Perception, par S. Ehrlich, P. Fraisse, A. Léon, J.-F. Le Ny, E. Vurpillot - compte-rendu ; n°1 ; vol.57, pg 181-193

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L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 1 - Pages 181-193
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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S. Ehrlich
A. Léon
P Fraisse
J. Le Ny
Eliane Vurpillot
1° Perception, par S. Ehrlich, P. Fraisse, A. Léon, J.-F. Le Ny, E.
Vurpillot
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 181-193.
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Ehrlich S., Léon A., Fraisse P, Le Ny J., Vurpillot Eliane. 1° Perception, par S. Ehrlich, P. Fraisse, A. Léon, J.-F. Le Ny, E.
Vurpillot. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°1. pp. 181-193.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_1_26594III. — Psychologie générale
1° Perception
GUTTMAN (N.), KALISH (H. I.). — Discriminability and stimulus
generalization ( Discriminabilité et généralisation du stimulus). —
J. exp. Psychol., 1956, 51, 79-88. — SPIKER (Ch. C). — Effects
of stimulus similarity on discrimination learning (Effets de la simi
litude entre stimuli sur l'apprentissage discriminatif ) . — • J. exp.
Psychol., 1956, 51, 393-395.
La généralisation n'est-elle rien d'autre que l'inverse de la discrimi
nation ? Autrement dit, peut-on affirmer que l'organisme généralise
dans la mesure où il ne peut pas discriminer ?
Pour répondre à cette question, Guttman et Kalish entraînent
4 groupes de 6 pigeons à picorer un disque éclairé par une lumière monoc
hromatique, avec une technique semblable à celle de Skinner. Pour
ces 4 groupes, on utilise 4 longueurs d'onde (530, 550, 580 et 600 mji.)
situés dans des régions du spectre où l'on sait que la discriminabilité est
différente.
On teste ensuite, dans chaque groupe, la généralisation pour des
longueurs d'onde situées à ± 10, 20, 30, 40, 60 mjj. du stimulus de base.
On constate que les gradients obtenus sont très largement comparables :
on peut donc concevoir une indépendance entre la généralisation et
la discriminabilité.
Accessoirement, les auteurs comparent les gradients de générali
sation, en fonction de la force de la réponse d'une part, et selon les indi
vidus d'autre part ; le problème est de savoir si, connaissant le gradient
de généralisation à un niveau donné, on peut en déduire celui qu'on
obtiendra à un autre niveau. Les relations trouvées ici amènent les
auteurs à penser que le passage est possible, en combinant des rapports
de sommation et de multiplication.
L'augmentation de la difficulté d'une tâche de discrimination avec
l'accroissement de la similitude entre les stimuli est couramment
expliquée (Hull, Spence) par une augmentation de la généralisation.
Spiker pense que, notamment chez les enfants, il peut s'y adjoindre
d'autres facteurs.
Trois groupes d'enfants d'âge préscolaire se voient présenter deux
stimuli lumineux de couleur différente ; ils disposent de 3 boutons
dont 2 éteignent chacun une lumière, tandis que le troisième n'a aucun
effet ; pour les trois groupes, la similitude des 2 stimuli est plus ou moins
grande. L'auteur distingue deux sortes d'erreurs : celles concernant les 182 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
deux boutons correspondant aux deux stimuli, qu'il nomme « intra-
liste » ; celles concernant le troisième bouton qu'il nomme «extra-liste ».
Les premières pourront être expliquées par un accroissement de la
généralisation du stimulus, les autres non.
Les résultats montrent bien un accroissement du nombre d'erreurs
avec l'augmentation de la similitude, mais cet accroissement porte sur
les deux types d'erreurs. On peut interpréter le plus grand nombre
d'erreurs « extra-liste » comme dû au fait que l'action de facteurs variés
(baisse d'intérêt, motivation, attention, fatigue) se trouve accrue quand
la similitude des stimuli augmente. Le rôle réel de la généralisation ne
doit pas être surestimé.
J.-L. N.
BRUNBR (J. S.) MINTURN (A. L.). — Perceptual identification
and perceptual organization (Identification perceptive et organisation
perceptive). — J. gen. PsychoL, 1955, 53, 21-28.
Il y a dans la perception deux processus distincts. L'organisation
spatio-temporelle et l'identification. En général, la seconde n'est possible
que parce que l'objet se sépare du fond dans lequel il se trouve. Gepen-
dant, il ne faudrait pas exagérer cette dichotomie et le but de cette
recherche est de mettre en évidence que des lois d'organisation comme la
loi de clôture sont elles-mêmes dépendantes de l'identification.
On présente au tachistoscope la lettre B dont la partie courbe est
séparée de la partie droite par un espace, si bien que la figure peut être
vue comme un B ou comme un 13. Cette figure est présentée tantôt à la
suite de lettres et tantôt de chiffres. La est vue le plus souvent
conformément à l'attitude ainsi créée. Le plus intéressant est que la
figure est vue beaucoup plus souvent « close » quand on s'attend à voir
plutôt une lettre qu'un chiffre et ceci est d'autant plus vrai que la durée
de l'exposition est plus courte.
D'après les auteurs, les lois gestaltistes de structuration quoique
réelles, ont été présentées d'une manière trop absolue. Quand il y a une
ambiguïté, les conditions de l'organisation sont déterminées par les
processus d'identification.
Les conclusions semblent très raisonnables, mais on peut se demander
si l'expérience a cette portée, car il apparaît bien que dans la figure
proposée, la tendance à la « clôture » n'était pas très grande, les deux
parties du B étant, semble-t-il, trop séparées.
P. F.
ROSEN (A. G.). — Change in perceptual threshold as a protective
function Of the organism (Changement du seuil perceptif comme fonc
tion protectrice de V organisme). — J. Person. 1954, 23, 182-194.
Si on mesure le seuil de perception par la plus grande durée d'expos
ition nécessaire pour identifier des syllabes dépourvues de sens au
tachistoscope, on constate que le seuil est abaissé si la perception |
I
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 183
correcte permet d'éviter un choc électrique et qu'il est élevé si la percept
ion, qu'elle soit juste ou fausse, ne permet pas d'éviter un choc électrique.
L'expérience est intéressante et souligne que dans le premier cas,
il y a comme une sensibilisation plus grande sous l'effet d'une forte
motivation et que dans le deuxième cas, il y a au contraire, une désorgan
isation. Faut-il en conclure avec l'auteur que l'organisme choisit, quand
il a le choix, les perceptions qui conduisent à une réduction du trouble
ou de l'anxiété ?
Cette conclusion dépasserait de beaucoup l'expérience dont la signifi
cation semble assez claire. p p
CROSSMAN (E. R. F. W.). — The measurement of diseriminability
(La mesure de la discriminabilité ) . — Quart. J. exp. Psychol., 1955,
7, 176-195.
Dans la discrimination, le problème qui a surtout retenu l'atten
tion est celui du seuil différentiel. Cependant, Henmon (1906) et
Lemmon (1927) avaient étudié la discrimination de deux stimuli dont
la différence était supra-liminaire par la technique du temps de réaction.
Évidemment, le temps de discrimination croît lorsque les deux stimuli
sont moins dissemblables. Grossman reprend ce problème, mais en
cherchant quelle peut être la loi de l'accroissement du temps de discr
imination lorsque la « distance » entre les stimuli diminue ou si l'on préfère,
lorsque la chance de les confondre augmente. 11 n'y arrive pas direct
ement en faisant appel à la théorie de l'information, mais il établit la
formule d'une équation de confusion en remarquant que la distance entre
deux stimuli sur un même continuum doit dépendre non de leur diffé
rence absolue, mais de leurs rapports, et pour cela il pose que la dis
tance D entre deux signaux Sx et S2 doit être proportionnelle à la
différence des logarithmes de leurs grandeurs physiques xx et x2.
D'où D (Sl5 S2) = log x1 — log;r2 1. La confusion C ou difficulté de les
discriminer est l'inverse.
G (Sj, S2) = r-j ^—r- r
log Xu — ■ log Xo I
Le temps de discrimination serait alors proportionnel à G. Cette
formule rend compte des résultats de Henmon et aussi de plusieurs
expériences réalisées par l'auteur où les sujets doivent trier le plus vite
possible des cartes portant plus ou moins de points ou comparer des
poids plus ou moins semblables.
L'auteur fait remarquer que la loi de Fechner ne serait qu'un cas
particulier de fonction. En effet, à partir de la loi reliant la sensation
au logarithme de la stimulation, on retrouve que la distance entre deux
sensations est égale à la différence des logarithmes des stimulations. Ce
rapprochement est moins inattendu que semble le croire l'auteur,
puisqu'il part du même principe que Weber-Fechner, à savoir que nous
sommes sensibles au rapport des stimulations.
La loi n'en reste pas moins intéressante et il montre qu'elle pourrait 184 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
permettre d'interpréter le fait du champ d'appréhension (ce qui nous
paraît douteux) et la difficulté d'appréhension d'un élément suivant
sa place dans une série (ce qui nous paraît plus vraisemblable).
P. F.
LANGDON (J.). — The role of spatial stimuli in the perception of
Shape (Le rôle des stimuli spatiaux dans la perception de la forme).
— Quart. J. exp. Psychol., 1955, 7, 19-27 et 28-36.
Le but de cette recherche est de déterminer le rôle des stimuli éma
nant de l'objet ou de l'environnement sur la perception de la forme. La
forme étudiée est un cercle qui, lorsqu'il est présenté incliné, a une
projection rétinienne ellipsoïdale. L'auteur envisage successivement
deux problèmes :
1° Le rôle du mouvement. — • On supprime tout environnement en
présentant dans l'obscurité totale des anneaux de fil de fer recouverts
de peinture fluorescente. L'un est une ellipse fixe, l'autre un cercle qui
tourne à vitesse constante très lente (de 30 à 90 s pour un angle de 90°).
La tâche du sujet est d'arrêter le mouvement du cercle quand il apparaît
semblable à l'ellipse. Dans ce cas, il y a une légère constante, d'autant
plus grande que la vitesse est plus rapide. Si la comparaison est faite en
faisant varier par étape la position du cercle, il n'y a aucune constance
et l'ajustement suit la forme de l'image rétinienne. Ce résultat prend
toute sa signification du fait que Langdon avait trouvé dans une
recherche précédente qu'il y avait une certaine constance d'une forme
statique en fil de fer (n'ayant donc pas de texture) quand elle était vue
dans un environnement. Il faut remarquer que toutes ces expériences
sont faites en vision monoculaire ;
2° Le rôle de V environnement. — Pour mieux mettre en évidence ce
rôle de l'environnement, l'auteur a essayé de modifier son caractère en
présentant ces stimuli dans les fenêtres d'une chambre de Ames. Les
résultats, quoique complexes, montrent que la forme perçue est un
produit des stimuli émanant de l'objet et de l'environnement apparent.
Il résulte de ces expériences, que les stimulations provenant du
milieu où est perçue la forme donne un cadre de référence qui permet
l'interprétation des stimuli ambigus provenant de la forme. Si on
supprime ce cadre, la forme est vue d'une manière purement phéno
ménale. Cependant, le mouvement de la forme peut suffire à fournir des
axes d'orientation.
P. F.
GRUMBAUGH (J. C). — Temporal changes in the memory of
visually perceived form (Changements au cours du temps dans la
mémoire de formes visuellement perçues). — Amer. J. Psychol.,
1954, 67, 646-658.
Depuis la recherche de Wulf en 1922, plusieurs auteurs ont étudié
l'évolution des traces laissées par une perception. La plupart des auteurs PSYCHOLOGIE GENERALE 185
ont trouvé à la suite de Wulf que les souvenirs semblaient évoluer soit
vers de meilleures formes plus simples et plus symétriques (changements
autonomes), soit vers une assimilation de la forme perçue à une figure
conventionnelle (changements par assimilation). Cependant, d'autres
auteurs n'ont trouvé aucune évolution systématique.
La présente expérience reprend le problème de l'évolution progressive
par une méthode originale. Elle ressemble à une expérience de psycho
physique. De part et d'autre d'un point de fixation, on présente pendant
une demi-seconde, au sujet, une forme lumineuse sur un écran dépoli,
puis, de l'autre côté du point de fixation, un stimulus de comparaison
qui a été déformé systématiquement et le sujet doit comparer l'un à
l'autre stimulus normal et stimulus de comparaison. Le stimulus de
comparaison apparaît après le stimulus normal à des intervalles de
temps allant de 0 à 12 s. Il y a pour chaque figure plusieurs stimuli de
comparaison.
Les résultats montrent qu'il y a en effet, une erreur systématique
dans la comparaison de la trace avec le nouveau stimulus perçu, mais
cette évolution varie avec les figures et avec le temps. Une ellipse
devient de plus en plus circulaire. L'évolution de cercles brisés est
particulièrement intéressante. Avec une ouverture d'angle de 15°, le
cercle est d'abord vu après seulement 0,3 s plus ouvert qu'il n'est, mais
cet effet diminue avec le temps et cesse après 12 s. Par contre, un cercle
ouvert de 45° est vu plus fermé qu'il n'est et l'évolution s'accuse avec le
temps.
Il apparaît ainsi qu'il y a bien une évolution autonome des traces
mnésiques, mais elle est propre à chaque figure. Elle nous semble
corroborer les résultats de Wulf qui prétendait que l'évolution se faisait
vers une uniformisation des parties (leveling) ou vers une accusation
de certains traits (sharpening). „ _ Jr. r .
GERATHEWOHL (S. J.), CIBIS (P. A.). — Experimentelle Unter
suchung zur Raumwahrnehmung (Étude expérimentale de la percep
tion de l'espace). — Z. exp. angew. Psychol., 1955, 3, 218-229.
Les auteurs ont effectué une série d'expériences tendant à montrer
que la perception de la profondeur est modifiée lorsque la clarté des
images rétiniennes d'un même objet est différente pour les deux yeux.
Le dispositif expérimental est le suivant : deux carrés blancs sont fixés
chacun sur un axe médian vertical mobile. Les se détachent sur
un fond noir ; ils se trouvent à une distance de 3 m du sujet et se présen
tent à lui, à travers une fenêtre rectangulaire de manière qu'une petite
partie du fond noir autour et entre les carrés reste encore visible. Les
carrés sont éclairés latéralement de manière à recevoir la même lumière
quelle que soit leur position. Les carrés sont mobiles, rappelons-le,
autour d'un axe vertical et le sujet peut régler leur position, mais leur
mouvement est solidaire, de telle sorte qu'ils restent toujours dans des
plans parallèles. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 186
Vingt-trois personnes ont servi comme sujets d'expériences ; ils
devaient faire tourner les carrés de telle sorte que les côtés verticaux
internes des carrés soient décalés dans l'espace d'une distance juste
perceptible (mesure d'un seuil absolu de la profondeur).
Ges expériences furent ensuite réalisées en plaçant devant l'un des
deux yeux du sujet des filtres qui diminuaient donc la luminosité de
l'image rétinienne d'un côté seulement. Les résultats ont montré :
1° Qu'une différence dans la clarté des images rétiniennes détermine
une modification du seuil de la vision en profondeur (effet anisopique
de Gibis). Cette différence s'exprime dans les conditions présentes par
une rotation des carrés vers la droite lorsque le filtre est placé devant
l'œil droit, et vers la gauche lorsque le filtre se trouve devant l'œil
gauche ;
2° Que cet effet s'accompagne d'une élévation du seuil de la percep
tion de la profondeur ; les auteurs ont montré que ce phénomène est
proportionnel à l'épaisseur du filtre.
Une deuxième expérience montre que l'effet croît proportionnelle
ment au degré de contraste lumineux entre les carrés blancs et le fond
nöir.
Une dernière expérience a été enfin réalisée dans des conditions
assez différentes : deux épingles sont placées l'une au-dessus de l'autre
selon un axe vertical. Elles sont mobiles l'une par rapport à l'autre, de
manière à ce que le sujet puisse les rapprocher ou les éloigner de lui.
L'épingle inférieure est toujours vue par les deux yeux à travers un filtre.
Il apparaît, dans ces conditions, que l'épingle inférieure est vue moins
épaisse et en arrière de l'autre (plus éloignée du sujet). Ges effets croissent
également avec l'épaisseur du filtre.
S. E.
FRAISSE (P.), EHRLICH (S.), VURPILLOT (Eliane). — Études de
la centration perceptive par la méthode tachistoscopique. — Arch.
Psycho!., 1956, 35, 139, 193-214.
Les auteurs donnent une interprétation plus générale du phénomène
de centration perceptive, étudié par Piaget et ses collaborateurs, en
analysant les résultats de 6 expériences conduites à l'aide de techniques
tachistoscopiques. Les cinq premières expériences consistent, pour les
sujets, à comparer les longueurs de deux segments visibles pendant
1/10 de seconde et situés dans divers secteurs du champ perceptif.
L'application de la méthode constante permet, dans chaque expérience,
de déterminer le point d'égalisation subjective de la variable par rapport
au stimulus fixe et de mettre ainsi en relief tout phénomène de surest
imation. Dans la sixième expérience, les sujets sont invités à reproduire
les segments perçus.
Certaines des conclusions tirées de ces expériences confirment les
résultats déjà obtenus par Piaget. Ainsi, d'une façon générale, les él
éments centraux sont surestimés par rapport aux éléments périphériques. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 187
De plus, l'interprétation probabiliste, proposée par Piaget permet de
rendre compte de certains effets de centration observés par P. Fraisse,
S. Ehrlich et E. Vurpillot.
Mais ces auteurs donnent une interprétation nouvelle du phénomène
de centration. Ce dernier ne peut être expliqué seulement par les diffé
rences topographiques des régions de la rétine où se projettent les
segments centraux et les segments périphériques. En effet, le phénomène
de surestimation est inversé si le sujet doit porter son attention, non
plus sur le point situé dans l'axe de la ligne de son regard, mais sur des
points périphériques. La centration du regard ne serait alors qu'un cas
particulier de la centration de l'attention et les différences d'attitudes
rendraient compte des variations interindividuelles dans le phénomène
de surestimation.
Cette interprétation psychologique complète l'interprétation physio
logique, proposée par Rey et Richelle, suivant laquelle les éléments
périphériques, perçus dans de mauvaises conditions de visibilité (l'acuité
visuelle décroît du centre à la périphérie de la rétine), seraient, de ce
fait, sous-estimés. Elle permet, en outre, de vérifier la loi de centration
dans des domaines — le domaine tactile par exemple — où une
de l'organe récepteur périphérique ne peut jouer aucun rôle.
A. L.
WALLACH (H.), O'CONNELL (D. N.). — The Kinetic Depth Effect
(L'effet cinétique de profondeur). — J. exp. Psychol., 1953, 45,
205-217. — WALLACH (H.), WEISZ (A.), ADAMS (P. A.). — Circles
and derived figures in rotation (Cercles et figures dérivées en rotation).
— Amer. J. Psycho!., 1956, 69, 48-59. — FISHER (G. J.). — Factors
affecting estimation of depth with variations of the stereokinetic effect
(Les facteurs affectant V estimation delà profondeur lors des variations
de l'effet stéréocinétique ) . — Amer. J. Psychol., 1956, 69, 252-257. —
TAMPIERI (G). — Contributo sperimentale all'analisi dei fenomeni
Stereocinetici (Contribution expérimentale à V analyse des phénomènes
stéréocinétiques). — Riv. Psicol., 1956, 50, fasc. 1. — CANES-
TRARI (R). — Osservazioni sul fenomeno del trapezio ruotante
(Observations sur le phénomène du trapèze en rotation) . — Riv. Psicol.,
1956, 50, fasc. 1.
Si l'on fait tourner derrière un écran translucide une forme tr
idimensionnelle, constituée par un solide ou par une construction en fil
de fer, le sujet placé devant l'écran voit la projection bidimensionnelle
des ombres, comme un objet à trois dimensions entraîné par un mouve
ment de rotation. Au lieu de percevoir une figure plane soumise à des
déformations, ce qui est la réalité sur l'écran, le sujet perçoit un volume
qui garde sa forme tout en tournant.
Wallach et O'Connell étudient les principales caractéristiques de cet
effet, qu'ils nomment K. D. E. (Kinetic depth effect), au cours de
nombreuses expériences. Les deux premières mettent le phénomène en ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 188
évidence, à l'aide d'un bloc de bois en forme de toit à 6 pans (exp. 1)
et d'une spirale et d'un parallélogramme en fil de fer (exp. 2). Une étude
systématique de la variation de l'effet avec un cylindre tronqué selon
différentes sections, permet de constater que :
1) Lorsque la déformation de l'ombre ne porte que sur une dimens
ion, il y a perception d'une figure plane qui s'élargit et rétrécit
périodiquement ;
2) Lorsque les lignes formant le contour de l'ombre changent simu
ltanément de direction et de longueur, c'est un volume en rotation qui
est perçu.
Ces deux points sont vérifiés avec d'autres dispositifs expérimentaux.
Par ailleurs, l'A. met en évidence l'influence des perceptions précédentes
sur l'obtention du K. D. E. Les sujets voient un T en rotation comme
une figure plane se déformant, mais si dans une première expérience
on leur a montré un triangle equilateral incliné à 15° au-dessus du plan
de rotation, dispositif donnant naissance au K. D. E., presque tous
voient alors le T, rigide, tourner dans l'espace sans se déformer.
L'A. suppose que les transformations de l'image rétinienne au cours
des expériences se traduisent par la perception de rotation dans l'espace
d'un volume donné. Ceci implique que le volume perçu est bien identique
à celui qui est réellement en rotation derrière l'écran. Cela est vérifié par
une épreuve de reproduction (dessin) et une de reconnaissance.
Afin de mesurer l'exactitude de la perception en profondeur lors
du K. D. E., une nouvelle expérience fut montée, dont le principe est
le suivant. Une ligne lumineuse tournant dans l'obscurité autour de son
milieu dans un plan oblique par rapport au plan fronto-parallèle est vue
comme décrivant une ellipse dans ce plan. D'autre part, on peut obtenir
la même perception en faisant tourner une ligne dans un plan fronto-
parallèle, ligne visible par une ouverture elliptique dans un écran qui
masque ses extrémités. On utilise ce dernier dispositif avec 3 sortes
d'ouvertures elliptiques, correspondant à la rotation d'un bâton dans
des plans inclinés respectivement de 29°, 46° et 59° par rapport au plan
de l'ouverture. Dans chaque cas, l'E. demande au sujet d'ajuster une tige
de métal à l'inclinaison que paraît avoir pour lui le plan sur lequel tourne
la tige lumineuse derrière l'écran. Les moyennes obtenues furent respect
ivement : 14° 9, 44° et 59° 8. Dans ces deux derniers cas, on voit que les
sujets ont une perception fort exacte de la profondeur dans le K. D. E.
Dans le premier, 14° 9 diffère significativement de 29°, l'A. explique cette
différence par le fait que les petits angles d'inclinaison donnent lieu à une
trop faible déformation de longueur pour que se produise le K. D. E.
Une autre expérience montre qu'un déplacement de lignes associé
à un changement des angles qu'elles forment entre elles, mais non à
celui de leur longueur ne donne pas de K. D. E.
De même, un simple changement des distances séparant 4 sphères,
ne donne pas de K. D. E. Pour l'obtenir, il faut que changent non
seulement les distances, mais aussi leur direction. PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 189
L'A. conclut que pour obtenir le K. D. E., les conditions nécessaires
sont le changement simultané de longueur et de direction des lignes ou
des contours d'un objet. Il pense que dans la vie courante, lorsque nous
bougeons autour d'un objet, celui-ci est vu successivement sous diffé
rents angles. La projection rétinienne de l'objet subit en ce cas les mêmes
déformations que celles auxquelles sont soumises ses ombres successives
dans les expériences relatées, et le même processus perceptif en résulte les deux cas.
Dans un second article, Wallach et ses collaborateurs étudient les
déformations de figures circulaires et voisines du cercle. La figure est
dessinée sur une table qui tourne sous les yeux du sujet. En ces condit
ions, un cercle est soumis objectivement à deux mouvements, un de
révolution autour du centre de la table, l'autre de rotation sur lui-même.
En fait, le second n'est pas perçu, Wallach interprète ce fait de la façon
suivante : tous les points de la circonférence sont indistinguables entre
eux, la figure est orientée par rapport au cadre de référence visuel et
l'identification des points du cercle se fait par leurs positions vis-à-vis
des coordonnées du champ visuel (la partie supérieure du cercle restant
toujours la partie supérieure, etc.).
Un ovale dont le centre correspond à celui du plan de rotation ne
paraît pas tourner, il est vu immobile, mais subit une déformation
continue : une bosse se déplace le long de son contour. Si l'on imagine
des rayons partant du centre de la figure, chaque point d'intersection
de ceux-ci avec le contour doit garder son identité et rester à la même
place pendant la rotation. Quand la partie bombée du contour passe en
ce point, celui-ci se trouve entraîné le long du rayon dans un sens, puis
dans l'autre (expansion, rétraction) d'où l'impression de déplacement
d'une déformation.
Un effet voisin s'obtient avec une spirale vue par l'ouverture cir
culaire d'un écran.
L'A. rappelle les observations de Musatti sur des ellipses en rotation.
Les déformations sont si fortes que toute la figure paraît fluide et se
déformer tout en tournant. Si, au lieu de la vision normale, on utilise la
vision monoculaire, on obtient un effet stéréocinétique : l'ellipse déformée
est remplacée par un cercle rigide, dressé à 45° au-dessus du plan de
rotation et tournant sur lui-même dans l'espace.
L'A. se pose alors la question d'une identité possible entre effet
stéréocinétique et l'effet K. D. E. Il dessine une ellipse blanche, pleine,
sur une table noire. Les sujets la regardent d'abord en vision binoculaire,
puis en vision monoculaire. En vision binoculaire, tous les sujets voient
l'ellipse se déformer, aucun n'a l'effet Musatti. En vision monoculaire,
12 % voient spontanément le disque se dresser, 76 % ne le voient
qu'après suggestion, les autres ne le voient jamais. L'A. conclut que
l'effet Musatti n'est ni régulier, ni spontané et en ce sens, il diffère
extrêmement du K. D. E.
L'effet Benussi s'obtient à l'aide de plusieurs cercles intérieurs les

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