Nature et fonction du renforçateur dans l'apprentissage en situation aléatoire - article ; n°2 ; vol.73, pg 477-492

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 477-492
Summary
In various learning situations there is an uncertainty about the identity of the real reinforcer : a direct information about the right outcome of a trial indirectly gives a due about the accuracy of the answer and vice versa.
Our purpose was to vary either the sanction aspect leaving invariant the information aspect, or vary the information aspect leaving invariant the sanction aspect. The problem was considered with 5 and 8-year old children and with adult subjects in a three-choice « probability-learning » situation (π = .60 ; .20 ; .20). In experiment I, all the subjects receive a direct information, non-contingent upon the answer of each trial ; in the experimental condition, one of the three answers is always wrong, though the corresponding event happens with a specified probability of .20 ; the average frequencies for the three answers do not differ from the ones observed in the control condition. In experiment II, the experimental group does not receive any information about the correct outcome after a wrong prediction ; the average frequency of major answer is significantly inferior to the one in the control group where this information is indepen-dent of the answer. In these two experiments, the main effect of the difference of treatment is independent of the age, but some more precise effects like repetition probability of a good or wrong answer are dependent on age.
le groupe expérimental ne reçoit aucune information sur l'éventualité correcte après une prédiction inexacte ; la fréquence moyenne de la réponse majoritaire est significativement inférieure à celle du groupe contrôle où cette information est indépendante de la réponse. Dans les deux expériences, l'effet principal de la différence de traitement est indépendant de l'âge, mais non certains effets plus fins comme la probabilité de répétition d'une réponse exacte ou inexacte.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Georges Guillain
Nature et fonction du renforçateur dans l'apprentissage en
situation aléatoire
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 477-492.
Abstract
Summary
In various learning situations there is an uncertainty about the identity of the real reinforcer : a direct information about the right
outcome of a trial indirectly gives a due about the accuracy of the answer and vice versa.
Our purpose was to vary either the sanction aspect leaving invariant the information aspect, or vary the information aspect
leaving invariant the sanction aspect. The problem was considered with 5 and 8-year old children and with adult subjects in a
three-choice « probability-learning » situation (π = .60 ; .20 ; .20). In experiment I, all the subjects receive a direct information,
non-contingent upon the answer of each trial ; in the experimental condition, one of the three answers is always wrong, though
the corresponding event happens with a specified probability of .20 ; the average frequencies for the three answers do not differ
from the ones observed in the control condition. In experiment II, the experimental group does not receive any information about
the correct outcome after a wrong prediction ; the average frequency of major answer is significantly inferior to the one in the
control group where this information is indepen-dent of the answer. In these two experiments, the main effect of the difference of
treatment is independent of the age, but some more precise effects like repetition probability of a good or wrong answer are
dependent on age.
Résumé
le groupe expérimental ne reçoit aucune information sur l'éventualité correcte après une prédiction inexacte ; la fréquence
moyenne de la réponse majoritaire est significativement inférieure à celle du groupe contrôle où cette information est
indépendante de la réponse. Dans les deux expériences, l'effet principal de la différence de traitement est indépendant de l'âge,
mais non certains effets plus fins comme la probabilité de répétition d'une réponse exacte ou inexacte.
Citer ce document / Cite this document :
Guillain Georges. Nature et fonction du renforçateur dans l'apprentissage en situation aléatoire. In: L'année psychologique.
1973 vol. 73, n°2. pp. 477-492.
doi : 10.3406/psy.1973.27999
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_27999Année psychol.
1973, 73, 477-492
Laboratoire de Psychologie de l'Université de Rouen1
NATURE ET FONCTION DU RENFORÇATEUR
DANS L'APPRENTISSAGE EN SITUATION ALÉATOIRE
par Christian George
SUMMARY
In carious learning situations there is an uncertainty about the identity
of the real reinforcer : a direct information about the right outcome of a
trial indirectly gives a clue about the accuracy of the answer and vice versa.
Our purpose was to vary either the sanction aspect leaving invariant
the information aspect, or vary the information
the sanction aspect. The problem was considered with 5 and 8-year old
children and with adult subjects in a three-choice « probability-learning »
situation (iz = .60 ; .20 ; .20). In experiment I, all the subjects receive
a direct information, non-contingent upon the answer of each trial ; in
the experimental condition, one of the three answers is always wrong,
though the corresponding event happens with a specified probability
of .20 ; the average frequencies for the three answers do not differ from the
ones observed in the control condition. In experiment II, the experimental
group does not receive any information about the correct outcome after a
wrong prediction ; the average frequency of major answer is significantly
inferior to the one in the control group where this information is indepen
dent of the answer. In these two experiments, the main effect of the difference
of treatment is independent of the age, but some more precise effects like
repetition probability of a good or wrong answer are dependent on age.
Dans les situations d'apprentissage où le sujet choisit ses
réponses dans un ensemble d'emblée explicite, l'expérimen
tateur à la fm de chaque essai indique au sujet soit l'éventualité
correcte à cet essai indépendamment de la réponse effectuée,
soit seulement si la réponse est exacte ou inexacte. On appellera
1. Actuellement à l'Université de Paris VIII, Laboratoire de Psychologie,
route de la Tourelle, 75571 Paris, Cedex 12. MÉMOIRES ORIGINAUX 478
respectivement issue-état et issue-sanction ces deux types d'i
nformations (ce qui correspond à la distinction de Matalon, 1959,
entre information primaire et information secondaire, et à la
distinction fréquente dans la littérature américaine entre situa
tions non contingentes et contingentes). En optant pour l'une
de ces informations, l'expérimentateur n'exclut pas l'autre de la
situation quoiqu'elle ne soit pas observable. En effet, lorsqu'on
indique l'issue-état, le sujet peut déterminer si la réponse est
exacte ou non par comparaison de celle-ci avec l'issue-état ;
et si l'on indique Tissue-sanction, le sujet peut identifier l'issue-
état après une réponse exacte, mais il ne peut le faire après une
réponse inexacte que si la situation comporte deux éventualités.
Il y a incertitude sur le renforçateur effectif, puisqu'on ne sait
pas si l'apprentissage est régi par l'information manifeste ou par
l'information implicite.
Les deux expériences rapportées ici ont pour but de dissocier
le rôle des issues-états et des issues-sanctions comme renforça
teur éventuel dans « l'apprentissage de probabilité ». L'ensemble
des résultats acquis dans l'étude de cette situation ne permet
pas d'inférer une réponse simple au problème posé. Les expé
riences aujourd'hui nombreuses qui ont analysé séquentiellement
les protocoles expérimentaux font apparaître des variations des
probabilités conditionnelles de réponse qui dépendent de l'issue-
état, de la réponse et de l'exactitude de la réponse des essais
immédiatement précédents (pour des revues de question récentes,
voir Jones, 1971 ; George, 1971 ; Rabinowitz, 1970). Ces résultats
permettent d'affirmer que ces trois classes d'événements peuvent
intervenir comme indices dans les décisions successives des sujets,
mais ils sont insuffisants pour apprécier leur rôle dans les méca
nismes de l'apprentissage. D'autres expériences, même si elles
n'ont pas été conçues pour répondre à cette question, apportent
des éléments d'information importants. Ainsi Reber et Mill-
ward (1968) n'observent pas de différence au niveau de la fr
équence moyenne des deux réponses possibles entre des groupes
expérimentaux soumis d'abord à une phase d'observation de la
série des événements à prédire pendant N essais, puis à la procé
dure conventionnelle de prédiction pendant M essais, et des
groupes contrôles soumis à la procédure conventionnelle de
prédiction pendant N -J- Rf essais. Ceci est favorable à l'hypothèse
que l'apprentissage est déterminé par l'information sur la série
des événements à prédire (issues-états), et non par la confir- C. GEORGE 479
mation ou infirmation des réponses (issues-sanctions) lorsque la
première information est donnée indépendamment de la réponse ;
cependant, on observe des différences significatives pour quelques
statistiques séquentielles, ce qui indique que les deux traitements
ne sont pas strictement équivalents.
Notre but a été de faire varier l'aspect sanction en laissant
invariant l'aspect information (expérience I) ou au contraire
de faire varier l'aspect en laissant invariant l'aspect
sanction (expérience II). Dans l'expérience I, on demande aux
sujets de prédire à chaque essai laquelle des trois ampoules de
couleur différente s'allumera au terme de l'essai ; une des
s'allume effectivement, ce qui constitue l'issue-état observable,
tandis que l'issue-sanction demeure implicite puisque l'expér
imentateur ne fait aucun commentaire sur l'exactitude des
réponses. On a décidé de ne pas confirmer l'une des trois réponses
possibles dans une condition expérimentale, en ne commandant
jamais après cette réponse l'allumage de l'ampoule de couleur
correspondante ; cependant, grâce à des permutations opérées
selon des règles définies dans la série de base, la fréquence des
trois issues-états est identique pour tous les sujets (0,60 ; 0,20 ;
0,20). En introduisant une discordance entre la fréquence d'appar
ition des événements à prédire et la fréquence de « renforce
ment » des réponses prédictives correspondantes, on dispose
d'un moyen de savoir par comparaison avec un groupe contrôle
si l'évolution observée est déterminée par les issues-états ou par
les issues-sanctions.
Dans l'expérience II, les sujets doivent choisir à chaque
essai laquelle de trois cartes comporte une figure au verso. Après
chaque prédiction, on retourne les trois cartes dans l'une des
conditions expérimentales (procédure « avec correction »), tandis
qu'on retourne seulement la carte indiquée par le sujet dans
l'autre condition (procédure « sans correction »). Ainsi, dans les
deux conditions, les sujets sont informés essai par essai de l'exac
titude de leur réponse ; mais la connaissance de l'éventualité
correcte (l'issue-état) est indépendante de la réponse dans la
condition avec information totale (IT) et est dépendante de la
réponse dans la condition avec information partielle (IP). Si
l'issue-sanction constitue le renforçateur intervenant dans
l'apprentissage, on ne devrait pas observer de différence entre
les deux conditions dans les fréquences de réponse ; par contre,
si l'issue-état constitue le renforçateur, l'apprentissage devrait MÉMOIRES ORIGINAUX 480
être nettement retardé dans la condition IP, pour atteindre un
même niveau asymptotique final que dans la condition IT.
Signalons que la comparaison des procédures avec correction et
sans correction a déjà été réalisée dans des situations à deux
éventualités (Edwards, 1956 ; Neimark, 1956) et à trois éven
tualités (Neimark, 1956 ; Grenn, 1966) sans faire apparaître de
différences entre les deux traitements. Si ce résultat est plausible
avec deux éventualités, il nous a paru peu plausible avec trois
éventualités.
Une dimension génétique est introduite dans les deux expé
riences, l'hypothèse que les issues-sanctions ont un poids plus
important chez les enfants que chez les adultes est vraisem
blable puisque les travaux antérieurs ont montré que l'incidence
des réponses antérieures et des résultats de celles-ci est plus
grande chez de jeunes enfants que chez les enfants plus âgés
(Matalon, 1959).
EXPÉRIENCE I
A) MÉTHODE
Matériel
II est constitué par un grand panneau de bois comportant du côté du
sujet une fenêtre ronde d'environ 8 cm de diamètre ; cette fenêtre est
recouverte par un écran translucide blanc qui masque trois ampoules
de couleur blanc, rouge et jaune. Du côté de l'expérimentateur sont
disposés trois boutons commandant l'allumage des ampoules, ainsi que
la minuterie réglant l'allumage de chaque ampoule à une durée constante
de deux secondes.
La série des issues
L'expérience comportant 100 essais, on a constitué une série de
100 issues, dite série de base, avec -kx = 0,60 pour l'issue majoritaire
et 7u2 = 7T3 = 0,20 pour les issues minoritaires, en utilisant une procédure
précisée par ailleurs (George, 1971). Par convention, l'issue minoritaire
confirmée sera désignée par i2 et l'issue minoritaire non confirmée par is.
On désignera respectivement par rlt r2 et r3 la prédiction des issues ix,
i2 et i8.
Dans les groupes expérimentaux, on présente à chaque essai l'issue
de même rang de la série de base, excepté aux essais où il y a concor
dance entre la prédiction r3 et l'issue i3. Dans ce cas, l'expérimentateur
présente l'une des deux autres issues conformément à ce qui est spécifié
dans une liste annexe, puis il recherche dans la liste de base l'essai
ultérieur le plus proche comportant l'issue substitutive qui vient d'être C. GEORGE 481
présentée et remplace celle-ci par i3, afin de neutraliser la précédente
substitution. La liste annexe comporte dans un ordre aléatoire les issues
confirmées it et i2 avec les fréquences respectives TtJ^ + n2 et nj^ + tt2.
Plan expérimental
A chacun des niveaux d'âge retenus (5 ans, 8 ans, et adultes), les
sujets ont été affectés au hasard et en nombre égal aux conditions
contrôle et expérimentale, soit 6 groupes indépendants de sujets.
La couleur des issues majoritaires et minoritaires a été contrebalancée
dans chaque groupe. Chaque sujet d'un groupe contrôle est appareillé
avec un sujet du groupe expérimental de même âge et reçoit la même
série effective d'issues que celle qui résulte de la procédure appliquée
à ce dernier. On dispose ainsi de deux contrôles, un contrôle intragroupe
en comparant r2 et r3 au sein du groupe expérimental, et un contrôle
intergroupe en comparant le groupe expérimental au groupe contrôle.
Procédure expérimentale
A chaque essai, la tâche des sujets est de prédire la couleur de l'am
poule qui s'allumera, la réponse étant verbale. Deux expérimentateurs
sont placés côte à côte face au sujet, l'un établissant de proche en proche
la liste effective des issues et enregistrant les réponses, l'autre command
ant l'allumage des ampoules. La durée de chaque essai est approxima
tivement de cinq secondes, dont trois secondes pour l'émission de la
réponse et deux secondes pour l'allumage d'une ampoule (cette dernière
durée étant réglée par une minuterie). Lorsque la latence d'une réponse
atteint trois secondes, l'expérimentateur dit « et maintenant ? », afin de
régulariser la durée des essais, et commande l'allumage de l'ampoule
aussitôt après l'émission de la réponse.
Les consignes, après avoir mentionné qu'une lumière va s'allumer
plusieurs fois de suite et indiqué les trois couleurs possibles, stipulent
aux enfants : « Tu dois deviner chaque fois la couleur de la lumière
avant qu'elle s'allume. Au commencement, tu vas te tromper, mais après
tu trouveras plus souvent. » (Pour les adultes, « deviner » est remplacé
par « prédire ».) Après trois essais d'entraînement, comportant la présen
tation des trois couleurs de telle façon que la première prédiction soit
exacte, on rappelle aux sujets qu'il faut « trouver la couleur de la lumière
beaucoup de fois ». Aucune indication n'était apportée sur la nature de la
série des événements à prédire.
Les sujets
Pour le groupe d'âge 5 ans, on a fait appel à 18 enfants des deux sexes
d'une école maternelle âgés de 4,9 à 5,3. Pour le groupe d'âge 8 ans,
à 18 élèves des deux sexes d'une école primaire, ayant suivi une scola
rité normale, et âgés de 7,9 à 8,3. Le groupe d'adultes est constitué par
36 étudiants en lettres, non psychologues, volontaires et non rétribués. 482 MEMOIRES ORIGINAUX
(En fait 37 : un des sujets du groupe expérimental a dû être éliminé et
remplacé par un autre, car, soupçonnant que l'une des trois réponses était
systématiquement infirmée, il a choisi systématiquement celle-ci,
bloquant ainsi la procédure de substitution utilisée pour engendrer la
liste effective à partir de la liste de base.)
B) RÉSULTATS
1) Fréquence moyenne de la réponse majoritaire
par blocs de 50 essais
La fréquence de la réponse majoritaire r1 demeure proche de
l'équiprobabilité au deuxième bloc chez les enfants, tandis
qu'elle est plus élevée chez les adultes, sans atteindre toutefois
la valeur 7TX = 0,60 (tableau I). Une analyse de variance portant
sur le nombre de réponses majoritaires indique que les facteurs
âge et bloc sont respectivement significatifs aux seuils de 0,01
et 0,001, tandis que le facteur traitement n'est pas significatif ;
l'interaction âge x bloc est significative à 0,005, l'interaction
triple à 0,001, les interactions âge X traitement et bloc X trait
ement n'étant pas significatives. Les groupes contrôles de l'expé
rience I sont formellement équivalents aux groupes avec info
rmation totale de l'expérience II ; la performance des premiers
étant nettement inférieure à celle des seconds pour chacun des
niveaux d'âge et chacun des blocs (surtout au second bloc),
TABLEAU I
Fréquence moyenne de la réponse majoritaire f{rx)
et des réponses minoritaires confirmées f(r2)
et non confirmées f(r3) par blocs de 50 essais
Expérience I
Bloc 1 Bloc 2
f(ri) f(r2) f(r») f(ri) f(r»)
5 ans :
Groupe expérimental . . . 0,38 0,26 0,36 0,44 0,26 0,30
— contrôle 0,40 0,30 0,30 0,30 0,40
8 ans :
033 Groupe . . . 0,34 0,33 0,40 0,30 0,30
— contrôle 0,36 0,30 0,34 0,37 0,32
Adultes :
Groupe expérimental . . . 0,23 0,43 0,29 0,28 0,53 0,24
— contrôle 0,40 0,31 0,50 0,26 C. GEORGE 483
il est permis de penser que la procédure pratique utilisée a une
incidence sur les résultats sans qu'il soit aisé de discerner quel
est ici le facteur critique.
2) Fréquences moyennes des deux réponses minoritaires
par blocs de 50 essais
La fréquence de la réponse minoritaire non confirmée est
très proche de celle de la confirmée, excepté
au premier bloc dans le groupe expérimental de 5 ans, et les
différences sont faibles ou nulles entre les deux conditions, sauf
au premier bloc à 5 ans. Afin de pouvoir comparer la fréquence
de la réponse minoritaire confirmée à celle de la réponse minor
itaire non confirmée, on a effectué une analyse de variance sur
un score dérivé calculé pour chaque sujet et chaque bloc, qui est
la différence algébrique entre les effectifs de ces deux types de
réponses. Aucun des facteurs principaux, traitement, âge et bloc,
n'est significatif au seuil de 0,05 et aucune des interactions ne l'est.
On peut conclure que la procédure consistant à ne pas renforcer
l'une des deux réponses minoritaires n'a pas d'incidence sur les
probabilités moyennes de réponse, conclusion qui doit cependant
être tempérée par la présence d'un apprentissage très faible chez
les enfants.
3) Fréquences conditionnelles de répétition de la réponse précédente
par blocs de 50 essais
Dans chacun des six cas distingués (à l'essai précédent, le
sujet a émis la réponse r1? r2 ou r3 et cette réponse a été exacte ou
inexacte), les enfants sont très peu enclins à répéter la réponse
précédente (tableau II). Les faibles fréquences de répétition sont
liées à une conduite très fréquente chez les enfants qui furent
nos sujets, consistant à donner, sur trois essais consécutifs, les
trois types de réponses possibles. Cette conduite a été observée
également dans des situations à trois éventualités par Rabi-
nowitz (1970), qui constate une diminution de celles-ci avec
l'âge et avec l'allongement de l'intervalle inter-réponses. Par
contre, les adultes du groupe contrôle ont nettement tendance au
second bloc à répéter une réponse exacte et à changer dans le
cas contraire, comme si la conduite prévalente chez eux consis
tait à « jouer la file » (jouer le run). On peut constater dans les
groupes contrôles que les deux fréquences de répétition d'une
réponse minoritaire exacte sont assez proches l'une de l'autre, 484 MEMOIRES ORIGINAUX
de même que les deux fréquences de répétition d'une réponse
minoritaire inexacte ; dans les groupes expérimentaux, les deux
fréquences de répétition d'une réponse minoritaire inexacte sont
également voisines.
TABLEAU II
Fréquences conditionnelles de répétition
de la réponse émise à l'essai précédent
selon que celle-ci était exacte (r+)
ou inexacte (r_). Expérience I
5 ans 8 ans Adultes
Bloc 1 Bloc 2 Bloc 1 Bloc 2 Bloc 1 Bloc 2
C E C E C E C E C E C E
0,18 0,27 0,40 0,12 0,22 0,29 0 38 0,51 0 54 0,76 0 71 0,33 flri|ri+) ....
0,13 0,18 0,29 0,06 0,10 0,06 0,16 0,33 0,43 f(ri\ri-) 0,25 0,47 0,40 0,27 0,14 0,18 0,03 0,20 0,03 0,12 0,42 0,10 0,62 0,35 f(r2\ra±)
0,05 0,12 0,06 0,12 0,07 0,15 0,25 0,38 0,26 f(r2\r2-) .... 0,28
0,08 0,10 0,05 0,07 0,27 0,69 f(rs\r3+)
0,05 0,24 0,04 0,14 0,04 0,07 0,04 0,12 0,37 0,30 0,36 0,29 flr8|r,_) ....
Si on compare les conditions contrôles et expérimentales,
on peut noter chez les enfants de 5 et 8 ans que les fréquences
de répétition sont toujours plus élevées dans les groupes expér
imentaux, les différences étant cependant assez faibles. Par
contre, chez les adultes, l'effet du traitement est plus différencié.
Aussi, bien que la variable expérimentale n'ait pas d'inc
idence sur les probabilités moyennes de réponse, elle semble
cependant intervenir à un niveau plus fin d'analyse en affaiblis
sant les stratégies de décision prévalentes dans les groupes
contrôles d'enfants et d'adultes.
EXPÉRIENCE II
A) Méthode
Matériel
II est constitué à partir de cahiers comportant en alternance simple
des feuilles de papier à dessin et des feuilles de papier quadrillé (cahiers
dits de sciences naturelles). Les feuilles de papier à dessin ont été décou
pées en trois feuillets d'égale superficie perpendiculairement à la spirale
qui relie les diverses feuilles. Le recto des trois feuillets obtenus à partir C. GEORGE 485
d'une même feuille de papier à dessin est vierge, mais l'un d'eux comp
orte au verso le dessin d'une grenouille. Le cahier est présenté au sujet
de telle façon que les trois feuillets soient disposés à sa gauche, au centre
et à sa droite. Ce dispositif artisanal permet soit de retourner un feuillet
isolé, soit de retourner simultanément les trois feuillets grâce aux
feuilles intercalaires. Le dessin de la grenouille est situé avec une fr
équence de 0,60 au verso de l'un des trois types de feuillets (gauche,
centre, droite) et de 0,20 au verso des deux autres types de feuillets.
Trois cahiers ont été constitués pour neutraliser les effets de position
spatiale, la grenouille étant située plus fréquemment à gauche, au centre
ou à droite selon le cahier.
Plan expérimental
A chacun des niveaux d'âge retenus (5 ans, 8 ans et adultes), les
sujets ont été affectés au hasard et en nombre égal aux deux conditions
expérimentales, information totale IT (procédure avec correction) et
information partielle IP (procédure sans correction), soit au total
6 groupes indépendants de sujets ; en outre, dans chaque groupe les
sujets ont été affectés au hasard et en nombre égal aux trois sous-
groupes caractérisés par la localisation de l'issue majoritaire (grenouille
plus souvent à gauche, au centre ou à droite).
Procédure expérimentale
Au début de chaque essai, l'expérimentateur tourne la page inter
calaire (ce qui masque l'issue de l'essai précédent), dégageant ainsi le
recto des trois feuillets. La tâche des sujets est d'indiquer derrière lequel
des feuillets se trouve la grenouille. Dans la condition IP, l'expérimen
tateur tourne seulement le feuillet indiqué par le sujet pour en faire
apparaître le verso, tandis que dans la condition IT il tourne toujours
les trois feuillets. Chaque essai dure approximativement cinq secondes,
le recto des feuillets étant présenté pendant trois secondes, intervalle
au cours duquel le sujet doit émettre une prédiction, et le verso pendant
deux secondes. Lorsque la latence de la réponse atteint trois secondes,
l'expérimentateur dit « et maintenant ? ». Les consignes sont analogues
à celles de l'expérience I, aux modifications près entraînées par le chan
gement de procédure.
La série des issues
La série de 100 issues, avec ttx = 0,60 et n2 = tiz = 0,20, a été cons
tituée comme la série de base de l'expérience I.
Les sujets
Les enfants des deux sexes proviennent de deux écoles publiques :
30 enfants de 5 ans et 30 enfants de 8 ans ayant suivi une scolarité nor
male. Les 30 adultes sont des étudiants ou étudiantes en lettres, volont
aires, non rétribués et non psychologues.

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