Opinion publique et attitudes - compte-rendu ; n°2 ; vol.52, pg 594-613

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 2 - Pages 594-613
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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J. Dubost
G. Durandin
1° Opinion publique et attitudes
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 594-613.
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Dubost J., Durandin G. 1° Opinion publique et attitudes. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 594-613.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1952_num_52_2_8672— Psychologie sociale. VI.
1° Opinion publique et attitudes.
A. — Méthodologie générale.
(1) BRUNER (J. S.). — The description and measurement of
attitudes (La description et la mesure des attitudes). — Ann. Rev.
Psychol., 1950, 1, 125-134. — (2) BAUER (R. A.), RIECKEN (H).
— Opinion in relation to personality and social organisation ( Rela
tions entre V opinion et la personnalité et l'organisation sociale). —
Internat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 3, 513-529. — (3) KATZ (D.)
— Methodology in opinion and attitude research (Méthodologie
dans la recherche d'opinion et d'attitude). — Ann. Rev. Psychol.,
1951, 2, 165-169. — (4) REMMERS (H. H.), MILLER (F. G.). —
Person. Psychol., 1950, 3, 33-40. — (5) ROSE (A. M.). — Public
opinion research techniques suggested by sociological theory
(Techniques de recherches sur Vopinion publique suggérées par
la théorie sociologique). — Publ. Opin. Quart, 1950, 14, 205-214.
Dans les attaques auxquelles les études d'opinion ont été sou
mises, les reproches qui concernent la fragilité des fondements théo
riques, l'imprécision de l'appareil conceptuel et le caractère empi
rique des recherches ne sont pas rares. Si l'on en juge par l'abondance
des articles récents d'ordre théorique ou méthodologique, il semble
que le besoin de bases plus solides est actuellement vivement res
senti par les chercheurs. Bien que cette remarque soit sans doute
valable pour la plupart des branches de la psychologie sociale, pour
Bruner (1), il semble justement que c'est dans le domaine de la
théorie des attitudes et des opinions que l'on trouve le plus puissant
ferment théorique de la psychologie sociale contemporaine.
Deux thèmes sont fréquemment abordés :
I. Définition des concepts de base et reformulation des théories.
II. Condition d'une utilisation des études d'opinion à des fins
scientifiques.
I. — • Bruner (1), après avoir passé en revue les différentes formul
ations récentes des concepts d'attitude, de croyance, d'opinion,
notamment celles de Doob, de Krech et Crutchfield, de Cantril,
expose brièvement l'orientation des travaux de la Harvard Psychol
ogical Clinic. L'attitude est envisagée ici comme un aspect de la PSYCHOLOGIE SOCIALE 595
structure de la personnalité, c'est-à-dire comme une expression des
valeurs qui, à un niveau plus profond, dépendent de la structure des
besoins de l'individu. Il distingue des dimensions « cognitives »,
« affectives », « cognitives-affectives », et dégage les fonctions indivi
duelles d'adaptation à la réalité (l'attitude servant à structurer
l'expérience et aidant à prévoir), d'adaptation sociale (conduisant
•au conformisme ou à l'anti-conformisme selon les besoins sociaux de
l'individu), de « self-defense » (l'attitude de l'individu lui permettant
■de tenir tête aux situations désagréables ou menaçantes).
Bauer et Rieken (2) qui exposent des points de vue assez proches
et développent surtout l'étude des fonctions individuelles des opi
nions demandent l'utilisation des recherches d'opinion en psychol
ogie clinique normale et pathologique.
II. — D. Katz (3), plus orienté vers les aspects sociologiques de
l'opinion en ce sens qu'il considère surtout l'opinion comme un
contenu plus ou moins institutionalise, cherche à définir les condi
tions d'une utilisation scientifique des sondages d'opinion. Prenant
comme exemple les recherches du Centre de Michigan et en particul
ier les études d'opinion dans les groupes industriels, il constate que
les enquêtes sont d'autant plus utiles et enrichissantes qu'elles
répondent mieux aux conditions suivantes : 1° enquêter indépe
ndamment auprès de groupes qui présentent des rapports de réci
procité ou d'interaction; par exemple, dans une étude de « leader
ship », coupler l'étude auprès des leaders avec une étude auprès
d'un échantillon de « suiveurs » pour atteindre le schéma total d'in
teraction. Katz cite à ce propos des études industrielles de Rem-
mers (4) qui portent sur la façon dont se considèrent l'une l'autre
main-d'œuvre et direction, comparée à la façon dont elles se consi
dèrent elles-mêmes; 2° intégrer à l'enquête toutes les mesures objec
tives de comportement pouvant être étudiées corrélativement avec
le matériel sur les attitudes, les perceptions et les valeurs recueillies
dans les interviews. Katz pense que l'étude pré-électorale porte sur
une comparaison trop brutale pour permettre d'atteindre un rap
port fonctionnel, mais il trouve dans les études industrielles la possi
bilité de recueillir de telles mesures soit sur des groupes soit sur des
individus isolés et d'y rapporter opinions, croyances et attitudes;
3° répéter la même étude dans des situations diverses; c'est en répé
tant la même étude que l'on peut espérer dégager des principes
généraux; 4° utiliser les enquêtes comme on utilise dans une expé
«mentation les mesures « avant et après ». L'enquête devient ainsi
un instrument plus puissant pour mesurer les changements surve
nant hors du laboratoire.
C'est animé du même souci d'une utilisation scientifique des son
dages que des sociologues comme Rose (5) proposent l'application
aux enquêtes d'opinion de propositions classiques appartenant à
la théorie sociologique. Katz pense de son côté que par une telle 596 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
orientation des recherches on pourra non seulement améliorer la
méthodologie de l'opinion mais participer à l'élaboration théorique
des sciences sociales.
J. D.
B. — Problèmes techniques.
a) Enquêtes pré-électorales; validité des réponses et réponses
indécises.
(1) The pre-election Polls Of 1948 (Les sondages pré- électoraux
de 1948/ — S. S. R. C, 1949, New- York. — (2) CAMPBELL
(A.). — The Polls Of 1948 (Les sondages pré-électo
raux de 1948J. — Internat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 4, 27-
36. — (3) BRUNER (J.). — Social Psychology and Group Pro
cess (Psychologie sociale et processus du groupe). — Ann. Rev.
Psychol., 1950, 1, 334-335. — PARRY (H. J.), CROSSLEY
(H. M.). — Validity of Responses to Survey Questions (Validité
des réponses aux questions d'enquête). — - Publ. Opin. Quart.
1950, 14,61-80.— (5) HOFSTAETTER (P. R.). — The Actuality
Of Questions (V actualité des. questions). — Internat. J. Opin.
Attit. Res., 1950, 4, 16-26. — (6) KLARE (G. R.). — Unders-
tandibility and indefinite answers to public opinion questions
(Intelligibilité et réponses indécises aux questions d'opinion publi
que). — Internat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 4, 91-96. — (7)
NUCKOLS (R. C). — Verbal — Internat. J. Opin. Attit.
Res., 1950, 4, 575-586.
L'échec des organismes américains de sondage à prévoir la réélec
tion de Truman en 1948 a suscité une vive et, semble-t-il, féconde,
émotion. Une commission spéciale créée au Social Science Research
Center publia en 1949 un volumineux rapport de 396 pages (1). Il
apparaît à la lecture que l'échec est dû, d'une part, à des faiblesses
d'ordre technique et méthodologique, d'autre à l'insuffisance
des bases théoriques sur lesquelles fonder l'interprétation des don
nées et les prévisions (2). Étant donné le caractère très « serré » de
ces élections, on n'aurait pu s'attendre à une prévision correcte
que si parallèlement, on avait pu espérer une faible marge d'erreurs,
espérance que ne permettait pas l'expérience des sondages anté
rieurs. Les organismes de sondage ont donc surestimé leurs possi
bilités de prévisicn (3), arrêté beaucoup trop tôt les enquêtes et
montré une assurance plus journalistique que scientifique dans la
présentation de leurs résultats. Encore aurait-il fallu posséder une
connaissance suffisante de la liaison psychologique entre « l'inten
tion » de vote exprimée par l'enquêté et son comportement de vote
effectif.
Pour H. J. Parry et H. M. Crossley (4), ce sont deux phénomènes
de nature différente, et la « validité » d'une enquête par sondage i
PSYCHOLOGIE SOCIALE 597
ne saurait être superposée à sa valeur prédictive. Par validité, il
faut entendre concordance entre les résultats et la valeur réelle des
données mesurées. Une enquête de Denver tend à élucider une des
causes de non-validité : les erreurs dues aux enquêtes eux-m.êmes.
Ils trouvent que 87 % seulement des personnes par eux interrogées
donnent des indications exactes sur leur participation ou leur non-
participation aux 6 derniers scrutins, 88 % sur la possession d'un
permis de conduire. Mais sur la possession d'une automobile, l'âge,
la propriété d'une maison, l'abonnement au téléphone, le nombre
de réponses inexactes ne dépasse pas 5 %. Ces derniers résultats
semblent intéressants, les données étudiées étant souvent utilisées
comme « caractéristiques personnelles » dans les enquêtes.
Une interprétation erronée des réponses « Ne sait pas » semble
avoir été une cause essentielle de l'échec des sondages pré-électoraux
de 1948. Ce problème délicat retient particulièrement l'attention
de P. R. Hofstaetter (5). Il voit la possibilité de fonder sur le pour
centage des « Ne sait pas » (p 0) ainsi que sur le produit des réponses
oui (p +) et non (p _), le calcul d'un indice A, indice « d'actualité »
de la question posée. Plus la question revêt d'importance aux yeux
des enquêtes, plus elle les concerne directement, plus elle suscite
de controverses; plus A est grand, c'est-à-dire p 0 petit et le pro
duit p X P _ élevé. La formule retenue est A = \ / — - — „ — , .Po2
.V
une preuve de la légitimité de cette formule résidant dans l'existence
d'une liaison inverse et « presque linéaire » entre les valeurs de p0
et de p + .p _. Il est certain qu'il s'agit là d'une tentative origi
nale pour intégrer à l'interprétation des réponses, ces « ne sait pas »
trop souvent laissés de côté mais que l'on « sent » riches de signifi
cation. D'autre part, une méthode rigoureuse de détermination des
questions qui « passionnent l'opinion » peut être un instrument utile.
Mais c'est peut-être précisément la rigueur qui fait défaut à l'exposé
et peut-être aussi au travail de Hofstaetter, dont l'article est plus
riche en illustrations qu'en démonstrations. En dehors de la valeur
mathématique de la formule exprimant la fonction A, il resterait,
à notre sens, à montrer la légitimité d'une assimilation de A à la
notion « d'actualité » de la question, et à préciser ce que recouvre
cette notion.
Pour G. R. Klare (6), les réponses « ne sait pas » indiquent surtout
que la question n'a pas été comprise. Leur nombre, relativement
plus grand dans les classes sociales inférieures, est en relation avec
le degré d'instruction. Il montre que la formulation des questions
est en moyenne trop complexe. R. C. Nuckols (7) est d'un avis
semblable et analyse ce résultat en fonction du type et du sujet
des questions.
J. D. 598 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
b) Problèmes d'interviews :
(1) GUEST (L.), NUCKOLS (R.). — A laboratory experiment
on recording in public opinion interviewing (Une expérience de
laboratoire sur la notation des réponses dans les interviews d'opi
nion publique). — Internat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 4,336-352.
— (2) FISHER (H.). — Interviewing bias in the recording ope
ration (Les déformat ions dans la notation des réponses). — Internat.
J. Opin. Attit. Res., 1950, 4, 391-411. — (3) STEMBER (H.),
HYMAN (H.). — How interview effects operate through ques
tion form (Les effets de V et la forme des questions). — Inter
nat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 3, 493-512. — (4) SMITH (H. L.),
HYMAN (H.). — The biasing effect of interviewer expectations on
Survey results (Les déformations dues aux prévisions de V enquêteur
dans les résultats d'enquête). — Publ. Opin. Quart., 1950, 14, 491-
506. — (5) ABRAMS (M.). — Possibilities and problems of group
interviewing (Possibilités et problèmes de V interview en groupe).
— Publ. Opin. Quart., 1949, 13, 502-506.
Les premières recherches sur les distorsions et les erreurs syst
ématiques qui surviennent au stade de l'interview sont déjà anciennes^
Mais c'est une elucidation d'ensemble des multiples « effets » spéci
fiques de l'interview que l'on tente maintenant. Telle est du moins
la tâche que s'est assignée le National Opinion Research Center..
Parmi ces facteurs, le « bias » dû à l'enquêteur retient particulièr
ement l'attention. Guest et Nuckols (1) montrent que les inexacti
tudes de notation 'des réponses sont plus grandes dans les réponses
ouvertes que dans les précodifiées. Pour H. Fisher (2),
ces inexactitudes de notation dans les questions ouvertes sont en
rapport avec l'idéologie de l'enquêteur, sa propre opinion sur le
sujet évoqué par la question posée. L'enquêteur tend, en effet, à
opérer une relation au sein de la réponse de l'enquêté, notant plu&
volontiers les propositions conformes à son propre point de vue.
D'autre part, il note de préférence les réponses univoques aux
réponses équivoques, les réponses brèves et peu communes, de pré
férence aux réponses longues et habituelles. H. Stember et H. Hy-
man (3) montrent que l'influence de l'idéologie de l'enquêteur
s'exerce différemment selon la forme de la question. Le « bias *
introduit par elle est plus important lorsque la réponse proposée
est du type oui-non que lorsque est offerte une troisième possibilité
intermédiaire. D'autre part, si les enquêteurs d'idéologie majorit
aire déforment les résultats en augmentant le nombre des réponses
majoritaires, les enquêteurs d'idéologie minoritaire augmentent sur
tout le nombre des réponses « ne sait pas ».
Le « bias » dû à l'enquêteur provient non seulement de sa propre
idéologie, mais aussi de la « structuration » opérée par lui des opi
nions de l'enquêté (4). Il y a une sorte « d'effet de halo » qui conduit
l'enquêteur à ranger l'enquêté dans des cadres d'opinion défiais- et PSYCHOLOGIE SOCIALE 599
à prévoir ses réponses. Influencé par une telle structuration, l'e
nquêteur peut, en les notant, déformer considérablement les réponses
réelles de l'enquêté. Les problèmes d'interviews étudiés jusqu'ici
ne concernent pratiquement que le classique interview à deux.
Abrams (5) a expérimenté une technique en groupe —
chaque groupe comprenant cinq à dix personnes — menés par un:,
seul interviewer assisté d'une sténographe prenant toutes les inter
ventions « verbatim ». Cette technique nouvelle dans les études
d'opinion présenterait certains avantages : la situation de groupe
est plus naturelle que celle de l'interview classique, la discussion
favorise l'expression des sentiments réels... D'autre part, ainsi que-
le note Katz, l'interview en groupe peut constituer une bonne
technique pour les études-pilotes (recherche des hypothèses, élabo
ration des questionnaires).
J. D.
c) Problèmes d'échantillonnage :
(1) BIRNBAUM (Z. W.), SIRKEN (M. G.). — On the total
error due to non-interview and to random sampling (L'erreur
totale aux non- interview s et aux erreurs d'échantillonnage).
— Internat. J. Opin. Attit. Res., 1950, 4, 179-191. — (2)
WILLIAMS (R.). —Probability sampling in the field (L'échant
illonnage au hasard et la pratique). — Publ. Opin. Quart.,
1950, 14, 316-330. — (3) STEPHAN (F. F.). — Proc. Am. Phil.
Soc, 1948, 92, 387-398. — (4) MANHEIMER (D.), HYMAN
(H.). — Interviewer performance in area sampling (L'action de
l'enquêteur dans l'échantillonnage aréolaire). — Publ. Opin.
Quart., 1949, 13, 83-92.
Les techniques d'échantillonnage au hasard continuent à avoir la
faveur dé certains théoriciens, de préférence à la technique d'échan
tillonnage proportionnel qui ne permet pas un calcul rigoureux de
l'erreur. Ce sont les effets conjugués des erreurs d'échantillonnage-
et des erreurs dues au nombre de non -interviewés (personnes dési
gnées par le sort impossibles à contacter ou refusant de répondre}
qui retiennent l'attention de Z. W. Birnbaum et M. G. Sirken (1).
Ils établissent des tables, pour la détermination a priori de N (gran
deur de l'échantillon) pour un seuil de probabilité donné, en fonc
tion de l'erreur et du nombre de non-interviewés, et d'autre part
une méthode pour la détermination des valeurs optima de K (nombre
de relances des personnes non-interviewées à la première visite) et
de N, valeur optimum du point de vue de l'erreur possible et du
prix de revient de l'enquête. R. Williams (2) pense qu'on n'obtient
pas en général d'amélioration substantielle de l'échantillon en dépas
sant trois relances.
Si les arguments théoriques en faveur des méthodes d'échantil
lonnages au hasard (« random » ou « area ») semblent décisifs, l'étude 600 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
des conditions d'application montre qu'il est erroné d'admettre
que l'échantillonnage « area » — qui aboutit à un tirage au sort
des résidences — est indépendant de l'action sélective de l'enquê
teur (4). Il existe d'ailleurs, entre les deux extrêmes (tirage au sort
sur liste et échantillonnage par quotas), toute une gamme de pro
cédés intermédiaires (3); il convient donc de choisir selon la nature
de l'enquête et les circonstances le procédé optimum. Au terme
d'une étude des erreurs d'échantillonnage dues à l'action sélective
de l'enquêteur, Stephan (3) suggère la possibilité d'introduire dans
la théorie de l'échantillonnage le facteur spécifique de l'enquêteur
ce qui permettrait la construction d'un modèle théorique de la
méthode des quotas.
J. D.
C. — - Préjugés et stéréotypes.
a) Généralités et méthodes :
ALLPORT (G. W.). — Prejudice : a problem in psychological
and SOCial causation (Le préjugé : ses causes à la fois psycholo
giques et sociales). — J. Soc. Issues, 1950, supplém. 4, 26 p. —
LUCHINS (A. S.). — Personality and prejudice : a critique
(Personnalité et préjugé : étude critique). — J. soc. Psychol.,
1950, 32, 79-94. —BLACK (P.), ATKINS (R. D.. Confor
mity versus prejudice as exemplified in white-negroe relations
in the south : some methodological considerations (Conformisme
ou préjugé étudié dans le cas de relations raciales blancs-noirs
dans le sud : considérations méthodologiques). — J. Psychol.,
1950, 30, 109-121.
Allport estime que les préjugés raciaux ne constituent pas seul
ement un problème d'ordre moral, mais aussi un phénomène psycho
logique spécifique. Ils mettent en jeu trois processus psychologiques
fondamentaux : un processus tout à fait général, celui de la forma
tion même des concepts, et d'autre part, le processus du déplace
ment des affects, et le processus de la rationalisation.
Il montre ensuite qu'une étude des préjugés raciaux doit être
pluridimensionnelle, et non unilatérale; elle ne peut être ni exclus
ivement psychologique ni exclusivement économique ou sociale. Il
énumère six dimensions selon lesquelles cette étude doit être menée :
étude du stimulus, approche phénoménologique, étude de la dyna
mique de la personnalité et de la signification fonctionnelle du
préjugé, étude de la situation concrète particulière, étude de la
culture et de la sous-culture, et enfin références aux facteurs histo
riques.
Nous n'analyserons pas en détail chacun de ces ordres de facteurs,
mais nous résumerons ainsi l'essentiel de la pensée d' Allport : PSYCHOLOGIE SOCIALE G01
1° On manque encore d'études suffisantes sur le facteur stimulus,
c'est-à-dire sur les propriétés objectives des minorités. Or, à défaut
d'une telle connaissance, on ne peut pas faire de distinction valable
entre ce que les préjugés raciaux comportent de rationnel et d'irra
tionnel.
2° Les travaux relatifs à la dynamique de la personnalité préjudi-
ciée sont parmi les plus intéressants, et Allport résume, page 13,
les principaux traits par lesquels les chercheurs tels que Frenkel-
Brunswick, Lewinson, Sanford, Fromm, Maslow et plusieurs autres
non moins importants, ont pu caractériser la personnalité « autori
taire » ou « ethnocentrique » par opposition à la « tolé
rante ». Allport rappelle également l'importance de la frustration,
du déplacement de l'agression, et en particulier du phénomène du
« bouc émissaire ». Mais ces études, dans l'ensemble, pèchent par
deux points :
a) La technique employée consiste généralement, étant donné un
groupe nombreux de sujets, à isoler les deux catégories extrêmes :
les plus tolérants et les moins tolérants, dans l'espoir de découvrir
des différences dans la structure et la dynamique de leur personnal
ité. Mais, dans ces conditions, nous manquons encore de rense
ignements sur les processus par lesquels les sujets qui se situent
entre ces deux extrêmes, et qui constituent la partie la plus nomb
reuse du groupe, sont portés vers la tolérance ou l'intolérance selon
les circonstances.
b) Le deuxième point faible est lié au premier. La relation préjugé-
rigidité de la personnalité, n'est généralement vérifiée que dans un
seul sens : on prend les sujets intolérants, et on découvre chez eux
une plus grande rigidité que chez les sujets tolérants; mais il faudrait
encore savoir si la relation est réciproque, et si tous les sujets rigides
se trouvent aussi être des sujets intolérants, mais cela supposerait
justement que l'on étudie le milieu du groupe et non seulement ses
extrêmes x.
Luchins, faisant une étude critique de deux articles de Frenkel-
Brunswick et de ses collaborateurs sur la personnalité « anti-démoc
ratique », est de la même opinion qu' Allport en ce qui concerne
cette technique qui isole d'un groupe donné les deux catégories
extrêmes et les oppose ensuite comme des entités : autoritaire/non-
autoritaire, démocratique /anti-démocratique, etc.; cette manière
de faire relève de la façon de penser « aristotélicienne » tant crit
iquée par Lewin. En outre Luchins estime que les concepts direc
teurs utilisés par Frenkel-Brunswick sont principalement d'inspira
tion psychanalytique, et que cela réduit la portée de ses conclusions.
Il estime enfin que les critères de validité et de fidélité de Frenkel-
Brunswick ne sont pas suffisants.
L'article d'Allport comporte une bibliographie de 64 titres.
l'année psychologique, lu, fasc. 2 39 602 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Allport et Luchins sont donc d'accord pour penser que les pré
jugés ne doivent pas être étudiés seulement sous l'angle de la per
sonnalité préjudiciée, et qu'il faut tenir compte de l'ensemble de la
situation concrète dans laquelle ils se manifestent. Allport rapporte
à cet égard une anecdote amusante : il s'agit d'une école d'Afrique
du Sud où les enfants se montraient très faibles en anglais. On
envoya un inspecteur qui constata que le professeur indigène disait
aux enfants, en langage indigène, avant de commencer la classe
d'anglais : « Venez, mes enfants, il nous faut passer une heure à nous-
débattre avec la langue de l'ennemi. » II est évident que dans de
telles conditions il n'est pas indispensable de chercher les motivat
ions profondes de tel ou tel enfant de cette classe à adopter une
attitude anti-anglaise.
Quant à Black et Atkins, ils proposent une nouvelle manière de
discriminer entre les personnes « préjudiciées » ou non : ils estiment
qu'on ne peut pas dire si une personne a les préjugés marqués ou
non sans tenir compte du milieu culturel auquel elle appartient.
Ainsi est-il normal pour un Américain du Sud d'avoir un certain
nombre d'attitudes défavorables aux noirs, et cela ne signifie pas
pour autant qu'il ait une personnalité « névrotique ». On ne peut
donc pas utiliser les mêmes échelles pour mesurer les préjugés d'un
sudiste ou d'un nordiste. S'il s'agit d'un sudiste les auteurs estiment
qu'on n'a pas le droit de dire que sa personnalité est « préjudiciée »,
à moins qu'il ne fasse preuve de préjugés plus intenses que la moyenne
de son groupe.
Les auteurs protestent d'ailleurs non seulement contre l'inte
rprétation psychiatrique des préjugés, mais aussi contre la thèse qui
explique l'existence des préjugés dans le Sud par la mauvaise orga
nisation économique du Sud.
Guy D.
h) Propriétés objectives des minorités :
MORLAN (G. K.). — An experiment on the identification of
body odor (Une expérience sur l'identification de Podeur du
corps). — J. gen. Psychol., 1950, 77, 257-265.
Il s'agit d'examiner la différence qui peut exister entre l'odeur
corporelle dégagée par les blancs et par les noirs. L'auteur rappelle
que certaines personnes blanches disent qu'elles ne peuvent pas
manger dans un restaurant où il y a des noirs parce que les noirs
ont une odeur désagréable... et que ces mêmes personnes ne répugnent
pourtant pas à employer des femmes noires comme cuisinières ou
comme femmes de chambre. Il a réalisé l'expérience suivante :
59 sujets blancs des deux sexes ont essayé de reconnaître par l'odeur
deux sujets blancs et deux sujets noirs recouverts d'un linge. Ces
quatre ont été renifles après et avant sudation. Résultats :
sur 715 essais d'identification on a obtenu : 1° 190 réponses correctes;

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