Neurophysiologie et physiologie des sensations - compte-rendu ; n°1 ; vol.56, pg 332-344

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 1 - Pages 332-344
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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Vincent Bloch
A. Ghocholle
A. Fessard
Y Galifret
N. Heissler
Henri Piéron
II. Neurophysiologie et physiologie des sensations
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 332-344.
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Bloch Vincent, Ghocholle A., Fessard A., Galifret Y, Heissler N., Piéron Henri. II. Neurophysiologie et physiologie des
sensations. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°1. pp. 332-344.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_1_8874— Neurophysiologie et Physiologie des Sensations II.
PIÉRON (H.)- — Aux sources de la connaissance. La sensation,
guide de vie. Édition nouvelle. — In-8° de 620 pages, Paris, Gall
imard, 1955.
Ce livre est la réédition de ce monument unique d'érudition et de
synthèse dont le même analyste saluait déjà dans L'Année, il y a dix ans,
la parution. Il n'y a rien d'essentiel à changer de ce qui fut dit dans ce
compte rendu d'alors, car, comme l'annonce P. dans sa préface : « Si
renouvelé qu'il ait eu besoin d'être, ce livre a gardé — en se complétant
d'une bibliographie et d'un index — sa même présentation, qui n'a pas
été sans surprendre... » Rappelons que la « surprise » vient de ce que
l'auteur n'a pas respecté les divisions traditionnelles, qui veulent qu'on
traite séparément de la Vision, de l'Audition, etc., mais, au contraire,
a jugé intéressant d'étudier en commun toutes les catégories sensorielles
à chaque nouvelle étape du processus complexe qui va du stimulus
physique à la perception consciente. Ainsi, les grandes divisions du
livre sont, après un chapitre de généralités (sur le rôle biologique des
sensations, leur classement et leurs caractères), l'étude des mécanismes
périphériques d'excitation, celle des bases de la qualité sensorielle, et
celle des fondements des appréciations quantitatives (aspects spatiaux,
temporels et intensifs).
Bien entendu, ce qui caractérise cette nouvelle édition, c'est son
enrichissement en données, dans un domaine où la recherche progresse
rapidement. Renonçons à donner des exemples typiques de cette poussée
vigoureuse, car il faudrait choisir parmi une multitude de travaux,
répartis entre tous les secteurs de la sensation. Quoique présenté dans une
collection de haute vulgarisation scientifique, l'ouvrage constitue en
réalité un véritable traité, plutôt difficile d'accès pour le profane, mais
que les physiologistes, les psychologues, les ingénieurs spécialisés, appré
cieront comme un incomparable outil de travail. C'est, pour tout dire,
l'œuvre écrite fondamentale d'un homme d'exceptionnelle compétence,
qui enseigna pendant vingt-huit ans la physiologie des sensations au
Collège de France, qui expérimenta sur tous les aspects du sensoriel, et
qui reste, dans ce domaine, le grand chef d'école dont s'honore notre
pays.
A. F.
GRANIT (R.). — Receptors and sensory perception (Récepteurs et
perception sensorielle). — In-8° de 366 pages, New Haven, Yale
University Press, 1955.
L'ouvrage porte en sous-titre : « Discussion des buts, des moyens et des
résultats de la recherche électrophysiologique dans le processus de LIVRES 333
réception » ; il ne traite donc pas de la physiologie sensorielle dans son
ensemble et laisse de côté les aspects psychologiques et sensorimétriques.
Il a été composé à partir de conférences faites par Granit à l'Université
de Yale et ceci explique qu'il ne se présente pas comme une sorte de
traité d'électrophysiologie sensorielle mais plutôt un ensemble,
très librement composé, dans lequel l'auteur accorde une place privi
légiée aux questions qu'il connaît bien pour leur avoir consacré les
travaux expérimentaux qui font sa réputation. Ceci nous vaut, à côté
de quatre-vingts pages sur la vision avec un long rappel de la théorie
des dominateurs et des modulateurs un exposé sur les récepteurs musc
ulaires et les réflexes qu'ils initient et un chapitre original consacré à
l'émission spontanée d'influx par les récepteurs et à son rôle dans le
maintien de l'activité, ainsi qu'au problème, que Granit remet au premier
plan, d'un contrôle centrifuge du fonctionnement sensoriel. Il faut
signaler également le chapitre relatif au contrôle spinal et supra-spinal de
la posture et du mouvement par le système fusoriel dans lequel l'auteur
développe ses conceptions sur le rôle du système des fibres gamma.
N'ayant jamais travaillé personnellement dans le domaine de l'audition,
l'auteur nous avertit dès la préface qu'il ne se juge pas assez compétent
pour lui consacrer un chapitre séparé. Les formalistes le regretteront
car un tel chapitre aurait été en effet plus à sa place sous le titre général
du volume (perception !) que ceux relatifs à la régulation motrice réflexe.
A côté des sujets chers à l'auteur, trois chapitres traitent des grands
problèmes généraux : aspect électriques de l'émission d'influx, phéno
mènes d'adaptation et d'accommodation, principes de l'organisation
périphérique, champs réceptifs, au début du volume et à la fin : inté
gration et discrimination sensorielle, « codage » et « décodage » du message
sensoriel.
Certes, les inconnues sont nombreuses. Trop de problèmes irritants
restent encore sans réponse, mais, si l'on pense que von Kries en 1923 se
demandait si l'activité dans les nerfs sensoriels était rythmique et
qu'en 1926 seulement (il y a à peine trente ans) Adrian pouvait carac
tériser le message sensoriel et donner le départ à l'électrophysiologie
sensorielle, on mesure mieux la fécondité de ce domaine, fécondité dont
l'ouvrage de Granit est le témoignage convaincant.
Y. G.
BUSNEL (R. G.). — L'acoustique des Orthoptères. — In-8° de
448 pages, Paris, Annales des Epiphyties, 1955.
En avril 1954, s'est tenu à Paris un Colloque sur l'acoustique des
Orthoptères, organisé au Laboratoire de Physiologie acoustique de
l'Institut national de Recherches agronomiques à Jouy-en-Josas, sur
l'initiative de R. G. Busnel ; y ont participé de nombreux spécialistes
français et étrangers de cette question.
Un numéro spécial des Annales des Epiphyties rassemble l'ensemble des
exposés sous forme d'un petit livre. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 334
Les différents points abordés furent : les méthodes et techniques
utilisées, l'anatomie des appareils d'émission chez les Orthoptères, le
fonctionnement de ces appareils, les caractères de l'émission, l'audition
chez les insectes, les relations entre l'audition et le comportement.
Il est impossible de donner un aspect de tout cet ensemble d'exposés.
Cet ouvrage doit être lu aussi bien par les spécialistes que par tous ceux
qui s'intéressent au comportement des insectes et des animaux en général.
On y verra, entre autres problèmes traités, comment des procédés
modernes permettent de mettre en rapport les sons émis avec la structure
anatomique et le fonctionnement des organes ; on y trouvera d'excel
lentes mises au point sur l'état actuel de nos connaissances sur l'audition
des Orthoptères, la directivité de leur réception auditive, leur faible
capacité de discrimination tonale, etc.
R. Gho.
LEONTIEV (A. N.), ZAPOROJETS (A. V.). — Vosstanovlenie
dvijenia ; isledovanie vosstanovlenia funktsii rouki posle ranenia
(Rétablissement du mouvements ; recherches sur le rétablissement de la
fonction de la main après une blessure). — In-8° de 230 pages, Moscou,
Sovetskaïa Naouka, 1945.
L'ouvrage rédigé par Leontiev et Zaporojets, d'après les travaux
d'une équipe de collaborateurs de l'Institut de Psychologie de Moscou,
du laboratoire de Psychophysiologie de la chaire de Psychologie et de
l'Institut central de Traumatologie et d'Orthopédie porte sur un pro
blème crucial de la guerre, mais conserve encore un triple intérêt : pour
une meilleure connaissance des mécanismes de réapprentissage, une
meilleure utilisation des différents modes de rééducation, et enfin, pour
la psychologie générale.
Les sujets, présentant des mutilations plus ou moins sérieuses de
l'une ou des deux mains, sont examinés, à l'aide des procédés classiques
d'enregistrement, au cours des exercices ou travaux les plus divers.
Les observations les plus intéressantes, à mon avis, sont celles sur les
amputés, souvent bi-manuels, ayant subi une digitalisation ou « opéra
tion de Krukenberg ». Dédaignée en France, mais largement utilisée
en U. R. S. S., Finlande (Dr Kallio), Allemagne, Italie, cette méthode
consiste à séparer les muscles de l'avant-bras sectionné en deux groupes,
l'un suivant le radius, l'autre le cubitus, chaque tronçon étant recouvert
de peau.
Cette « pince naturelle » possède tout d'abord une sensibilité moindre
que celle de la main valide ou du moignon. Elle présente même une
sorte d'astéréognosie qui s'efface au fur et à mesure que le sujet s'habitue
à se servir de cette « main » nouvelle. De même, pour des comparaisons
de poids, les illusions étudiées par Müller apparaissent sur la main
valide avant la main mutilée. L'auteur montre que la réaction ne dépend
pas ici de conditions périphériques sensorielles, mais d'une réaction
globale de la personnalité. LIVRES 335
Même remarque à propos de la compensation des mouvements, de
l'utilisation progressive de la main mutilée : très longtemps, le blessé
s'attache à la protéger et non à l'exercer. L'ergographe montre que, à
l'inverse des sujets valides, l'essentiel de l'effort est d'abord fourni par
un mouvement de l'épaule, et peu à peu seulement du poignet et du doigt.
La thérapie consiste donc à inclure de plus en plus le membre atteint
dans l'activité. La qualité de la production, le rendement ne seront donc
pas les seuls indices à retenir, ils peuvent même provisoirement baisser à
certaines étapes de la rééducation, où la participation de la main mutilée
augmente. Il faut associer les exercices de gymnastique spéciale et une
ergothérapie ayant un caractère productif et social, l'un et l'autre
ayant des rôles différents aux différents niveaux de la rééducation.
Les auteurs proposent quelques programmes-types.
En même temps, la rééducation est une psychothérapie. L'attitude
du malade est primordiale. Un exemple intéressant est celui d'un hôpital
où les convalescents, affluant avant que les ateliers soient achevés,
déployèrent beaucoup d'ardeur et une habileté étonnante pour les
mettre en état. Puis, il y eut une période de travail intéressant, sans
programme précis : des défauts, des absences, des conflits apparurent,
jusqu'au jour où l'hôpital entreprit la fabrication d'objets nécessaires à la
reconstruction de Stalingrad.
En résumé, « les mouvements sont déterminés par l'interaction
concrète de la tâche motrice et de l'attitude de la personnalité, et non
par l'une ou l'autre isolément ».
C'est là une conception qui dépasse le cadre de la rééducation, fournit
au psychologue des éléments d'information et de réflexion, facilite une
meilleure compréhension de la motricité et de la sensibilité.
N. H.
MORIN (G.). — Physiologie du système nerveux central, 2e édit.
— In-8° de 354 pages, Paris, Masson, 1955.
Il est agréable d'annoncer la parution d'un livre français de physiol
ogie nerveuse centrale, lorsque ce livre est bien documenté, clairement
écrit, parfaitement présenté comme l'est celui-ci. La première édition
datait de 1948 ; elle avait déjà mérité des éloges semblables. Dans cette
nouvelle édition, l'ouvrage n'a rien perdu de ses qualités premières,
et il a gagné de s'être enrichi des données les plus importantes acquises
au cours de ces dernières années. Ces données, on peut s'en douter,
intéressaient plus spécialement les chapitres relatifs à Pécorce cérébrale
et au cervelet ; et un nouveau chapitre a été consacré à la formation
réticulaire.
Malgré son volume relativement restreint pour un sujet d'une telle
ampleur, le livre de Morin n'a rien négligé d'essentiel dans les travaux les
plus récents, et il offre ainsi au non-spécialiste la possibilité de se mettre
au courant dans un domaine où les progrès sont rapides et difficiles à
suivre. A cet égard, il ne faut pas trop regretter que l'auteur ait été ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 336
obligé de réduire au minimum les notions anatomiques, les rappels
historiques et les données cliniques. L'enseignement du « physiologique »
proprement dit y a gagné en clarté et en homogénéité.
Notons que, comme dans la première édition, un chapitre part
iculièrement élaboré consacré au tonus musculaire et aux fonctions
statique et d'équilibration s'intercale entre la physiologie de la moelle et
celle du cervelet. On peut s'étonner de la relative importance qui lui a été
donnée, par rapport, par exemple, à la question des réflexes végétatifs.
En fait, il convient de se réjouir que l'auteur ait eu une compétence
personnelle particulière en cette matière si complexe que l'aridité des
mémoires originaux de l'école hollandaise, notamment, n'a pas contribué
à rendre familière et sur laquelle il est rare de trouver des exposés qui ne
soient pas embrouillés et confus.
Les psychologues pourront s'intéresser particulièrement au cha
pitre, largement traité, de la physiologie de l'écorce cérébrale, chapitre
qui comporte quelques pages sur les aphasies, les agnosies et les apraxies,
un rappel sommaire des données classiques sur les réflexes conditionnés,
et l'essentiel sur les corrélations électro-encéphalographiques. Et, dans les
derniers chapitres, ils ne devront pas manquer de prendre connaissance
des derniers travaux sur le thalamus, travaux qui ont précisé la décou
verte antérieure de Dempsey et Morison (1942), avec Jasper et ses
collaborateurs, Magoun et son école, de l'existence d'un système à pro
jection diffuse vers le cortex cérébral, intervenant dans la régulation
du niveau de vigilance ; et de ceux qui ont permis à Magoun et Moruzzi
(1949) d'attribuer une fonction analogue à un « système activateur
ascendant », siégeant dans la formation réticulaire bulbo-mésencépha-
lique. Ce sont là en effet des acquisitions brillantes de la neurophysiologie
contemporaine, qui renouvellent actuellement nos interprétations psy
chophysiologiques de l'attention, du sommeil et de la veille, des niveaux
de la conscience.
A. F.
ADRIAN (E. D.), BREMER (F.), JASPER (H. H.) et coll. — Brain
mechanisms and consciousness. A Symposium organized by the
Council for international organizations of Medical Sciences (Méca
nismes cérébraux et conscience. Symposium organisé par le Conseil
des organisations internationales des sciences médicales). — In-8° de
556 pages, Oxford, Blackwell Scientific publications, 1954.
Ce volume est le compte rendu des débats qui eurent lieu en août 1953
à Sainte-Marguerite, dans les Laurentides, près de Montréal, sur le
thème général des rapports cerveau-conscience. Vingt spécialistes de
diverses disciplines en discutèrent pendant cinq jours, et le livre ra
ssemble à la fois les dix-huit rapports que les auteurs s'étaient communiq
ués avant la réunion et, occupant plus de la moitié de l'ouvrage, le
texte remis en forme, mais fidèle, de leurs libres discussions, qui avaient
été enregistrées pendant les séances. LIVRES 337
S'il avait paru utile aux promoteurs de cette réunion, les Drs Jasper,
de Montréal, Gastaut, de Marseille, et Delafresnaye, représentant le
C. I. O. M. S. de l'U. N. E. S. G. O., de revenir sur un thème si fréquem
ment débattu dans le passé, et souvent sans autre résultat que de pure
spéculation, c'est qu'il semblait y avoir cette fois des faits nouveaux
importants à prendre en considération, principalement dans les domaines
de la neurophysiologie expérimentale et de Pélectro-encéphalographie
clinique. Essentiellement, comme le rappelle Jasper dans son introduc
tion : « La découverte des propriétés fonctionnelles remarquables du
noyau étendu de substance grise qui se place au contact des principales
voies afférentes et efférentes du tronc cérébral et du diencéphale a
provoqué de nouvelles conceptions de l'action intégratrice du cerveau
considéré dans son ensemble. » C'est pourquoi le sujet de cette réunion
avait d'abord été annoncé, plus précisément et aussi plus modestement
qu'il n'apparaît dans le titre ambitieux donné finalement au livre,
comme devant porter « sur l'activité électrique du cortex en tant que
dépendant du système réticulaire du tronc cérébral, en relation avec les
états de conscience. » Tel fut bien en effet le centre d'intérêt autour
duquel s'organisa le travail de ce petit groupe de spécialistes, dont la
sélection avait été en partie guidée par le désir d'une représentation
internationale : mais, comme il fallait s'y attendre, on ne put éviter que
les discussions s'étendissent à des problèmes plus généraux, et aussi,
encore que de façon non systématique, aux aspects purement philoso
phiques d'une question qui, à la mesure des insuffisances de la science
positivive, en comporte encore tant.
Les psychologues étaient représentés par D. O. Hebb et K. S. Lashley ,
avec, auprès d'eux, les psychiatres L. S. Kubie et Me K. Rioch. Aux
neurophysiologistes proprement dits, c'est-à-dire E. D. Adrian, F. Bre
mer, A. Fessard, W. R. Hess (représenté par R. Hess Jr), H. H. Jasper,
H. W. Magoun, s'étaient joints comme spécialistes de Pélectro-encépha
lographie clinique, M. A. B. Brazier, H. Gastaut, R. Jung et M. G. Walter.
R. S. Morison, précurseur (avec E. W. Dempsey) en matière d'électro-
physiologie des relations thalamo-corticales, participait aux discussions.
La neurochirurgie avait en W. Penfleld son plus eminent représentant.
Finalement, avec J. Olsezwski, W. J. H. Nauta et D. G. Whitlock, la
neuro-anatomie pouvait également s'exprimer.
Par son contenu, ce livre est davantage destiné à intéresser des
physiologistes, des psychophysiologistes et des neuropsychiatres que des
psychologues purs ou des philosophes. La prééminence y est donnée à
l'exposé des faits neurophysiologiques, principalement à ceux qu'a
permis d'établir l'exploration électrophysiologique, et il est caracté
ristique que les articles abordant les questions plus spéculatives, comme
celles de la définition et des critères de la conscience — traitées surtout
par le groupe des psychologues — aient été placés à la fin du volume.
C'est pourtant par ces articles que nous commencerons notre analyse,
car il nous paraît que le recours à des mécanismes nerveux pour tenter
A. PSYCHOL. 56 22 338 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
d'expliquer, ou tout au moins de rattacher à des bases matérielles, le
phénomène de conscience implique une prise de position, quelle qu'elle
soit, vis-à-vis de ce phénomène et de la façon de le définir. Il est inté
ressant à cet égard, mais certes non surprenant, de constater combien les
positions diffèrent chez les hommes de science, en dehors même de tout
débat métaphysique qui pourrait par exemple opposer matérialistes et
spiritualistes, ces derniers restant nombreux parmi les physiologistes
(tels que G. S. Sherrington ou J. G. Ecoles) : fort heureusement, ce n'est
pas sur un tel terrain que se déroulèrent les discussions au Symposium de
Sainte-Marguerite.
Si totis les auteurs s'accordent pour reconnaître que le mot « cons
cience » désigne une fonction et non une entité, une abstraction qui ne se
concrétise que lorsqu'on a précisé l'opération à laquelle une certaine
expérience consciente a donné lieu, dans l'ordre d'une connaissance
perceptive ou intellectuelle, d'un sentiment, d'un souvenir ou d'une
intention, on note de sérieuses différences dans le caractère jugé essentiel
de cette opération, celui qu'il faut faire ressortir si l'on veut tenter ensuite
de lui trouver une base dans les propriétés dynamiques du cerveau.
Pour Lashley, le caractère saillant est la dominance sélective des objets
perças à chaque instant : autrement dit, il met en avant le processus
psychologique de l'Attention, de même que Jung, qui définit la cons
cience comme une fonction de coordination et de sélection limitant
l'expérience psychique à un champ étroit par rapport au large champ dés
« possibles ». Kubie, psychanalyste, fait naturellement une large part à
ce « potential of conscious awareness » qui forme l'Inconscient et le
Préconscient ; et il considère comme un fait essentiel la possibilité, dont il
donna divers exemples, qu'a un cerveau humain d'accomplir des opéra
tions compliquées en l'absence de toute conscience. Pour lui, conscience
implique distinction entre deux perceptions au moins, une interne et une
externe, ce qui formerait la base d'une différenciation entre le moi et le
non-moi. Et Me Rioch, de son côté, insiste également sur le caractère
fondamental d'une distinction du même ordre, et plus spécialement sur
les « patterns » d'interaction entre le sujet et son environnement social :
il fait à cet égard d'intéressantes remarques sur le comportement des
schizophrènes.
De son côté, et à l'opposé des vues précédentes, Lashley déclare que
la relation sujet-objet est basée sur une fausse analogie avec la relation
du corps, comme agent, avec l'environnement ; et que le « sujet connais
sant », en tant qu'entité, est un postulat inutile. Fessard exprime sa
conviction qu'on peut être conscient sans être conscient de soi-même,
et n'identifie pas la conscience avec le sentiment du « moi »: qui ne lui
semble être, comme d'autres entités de la psychanalyse, qu'une organi
sation complexe du champ de la conscience d'un adulte éveillé. A
l'homme qui rêve, à l'enfant qui n'a pas encore découvert son moi, à
l'animal ou au monstre anencéphale qui souffrent sans comprendre,
doit-on refuser toute conscience ? Quoi qu'il en soit, c'est dans des pro- LIVRES 339
cessus d'intégration plutôt que de sélection que Fessard voit le trait
dominant du phénomène de conscience, qu'il préfère appeler pour cette
raison « intégration vécue ». Pen field met l'accent sur le lien qu'établit
l'acte conscient entre l'expérience passée et l'orientation future du
comportement, et, dans ce même ordre d'idées, Mörison suppose que la
conscience pourrait naître d'une certaine congruence entre un « pattern »
d'excitations afférentes et une structure d'engramme représentant là
trace d'une expérience antérieure. Pour Hebb également, la conscience
implique un mouvement du passé vers l'avenir. 11 lie l'apparition de la
Conscience, dans l'échelle animale, à là possibilité d'un comportement
peu prédictible en fonction des stimuli externes, et que l'on doit supposer
déterminé au contraire par une organisation interne mouvante, ou « flux
d'idées », capable dé se révéler dans un comportement intentionnel,
ou mieux, chez l'Homme, dans un rapport verbal d'introspection.
Le lecteur attendra maintenant des parties du livre consacrées à la
neurophysiologie qu'elles lui révèlent les mécanismes nerveux capables
de donner un substrat à ces caractères dynamiques jugés fondamentaux
— avec les variantes que nous avons vues — pour décrire le phénomène
de conscience : pouvoir sélectif, capacité d'intégration, formation et
conservation des patterns d'excitation, séquences et congruences dé
patterns, tout cela doit arriver à s'exprimer en termes d'influx nerveux
et d'états d'excitation ou d'inhibition, et l'on trouvera effectivement
tout au long du livre, notamment dans les articles ou interventions de
Lashley, de Penfleld, de Jasper, de Walter, de Adrian, de Jung, de
Morison et de Pessard, d'intéressantes suggestions à cet égard. Mais il
s'agira toujours d'hypothèses ou de critiques assez fragiles, C'est-à-dire
insuffisamment étayées par l'expérience neurophysiologique ou clinique.
La partie vraiment solide est constituée par l'exposé des travaux récents
relatifs aux mécanismes nerveux plus simples impliqués dans le maintien
d'un certain niveau général d'excitation cérébrale (Magoun, Moruzzi,
Jasper) condition première, nécessaire mais non suffisante, à l'éveil de la
conscience. C'est ce qui, en terme de comportement, se traduit par
l'expression d' « état vigile » ; d'où, en contrepartie, l'intérêt dés travaux
sur le mécanisme du sommeil (Hess, Bremer), sur celui de l'action des
anesthésiques sur le système nerveux (Brazier), sur les troubles patho
logiques de la conscience lorsqu'on peut leur faire correspondre des
signes électro-encéphalographiques défini? et, éventuellement, par exa
mens post mortem, des signes anatomiques (Gastaut, Jung).
L'article de Magoün ouvre la marche : il résume l'essentiel d'une
découverte fondamentale de Moruzzi et Magoun (1949), à savoir que la
stimulation de la formation réticulaire (FR) du tronc cérébral produit
sur l'EEG d'un animal porteur chronique d'électrodes les mêmes effets
que le réveil ou que la mobilisation de l'attention. Cette même région,
par des collatérales des voies afférentes classiques, est activée par toutes
les catégories d'excitations périphériques. La destruction de sa partie
céphalique entraîne un coma permanent. Telles sont les bases expéri- 340 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
mentales qui donnent à la FR son statut de structure essentielle au
maintien de l'état vigile. Olszewski, élève des Vogt, préfère à l'appellation
vague de Formation réticulaire celle de Système internuncial central :
il y distingue 98 agrégats cellulaires de type morphologique différent, ce
qui plaide en faveur du polymorphisme fonctionnel de cette région.
Moruzzi, explorant celle-ci à l'échelle unitaire, à l'aide de microélec
trodes, montre que sur un même neurone peuvent converger des influx
d'origines sensorielles diverses, et aussi d'origines corticale et cérébelleuse.
Ces influences se marquent, sur un fond d'activité répétitive, par un
accroissement ou par un ralentissement du rythme, ou par l'arrêt
momentané (inhibition) des décharges.
Les travaux de l'école de Jasper, repris par l'école de Magoun, font
intervenir un autre système d'activation non spécifique du cortex céré
bral, qui a son origine dans certains noyaux de la région médiane du
thalamus. L'article de Nauta et Whitlock donne des précisions anato-
miques sur les projections, chez le Chat, de ces noyaux non spécifiques
du thalamus médian. L'article de Jasper porte sur les propriétés fonc
tionnelles de ce système réticulaire du thalamus. Une exploration micro
physiologique des couches du cortex permet à Jasper et G. L. Li d'obser
ver ondes lentes et décharges rythmiques à l'échelle unitaire et de voir
que la stimulation du système thalamique non spécifique produit une
inhibition, tandis que celle du système réticulaire de Magoun a plutôt
des effets excitateurs. Jasper rappelle aussi l'importante découverte
de voies corticofuges vers ces noyaux de projection diffuse du thalamus,
et vers les régions prétectale et tectale, d'après les travaux de Niemer et
Jimenez-Castellanos, de Jasper, Ajmone-Marsan et Stoll, de Livingston,
French et Hernandez-Peon. Il a semblé à Fessard que cette possibilité,
pour des influx hétérosensoriels d'abord projetés en divers points de
l'écorce de pouvoir converger ensuite vers une région sous-corticale
limitée, offrant un champ polysynaptique de neurones courts, donnait
du poids à l'idée que là pourrait se trouver la région de l'intégration
finale, une intégration qui s'accompagnerait de l'éveil d'un état cons
cient. Fessard rappelle à cet égard les principales données, cliniques ou
expérimentales, qui montrent la fragilité de cette région, dont la moindre
atteinte entraîne la perte de conscience, en contraste frappant avec la
tolérance étonnante du cortex à rencontre des mutilations ou ablations.
Lashley, qui pourtant se fit une spécialité de montrer jusqu'à quel
incroyable degré peut aller cette tolérance vis-à-vis des opérations
associatives ou de la conservation des apprentissages, ne croit pas au
contraire que les systèmes réticulaires jouent un rôle dans l'intégration
ou la dominance sélective ; il leur attribue seulement, de même que
Bremer, une fonction dans l'entretien d'une dynamogénie corticale
diffuse. Pour ces auteurs, la primauté du cortex ne saurait être mise en
doute, tandis que l'hypothèse d'une intégration « centre-encéphalique »
est défendue par Pen field, dont on connaît la longue expérience de
neurochirurgien, habile à tirer de la stimulation systématique du cortex

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