Notes d'ethnographie huichol : la notion de ma'ive et la nosologie ; n°1 ; vol.80, pg 195-206

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Journal de la Société des Américanistes - Année 1994 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 195-206
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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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Michel Perrin
Notes d'ethnographie huichol : la notion de ma'ive et la
nosologie
In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 80, 1994. pp. 195-206.
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Perrin Michel. Notes d'ethnographie huichol : la notion de ma'ive et la nosologie. In: Journal de la Société des Américanistes.
Tome 80, 1994. pp. 195-206.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jsa_0037-9174_1994_num_80_1_1534NOTES D'ETHNOGRAPHIE HUICHOL :
LA NOTION DE M AWE ET LA NOSOLOGIE
Michel PERRIN *
Ayant mené durant plusieurs mois une enquête ethnographique chez les Indiens
huichol du Mexique, en 1988, 1989 et 1990, je me suis résolu à réunir ici des
données concernant la notion de ma'ive et les catégories étiologiques. Malgré des
manques et des imperfections manifestes, elles peuvent tenir lieu d'hypothèses et
stimuler la recherche sur le terrain.
Complétant mes travaux sur les urukame — ces petits cristaux de roche qui ont
la fascinante propriété d'être associés par les Huichol à la quête de la connaissance
mythique, à la fidélité au rituel, à une conception originale du vieillissement et de
la mémoire, à la maladie et à une volonté implicite d'envisager comme graduel le
passage de la vie à la mort (Perrin 1992b et 1993b) — , ces quelques notes mettent
un point final à une recherche que j'ai dû malheureusement arrêter en raison d'une
incompatibilité entre la pratique ethnographique et le pouvoir tatillon, coercitif et
souvent arbitraire exercé à l'époque par l'administration indigène.
La notion huichol de ma'ive
La plupart des auteurs qui ont étudié la société huichol — tels Lumholtz (1900,
1902), Zingg (1938), Benzi (1972), Negrin (1985) —, et les Huichol eux-mêmes,
lorsqu'ils s'expriment en espagnol, emploient divers qualificatifs pour définir des
êtres, des actions ou des objets touchant au domaine du religieux. Ce sont, en
langue espagnole, « prohibido » (interdit, tabou), « delicado » (fragile, « délicat »),
« sagrado » (sacré), « peligroso » (dangereux), ou « intocable » (intouchable). Mais
aucun auteur ne cite les mots huichol auxquels ces différentes notions feraient
référence. Mon enquête permet de supposer qu'ils ont rendu par ce vocabulaire
varié un seul mot huichol : ma'ive (ou ma'ibé) l.
À un moment où une discussion au sujet du « sacré » s'engage de nouveau dans
la communauté anthropologique, il n'est pas inutile de montrer comment les
Huichol instaurent une coupure entre leur « monde-autre » 2 et le monde du banal,
de l'ordinaire.
Ma'ive est une notion huichol essentielle. Elle dénote l'appartenance au
* Laboratoire d'Anthropologie Sociale (CNRS), Collège de France, 52, rue du Cardinal Lemoine,
75005, Paris.
Journal de la Société des Américanistes 1994, 80 : p. 195 à 206. Copyright ©, Société des Américanistes. 196 JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES
monde-autre. Elle désigne aussi tout être, toute chose ou tout acte de ce monde-ci
censé être soumis à l'autorité du monde-autre, à son contrôle. Elle indique
également qu'une limite implicite entre le profane et le « sacré » a été franchie.
D'un lieu d'offrande, sorte d'oratoire appelé rixiki, on dira qu'il est ma'ive.
C'est un lieu « sacré » où se manifeste le monde-autre et d'où l'on peut communiq
uer avec les êtres ou les forces qui le peuplent. Il faut le respecter.
Des courges, des épis de maïs, de l'amarante, on affirme qu'ils sont ma'ive avant
qu'ils aient été « désacralisés » (pireerriya, nepinawa'ilû), c'est-à-dire avant qu'on
leur ait « quitté le ma'ive » {ma'ive pinawailiyane) par des rites appropriés. Car les
aliments les plus importants sont associés au monde-autre par le biais de
« maîtres » des animaux. Ils peuvent donc être pathogènes ou contaminants et en
conséquence interdits; en huichol : ma'ive. On dira par exemple : ikuli pûma'ive
pù'kamaawalia : « le maïs est tabou tant qu'il n'a pas été l'objetd'une offrande, d'un
rite » (maawalira). Pour les Huichol, il faut donc « adorer » (púíítimave lù'wane) les
aliments avant de pouvoir les manger sans crainte de tomber malade. Ma'ive'tsitya
(«qui est dû au ma'ive») qualifie les maladies liées à la consommation de
nourriture non « désacralisée », maladies tellement courantes que cette expression
peut tout simplement être entendue comme « être malade ».
Les rites une fois accomplis, les aliments deviennent kama'ive, littéralement
« non ma'ive », non « sacrés », et donc consommables. Comme si les offrandes des
chamanes pour compenser les déprédations causées par les humains aux êtres du
monde-autre suffisaient pour que ces derniers acceptent de « neutraliser » les
aliments, c'est-à-dire d'en retirer le pouvoir ma'ive. Mais lorsque les végétaux
renaissent, chaque année, le rituel doit être renouvelé, comme s'il fallait de nouveau
désamorcer une force originelle.
La notion d'origine est d'ailleurs indirectement associée à celle de ma'ive. On
peut devenir ma'ive lorsqu'on se rapproche des lieux originaires. On l'est au retour
d'une pérégrination à Wirikuta, la terre où l'on cueille le peyotl — le cactus
psychotrope, lui-même ma'ive — et l'un des lieux d'où semble se «développer»
tout l'univers mythique huichol. Me mûma'ive hikuritame, « ceux du peyotl (hikuri)
sont ma'ive » : on ne peut pas les toucher car ils sont dangereux, pathogènes. Les
chamanes doivent les « désacraliser », comme ils le font du maïs. D'une manière
peut-être comparable, la femme et l'enfant à qui elle vient de donner naissance sont
considérés comme ma'ive : non seulement fragiles, mais aussi empreints d'une force
originelle. Selon Zingg (938 : 510, t. II éd. esp.), ceux qui viennent de mourir
seraient également ma'ive.
Par extension, le terme ma'ive peut aussi qualifier une expérience humaine ou
une personne qui relève d'une catégorie protégée, tenue en conséquence comme
«sacrée». Par exemple, sont ma'ive, m'a-t-on affirmé, ceux qui sont vierges,
« authentiques », tels la jeune fille ou le jeune homme qui n'ont « pas été touchés »
(kamayù'iya) et sont restés « purs ». Comme si la virginité était une force liée à un
état originaire que neutralisera la socialisation figurée par l'accouplement.
D'ailleurs, la limite entre « ce qui est ma'ive» (pûma'ive) et ce qui ne l'est pas
(pù'kama'ive) est relative. Par exemple, ce qui est ma'ive pour un enfant ne l'est pas
forcément pour un adulte. Il en est ainsi, dit-on, de Yurukame, le cristal de roche.
Un adulte peut le manipuler. Car son pouvoir ma'ive est intermédiaire ou faible — NOTES ET COMPTES RENDUS DE RECHERCHE 197
et ce pouvoir lui-même dépend de la qualité de l'individu dont il provient 3. Mais
si un enfant touche un urukame, il tombera malade.
La séparation entre ce monde-ci et le monde-autre est également relative. Par
exemple, pour arriver à ses fins, un émissaire du monde-autre, ma'ive par essence,
peut transformer le regard des hommes ou changer d'apparence {pù'kuûlike,
pukujuliké), prenant celle d'un être ou d'un objet banal (kama'ive), ou bien celle
d'un être humain, apparence qualifiée de tem y aie. Son pouvoir ma'ive ne sera alors
découvert qu'a posteriori, lorsque ses effets ne seront fait sentir, à moins qu'un
chamane ou un devin ne l'ait décelé auparavant.
Ces quelques remarques montrent que les Huichol accordent à la notion de
ma 'ive une valeur absolue ou bien une valeur relative. Dans le premier cas, ce serait
une force propre à certains êtres ou à certaines choses qui peut être transmise par
contact, par « contamination ». Dans le second cas, elle est définie par les relations
d'opposition, explicites ou implicites, entre ma'ive et son contraire, kama'ive. Et ces
relations sont multiples. Elles peuvent être celles entre interdit (tabou) et permis,
pathogène et anodin ou, « symétriquement », curatif et anodin, comestible et non
comestible, sacré et profane ou sacré et désacralisé, peut-être même individuel et
collectif. La notion de ma'ive semble donc recouvrir les sens variés que l'anthro
pologie religieuse a associés au « sacré ». Mais, comme c'est le cas dans d'autres
sociétés pour les notions équivalentes, elle ne peut être rendue par ce seul mot.
La nosologie huichol
Un jeune médecin mexicain, en poste dans la communauté huichol de Tatei
Kiee (San Andrés de Comiata) de 1988 à 1989, a interrogé sept chamanes et
apprentis-chamanes. C'est la matière d'une thèse dans laquelle il présente, entre
autres, la nosologie traditionnelle (Casillas Romo, 1989 : 75-100). L'auteur y établit
des correspondances entre les catégories huichol et la classification des maladies
selon la logique médicale : maladies du système digestif, de l'appareil respiratoire,
des voies urinaires, maladies de la peau, troubles du comportement, etc. Mais la
reprise de ce travail sur le terrain m'a suggéré une classification obéissant davantage
à la logique indigène. Celle-ci, comme dans la plupart des sociétés traditionnelles,
est loin d'associer systématiquement étiologie et symptômes.
Parler de maladie {kuiniya, tikuikamé) intéresse tout Huichol, du plus jeune au
plus vieux. Le savoir sur la maladie est amplement partagé, même si chacun, dans
un premier temps, affirme au contraire que les chamanes (mara'akate) sont seuls
compétents. De fait, ces derniers ont surtout une connaissance plus systématique de
la nosologie et la capacité de révéler à coup sûr la nature du mal et le traitement
approprié.
Les Huichol ont une conception à la fois persécutive et culpabilisante de
la maladie et de l'infortune. Dans ses diagnostics, le thérapeute indigène
mêle intimement l'idée d'une persécution exercée par le monde-autre et une
double culpabilité, l'une envers les hommes et la société, l'autre envers des « dieux »
particulièrement pointilleux et susceptibles. Le malade {tikuye, tikuikamé) est la
4 du monde-autre. Comme le soulignait déjà Lumholtz victime (pûata'arata)
(1902 II : 236) celui-ci le persécute parce qu'il a commis envers lui une faute JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES 198
(ko'ukaya'li, tu'itali) par action ou par omission : il n'a pas fait les rites ou les
sacrifices (maawali, maawalira) requis, il ne s'est pas comporté selon les règles
durant une cérémonie, etc. Bref, il a mal « accompli la coutume » 5. Mais les
hommes peuvent aussi être les victimes indirectes des combats titanesques que se
livrent des êtres du monde-autre. C'est ce que suggèrent certaines croyances huichol
concernant les étoiles 6.
De plus, à la grande diversité des êtres du monde-autre et des relations qu'ils
entretiennent avec les végétaux (ou les animaux) qui leur sont soumis et dont se
nourrissent les hommes, s'ajoute une forte symbolique de l'espace. Elle marque la
nosologie comme la thérapie. En effet, diverses maladies « dues aux dieux »
(tavéviekate kuiniyayaali ; kuiniya kanamie'ne ; tawariakate kuiniyare ...) peuvent
être également associées aux cinq points cardinaux huichol (est, ouest, nord, sud et
centre) et aux couleurs qui les caractérisent. Un chamane parlera de «maladies
rouges » liées au soleil levant (airu'ulipa), de « maladies noires » liées au soleil
couchant (yûwika'ikî) de maladies liées aux vents des quatres directions, etc.
D'autres maladies sont censées provenir de lieux particuliers où « naissent les
maladies » : kuiniya watiunuiwa. Selon certains, à Tea'kata, lieu-dit proche de la
communauté de Tuapuri (Santa-Catarina), se trouverait même l'endroit où sont
apparues toutes les maladies, près d'une « source sacrée » d'où émergea Feu. En ce
lieu où convergent le faste et le néfaste7, les Huichol se rendent fréquemment pour
y apporter des offrandes — flèches {uruté), gourdes (rukulite), ou tout autre objet
votif — afin de prévenir ou de guérir les maladies.
À cette répartition spatiale des maladies peut correspondre une répartition
spatiale des thérapies. Selon la mythologie, chaque maladie serait liée à un
réprésentant des «dieux», un kakauyari, et certains oratoires se trouveraient
aujourd'hui en chacun des lieux où apparurent les diverses maladies. De plus, il
existe dans les « villages » des lieux d'offrandes (ririki) situés en des endroits
différents et pouvant avoir chacun leur spécialité thérapeutique. On y dépose tel ou
tel objet votif en fonction du diagnostic du chamane. À Tatei Kiee le ririki situé
près du cimetière est dédié à Ituanaka, la « mère du maïs » ; ceux situés près de la
case cérémonielle sont dédiés l'un à Tau (Soleil), l'autre aux « bâtons cérémoniels »
{Usů' wauyà) ; celui situé face à la « maison du gouvernement » est dédié à Takutsi
Nakawé, « Notre Grand-mère Croissance » (ta- : « notre », kutsi, « grand-mère »,
Nakawé : entité féminine associée, entre autres, à la croissance des végétaux).
Les maladies apportées par les êtres du monde-autre sont parfois qualifiées de
kuiniya kamie'ne, littéralement, «une maladie va venir», sous-entendu apportée
par tel ou tel être du monde-autre. Dans des grottes ou des lieux remarquables
situés à une, deux ou plusieurs heures de marche des communautés, on adresse des
sacrifices aux kakauyari ou aux namakáte (c'est-à-dire aux délégués sur terre des
principaux êtres surnaturels), soit dans un but préventif, pour que les maux
n'atteignent pas les communautés, soit dans un but curatif. Ces lieux forment pour
ainsi dire un système homothétique de celui des oratoires des villes, mais ils sont
dotés de plus grands pouvoirs thérapeutiques. À la manière des poupées-gigognes,
ces systèmes semblent eux-mêmes homothétiques de celui formé par de grands lieux
mythiques dotés d'une puissance thérapeutique ou préventive encore plus grande.
Situés à l'extérieur du territoire huichol, Wirikuta, près de San Luis Potosi, NOTES ET COMPTES RENDUS DE RECHERCHE 199
Washime, le long du Pacifique ou Rapawiyameta sur le lac de Chápala, sont parmi
les plus puissants.
Des maladies sont également liées à la nature des choses. On attribue des
pouvoirs de médiateurs à des objets rituels tels que les nama ou les nierika (voir
Lumholtz 1900), qui représentent les êtres du monde-autre ou sont étroitement
associés à eux. Devenus ma'ive ils sont, dans certaines conditions, dotés d'un
pouvoir pathogène et, dans d'autres, d'un pouvoir thérapeutique. C'est aussi le cas
du peyotl et du kieri, deux plantes psychotropes qui, on le verra plus loin, forment
couple dans la symbolique huichol.
Il faut souligner enfin que chaque chamane, plus encore que dans d'autres
sociétés, construit des variantes originales à partir d'une trame commune, d'où la
diversité apparemment quasi-infinie de la nosologie.
On peut cependant ramener les catégories nosologiques à trois grands types,
eux-mêmes divisés en différentes classes. C'est ce que résume le tableau ci-joint. Le
premier type regroupe les maux dûs aux principales entités du monde-autre huichol
et à leurs représentants — Soleil, Feu, Cerf, Peyotl, Maïs... S'y ajoutent les maux
associés à des constituants de la personne humaine indirectement liés au
« surnaturel » : l'âme, le principe vital, Vurukame. Le deuxième type comprend des
maladies définies de manière analogique et le troisième celles recevant une
définition symtomatique.
S'y ajoutent la sorcellerie et des espèces hybrides mêlant des caractéristiques du
premier et du second type (indiquées sur le schéma par des pointillés). Car, pour
une même cause immédiate du mal, l'étiologie peut être différente. Le cas des
maladies associées au maïs est de ce point de vue éclairant. Toutes ont pour cause
immédiate sa consommation. Mais les unes seraient dues à une utilisation
intempestive de la plante contrôlée par les dieux, d'autres au fait qu'il y a analogie
entre le symptôme et telle ou telle partie de la plante qui l'aurait provoquée. Enfin
certaines seraient provoquées par des effets mécaniques associés à telle préparation
culinaire ou aux excès alimentaires des hommes.
Les exemples donnés ci-après ont été choisis dans chacun des types. Ils
proviennent des données que j'ai recueillies sur le terrain (suivies du signe P.), et de
celles énoncées par Casillas Romo (1989), suivies du signe C.R. On pourra
utilement les comparer à celles autrefois fournies par Lumholtz (1902, t. II :
234-242), Zingg (1938 I : 286-94; 383-90) et Benzi (1972 : 144-153), ces deux
derniers auteurs ayant largement puisé chez le premier.
En huichol, chaque espèce de maladie est généralement désignée d'un mot suivi
des suffixes -kuiniya (« maladie ») ou -xiya (-rriya, tsiya) qui dénote la cause,
l'origine. Par exemple, on dira soit teparixiya, « action de la pierre votive (tepari) »,
soit teparikuiniya « maladie de la pierre votive ».
(Abbreviations utilisées : С : cause efficiente ou cause ultime 8 ; S ; symptômes ;
T ; traitement. Chaque nom de « maladie » apparaît en caractère gras).
1 . Soleil et éléments associés (3 exemples)
— tauwayia (de tau, soleil)
С : « qui provient du soleil » (C.R.) ; « non du soleil lui-même, mais du lieu d'où naît le
soleil, à Taupa : ils sont nés ensemble, de la même manière » (P.).
S : « fortes céphalées, nausées, étourdissements, vomissements, fièvre, prostration » (P.) ; JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES 200
ta uw ai y a
[SOLEIL nierikarriya
tsípulikíkuiniya
etc.
tatewarirriya
teparirriya FEU
úliwiya
etc.
PAR ACTION DU h ai r r iy a MONDE-AUTRE
JEAU (VENT) keetsùrriya OU EFFET MAIVE
(wékiurriya)
etc.
CERF marrarriya
PEYOTL hikurikuiniya
KIERI kierirriya
(pukieliïrie)
ukirriya
(ikulikuiniya)
MALADIES [MAïS tétsurriya
(KUINIYA) etc.
AUTRES waverriya
PLANTES rutsikuiniya
COMESTIBLES Г muumekuiniya
-etc.
iya'tikuye
COMPOSANTES urukame'ku
HUMAINES Г niwemama
mepukaruli
z}z^~ ^SORCELLERIE kupuripiya
(iteokiviyaale)
PAR EFFET kuitápulirriya
D'ANALOGIE ulakuiniya
roaririya
mairriya
etc.
ruliya kuitayali
DÉFINITION muukuiniya
PUREMENT akuitsi
SYMPTOMATIQUE kukuiya
etc.
Les grandes catégories nosologiques huichol. NOTES ET COMPTES RENDUS DE RECHERCHE 201
« maladie forte, instantanée, imprévisible » ; « tuait beaucoup autrefois ; la peste ? » (C.R. :
99).
T : cure chamanique.
— nierikarriya (de nierika, objet rituel en forme de « croix » faite de laines multicolores,
considéré comme un intermédiaire auprès de Soleil)
С : « maladie produite par le soleil, qui rend malade, qui frappe la vue » ; « on lui donne
ce nom car le nierika est l'œil de Tau, de Soleil » (P.) ; selon C.R. (p. 91), ce serait une maladie
liée à la sorcellerie chamanique « produite par un iteuqui, un « mauvais esprit », une
interprétation contestée par les informateurs de P.
S : « fait cligner les yeux et aveugle, car le nierika est associé à la vision » ; « douleurs des
yeux, mauvaise vue dès que le soleil baisse » (P.) ; pour C.R. (p. 91) : « dépression, troubles
paranoïdes ».
T : intervention du chamane qui demande, entre autres, d'apporter un nierika en offrande.
— tsipulikikuiniya
С : « vient de Soleil, de Ta'u, lorsqu'il se lève » (P.).
S : éruption de petitseboutons (tsipuliki).
T : traitement chamanique.
2. Feu et ses intermédiaires (3 exemples)
— tatewarirriya (de Tatewari, « dieu » du feu)
E : « maladie de Tatewari », qui est l'essence du feu (tai), son « dieu » ; « c'est la flamme
qui rend malade, surtout lorsqu'elle est associée au départ des peyoteros » (P.).
S : « hématurie : maladie très forte ; on urine du sang pourri » (P.) ; infection urinaire
(C.R. 89).
T : traitement chamanique.
— teparirriya, teparikuiniya (de tepari, pierre votive, circulaire, gravée, qui est placée près du
foyer dans les centres cérémoniels).
С : « maladie envoyée par Feu (Tatewari), comparable à tatewarirriya » (voir ci-dessus) ;
« mal de la pierre votive associée au feu » (P.).
S : « enflure autour de l'ombilic » ; douleur interne forte » ; « douleur autour del'épigas-
tre, répartie sur un cercle de la taille d'un tepari » (P.) ; boule, durcissement près de l'ombilic,
douleur locale, élancements, symtômes parfois accompagnés de fièvres, frissons ou diarrhées
(C.R. : 82).
T : traitement par le chamane qui peut demander d'offrir au feu des petits tepari sur
lesquels on dessine des vaches, des cerfs, etc. (P.).
— huliakate, uliwiya
С : « vient de Tatewari, Feu, et de là où sont les flammes » ; « le feu vous entoure et se
transforme en araignées, visibles seulement par le chamane » (P.).
S : « on ne peut plus se mouvoir, comme si on était attaché par des araignées » (P.) ;
rhumatisme, arthrite (C.R. : 99).
T : cure chamanique.
3. Eau et éléments associée (2 exemples)
— hairriya (de hai, « nuage »)
С : « maladie de la pluie, maladie des dieux, produite aussi parle maïs (un chamane) (P.). 202 JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES
S : « enflure douloureuse et généralisée du ventre » ; « le ventre devient blanc, comme du
coton » (P.) ; enflure, douleurs au niveau de la rate ou du foie ; fièvre élevée, diarrhée,
voissements violents ; salmonellose ? fièvre typhoïde ? (C.R. : 80).
T : « les chamanes soignent avec une plante moulue » (P.) ; « sur la zone affectée on pose
un cataplasme de la plante hairriya huayeya (littéralement « médicament contre la hairriya »
(C.R.) (Voir aussi hannikasièka (hannika shiekame) dans Benzi 1972 : 147).
— keetsiirriya (de keetsu, « poisson »)
С : « vient des dieux, de Ûtuanka, maître des poissons » (P.).
S : « ventre gonflé ; donne deux maladies, selon qu'une moitié ou les deux sont prises »
(P.) ; « inflammation du rebord costal (netûaricà) ; toux intense entraînant l'insomnie ;
crachats sanguinolents, fièvre ; mort rapide ; tuberculose pulmonaire ? » (C.R. : $6).
T : « traitement chamanique ; offrandes à Utiina'ka » (P.).
Quasi-synonyme : wékiiirriya.
(Voir aussi mûri et rukuli dans Lumholtz 1902 II : 239).
4. Cerf
— marrarriya (de marrá, cerf)
С : « avoir mangé ou touché du cerf (qui est un animal ma 'ive) sans offrandes préalables
(P.) ; « l'âme du cerf est responsable » (C.R.).
S : « maladie des enfants (parfois aussi des très vieux) : les jambes se « dessèchent »
jusqu'aux os, gros ventre » (P.) ; syndrome de kwashiorkor ? (C.R. : p. 95).
T : cure chamanique accompagnée d'une chasse au cerf (P.) ; « rituel pratiqué lors du
Tatei neira ou du Hikuri neira, durant lequel le chamane « tue » l'âme du cerf causant le
mal » (C.R.).
Voir aussi Benzi (1972 : 148) et Lumholtz (1902 II: 238 : rikua).
5. Peyotl et kieri
— hikurikuiniya (de hikuri, cactus hallucinogène : Lophophora Williamsii; plante ma'ive
essentielle pour la vie religieuse et sociale huichol)
С : « avoir mangé du peyotl à Wirikuta sans s'être confessé » ; « avoir mangé du peyotl
durant trop longtemps ».
S : « intolérance au peyotl se traduisant par douleurs et malaises » (P.) ; douleur
abdominale, diarrhée, vomissements intermittents (C.R. : 84).
T : le chamane extrait un petit peyotl ou du duvet de peyotl de la tête ou de l'abdomen
du malade.
(Voir aussi à moyaeli dans Lumholtz 1902 II : 239)
— kierirriya (de kieri, Solandra brevi calix, Solanacée, ou Datura*!, plante toxique ou
hallucinogène associée à la sorcellerie et à la recherche de pouvoirs spéciaux ; utilisée en usage
externe contre les maux de dent)
С : maux dûs aux êtres du monde-autre se manifestant à travers cette plante (en
particulier Tukakame) censée produire des tourbillons ou prendre l'apparence humaine ;
la plante peut aussi être « agie » par des « chamanes sorciers » (voir plus loin iteoki
viyaale).
S : « la personne perd la tête ; comme folle ou ivre, elle va n'importe où, se perd ou
s'attache...» (P.); «touche surtout des jeunes filles; hystérie, perte de connaissance»
(C.R. : 91).
T : « parfois mortel ; certains chamanes peuvent le guérir » (P.).
(Voir aussi Zingg I : 382). NOTES ET COMPTES RENDUS DE RECHERCHE 203
6. Mais et autres cultigènes (3 exemples)
— ukirriya ; ikulikuiniya (respectivement de ûki, maïs tendre, et de ikù'li (ehuli), épi de maïs)
С : avant d'être traité rituellement, l'épis de maïs, on l'a vu, est « dangereux » (ma'ive) ;
on le « désacralise » (kama'ive) en brûlant des offrandes d'épis de maïs après les avoir mis en
contact avec les participants. « Si l'on n'a pas participé à ce rituel (allant de pair avec le
sacrifice d'un taureau, la chasse au cerf, etc.), le mal apparaît dès qu'on ceuille le maïs » (P.).
S : « douleurs épigastriques, fièvre, frissons, incapacité à se lever (maladie de tous, mais
plus encore des enfants) » ; « diarrhées » ; « maladie très forte, parfois mortelle » (P.) ;
débilité, atonie, douleurs thoraciques et hypogastriques, périodes de forte fièvre, anorexie,
amnésie, brucellose, fièvre typhoïde, paludisme, tuberculose ? (C.R. : 83).
T : « le chamane extrait le mal par succion et peut imposer la confession » ; « le meilleur
traitement est d'aller en pèlerinage à Wirikuta » (P.).
— tétsurriya (de tétsu, galette de maïs moulu)
С : vient du maïs qui « se met en boule dans le ventre » (P.).
S : « gros ventre des enfants » (P.) ; dénutrition, avec helminthiase probable (C.R. : 94).
T : « le chamane fait semblant de couper en morceaux la boule de maïs censée emplir le
ventre » ; traitement chamanique annuel durant un rituel à base de galettes («tamales ») lors
de la fête du peyotl (hikuri neira) (C.R.).
— waverriya (de wave, sorte de millet ?)
С : «comme le maïs, c'est un aliment «sacré» {ma'ive), lié aux êtres du monde-autre
associés à la végétation (Nakawe, etc.).
S : « gros ventre des enfants, cachexie, irritabilité, éruptions cutanées » (P.) ; carences de
type kwashiorkor (C.R. : 94).
T : Traitement du chamane censé extraire des grains du corps du malade.
Voir aussi rutsikuiniya, « maladie de la courge » dans Benzi (1972 : 148) et Lumholtz (1902
II : 239).
7. Composantes de la personne, sorcellerie
— iya'tikuye urukame'ku (littéralement « être malade d'un urukame, petit cristal extrait d'une
personne ayant bien respecté la coutume ; voir Perrin 1992b et 1993)
С : mal dû à la force excessive (agitation, etc.) de l'âme d'un mort ou d'un vivant ayant
bien pratiqué la « coutume ».
S : frappe de multiples manières les enfants et parfois celui dont est extrait Y urukame (qui
pourra alors dire : netikuuuye urukame neyemu'utu : «je suis malade parce que je suis
urukame).
T : neutralisation et précipitation de Yurukame par un chamane.
— niwemama mepukariiri (de niwe, fils ou fille, littéralement, « ses enfants sont tombés »)
С : les Huichol disent que chacun a « des enfants dans la tête » qui peuvent « tomber »
ou « descendre » à la suite d'un chox (P.).
S : « choc à la tête, suivi de nausées, de perte de mémoire ou de la pensée » (P.).
T : « un chamane récupère les enfants échappés de la tête et les y réintroduit ».
(Voir aussi Casillas 1989 : 91).
— kupuripiya, iteokiviyaale (respectivement de kupuli, principe vital, et de iteoki, paquet
maléfique ou esprit malfaisant)
С : vol du kupuri d'une personne par un « chamane-sorcier » qui manipule des iteoki.
S : « mal dangereux, qui peut entraîner la mort » ; symptômes variés.

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