Perceptions et illusions. Becher, Bourdon, Foucault, Ponzo - compte-rendu ; n°1 ; vol.17, pg 402-428

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1910 - Volume 17 - Numéro 1 - Pages 402-428
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1910
Lecture(s) : 28
Nombre de pages : 28
Voir plus Voir moins

III. Perceptions et illusions. Becher, Bourdon, Foucault, Ponzo
In: L'année psychologique. 1910 vol. 17. pp. 402-428.
Citer ce document / Cite this document :
III. Perceptions et illusions. Becher, Bourdon, Foucault, Ponzo. In: L'année psychologique. 1910 vol. 17. pp. 402-428.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1910_num_17_1_7286402 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à l'action de la pesanteur et au jeu des masses musculaires, nous
sont transmises par les nerfs sensitifs des muscles et des tendons, —
par contre, celles qui semblent les plus importantes étant détermi
nées par les frottements et les résistances à vaincre, prennent leur
origine dans les filets nerveux des surfaces articulaires.
Goldscheider a encore mesuré les valeurs qui correspondent aux
plus petits mouvements perçus par le « sens musculaire » de
divers organes, et établi qu'elles dépendent de la rapidité de ces
mouvements. Nous savons aujourd'hui que l'amplitude exprimée en
degrés, du plus petit déplacement angulaire auquel, dans un temps
donné, corresponde une sensation, est plus grande pour les
systèmes articulaires dont les mouvements ont en général le plus
d'étendue et de rapidité. Cette valeur moyenne du seuil est par
exemple de 2° par seconde pour les doigts, de 0°,7 à 1°,4 pour
l'articulation du coude, de 0°,5 à 1° pour celle de l'épaule. Et les
chiffres obtenus restent les mêmes, quelles que soient les positions
respectives des surfaces au début du mouvement. Ils diminuent un
peu sous l'influence de l'exercice.
Z. Trêves rappelle ces faits et propose de perfectionner l'éduca
tion des aveugles. Il pense qu'on devrait leur enseigner certains
mouvements des grandes articulations, puisqu'elles peuvent leur
donner les renseignements les plus précis. Les réactions appro
priées qu'on leur apprendrait pourraient sans doute leur être utiles.
Mais, pour que cette éducation soit possible, il faut que les sujets
se montrent capables de reproduire avec exactitude les mouve
ments effectués un certain nombre de fois. Des expériences de
Trêves prouvent que les jeunes aveugles ont, à un degré assez
développé, cette mémoire des attitudes.
Neuf enfants, de cinq à huit ans, tous atteints de cécité soit
congénitale, soit survenue avant leur troisième année, sur lesquels
fut effectuée la première série d'expériences, purent retrouver, avec
une erreur qui parfois fut moindre qu'un centimètre pour les
extrémités de leurs membres, diverses attitudes données à ceux-ci.
D'autre part, quatorze jeunes filles de neuf à seize ans furent
capables de reproduire d'une manière satisfaisante les lignes et les
angles droits qu'on leur avait fait tracer.
L'article contient une minutieuse discussion du travail publié en
1904 par Keller sur le même sujet. E. M.
III. — Perceptions et illusions.
ERICH BECHER, T. J, DE BŒR. über umkehrbare Zeichnungen
(Sur les dessi7is linéaires ambigus). — Archiv für die gesamte
Psychologie, t. XYI, pp. 397, 417, et t. XVIII, pp. 179, 192.
On sait qu'il y a des combinaisons de droites (par exemple le
contour d'un cube dont toutes les arêtes sont tracées en traits ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 403
pleins) qui peuvent être perçues comme représentant dans l'espace
de plusieurs manières le même objet. Wundt a noté les actes qui
déterminent en nous les changements d'aspect de ces dessins, et a
énoncé les propositions suivantes : Les points de la figure dont se
détourne le regard paraissent plus rapprochés que ceux vers
lesquels les yeux se portent. Lorsque les yeux sont immobiles, les
arêtes des objets que fixe le regard semblent, toutes les fois que la
constitution de la figure le permet, se trouver les plus proches de
l'observateur.
Becher, en se servant des indications de cinq personnes, a repris
l'étude de ces phénomènes. Il a trouvé que la direction du regard
et les mouvements des yeux ont en général l'influence indiquée
plus haut, mais que la règle de Wundt souffre de nombreuses
exceptions. - La manière dont l'attention se distribue aurait ici
un rôle assez important; de plus, les images mentales qui nous
font apercevoir comme un corps solide un dessin dépourvu de
relief, ne seraient pas sans influence sur notre représentation de
celui-ci. — Becher a enfin trouvé, pour beaucoup de figures
ambiguës, qu'une manière de les envisager prédomine nettement,
ce que confirment les expériences de J. de Boer.
Ce dernier découvrait brusquement les figures, et se faisait indi
quer par chacun de ses 22 auditeurs la partie vue en relief. Chaque
sujet fut de la sorte interrogé deux fois sur les mêmes dessins,
observés à huit jours d'intervalle. — De Boer a constaté que, pour
les figures très simples qui ne peuvent éveiller qu'un petit nombre
d'associations bien déterminées, c'est souvent une ligne, une
surface ou un point situé au milieu de la figure, qui attire tout
d'abord le regard. S'il en résulte d'ordinaire une impression de
relief, ceci a vraisemblablement lieu parce que nous avons con
tracté l'habitude de fixer notre attention sur les parties saillantes
des choses. — En faisant varier les dessins de manière à ce qu'ils
ressemblent davantage à des objets bien connus, on pourra sans
doute déterminer l'influence de certains facteurs associatifs sur nos
perceptions. E. M.
B. BOURDON. — La perception de la position de notre corps et de
nos membres par rapport à la verticale. — VI0 Congrès interna
tional de psychologie. Rapports et comptes rendus, p. 227.
Genève, Kündig; 1910.
Nous reproduisons intégralement cet important mémoire.
« La perception de la verticalité de notre corps et de nos membres
ou de leur inclinaison par rapport à la verticale repose certainement
sur des sensations d'origine diverse. Les unes viennent de la peau,
d'autres probablement des muscles et des tendons, d'autres peut-
être des surfaces articulaires. D'après un grand nombre de savants,
nous aurions, en outre, dans l'oreille, un organe spécial qui aurait,
entre autres fonctions, celle d'assurer l'équilibre de notre tète et de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 404
notre corps en nous renseignant sur leur position par rapport à la
verticale.
« Je me propose d'examiner la part qui peut revenir à ces diverses
sensations dans la perception en question. J'insisterai surtout sur le
rôle qui a été attribué à l'oreille. Je fais abstraction du sens de la vue.
« Cas du corps tout entier. — Je considérerai simplement ici le cas
où le corps est droit. L'attitude droite ne doit pas être confondue
avec l'attitude verticale. On peut dire brièvement que le corps est
droit lorsque ses principaux segments, tête, tronc, jambes, consi
dérés comme ne formant ensemble qu'un seul segment, sont en ligne
droite, ne présentent aucune inclinaison l'un par rapporta l'autre. Il
est clair que le corps peut être à la fois droit, en ce sens, et incliné
par rapport à la verticale.
« Toute position du corps par rapport à la verticale, et il en est de
même de toute position d'un membre, peut être obtenue passive
ment. Ainsi, si nous attachons fortement quelqu'un à une table
rotative verticale par la tête, les bras, les hanches, les jambes et les
pieds, nous pourrons, en inclinant ensuite la table, incliner la
personne considérée sans que celle-ci ait besoin de contribuer par
aucun effort actif à l'inclinaison. Dans ce cas, les sensations
produites seront des sensations de pression aux endroits où le corps
de la personne sera pressé par les instruments servant à l'immobil
iser et des sensations statiques (j'appelle ainsi les sensations hypo
thétiques fournies par ce que Breuer a appelé le « sens statique »
du labyrinthe).
« Dans beaucoup de cas, nous pouvons contribuer activement à
réaliser une inclinaison déterminée de notre corps. Supposons, par
exemple, que le tronc et la tête soient libres et que les hanches et les
jambes soient fixées; si on nous incline à droite, par exemple, notre
tronc et notre tête tendront à tomber de ce côté, et nous serons
obligés, pour maintenir l'attitude droite, de faire un effort actif.
Dans ce cas donc, il s'ajoute aux sensations de pression et aux sen
sations statiques citées des sensations d'effort. Celles-ci proviennent
des muscles et des tendons ou des deux à la fois, tandis que les
sensations de pression sont, au moins pour une bonne part, des cutanées.
« II y a, toutefois, une remarque importante à faire au sujet de ces
sensations d'effort. On doit les considérer comme secondaires,
comme supposant d'autres sensations qui nous renseignent, avant
elles, sur notre inclinaison. Les efforts d'où elles résultent sont, en
effet, des réactions contre les inclinaisons produites; tant qu'une
inclinaison n'est pas sentie, il n'y a aucune raison de faire un effort
pour lutter contre elle. Certains, toutefois, supposeraient peut-être
ici une régulation des efforts par des excitations inconscientes pro
venant de l'oreille; mais cette hypothèse est peu vraisemblable, pour-
les mêmes raisons, dont il va être parlé ci-dessous, qui rendent éga
lement peu vraisemblable l'influence des sensations statiques
proprement dites. BIBLIOGRAPHIQUES 405 ANALYSES
<■ Une autre remarque importante est la suivante : les sensations
qui provoquent les réactions d'effort sont probablement celles qui
nous renseignent, non sur la position de tout notre corps par
rapport à la verticale, mais sur celle de notre tronc, par exemple,
par rapport au reste du corps. Quand on expérimente sur l'inclinai
son du corps tout entier, le tronc étant libre, le sujet, en effet,
doit s'appliquer à maintenir le non pas vertical, mais droit par
rapport au reste du corps. Par conséquent, si, à partir d'un certain
moment, il fait effort pour maintenir son corps droit, c'est qu'il a
commencé à sentir son tronc s'incliner par rapport au reste du corps
(à moins qu'il n'ait simplement supposé qu'il s'inclinait). Donc,
lorsqu'on expérimente sur l'inclinaison du corps tout entier et que
le tronc est libre, le corps, vraisemblablement, ne reste pas parfa
itement droit. J'ai constaté, en fait, régulièrement, dans des expé
riences instituées pour contrôler l'hypothèse précédente, où mon
tronc était libre et où je m'appliquais systématiquement à garder
le corps droit, de légères inclinaisons du tronc, de même sens que
l'inclinaison de la table sur laquelle mes pieds appuyaient, et qui
s'ajoutaient, par conséquent, à l'inclinaison du tronc résultant de
celle de la table. Le fait qu'il s'agit ici de maintenir le corps droit
et non de placer le tronc vertical rend invraisemblable l'hypothèse
d'après laquelle le régulation des efforts du tronc dépendrait de
sensations statiques de l'oreille : celles-ci, en effet, ne peuvent pas
nous renseigner directement sur la position de notre tronc par
rapport au reste de notre corps, comme on le comprendra aisément
par la suite.
« Des sensations de distension de la peau peuvent se produire aussi
dans le cas d'inclinaison du corps tout entier. Supposons, par
exemple, que nous soyons couchés sur le dos sur une table horizont
ale, et que l'on incline cette table de manière à abaisser notre tête
par rapport à nos pieds. Si notre tête n'appuie contre aucun obstacle,
nous aurons une tendance à glisser; mais, dans les régions où notre
corps touchera la table, les parties du corps situées au-dessus de la
peau glisseront plus tôt que la peau elle-même qui restera adhérente
à la table; la peau se distendra donc, et il en résultera des sensations
de distension, sensations qui, comme je l'ai constaté1, nous
renseignent très délicatement sur le sens suivant lequel la peau est
distendue, qui nous feront, par conséquent, connaître avec préci
sion ici le sens de l'inclinaison de notre corps.
« Si l'on admet l'existence de sensations articulaires, qui résulte
raient de la pression que peuvent exercer l'une sur l'autre deux
extrémités articulaires, de telles peuvent jouer aussi un
rôle dans la perception de la position de notre corps par rapport à
la verticale. Les endroits comprimés changent, en effet, pour les
diverses inclinaisons qui peuvent être données au corps. On se
1. B. Bourdon. Sensibilité cutanée ou sensibilité articulaire? Année
psychologique, t. XIU, 1907, pp. 133-142. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 406
rendra compte aisément du fait en comparant, par exemple, le cas
du corps vertical et celui du corps horizontal.
« Cas d'un membre isolé. — Nous devons mettre à part la tête, qui
se trouve dans des conditions particulières en raison du fait qu'elle
contient l'organe du sens statique. Il ne s'agit donc ici que d'un
membre autre que la tête.
« Considérons, par exemple, la jambe droite. Notre jambe droite
peut aussi être maintenue soit passivement, soit activement, soit en
partie passivement et en partie activement dans une position déte
rminée par rapport à la verticale. Ainsi, elle peut reposer horizon
talement sur une table, absolument comme notre corps tout entier :
il en résulte des sensations de pression aux endroits où elle appuie
sur la table. Nous pouvons, d'autre part, donner activement à notre
jambe la même position horizontale : dans ce cas interviennent
des sensations musculo-tendineuses d'effort. Dans les conditions
qui viennent d'être citées, la position de la jambe est connue direc
tement, c'est-à-dire sans qu'il soit nécessaire de se préoccuper de
celle du corps.
« Supposons maintenant la position de notre jambe fixe par
rapport au reste du corps. Dans ce cas, pourrait
prendre encore dans l'espace toutes les positions possibles par
rapport à la verticale, sans nouvelles modifications de l'état de ses
muscles; mais, pour changer sa position par rapport à la verticale,
il faudrait changer celle du corps tout entier. Si nous supposons le
corps fixe, tout changement de position de la jambe par rapport au nécessitera, au contraire, des contractions et des allong
ements musculaires, desquels il résultera, entre autres, des sensa
tions musculaires. En même temps, les changements de position d
la jambe par rapport au corps entraîneront des distensions ou des
rétractions de la peau, qui produiront des sensations cutanées. Il
se produira aussi des déplacements des surfaces articulaires qui
donneront lieu, s'il en existe, à des sensations articulaires. Mais il
faut remarquer que ni ces sensations musculaires, ni ces sensations
cutanées, ni ces sensations articulaires ne peuvent nous renseigner
immédiatement sur la position de notre jambe par rapport à la
verticale. Elles dépendent exclusivement de la position de la jambe
par rapport au corps. Elles pourront être les mêmes pour diverses
positions de la jambe par rapport à la verticale, si la position du
corps dans l'espace vient à se modifier. Elles ne nous renseignent
donc directement que sur la position de la jambe par rapport au
corps, et il est absolument nécessaire que la position du corps lui-
même soit connue pour que, par le moyen de ces sensations, nous
puissions savoir quelle position notre jambe elle-même occupe
dans l'espace.
« On voit, par ce qui précède, que le cas d'un membre, comme
la jambe droite, et celui du corps tout entier diffèrent considérable
ment. Dans le cas de la perception indirecte, dont il vient d'être
parlé, de la position d'un membre, des raccourcissements et des ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 407
allongements musculaires, des déplacements relatifs de surfaces
articulaires, des distensions et des rétractions très marquées de la
peau se produisent qui peuvent faire entièrement défaut dans le cas
du corps tout entier : ici, ce qui joue d'ordinaire un rôle essentiel,
ce sont, abstraction faite des sensations hypothétiques du sens
statique, des sensations de pression et d'effort.
« Une autre remarque importante à faire, c'est que le mode de
perception directe de la position d'un membre par rapport à la
verticale et le mode indirect sont essentiellement distincts :
l'horizontalité du bras droit, par exemple, représente une position
constante et produit une sensation constante de poids du bras,
tandis que la position du bras par rapport au corps, lorsque le bras
est horizontal, et les sensations qui en résultent varient suivant la
position du corps lui-même. C'est ce qui peut expliquer, au moins
en partie, le fait que, si l'on tient à bout de bras un poids, qui
oblige à un effort plus grand qu'à l'ordinaire pour maintenir le
bras dans une position déterminée par rapport à la verticale, il
n'en résulte pas d'illusion relativement à la position du bras.
Inversement, dans l'eau, où nous ne sentons pas le poids de nos
membres, nous plaçons aussi exactement horizontale l'une de nos
jambes, par exemple, que hors de l'eau. Ces expériences rendent
d'ailleurs très vraisemblable l'hypothèse que c'est le mode indirect
de perception de la position de nos membres dans l'espace qui
souvent prédomine; il est très difficile d'admettre que nous puis
sions connaître la verticalité de l'un de nos index, par exemple,
autrement que par ce mode indirect.
« La perception de la position d'un membre par rapport à la
verticale peut devenir inexacte lorsque la position d'autres membres
ou du corps vient à changer. C'est ce que prouvent les illusions
qui se produisent relativement à la position de la tête, du tronc,
d'une baguette qu'on tient entre les mains, d'une ligne lumineuse
qu'on essaie de placer verticale dans l'obscurité, tandis que le corps
ou la tête sont inclinés (Aubert, Delage, etc.).
« Cas de la tête. — Le cas de la tête diffère de celui d'un membre
quelconque par ce fait que la tête contient l'organe du sens
statique, sens qui nous fournirait, entre autres renseignements, la
connaissance de la position de notre tête et de notre corps par
rapport à la verticale.
« II importe de remarquer que le sens statique, en supposant qu'il
existe, ne peut nous faire connaître directement que la position,
par rapport à la verticale, de notre tête. Il est impossible qu'il nous
renseigne directement sur celle de notre corps. Supposons, en effet,
la tête fixée dans une position déterminée, et le reste du corps
libre; on peut donner alors au corps toutes les inclinaisons
possibles par rapport à la tête, sans que le sens statique soit en
aucune façon influencé, puisque la tête ne bouge pas. Ces inclinai
sons du corps seront pourtant perçues; d'une part, nous pourrons
directement connaître, dans ce cas, les inclinaisons du corps par 408 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
rapport à la verticale par le moyen des sensations de pression,
d'effort, etc., précédemment énumérées; d'autre part, nous pour
rons connaître, directement encore, par les de contrac
tion ou d'allongement des muscles, et par les sensations de disten
sion ou de rétraction de la peau, qui se produiront du côté du cou,
les inclinaisons du corps par rapport à la tête; et, connaissant
ainsi directement, d'une part la position de la tête par rapport à la
verticale, d'autre part celle du corps par rapport à la tête, nous
pourrons en inférer et connaître indirectement la position du
corps lui-même par rapport à la verticale.
« Questions étudiées. — La question du « sens musculaire » est
évidemment en rapport étroit avec celle qui fait l'objet de la pré
sente communication. Par « sens musculaire » on entend, en effet,
d'ordinaire l'ensemble des sensations (moins celles de la vue et du
sens statique) qui nous renseignent sur les positions et mouvements
en général de nos membres, sur nos efforts musculaires, sur le
poids, la résistance et la consistance. Mais l'examen direct de la
question du sens musculaire, ainsi entendu, nous entraînerait trop
loin, et je me bornerai à considérer ici ce qui a trait au cas parti
culier de la perception de la position de notre corps et de nos
membres par rapport à la verticale.
« Dans les études entreprises à ce sujet jusqu'à présent, on s'est
limité en général aux cas du corps et de la tête. D'importants tr
avaux ont été consacrés par Delage 1 et d'autres à ce que ce savant a
appelé les « illusions statiques de direction » : ce sont les illusions
auxquelles il a été fait allusion plus haut et qui se produisent sur
la direction de la verticale lorsqu'on incline la tête ou le corps. Ces
travaux ont conduit à des hypothèses sur le rôle de l'oreille, des
yeux, etc., dans la perception de la verticalité ou de l'inclinaison
de la tête et du corps. Delage et d'autres ont aussi déterminé avec
quelle exactitude nous estimons l'inclinaison de notre corps tout
entier. Je me suis occupé moi-même de déterminer avec quel degré
de précision nous apprécions la verticalité soit de notre corps, soit
de notre tête.
« Mais les recherches les plus nombreuses et les plus importantes
(les précédentes ont contribué d'ailleurs à élucider la même ques
tion) ont porté sur la question du rôle du labyrinthe dans la percep
tion de la position dans l'espace de la tête et du corps. C'est sur ces
recherches que je me propose d'insister exclusivement dans ce qui
va suivre.
« Rôle du labyrinthe. — Goltz2 est le premier qui ait eu l'idée
d'attribuer à l'oreille un rôle dans la perception de la verticalité ou
de 1 inclinaison de la tête et du corps. D'après lui, les canaux semi-
circulaires seraient des organes de sensibilité pour l'équilibre de
1. Delage, Études expérimentales sur les illusions statiques et dyna
miques de direction. Archives de zoologie expérimentale, 2° série, 4, 1886.
2. Goltz. Ueber die physiologische Bedeutung der Bogengänge des
Ohrlabyrinthes. P finger's Archiv., Bd. 3, 1870. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 409
la tête et indirectement de tout le corps. Après lui, Mach, Crum-
Brown, de Cyon, Breuer J ont développé, parfois en la modifiant sur
des points de détail, cette hypothèse d'un organe de sensibilité
spatiale qui siégerait dans l'oreille interne. D'après Breuer, qui a
exposé une doctrine très élaborée du « sens statique », les canaux
semi-circulaires percevraient seulement les rotations, et ce seraient
les appareils à otolithes de l'utricule et du saccule qui renseigne
raient sur les positions par rapport à la verticale 2.
« Les arguments principaux que l'on invoque en faveur de la
doctrine d'une sensibilité spatiale de certaines parties de l'oreille
nterne se tirent des résultats d'observations faites sur les animaux
et sur l'homme. L'excitation des canaux semi-circulaires chez les
animaux provoque, comme l'a signalé le premier Flourens, des
troubles des mouvements. Les expériences sur les animaux ont
prouvé que le labyrinthe exerce une action marquée sur la force
musculaire; Ewald a particulièrement démontré ce point3. Mais on
remarquera qu'il ne s'agit pas là de sensibilité. Pour pouvoir con
clure des troubles des mouvements constatés à l'existence d'un
organe de sensibilité spatiale dans l'oreille, il faut admettre que les
mouvements qui se produisent sont des réactions contre des sensa
tions que les animaux éprouvent; mais ce n'est là qu'une hypothèse,
peu vraisemblable d'ailleurs, comme on le verra par les résultats
d'expériences sur l'homme. Il est probable, d'ailleurs, qu'il se pro
duisait chez les animaux sur lesquels on expérimente, même si on
les immobilisait complètement, des sensations de vertige, comme
il s'en produit chez l'homme; mais de telles sensations, indépen
dantes de tout mouvement, peuvent encore s'expliquer, comme on
le verra plus loin, par certains troubles de l'activité musculaire,
sans-qu'il soit nécessaire de faire intervenir un organe de sensibilité
statique situé dans l'oreille.
« Chez l'homme on a constaté des troubles de la station et de
la marche dans le « vertige de Ménière », qui résulte d'une maladie
de l'appareil auditif. Mais il ne s'agit là encore que de troubles des
mouvements; on n'en peut conclure à l'existence d'un sens de
1. Mach. Grundlinien der Lehre von den Bewegunhsempfindungen, 1875.
— Crum-Brown. On the Sense of Rotation, etc. Proceedings of the Royal
Society of Edinburg, Vol. 8, 1874, et Journal of Anatomy and Physiology,
Vol. 2° sem., 8; voir 188'J. aussi — De Les Gyon sensations a résumé de mouvement. ses idées clans Revue l'article scientifique, Espace t. 44, du
Dictionnaire de Physiologie de Richet. — Breuer. Ueber die Function der
er' s Archiv., Bd. 43, 1890. Otolithen-Apparate, Pflüg
2. Pour la bibliographie détaillée, voir principalement von Stein, Die
Lehren von den Funktionen der einzelnen Theile des Ohrlabyrinths, 1894.
On trouvera les indications bibliographiques essentielles, en même temps
qu'un bon résumé par W. Nagel de l'état actuel de la question dans Nagel's,
Handbuch der Physiologie des Menschen, 3. Band, 1905.
3. Ewald. Physiolog. Untersuchungen über das Endorgan des Nervus
octavus, 1892; voir aussi, du même auteur, Der Labyrinthtonus, dans le
Compte rendu du Congrès de psychiatrie, de neurologie, etc., d'Amsterdam,
1908, p. 132 et suiv. 410 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
l'équilibre dans l'oreille. On constate encore chez les malades qui
éprouvent le vertige en question des sensations de vertige, alors
qu'ils sont couchés et ont les yeux fermés; ils ont l'impression de
tomber de leur lit, il leur semble que leur chambre tourne autour
d'eux. Nous pouvons admettre qu'il s'agit de sensations indépen
dantes de tout mouvement véritable. Mais elles peuvent, néan
moins, s'expliquer, comme on le verra ci-dessous, par des troubles
de l'activité musculaire.
« Les expériences sur l'homme normal ont consisté principal
ement en de rotation et de galvanisation de l'oreille.
« Lorsqu'on provoque chez une personne, en la faisant tourner,
du vertige, cette personne constate que le sens des mouvements
illusoires qu'elle éprouve dépend de la position de la tête ; l'axe du
mouvement apparent suit, comme l'a fait remarquer Mach, tous les
mouvements de la tête. En réalité, il se produit, dans ces expé
riences, non seulement des mouvements illusoires, mais aussi des réels, et il serait utile, comme précédemment, de
distinguer les deux. En tout cas, le fait que l'axe des mouvements
apparents est dans la tête ne prouve pas non plus qu'il y ait dans
la tête un organe de sensibilité statique spécial, si nous pouvons
expliquer les illusions de mouvement éprouvées par un trouble
constatable de l'activité musculaire. Si nous le pouvons, le fait
prouvera simplement que l'activité musculaire est sous la dépen
dance d'un organe situé dans la tête, organe qui peut être excitable
par les rotations, sans être pour cela un organe de sensibilité.
« Lorsqu'on fait passer à travers la tête, d'une oreille à l'autre,
chez une personne normale, un courant galvanique, on constate
régulièrement, au-dessus d'une certaine intensité du courant, que
la personne incline la tête et le corps pendant le passage du courant
vers le pôle positif, et se redresse quand on interrompt le courant.
Le mouvement se produit lentement et n'est certainement pas un volontaire de réaction contre une illusion que la per
sonne éprouverait de s'incliner d'abord en sens opposé ; une preuve
décisive qu'il n'est pas volontaire, c'est qu'avec une intensité suff
isamment faible du courant, il cesse, bien que se produisant encore
incontestablement, mais avec peu d'amplitude, d'être perçu par le
sujet. Il est facile à constater pour une autre personne lorsque le
sujet a les yeux fermés et se tient debout, les pieds rapprochés. Si
l'inclinaison est assez prononcée, le sujet la perçoit. Si on immobil
ise celui-ci, il n'a en général, pour une intensité modérée du cou
rant et sauf au début et à la fin, aucune illusion de mouvement
pendant la durée du passage du courant. Au moment de la ferme
ture du circuit, certaines personnes accusent, même immobilisées,
une inclinaison du corps vers le pôle négatif, et il leur semble
qu'elles se redressent au moment de l'ouverture. Enfin, certaines
personnes, avec courant assez intense, éprouvent, immobilisées, un
vertige marqué, accompagné de nausées, comparable à celui qu'on
ressent après avoir tourné rapidement pendant quelque temps sur

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.