P. Malapert, Le caractère - compte-rendu ; n°1 ; vol.10, pg 492-507

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L'année psychologique - Année 1903 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 492-507
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1903
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Alfred Binet
P. Malapert, Le caractère
In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 492-507.
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Binet Alfred. P. Malapert, Le caractère. In: L'année psychologique. 1903 vol. 10. pp. 492-507.
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pour en faire des choses de musées, de spectacles, de collections;
il est dans tout ce qui nous entoure, dans les menus détails de
notre existence courante, dans les objets les plus humbles, dans
nos préférences journalières pour telles promenades, telles figures,
dans la sélection qu'en fait notre mémoire, dans la reconstruction
que font nos désirs, et toute cette vie à demi-consciente, qui échappe
à l'analyse et à la description, est en somme la vie esthétique de
laquelle sort et dans laquelle aboutit toute cette production spé
cialisée que nous entendons par art.
On lira avec intérêt cette confession artistique, dont cette ana
lyse ne peut donner qu'une idée incomplète. Des études de ce
genre, quand elles sont faites comme celle-ci, ont la plus grande
utilité pour la psychologie générale. Pour ma part j'y ai trouvé
autant de plaisir qu'à la lecture des Mémoires de Berlioz et du
Journal de Marie Bartskischeff pour ne citer que ces deux exemples
d'autres biographies artistiques.
H. Beaunis.
MALAPERT (P.). — Le caractère. — Un vol. in-18, 305 pages.
Paris, Doin, 1903.
Voici un livre bien intéressant; il est écrit avec finesse, organisé
avec méthode, plein de circonspection, de prudence, d'esprit cri
tique; l'auteur s'est attaché à nous faire connaître avec précision
tout ce t{ui a été écrit de bon et de sérieux sur le caractère ; et
bien qu'il ait fait sa petite classification, comme tout le monde,
il n'y insiste pas, cherchant moins à dégager ses idées personnelles
qu'à présenter une étude historique et critique de la question.
Hélas, ce qui ressort le mieux de son travail, sans qu'il le dise bien
nettement, c'est que sur cette question du caractère, c'est pour
ainsi dire le néant; il n'y a rien de fait.
C'est Stuart-Mill qui le premier, en 1843, a posé le problème de
l'éthologie, ou science du caractère, et encore, sa conception n'est-
elle pas celle qui a prévalu ; il préconisait surtout l'étude des
influences qui agissent sur les caractères, et les lois de formation
du caractère ; il paraissait même supposer que, toutes les influences
extérieures mises à part, il y a identité dans la nature des hommes.
Le point de vue moderne, inauguré surtout par Ribot, est bien
différent; c'est la définition et classification des types psychiques,
c'est-à-dire des types concrets résultant des multiples combinai
sons des phénomènes ou éléments psychiques et de leurs lois. Une
étude de ce genre, M. Malapert n'a pas de peine à le montrer,
relève surtout de l'observation et de l'expérience; et si la méthode
deductive ne doit pas être rigoureusement proscrite, c'est tout sim
plement une question de mesure.
La définition du caractère a donné lieu à bien des divergences.
Tel auteur, comme Ribot, en propose une définition trop étroite, qui PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE ET CARACTÈRES 493
a le tort de trop limiter la recherche ; si, en effet, le caractère a
pour condition essentielle d'existence l'unité et la stabilité, beau
coup de gens, les indécis, les instables, les amorphes n'auraient
aucun caractère ; c'est cependant en avoir un que de manquer
d'unité et de stabilité. M. Malapert, après avoir discuté d'autres
définitions, donne la sienne, qui est plus comprehensive : le carac
tère, c'est la somme, ou mieux le système particulier constitué par
la réunion, selon certains rapports spéciaux, des diverses disposi
tions psychiques qui se rencontrent dans une personne donnée.
Suivent ensuite des chapitres très intéressants à lire, car ils ren
ferment des historiques habilement présentés, des discussions très
convaincantes; mais la conclusion de ces chapitres est toujours
zéro. Il n'y a rien de fait, il n'y a rien d'établi, on ne sait rien.
Ainsi, le chapitre 3 est consacré aux facteurs du caractère. L'au
teur expose longuement et minutieusement deux théories rivales :
l'une de l'innéité du caractère, l'autre du transformisme moral.
L'une, poussée à l'extrême, va jusqu'à l'immutabilité du caractère;
et l'autre, avec la même outrance, conduit à la conclusion que tous
les individus sont pareils, et que l'influence extérieure et l'éduca
tion sont toutes puissantes pour nous pétrir. Rien de tout cela
n'est prouvé. Le chapitre suivant, sur les théories métaphysiques
du caractère, ne peut évidemment rien nous apprendre de nou
veau ; on y trouvera un exposé très clair de la théorie de Kant et
de Schopenhauer, sur le caractère intelligible, opposé au carac
tère empirique. C'est évidemment fort intéressant. Le chapitre sur
les théories du tempérament n'est pas plus instructif, bien qu'on y
trouve un exposé d'idées qui va d'Hippocrate à Fouillée et à Manou-
vrier. Les anciens distinguaient les tempéraments suivant les qual
ités du sec, de l'humide, du chaud et du froid; et il semble que les
théories des modernes ne vont pas beaucoup plus loin.
Comme, cependant, il a été souvent question des théories de
Fouillée et de Manouvrier, nous les exposerons en citant l'analyse
très habile qu'en fait Malapert.
Théorie de Fouillée sur le tempérament. Cette théorie cherche à
prendre une base dans les plus récentes découvertes de chimie
biologique. « On admet aujourd'hui que le protoplasma est le siège
d'une double série d'opérations chimiques; l'une de construction,
de réparation, de synthèse, processus anabolique; l'autre de des
truction, désassimilation, analyse, processus catabolique. Selon
Fouillée, c'est le mode et la proportion des changements destruct
ifs dans le fonctionnement de l'organisme qui produit le tempé
rament. Il faut distinguer la constitution proprement dite d'avec
le tempérament. La constitution, ce sont les variations indivi
duelles dans l'architecture et la charpente du corps, dans le
volume et le poids, dans la proportion et l'adaptation des organes.
La constitution a donc trait à la structure de l'organisme et à
l'équilibre de ses parties; elle est la caractéristique « statique »
d'un individu. Le tempérament, ce sont les variations individuelles
dans l'activité de l'organisme; c'est la « dyna- 494 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
mique » d'un individu. Le tempérament est comme une destinée
interne qui impose une orientation déterminée aux fonctions d'un
être vivant, et il doit se formuler en termes de la constitution ch
imique prédominante, selon qu'elle donne la prépondérance à
l'épargne ou à la dépense. »
De là résulte la distinction de deux tempéraments principaux : le
tempérament d'épargne, où prédomine l'intégration, et le tempéra
ment de dépense, où prédomine la désintégration. Fouillée rattache
cette division à celle, plus psychologique, du tempérament sensitif
et actif. Lé passage où il fait ce rattachement est important, et
mérite d'être cité textuellement.
« II est probable, écrit M. Fouillée, que chacune des deux fonc
tions sensitive et motrice enveloppe à la fois intégration et désin
tégration ; mais il n'en est pas moins vrai que la fonction sensor
ielle, dans ses résultats généraux, favorise l'intégration, tandis
que la motrice favorise la désintégration. Sentir, en effet, c'est
recevoir et organiser une impression, par exemple, celle d'un
coup, celle d'un éclair, celle d'un son subit. Dans les centres ner
veux, où l'impression est recueillie et élaborée, il y a au premier
moment une perturbation de l'équilibre des molécules, une usure
et une dépense; mais cette perturbation est aussitôt suivie d'un
réarrangement, par lequel tend à s'établir une harmonie entre
l'intérieur et l'extérieur : grâce à cette élaboration, le dehors
s'exprime dans le dedans et s'y imprime. C'est dire que, tout
compte fait, les opérations constructives dominent dans la sensa
tion et surtout dans la perception. Elles aussi dans cette
réaction générale qu'on appelle le plaisir et la douleur, par laquelle
l'organisme entier s'arrange pour s'adapter au milieu nouveau...
Au contraire, la volition et Faction musculaire sont manifestement
une dépense d'énergie : dans les nerfs comme dans les muscles
dominent alors les opérations destructives (p. 9-10). »
Ces principes étant posés, on peut aller plus loin, et établir des
subdivisions dans les deux types principaux de tempérament. Je
ne puis mieux faire que de reproduire ici l'analyse de Malapert.
« Dans un tempérament à prédominance d'intégration, la répa
ration trop rapide qui s'opère dans les nerfs sensitifs, fait que le
mouvement de dépense ne se communique pas, ou du moins ne se
communique qu'atténué, affaibli, aux fibres motrices; les cellules
nerveuses ébranlées reprenant vite leur équilibre, par suite de la
prompte restauration qui se produit, il en résulte naturellement
que la rapidité même des changements empêchera les émotions
de durer, de se prolonger, de se propager pour ainsi dire dans
toute la masse,. de pénétrer l'être tout entier : de là leur peu d'in
tensité; — et nous voyons comment, ici, promptitude, mobilité et
superficialité, faiblesse vont naturellement ensemble. Nous avons
donc là un tempérament sensitif à réaction prompte et peu intense;
c'est le sanguin. — Maintenant, supposons un tem
pérament dans lequel le mouvement intime de réintégration l'em
porte encore sur celui de dépense, mais s'opère trop lentement; PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE ET CARACTÈRES 49?
que va-t-il se passer? La dépense nerveuse n'étant pas assez vite
compensée, l'équilibre n'étant pas assez vite repris, les impressions
deviennent rapidement épuisantes : elles se maintiennent, subsis
tent plus longtemps; les émotions, par cela même qu'elles durent
et se prolongent, s'exaltent et se multiplient. Nous avons là un
tempérament sensitif réagissant aux impressions avec plus de len
teur, plus de durée aussi et en même temps d'intensité ; c'est le nerveux.
« Tout au contraire, dans un tempérament à prédominance de
désintégration, le rapport entre l'intensité ou la faiblesse et la rapi
dité ou la lenteur, sera renversé. Les deux cas qui se peuvent pré
senter seront dès lors les suivants : la désintégration est tout
ensemble rapide et intense, ou bien tout ensemble lente et faible.
En effet, quand il s'agit de l'activité, plus l'énergie est puissante,
plus aussi la réaction est prompte, « la force qui lance la
flèche est intense, plus son effet est rapide ». L'activité .puissante
revêtira donc un caractère explosif. C'est qu'aussi bien l'arrêt,
l'inhibition, qui est .« non pas un accident, mais un élément essent
iel et constant dans notre vie cérébrale », tient à la réparation
moléculaire; comme celle-ci, dans le cas que nous considérons,
est affaiblie, il en résulte évidemment que le mécanisme de l'arrêt
fonctionne peu ou mal. L'impétuosité violente, ardente, brusque,
en quelque sorte instantanée, voilà ce qui caractérise une première
forme du tempérament actif, ce qui constitue le tempérament
colérique. D'un autre côté et réciproquement, lorsque, dans un
tempérament en prépondérance relative de désintégration, les
échanges vitaux s'opèrent avec lenteur, la désagrégation moins
soudaine, moins immédiate, permet une réintégration parallèle qui
favorise les inhibitions; l'activité moins explosive et moins intense
sera, par contre, plus durable et plus continue : nous sommes en
présence d'une nouvelle forme du tempérament actif, c'est à savoir
le flegmatique-actif. »
Et M. Fouillée conclut : « Voici donc, en résumé, la formule
scientiflque que nous proposerions pour chacun des tempéraments
les plus simples, en nous fondant sur les échanges intimes du pro
toplasme et sur leur direction prédominante, soit dans l'organisme
en général, soit dans le système nerveux. Pour le sanguin (sensitif
vif et léger) : intégration prédominante par excès de nutrition,
avec réaction rapide, peu intense et peu durable; pour le nerveux
(sensitif profond et passionné) : intégration prédominante par
besoin de nutrition, avec réaction plus lente, intense et durable;
pour le bilieux (ou actif ardent) : désintégration rapide et intense ; le flegmatique (ou actif froid) : lente et moins
intense. »
Malapert passe au crible de la critique cette théorie ingénieuse,
et qui n'a que les apparences de la solidité. Une seule objection, ce
me semble, suffit pour la rejeter, sans qu'il soit nécessaire de
pénétrer dans le détail vraiment bizarre des subdivisions. Cette
objection, c'est que toute la construction est bâtie sur une meta- 496 . ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
phore : celle qui voit une ressemblance entre l'opération chimique
de l'assimilation et le fait psychique de recevoir une sensation. En
réalité, recevoir une sensation, c'est exercer une fonction du sys
tème nerveux, c'est dépenser une certaine quantité d'énergie, c'est
faire du catabolisme. Tout croule.
Théorie du tempérament, d'après Manouvrier. — La base sur
laquelle Manouvrier a édifié est plus solide; mais on va voir qu'elle
ne fournit rien qui ressemble à une théorie des tempéraments.
Manouvrier part du fait suivant : « la variabilité de la quantité
d'énergie potentielle de l'organisme selon les individus ». L'inté
gration moléculaire réalise un potentiel plus ou moins élevé, qui
dépend probablement des aptitudes héréditaires des tissus. De là,
la distinction en 2 tempéraments, le sthénique, et Vhyposthénique,
l'un fort et l'autre faible. Dans d'autres publications, Manouvrier
a proposé une subdivision tripartite, qui est également fondée sur
des distinctions de degré : le tempérament supérieur, ou sthénique
— le moyen, ou tempérament mésosthénique, et l'inférieur, ou
tempérament hyposthénique. Voilà la théorie. Manouvrier ne dit
pas nettement si la potentialité nerveuse correspond à la potential
ité du reste du corps; il a fait un bloc de tout cela, ce qui donne
à sa théorie un caractère d'unité et de grande simplicité. Mais où
cela nous mène-t-il? Il est vraiment un peu banal de remarquer
qu'il y a parmi les hommes des vigoureux et des faibles, et on ne
voit pas comment ces distinctions dans le degré d'énergie peuvent
conduire à une division des tempéraments, qui est surtout qualitat
ive. Manouvrier a beau remarquer que « le degré d'énergie ner
veuse influe considérablement sur le caractère moral, aussi bien
que sur la puissance intellectuelle », que « la profondeur intellec
tuelle et une sensibilité supérieure dépendent du tempérament
sthénique », que « la paresse et la lenteur intellectuelles, le défaut
de volonté, d'imagination, sont sans aucun doute des infériorités
en rapport avec l'hyposthénie », mais l'intensité n'est pas tout.
Dans chaque espèce de caractère il y a des degrés, et chaque type
a ses représentants éminents, moyens et médiocres; ce n'est pas
là ce qui constitue des types qualitativement distincts. Et puis,
autre objection, on peut être un sthénique dans un certain
domaine, un hyposthénique dans d'autres formes d'activité. Il y a
des recordmen qui sont de francs dégénérés; en fera-t-on quand
même des sthéniques?
Il faut remercier Malapert d'avoir fait la critique, avec courtoisie
toujours, mais aussi avec rigueur, de ces différentes interprétations
du tempérament. Je crois bien qu'il n'en reste rien.
Arrivons aux théories psychologiques du caractère : c'est encore
avant tout un exposé de doctrines que l'auteur nous offre; toutes
sont bien présentées, et critiquées en quelques mots justes. Nous
pensons rendre service à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux
beaucoup de ces classifications : c'est un excellent moyen de mont
rer combien elles sont arbitraires.
La première peut-être par l'originalité est celle de Paulhan, quia .
PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE ET CARACTÈRES 497
eu l'idée d'attacher autant d'importance à la forme qu'au fond.
Laissons-le s'expliquer :
« Si donc nous considérons les qualités premières, susceptibles
de constituer par leur prédominance des types psychologiques, nous
aurons deux grandes classes à étudier : 1° la classe des qualités
qui se rattachent à la manière d'être des tendances, au caractère
général de leurs relations dans un même individu; la cohérence, la
logique, le contraste, la vivacité, la ténacité, etc.; 2° la classe des
qualités qui sont constituées par les tendances mêmes, tendances
organiques comme la gloutonnerie, ou sensuelles comme la gour
mandise, intellectuelles, etc. La première classe comprend les
formes de l'activité mentale, la seconde les éléments concrets qui
dirigent cette activité. Nous n'aurons plus ensuite qu'à examiner
certaines relations générales des qualités, certains faits synthé
tiques significatifs où les qualités déjà étudiées prennent une appa
rence particulière dont il est indispensable de tenir compte pour
arriver à une bonne appréciation du caractère individuel1. »
M. Malapert, après diverses critiques de détail, fait une critique
plus générale de l'idée-mère de Paulhan :
« Ce qui doit être considéré comme élément essentiel du carac
tère, sont-ce bien les tendances elles-mêmes, au sens propre du
mot, au sens que lui donne M. Paulhan? Un homme a la passion du
pouvoir, un autre la passion du jeu, un autre du beau, — je choisis
à dessein des tendances très diverses par leurs fins; — je ne dis
pas, sans doute, que peu importe et qu'il n'y a pas à tenir compte
de cette différence dans l'appréciation de leur caractère ; — mais
quelque chose me paraît plus fondamental que le sens dans lequel
se dirige leur passion, et c'est à savoir que l'un et l'autre sont des
passionnés. De même, qu'un individu applique son intelligence à la
géométrie ou à la chimie, ou à la philosophie, je ne dis pas que
cela n'entraîne pas quelques diversités d'esprit, mais en ce qui con
cerne le caractère, je pense que l'essentiel est que l'un et l'autre
sont des intellectuels. »
Quoiqu'il en soit de cette objection sur laquelle nous reviendrons
dans notre conclusion, donnons maintenant la classification de
Paulhan. D'après le résumé de Malapert, qui est très substantiel, et
dont nous nous servons -constamment pour guide, Paulhan, prenant
en considération le caractère général des relations des tendances
dans un individu et la manière d'être ou qualité de ces tendances,
arrive à distinguer :
« A, des types produits par la prédominance d'une forme de l'acti
vité mentale (1° types provenant des formes diverses de l'association
psychologique; 2° types des différentes qualités des ten
dances et de l'esprit); B, des types formés par la prédominance ou
le défaut d'une tendance.
« Quand on étudie les types résultant des formes de l'association
psychologique, on distingue les divers points de vue suivants : a,
1. Op. cit., introd., p. 7-12.
l'année psycbologique. x. 32 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 498
types produits par la prédominance de l'association systématique;
6, types par la de l'inhibition systématique ;
c, produits par la de l'association par con
traste; d, types produits par la prédominance de par
contiguïté et ressemblance ; e, types produits par l'activité indépen
dante des éléments de l'esprit.
« Quand on étudie les types résultant des différentes qualités des
tendances, on distingue les types caractérisés par les différences
dans : a, ^ampleur et la richesse des tendances; b, la pureté des
éléments psychiques; c, la force des d, leur persistance;
e, leur souplesse; f, la sensibilité des éléments psychiques.
« Quand enfin on étudie les types provenant de la prédominance
des tendances elles-mêmes, on peut compter : a, les types déter
minés par les tendances vitales; b, les types déterminés par les ten
dances sociales; c, les types déterminés par les tendances supra-
sociales. »
Dans ces vastes cadres Paulhan a logé un grand nombre de
variétés de caractères, plus de 70. Malapert en donne un aperçu
dans le tableau ci-contre :
La classification de Ribot a un tout autre point de départ. D'après
cet auteur, l'essence du caractère est exclusivement dans la sensi
bilité, l'instinct, la tendance, l'appétit — et non dans l'intelligence.
C'est une conception très systématique, très précise. Ribot admet
deux grands genres, celui des sensitifs, et celui des actifs, auxquels
il faut en ajouter un troisième, celui des apathiques, caractérisés
par l'atonie, par l'abaissement du sentir et de l'agir.
Voici, nous dit Malapert, les traits principaux de chacun de ces
genres, tels qu'on les peut décrire sans sortir des généralités.
« Les sensitifs (affectifs, émotionnels) : impressionnables à
l'excès, vivant surtout intérieurement, en général pessimistes,
inquiets, craintifs, timides, méditatifs, contemplatifs.
« Les actifs : tendance naturelle et sans cessé renaissante à l'action ;
vivent surtout extérieurement, optimistes, gais, entreprenants,
hardis, audacieux, téméraires.
« Les apathiques : ne réussissent pas à sentir assez pour agir
assez; inertes, indifférents, paresseux, endormis, insouciants.
« B. — Quand on passe des genres aux espèces, on voit entrer
en scène un nouveau facteur : les dispositions intellectuelles.
« I. — Les sensitifs comprennent trois espèces principales (en
allant du simple au complexe, en s'éloignant du type pur pour se
rapprocher des types mixtes) :
1° Les humbles : sensibilité excessive, intelligence bornée ou
médiocre, énergie nulle; leur note dominante c'est la timidité, la
crainte, l'inquiétude perpétuelle : ils craignent pour eux, pour leur,
famille, pour le présent et pour l'avenir, pour leur salut dans
l'autre vie.
2° Les contemplatifs : sensibilité très vive, intelligence aiguisée et
pénétrante, activité nulle. — Cette espèce comporte des variétés
assez nombreuses : — a, les indécis, comme Hamlet, « qui sentent •
'
PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE ET CARACTÈRES 499
/ l, Prédominance de l'association Les équilibrés.
systématique. unifiés. de l'inhibition Les maîtres d'eux-mêmes. £ 2 S 3- réfléchis.
Les inquiets. Prédominance de l'association nerveux. par contraste. Les contrariants. de par contiguïté ou par re
ssemblance. ..
Les impulsifs. composés.
Les incohérents, les émiet- Activité indépendante des él tés. éments de l'esprit. Les suggestibles, les fai
bles, les distraits, les
étourdis, les légers, etc.
Dépendant de l'ampleur des Largeur de caractère.
tendances. Etroitesse, les mesquins. de la pureté des Les purs, les tranquilles.
éléments psychiques. troublés.
Les émotifs, lespassionnés.
3. Dépendant de la force des tenentreprenants, les au
dances. dacieux.
Les types opposés.
Les volontaires, les obsti4. Dépendant de la persistance nés, les constants. des tendances. Les faibles, les changeants.
5.de la souplesse des Les souples, les doux. rudes, les raides. tendances.
Les vifs, les impressionnab6. Dépendant de la sensibilité les. des tendances. Les froids, les mous.
1. Tendances se rappor- pp Les g, gloutons, les sobres.
tantàlavieorganique.^ sexuels, les froids.
a. Types déter Sensationsvisuelles.
minés par — auditives. 2. Tendances! Ies et mo < les tendan ~~ etc. gustatives, ces vitales., tant se rappor-] a la<T trices. . . „ ( . ,
vie men-jLes intellectuels.
i.ip f J-jcS et IICCL1IS»
[La virtuosité psychique dilettante,
\ sentimental.
Égoïstes et altruistes. 1. Tendances se rappor Amour, amitié, affection tant à des individus. de famille.
2. se rapportant à des collectivités, pa
triotisme, philanthropie.
Les mondains. b. Types déterprofessionnels. minés par Les avares, les économes, les tendan les généreux, les prodices socia 3. Tendances impersonn gues. les. elles. Les vaniteux, les orgueil
leux, les humbles.
Les autoritaires, les amb
itieux, les soumis.
4. Tendances synthéti- ( Les heureux, lesjouisseurs.
ques. y Lespessimistes, les ascètes.
( Amour de l'ordre, de la règle, du
<. progrèsdu bien, les formalistes. supra-sociales. ( Amour de Dieu : les mystiques. 500 ^Wftl YSEC DBfnÖGRAPHIQUES
beaucoup, pensent beaucoup et ne peuvent passer à l'action; — b,
certains mystiques, purs adeptes de la vie intérieure, plongés dans
la vision béatifique (yoghis de l'Inde, soufîs persans, moines); — c,
les analystes, au sens purement subjectif, ceux qui notent heure par
heure tous les changements de leur vie intérieure (Maine de Biran,
Alfïéri, etc.).
3° Les émotionnels (au sens restreint) : « à l'impressionnabilité
-extrême et à la subtilité intellectuelle des contemplatifs s'ajoute
l'activité. Mais leur activité a sa marque propre; elle est intermit
tente et parfois spasmodique, parce qu'elle découle d'une émotion
intense, non d'un fond stable d'énergie » : alternative d'énergie
impétueuse et d'affaissements brusques.
«IL — Les actifs se subdivisent en deux espèces, selon que
l'intelligence est médiocre ou puissante.
« 1° Les actifs médiocres, machines solides, ayant besoin de se
dépenser en allées et venues, d'agir pour agir : sportsmen, voyageurs
qui courent le monde à toute vapeur, batailleurs sans malice, etc.
«2° Les grands actifs, qui à un fond robuste d'énergie physique
joignent une intelligence puissante, souple, raffinée, sans scru
pules; c'est César Borgia, J. César, les Conquistadores du xvie siècle.
« III. — Les apathiques comportent eux aussi deux espèces, et là
surtout se manifeste lïufluence de l'intelligence.
« 1° Les apathiques purs : peu de sensibilité, peu d'activité, peu
d'intelligence.
2° Les calculateurs : intelligence pratique très développée; la spon
tanéité manque, la volonté est une alternative d'effort et d'inhibi
tion : Francklin en est un bel exemple.
« C. — Quand on passe à la détermination du troisième degré,
c'est-à-dire des espèces aux variétés, des caractères relativement
simples aux caractères composés, au lieu d'une seule marque domi
nante, on en voit deux, juxtaposées et coexistantes, tantôt harmon
iques, tantôt contraires. M. Ribot proteste avec juste raison contre
ceux qui, traitant le sujet en purs logiciens, rejettent les formes
mixtes. « II s'agit d'observer, non de raisonner ». Or l'observation
nous montre des formes mixtes. Voici les groupes proposés :
1° Les sensitifs-actifs, chez qui une sensibilité vive, sans hyperes-
thésie morbide, se concilie avec un tempérament actif, énergique :
à, à' son plus bas degré, cette variété comprend les gens qui, sans
grande portée intellectuelle, mènent la vie de plaisir; b, plus haut,
les martyrs et les héros fougueux, qui ont besoin d'agir, de se
dévouer, de se sacrifier pour leur patrie ou leur foi (Sainte-Thérèse,
Luther, Saint Vincent de Paul, Alexandre, Napoléon, Danton, Byron,
Michel-Ange).
« 2° Les apathiques- actifs se rapprochent des calculateurs, avec
« addition d'une certaine quantité de sentiments ou de passions qui
leur permet d'agir, plutôt sous la forme défensive que sous la
forme offensive»; tempérament moral, mais d'une moralité froide,
martyrs et héros passifs : stoïciens, fanatiques à froid, jansénistes, etc.
« 3° Les apathiques-sensitifs, synthèse contradictoire, variété moins

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