Pathologie. Binet et Simon, Dromard, Janet, Jones, Kent, Koeppen, Regnault - compte-rendu ; n°1 ; vol.17, pg 475-490

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L'année psychologique - Année 1910 - Volume 17 - Numéro 1 - Pages 475-490
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1910
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XV. Pathologie. Binet et Simon, Dromard, Janet, Jones, Kent,
Koeppen, Regnault
In: L'année psychologique. 1910 vol. 17. pp. 475-490.
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XV. Pathologie. Binet et Simon, Dromard, Janet, Jones, Kent, Koeppen, Regnault. In: L'année psychologique. 1910 vol. 17. pp.
475-490.
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comme objet de témoignage. Il a employé celles-là mêmes dont
Stern (Beiträge zur Psychol. der Aussage, I), puis Rosa Oppenheim
(Idem, II) s'étaient servis dans leurs recherches sur les enfants. Il
les montrait à son auditoire à l'aide d'un appareil à projections.
Les sujets, après avoir examiné l'image pendant une minute,
décrivaient ce qu'ils avaient vu et répondaient ensuite par écrit à
une liste de questions préparées d'avance. L'épreuve achevée, ils
regardaient à nouveau l'image et pouvaient ainsi se rendre compte
des erreurs qu'ils avaient commises. Les expériences ont été répétées
à trois reprises, à une semaine d'intervalle, avec trois images diffé
rentes. Une centaine de personnes (ouvriers, infirmiers, étudiants des
deux sexes) y ont pris part chaque fois. — La méthode est exacte
ment celle que Stern a établie. Il est inutile de la rappeler et il suf
fira de signaler ici les résultats principaux que l'auteur a obtenus.
I. Dans les conditions de l'expérience, c'est-à-dire lorsque l'atten
tion est tendue au maximum et que le sujet n'ignore point qu'il
devra décrire ce qu'il a vu, — les personnes cultivées mentionnent
de deux à trois fois plus de détails que les personnes incultes.
L'étendue du témoignage est plus considérable, la fidélité est supér
ieure, la résistance à la suggestion plus développée chez les pre
mières que chez les secondes. IL Les différences entre les sexes sont
peu marquées. L'homme toutefois cède moins aisément que la
femme aux suggestions. III. La fidélité augmente au cours des
épreuves successives. Il en est de même de la résistance à la sug
gestion. Celle-ci mesure les valeurs suivantes : 75,6 p. 100 dans la
première épreuve, 78,5 p. 100 dans la seconde, 84 p. 100 dans la
dernière. IV. A la différence de Stern, d'Oppenheim, et de quelques
autres, Breukink a recueilli, dans ses interrogatoires, plus de
réponses indéterminées (« je ne sais pas ») que de réponses
inexactes. L'auteur attribue cette particularité au fait que ses
sujets répondaient aux questions par écrit et non pas oralement, et
qu'ils se trouvaient par conséquent soustraits, dans une certaine
mesure, à l'influence directe de l'expérimentateur. Ce résultat est
intéressant et il mériterait d'être contrôlé. V. Les durées de
1 minute sont fortement surestimées; les durées voisines de
12 minutes estimées correctement; les durées comprises entre
12 et 35 minutes sont légèrement sousestimées. Les longueurs
mesurant 2 à 3 mètres sont sousestimées; les
comprises entre 3 et 20 mètres sont légèrement surestimées; les
longueurs considérables (137 mètres) sont sousestimées.
J. L. des B.
XIV. -
ALFRED BINET et TH. SIMON. — Sur la nécessité d'une méthode
applicable au diagnostic des arriérés militaires. — Annales
médico-psychologiques, janvier- février 1910.
Le Dr Simonin, professeur de médecine légale au Val-de-Grâce, V "TC
476 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
a fait au dernier Congrès des médecins aliénistes et neurologistes
de langue française une communication intitulée : Essai des tests
psychiques scolaires pour apprécier l'aptitude intellectuelle au service
militaire. Cette communication a été reproduite dans le n° 16 de la
Revue neurologique du 30 août 1909. Elle reproduit simplement,
sous une signature autre que la nôtre, des expériences que nous
avions faites au Val-de-Grâce il y a un peu plus d'un an.
L'origine de ces recherches avait été la suivante : l'un de nous
avait appris qu'en Allemagne des examens d'aptitude intellectuelle
avaient été entrepris sur des recrues, par le professeur Max Schultze
notamment. Comme nous venions d'aboutir, de manière tout à fait
indépendante, à des méthodes utilisables, et actuellement utilisées,
pour le recrutement des arriérés scolaires, nous avions eu l'idée de
voir ce qu'elles pourraient donner dans ce nouveau domaine, et
nous avions demandé au ministère de la Guerre l'autorisation de
faire dans un régiment quelques expériences d'essai. Consulté sur
l'opportunité de celles-ci, le Dr Simonin demandait que des expé
riences fussent faites d'abord au Val-de-Grâce, et il se prêta lui-
même avec beaucoup de bonne grâce et d'empressement au choix
de sujets parmi les convalescents de son service d'hôpital.
Ce sont ces tâtonnements préliminaires, auxquels il a simpl
ement assisté, que le Dr Simonin rapporte dans sa communication;
il y ajoute seulement quelques erreurs et témérités d'interprétation,
qui s'expliquent par l'ignorance où il est de nos vues, et qu'il
se serait épargnées s'il nous avait consultés. Puisque le Dr Simonin
en tire des conclusions sur la méthode en général, nous croyons
devoir exposer nous-mêmes nos idées à ce sujet et le faisons ici
pour la première fois. Avant de nous juger il faut au moins savoir
ce que nous avons à dire.
Voici, en effet, la méthode que nous voulions suivre et les indica
tions précises pour que ces recherches saient continuées dans le
cas où l'administration supérieure, dont nous attendons la solution,
donnerait un avis favorable. Rappelons brièvement les données du
problème : tous les ans un certain nombre de jeunes soldats sont
réformés pour insuffisance intellectuelle; ils le sont après incorpo
ration et un temps plus ou moins long passé au corps. Nous propo
sions de tenter de faire cette élimination dès l'entrée au régiment.
Le nombre des soldats arriérés n'est évidemment pas considérable :
il est probablement exagéré d'écrire qu'il y a un arriéré sur
100 conscrits. C'est dans cette masse qu'il fallait dépister l'arriéré
avant que rien le signale. On voit par là l'intérêt considérable du
problème. La difficulté s'augmente enfin de la nécessité d'un
examen rapide et de la possibilité de simulation.
Nous avons publié il y a deux ans * la série de tests qui nous
permettent d'apprécier avec précision le développement intellectuel
d'un sujet. Jusqu'à quel point cette série était-elle applicable ici?
1. Voir. Année psychologique, XIV, 1908, Paris, Masson. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 477
N'importe quel procédé doit subir des adaptations selon le but
qu'on se propose. Un premier examen s'imposait : celui de sujets
qui, après expérience, n'ont pu s'adapter au service militaire. Il
faut, en effet, reconnaître d'abord si nos méthodes les atteignent,
et si leurs résultats sont conformes aux résultats de l'expérience
par la vie de la caserne. C'est donc pour nos tests eux-mêmes une
première mise à l'épreuve indispensable.
Nous devions en second lieu rechercher dans quel niveau nous
aurions à maintenir notre examen ; le niveau intellectuel suffisant
pour être soldat n'est peut-être pas très élevé. Nous ne vojons
guère par suite comment M. Simonin a pu apprécier le temps qui
serait nécessaire à l'examen de chaque sujet, car nous n'avons
nullement fait devant lui d'examens ainsi codifiés après revision du
procédé; nous n'avons pratiqué en sa présence que des essais
préliminaires destinés précisément à nous montrer quelles épreuves
étaient à conserver pour le but précis actuel, quelles au contraire
à laisser tomber.
Un troisième point était à examiner, c'était le procédé à suivre
pour éliminer rapidement tous les normaux qui forment l'immense
majorité du contingent, et découvrir parmi eux les quelques rares
arriérés sur lesquels rien n'appelle l'attention. Va-t-on pour en
dépister 2 ou 3 en examiner à fond 500 par nos procédés psycho
logiques? Le supposer serait naïvement ridicule. A notre avis, une
première élimination s'impose d'emblée : celle des étudiants en
médecine, celle des bacheliers, celle de certains ouvriers dont le
métier suffit à attester le niveau intellectuel, etc. En second lieu des
épreuves collectives sont possibles. N'est-il pas procédé déjà k
l'entrée au régiment à une dictée? Rien n'empêche d'utiliser ce
premier examen, en le régularisant. Nous pensons qu'après ces
éliminations le reliquat de cas douteux à étudier serait à peine de
4 à 5 soldats pour 100.
Nous ne croyons pas enfin que la simulation puisse être un
obstacle et nous indiquerons pourquoi en deux mots : c'est qu'il
existe dans nos épreuves une hiérarchie qui n'est pas presumable.
Telles d'entre elles qui paraîtraient difficiles sont pourtant réa
lisées par un imbécile aussi aisément que par un normal. Un
simulateur y serait infailliblement pris.
Voilà donc quels points devaient solliciter notre attention pour
un ajustement de nos méthodes au dépistage des arriérés militaires.
Il est bien évident que tant que ces expériences n'auront pas été
faites la méthode ne peut pas être jugée. Il faut savoir attendre.
Nous terminerons en rappelant une objection qui nous a été
faite par quelques médecins militaires. A quoi bon, nous a-t-on dit,
l'examen que nous demandons? L'innovation que proposons
n'est-elle pas inutile?
Voici un déficient incorporé dans l'armée; ne va-t-on pas, dit
M. le Dr Simonin, se rendre compte à pied d'oeuvre de son incapac
ité? Nos capitaines sont attentifs. Au bout de quelques semaines, —^F-^n
478 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
quelques mois, on proposera cet imbécile pour la réforme et il sera
soumis alors à une observation médicale. Autre moyen enfin
d'éviter ces inconvénients : les maires ont la précaution de men
tionner que la rumeur publique indique tel ou tel comme faible
d'esprit; les conseils de revision sont dûment avertis de ces faits,
et ils en tiennent le plus grand compte.
Ces objections nous paraissent singulières; elles nous montrent
qu'actuellement, en effet, on arrive à dépister les arriérés militaires,
mais seulement par des procédés empiriques qui constituent un
regrettable pis-aller.
L'essai de la vie de caserne est une épreuve longue et pénible :
c'est au détriment des autres qu'un sergent s'occupera d'un seul ;
l'imbécile sera pendant ce temps plus ou moins la victime de ses
camarades de chambrée ; avant que son insuffisance intellectuelle
soit reconnue, on lui donnera tels ordres, on lui confiera telle
besogne dont le non-accomplissement ne sera pas rapporté à sa
véritable cause; ce sont précisément ces épreuves que nous vou
lions éviter aux conscrits et à l'armée. Un maire peut obéir, d'autre
part, à des influences de relations, à des raisons sentimentales ou
politiques, et grossir, même inconsciemment, une débilité, et le
sujet à la revision fera la bête.
En somme, actuellement, tout se passe comme si le médecin
militaire n'avait aucun moyen de contrôle pour constater un état
d'arriération intellectuelle chez un conscrit; et les objections qu'on
nous fait concordent à dire qu'à la rigueur on peut se passer de ce
contrôle. Prenons un exemple. On raisonne pour l'arriération à
peu près comme on raisonnerait pour la tuberculose, si on disait
qu'un médecin militaire n'a pas besoin de connaître les procédés
cliniques pour dépister cette dangereuse maladie. A quoi bon,
pourrait-on soutenir en effet, à quoi bon ausculter les jeunes
soldats? Les maires ne pourraient-ils indiquer que tel sujet tousse
depuis longtemps, que les hivers ne se passent pas sans qu'il ne
doive s'aliter? Et pour les autres ne suifira-t-il pas d'attendre? Si
les marches en fatiguent quelques-uns, si d'aucuns crachent le
sang..., une expérience prolongée de présence au corps indiquera
la nécessité de la réforme. Voilà, en effet, exactement tout ce que
certaines personnes nous proposent pour dépister les arriérés.
Nous persistons à leur répondre qu'il est nécessaire de mettre
entre les mains des médecins militaires des procédés de contrôle
plus efficaces.
M. Roubinovitch. — Messieurs, comme la plupart de mes co
llègues aliénistes de France, j'ai eu le vif plaisir d'entendre, au
Congrès de Nantes, la communication de M. le Dr J. Simonin, pro
fesseur de médecine légale à l'École du Val-de-Grâce, sur un
« Essai des tests psychiques scolaires pour apprécier l 'aptitude intellec
tuelle au service militaire », et je regrette vivement que MM. Simon
et Binet n'aient pas jugé intéressant pour eux de venir prendre
part à la discussion du travail de notre eminent confrère militaire. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 479
Ils auraient pu se rendre compte, par les yeux et par les oreilles,
combien les considérations très judicieuses de M. Simonin ont
trouvé l'approbation de la totalité des psychiatres présents au
Congrès. Aujourd'hui, la communication de MM. Simon et Binet
tend à faire croire que M. Simonin aurait déclaré l'inutilité de toute
méthode pour le diagnostic des arriérés militaires. J'ai encore
présente à l'esprit l'opinion exprimée par M. Simonin, d'autant
plus que je l'ai trouvée conforme à l'idée que je me suis faite moi-
même sut ce problème du diagnostic des arriérés. Or, ce qui est
contestable en cette matière ce n'est pas du tout la nécessité d'une
méthode générale dont l'application permettrait de dépister avec
sûreté l'arriération mentale des jeunes recrues. Tous les médecins
qui ont suivi les travaux du Congrès de Nantes, y compris
M. Simonin, sont convaincus de cette nécessité. Ce que M. Simonin
a démontré dans son travail, c'est l'insuffisance de la méthode des
tests psychiques scolaires proposés par MM. Simon et Binet. Et en cela
je suis entièrement d'accord avec le Dr Simonin. Une expérience
déjà longue concernant les enfants atteints d'anomalies psychiques
diverses m'a permis de reconnaître que les tests psychiques seuls,
de quelque origine qu'ils soient, anglaise, allemande, belge ou
française, ne peuvent conduire à un diagnostic certain de l'arriéra
tion mentale. Ils peuvent au contraire conduire, comme l'a dit
M. Simonin en ce qui concerne les conscrits, et comme je le pense
au sujet des enfants, à de véritables erreurs de diagnostic. Entre
autres causes d'erreur, il y a l'émotivité des sujets qui soumis tout
à coup, dans un milieu nouveau pour eux, à un interrogatoire,
sont plus ou moins troublés et répondent de travers. Et la con
clusion de M. Simonin, à laquelle je me rallie entièrement, est que
pour déterminer la valeur intellectuelle et morale des recrues, il
faut recourir non seulement à des tests psychiques appropriés à
chaque individu, mais encore et surtout à une étude approfondie
de toutes les conditions biologiques des sujets soumis à l'examen
phrénométrique. Il s'agit, en réalité, d'une véritable expertise
médico-psychique qui nécessite une recherche souvent longue des
antécédents héréditaires et personnels, ainsi qu'un examen soma-
tique, psychique et pédagogique approfondi et prolongé. Certes,
la méthode générale qui nous paraît utile pour apprécier l'état
mental des enfants et des jeunes gens n'est pas aussi rapide
que celle, trop simpliste, préconisée par MM. Simon et Binet;
mais elle a l'avantage d'être plus complète, plus conforme à la
réalité des faits, plus capable aussi d'établir, comme l'a dit
M. Simonin au Congrès de Nantes, un verdict médical sérieux et
inattaquable.
M. Simon. — Je répondrai à M. Roubinovitch : « C'est d'après des
expériences nombreuses et personnelles, s'écrie-t-il, que M. Simonin
a conclu contre vos méthodes. Le Dr Simonin ne s'élève pas contre
un examen à l'entrée au régiment, mais il a reconnu que vos
méthodes sont insuffisantes. Moi-même, qui les ai fréquemment 480 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
essayées chez des enfants, j'ai rencontré bien souvent des obstacles
à leur mise en œuvre. » Je voudrais demander d'abord à M. Roubi-
novitch si le compte rendu de la Revue neurologique est conforme à
la communication de M. le Dr Simonin?...
L'insuffisance de la méthode est enjeu; nous y viendrons. Il y a
plusieurs points. En voici un premier : les communications du
Congrès ne sont pas encore publiées; nous n'en avons connaissance
que par les journaux; si le texte de la Revue neurologique est exact,
— et nous avons toutes raisons d'après sa rédaction de penser
qu'il reproduit in extenso la communication du Dr Simonin, —
nous affirmons que les expériences rapportées par M. Simonin
ne sont autres que des faites par nous en sa pré
sence, auxquelles il a assisté comme témoin, sans y prendre d'autre
part.
Or, c'est sur ces expériences seules, — qui ont porté sur
11 sujets, et qui n'étaient destinées qu'à préparer la méthode elle-
même, — qu'il base ses appréciations de l'examen que nous vou
lions proposer.
Nous nous étonnons du procédé. Et nous sommes plus surpris
encore que le Dr Simonin ait pu par là juger une méthode sur
laquelle nous ne donnons de renseignements qu'aujourd'hui!
Il va de soi, d'autre part, que nous n'avons jamais prétendu que
notre procédé pût remplacer un examen médical complet. Mais il
ne s'agit pas de cela. Ce que nous voulons, c'est simplement être à
même de signaler les sujets sur lesquels il conviendrait que l'atten
tion fût attirée dès leur entrée au régiment. 11 serait absurde de
notre part de penser pouvoir faire en cinq minutes aussi bien
qu'avec une observation étendue. Mais les enquêtes sur les antécé
dents héréditaires, les antécédents personnels, le relevé des
1' « biologique »... tout cela est long. Un stigmates,
examen direct d'après nos méthodes permettrait de limiter ces
enquêtes aux sujets qu'il signalerait comme déficients; il dispen
serait d'y soumettre indistinctement tous les conscrits.
Deux mots encore : en ce qui concerne les effets de l'émoti-
vité, etc., nous avons été les premiers à les signaler; ils ne sont
d'ailleurs pas inhérents au procédé. — Enfin, M. Roubinovitch a
cité comme source de nos tests notre livre sur Les enfants
anormaux. Ils n'existent complets que dans un article sur le
développement de l'intelligence, paru en 1908 dans la 14° Année
psychologique.
XV. — Pathologie.
G. DROMARD. — L'interprétation délirante. — Journal de Psychol
ogie, juillet 1910, p. 332-366.
Essai d'analyse psychologique des interprétations délirantes; elles
ne s'expliquent pas par des lois logiques, mais par des associations, ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 481
des fusions d'images et de sentiments; les valeurs affectives fixent
l'interprétation choisie. Dans nos études sur la folie systématisée
nous avons présenté succinctement une analyse analogue.
PIERRE JANET. — Une Felida artificielle. — Revue Philosophique,
avril 1910, p. 329-357, et mai 1910, p. 483-529.
C'est l'histoire extrêmement intéressante d'une malade hysté
rique, appelée Marceline, qui a été d'abord étudiée par Jules Janet,
et que Pierre Janet a suivie pendant plusieurs années, jusqu'à
l'âge de trente-cinq ans, où elle est morte de tuberculose. Janet a
souvent fait allusion à cette malade dans ses livres ; il a étudié sur
elle, de concert avec Charles Richet, les phénomènes d'inanition;
il a jugé utile de donner en une fois l'observation complète de la
malade; et il a eu raison, cela en valait la peine. Cette Marceline
a été pendant toute sa vie d'hystérique, depuis dix-huit ans jusqu'à
trente-cinq ans, en oscillation entre deux états bien différents au
point de vue psychologique et physiologique ; ce sont deux états,
ou deux personnalités, qui ressemblent beaucoup aux personnal
ités présentées par Felida, la malade bien connue d'Azam. Marcel
ine appartient au même type, seulement c'est une Felida artifil'une* de ses deux personnalités est le résultat de cielle, car
manœuvres imaginées par Janet pour la guérir ; et si elle avait été
livrée à elle-même, peut-être n'aurait-elle présenté qu'un seul état,
l'état déprimé. Dans cet état, elle était extrêmement triste, se
forgeant des idées noires, manquant totalement d'activité, de
volonté, très émotive, présentant de fréquentes contractures, des
rétrécissements du champ visuel, de l'affaiblissement sensoriel ; et
surtout du dégoût pour la nourriture, une difficulté inouïe pour se
nourrir et des vomissements qui l'empêchaient d'assimiler le peu
de nourriture qu'elle avait réussi à avaler. Or, pour la tirer de cet
état misérable, qui compromettait son existence, Jules Janet, puis
son frère Pierre Janet, eurent l'idée de guérir les insensibilités et
paralysies qu'elle présentait; on lui faisait des excitations, du
massage, on attirait son attention sur les sensations qu'on lui
faisait éprouver, et peu à peu on arrivait, après bien des difficultés,
à faire disparaître insensibilité ou paralysie; alors, tout son état
changeait : au lieu d'un état déprimé, il y avait un état alerte;
l'attention, la mémoire étaient meilleures, l'activité plus grande,
l'humeur enjouée, la malade pouvait se nourrir sans vomissements.
Dans les premiers temps, après avoir provoqué cet état alerte, on
avait peur d'y laisser la malade indéfiniment; on le laissait durer
quelques heures ou toute une journée, on en profitait pour la
nourrir, puis on ramenait l'état de dépression, qui paraissait être
l'état normal, puisque c'est dans cette condition qu'on avait trouvé
Marceline avant tout traitement. Puis, peu à peu, on s'aperçut qu'il
n'y avait aucun inconvénient à laisser continuer l'état alerte; car
alors Marceline pouvait s'occuper, travailler, elle entra comme
l'année psychologique, xvii. 31 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 482
ouvrière et ensuite comme inspectrice dans une maison de com
merce (?), et c'est ainsi qu'elle passait la plus grande partie de son
existence. Mais de temps on temps, sous l'influence d'une émotion,
ou de ses règles, ou d'un surmenage, bref d'une cause quelconque
d'affaiblissement, la malade retombait dans son état de Répression;
et, alors, on comprend quel était son désarroi, dans la maison de
commerce où elle travaillait sans que personne se doutât de sa
maladie ; elle avait perdu la mémoire de ce qui s'était passé dans
l'état alerte, ne reconnaissait plus les personnes récentes, était sur
le point de commettre mille bévues; et il fallait alors recourir à
Janet, qui avec plus ou moins de peine effaçait les anesthésies de
son état de dépression et la remettait dans un état alerte. Cette
sorte de résurrection se faisait tantôt tous les mois, tantôt plus
souvent, et on devine l'embarras et l'ennui que le traitement d'une
pareille malade dut procurer à son médecin. La voilà enfin morte,
la malheureuse, et Janet nous retrace sa triste carrière. Les
réflexions qu'il fait à son sujet sont intéressantes. Il remarque
qu'on n'a pas le droit d'appeler état normal de la malade son état
de dépression ; il vaudrait mieux appeler normal son état alerte, où
ses facultés étaient à peu près restaurées. En présence de ces
phénomènes si complexes, il n'a pas de peine à montrer que la
théorie intellectualiste, qui explique toute l'hystérie par de la sug
gestion, c'est-à-dire par une idée, aurait fort à faire; ces malades
sont suggestibles, mais il faudrait une suggestion bien extraordi
naire pour produire et faire vivre en elles, pendant tant d'années,
de tels dédoublements de la personnalité. En ce sens, nous
croyons que Janet a bien raison ; ce qui domine tout, à notre avis,
ce sont les séparations de conscience, ou possibilité de production
d'états différents et indépendants; il est probable que la suggestibi-
lité n'est qu'un effet secondaire. Mais comment expliquer ces
pluralités d'état? Janet suppose qu'il y a, à la base, des états de
misère physiologique, d'épuisement; la dépression de Marceline est
produite par du surmenage, par des émotions, par tout ce qui peut
user ses forces ; et, en effet, toutes les fois que ces causes d'affa
iblissement se produisent, l'état dépressif se produit aussi, avec
tout son cortège de caractères. Janet émet à ce sujet l'idée intéres
sante que chez les circulaires l'alternance des états d'excitation et
de dépression n'est pas due à une périodicité abstraite, mais à des
causes d'épuisement, des excès dont on trouverait la trace si on
étudiait de près l'existence de ces malades. Mais ce n'est là
qu'une hypothèse, et nous ignorons si les aliénistes l'accepteraient.
Janet fait encore remarquer que ce qui sépare Marceline d'une
périodique, d'une maniaque dépressive, c'est la formation de person
nalités multiples, avec mémoires séparées, caractères différents,
distribution différente de la sensibilité, et ainsi de suite. Cela est
juste. Mais il veut encore essayer d'expliquer comment ces person
nalités se forment, comment Marceline déprimée n'a que le sou
venir de ses états de dépression; et il suppose que cela tient en ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 483
définitive à ce que la conscience de ces malades est un champ
rétréci; elle est envahie par certains souvenirs, certaines émotions,
et alors, faute de place, en quelque sorte, souvenirs et émotions
d'un autre ordre sont exclus du champ. C'est ingénieux, mais
vraiment trop vague pour être une explication. Ce que nous ne
comprenons pas, non plus, c'est qu'un état de misère physiolo
gique puisse être remplacé par un état alerte, avec qualités physio
logiques bien meilleures, et pouvant durer plusieurs mois, tout
cela à la suite d'une séance de suggestion, où on a fait du massage
sur un membre ou restauré une sensibilité. On se demande alors si
cet état de misère physiologique était bien réel, a été bien constaté,
pour qu'il puisse disparaître sous des influences aussi minimes, ou
s'il n'y avait pas surtout une dépression mentale. Aussi, malgré
toute notre sérieuse estime pour une si longue et si belle observat
ion, croyons-nous qu'en définitive les aliénistes ont raison de se
méfier de l'hystérie; ce n'est pas avec une maladie aussi mystér
ieuse, aussi fuyante, aussi extraordinaire qu'on peut trouver une
base solide pour l'étude de la psychiatrie.
A la suite de la publication de cet article, il y a eu une polé
mique entre Sollier et Janet. Janet avait insinué que c'est en
assistant aux expériences de Jules Janet sur Marceline que Sollier
avait conçu sa théorie de l'hystérie, d'après laquelle l'hystérie est
un sommeil total ou partiel, dont on tire les malades en réveillant
leurs sensibilités. Sollier a protesté, et déclaré que ses théories
sont fondées uniquement sur ses observations personnelles; Janet
a répliqué en prétendant que la lettre de Sollier contenait en
quelque sorte l'aveu du coupable. J'ai lu et relu la lettre de Sollier
et n'y ai rien trouvé de semblable. Ah! la polémique!...
A BlNET.
E. JONES. — Die Pathologie der Dischirie (La pathologie de la dis-
chirie). — Journal f. Psychol. u. Neurol., XV, 145-184; 1910.
Sous le nom de dischirie, l'auteur désigne l'état du malade qui,
conservant son acuité sensorielle et demeurant capable de localiser
exactement le siège d'une impression, se trompe sur le côté du
corps qui a été excité ou l'ignore tout à fait. La dischirie comp
orte trois degrés : l'achirie, dans laquelle le malade ne se rend pas
compte du côté excité, l'allochirie, dans laquelle il localise l'exci
tation sur le point symétrique du côté opposé, la synchirie, enfin,
dans la quelle il perçoit l'excitation des deux côtés à la fois. — Des
cription minutieuse de deux cas, l'un de dischirie monolatérale,
l'autre de dischirie bilatérale. Pour Jones, la est essentie
llement un phénomène d'ordre amnésique. Considérons l'allochirie
proprement dite. Le malade a « oublié » sa main, son bras, tout un
côté de son corps. Pour tirer parti des impressions qui affectent ce
côté, il les rapporte, il les transfère à l'autre. L'interprétation de
l'auteur est intéressante dans son principe, mais nous ne voyons

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