Phénomènes intellectuels. Pensée et attitudes mentales - compte-rendu ; n°1 ; vol.24, pg 526-537

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L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 526-537
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1923
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IX. Phénomènes intellectuels. Pensée et attitudes mentales
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 526-537.
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IX. Phénomènes intellectuels. Pensée et attitudes mentales. In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 526-537.
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marquants, des jours précédents. L'auteur est donc peu favorable
aux vues de Freud. Il faut selon lui, user avec la plus grande pru
dence de théories empruntées à la pathologie pour expliquer la psy
chologie normale. En tout cas, l'étude des rêves peut être conduite,,
selon des méthodes positives, en dehors de toute vue spéculative.
G. P.
IX. — Phénomènes intellectuels.
Pensée et attitudes mentales
M. BOMFIM. — Pensar e dizer (Penser et Dire). — In-16 de 518 p.,
Rio de Janeiro, Casa Electros, 1923.
M. Bomfim qui fut, à Paris, l'élève de Binet, et qui enseigne la
psychologie pédagogique à Rio de Janeiro, a consacré un important
volume de plus de 500 pages, à l'importante question des rapports
de la pensée et du langage, et particulièrement à la question du sym
bolisme.
Il fait preuve d'une pensée très personnelle, d'une documentation
large, et d'un sens avisé, au cours de l'examen de ces difficiles pro
blèmes.
Il fait dans l'introduction sa profession de foi ; il n'est pas de
ceux qui préconisent les méthodes de laboratoire, car, à côté de
quelques expérimentateurs lucides faisant œuvre utile, on trouve
surtout des « enregistreurs myopes d'associations d'idées », des ba
taillons de « preneurs de temps de réaction », uniquement préoccupés
de ce que Binet a appelé l'horlogerie de laboratoire. Est-ce du labo
ratoire qu'on peut tirer une explication définitive des processus
psychiques ? Wundt lui-même a du y renoncer.
Il a eu à sa disposition un laboratoire sans en tirer très grand parti ;
mais le problème de la pensée échappe à de telles investigations.
C'est que la pensée est un phénomène humain, mais social, qui
évolue avec les symboles collectifs.
« Dans le langage, dit-il, il y a condensation manifeste et expli
cite du psychisme humain, socialisé comme lui, pour ce qui est du
sentiment, de la pensée et de l'action ».
Mais M. Bomfim n'admet pas que ce soit le langage qui condi
tionne la pensée. Si le mot « nous » manque aux Cherokees, c'est
que l'idée leur manque, déclare-t-il, à rencontre de Lévy-Bruhl,
qui lui paraît « mettre la charrue avant les bœufs», quand il dit que
le défaut d'expression ne permet aux primitifs qu'une généralisation
réduite, une abstraction rudimentaire.
L'attitude de Bomfim n'est pas strictement sociologique, elle
est psycho- sociale, et s'inspire volontiers de Tarde.
Mais on comprend que ces préoccupations et le souci des problèmes
psychologiques les plus complexes, l'aient éloigné de la psychologie
de laboratoire. La méthode historique l'intéresse, et elle est utile
pour aborder certaines domaines des manifestations mentales de
l'homme ; mais, cela n'exclut pas la méthode biologique et sa valeur
pour l'étude expérimentale des processus élémentaires, du psychisme
individuel. La psychologie de laboratoire ne peut rendre compte PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS. PENSEE ET ATTITUDES MENTALES 527
de toute la production mentale humaine, mais il lui reste assez à
faire, et les applications de l'anthropométrie psychologique, qui
cherche à préciser le fond individuel, sous la croûte sociale éducative,
ont justement entraîné un développement énorme, dans ces dernières
années, des recherches « de laboratoire » que l'on disait mortes, et
auxquelles M. Bomfim, garde une rancune un peu excessive, de ce
qu'elles n'ont pas pleinement satisfait ses aspirations prématurées
à une science psychologique explicative totale.
Mais, sur le terrain où il se place, la psychologie sociale et la psy
chologie pathologique apportent à coup sûr les documents les plus
précieux ; on ne peut que le féliciter d'y avoir fait appel et d'avoir
pénétré même sur le terrain de la linguistique, dans son intéressant
ouvrage sur le symbolisme.
H. P.
C.-K. OGDEN et I.-A. RICHARDS. — The Meaning of Meaning. —
Avec une Introduction par le professeur J.-P. Postgate, et deux
essais supplémentaires, l'un de B. Malinowski, Ph. D., D. Se,
lecturer d'Anthropologie sociale à l'Ecole des Sciences Econo
miques de Londres sur le Problème de la signification dans les
langues primitives, et l'autre de F. G-. Crookshank, M. D., F. R. C. P.,
sur V importance d'une Théorie des Signes et d'une critique du lan
gage en Médecine (in-8 de 544 pages, Londres, Kegan Paul, 1923.)
Ce livre, comme le titre l'indique, traite d'un problème classique,
surtout chez les philosophes d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique,
le problème du Meaning of Meaning, qui est ici conçu — ainsi que
le sous-titre nous en avertit — comme l'influence du langage sur
la pensée. Les auteurs sont deux M. A. de Magdalene College, à
Cambridge • le premier est directeur du Cambridge Magazine et
de l' International Library of Psychology, Philosophy and Scientific
Method, la première collection philosophique moderne anglaise ; le
second est Lecturer au Magdelene College à Cambridge ; tous deux
se sont déjà fait connaître par des travaux divers en Psychologie,
Esthétique, et Sociologie, écrits en collaboration ou séparément
( The Foundations of Aesthetics, Word Magic, The Principles of Criti
cism, etc.).
Leur dernier livre prétend résoudre définitivement le problème
du Meaning of Meaning, de l'influence des mots sur la pensée,
étant donné qu'ils l'ont envisagé d'un point de vue tout à fait nou
veau et radical : celui de la science du symbolisme, qu'ils se pro
posent de fonder.
Le point de départ des recherches qui ont abouti à cette science
du Symbolisme, c'est la difficulté que l'on rencontre presque fata
lement dans toute espèce de discussion : chacun des adversaires
emploie, dans un sens différent, l'un ou plusieurs des termes du pro
blème dont on discute, si bien que personne n'arrive à s'entendre
et que la plupart des discussions aboutissent à des remarques comme
celles-ci : « Que voulez- vous dire (what do you mean...) pax tel mot ? »,
ou « Vous employez tel mot dans un sens différent du mien », ou
« Cela dépend du sens que vous donnez à ce mot » (it depends on
your meaning). 528 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Cette science du symbolisme comprendra une partie théorique
qui étudiera les processus mentaux intervenant dans la Symbolisa-
tion, le symbole lui-même et les relations entre le symbole et la chose
symbolisée, — et une partie pratique, où les auteurs nous appren
dront les règles de l'usage correct des symboles.
Dans la première partie, nous voyons que la pierre d'achoppement
de toute théorie du symbolisme antérieure à celle de MM. Ogden
et Richards, c'est la manière dont on a considéré les rapports entre
le symbole et la chose symbolisée. Pour le commun des mortels et
même pour les philosophes, ce rapport est une correspondance : au
Discours correspond un Univers et l'Univers correspond au Dis
cours ; au nom dans une phrase correspond une chose dans la réalité.
De cette croyance sont nés la théorie^ platonicienne des Idées, le
problème des Universaux, en général tous les problèmes philoso
phiques et « the behavior of logicians and others among modern
mystics. »
Mais cette croyance n'est qu'une survivance inavouée de la magie
des mots, de la théorie magique du nom comme partie de la chose.
Eclairés par la sociologie, nous devons renoncer à concevoir des
rapports magiques entre la pensée et les choses ; nous devons traiter
ce rapport comme un rapport causal. Sur ce point les auteurs se
rattachent aux théories du Dr Semon. Le meaning résulte donc de
l'expérience, d'un sorte d'influx des choses sur l'esprit. Une autre
partie originale du livre, est celle où MM. Ogden et Richards ex
posent leur théorie de la pensée, conçue comme une interprétation
de signes ; cette interprétation n'est que notre réaction psycholo
gique au sigé^Téaction déterminée par expérience passée
dans des circonstances semblables et par notre epxérience présente.
Dans la partie pratique, nous sommes avertis que, le mot ayant
deux fonctions, une fonction symbolique, documentaire, et une
fonction émotionnelle, il faut, si nous voulons comprendre et être
compris, bien distinguer quaôd il remplit la première fonction, c'est-
à-dire quand il sert surtout à informer, et quand il remplit la seconde,
c'est-à-dire quand il sert surtout à émouvoir, en poésie par exemple.
C'est pour avoir confondu ces deux fonctions qu'il y a eu dans l'His
toire — et qu'il y a encore — , surtout en Philosophie, tant de dis
cussions stériles et tant de faux problèmes. Le sens des mots n'étant
pas fixé, chacun leur prête le sens qu'il veut. C'est ainsi que le terme
« beauté », par exemple, a engendré tant de controverses qui ont
fait de l'Esthétique un domaine si embrouillé : MM. Ogden et Ri
chards découvrent que ce terme n'a pas moins de seize acceptions.
De même le mot « meaning » lui-même n'a pas moins de seize défi
nitions, sensiblement différentes, et cela explique toutes les discus
sions auxquelles ce mot a donné lieu. De plus ces ambiguïtés du mot
« meaning » retentissent d'une façon néfaste dans toute discussion,
sur quelque sujet qu'elle porte : car toute opinion sur un sujet quel-
onque implique une certaine conception du mot « meaning ».
Ces confusions peuvent être évitées en observant les règles four
nies par la science du symbolisme, règles qui sont au nombre de
six et que les auteurs appellent Les canons du Symbolisme.
La science du Symbolisme apparaît ainsi comme la préface indi
spensable de toutes les sciences. Pour bien conduire sa raison, il. PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS. PENSEE ET ATTITUDES MENTALES 52»
faudra désormais faire attention, non seulement à la logique et à la
juxtaposer perflues. grammaire, à mais la logique aussi aux et la Canons grammaire, du Symbolisme, les rendant qui en viennent partie su se
énergumènes Nous plus « taine den courant traitent génial Telles récentes et ne naïveté Richards. sont, souvent des voyons » que théories qui dans d'une dans rigoureusement pas tonnent les Leur tous quels le façon « linguistiques, philosophes procès les travail contre sont sommaire, pays, qu'ils les est mais la scientifique. « très métaphysique, » philosophes psychologiques font rappelle les leur bien idées à livre la documenté, directrices un La philosophie » reste qui peu manière et et leur plutôt il trop y logiques de ils servent a celle MM une dont en un sont livre bloc cer Cte des les de au ils
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minent l'évolution du meaning des problèmes et des termes tech
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inventé six minue indiquer clairement la tous philosophie une Enfin quelque cution tant magie. canons simple là, : on par qu'ils point la croyons-nous, chose toujours ne logique, peuvent Leur exemple, de et hypostase font saurait les façon d'absolument de mérites de la quand il se la dire n'employer logique à n'a réduire autre Théorie de être on fait que des résoudre mots, compris passe chose en nouveau, que à auteurs les platonicienne des faux les témoignent « la à que règles Canons mots un les codifier. problèmes, : les tous autre problèmes Aristote observaient très que théories du ceux des sens. simples du dans Symbolisme Idées et non qui même classiques Mais la du un en et s'exprimaient prompte plus D' en seul fait connues cela simplisme en Semon n'a » sens faisant et ne soient de exé pas ces di de et la
Somme toute, c'est un livre intelligent, intéressant et très
sionnels. tif, mais qui donne l'impression de n'être pas l' œuvre de
C. P.
pensée ae
f
délire, La pensée la pensée symbolique mystique, qui ou apparaît la mythologie, dans le d'après rêve la rêverie psychanal le
reconnaît l'enfant yse, obéit ayant même et la pensée n'a à seulement ordre un est pas, que besoin de une qu'il l'on l'enfant pour activité pense une de recouvre Piaget satisfaction certaine : trouver jusque de une sous jeu, signification vers analogie entre ce dont immédiate, nom 7 ou ces la des ; 8 logique, diverses ans, et freudienne fonctionnements et c'est l'activité non formes la une à « orthodoxe un prélogique analogie mentale besoin de pensée divers du • de il »
l'année psychologique, xxiv. o. 530 ANALYSES BIBLlOGfUPHlQUES
vérité. C'est une pensée qui paraît relativement « autistique »,
suivant l'expression de Bleuler, qui travaille sous la forme la plus
économique, la plus simple, parce que sous faible « tension » (Janet).
Mais les analogies ne doivent pas conduire à une identification ;
la pensée de l'enfant réaliserait un stade intermédiaire entre l'au
tisme symbolique proprement dit et la logique socialisée de l'adulte
normal : c'est une pensée égocentrique, pour laquelle la discussion, la
déduction, la vérification, l'analyse n'apparaissent nullement né
cessaires ; elle use de schémas intuitifs (syncré tiques).
Quelques exemples justificatifs sont donnés à l'appui de cette
très intéressante conception, que Piaget doit développer dans ses
livres en cours de publication.
H. P.
H.-L. HOLLINGWORTH. — Symbolics relation in thinking (Les
relations symboliques dans la pensée). — J. of Ph., XX, 19, 1923
p. 516-524.
Hollingworth soutient d'abord contre Titchener (Experimental
Psychology of the thought processes) que le sentiment d'une relation
n'a pas forcément un « caractère kinesthésique ». N'importe quelle
sensation ou image assez bien associée à la conscience d'une
pourra la remplacer et jouer le rôle du phénomène psychologique
total (stand for the whole) : c'est, du reste, le principe de toute repré
sentation. Cependant, notre auteur veut éviter le sensualisme. Les
relations ont une existence réelle dans la conscience entre les états
secondaires — mémoire, imagination — , comme entre les percep
tions primitives. Les relations entre états dérivés des primitifs ou
associés aux primitifs, sont aussi « fraîches », aussi originales, quoi
qu'elles soient symboliques. Ainsi, la signification (meaning) a une
réalité psychologique, contre le structuralisme qui ne lui reconnaît
qu'une existence logique .
En songeant — sans tomber dans les excès de la psychanalyse —
que n'importe quel terme, image, impression, sentiment, mot, geste,
attitude, peut, non seulement »exister « de son propre droit », mais
aussi « fonctionner symboliquement ou par réintégration » dans le
courant de la pensée et de l'activité, on parvient à caractériser « bien
mieux » qu'autrefois la perception, le jugement, l'inférence, la
croyance. La rencontre directe avec les relations est la perception.
Affirmer une relation non perçue en se fondant sur une relation
perçue, c'est faire un jugement : par exemple affirmer qu'un objet
est plus haut qu'un autre, parce qu'il faut un plus grand effort pour
l'atteindre. Lorsqu'on affirme une relation en se fondant sur une
donnée qui n'est pas elle-même une relation, mais, par exemple, une
simple qualité, il y a inference. Enfin, la croyance se produit quand
l'affirmation d'une relation se fait « de seconde main », par exemple
sur l'autorité de la Bible ou de ses amis.
La fonction vicariante des termes ou des relations est la grande
loi de la pensée.
S. G. INTELLECTUELS. PENSEE ET ATTITUDES MENTALES 531 PHÉNOMÈNES
ANDRÉ CRESSON. — Les réactions intellectuelles élémentaires. —
In-16 de 154 p., Paris, Alcan, 1922.
L'auteur envisage comme une « réaction intellectuelle » le raiso
nnement analogique inconscient, tel qu'on le découvre dans le pro
cessus de perception, dans le travail imaginatif, dans la représenta
tion que nous nous formons d'autres êtres conscients comme nous.
« Phénomène remarquable, déclare- t-il, et qui vient se situer
curieusement parmi les phénomènes ordinaires des réactions vitales.
Nous digérons, nous respirons, nous marchons, par des réactions
biologiques qui se font en nous, sans que nous les apercevions. Nos
échafaudages d'idées se construisent d'une manière analogue, pour
la plupart, grâce à des réactions psychologiques qui n'attirent pas
notre attention davantage ».
Il y a une aptitude intuitive au raisonnement analogique, un
instinct qui apparaît nettement chez les animaux, un « réflexe in
tellectuel » qui conduit quelquefois à l'erreur, mais est d'une utilité,
d'une vérité incontestable dans la plupart des cas. Ce n'est pas un
raisonnement complexe comme on a cru pouvoir le démontrer, ce
n'est pas non plus un simple phénomène mnémonique « car la mé
moire rappelle seulement le passé, tandis que le raisonnement ana
logique conclut pour l'avenir d'après le souvenir du passé ». Et c'est
grâce à une disposition de ce genre que la vie peut exister, peut
durer, disposition qui n'est pas réductible à un jeu d'automatismes.
Sur ce dernier point, on peut penser que l'auteur, s'il analysait
la notion du réflexe conditionnel, qui constitue le type organique du
raisonnement analogique, trouverait plus difficile à préciser la dis
tinction qu'il pose.
H. P.
RAYMOND HOLDER WHEELER. — Some problems of meaning
(Quelques problèmes de psychologie de la pensée). — Am. J. of Ps.,
XXXIV, 2, 1923, p. 185-202.
Le contenu de la pensée est-il exclusivement sensoriel et imagi
natif ? L'auteur l'affirme et croit pouvoir attribuer à une intros
pection incomplète les « sentiments intellectuels, pensées sans images
pures pensées », etc., qui sont constitués en réalité, par des éléments
kinesthésiques mal analysés.
La pensée est-elle structure ou fonction ? Tout contenu isolé ne
constitue jamais une pensée. Différents contenus peuvent avoir
même fonction. Les deux points de vue sont corrélatifs. Si on envi
sage la pensée comme structure, elle se réduit à des sensations et à
des images : si on l'envisage comme fonction, on considère le déte
rminisme de la conduite sous l'influence de ces sensations et de ces
images, c'est-à-dire leur liaison avec des réactions motrices ou ment
ales.
Il en résulte que ce qui est fonction à un certain niveau de comp
lexité du fait, est structure à un niveau de complexité supérieur.
La conscience d'un choix à faire peut avoir un contenu variable,
(images visuelles, kinesthésiques, etc.), d'un individu à l'autre ou
cfoejK-le même sujet, d'un moment à l'autre : mais la fonction, c'est-
à-dire la manière de choisir qui en résulte, reste la même. Mais cette 532 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
pensée, si on la considère comme élément non analysé de l'ensemble-
de l'acte volontaire où se place le choix, devient un contenu.
De plus, il faut considérer ces deux aspects comme corrélatifs :
il n'y a pas plus de fonction sans structure, que de structure (image
ou sensation) sans fonction.
Quelle est la relation des éléments kinesthésiques et de la pensée ?
Nous éprouvons continuellement des impressions kinesthésiques, elles
prennent une place dans toute forme d'activité mentale, puisque
toute pensée tend vers une réponse motrice : mais tel ou tel élément
kinesthésique particulier, n'est pas caractéristique de la pensée.
I/image visuelle d'un couteau peut devenir significative, en vertu
d'accompagnements kinesthésiques, mais la pensée du couteau n'est
une donnée de la conscience, que quand cette image se continue, soit
en réactions verbo-motrices, soit en image visuelle du couteau en
action.
Les attributs des processus mentaux se répartissent entre la struc
ture et la fonction : dans le premier groupe on rangera la qualité et
secondairement l'étendue et la durée : dans le second les attributs
modaux, puisqu'ils sont des modes de la conduite : tels sont la géné
ralité, le caractère concret, la clarté, la complexité.
Quelle est la relation de la pensée avec les éléments de la cons
cience ? En réalité, il n'y a pas d'élément irréductible,inanalysable,
même pas la sensation ou l'image ; car le processus le plus simple
est toujours double : ainsi, toute sensation consciente implique tou
jours un commencement d'interprétation imaginative, tout acte
d'attention implique un double contenu, ce qui en est le point de
départ et ce qui en est le terme, les éléments derniers de la conscience
ne sont pas des états, des données, mais des moments d'une action
qui se développe de quelque chose vers quelque chose, etc..
Quels sont les critères de la pensée ? Ils ne doivent pas être cher
chés dans les éléments (sensations et images), car chaque fait de
pensée (reconnaissance, jugement, volonté, etc.) perd son caractère
original quand on en analyse le contenu. Il faut chercher ces critères
dans la fonction, c'est-à-dire examiner la manière dont ce contenu
apparaît, se développe, et disparaît, ses relations avec les processus
antécédents et subséquents. Wheeler distingue trois sortes de cri
tères, tirés du processus, du comportement auquel le processus se
rapporte, de la situation à laquelle ce comportement se rapporte. Le
fait de pensée ne se caractérise que par sa fonction dans l'ensemble
de faits qui l'encadrent.
La pensée (meaning) est donc, par rapport à la simple conscience,
une intégration, une synthèse ; les problèmes de la pensée se rap
portent à la fonction, non à la structure, et doivent être traités en
termes de comportement.
P. G.
R.-M. OGDEN. — The phenomenon of meaning (Le phénomène de
la pensée). — Am. J. of Ps., XXXIV, 2, 1923, p. 223-230.
Les travaux de Binet, de Woodworth et de l'école de Wiirzbourg
sur la « pensée sans image », ont obligé les psychologues à mieux
définir les éléments ou le contenu de la conscience, et d'autre part, INTELLECTUELS. PENSEE ET ATTITUDES MENTALES 533 PHÉNOMÈNES
ont créé une condition favorable à l'apparition du behaviorisme qui
conteste la validité scientifique de ces phénomènes de conscience.
Cependant la psychologie allemande continuant son enquête sur
ces phénomènes renouvelait ses conceptions. C'est à la lumière de
la Gestalttheorie qu'Ogden interprète ses anciennes recherches sur la
psychologie de la pensée.
Il s'agissait pour l'observateur de noter la signification de mots
qui lui étaient présentés : elle est donnée dans un acte mental de
relation pensée entre deux termes, dont l'un est le mot-stimulus et
l'autre, un autre contenu mental, qu'on regardait comme associé au
mot, sous l'influence combinée du mot et de l'instruction donnée au
sujet avant l'expérience.
Ogden traduit ces observations dans un nouveau langage. Il n'y
a pas lieu d'admettre deux moments : la perception brute du mot
et ce qu'il évoque par association (son sens) : ce langage ne traduisait
qu'une inference erronée. Psychologiquement, il n'y a pas deux
données séparables : il n'y a pas d'expérience sans signification
(meaningless).
L'instruction qui détermine la configuration du phénomène ment
al, le maintient centré sur le mot perçu, d'un bout à l'autre de l'e
xpérience ; la perception du mot constitue la pensée elle-même : tout
le reste est logique plutôt que psychologique. Le sentiment d'une
relation n'apparaît que quand l'impresion première se limite, de
même qu'une figure, perçue visuellement, ne se définit que par ses
contours, bien qu'elle ait sa structure interne qui en est indépendante.
P. G.
H.-L. HOLLINGWORTH. — Meaning and the psycho- physical
continuum. — J. of Ph., XX, 16, 433-441.
La séparation absolue entre ce qui est purement mental et ce qui
est physique étant une erreur, le « meaning » n'est qu'un aspect de
la corrélation des événements naturels.
S. G.
F. RUSSELL BICHOWSKI. — The consciousness of relations
(La conscience des relations). — Am. J. of Ps., XXXIV, 2, 1923,
p. 231-243.
On présente au sujet des stimuli variés : images de deux objets en
relation (un livre sur une table) ; noms de deux objets en relation
(père, fils) ; deux rapports semblables, soit qu'on donne, soit qu'on
demande de trouver le quatrième terme (le rouge est au rose comme
le violet est au ) ; une relation simple d'implication (« Y est plus
grand que V », implique que ) ; une proportion à compléter (ma....
est la sœur de ma mère) ; enfin des propositions mathématiques ou
logiques.
Le sujet doit répondre par un jugement approprié impliquant
perception de la relation. On n'a pu mettre en évidence un sentiment
simple (feeling) de relation, (au sens où la conscience d'une qualité
sensible est un sentiment immédiat). En quoi donc consiste la cons
cience d'une relation ? C'est un phénomène d'un autre ordre. 534 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Par rapport à tout contenu de la conscience (images, sensations),
la relation est de nature transitive ; elle se développe d'un contenu
à un autre. Tous les observateurs distinguent fort bien la connais
sance de la relation dans la phrase : « le chat est sur la table », de la
connaissance de l'image : « le chat sur la table ».
La relation connue a une sorte de pseudo-indépendance à l'égard
des images, sensations, etc., qu'elle unit.
Il ne faut pas plus de temps pour reconnaître le rapport entre
deux objets que pour reconnaître les deux objets pris séparément.
La relation a toujours un caractère d'universalité, même quand
eile se traduit dans une image particulière, dont elle reste bien dis
tincte.
Bichowski résume ses conclusions en ces termes : La conscience
de deux termes en relation implique l'existence d'une relation entre
deux entités psychiques, images ou sensations. — Le corrélatif
psychique (et probablement aussi physiologique), de la connais
sance d'une relation est une relation.
P. G.
W.-B. PILLSBURY. — L'épreuve et l'erreur, loi des opérations
mentales. — R. Ph., 48e An., 9-10, 1923, p. 202-213.
Le processus de l'épreuve et de l'erreur, invoqué par Darwin »
pour rendre compte de l'évolution par sélection des variations utiles,
est la règle dans l'apprentissage des réactions chez les animaux.
Un élève de l'auteur a montré qu'il s'appliquait à l'apprentissage
moteur chez l'homme même : pour arriver à remuer ses oreilles,
on commence par des contractions maladroites des muscles voisins,
jusqu'à ce que se produise un mouvement de l'oreille ; la pensée de
ce mouvement le provoque, à partir de ce moment, avec une fr
équence croissante, jusqu'à ce qu'il naisse à volonté.
Quand on croit apprendre d'une façon plus rationnelle, c'est qu'on
utilise des habitudes déjà acquises et acquises de cette façon.
Or, selon Pillsbury, dans les processus mentaux supérieurs, c'est
encore la même méthode qui jouerait.
Voici le raisonnement, par exemple :
« Le processus essentiel pour résoudre un problème consiste à
trouver une idée avec laquelle on pourra supprimer une difficulté
ou un désagrément, acquérir un avantage nouveau, dessiner quelque
machine ou appareil plus moderne, introduire quelque ordre nou
veau dans les faits ; en un mot tout ce qui constituera une explica
tion satisfaisante. Il y a toujours de nombreuses épreuves avant que
la solution définitive apparaisse. De plus, il y a un processus spécial
de croyance, qui a approximativement la même nature et la même
garantie que la reconnaissance et qui passe temporairement sur les
suggestions. La solution qui promet le succès est alors soumise à
l'épreuve avant d'être définitivement acceptée et mise en pratique ».
Les phénomènes de perception donent des exemples frappants
du processus, qui se dirige vers une fin, au moyen d'une sélection.
Constater ce processus laisse encore à remplir la tâche de déterminer
les lois qui conduisent aux épreuves successives et la nature des
phénomènes de sélection. H. P.

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