Perception analytique et globale - article ; n°1 ; vol.92, pg 105-136

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L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 1 - Pages 105-136
Summary : Analytic and global perception.
Holistic versus analytical information processing is traditionally characterized by differences in stimulus structure and by differences in processing due to developmental level. As regards stimulus structure, integral dimensions (e.g saturation and brightness) are said to be perceived as unitary wholes. Separable dimensions (e.g size and brightness) are said to be perceived in isolation, as distinct components (Garner, 1974). However, this latter definition is questionable, especially tvhen young childrens' processing is involved. In fact, the processing of dimensions which are separable in adult subjects seems to be initially holistic (i.e organised by overall similarity) and to become dimensional (i.e organised by dimensions) later in development.
A review of the current literature shows ihat this increasing differentiation could be explained by the primary or derived access to dimensions in the course of information processing. This access to separabilily is determined both by stimulus structure (integral or separable) and subjects' strategies (holistic or dimensional).
Key-words : integral/separable dimensions, dimensional/holistic processing, free classification, constrained classification, categorisation, perceptual development.
Les aspects holistiques ou analytiques de la perception sont actuellement discutés en référence soit à la structure de l'objet perçu, soit à la nature du traitement effectué. L'approche structurale évoquée ici repose sur une distinction entre deux types de dimensions (Garner, 1974). Les unes, dites intégrales (saturation et brillance par exemple), sont considérées comme étant perçues de façon unitaire ou globale. Les autres, dites séparables (taille et brillance par exemple), sont considérées comme étant perçues isolément, de façon indépendante. Cependant, l'approche fonctionnelle remet en cause cette opposition entre dimensions intégrales et séparables : elle montre en particulier que le traitement des dimensions considérées comme séparables chez l'adulte est d'abord holistique chez le jeune enfant (traitement organisé par des règles de similarité globale) et ne relève de règles dimensionnelles que plus tard au cours du développement. Plusieurs modèles théoriques permettent actuellement d'interpréter la nature de ce changement.
Mots clés : dimensions intégrales/séparables, traitement dimensionnel/ global, classification libre, classification rapide imposée, catégorisation, développement perceptif.

32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Carole Berger
Perception analytique et globale
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°1. pp. 105-136.
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Berger Carole. Perception analytique et globale. In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°1. pp. 105-136.
doi : 10.3406/psy.1992.29493
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_1_29493Abstract
Summary : Analytic and global perception.
Holistic versus analytical information processing is traditionally characterized by differences in stimulus
structure and by differences in processing due to developmental level. As regards stimulus structure,
integral dimensions (e.g saturation and brightness) are said to be perceived as unitary wholes.
Separable (e.g size and are said to be perceived in isolation, as distinct
components (Garner, 1974). However, this latter definition is questionable, especially tvhen young
childrens' processing is involved. In fact, the processing of dimensions which are separable in adult
subjects seems to be initially holistic (i.e organised by overall similarity) and to become dimensional (i.e
organised by dimensions) later in development.
A review of the current literature shows ihat this increasing differentiation could be explained by the
primary or derived access to dimensions in the course of information processing. This access to
separabilily is determined both by stimulus structure (integral or separable) and subjects' strategies
(holistic or dimensional).
Key-words : integral/separable dimensions, dimensional/holistic processing, free classification,
constrained classification, categorisation, perceptual development.
Résumé
Les aspects holistiques ou analytiques de la perception sont actuellement discutés en référence soit à
la structure de l'objet perçu, soit à la nature du traitement effectué. L'approche structurale évoquée ici
repose sur une distinction entre deux types de dimensions (Garner, 1974). Les unes, dites intégrales
(saturation et brillance par exemple), sont considérées comme étant perçues de façon unitaire ou
globale. Les autres, dites séparables (taille et brillance par exemple), sont considérées comme étant
perçues isolément, de façon indépendante. Cependant, l'approche fonctionnelle remet en cause cette
opposition entre dimensions intégrales et séparables : elle montre en particulier que le traitement des
dimensions considérées comme séparables chez l'adulte est d'abord holistique chez le jeune enfant
(traitement organisé par des règles de similarité globale) et ne relève de règles dimensionnelles que
plus tard au cours du développement. Plusieurs modèles théoriques permettent actuellement
d'interpréter la nature de ce changement.
Mots clés : dimensions intégrales/séparables, traitement dimensionnel/ global, classification libre,
classification rapide imposée, catégorisation, développement perceptif.L'Année Psychologique, 1992, 92, 105-136
REVUE CRITIQUE
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université Pierre- Mendès- France
Grenoble II, URA 6651
PERCEPTION ANALYTIQUE ET GLOBALE2
par Carole Berger
SUMMARY : Analytic and global perception.
Holistic versus analytical information processing is traditionally
characterized by differences in stimulus structure and by differences in
processing due to developmental level. As regards stimulus structure, integral
dimensions (e.g saturation and brightness) are said to be perceived as
unitary wholes. Separable dimensions (e.g size and brightness) are said
to be perceived in isolation, as distinct components (Garner, 1974) . However,
childrens' this latter definition is questionable, especially when young
is involved. In fact, the processing of dimensions which are processing
separable in adult subjects seems to be initially holistic (i.e organised by
overall similarity) and to become dimensional (i.e organised by dimensions)
later in development.
A review of the current literature shows that this increasing differen
tiation could be explained by the primary or derived access to dimensions
in the course of information processing. This access to separability is
determined both by stimulus structure (integral or separable) and subjects'
strategies (holistic or dimensional) .
Key-words : integral/separable dimensions, dimensional/holistic pro
cessing, free classification, constrained classification, categorisation, per
ceptual development.
1. BP 47, 38040 Grenoble Cedex 9.
2. Ce travail a été réalisé sous la direction d'Yvette Hatwell à qui
j'adresse mes plus vifs remerciements. 106 Carole Berger
1. INTRODUCTION
Reprenant la distinction établie par Garner (1974) entre structure
intégrale et structure separable de l'objet, un ensemble de travaux
s'intéresse aujourd'hui au traitement des stimuli multidimensionnels.
Ainsi, si un objet varie sur deux dimensions, X et Y pouvant prendre
chacune deux valeurs, Garner parle de « structure separable » (des dimens
ions) si le traitement par le sujet de la dimension X ne subit aucune
influence des valeurs prises par ce même objet sur la dimension Y. Par
exemple, il est établi que chez l'adulte, la perception de la couleur d'un
objet n'est pas affectée par la forme de cet objet. Dans ce cas, la per
ception est qualifiée de dimensionnelle. A l'opposé, dans une « structure
intégrale », le traitement s'effectue de façon globale (« holistique »),
sans que les deux dimensions X et Y soient dissociées. Ainsi, la saturation
et la brillance, qui sont deux dimensions physiques distinctes et consti
tutives de la couleur, ne peuvent être perçues de façon indépendante,
même chez l'adulte : en présence de ces dimensions, celui-ci n'appréhende
au niveau conscient qu'une structure globale de l'objet, combinant ses
valeurs sur la saturation et sur la brillance.
Mais une telle distinction entre perception analytique et globale, qui
dépend uniquement des caractéristiques structurales (physiques) de
l'objet, est aujourd'hui remise en question. Pour certains chercheurs,
en effet, une description plus fonctionnelle du traitement opéré, tenant
compte des stratégies de codage du sujet, rendrait mieux compte des
résultats observés. Ceci est particulièrement net lorsqu'on se place dans
une perspective développementale. Dans ce domaine, les études se
centrent en particulier sur le traitement perceptif en référence à la fois
aux capacités attentionnelles des enfants et à la nature des stratégies
utilisées.
Dans cette revue théorique, nous examinerons la littérature contem
poraine relative à ces aspects analytiques et globaux de la perception,
ceci à la fois dans le cadre de l'approche structurale et dans celui de
l'approche fonctionnelle du problème. Nous considérerons ensuite la
littérature se centrant spécifiquement sur les aspects développementaux
du problème.
2. L'APPROCHE STRUCTURALE
2.1. LES TRAVAUX DE GARNER (1974)
Garner (1974) propose trois types de mesures pour rendre compte
du caractère separable ou intégral de la perception des objets : les
jugements directs de similarité (déterminés à l'aide d'échelles subject
ives), les épreuves de classification libre et les épreuves de classification
rapide imposée. |
analytique et globale 107 Perception
2.1.1. Jugements directs de similarité
Dim Y
Yb
Ya
DimX
Xa Xb
Fig. 1. — Représentation de la distance bidimensionnelle entre deux
stimuli a et b en fonction des distances unidimensionnelles sur X et Y :
— Additivilé segmentaire (espace de quadrillage) : dab — \ X.b — Xo |
— Inégalité + |Y6-YB|; triangulaire : dab < | X6 — Xa| -f | Yb \ — Ya| (cas particulier :
Espace euclidien dab2 = (X6 — Xo)2 + (Y6 — Ya)2 ;
• — Hypothèse de la « coïncidence » (Tversky et Gaty, 1982) : dab > | X6 — Xa |
+ |Y6-YB|.
Representation of the two-dimensional dislance between two stimuli a and b
as a function of their one-dimensional distances along X and Y dimensions :
— Segmental additivity (city-block space) : d^ = X6 — Xa| + \Yb — Ya| ;
— Triangle inegality :dab < | X6 — Xa| + \Yb — Yo| (special case : Euclidian
space do62 = (Xj - X.)» + (Y6 — Ya)* ;
— Coïncidence hypothesis (Tversky and Galy, 1982) : da!) > \Xb — |Y6-Ya|." Xo|
+
donné les deux stimuli a et b, représentés figure 1 en fonction Etant
de leurs valeurs sur chaque dimension X et Y, une distance physique
bidimensionnelle (distance entre les deux objets évaluée sur leurs deux
dimensions X et Y et notée dab) peut être calculée, par le théorème de
Minkowsky, en fonction des distances physiques unidimensionnelles
entre les mêmes objets. Ces unidimensionnelles sont alors
évaluées séparément sur la dimension X (distance notée X6 — Xa)
et sur la dimension Y (distance notée Y& — Yo) :
La fonction reliant la distance bidimensionnelle aux distances uni
dimensionnelles repose sur un paramètre r, qui varie selon le type
d'espace dans lequel on se situe. Dans un espace euclidien, ce paramètre r
est égal à 2. La distance bidimensionnelle entre les stimuli a et b, repré
sentée figure 1 , se calcule alors par le théorème de Pythagore :
<U2 = (X6-Xa)2+ (Y6 — Ya)*. 108 Carole Berger
Dans cet espace, les dimensions X et Y des objets perçus ne peuvent
pas être traitées séparément. La dimension Y affecte l'évaluation des
distances entre les objets sur leur X et inversement. Concrè
tement, la distance bidimensionnelle représente le « plus court chemin
possible » entre a et b. Cette situation est aussi décrite dans la littérature
sous le nom d' « inégalité triangulaire » (puisque la distance bidimens
ionnelle est inférieure à la somme des distances unidimensionnelles).
Les études relatives aux caractéristiques séparables et intégrales
de la perception ont opposé cet espace euclidien, où r = 2, à un espace
de quadrillage (city-block) , dans lequel r = 1. Ici, la distance bidimens
ionnelle entre les stimuli a et b s'évalue de la façon suivante :
dab= |X6-Xfl|+ |Y6-Ya|.
La distance bidimensionnelle entre les stimuli a et b se calcule cette
fois-ci en traitant les deux dimensions X et Y de façon indépendante.
L'évaluation de la distance sur X s'effectue tandis que Y est ignorée ou
filtrée, et inversement. Ainsi, la distance bidimensionnelle est égale à la
somme des distances unidimensionnelles. On parle alors d' « additivité
segmentaire ».
A partir de ce formalisme, Garner (1974) décrit une mesure visant à
déterminer, pour un sujet donné, le type d'espace psychologique dans
lequel s'effectue la perception d'un stimulus multidimensionnel.
L'épreuve consiste en une série d'évaluations, réalisées par le biais
d'échelles subjectives, de la similarité entre des ensembles successifs
de deux stimuli variant soit sur leurs deux dimensions X et Y (évalua
tions bidimensionnelles) soit sur une dimension unique, l'autre étant
maintenue constante (évaluations unidimensionnelles). A partir des
évaluations unidimensionnelles recueillies, des valeurs théoriques bid
imensionnelles sont calculées, grâce au théorème de Minkowsky, pour
chacune des métriques euclidienne et de quadrillage. La détermination
de l'espace auquel le sujet se réfère s'effectue ensuite sur la base d'une
comparaison entre ces valeurs théoriques et les jugements de similarité
bidimensionnels observés.
Dans la mesure où une structure separable se traduit par un trait
ement indépendant de chaque dimension, elle doit conduire selon Garner,
à l'utilisation d'un espace de quadrillage, puisque dans cet espace, les
distances bidimensionnelles correspondent à la somme des distances uni
dimensionnelles. Au contraire, l'utilisation d'une métrique euclidienne
constituerait un bon indicateur d'une perception globale, caractéris
tique d'une structure intégrale, puisque les deux dimensions du stimulus
sont prises en considération simultanément.
Cependant, cette hypothèse issue de modèles géométriques tel que
celui de Garner est actuellement contestée. Tversky et Gaty (1982)
récusent en particulier la pertinence de l'opposition entre l'espace
euclidien (dans lequel il y a inégalité triangulaire) et l'espace de qua- Perception analytique et globale 109
drillage (dans lequel il y a additivité segmentaire), pour rendre compte
de la configuration structurale d'un stimulus. L'hypothèse alternative
proposée (qualifiée d' « hypothèse de la coïncidence ») s'applique aux
stimuli de structure considérée comme separable : elle prédit un coef
ficient r de Minkowsky inférieur à 1. Dans ce cas, l'évaluation des dis
tances bidimensionnelles doit être supérieure à la somme des évaluations
des distances unidimensionnelles. Cette hypothèse est confirmée par
les données expérimentales recueillies par les auteurs. L'interprétation
proposée est alors la suivante : lorsqu'un sujet évalue la distance entre
deux stimuli, il pourrait prendre en compte leurs caractéristiques dis
tinctes, mais aussi leurs caractéristiques communes. Par exemple, la
distance évaluée entre deux stimuli de même taille pourrait ne pas être
la même selon qu'ils ont tous deux une couleur très claire ou très foncée.
La pertinence de ces caractéristiques communes n'était par contre pas
considérée dans les modèles géométriques.
En dépit de ces divergences, la littérature relate pourtant un certain
nombre de résultats expérimentaux, basés sur le principe des échelles
subjectives, permettant néanmoins d'établir une taxonomie entre dif
férents types de stimuli, ceci par rapport à leurs caractéristiques struc
turales intégrales et séparables.
Considérant les dimensions très étudiées que sont la taille et l'orien
tation, les résultats issus des travaux de Shepard (1964) témoignent de
l'utilisation d'un espace de référence de quadrillage, caractéristique de
dimensions séparables. Néanmoins, se basant sur des données rapportées
par Bums, Shepp, McDonough et Weiner- Ehrlich (1978), Tversky et
Gaty (1982) contestent ces conclusions en confirmant, sur ces mêmes
dimensions, leur hypothèse de la coïncidence : le coefficient r de Min
kowsky calculé est inférieur à 1, d'où une distance bidimensionnelle
évaluée comme étant supérieure à la somme des distances unidimens
ionnelles. Cette conclusion peut être plus fortement étayée si l'on associe
à ces résultats ceux relatés par Dunn (1983) : les jugements de similarité
effectués sur des stimuli construits à partir des deux dimensions taille
et orientation ne correspondent, dans l'expérience citée, ni à l'utilisation
d'une métrique de quadrillage, ni à l'utilisation d'une métrique eucli
dienne. D'autres stimuli engendrent des résultats moins ambigus :
ainsi, l'espace de utilisé dans le cas d'un traitement des
couples taille/brillance ou couleur/forme (Handel et Imai 1972), montre
le caractère separable de ces dimensions. De façon tout aussi nette,
la longueur d'onde, déterminant la teinte, et la brillance semblent
toujours conduire à l'utilisation d'un espace euclidien, caractéristique
d'une structure intégrale (Handel et Imai 1972, Tversky et Gaty 1982).
Cette même conclusion s'appliquerait aussi aux jugements de similarité
effectués sur des triangles variant par leur hauteur et la longueur de leur
base (Dunn 1983). Carole Berger 110
2.1.2. Classifications libres
Peut-être plus explicites sont les épreuves de classifications libres
constituant, selon Garner (1974), une seconde voie de détermination des
caractéristiques intégrales et séparables d'un ensemble de dimensions.
Le paradigme, initialement élaboré par Handel et Imai (1972), repose
sur une opposition entre des comportements classificatoires valorisant
des critères dimensionnels et des classiflcatoires valo
risant des critères de similarité globale.
La figure 2 fait apparaître un exemple de stimuli utilisés dans un
paradigme classique de type « triade ». La tâche du sujet consiste à
apparier les deux stimuli « allant le mieux ensemble » (consigne stan
dardisée). A et B se différencient très largement sur la dimension Y mais
sont par contre strictement identiques sur la dimension X. Un comporte
ment classificatoire de type AB, valorisant donc le critère d'identité sur
°B
S
S D ■
A B
Dimension X
Fig. 2. — Structure d'une triade utilisée dans un paradigme de classif
ication libre classique. La tâche consiste à regrouper les deux éléments
« allant le mieux ensemble » :
— Classification dimensionnelle : AB ;
—par similarité globale : BC.
Structure of a triad employed in a free classification task. Subjet must
point to the two stimuli that « go together the best » :
— Dimensional classification : AB ;
— Overall similarity : BC.
une dimension, est alors qualifié de dimensionnel. Il est considéré comme
étant un bon indicateur d'une structure perçue de façon separable.
Le comportement classificatoire alternatif, de type BC, valorise
par contre le critère de similarité globale : B et C ne sont identiques sur
aucune des dimensions X ou Y mais ils se ressemblent pourtant globa
lement puisqu'ils sont proches l'un de l'autre sur ces deux dimensions.
Une telle classification témoigne donc d'une perception globale et de
l'aspect intégral des stimuli traités : ne pouvant filtrer la dimension
non pertinente, le sujet distribue son attention de façon globale et
indifférenciée sur X et Y.
Il est à noter cependant que ce type de paradigme expérimental analytique et globale 111 Perception
est actuellement controversé lui aussi. En particulier, Cook et Odom
(1988) relèvent l'existence d'un biais inhérent à l'agencement de l'épreuve
et en proposent une modification. La critique porte sur l'interprétation
du comportement classificatoire de type BC comme indicateur d'une
structure perçue de façon intégrale : en reprenant l'exemple donné
figure 2, nous voyons en effet que dans le cas d'un traitement préfé
rentiel et exclusif de la dimension Y, la classification BC demeure encore
la plus satisfaisante car le sujet réalise alors un appariement entre le
standard et l'objet de comparaison qui lui est le plus proche sur cette
dimension Y. La pertinence d'une classification de type BC peut donc
se justifier, dans ce cas, à la fois dans le contexte d'un traitement intégral
et dans celui d'un traitement separable particulier (selon Y dans
l'exemple donné).
Sur la base de ces considérations, Cook et Odom (1988) proposent
une version modifiée du paradigme classique de type triade. Quatre
stimuli au lieu de trois sont alors utilisés (fig. 3). La nature des relations
D
Illustration non autorisée à la diffusion
D ■ ■
ABC D
Dimension X
Fig. 3. — Représentation des 4 stimuli utilisés dans l'épreuve de classif
ication libre de Cook et Odom (1988). La tâche consiste à apparier le stimulus
standard B et l'objet de comparaison « avec lequel il va le mieux » :
— Classifications dimensionnelles : BA, BD ;
—par similarité globale : BC (d'après Odom et Cook, 1988).
Representation of the 4 stimuli used in Cook and Odom's (1988) classifica
tion task. Subjet must point the stimulus « which goes » with the standard B :
— Dimensional classifications : BA, BD ;
— Overall similarity : BC (from Odom and Cook, 1988).
entre le standard et chacun des trois objets de comparaison se traduit
cette fois-ci de manière non équivoque par une opposition entre le
critère de similarité globale (classification BC) et les deux critères
dimensionnels de type X AB) et de type Y (classif
ication BD).
2.1.3. Classifications rapides imposées
Alors que les épreuves de classification libre se centrent sur les aspects
essentiellement qualitatifs du comportement, les interprétations issues Carole Berger 112
des paradigmes de classification rapide imposée ne reposent que sur la
mesure quantitative des temps de réponse. Les épreuves se basent sur
le principe d'une chronométrée s'effectuant selon des cri
tères déterminés a priori par l'expérimentateur.
Situations unidimensionnelle, bidimensionnelle orthogonale, bidimen-
sionnelle corrélée. — Dans un premier type d'épreuve, les stimuli sont
présentés un à un. Le tri s'effectue en fonction d'une dimension cible
(X ou Y). Trois conditions expérimentales sont utilisées. Considérant
les quatre stimuli A, B, G, D (représentés flg. 4) qui varient sur deux
dimensions X et Y, pouvant prendre chacune deux valeurs, ces condi
tions sont les suivantes : dans la condition contrôle unidimensionnelle,
une seule dimension varie tandis que l'autre est maintenue constante.
Par exemple, la classification basée sur la dimension X se traduit par
une opposition soit entre les stimuli A et B, soit entre les stimuli C et D.
On peut ainsi présenter au sujet des objets tous de couleur rouge et ne
variant que par leur forme (carré ou cercle). La tâche consiste alors à
séparer les carrés (rouges) des cercles (rouges). Les deux autres conditions
sont bidimensionnelles, c'est-à-dire qu'elles reposent sur une variation
des deux dimensions X et Y. Dans la condition dite « corrélée », cette
variation s'effectue de façon conjointe, c'est-à-dire que les informations
recueillies sur X et Y sont redondantes. Dans ce cas, il s'agit de dissocier
soit les stimuli A et D, soit les stimuli B et G. Par exemple, le sujet peut
>D
Dimension X
Fig. 4. — Représentation des stimuli utilisés dans les trois tâches de
classification rapide imposée. Dans le cas d'une classification basée sur la
dimension X, les stimuli devant être différenciés sont les suivants :
— Classification unidimensionnelle : A vs B ou G vs D ;
—bidimensionnelle corrélée : A vs D ou B vs G ;
—orthogonale : (A et C) vs (B et D) (d'après
Garner, 1974).
Representation of the stimuli used in the three constrained classification
tasks. In the case of a classification made by dimension X, the stimuli to be
differentiated are the following ones :
— One-dimensional : A us B or C vs D ;
— Correlated two-dimensional classification : A vs D or B vs C ;
— Orthogonal : (A and C) vs (B and D)
(from Garner, 1974).

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