leurs marges dans les trois situations font ressortir deux faits
essentiels. L'augmentation du temps de présentation de chaque
mot (comparaison L et R) ne favorise l'efficacité mnémonique
que chez certains sujets. Par contre la répétition des mots a un
effet de facilitation chez tous les sujets par le déclenchement,
que nous considérons comme automatique, d'activités médiates
associatives. MÉMOIRES ORIGINAUX 96
2° Le rétablissement des associations. — Comme nous l'avons
dit, peut être considérée comme association toute séquence de
deux mots dans les protocoles des sujets.
D'après l'hypothèse précitée, l'efficacité mnémonique doit
dépendre directement de la force de l'association primaire qui
unit deux mots et donc de la reconstitution des associations
dites usuelles, base de la construction des listes.
Il paraît également intéressant de considérer les
dites de contiguïté (AS). Ces structures dites « sériales » sont
celles qu'impose la présentation de la liste. Sera considérée
comme évocation d'une association de contiguïté toute suite de
deux mots conforme à celles de la liste.
a) Les associations usuelles reconstituées. — a) Dans la
figure 1 se trouve indiqué le nombre moyen d'associations
usuelles reconstituées par les sujets. Ces valeurs, compte tenu
des situations R, L ou 4 R, s'ordonnent de la même manière.
Les différences constatées entre les groupes sont statistiquement
significatives ; les dispersions et leurs marges varient de la même
manière que celles des distributions des mots évoqués.
Il est alors naturel de considérer que la plus grande efficacité
de l'évocation dépend directement de la reconstitution des
associations usuelles.
ß) On obtient d'ailleurs des corrélations significativement
positives entre le nombre de mots évoqués et le nombre d'asso
ciations reconstituées dans les protocoles des sujets. Ces corré
lations en p de Spearman sont de p — 0,59 en R, p = 0,78 en L
et p = 0,74 en 4 R. Ainsi la présentation rapide R nuit à l'eff
icacité mnémonique car les sujets ne sont pas susceptibles, dans
un laps de temps aussi rapide, d'établir les associations usuelles.
Il n'y a que 2,4 associations reconstituées en moyenne, ce qui
est peu (4 sujets n'ont donné aucune association, 5 n'en ont
donné qu'une, et 4, deux seulement). Or, tous les sujets ont
présenté des associations usuelles au cours de la présentation
répétitive rapide, 4 R.
Nous pouvons donc conclure avec certitude que plus le temps
total de présentation des mots est long, plus il y a d'associations
reconstituées et ceci d'autant plus que dans le même temps
les mots sont présentés plusieurs fois. Du rétablissement de ces
associations usuelles dépend l'efficacité mnémonique.
Or il faut bien remarquer que les sujets ignorent qu'il y a des possibles entre les mots de la liste et que par ailleurs
la présentation rapide et répétitive provoque plutôt une gêne.

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