Neuropathologie, psychopathologie et psychologie clinique. - compte-rendu ; n°1 ; vol.55, pg 293-305

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L'année psychologique - Année 1955 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 293-305
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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P. Jampolsky
N. Rausch de Traubenberg
A. Shentoub
VIII. Neuropathologie, psychopathologie et psychologie clinique.
In: L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 293-305.
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Jampolsky P., Rausch de Traubenberg N., Shentoub A. VIII. Neuropathologie, psychopathologie et psychologie clinique. In:
L'année psychologique. 1955 vol. 55, n°1. pp. 293-305.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1955_num_55_1_8786VIII. — Neuropathologie, psychopathologie et psychologie clinique
Le diagnostic psychologique dans les psychoses et maladies cérébrales :
1) IRVINE (R. P.). — Critical flicker frequency for paretics and
schizophrenics (Fréquence critique de fusion chez des P. G. et des
schizophrènes). — J. abn. soc. Psychol., 1954, 49, 87-88. — ■
2) EDWARDS (A. S.), HARRIS (A. G.). — Laboratory measurements
of deterioration and improvment among schizophrenics (Mesures de
laboratoire de la détérioration et de V amélioration chez les schizophrènes ).
— J.gen. Psychol., 1953, 49, 153-156. — 3) BENTON (A. L.). — Dia
gnostic des maladies cérébrales par les méthodes psychologiques :
Rapport d'un cas et discussion du problème. — Encéphale, 1954,
43, 54-72. — 4) ROBINSON (N. M.). — Bender-Gestalt performances
Of schizophrenics and paretiCS (Résultat au test de Bender de schizo
phrènes et de parétiques). — J. clin. Psychol., 1953, 9, 291-292. —
5) HANVIK (L. J.). — A note on rotations In the Bender-Gestalt-
Test as predictors of EEG abnormalities in children (Note sur les rota
d' 'anomalies dans tions dans le test de Bender comme indice prédictif
VEEG chez Venfant). — J. clin. Psychol., 1953, 9, 399. — 6) MICHAL-
SMITH (H.). — The identification of pathological cerebral function
throught the H. T. P. technique (Signes de fonctionnement cérébral
pathologique dans le test H. T. P.). — J. clin. Psychol., 1953, 9,
293-295. — 7) TOLOR (A.). — A preliminary report on a technique
designed to differentiate patients with cerebral pathology and psycho-
neurosis (Rapport préliminaire sur une technique visant à différencier
les malades avec pathologie cérébrale organique et les névrosés). —
J. clin. Psychol., 1954, 10, 43-47. — 8) EYSENCK (H. J.). — La
rapidité du fonctionnement mental comme mesure de l'anomalie
mentale. — Rev. Psychol. appl., 1953, 3, 367-377. — 9) RAPPA-
PORT (S. R.). — Intellectual deficit in organics and schizophrenics
(Le déficit intellectuel chez les organiques et les schizophrènes). —
J. consult. Psychol., 1953, 17, 389-395.
L'efficacité et l'intérêt théorique de l'examen psychologique dans
les états organiques tendent, chaque jour, à s'accroître et se préciser.
Les instruments utilisés sont divers : on note à côté du Rorschach et des
tests de dessin, d'une part, des épreuves plus ou moins spécifiques,
perceptives, motrices ou psychophysiologiques, d'autre part, des grou
pements de tests d'intelligence ou des échelles comme celles de Wechsler-
Bellevue, dont on analyse le « scatter » ou dont on tire un « coefficient ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 294
de détérioration ». Les déficiences constatées relèvent essentiellement
de trois types d'altérations, qui ne semblent d'ailleurs pas indépen
dants : a) Lenteur des réceptions sensorielles et des réponses motrices,
diminution de la coordination motrice ; b) Troubles de la structuration
spatiale ; c) Baisse de l'efficience mentale : persévération, difficulté
des tâches abstraites, complexes, rapides. Il faut y ajouter une diminut
ion éventuelle, non-instrumentale, celle de la motivation et de la coopér
ation.
R. P. Irvine (1) reprend l'étude, au flicker, de la fréquence critique
de fusion, dont les rapports avec les atteintes cérébrales ont donné lieu
Ces dernières années à des recherches aux résultats contradictoires.
Il compare deux groupes de malades, 26 paralytiques généraux et 26 schi
zophrènes, assortis en âge, détérioration psychométrique et temps
d'hospitalisation. Il obtient une différence significative de 4 tours /sec.
entre les deux groupes qui semble prouver que la pathologie organique
(paralytiques généraux) retentit sur la fréquence critique de fusion.
C'est à une autre épreuve de laboratoire que s'adressent
A. S. Edwards et A. G. Harris (2) pour étudier la détérioration chez les
schizophrènes : le trémomètre digital. Ces expériences réalisées sur
124 S. (62 de chaque sexe), montrent un tremblement significativement
plus grand chez ces malades que chez les normaux, augmentant avec
la durée de l'hospitalisation et l'aggravation, régressant au contraire
avec l'amélioration. On peut valablement se demander si le trémomètre
ne pourrait fournir au moins un élément d'un indice de détérioration.
En ce qui concerne l'apport des épreuves faisant intervenir la
structuration spatiale, perceptive et graphique, il faut citer d'abord
un intéressant article de A. L. Benton (3) relatant le cas d'un garçon
de 9 ans dont les troubles de caractère et la baisse de rendement scolaire
se présentaient comme ayant une signification névrotique et réaction-
nelle et dont les résultats au « test de rétention visuelle » indiquèrent
précocement une évolution organique à une époque où l'examen neuro
logique n'avait encore décelé aucun trouble notable.
Il semble que toute épreuve de dessin, libre ou à copier puisse
fournir des signes plus ou moins significatifs d'atteinte cérébrale. En
premier lieu le « Gestalt-test » de Lauretta Bender. N. M. Robinson (4),
comparant 24 schizophrènes à 22 parétiques à ce test avec la technique
de correction de Pascal et Suttell trouve des différences significatives
entre les deux groupes traduisant la sensibilité de l'épreuve au déficit
cortical. Mais ces différences de groupes comportent un chevauchement
important qui limite beaucoup la validité d'un diagnostic individuel.
L. J. Hanvik (5) de son côté reprend chez l'enfant l'étude qu'il
avait précédemment faite chez l'adulte (/. consult. Psychol., 1950) de
la fréquence des rotations de figures dans les atteintes cérébrales.
Il semble que chez l'enfant à E. E. G. perturbé cette fréquence soit
encore plus significative.
Ces altérations dans la structuration visuo-motrice amènent H.Michal- PSYCHOPATHOLOGIE, PSYCHOLOGIE CLINIQUE 295 NEUROPATHOLOGIE,
Smith (6) à se demander si le H. T. P. de Buck (« House-Tree-Person »),
essentiellement et largement utilisé pour son contenu projectif, ne
pourrait pas en outre fournir un critère valable des perturbations
cérébrales révélées par l'E. E. G. Il compare les dessins de 25 garçons
de 8 à 16 ans, d'intelligence normale ou suffisante et ne présentant pas
d'altération à l'E. E. G. avec ceux de 25 autres garçons à E. E. G. patho
logique, assortis en âge et niveaux intellectuel et socio-économique.
Parmi 6 variables dérivées du système de cotation de Buck, seule la
qualité du trait apporte une différence significative entre les deux groupes.
A. Tolor (7) propose une épreuve nouvelle pour mettre en évidence
ces difficultés visuo-motrices : un « spontaneous color drawing test »
qui consiste à faire remplir entièrement par le S. une feuille de papier
avec des crayons de couleur, celui-ci étant laissé libre de son tracé et
du choix des couleurs. Les premiers résultats de l'A. sur deux groupes
restreints de S., névrosés et organiques (malheureusement non-assortis
en âge, et Q. I.), semblent indiquer un pourcentage significativement
élevé de persévération et rigidité dans le groupe à pathologie cérébrale
(simples traits colorés ou utilisation d'une seule couleur).
La question de l'efficience dans des tâches proprement intellectuelles
nous amène un intéressant article de H. J. Eysenck (8) qui, à propos
du problème théorique et pratique de la rapidité et de la puissance
dans les tests mentaux, nous propose les moyens d'évaluer séparément
les deux variables : il existe un rapport constant entre le niveau de
difficulté des tâches et la vitesse (rapport linéraire avec le log. du temps)
et cette dernière peut être évaluée à un niveau quelconque de difficulté,
de préférence bas ; quant à la mesure de la puissance elle nécessite,
pour que soient éliminés le rôle de la vitesse et aussi celui de facteurs
caractériels comme la persévérance et la négligence, l'utilisation de
cycles d'items de difficulté croissante (même difficulté à rang égal dans
chaque cycle), la note n'étant pas fonction du nombre d'items abordés
mais du niveau atteint dans chaque cycle. Ainsi isolées dans des épreuves
de type G, la vitesse se révèle anormalement basse chez les psychotiques
mais normale chez les névrosés, alors que la puissance est la même chez
psychotiques, névrosés et normaux. Ces résultats sont évidemment à
rapprocher de la « détérioration » qui apparaît dans les tests sensibles
à l'âge, en particulier dans les tests de facteur G.
Mais peut-on mettre sur le même plan « organiques » et « psychot
iques », plus précisément lésions cérébrales et schizophrénie ? Il semble
bien qu'entre le malade coopérant, soucieux de donner son maximum
mais diminué dans ses moyens, et le schizophrène dont c'est toute la
personnalité qui est qualitativement transformée, il existe une diffé
rence importante. C'est sans doute à elle qu'est dû le caractère instable
et contradictoire des résultats des nombreuses études de « scatter »
entreprises sur des groupes de schizophrènes ne comportant jamais,
dans le meilleur des cas, de validité suffisante pour le diagnostic indi
viduel. Avec les déficits organiques, la psychométrie reprend au contraire 296 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
un sens et décèle des insuffisances précises et stables de haute valeur
diagnostique.
C'est ce problème qu'aborde S. R. Rappaport (9) avec sa notion de
« behavioral accessibility » variable fonctionnelle traduisant le degré
de mobilisation des moyens intellectuels et d'adaptation à la tâche,
par opposition au niveau lui-même de ces moyens et au déficit orga
nique irréversible. Reprenant l'étude de cette disponibilité fonctionnelle
évaluée à l'aide de la « Test Reaction Scale » de Elgin (cf. J . clin. Psychol.,
1951), il oppose les résultats de 42 organiques et de 85 schizophrènes
soumis à une double batterie comportant des tests considérés comme
sensibles aux détériorations psychotiques et deux épreuves de voca
bulaire. Les résultats, assez complexes, mettent en évidence le rôle
important des troubles du comportement dans la plupart des épreuves
déficitaires. Ce rôle est nettement plus marqué chez les schizophrènes
que chez les organiques dont la « behavioral accessibility » est à la fois
plus élevée et plus stable. La mesure du déficit intellectuel de ces der
niers est en conséquence plus valable.
P. J.
Les techniques projectives :
BAUGHMAN (E. E.). — A comparative analysis of Rorschach forms
With altered Stimulus Characteristics (Analyse comparée des données
formelles du Rorschach avec modifications des stimuli). — J. project.
Techn., 1954, 18, 151-165.
Le double intérêt, méthodologique et pratique de cette étude nous
amène à considérer ses aspects avec attention. Le côté perceptif du
test de Rorschach n'intéresse les psychologues américains que depuis
peu de temps, mais son étude fait partie intégrante de l'orientation
générale qui, du contenu passe à la forme et cherche dans la fonction
perceptive un moyen direct de saisir la personnalité dans son ensemble.
Les planches du Rorschach sont complexes au point de vue perceptif,
les stimuli en présence sont nombreux et l'analyse de leur effet en tant
qu'ensemble n'apporte que peu d'éclaircissements sur le poids relatif
de chacun d'entre eux. Ce rôle peut être mis en évidence en isolant le
stimulus, donc en construisant des séries de planches qui éliminent
une par une les données perceptives, ce qui permet d'apprécier le poids
de chacune de ces données dans l'attitude perceptive générale. Les
4 séries expérimentales construites par l'auteur, en partant de la série
standard, diminuent de complexité :
— la série A élimine la couleur ;
— la I et estompage, gardant les contours
rieurs des taches de couleur ;
— la série S élimine couleur, complexité des formes
rieures mais renforce le contraste fond-forme par l'encre de Chine ;
— la série P enfin, élimine tous les caractères précédents, ne conservant
que le contour général des taches. PSYCHOPATHOLOGIE, PSYCHOLOGIE CLINIQUE 297 NEUROPATHOLOGIE,
L'administration des 5 séries se fait à 5 groupes différents de 20 sujets,
les groupes étant comparables : adultes anciens combattants hospitalisés
pour état névrotique avec un âge moyen de 30,5, un Q. I. moyen de
113,5, et de même niveau socio-économique.
L'auteur a appliqué et corrigé tous les protocoles.
L'élaboration des résultats a été faite en fonction des données de
groupe — les réponses à 39 facteurs du Rorschach — et en fonction
des réponses à chacune des planches dans les 5 séries.
Les résultats précis de ce travail méritent une analyse détaillée
pour tout praticien du Rorschach mais nécessitent un commentaire
général pour tout psychologue.
Les résultats en fonction des groupes montrent une stabilité éton
nante des perceptions, le mode d'appréhension des S. est le même sauf
pour la série P qui n'engendre que des réponses globales, alors que
la série S (encre de Chine) permet des perceptions de détail. La modif
ication la plus saillante, dans les déterminants, est celle des kines-
thésies qui disparaissent à la série P et doublent leur chiffre moyen
dans la série S. La constance de l'attitude perceptive serait donc due à la
configuration générale des taches, seul stimulus qui n'ait pas été modifié.
L'élément qui prend un rôle vraiment significatif est le contraste
figure-fond qui altère le temps de réaction en plus des déterminants.
Ces résultats sont particulièrement intéressants et inciteraient à
rechercher les relations possibles entre la perception des kinesthésies
et le contraste figure-fond : peut-être trouverait-on l'hypothèse de
Binder sur la base commune aux réponses « humaines » et aux réponses
dues au noir foncé.
Quant au rôle des éléments couleur et estompage dans l'attitude
perceptive, il semble infiniment moindre qu'on le prévoyait alors qu'il
est notoire dans le contenu.
L'analyse des réponses à la même planche dans les 5 séries est très
fructueuse sur le plan pratique : en effet l'enquête verbale qui pousse
le S. à chercher la base de son concept pèche justement par son prin
cipe qui n'est pas justifié. Cette étude le prouve : il y a une différence
individuelle importante dans la conscience que le sujet a de ses inter
prétations, dans l'appréciation des influences possibles des stimuli sur
une réponse déterminée, fût-elle une banalité. Dans les séries sans gris
ni noir, par exemple, il n'y a pas de réponse « chauve-souris » à la planche I
et très peu de telles réponses à la planche V. Les tapis et peaux de la
planche VI sont dus uniquement à la forme. Les refus à VI et VIII,
IX et X sont plus fréquents quand il y a moins de contraste figure-
fond. La conclusion s'impose : l'enquête ne peut être valable que si
on la fait avec des planches expérimentales où certains stimuli sont
éliminés ; ce procédé va permettre d'étudier le degré de conscience que
les S. ont de leurs perceptions.
D'une façon plus générale, puisque l'attitude perceptive est si peu
influencée par les modifications des stimuli extérieurs, c'est que l'on ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 298
peut tabler avec plus d'assurance sur les techniques qui l'utilisent pour
l'étude de la personnalité. Les différences dans l'attitude perceptive
ne doivent alors plus être attribuées aux déterminants extérieurs mais
à des particularités inhérentes à l'individu ; formuler ces particularités
est un programme qui n'est qu'annoncé par l'auteur, mais son mérite
est déjà grand d'avoir cherché systématiquement, et sans parti pris, à
délimiter l'influence respective des stimuli sur l'attitude perceptive
générale devant le test de Rorschach.
N. R. T.
HARROWER (M.). — Clinical aspects of failures in the projective
techniques (Insuffisances des techniques projectiçes du point de çue cl
inique). — J. project. Techn., 1954, 18, 294-302. — ZUBIN (J.). —Fail
ures of the Rorschach technique (Échecs en Rorschach). — J. project.
Techn., 1954, 18, 303-315. — BELLAK (L.). — A study of limitations
and « failures » : toward an ego psychology of projective techniques
(Études des limitations et insuffisances : Psychologie du Moi appliquée
aux techniques projectiçes). — J. project. Techn., 1954, 18, 279-293. —
HAMLIN (R. M.). — The clinician as judge : implications of a series
of studies (Jugement du clinicien : apport d'une série d'études). —
J. consult. Psychol., 1954, 18, 233-238. — NEWTON (R. L.). —
The clinician as judge : total Rorschaehs and clinical case material
(Jugement du clinicien : Comparaison du Rorschach global et des
données cliniques). — J. consult. Psychol., 1954, 18, 248-250. —
HUTT (M. L.). — Toward an understanding of projective techniques
testing (Vers une rationalisation de l'examen par techniques pro jectives.)
— J. project. Techn., 1954, 18, 197-201.
Le bureau de la Société des Techniques projectives et de l'Institut
de Rorschach s'est réuni, en janvier 1952 pour se prononcer non sur la
valeur des techniques mais sur leurs insuffisances et les raisons de ces
insuffisances. Cette attitude critique est interprétée comme un signe
de maturité et un gage de travail constructif. Les trois points essentiels
des rapports présentés concernent les échecs et limitations des techniques
projectives en psychologie clinique, les preuves expérimentales et sta
tistiques de ces limitations pour le Rorschach spécialement et, enfin,
les prises de position théoriques qui permettraient d'amoindrir sinon
d'éviter ces échecs dans l'avenir.
L'exposé de Molly Harrower est pratiquement dirigé vers une critique
du psychologue bien plus que de l'instrument. Il est difficile de com
prendre l'insistance qu'elle met à décrire des raisons d'échecs quand
celles-ci ne sont que manque de formation technique et clinique, manque
d'expérience, utilisation d'un instrument à l'exclusion de tout autre
d'où une trop grande confiance en cet instrument-là, spécialisation
étroite dans une branche de la psychologie, méconnaissance des condi
tions sociales et culturelles, des milieux des sujets, etc. Parmi les raisons
valables d'échecs, au nombre de 3 sur les 9 citées, figurent : 1) L'insuffi- PSYCHOPATHOLOGIE, PSYCHOLOGIE CLINIQUE 299 NEUROPATHOLOGIE,
sance des connaissances théoriques sur la manière dont le comporte
ment se reflète au test ; 2) Le manque d'attention portée aux cas où
il y a désaccord de résultats entre plusieurs techniques projectives
appliquées au même sujet ; 3) La difficulté à intégrer l'étape isolée que
représente un test dans l'évolution générale et dynamique de la personn
alité. L'on comprend mal certains développements de l'auteur lors
qu'elle parle de l'inutilité de chercher un élément commun aux tests
de sujets ayant eu un comportement délictuel semblable ; ce qui suivant
les cas est indispensable ou inutile. Ce même élément peut se trouver
en un troisième sujet n'ayant pas eu le comportement extérieur des
autres. Le problème général de la correspondance entre le comporte
ment extérieur et le comportement au test peut difficilement être évité
puisqu'il sert d'hypothèse de travail en tous les cas pour le Rorschach.
Il semble que l'étude minutieuse des décalages des résultats entre plu
sieurs techniques soit infiniment plus importante alors qu'elle ne paraît
pas avoir tenté les psychologues. L'examen des contradictions qui
existent entre les jugements des psychiatres et les résultats des tests
projectifs est un terrain de prédilection pour un esprit critique, encore
faut-il choisir judicieusement les critères de comparaison et les méthodes
tout en pensant à coordonner des données très élémentaires, mais souvent
négligées, de terminologie et d'expression verbale. Ces contradictions
ne sont que trop fréquentes et d'autant plus graves si l'on en
croit R. M. Hamlin et R. L. Newton. D'après R. M. Hamlin les résultats
sont négatifs quand on essaye des comparaisons à l'aide de signes isolés
du Rorschach ou à l'aide l'évaluation globale : II faut choisir des unités,
larges, modèles et comportements organisés mais ni trop complexes ni
trop élémentaires. R. L. Newton se contente de montrer le peu de
corrélations qu'il y a (.09) entre les jugements des psychiatres et
des psychologues mais ces jugements se font à partir d'échelles en
10 points et l'auteur se demande lui-même si son critère est valable.
La contribution du Dr J. Zubin à ce Symposium a une tout autre
envergure. Pour donner de bons résultats un test doit être objectif,
fidèle et valide ; or le Rorschach a une cotation trop peu objective, est
impossible à apprécier quant à sa fidélité, les séries dites parallèles n'étant
que semblables, et il manque de validité. Au point de vue du diagnostic
clinique les diverse études citées par l'A. montrent une corrélation nulle
tant que l'on se sert des éléments du R. alors que les cliniciens dans leurs
appréciations générales prétendent à une bonne correspondance de
résultats. En matière de pronostic les erreurs sont fréquentes à moins
que l'on ne se base sur le contenu et non sur les données formelles. Et
c'est bien sur le contenu que se centre l'intérêt de plusieurs auteurs
anglais et américains qui ont procédé à des analyses factorielles des
éléments hostilité ou ascendance-soumission, par exemple. Ces analyses
factorielles donnent des résultats comparables à l'évaluation globale
intuitive du psychologue compétent, à condition que l'élaboration sta
tistique ne soit pas faite directement sur les facteurs du Rorschach. 300 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
II faut arriver à analyser le contenu comme on analyse le produit d'un
entretien clinique, le R. étant en définitive un entretien mais standard
isé. Si on l'envisage ainsi, on est en droit de chercher les relations des
produits de l'entretien avec la personnalité, alors que la correspondance
entre les facteurs perceptifs et la personnalité est un sujet de recherches
trop récent et trop peu poussé pour que l'on puisse expérimenter sur
ces données. Il faut attendre que des études, telle celle de Gibson, nous
permettent d'approcher l'hypothèse du Rorschach — à savoir que la
perception de l'espace des taches se fait d'une façon semblable à celle
de l'espace réel et que celle-ci est déterminée par notre personnalité.
En attendant la meilleure hypothèse qui expliquerait la présence de
relations précises entre différentes données du R. et de la clinique,
consiste à considérer ce test comme un entretien et à l'évaluer d'après
son contenu, ce qui nous autorisera à parler de pensée désorganisée,
rigide, perplexe, d'attitude soumise, hostile ou anxieuse. Notons la
différence d'attitudes des deux auteurs sur ce problème de base qu'est
l'hypothèse du R. : le premier tout en écartant la notion d'un élément
commun entre deux résultats de deux sujets comparables veut pousser
l'analyse du test jusqu'à des recommandations sociales et pratiques
alors que le second plus nettement affirmé dans ses positions étudie un
aspect différent du R. puisque l'aspect classique est inutilisable d'une
façon objective. La confusion qui ressort de l'article de M. Harrower
est peut-être due au fait qu'elle traite de plusieurs techniques projectives
alors que leurs bases théoriques sont trop différentes pour être discutées
d'un même point de vue.
C'est une conception erronée de la notion de « projection » qui est
responsable des échecs et des insuffisances des techniques projectives
selon L. Bellak. Il croit être l'interprète de Freud en élargissant le
concept jusqu'à y placer les traces des perceptions antérieures, cette
nouvelle entité étant le support commun à toutes les techniques project
ives. Celles-ci ont, en proportions variables, 5 éléments : le contenu,
l'expression structurale, la Gestalt, l'image de soi-même et les tendances
préférentielles. Toutes ces activités sont des fonctions du Moi et résultent
des relations de celui-ci avec les instincts. C'est donc une théorie psycho
logique du Moi qui va donner une réponse au problème théorique des
tests projectifs qui était jusqu'à présent centré sur le ça. Le Moi est
considéré ici comme une variable mitoyenne entre le niveau latent et
le niveau manifeste ; le degré avec lequel il participe aux différentes
productions imaginatives ainsi que le type de fonction, autrement dit,
le rôle précis en cause, ne sont pas les mêmes suivant la technique utilisée.
En étudiant les résultats de divers tests projectifs nous analysons une
certaine fonction du Moi en relation avec des stimuli et des pulsions :
ce point de vue a pour avantage d'expliquer les différences entre les
résultats de plusieurs tests.
C'est également à une profonde ignorance de la théorie de la pro
jection que M. L. Hutt impute nos errements et nos difficultés en matière PSYCHOPATHOLOGIE, PSYCHOLOGIE CLINIQUE 301 NEUROPATHOLOGIE,
de techniques projectives ; il analyse le rôle du stimulus dans la formation
d'un processus inconscient de représentation.
Quoiqu'il soit parfaitement impossible de mentionner et même de
tenir compte de toutes les attitudes critiques à l'égard des tests pro-
jectifs, il est utile de rappeler qu'elles se groupent suivant deux direc
tions : 1) méconnaissance de la théorie des tests et manque de précision
des théories de la personnalité, 2) défauts dans la méthodologie expéri
mentale. Autrement dit la base est bien fragile alors que le travail
pratique reste fructueux et il est urgent dans ces conditions de pousser
les recherches théoriques.
N. R. T.
La personnalité névrotique :
BOUVET (M.). — Le Moi dans la névrose obsessionnelle. — Rev. fr.
Psychanal., 1953, 8, 111-196.
S'il est un aspect pathologique du Moi dont la clinique psychanal
ytique ait donné une description précise, c'est bien celui de la névrose
obsessionnelle. Or, Bouvet, en abordant ce problème dans son important
rapport clinique présenté à la XVe Conférence des Psychanalystes de
Langue française a su démontrer que tout n'a pas encore été dit et même
peut-être l'essentiel sur les relations du Moi obsessionnel avec les objets.
Le terme de « relation d'objet » étant pris dans le sens le plus général,
s'applique à toutes les relations du sujet dans le monde extérieur et,
dans le cas particulier de la névrose obsessionnelle, il ne peut être question
qu'il en soit autrement étant donné l'importance des déplacements et
des représentations symboliques.
Les travaux les plus importants depuis Abraham et Freud consacrés
à cette question s'essaient à une description de l'ensemble de la personnal
ité du sujet obsédé à la lumière de ses relations objectales. Ils envi
sagent la force ou la faiblesse du Moi obsessionnel, ses mécanismes de
défense et par là introduisent le problème des rapports de la névrose
obsessionnelle et d'autres syndromes psychopathologiques, tout aussi
bien psychothiques que névrotiques (schizophrénie, hystérie, phob
ies, etc.). D'autres travaux s'attachent à des aspects plus restreints
comme le degré de regression, la valeur de l'agressivité, etc.
N'éprouvant pas le besoin, et à juste titre, de revenir sur des notions
déjà acquises, Bouvet cherche à opérer une synthèse clinique en mettant
l'accent sur les problèmes suivants :
1) Les mécanismes de défense obssesionnels constituent pour le
malade une nécessité vitale. Ils lui assurent une relative cohésion du Moi
et la possibilité de garder un contact avec le monde objectai. Cette
technique obsessionnelle préserve le malade d'une régression encore
plus profonde et constitue une sorte de « palier » d'équilibre. Ainsi, une
destruction inconsidérée de ces mécanismes peut conduire à la psychose.
Reprenant les idées de Glover, Bouvet montre comment les méca
nismes bien connus de l'obsession : le déplacement, l'isolation, la sym-

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