Obsessions. Psychasthénies. Délires. Etats paranoïaques - compte-rendu ; n°1 ; vol.26, pg 323-335

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1925 - Volume 26 - Numéro 1 - Pages 323-335
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1925
Lecture(s) : 14
Nombre de pages : 14
Voir plus Voir moins

c) Obsessions. Psychasthénies. Délires. Etats paranoïaques
In: L'année psychologique. 1925 vol. 26. pp. 323-335.
Citer ce document / Cite this document :
c) Obsessions. Psychasthénies. Délires. Etats paranoïaques. In: L'année psychologique. 1925 vol. 26. pp. 323-335.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1925_num_26_1_6263PSYCHOLOGIE COMPAREE 323
c) Obsessions. Psychasthénies. Délires. Etats Paranoïaques.
Tt. DUPOUY et E. MINKOWSKI. — Impulsions au tatouase et
perversions sexuelles. — Enc, 1924, 1, p. 40-44.
Manie de se tatouer se manifestant par crises mais pouvant être
conjurée par le coït ou l'onanisme. Dans les rapports sexuels un
certain goût d'exhibitionnisme ; le malade se peinturlure lui-même
et voudrait en faire de même à sa femme. Témoigne d'ailleurs d'une
certaine frigidité, n'a d'attention que pour sa mère ; d'une grande
avarice, ne pense qu'à son commerce, lequel il se lance dans des
dépenses inconsidérées. Les auteurs croient qu'il peut y avoir eu
fixation de sa libido sur sa mère. H. W.
A. DELMAS. — Classification des états hyperémotifs. — J. de Ps.,
XXII, 7, 1925, p. Lxxx-Lxxxvii.
Reconnaissant à la constitution émotive de Dupré un rôle consi
dérable en pathologie, l'A. définit l'émotion par « une diffusion
motrice » qui a pour conséquence une « charge musculaire ». Mais cette
diffusion peut être élective, d'où les différents. effets de l'émotion et
les manifestations variables de la constitution émotive. Continue, la
charge émotive donne lieu à la gêne émotive ; trop forte elle se traduit
en phénomènes de dérivation : tantôt c'est dans une région donnée,
d'où bégaiement, laryngite striduleuse, asthme, dysphagie, dyspepsie
nerveuse, entéronévrose, ictère émotif, poly et pollakiurie, hypecr-
hydroses, tachycardie, tremblements ; tantôt elle s'écoule en gestes :
agitation, tics ; tantôt elle explose en impulsions, en crises nerveuses.
L'importance croissante de la vie psychique dans l'espèce fait qu'eue
prend un« forme mentale, c'est le besoin jamais satisfait de certitude
qui se traduit par le scrupule, le doute, l'obsession ; l'émotion par le
mécanisme du réflexe conditionnel fixe certaines circonstances,
certains modes momentanés de réagir qu'elle tend à ramener régu
lièrement dans la suite : ce sont les phobies, les impulsions particul
ières, la pyromanie, la kleptomanie.. H. W.
R. BENON. — L'émotion-énervement : ses signes et son importance
en clinique. — J. de Ps., XXI, 9, 1924, p. txvi-Lxvii.
L'une des trois formes élémentaires de l'émotion douloureuse,
l'énervement, se traduit par un serrement épigastrique avec irradia
tions pharyngiennes ; par de l'inquiétude musculaire, par un sent
iment d'impuissance ; use rattache à l'idée d'un mal fait par autrui ;
à son paroxysme il donne lieu à la crise hystérique, il peut se combiner
diversement aux autres manifestations pénibles de l'affectivité :
chagrin et anxiété. H. W.
RAYNEAU et GODARD. — Psychasténie. Obsessions interrogatives.
Délire de scrupule. — An. Méd. ps, LXXXII, 5, 1924, p. 426-438.
Fort intéressante observation de scrupuleux. Les auteurs insisteat
sur l'aboulie de leurs malades, sur leur besoin en quelque sorte formel
d'être réconfortés par des affirmations dont ils se rendent compte 324 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qu'elles ne peuvent pas être fondées. Chez l'un d'entre eux l'anxiété
entraînait de l'amnésie consécutive et aboutissait parfois à une
syncope ou crise de psycholepsie. H. W.
H. CLAUDE, R. TARGOWLA et MUe BADONNEL. — Mélancolie,
obsessions et syndrome d'influence. — An. Méd. ps., LXXXIII,
1, 1925, p. 48-55.
Dans le cas rapporté, la dépression mélancolique s'établit après
une phase d'anxiété sur l'éclosion de laquelle les événements pa
raissent avoir eu une influence psychogène. L'impression de menace
imprécise sous laquelle vit la malade, donne bientôt lieu à des idées
obsédantes qui s'offrent à elle comme des procédés de défense, à des
pratiques qui s'imposent comme des moyens de conjurer le malheur
suspendu sur les siens. Puis il lui sembla que ces idées étaient ab
surdes, qu'elles lui étaient imposées, et que ses propres idées, ses
gestes, étaient prévus, voulus, par d'autres, alors qu'elle-même se
sentait pleine d'hésitations. Ce sentiment d'influence traduirait im
médiatement selon les auteurs le contraste éprouvé par la malade
entre l'inhibition qui pèse encore sur sa conscience et sa volonté
tandis que déjà son activité antomatique est devenue plus libre.
H. W.
J. T1NEL. — Traitement des crises anxieuses par les méthodes anti
chocs. — J. de Ps., XXII, 5, 1925, p. livtLviii.
Assimilant les crises anxieuses à des chocs hémoclasiques, comme
la crise de migraine ou la crise d'épilepsie, l'auteur essaie de les neu
traliser par des substances antichoc telles que le gardenal en inges
tion, l'arsénobenzol, le chlorure de calcium, en injections intravei
neuses, du sérum de cheval en injections sous-cutanées. Le trait
ement paraît efficace à condition d'intervenir dans la période d'in
vasion. Mais quand les centres neuro -végétatifs sont sidérés par la
répétition des chocs il ne saurait être question d'obtenir une réac
tion salutaire. H. W.
R. CORNÉLIUS. — Angoisse et chlorure de calcium. Essai d'une
médication acidifiante. — J. de Ps., XXII, 5, 1925, p. lviii-lx.
L'auteur ayant constaté l'hypoacidité des urines dans la psycho
névrose d'angoisse en conclut à une alcalose sans doute parallèle
du sang. L'administration de chlorure de calcium en même temps
qu'elle acidifie l'urine diminue l'anxiété. L'angoisse pourrait être
ainsi rapprochée de la tétanie infantile et de l'épilepsie dans le
squelles l'alcalose du sang paraît être irritante pour les centres ner
veux. H. W.
J. TINEL. — L'extrait hypophysaire et l'insuline chez les anxieux.
— J. de Ps., XXII, 1, 1925, p. i-vii
De même que l'administration d'adrénaline chez un anxieux va-
gotonique diminue son anxiété, de même dans certains états d'ob
session l'extrait d'hypophyse tend à diminuer l'émotivité du malade.
Car l'action de l'hypophyse est stimulante pour le vague et le sys
tème parasympathique, comme celle de l'adrénaline l'est pour le ■
PSYCHOLOGIE COMPAREE 325
système orthosympathique. L'insuline a la même action que l'hy
pophyse. Au triple point de vue endocrinien, nerveux, émotionnel,
il y a donc dualisme de système et souvent même antagonisme.
Naturellement, il peut se produire beaucoup de combinaisons inter
médiaires. La suractivité d'un système n'entraîne pas toujours sous-
activité dans l'autre. Il peut y avoir suractivité ou sous-activité
dans les deux à la fois. L'interprétation de la vie émotionnelle doit
donc tenir compte de ces facteurs sans y être purement et simple
ment ramenée. H. W.
TINEL et BOREL. — Rétraction de l'aponévrose palmaire au cours
d'une crise de mélancolie anxieuse. — J. de Ps., XXII, 10, 1925,
p. cxxiv-cxxv.
La rétraction de l'aponévrose palmaire que l'auteur a rencontrée
dans plusieurs cas de mélancolie se lie-t-elle directement aux troubles
trophiques de la psychose, ou bien y a-t-il un même fond de qui favoriserait la psychose et le rhumatisme articulaire,
d'où résulterait la rétraction aponévrotique. H. W.
J. TINEL. — Le choc hémoclasique dans les crises anxieuses. —
J. de Ps., XXII, 3, 1925, p. xxi-xxvn.
Première période de dépression au moment de la ménopause à
45 ans ; la malade qui a 61 ans en est à sa troisième période ; elle
est sujette à des crises anxieuses qui se reproduisent très régulièr
ement le matin avant toute ingestion d'aliments, les autres pendant
la digestion ; la crise cesse pendant les repas « dès les premières bou
chées » pour renaître peu après ; elle s'accompagne d'un syndrome
de choc hémoclasique type : chute initiale de la tension artérielle,
leucopénie avec inversion de la formule leucocytaire, pâleur, frisson,
sensations vaso-motrices anormales. » Ce genre de crises sont fr
équentes dans la phase durant laquelle s'installe l'accès de mélancolie.
L'A. suppose qu'il s'agit d'une mélancolie avec persistance, pendant
l'accès, des crises prodromiques. ' H. W.
R. BENON. — L'émotion anxiété et l'hyperthymie anxieuse. —
J. de Ps., nov. 1924, p. lxiii-lxv.
L'émotion-anxiété est en rapport avec l'idée d'un mal à venir ;
elle se traduit par du serrement épigastrique avec irradiations abdo
minales et coliques. Il y a oppression, irrégularité respiratoire, pal
pitations, soupirs, sécheresse de la gorge. 3 degrés : inquiétude,
anxiété, angoisse. 2 variétés : peur et frayeur, la frayeur survenant
surtout dans l'obscurité et la solitude. La crainte implique en plus
la représentation de sa propre personne en présence du danger.
L'angoisse pure se distingue du chagrin mélancolique, car elle est
appréhension sans aucune idée d'autoaccusation. H. W.
G. ROBIN et M. CËNAC. — Le dégoût, expression clinique d'un
état de dépression atypique (Considérations sur V indifférence). —
J. de Ps., XXII, 10, 1925, p. cxxv-cxxxir.
Ingénieuses remarques à propos d'un malade qui a présenté un
état de stupeur sans doute confusionnelle avec une phase de réac- 326 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tions d'aspect hébephréno-catatonique, qui s'est montré dans la»
suite très conscient du malaise éprouvé et dont les manifestations
de dégoût pour son propre état ont pris un aspect de charge et d'ou
trance. Par conséquent son apparente indifférence n'était qu'illu
soire ; c'est plutôt une limite vers laquelle il tend comme vers un
refuge ; l'indifférence ne serait en bien des cas qu'une réaction de
défense. C'est dans la mesure où elle ne serait pas complètement
réalisée que se produiraient les impulsions, le négavisisme, etc. Elle
traduirait elle-même un changement, un appauvrissement de la
cénesthésie, c'est-à-dire de ce courant d'états intimes qui constitue
en quelque sorte pour chacun son indice personnel. H. W.
G. BOURGUIGNON et P. SCHIFF. — La chronaxie chez les asthé-
niques. — Enc. 1924, 3, p. 247-250.
Chronaxie anormale chez des asthéniques dont l'état de dépres
sion était à point de départ musculaire ; anormale encore chez des
sujets présentant des troubles neuro -végétatifs ; normale des
cyclothymiques. H. W.
A. DESCHAMPS. — Psychogenèse de la neurasthénie. — J. de Ps.,
XXII, 4, 1925, p. xxxih-xxxviii.
La recherche du symptôme dominateur, de celui qui met en cause
la fonction particulièrement atteinte fait découvrir simultanément
chez le neurasthénique un trouble de la fonction énergésique, c'est-à-
dire de celle « qui est chargée de transformer j de distribuer les éner
gies de l'organisme entier» et de la fonction psychique, « qui est chargée
de transformer les excitants en états psychologiques par dès moyens
inconnus et qu'il est superflu de rechercher, le physique et le psy
chique représentant deux séries hétérogènes ». L'A. complète des
explications en rapprochant sa thèse de celle de P. Janet : « En se
basant sur la distinction qu'il a établie entre la force er la tension
psychologique, M. P. Janet a distingué récemment une atonie psy
chologique qui serait un désordre de la tension et une asthénie
chologique qui un de la force. L'asthénie psycholo
gique serait distincte de la psychasthénie. C'est une opinion ana
logue que je défends, sous une autre forme, depuis longtemps ».
H. W.
A. DESCHAMPS. — L'état psychique dans la neurasthénie. — J.
de Ps., XXII, 3, 1925, p. xvn-xx.
Contrairement à l'opinion de M. de Fleury qui voit dans l'état
psychique du neurasthénique une conséquence de son asthénie phy
sique, l'A. soutient la différence de l'asthénie qui est fatigabilité
et doit être imputée à un processus central, d'avec la neurasthénie
qui est fatigue ressentie, inexcitabilité périphérique et où diminution
physique et psychique vont de pair comme dans la mélancolie. Mais
dans la mélancolie il y a inhibition psychique et physique, non-désir
et non-vouloir, tandis que dans la neurasthénie il y a non-pouvoir.
H. W. PSTCHÖLOGIE COUPA REB 327
G. HEUYER et LAMACHE. — Le lymptôme de « divination de la
pensée «. — C. R., du XXIXe Congrès des Méd. alien, et neurol.
Paris, 1925, p. 197-201.
Relation de six observations où se rencontre l'affirmation déli
rante de la possession d'une faculté de connaître la pensée d'autrui
par intuition, accompagnant d'autres symptômes d'automatisme
mental.
La certitude délirante apparaît brusquement et s'impose comme
une inspiration : il s'agit d'une pensée extériorisée et non reconnue,
ehez un malade euphorique et fier de son pouvoir. Deux des malades
étaient épileptiques et un troisième sujet urémique ; les auteurs y
voient un argument en faveur de l'origine organique de l'automa
tisme mental. H. P.
G. HEUYER et LAMACHE. — La divination de la pensée. — J. de
Ps., XXII, 10, 1925, p. xxxix-xcih.
Le pouvoir que s'attribue le malade de deviner les pensées d'au
trui est une manifestation d'automatisme mental. Il s'agit d'un sujet
offrant les dehors de l'excitation maniaque, hypertendu par néphrite
chronique. H. W.
L. HERR. — Une délirante mystique et erotique au XVIIIe siècle. —
J. de Ps., XXII, 1925, p. 43-88.
Publication des développements écrits dans les marges d'un livre,
vers le milieu du xvine siècle, par une Française d'une trentame
d'années qui, après avoir fréquenté le monde, fut, à la suite d'aven
tures amoureuses, rendue par son mari à ses parents, qui l'emme
nèrent avec eux à l'étranger et la tinrent séquestrée. On voit au cours
de cet écrit l'érotisme mystique, probablement issu de l'érotisme
tout court, se développer en prophétisme : le châtiment humain de
sa faute conjugale, que la malade interprète comme une vengeance
de Satan pour l'amour partagé qu'elle a de son Dieu, devient un
martyre, la preuve d'une mission. Il y a là, comme lé montre l'édi
teur dans une introduction brève, mais pleine, un document de grande
valeur pour la psychologie du mysticisme et du prophétisme.
G.-H. L.
J. VINCHON. — Délire prophétique et déséquilibre imaginât«. —
J. de Ps., XXII, 1925, p. 360-365.
Observations sur des lettres d'un voyageur de commerce dont le
délire dure depuis plus de dix ans et qui considère ses intuitions ima
ginatives comme non seulement prévoyant les événements, mais
encore les dirigeant. Le délire d'imagination prophétique par oppos
ition à la simple imagination délirante est dû ici à ce que le malade
cherche dans les faits que lui fournissent les journaux la vérification
de sa prévision des événements et de son influence sut eux. D'autre
pari, en même temps qu'il écrit le soir les lettres où il énonce ses
divagations prophétiques et les confirmations qu'il croit en trouver
dans les journaux, pendant la journée il fait très normalement ses
affaires. Cette double personnalité chez le même individu explique
que le délire prophétique soit une des rares formes de mj
taies compatibles avec la vie sociale.
28, rue Serpente
75006 PA?!5 328 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
J.-H. LEUBA. — Les grands mystiques chrétiens, l'hystérie et la
neurasthénie. — J. de Ps., XXII, 1925, p. 236-251.
Extrait d'un ouvrage sur la Psychologie du mysticisme, devant
paraître prochainement. Les grands mystiques chrétiens (sainte
Catherine de Gênes, sainte Thérèse, Mme Guyon, etc.), présentent
des symptômes incontestables de désordres nerveux, hystérie et
psychasténie. Les prédispositions de leur tempérament à l'insta
bilité nerveuse et à la dissociation ont été renforcées par les circons
tances de leur vie. Mais ces troubles psycho-physiologiques, loin
d'être fatalement liés, comme chez le commun des psychopathes,
à une misère intellectuelle et morale irrémédiable, se concilient chez
eux avec des traits de nature qui sont la marque du génie.
G.-H. L.
P. JANET. — Les états de consolation et les extases. — J. de Ps.,
XXII, 1925, p. 370-420. — Les sentiments de joie dans l'extase,
Ibid., p. 465-499.
Ces deux articles présentent une description de l'extase d'après
l'observation d'une malade, Madeleine, dont l'état le plus remar
quable est ce qu'elle appelle elle-même « l'état de consolation ».
Les caractères de cet état, dont l'extase habituelle n'est qu'une forme
particulière, sont la réduction extrême de l'action musculaire, le
développement considérable de l'action psychique interne cons
tituée par les paroles intérieures, les pensées et les images, enfin
un sentiment de joie profonde. On y distingue une foule de degrés,
dont les trois principaux sont les recueillements, les extases et les
ravissements, et qui diffèrent surtout par la suppression plus ou
moins complète de l'action.
Il y a immobilité, suppression des réactions aux stimulations acci
dentelles ou intentionnelles, même aux stimulations internes déter
minées par les besoins de l'organisme. Il ne s'agit ni de paralysie,
ni de diminution des forces, ni d'altération de la sensation, de la
perception ou de la mémoire, mais simplement d'un désintéress
ement pour l'action extérieure, d'une indifférence complète à l'égard
de toutes choses, qui chez Madeleine devient une des origines du sen
timent d'automatisme dans les états de simple recueillement où les
actes ne sont pas totalement supprimés, et qui chez d'autres malades,
par exemple Laetitia, prend la forme de perte de sentiment du réel.
Si ce trouble qui, chez d'autres malades, détermine des états de
dépression apparente avec tristesse, ne produit pas chez Madeleine
les mêmes sentiments, c'est que chez elle l'inertie motrice est accom
pagnée de ce qu'elle appelle une activité spirituelle et qui lui paraît
très riche et très belle. Cette vie de l'âme est un ensemble de paroles,
de représentations, d'idées très diverses groupées autour d'un thème
commun, l'union intime et pourtant hiérarchique entre elle et Dieu,
dont elle est selon les cas l'apôtre en religion et en morale, le disciple ,
en philosophie et en science, l'enfant et l'épouse, jusqu'au sens le
plus charnel du mot, malgré la chasteté constante de sa vie. Cette
union avec Dieu a comme corollaire la tendance à l'imiter dans ses
souffrances, d'où les extases dramatiques qui, particulièrement à
l'époque du Vendredi Saint, reproduisent la crucifixion et après les- PSYCHOLOGIE COMPAREE: 329
quelles apparaissent les stigmates. Enfin, à son terme, l'union avec
Dieu devient identification. Sous toutes ses formes, elle est amour.
La prétention de Madeleine est de supprimer de sa vie tout ce qui
est matériel, c'est-à-dire toute relation avec les choses et les autres
hommes. Les enseignements que les normaux reçoivent de leur
communication avec le monde extérieur sont remplacés chez elle
par une interprétation symbolique des plus petits faits. Le drame aux
cent actes divers qui remplit sa pensée pendant l'extase peut se
reconstituer au moyen des éléments constatés chez Madeleine, sen
sations vagues, images représentatives, rêves, interprétations symb
oliques, constituées surtout par des attitudes et des langages. Dans
toutes ces scènes, elle est en même temps spectateur et acteur, à la
fois elle-même et tous les membres de la Sainte Famille. Le drame
de l'union avec Dieu n'est qu'une forme extrême du processus de
« l'histoire continuée ». Elle se transforme en extase parce qu'elle est
accompagnée de l'entière conviction de sa vérité. Le sentiment de
jouer un rôle est remplacé par celui de l'inspiration, de la révélation.
Cette conviction se manifeste sous une foule de formes et subsiste
après l'extase. Elle est caractérisée avant tout par une joie qui dis
tingue sans confusion possible les visions vraies des visions fausses.
Madeleine donne d'innombrables descriptions de la félicité dont elle
jouit ; tantôt bonheur général et vague sans localisations particul
ières, caractérisé par le calme et la tranquillité complète qui accom
pagnent le désintérêt de l'action, parfois aussi par un sentiment de
force surabondante ; tantôt jouissances localisées successivement
ou simultanément dans tous les sens (goût, odorat, mouvement,
toucher, sensations sexuelles, odorat, vue, ces deux derniers sens
présentant des jouissances d'un caractère non seulement sensoriel,
mais aussi esthétique) ; tantôt, accompagnant les opérations intellec
tuelles, sentiment d'intellection ou d'illumination spirituelle, convic
tion de comprendre pleinement Dieu et d'en être pleinement comprise ;
enfin, optimisme dans les jugements sur ses croyances religieuses ou
ses intentions morales.
Ces sentiments de joie et de force, inconciliables dans le monde
réel avec l'immobilité, se concilient dans l'idée de la vie divine.
Madeleine ne craint pas la mort, car sa vie actuelle est déjà l'analogue
de la mort, une vie de pur esprit, une vie céleste et divine ; et elle
n'hésite pas à conclure, par transitions graduelles : « Je participe à
l'essence de Dieu, je suis en Dieu, je suis comme Dieu, je suis Dieu ».
Même lorsque le sujet revient peu à peu à la vie normale à travers
les « états de recueillement » , elle donne à cette vie réelle un aspect
idéal et chimérique dans lequel elle conserve des sentiments à peu
près semblables à ceux qu'elle éprouvait dans le séjour du ciel, et où
par exemple Dieu est simplement remplacé par le médecin qui
devient son directeur et son Père. Le sentiment du divin est bien,
contrairement à l'opinion antérieure de l'auteur, l'élément essentiel
de l'extase ; les extases laïques, fort rares, sont en outre fort imparf
aites et ne se rapprochent que d'assez loin des belles extases qui ont
toujours un caractère nettement religieux ; elles s'en rapprochent
d'ailleurs d'autant plus que les conceptions auxquelles le sujet
s'intéresse dépassent le monde purement humain et se 330 ANALYSES BIBLIOGEUPBIQfJES
dies idées religieuses, comme le montre l'analyse du cas de MartiaL
Nul résumé ne saurait valoir celui par lequel l'auteur termine son
second article : « L'immobilité est absolument complète, mais ellfr
ae dépend d'aucune paralysie, elle dépend uniquement du désint
éressement complet des choses extérieures. Ce désintéressement ne
détermine cependant ni sentiment de dépression, ni tristesse, parce
qu'il est compensé par d'autres phénomènes. L'activité interne est
énorme : toutes sortes de représentations, d'interprétations, d'atti
tudes esquissées, de bavardages intérieurs constituent une longue et
complexe histoire continuée où sont représentées une foule de rela
tions uniquement affectueuses entre le sujet et divers personnages.
Toutes ces opérations sont faites avec une foi intense en leur réalité,
un sentiment profond d'automatisme et d'inspiration, tout prend la
forme de révélations, de prophéties, d'affirmations de présence. Des
sentiments très vifs accompagnent ces représentations, mais ce sont
toujours des sentiments heureux, des jouissances de toute espèce,
des admirations esthétiques, des sentiments d'intellection et de-
conviction, des- de pureté morale. Cet ensemble d'inertie
physique; d'activité intellectuelle, de puissance et de bonheur prend
l'apparence d'une vie nouvelle, contrastant avec la vie humaine et
que le sujet est amené à appeler une vie divine, une expérience de la
divinité. En prenant le mot délire dans le sens d'un ensemble de
croyances accompagnées d'une certitude complète et opposées aux
apparences qui déterminent les croyances du commun des hommes,
l'extase sera alors en résumé une crise de délire religieux optimiste
et immobile ». Cette étude fait attendre avec impatience la publica
tion de l'ouvrage en préparation, De l'angoisse à V extase, dont elle
formera l'un des chapitres. G.-H. L.
TRENEL et VUILLAUME. — Paranoïa originaire. Délire imaginait
de supposition et d'interprétation. Coexistence d'un délire de reven
dication. An. Méd. ps., LXXXII, 4, 1924, p. 348-360.
« La paranoïa originaire » est le nom donné par Krafft-Ebing au
délire que Sérieux et Capgras ont depuis appelé « d'interprétation
filiale ». Le malade acquiert la conviction que ses parents ne sont pas
ses vrais parents. Il se croit habituellement de naissance illustre. La
part de l'imagination, des interprétations, des simples suppositions est
variable suivant les cas. Dans celui-ci les auteurs notent en outre m
délire de revendication, dont le thème est d'un ordre tout différent.
Mais la coexistence de ces deux délires ne leur paraît pas fortuite. Il»
ne sont que l'expression d'un même fond mental, ainsi que je l'ai
moi-même soutenu dès 1908. H. W.
H. CLAUDE et R. DE SAUSSURE. — De l'organisation incont-
ôente des souvenirs. — Ene. 1924, 6, p. 360-369.
Le rêve peut concourir à la guérison d'une névrose psychogène ea,
évoquant les images et souvenirs du passé de manière à les dépouiller
progressivement de leur charge affective. C'est dans ce sens que le*
auteurs interprètent une série de rêves que leur a livrés une de leurs-
malades. H. W. PSTCH0L0G1E COMPAREE 33*
R. TARGOWLA. — A propos des interprétations délirantes de
symptômes pathologiques. Le syndrome de Pierret- Rongier du
tabès et le délire d'interprétation de symptômes pathologiques. —
An. Méd. ps., LXXXII, 5, 1924, p. 438-447.
Les impressions douloureuses ou bizarres qui sont, dans le tabès,
une conséquence des névrites, suffisent-elles à expliquer les interpré
tations délirantes que font à leur propos certains tabétiques ? A cette
explication pour ainsi dire périphérique l'auteur oppose avec raison
que tout tabétique ne fait pas des idées de persécution, qu'il s'y
ajoute habituellement des idées mégalomaniaques, que l'affection
évolue alors vers une démence plus ou moins tardive et qu'on peut
reconnaître des lésions d'encéphalite qui ne se confondent pas tou
jours avec la méningo-encéphalite paralytique.
Les interprétations délirantes du symptôme pathologique ne sont
pas d'ailleurs propres au tabès. Elles se rencontrent dans des affection»
très diverses, mais toujours lorsqu'il y a un certain degré d'affaibli
ssement intellectuel ou d'insuffisance psychique. Elles sont la consé
quence directe d'une démence souvent encore assez légère.
Il ne iaut pas confondre ces interprétations qui s'attachent à des
impressions isolées dont elles dénaturent le sens avec les interpréta
tions des persécutés qui rapportent à l'action d'autrui l'origine
d'affections bien reconnues comme telles. H. W.
LEVY-VALENSI, H. BARUK et CALLEGARI. — Trois cas de
délire d'influence. — J. de Ps., XXII, 7, 1925, p. -lxxii-lxxviii.
Dans chacun de ces trois cas l'étiologie paraît différente : alcoolisme
dans le premier ; débilité mentale, mythomanie et peut-être syphiKs le second ; transformation de l'obsession en idées de possession
causant une grande satisfaction au malade dans le troisième. Mais
d'origine différente, ces trois cas ont un même noyau pathologique :
l'automatisme mental. H. W.
A. CEILLIER. — Les influences. Syndromes et psychoses d'influence.
— Enc, 1924, 3, p. 152-162 ; 4, p. 225-234 ; 5, p. 294-301 ; 6,
p. 270-281.
L'idée d'influence, quel que soit le mécanisme qu'elle invoque,
suggestion, hypnotisme, occultisme, etc., n'existe qu'en s'ajoutant à
l'automatisme ou plutôt en s'y combinant. Le champ de l'automa
tisme est des plus vastes, il s'étend aux domaines du langage intérieur
et de la pensée, des représentations mentales, des sentiments, de»
actes et comporte toutes ces variétés de manifestations qui vont
impulsions effectives à l'hallucination vraie, dont elles se distinguent
pourtant par leur fréquence et leur continuité ; par leur contenu
insignifiant ou agréable, flatteur, consolant, encourageant ; par
l'inexistence des moyens de défense ; par les conversations mentale»
du malade avec ses voix intérieures, et l'absence d'invectives à de»
paroles lui venant de l'espace.
Ce sont entre autres toutes les variétés d'hallucinations psycho
motrices et à? hallucinations psychiques qu'a décrites Séglas. Il faut
y ajouter les représentations mentales, en particulier visuelles et
parfois olfactives qui se distinguent aussi de l'hallucination par

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.