Modes de détermination d'une transformation non perçue chez des enfants de 3;0 à 6;6 ans - article ; n°1 ; vol.84, pg 57-75

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 1 - Pages 57-75
Résumé
Dans le cadre d'hypothèses énonciatives et du fait de l'ambiguïté quant à la référence, statique ou cinétique, des énoncés décrivant des changements d'état, des sujets de 3;0 à 6;6 ans ont été confrontés à une situation comportant deux phases de production. Dans la première, on demande de décrire un état postural ; dans la seconde, des questions impliquant la détermination d'une transformation sont introduites dans une situation extra-linguistique ne présentant que des états. Cette transformation est reconstituable à partir d'un état postural analogue à celui décrit dans la première phase. Dans une première condition, c'est la situation extralinguistique, et, dans une seconde condition, c'est la question elle-même qui suggère cet état.
La mise en relation des réponses aux questions relatives à la transformation avec celles obtenues dans la phase initiale met en évidence une augmentation avec l'âge des énoncés comportant des marques de construction d'un procès. Le poids de la situation extra-linguistique dans la construction de la référence diminue avec l'âge non seulement dans la détermination cinétique/statique, mais aussi dans la manière d'exprimer la transformation.
La comparaison des réponses aux deux questions fait apparaître que lorsque l'état final est suggéré par la question, entre 3 et 5 ans, plus d'énoncés réfèrent à la qualification de ce seul état, tandis qu'entre 5 et 6;6 ans, des déterminations plus précises de la transformation sont introduites.
Mots clés : psycholinguistique génétique, compréhension et production.
Summary : Means used by children aged 3;0-6;6 to determine an unperceived transformation.
Within a developmental frame of referential talk and due to the fact that the meaning of sentences describing changes of state can be either static or dynamic, children between the age of 3;0 and 6;6 were first asked to describe a doll's postural state and then to determine a transformation that could be guessed front a resulting (final) state, this one being the same as that already described. In this second part of the experiment, two conditions were considered : 1. the resulting state was presented visually ; 2. the final state was hinted verbally. The verb faire (do) appeared in both question calling for the determination.
Compared with the ones that described the state, the productions in the second part of the experiment showed that up to 5 more and more processes were predicated in the answers. On the other hand, the weight of the extralinguistic situation decreased with age both in constructing a dynamic reference than in the way the transformation was determined.
When the transformation final state was hinted within the question, between 3 and 5, there appeared more answers whose reference was the qualification of that state, while between 5 and 6;6, there appeared more precise determinations of the transformation.
Key-words : developmental psycholinguistics, comprehension and production.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Marie-Louise Le Rouzo
Modes de détermination d'une transformation non perçue chez
des enfants de 3;0 à 6;6 ans
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 57-75.
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Le Rouzo Marie-Louise. Modes de détermination d'une transformation non perçue chez des enfants de 3;0 à 6;6 ans. In:
L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°1. pp. 57-75.
doi : 10.3406/psy.1984.29001
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_1_29001Résumé
Résumé
Dans le cadre d'hypothèses énonciatives et du fait de l'ambiguïté quant à la référence, statique ou
cinétique, des énoncés décrivant des changements d'état, des sujets de 3;0 à 6;6 ans ont été
confrontés à une situation comportant deux phases de production. Dans la première, on demande de
décrire un état postural ; dans la seconde, des questions impliquant la détermination d'une
transformation sont introduites dans une situation extra-linguistique ne présentant que des états. Cette
transformation est reconstituable à partir d'un état postural analogue à celui décrit dans la première
phase. Dans une première condition, c'est la situation extralinguistique, et, dans une seconde condition,
c'est la question elle-même qui suggère cet état.
La mise en relation des réponses aux questions relatives à la transformation avec celles obtenues dans
la phase initiale met en évidence une augmentation avec l'âge des énoncés comportant des marques
de construction d'un procès. Le poids de la situation extra-linguistique dans la construction de la
référence diminue avec l'âge non seulement dans la détermination cinétique/statique, mais aussi dans
la manière d'exprimer la transformation.
La comparaison des réponses aux deux questions fait apparaître que lorsque l'état final est suggéré par
la question, entre 3 et 5 ans, plus d'énoncés réfèrent à la qualification de ce seul état, tandis qu'entre 5
et 6;6 ans, des déterminations plus précises de la transformation sont introduites.
Mots clés : psycholinguistique génétique, compréhension et production.
Abstract
Summary : Means used by children aged 3;0-6;6 to determine an unperceived transformation.
Within a developmental frame of referential talk and due to the fact that the meaning of sentences
describing changes of state can be either static or dynamic, children between the age of 3;0 and 6;6
were first asked to describe a doll's postural state and then to determine a transformation that could be
guessed front a resulting (final) state, this one being the same as that already described. In this second
part of the experiment, two conditions were considered : 1. the resulting state was presented visually ; 2.
the final state was hinted verbally. The verb faire (do) appeared in both question calling for the
determination.
Compared with the ones that described the state, the productions in the second part of the experiment
showed that up to 5 more and more processes were predicated in the answers. On the other hand, the
weight of the extralinguistic situation decreased with age both in constructing a dynamic reference than
in the way the transformation was determined.
When the final state was hinted within the question, between 3 and 5, there appeared
more answers whose reference was the qualification of that state, while between 5 and 6;6, there
appeared more precise determinations of the transformation.
Key-words : developmental psycholinguistics, comprehension and production.L'Année Psychologique, 1984, 84, 57-75
Centre d'Etude
des Processus cognitifs et du Langage1
EHESS-CNRS
MODES DE DÉTERMINATION
D'UNE TRANSFORMATION NON PERÇUE
CHEZ DES ENFANTS DE 3;0 A 6;6 ANS
par Marie Le Rouzo
SUMMARY : Means used by children aged 3;0-6;6 to determine an
unperceived transformation.
Within a developmental frame of referential talk and due to the fact
that the meaning of sentences describing changes of state can be either
static or dynamic, children between the age of 3;0 and 6;6 were first asked
to describe a dolVs postural state and then to determine a transformation
that could be guessed from a resulting (final) state, this one being the
same as that already described. In this second part of the experiment,
two conditions were considered : 1. the resulting state was presented visually ;
2. the final state was hinted verbally. The verb faire (do) appeared in both
question calling for the determination.
Compared with the ones that described the state, the productions in
the second part of the experiment showed that up to 5 more and more
processes were predicated in the answers. On the other hand, the weight
of the extralinguistic situation decreased with age both in constructing a
dynamic reference than in the way the transformation was determined.
When the transformation final state was hinted within the question,
between 3 and 5, there appeared more answers whose reference was the
qualification of that state, while between 5 and 6;6, there appeared more
precise determinations of the transformation.
Key-words : developmental psycholinguistics, comprehension and
production.
1. 54, boulevard Raspail, 75270 Paris Cedex 06. 58 Marie Le Rouzo
Le développement de la qualification d'événements est géné
ralement attribué à une possibilité, cognitive et énonciative,
de détachement de la production des données immédiatement
accessibles. La plupart des résultats obtenus en ce sens provien
nent d'études de l'utilisation des formes temporelles du passé
chez l'enfant. Qu'il s'agisse de recherches expérimentales menées
entre 3 et 6 ans (Bronckart et Sinclair, 1973 ; Bronckart, 1976
et 1983) ou d'analyses d'énoncés produits spontanément avant
3 ans (Antinucci et Miller, 1976 ; Bloom, Lifter et Hafitz, 1980),
ces études montrent que les formes du passé interviennent dans
la description de changements d'état avant d'être introduites
dans la qualification d'autres types d'événements venant de se
produire, et elles indiquent que ces formes apparaissent en pré
sence d'un état résultant du changement contemporain de la
production de l'énoncé. Tous les auteurs s'accordent ainsi à
attribuer, au moins partiellement, à ces formes une valeur aspec-
tuelle quand elles commencent à être employées ; le débat
(Di Paolo et Smith, 1978 ; Smith, 1980) porte sur la question
de savoir si elles ont aussi, et déjà, une valeur temporelle.
Cette question ne peut être tranchée dans le cas d'énoncés
à caractère descriptif produits à l'issue du changement et en
présence de l'état parce que l'interprétation referentielle de la
quasi-totalité des réponses obtenues dans ces conditions se révèle
impossible. Qu'il s'agisse, en effet, de productions correspondant
à des constructions adultes intransitives ou transitives (voir,
pour ces dernières, l'analyse proposée par Antinucci et Miller,
1976), la forme « participe » peut aussi être utilisée par l'enfant
comme adjectif, et la forme « auxiliaire » (être ou avoir) comme
verbe (d'état). De la sorte, un même énoncé peut référer soit à la
qualification du seul état (présent), soit à la qualification de la
transformation (révolue) qui a mené à cet état. Dire que l'enfant
qualifie, par l'intermédiaire de ces énoncés, une action résulta-
tive revient, par conséquent, à leur attribuer une référence
cinétique qu'ils n'ont pas nécessairement. Il nous a donc paru
fondamental de constituer un cadre expérimental qui permette,
dans un domaine peut-être limité de ce fait, de lever l'ambi
guïté quant à la référence, statique ou cinétique, des énoncés
produits, pour étudier la manière dont se construit la référence
cinétique.
L'hypothèse génétique de détachement progressif de la pro
duction du poids de la situation extra-langagière sera envisagée Détermination d'une transformation non perçue 59
dans le cadre d'une situation expérimentale ne présentant qu'un
état. Dans cette situation, une question, comportant le verbe
faire, sera introduite que l'adulte interpréterait comme demande
de détermination d'une transformation. Le problème est de
fixer à quel moment de son développement l'enfant comprend
cette question dans ces conditions, et c'est par la référence
construite dans la réponse que sera évaluée l'interprétation de
la question.
Dans le but de permettre cette évaluation, deux précautions
méthodologiques ont été introduites. D'une part, on demandera
aux enfants de qualifier un changement postural, reconstituable
à partir d'un état [assis] présenté. Ce type d'état postural a été
retenu parce que, bien que la forme du participe passé construite
sur l'élément asseoir soit identique à celle utilisée comme adjectif
(assis), il n'existe pas d'ambiguïté quant à la signification d'un
énoncé comme : il (elle) est assis (e), qui constitue la trace
d'une détermination statique.
D'autre part, dans la recherche de la référence, on utilisera
une méthode d'analyse comparative d'énoncés produits par les
mêmes enfants. Pour ce faire, deux phases de production seront
introduites. Dans la première, on fera décrire le seul état que la
situation expérimentale présentera, ultérieurement, à l'appui de
la demande de détermination d'une transformation ; dans la
seconde (la phase expérimentale), on posera la question concer
nant la transformation. On postule que si l'enfant construit des
valeurs referentielles différentes pour les énoncés-questions inte
rvenant lors des deux phases (demande de détermination d'un
état / d'une transformation), alors les réponses varieront. En
s'inspirant de travaux linguistiques (Culioli, 1971 ; Jackendofî,
1976) qui ont défini des propriétés d'organisation des énoncés
permettant d'opposer état et processus, on postule que si l'enfant
détermine une transformation dans la seconde phase, alors sa
réponse comportera une marque processive ; elle présentera au
moins une caractéristique absente de l'énoncé initial, dans le
choix d'un élément à fonction d'agent intervenant à la source
de la relation predicative, dans le choix d'un lexeme autre
qu'asseoir assurant dans le segment verbal la fonction de verbe
principal ou dans le choix d'une forme syntaxique qui fasse
apparaître la fonction processive du segment verbal qui la sup
porte. On fait l'hypothèse que les réponses ne comportant pas
de marque processive — analogues, compte tenu des critères, 60 Marie Le Rouzo
à celles obtenues dans la phase initiale — apparaîtront avant
celles en comportant — différentes, sur l'un au moins des critères,
de celles dans la phase initiale.
L'évolution de la qualification du changement d'état peut
également s'inscrire dans le cadre d'un développement référentiel
plus général. Gomme l'analyse linguistique (Benveniste, 1966 et
1974 ; Lyons, 1975 ; Gulioli, 1981) l'a mis en évidence pour les
pronoms ou les articles, on pourrait distinguer deux fonctions
pour les formes verbales. L'une, déictique, dérivée de l'existence
et de la nomination, servirait à la localisation spatio-temporelle
des événements dans et/ou à partir de la situation extra-langa
gière de renonciation. L'autre, anaphorique, serait seconde dans
la mesure où elle impliquerait un transfert dans la seule dimens
ion temporelle de la situation d'énonciation et la ré-interpréta
tion du repérage déictique selon une chronologie contextuelle.
Cette hypothèse referentielle sera envisagée dans le cadre
d'une variation des conditions d'accès à l'état à partir duquel
se fait, dans la phase expérimentale, la reconstitution du chan
gement. Dans une première condition, deux poupées identiques
ayant été présentées dans une certaine posture (allongées), on
changera la posture de l'une (A -> assis) à l'insu de l'enfant
et on lui demandera de qualifier le changement (qu'est-ce que
j'ai fait ?) compte tenu de la différence de postures entre la
poupée A et l'autre poupée (B). C'est alors la modification inte
rvenue dans le dispositif extra-langagier qui suggère l'état (résul
tant) permettant de reconstituer la transformation qu'on demande
de déterminer. Dans une seconde condition, c'est l'énoncé-ques-
tion lui-même qui suggérera l'état (final) de la transformation
qu'on demande de déterminer (qu'est-ce qu'il faut faire pour
que B soit comme A ?), et, donc, son interprétation contextuelle
qui en conditionne l'accès. L'hypothèse referentielle, présentée
ci-dessus, pronostique une antériorité des références cinétiques
(i.e. des énoncés comportant une marque processive) dans le
cas où l'accès à l'état dépend de la seule situation extra-linguis
tique, d'autant plus que la question posée dans cette condition
spécifie l'agent.
La seconde question ne pouvait être symétrique de la pre
mière. Les marques processives attendues ne se limitant pas au
choix d'un élément à fonction d'agent, et le décodage des énoncés
référant à des événements non révolus — c'est le cas de la
seconde question — impliquant nécessairement l'intervention de Détermination d'une transformation non perçue 61
choix modaux (Harner, 1982), on a retenu la solution dé ne pas
y spécifier d'agent et d'y introduire un opérateur modal (falloir),
dont l'enfant peut attribuer la portée dans l'énoncé-question
soit au segment qui suggère l'état (B comme A), soit au segment
qui suggère la transformation (faire). Dans ce dernier cas, des
choix sont encore possibles selon que l'enfant appréhendera le
segment B comme A comme le terme de la transformation ou
comme la visée de l'énoncé. On fait l'hypothèse que ces derniers
choix seront reflétés par le type de lexicalisation verbale intro
duit dans la réponse. Les différents processus ainsi construits
devraient prolonger le détachement de la qualification de l'état
dans l'énoncé produit. La première question offrant moins de
choix interprétatifs, dans les réponses modifiées d'une condition
à l'autre, outre la systématique des variations selon l'âge pour
ce qui est de la détermination cinétique/statique, on recherchera
la systématique des modifications dans la manière d'exprimer
la transformation.
Les sujets seront des enfants âgés de 3;0 à 6;6 ans. La limite
inférieure est imposée par la possibilité d'obtenir des réponses
et de les comprendre. La limite supérieure a été fixée en fonction
de deux possibilités qui interviennent à partir de 7 ans, l'une
à prendre en compte des transformations dans des situations
complexes impliquant comparaison et jugement (Piaget, 1946),
et l'autre à généraliser l'utilisation anaphorique des formes
de la langue maternelle (Bresson, 1973). Cet âge correspond
aussi au passage à une scolarisation élémentaire, ce qui permet
de n'interroger ici que des enfants de maternelle.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
MATÉRIEL
— Deux poupées en bois, articulées, absolument identiques, pouvant
rester dans une position assise et debout de façon stable.
— Un écran opaque.
TECHNIQUE DE PASSATION
Expérimentateur et sujet sont assis du même côté d'une table. Les
deux poupées sont présentées à l'enfant et on lui fait constater leur
identité. (Elles sont bien toutes les deux pareilles ?) Eventuellement, on 62 Marie Le JRouzo
corrige en fonction de la réponse : un nœud mal ajusté ou desserré sur
l'une des poupées, un pli de robe différent, etc.
Phase initiale : description d'états posturaux. — L'expérimentateur
montre les différentes postures que peuvent prendre les poupées en se
servant de l'une comme exemple (Tu vois, ces poupées peuvent être comme
ça [allongée]; ou ça [assise]; ou comme ça [debout]). Après quoi,
il demande au sujet de qualifier chacune de ces postures (allongée :
Comme ça, elle est comment ? ; assise : et comme ça, elle est comment ? ;
debout : et comme ça, elle est comment ?).
Phase expérimentale : technique d'obtention des productions. — L'une
des poupées (A) est placée allongée sur la table devant l'expérimentateur;
ce sera sa poupée. L'autre (B) est placée allongée devant l'enfant ; ce
sera la poupée du sujet. On fait constater leur identité (Elles sont bien
pareilles la tienne et la mienne ?) et on corrige en fonction de la réponse.
On explique à l'enfant qu'il va jouer aux devinettes. (Je vais faire
quelque chose et il faudra que tu devines ce que j'aurai fait.) Afin d'éviter
que le sujet voie le changement effectué, on lui demande de se retourner
et un écran opaque est placé entre expérimentateur et enfant.
Condition 1. — L'expérimentateur met A en position assise sans la
déplacer ; la poupée B restée dans une posture non modifiée servira de
repère quant à la posture-origine.
On retire l'écran ; on fait retourner le sujet et on lui demande :
Q 1 : Alors, Qu'est-ce que j'ai fait ?
Pour les sujets les plus jeunes, la question 1 a parfois été répétée sous
la forme : Qu'est-ce que j'ai fait ? Tu peux deviner ce que j'ai fait ?
Condition 2. — Lorsque l'enfant a répondu à cette première question,
on lui demande :
Q 2 : et Qu'est-ce qu'il faut faire pour que ta poupée (B) soit comme la
mienne (A) ?
La question 2 a parfois été répétée sous la forme : Qu'est-ce qu'il faut
faire pour que ta poupée soit comme la mienne ? Je veux que cette poupée
— en montrant B — soit celle-là — en montrant A — tu peux
deviner ce qu'il faut faire ?
SUJETS
103 enfants de deux écoles maternelles ont été répartis en quatre
groupes d'âge :
G 1 : de 3;0 à 4;0 ans ; 31 sujets ; 3;6 < âge moyen < 3;7 ; âge Médian = 3;6.
G 2: - 4;l-5;0 — ; 31 — ; 4;6 < âm < 4;7 ; âM = 4;7.
G 3: - 5;l-6;0 — ; 29 — ; 5;6 < — < 5;7 ; — = 5;7.
G 4 : - 6;1 - 6;6 — ; 12 — ; 6;2 < âm et âM < 6;3. d'une transformation non perçue 63 Détermination
Les enfants ont été interrogés individuellement dans une pièce séparée
de la salle de classe. Tous étaient de langue maternelle française et aucun
n'était confronté à une langue étrangère dans sa famille. L'intégralité
du dialogue expérimentateur-enfant a été enregistré au magnétophone
et les productions, dont nous donnerons des exemples, ont été consignées
en langue écrite pour en faciliter une lecture courante tout en respectant
les particularités orales.
MÉTHODE D'ANALYSE DES DONNÉES
C'est par comparaison avec l'agencement des énoncés pro
duits lors de la phase de description de l'état postural (cf. Tech
nique de passation ; assise : et comme ça, elle est comment ?)
qui correspond à l'état résultant (final) de la transformation
qu'on demande ensuite de déterminer, que chaque réponse à Q 1
et Q 2 a été analysée. Les réponses obtenues lors de cette phase
initiale de production sont de deux types :
assis (e) ou elle est assis (e)2
1. Absence de marque processive : réponses MP
Une première classe de réponses regroupe les productions
présentant une organisation analogue à celle des énoncés décri
vant l'état postural. Il s'agit :
— des réponses où une analyse contextuelle ne permet pas de
dégager de construction verbale, la forme assis (e) réappar
aissant pour toute qualification ; par exemple :
Q 1 : assis(e) Q 2 : ((il) faut) assis(e)3
— • des réponses dans lesquelles une construction verbale appar
aît mais qui réfèrent explicitement à la qualification d'un
état (utilisation du verbe être) :
Q 1 : elle est assis (e) Q 2 : qu'elle soit assis (e)*
2. L'élément figurant entre parenthèses est optionnel ; il peut apparaître
ou non dans les productions.
3. On n'a pas tenu compte du segment d'ailleurs optionnel il faut ou
faut apparaissant à l'origine des réponses à Q 2. D'une part, la présence de ce
segment n'est pas pertinente à la problématique de recherche des marques
processives ; d'autre part, ne pas le considérer permet de rendre totalement
homogènes les réponses a Q 1 et à Q 2.
4. Pour ne pas alourdir les exemples, nous ne mentionnerons pas plus
longtemps la terminaison optionnelle jzj de la forme jasij. 64 Marie Le Rouzo
Ces deux catégories de réponses seront, par convention,
cotées MP.
2. Présence de marques processives : réponses MP
L'organisation des autres productions fait apparaître trois
différences essentielles avec l'agencement des énoncés décrivant
l'état postural telles que chacune constitue l'indice d'une cons
truction processive. Les trois catégories de marques processives
ainsi dégagées sont les suivantes :
a) Un item lexical qui n'appartient pas à la catégorie asseoir-
assis assure, dans l'énoncé, la fonction de verbe principal (mpl) ;
b) Un élément verbal autre que être apparaît dans la réponse
muni d'une terminaison /r/. Cette forme constitue, en langue
parlée, une marque non équivoque de la fonction infinitive du
segment verbal qui la supporte (mp2) ;
c) Un segment figure à l'origine de la relation predicative qui
assure une fonction d'agent (mp3).
Toutes les productions obtenues à Q 1 et Q 2 qui n'appar
tiennent pas à la première classe constituée (cf. ci-dessus,
1. Absence de marque processive) relèvent de l'un au moins de
ces trois critères de référence à la qualification d'un procès.
Elles ont donc été regroupées à l'intérieur d'une seconde classe
de réponses et seront, par convention, cotées MP.
3. Types de processus construits dans les réponses MP
Différents modes de détermination de la transformation ont
été dégagés selon la nature du verbe assurant, dans l'énoncé,
la fonction de verbe principal. On distingue :
a) Les productions dans lesquelles la transformation est déte
rminée par l'intermédiaire d'un verbe opérateur. Deux types de
processus opérateur (P.O) peuvent être ainsi construits :
— Le premier relève de réponses où le verbe faire (/) de la
question est réutilisé dans l'énoncé à titre de verbe principal,
quelle que soit la forme déclinée sous laquelle cet élément appar
aît, présent, participe, subjonctif (Q 1 : Vas fait assis ; Q 2 :
tu la fais assis ; que tu la fasses assis) ou infinitif (Q 2 : la faire
assis ; la faire asseoir).
— Le second relève de réponses où le verbe mettre (m) appar
aît en tant que verbe principal, quelle que soit, là encore, la

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