Pensée et attitudes mentales. La valeur. Opérations intellectuelles. L'invention. - compte-rendu ; n°1 ; vol.35, pg 682-695

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L'année psychologique - Année 1934 - Volume 35 - Numéro 1 - Pages 682-695
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1934
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IX. Pensée et attitudes mentales. La valeur. Opérations
intellectuelles. L'invention.
In: L'année psychologique. 1934 vol. 35. pp. 682-695.
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IX. Pensée et attitudes mentales. La valeur. Opérations intellectuelles. L'invention. In: L'année psychologique. 1934 vol. 35. pp.
682-695.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1934_num_35_1_5341ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES -682
1083. — L. DUGAS. — Réftexïw« sur m. rêve. — J. de Ps., XXXI,
1934, p. 798-800.
Analyse d'un rêve personnel. Les -sensations organiques expliquent
complètement la tonalité affective du rêve- Les images qui se pré
sentent au rêveur sont colorées p«r skm émotion ; elles sont évoquées
par une affinité de nature affective entre des sensations qu'on
croirait disparates. G. -H. L.
1084. — H. ZULLIGER. — Prophétie dreams (Rêves prophétiques).
— I. J. of Psychoan., XV, 2-3, 1934, p. 191-208.
Les rêves qui sont réalisés par les circonstances ne montrent
aucune « tendance prospective » spéciale, aucun pouvoir mystérieux
pour la prédiction de l'avenir, comme le souhaiterait le désir infantile
de l'homme pour la toute-puissance de sa pensée. Ces rêves sont bâtis
sur le même modèle que les autres, relèvent des mêmes mécanismes
•et reconnaissent pour cause les désirs inconscients de la personne,,
c'est-à-dire non l'avenir, mais son passé. Mais ils montrent un plus
grand élément de suggestion, d'auto-suggestion et d'erreurs de
mémoire, dû au désir de faire coïncider le plus parfaitement possible
le rêve avec l'événement. J. F.-W-.
IX. — Pensée et attitudes mentales. La valeur
Opérations intellectuelles. L'invention1
1085. — H. DUNKBR. — Zur Psychologie des produktiven Denkens
(Sur la psychologie de la pensée productive). — 1 vol. in-8° de
135 pages. Springer, Berttn, 1935.
La pensée productive est celle qui résout les problèmes. Pour
l'étudier, D. pose donc à ses sujets des problèmes pratiques ou
mathématiques tels que celui-ci : comment détruire, par l'emploi
de radiations, d'intensité suffisante, une tumeur de l'estomac, sans
léser les parties saines ? La solution consiste à concentrer sur la
tumeur des rayons provenant de directions différentes ; il s'agit ici
de l'invention d'un moyen pour une fin déterminée. Ailleurs, la
question prend cette forme : comment peut-on prouver telle hypo
thèse ? Par exemple, pourquoi des nombres de 6 chiffres du type
276.276 sont-ils divisibles par 13 ? — Les sujets sont invités à penser
tout haut : cette méthode, distincte de l'observation intérieure pro
prement dite, ne détourne pas leur attention du problème posé et
permet de suivre les phases de travail. On peut étudier les dif
férents types de solution, les classer, suivre leur filiation. L'invention
est une sorte de processus dialectique dans lequel la forme finale
d'une solution est atteinte par des phases dont chacune est solution
par rapport aux précédentes et problème par rapport aux suivantes.
Il y a dans l'invention des suggestions venant des objets eux-mêmes
et de leurs particularités ; mais la suggestion est d'autant mieux
assimilée qu'elle était plus anticipée. De même il y a une découverte
-de la solution par correction des erreurs primitives ; mais il ne s'agit
jamais d'un pur processus de tâtonnements aveugles.
D. rejette les théories associationnistes de l'invention ; il ne se
1. Voir aussi les N°s 368 et 394. PENSÉE ET ATTITUDES MENTALES. LA VALEUR 683
satisfait même pas de la théorie de Selz, qui n'explique que la repro
duction, par la situation présente, d'une qualité déjà expérimentée
dans l'objet. Cet effet de résonance rend compte de bien des solutions,
il ne les explique pas toutes. Il y a dans la plupart des inventions
une analyse partant à la fois de la situation et de la question posée
et qui tend à produire en pensée, une variation d'un moment critique
de la situation. Le succès dépend en grande partie de la possibilité
de cette variation, c'est-à-dire de la mobilité, de la disponibilité
des éléments ou aspects de la situation, qui permet un changement
décisif de sa structure.
Dans la deuxième partie de son travail, D. est conduit à poser le
problème de l'évidence logique et à prendre position par rapport
aux théories classiques de la connaissance. Il distingue des liaisons
complètement ou partiellement intelligibles. Les premières sont ana
lytiques ou synthétiques. L'évidence synthétique est la seule qui
nous intéresse ici, puisque seule elle est productive de vérités nouv
elles. Elle est possible par le fait que tous les aspects d'un objet
de pensée ne sont pas nécessaires à sa construction, de même que
tous les aspects d'un objet visible ne sont pas nécessaires pour donner
une idée claire de sa structure géométrique. Une figure reste iden
tique dans 2 systèmes de référence différents, bien que son aspect
ait changé de l'un à l'autre : cette identité explique qu'on puisse
lire l'un des aspects dans l'autre, bien que le passage de l'un à l'autre
puisse constituer une difficulté psychologique : il s'agit ici d'une
réorganisation, d'un remaniement structural semblable à ceux que
la Gestalttheorie a étudiés dans la perception des objets.
Les relations empiriques sont souvent en elles-mêmes inintelli
gibles, en ce sens que, comme l'a montré Hume, on ne peut plus lire
l'effet b dans la cause a. Cependant, elles peuvent offrir une intelli
gibilité partielle, parce que certains aspects généraux de la causalité
ont un caractère de simplicité et de prégnance (coïncidence spatiale
■et temporelle de l'effet et de la cause et parfois ressemblance de
•structure). D'ailleurs l'expérience joue un rôle dans la formation
•d'une quantité de notions, mais il faut l'entendre d'une façon beau
coup plus large que dans les théories courantes. Des relations partie
llement intelligibles s'apprennent par une seule expérience et sont
immédiatement généralisées.
Ces principes généraux d'explication étant posés, l'auteur pousse
plus loin son analyse psychologique des difficultés dans l'invention
•des solutions. Les derniers chapitres, impossibles à résumer ici,
•contiennent des expériences très intéressantes sur toute une série de
problèmes d'ordre pratique ou mathématique. En faisant varier les
conditions expérimentales, les objets, les prescriptions, on peut
analyser de plus près cette notion capitale de disponibilité (ou inver
sement de liaison fonctionnelle d'un élément dans le tout) qui rend
possible ou impossible, facile ou difficile le changement d'aspect
nécessaire à la solution. Cette analyse conduit à des conclusions
importantes pour la psychologie des aptitudes individuelles et notam
ment des aptitudes mathématiques, sur la nature et les limites du
xôie de l'intention. La théorie de la Forme prouve dans ce domaine
«comme dans les autres la fécondité de ses principes. P. G. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 684
1086. — G. REVAULT D'ALLONNES. — Remarques sur l'inte
lligence. — J. de Ps., XXXI, 1934, p. 27-87.
Pour comprendre le mécanisme de l'intelligence, il faut substituer
à la notion d'association celle de schématisation. Tandis que l'asso
ciation est une liaison fictive entre termes fixes, simplement juxta
posés et égaux, la schématisation est l'agglutination de termes"
plastiques hiérarchisés, l'incorporation en une aperception unique,
1' « effet », d'une ou plusieurs composantes à une dominante. Tantôt
les composantes appartiennent au même domaine sensoriel que la
dominante, tantôt et le plus souvent, à un différent.
A la base de tous les effets sont ceux de temps, de rythme, de mouve
ment, et les effets cognitifs-affectifs de surprise, doute, ressemblance,,
différence, ordre, rapport. Les illusions normales sont des effets
qui se distinguent des aperceptions normales en ce qu'ils ne résistent
pas à un supplément d'enquête. Les illusions pathologiques, hallu
cinations, aperceptions délirantes, obéissent aux mêmes lois que
les effets normaux dont elles ne diffèrent que par l'appoint patholo
gique : démence, confusion, agitation, angoisse, etc. Le mécanisme
de tous les effets, normaux et pathologiques, consiste dans la sché
matisation, négligence des particularités gênantes ou inutiles et au
contraire renforcement, mise en valeur des particularités intéres
santes. Cette schématisation est une fonction physio-psychique fo
ndamentale qui subsiste sous les apports sociaux ultérieurs, à caractère;
symbolique. Elle est à la base non seulement de toute connaissance^
sensible ou rationnelle, mais même de toute opération psychique,,
soit qu'elle prépare l'action, soit qu'elle saisisse le donné, soit qu'elle
modifie l'affectivité, soit qu'elle combine des pensées.
Cette conception est successivement appliquée, avec une profusion
d'exemples impressionnante, aux effets aperceptifs sensoriels, au.
nombre, au rythme, aux concepts verbalisés ou non verbalisés, aux
pensées non conceptuelles, aux jugements conceptuels et non concept
uels. La pédagogie est l'éducation de la schématisation. La connais
sance de la schématisation chez l'homme normal fournit des appli
cations à la pathologie mentale et à la psychiatrie, la psychopathies
consistant d'une part dans l'altération ou la perte d'effets schémat
iques normaux, d'autre part dans la production anormaux. G. -H. L.
1087. — E. PICH ON. — La logique vivante de l'esprit enseignée
par le langage. — J. de Ps., XXXI, 1934, p. 680-696.
Il est impossible de résumer :ce travail, qui condense déjà en
15 pages un gros ouvrage, fruit de 23 années d'études. Nous n'en
pouvons signaler que l'idée directrice, appuyée d'exemples part
iculièrement typiques. L'étude du langage est un des domaines les
plus instructifs pour la psychologie. Comme nous pensons spontané
ment en phrases, la structure d'une langue manifeste la psychologie
de l'intelligence. La langue française (et quantité d'autres) n'est
nullement substantialiste ; la substance n'est pas pour la pensée
une entrave, mais un instrument ; la même matière pensable peut
être coulée dans la pensée-langage sous des formes tics diverses,.. PENSÉE ET ATTITUDES MENTALES. LA VALEUR 685
•ce qui favorise à la fois la plénitude affective de l'expression et
le cheminement intellectuellement utile de la pensée.
Nous sommes tout à fait d'accord sur cette idée centrale avec
P. ; mais n'est-il pas injuste lorsqu'il reproche « aux logiciens » de
l'ignorer ? Si la logique aristotélico-scolastique s'est attachée avec
prédilection aux propositions attributives, qu'il appelle propositions de
« syndèse », la logique actuelle n'ignore pas les propositions exprimant
d'autres sortes de relations et ne s'en désintéresse nullement. D'autre
part, si par ses analyses grammaticales, P. met en lumière les nuances
psychologiques que traduisent les expressions verbales différentes
d'une même pensée, déjà la scolastique avait reconnu et utilisé
l'équivalence de signification de ces avec ses « équipol-
lences » de toutes sortes, pour les propositions attributives équipollence
•entre le point de vue de l'extension et celui de la compréhension,
■entre les diverses expressions de la quantité et de la qualité (opposi
tion, conversion, obversion, contraposition), équipollence entre les
propositions attributives et les autres sortes de propositions, en
particulier les modales, équipollence pour le syllogisme entre la
réduction directe et la réduction à l'absurde et entre les divers modes
imparfaits réductibles à un même mode de la première figure. Ce
faisant, la logique scolastique, en même temps qu'elle reconnaissait
la diversité effective de la pensée-langage, choisissait parmi toutes
•ces formes la plus commode pour le but qu'elle se proposait.
Nous arrivons ainsi au second point sur lequel je ne serais pas
•d'accord avec l'auteur. Je ne saurais identifier, comme il le fait
•expressément, psychologie de l'intelligence et logique. Le chemine
ment de la pensée, son processus effectif, bien qu'il concerne des
opérations intellectuelles ou logiques, relève de la psychologie, non
•de la logique. Celle-ci se désintéresse de la façon dont la pensée a
cheminé en fait pour aboutir à une conclusion ; elle prend en bloc,
iatemporellement, toutes les étapes de ce processus et en examine
la cohérence. Si les analyses grammaticales fournissent des rense
ignements précieux sur la psychologie de la pensée, elles ne nous
apprennent rien par elles-mêmes sur la valeur logique des résultats
de ses opérations. G. -H. L.
1088. — EDWARD L. THORNDIKE. — Primitive forms of Belief
and Knowledge (Les formes primitives de la croyance et de la
connaissance). — Ps. Rev., XLI, 5, 1934, p. 403-411.
C'est par l'expérience suivante que Th. croit avoir touché du doigt
la forme primitive de la croyance et de la connaissance : on demande
au sujet d'associer à son gré un nombre quelconque entre 1 et 10
à chacun des mots dont il entend la lecture. L'expérimentateur
lui apprend si l'association qu'il a faite est bonne ou mauvaise, en
se référant pour cela à la liste de couples mot-nombre établie au
préalable d'une façon tout à fait arbitraire. Or, au premier essai,
■et même au second, le sujet n'a presque jamais la conviction ou la
croyance que sa réponse serait la bonne. Mais au troisième essai,
il trouve, en général, que les réponses qui lui semblent encore « être
devinées par hasard» sont faites beaucoup plus souvent que l'on ne
devrait s'y attendre d'après le jeu de la chance. Cependant, en même 686 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
temps, des connexions qualifiées de justes (ou « récompensées »)
ont été « fortifiées » au delà de leur probabilité primitive et c'est dans,
les essais subséquents tel mot suscite un certain nombre très rapid
ement et d'une manière exclusive. On peut étudier alors « l'expecta-
tion »et la croyance à l'état, pour ainsi dire, naissant.
Dans ces conditions, Th. a constaté qu'en général le souvenir de
l'image du mot associé à la « bonne réponse » n'intervient pas.
L'expectation ou la croyance qu'une certaine réponse serait juste
peut être déterminée, dit-il, par la tendance du stimulus à évoquer
cette réponse sans que nous ayons la représentation de cette réponse
ou de son effet (after-effect).
Une autre observation importante c'est que les « after-affects »
négatifs ne font pas croître l'incertitude du sujet ; ils n'influent
pas du tout sur son attitude. P. K.
1089. — E. GAMISGH. — Zur Psychologie des Vergleichs (Contri
bution à la psychologie de la comparaison). — Z. f. Ps., GXXXI,
1934, p. 81-144.
Ce travail comprend d'abord une longue revue critique des théories
de la comparaison successive de 2 objets ou faits ; l'auteur n'en
distingue pas moins de 8. Il rapporte ensuite des expériences per
sonnelles d'abord sur la comparaison simultanée, puis sur la compar
aison successive.
Les premières ont été faites dans tous les domaines sensoriels
avec une grande variété de modes de présentation (grandeurs visibles,,
continues ou discontinues, grandeurs tactiles, poids, degrés de clar
tés, etc.). Elles sont souvent interrompues par une introspection
inopinée demandée au sujet. Elles mettent surtout en lumière l'i
nfluence de Yattitude préparatoire, du schéma anticipé des objets à
comparer; le sujet se prépare à percevoir quelque chose en plus
dans l'un des 2 objets, il des échelles, des systèmes de réfé
rence. La relation est appréhendée soit comme une différence, dis
tincte des objets eux-mêmes, plus ou moins individualisés, soit comme
une forme, une structure qui ne se sépare pas de son contenu.
C'est encore cette attitude préparatoire qui est soulignée dans
la comparaison successive. Le premier terme est déjà appréhendé
comme membre de la future relation : le second est perçu dans sa
relation avec le premier (même quand l'intervalle de quelques
secondes est rempli par une tâche imposée) ; la perception de la n'est jamais un moment distinct consécutif à la perception
de ce deuxième terme ; le premier terme peut être alors présent dans
la conscience d'une façon concrète ou simplement symbolique.
P. G.
1090. — J. KALTOFEN. — Untersuchungen zur Psychologie der
Beziehungserfassung (Recherches sur la psychologie de la compré
hension des rapports). — A. f. ges. Ps., CXII, 1-2, 1934, p. 193-278.
Déterminer comment on se comporte en face d'un problème inha
bituel et nouveau, quelles sont les méthodes qui guident l'esprit
dans la compréhension des rapports entre 2 conceptions, tel est le
but de cette recherche. PENSÉE ET ATTITUDES MENTALES. LA VALEUR 687
Dans une première partie des expériences, les sujets doivent
adopter une attitude passive qui consiste à attendre qu'un mot
quelconque se présente à leur esprit répondant à un mot inducteur
présenté soit d'une façon visuelle, soit d'une façon auditive.
L'analyse introspective montre que cette manière de trouver une
relation entre les contenus de 2 idées suit les lois d'association, elle
peut jouer aussi un rôle pour compléter des lacunes dans un ensemble
de représentations. La dénomination du rapport jaillit brusquement,,
sans entrelacements des représentations intermédiaires. C'est une
reproduction automatique d'un nom, reproduction identique à celle
qui se produit régulièrement pour les noms des objets de perception.
Cette reproduction est parfois précédée d'une phase « vide ». Elle peut
aussi « s'égrener » plus lentement d'un complexe de représentations
variées. Fait important, signalé déjà par Lindworsky, l'aperception
d'un rapport paraît possible bien avant que les contenus des 2 notions
soient conçus clairement par la conscience.
Une autre partie de l'expérience fait appel à l'attitude mentale
active du sujet. Celui-ci doit chercher spontanément des relations
entre 2 mots, voire 2 images qu'on lui présente, soit de façon simul
tanée, soit successivement.
On remarque 2 sortes de réactions : 1° Réaction analogue en
tout à. celle de l'expérience précédente ; 2° La dénomination du rap
port n'est pas trouvée. A ce moment le sujet devient actif. Il essaie
de concrétiser le mot inducteur, il change sa conception primitive en
rapprochant ce mot des autres représentations liées à lui dans l'expé
rience de la vie quotidienne. Les 2 notions fondamentales ne suffisent
plus. L'acte d'intelligence des relations ne peut pas être reproduit.
Il est à chaque fois nouveau et original. Ce qui est reproduit c'est la
substance même, le contenu du rapport. Si ce contenu est connu et
habituel, on obtient une reproduction automatique du nom du rap
port sans acte de réflexion. Dans le cas contraire, l'attitude réfléchie
met en jeu tout un ensemble de « contenus intermédiaires » qui don
nent à l'idée du rapport une couleur particulière (Komplexton). On
pevit classer ces contenus intermédiaires suivant leur clarté, leur
vivacité. Quant au domaine sensoriel auquel ils appartiennent, ceux
qui occupent la première place sont les contenus visuels, puis viennent
les auditifs, moteurs et enfin ceux d'ordre affectif. On observe l'ab
sence complète de contenus tactiles. L'A. prend la sage précaution
de borner ses conclusions à ces expériences particulières sans pré
tendre à les généraliser. S. K.
1091. — E. MEYERSON. — Les mathématiques et le divers. — R.
phil., CXVII, 1934, p. 321-334.
Le raisonnement mathématique diffère-t-il des autres formes de
raisonnement ? Est-il « spécifique » ? On sait qu'un certain nombre
d'auteurs l'ont dit, soit des mathématiques en général, soit, tout au
moins, de l'arithmétique. Contrairement aux autres formes de ra
isonnement, la pensée mathématique serait « pure », elle ne devrait
rien à l'expérience. La spontanéité, le sentiment d'inventer librement,
l'absence d'expériences réelles, seraient les preuves, parmi d'autres,
de ce caractère apriorique. Il semble qu'il y ait là un malentendu. 688 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Si l'on y réfléchit, et que l'on cherche avec minutie, on découvrira
du « divers », de l'expérience dans le mathématique le plus pur.
Tout d'abord, on remarquera que nous manions les concepts mathé
matiques comme les objets de la perception, nous faisons appel, en
les maniant, au « comportement du réel », Si ne le sentons pas,
•c'est que cotte opération nous est devenue trop familière. Mais ceci
n'est qu'un aspect « régressif » du problème. D'où vient l'aspect
progressif du raisonnement mathématique ? Y a-t-il, comme en
physique, un divers qui on soit le mobile ? Oui, et il réside dans le
nombre même et ses propriétés, dans les particularités qu'offre la
série des nombres. Cette série n'est pas seulement à la base de tout,
elle est partout effectivement présente. Le nombre n'est pas une
pure création de l'esprit, il est une propriété de Vamas. Ce qui fait
qu'on méconnaît la participation de l'expérience à la constitution
de cette notion, c'est que, dans le nombre, se manifeste de façon
particulièrement frappante l'accord entre le rationnel et le réel, que
la pensée poursuit partout, mais qu'elle ne réussit nulle part comme
dans ce domaine, où l'application constante de l'identification, source
du rationne], semble atteindre le maximum de perfection. Mais
l'expérience existe à la source : le nombre inclut le réel concret.
Elle existe, bien entendu, a fortiori, en géométrie, où le divers vient
de la figure, de notre perception spatiale. Mais elle n'est pas absente
d?s mathématiques les plus élevées : L. Lichtenstein a souligné son
rôle dans le calcul infinitésimal, dans le transfini de Cantor, dans
F axiome de « choix » de Zermelo, etc. Les voies par lesquelles la pensée
mathématique progresse reviennent toujours aux directions indi
quées par la représentation1.
Mais à côté de cet élément euphorique, il y a un facteur rationnel,
un facteur d'identité, issu de Y intellectus ipse. Et les 2 facteurs inte
rviennent dans toutes les formes de la pensée mathématique. Il serait
donc inexact de cantonner l'un dans la géométrie et l'autre dans
l'arithmétique, comme on l'a fait quelquefois. Ce qui caractérise
plus spécialement la pensée mathématique, c'est qu'elle unit les
vérités sur lesquelles l'accord entre l'intellect et le réel s'établit
le mieux, qu'elle opère sur l'aspect du réel le plus perméable à la
raison. Le mathématicien n'invente donc point librement, ni ne
découvre ce qui préexistait tel quel : il « épouse des vérités auxquelles
participent aussi bien le monde de la perception que notre intellect ».
Il y a entre la pensée et le réel une sorte d'« isomorphisme », pour
reprendre un terme de L. Lichtenstein, c'est-à-dire une correspon
dance bi-univoque entre objets et opérations, situés d'une part dans
I3 réel et d'autre part dans le domaine de l'esprit. I. M.
1092. — WOLFGANG WILHELM. — Ueber Mittel und Fehler beim
SchlieS33n (Procédés et erreurs dans le raisonnement syllogistique).
— A. f. ges. Ps., XCII, 1-2, 1934, p. 175-192.
Ce travail n'est qu'une contribution aux travaux plus impor
tants que l'A. a publiés précédemment sur la psychologie du raison-
1. L. Lichtenstein, La philosophie des mathématiques selon
M. E. Meyerson. B. Phil.. 1932, I, p. 169-206. PENSÉE ET ATTITUDES MENTALES. LA VALEUR 689
nement par syllogismes. Il ajoute quelques exemples de moyens
particuliers dont on se sert dans un raisonnement syllogistique. Il
arrive fréquemment que, dans un syllogisme, on remplace des lettres
par des exemples concrets de la vie quotidienne. On se sert aussi
d'une démonstration géométrique à l'aide de cercles concentriques
particulièrement là où il faut exprimer une relation du genre à l'espèce
•ou du total à la partie.
L'illustration linéaire apparaît plus fréquemment à l'occasion de
rapports spatiaux et de la succession dans le temps. On observe beau
coup d'autres moyens encore, l'emploi des schémas de classification,
la façon d'ordonner des membres d'un rapport, ceci souvent là où
il s'agit du rapport de cause à effet ou d'une relation entre les espèces.
La transformation des relations exprimées par les prémisses en rela
tions opposées n'est pas rare. Souvent aussi on complète des rapports
qui existent entre les prédicats, ou l'on se sert d'un interrogatoire
•dirigé pour bien saisir les contenus de données objectives. Il faut
■encore signaler plusieurs méthodes pour le contrôle de la conclusion.
Les erreurs de conclusion ont généralement 2 sources : 1° La
compréhension des données objectives exprimées dans les prémisses
peut être incomplète ou fausse ; 2° Des erreurs peuvent se glisser
dans la suite du raisonnement par l'emploi de procédés dont nous
avons parlé plus haut, par l'insuffisance de l'attention accordée
à une des prémisses ou encore par un déroulement trop automatique
du raisonnement. S. K.
1093. — L. K. HENRY. — The role of insight in plane geometry
(Le rôle de « V insight » dans la géométrie plane). ■ — J. of éd. Ps.,
XXV, 8, 1934, p. 598-610.
Après un rappel des différentes définitions données pour 1'« insight »,
•et des travaux effectués pour sa recherche dans le comportement
humain et animal, l'A. choisit cette définition : application correcte,
de manière soudaine et avec sentiment de confiance, d'un principe
« dans un problème de situation » (in a problem situation).
Pour mettre en évidence le jeu de 1' « insight » dans la solution des
problèmes de géométrie plane l'expérience est conduite de la manière
suivante : les sujets ont à répondre oralement à différentes questions
écrites au sujet d'une série de théorèmes et d'une série de problèmes,
non encore connus, demandant chacun l'application de l'un des
théorèmes. La situation est progressivement élaborée par : l'indication
écrite de la question ; la figure correspondante ; la même figure avec
des lignes de construction ; une série de questions du type heuris
tique ; chacune de ces 4 parties se trouvant sur des cartes présentées
successivement par un écran, les 2 dernières aidant le sujet par des
suggestions. Pour chaque théorème ou problème le sujet doit établir
le fait à démontrer puis effectuer la démonstration.
L'A. cherche d'abord s'il y a application correcte et constante
des principes connus (théorèmes) aux problèmes originaux corre
spondants et si se retrouvent effectivement dans la pensée des sujets
les rapports entre les facteurs logiquement et géométriquement liés.
La comparaison des nombres de succès aux différents degrés de
l'élaboration pour les théorèmes et pour les problèmes correspon-
L' ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. XXXV 44 690 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dartts, pour l'établissement du fait à démontrer et pour la démonst
ration elle-même ne permet de constater qu'une faible influence de
1' « insight ». En particulier, dans l'application d'un théorème connu
1' « insight » n'aurait à la démonstration d'un problème nouveau,
jôtlé que dans 32 % des cas, sans suggestion et 58 % des cas avec
suggestion.
De même, les sujets n'ont établi le l'ait à démontrer dans les
problèmes (n'ont saisi les relations) que dans 50 % des cas, sans sug
gestion. L'A. considère ces résultats comme très faibles pour des
sujets sélectionnés d'après leurs aptitudes à la géométrie (95e centile
par le « Iowa Academic Test ») placés dans des conditions d'expérience
favorables à la manifestation de 1' « insight ».
Ces conclusions sont confirmées par les autres résultats :
Pour le critère de soudaineté, l'A. se base sur la réaction verbale,
16 « Oh ! je vois » qu'il considère comme l'un des meilleurs signes
d' «■ insight » ; cette réaction s'est produite très rarement (17 fois-
sur 285).
Les sujets montraient peu de confiance dans leurs réponses.
Enfin, les erreurs les plus fréquentes correspondent à l'absence
d' « insight » ; les principes logiques et géométriques ne sont pas
appliqués ; les rapports caractéristiques de la situation ne pas
saisis.
Bibliographie de 28 titres. P. Gr.
1094. — II. SGHROEDER. — Experimentelle Untersuchungen ueber
die Bedeutungserfassung (Recherches expérimentales sur Vaper-
ception de la signification) . — A. f. ges. Ps., XG, 1-2, 1934, p. 61-108.
L'aperception de la signification d'un mot nécessite-t-elle de la
connaissance intuitive ? Les sensations, les perceptions, les représen
tations et surtout les sentiments jouent-ils le rôle modeste d'épiphé-
nomènes ou sont-ils à la base de toute aperception ?
Le désaccord persistant à ce sujet dans les théories psychologiques
modernes, l'A. essaie d'y apporter quelques lumières par une série
d'expériences dont voici l'essentiel :
Le sujet devait saisir la signification d'un mot prononcé par
l'expérimentateur. Cette forme d'expérimentation n'ayant pas abouti
à des résultats nets et valables on a modifié la technique :
1° Le sujet devait élaborer un jugement vrai à partir d'un
mot prononcé par l'expérimentateur ;
2° Le sujet devait saisir la signification d'un mot dans l'ensemble
d'une phrase prononcée par l'expérimentateur.
L'expérience a été conduite par la méthode introspective et elle
portait sur une vingtaine de sujets, — tous intellectuels. Voici une
série de conclusions auxquelles elle a permis d'aboutir.
Le mot est ressenti toujours comme l'indice significatif d'un
contenu. C'est son attribut essentiel. C'est lui qui donne à l'objet
pensé un caractère déterminé et non équivoque. Souvent ce fait
n'est pas immédiatement et clairement saisi par la conscience, mais
il le devient chaque fois que l'aperception de la signification présente
quelques difficultés.
A côté de la représentation verbale un autre « représentant » de

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