Phénomènes intellectuels. - Pensée et attitudes mentales. - Logique. - compte-rendu ; n°1 ; vol.19, pg 449-463

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L'année psychologique - Année 1912 - Volume 19 - Numéro 1 - Pages 449-463
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1912
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A. Michotte
Henri Piéron
G. L. Duprat
E. F.
VIII. Phénomènes intellectuels. - Pensée et attitudes mentales. -
Logique.
In: L'année psychologique. 1912 vol. 19. pp. 449-463.
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Michotte A., Piéron Henri, Duprat G. L., F. E. VIII. Phénomènes intellectuels. - Pensée et attitudes mentales. - Logique. In:
L'année psychologique. 1912 vol. 19. pp. 449-463.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1912_num_19_1_7996PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS 449
F. C. PRESCOTT. — Poetry and dreams (Poésie et Rêves). —
i. of Abn. Ps., vn, 1 et 2, 1912, p. 17-47 et 104-144.
La ressemblance entre la poésie et le rêve est frappante; les
poètes sont par tradition des rêveurs : leurs témoignages abondent.
L'étude, faite par l'école de Freud, du rêve et de ses conditions
permet d'esquisser une explication psychologique de la conception
poétique. « Le rêve est un groupe de symboles significatifs » (p. 21)
qu'il faut interpréter; de même la poésie est la manifestation
symbolique d'une idée latente ou d'une impulsion cachée. « La
fonction de la poésie semble être de fournir la satisfaction imagi
native de nos désirs ou souhaits » plus ou moins réprimés ou
obligés de se manifester sous quelque déguisement (p. 30). Les
grands poètes sont ceux qui procurent les plus complètes satisfac
tions de ce genre au plus grand nombre d'hommes. L'imagination
est l'effet d'un travail subconscient qui convient bien à l'élabora -
tion des modes de manifestation requis, à la recherche de tout ce
qui peut exprimer l'émotion réprimée en partie (rythme,
rimes, etc.). Les poètes prennent l'habitude d'exprimer tous leurs
sentiments les plus profonds d'une façon symbolique ou avec les
entraves de la métrique; leur fonction sociale est de libérer les
âmes de certaines oppressions (p. 47). Une sorte de délicatesse
instinctive est nécessaire au poète pour éviter les modes ultra
fantaisistes ou fantastiques d'expression (p. 109); son imagination a
un point de départ et un « point de cristallisation » (p. 114). Elle
ressemble à la fois à celle du rêveur et à celle de l'enfant : la
poésie existe dans l'âme et son expression littéraire n'en est qu'une
pâle expression; elle n'est qu'une seconde élaboration; le génie
poétique est d'autant plus créateur qu'il est plus comprimé, qu'il
lui faut plus d'énergie pour se manifester : c'est pourquoi le
romantisme (qui met l'individu plus aux prises avec la société, avec
l?à contrainte sociale) paraît plus « inspiré ». D'ailleurs l'amour, le
désir sexuel réprimé est le génie inspirateur d'une notable partie
de la poésie, qui à son tour lui apporte comme une purification
(pouvoir cathartique). G. L. Duprat.
VIII. — Phénomènes intellectuels.
Pensées et attitudes mentales. — Logique.
AVELING. — On the consciousness of the universal and the indi
vidual. A contribution to the phenomenology of the thought
processes. — pp. x-255, Londres. Macmillan, 1912.
Toutes les recherches expérimentales sur les processus de la
pensée doivent être les bienvenues, car elles répondent aux ten
dances et aux besoins de la psychologie d'aujourd'hui. Quelle que
soit en effet l'opinion que l'on ait des méthodes actuellement adopt
ées dans les travaux de cette espèce, il faut tout au moins recon-
l'année psychologique, xix. 29 430 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
naître qu'elles permettent de s'orienter dans le monde si complexe
de la phénoménologie de la pensée, de défricher provisoirement le
terrain, et d'arriver ainsi à définir et à classer les problèmes qui se
posent.
Le principal mérite de M. Aveling est, à notre sens, d'avoir réa
Usé un progrès sensible au point de vue méthode, en créant un
procédé opératoire nouveau, et susceptible de nombreuses applica
tions. Son procédé répond au schéma classique de l'expérience
d'introspection ou plutôt de retrospection ; mais cette expérience est
perfectionnée, en ce que les processus a observer doivent leur exis
tence et leur apparition ultérieure dans le cours des recherches, à
des exercices préparatoires auxquels on soumet les sujets, et dont
on peut faire varier les conditions à volonté.
Le but du travail de M. A. était, comme l'indique le titre qu'il lui
a donné, de déterminer sous quelle forme se présentent à la cons
cience les objets de pensée, lorsqu'ils sont, au point de vue logique,
universels, individuels ou indéfinis (p. 75).
Il va de soi que l'étude expérimentale de pareil problème suppose
remplies deux conditions :
i° La possibilité de présenter aux sujets un objet (de pensée) sous
une forme psychique discernable par introspection.
2° La de donner à ces objets de pensée une valeur
logique universelle ou particulière.
Voici la façon dont l'auteur a opéré :
1° Pour ce qui concerne la présentation des objets de pensée, il a
renoncé avec raison à l'emploi des termes habituels du langage. Ces
termes sont si intimement fusionnés avec leur signification, que
l'analyse ne permet guère de discerner autre chose que la représen
tation verbale. Il n'en va pas de même lorsqu'on crée de nouveaux
vocables auxquels on peut donner arbitrairement une signification
quelconque; c'est ce procédé que l'auteur a adopté. Après avoir
choisi un certain nombre de termes verbaux dépourvus de sens,
analogues à ceux que l'on emploie dans les expériences sur la
mémoire, il les a associés à des objets divers, représentés par des
images coloriées (à des figures géométriques, oiseaux, fruits, etc.),
leur donnant ainsi un sens défini.
La formation de ces mots nouveaux constituait la « période d'ap
prentissage » préparatoire aux expériences principales.
2° La seconde partie des recherches, la plus originale, était des
tinée à produire les variations de valeur logique des nouveaux
termes. Ce but était atteint en leur faisant jouer le rôle de sujets
de propositions que les personnes soumises à l'expérience devaient
compléter, en leur adjoignant un prédicat. Ainsi, on présentait par
exemple aux sujets, des cartes sur lesquelles étaient imprimés les
mots suivants : « tous les Tuben sont... » (Tuben était devenu, sous
l'influence des expériences préparatoires, synonyme de « oiseaux »)
ou : « aucun Tuben n'est... » ou encore : « le premier des Tuben
est... », etc., et les sujets avaient pour tâche de trouver un adjectif PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS 451
qui s'appliquât soit à tous les « Tuben », soit seulement au pre
mier « Tuben » qu'on leur avait montré au commencement de la
période d'apprentissage. L'objet de pensée présenté par le mot
« Tuben » devait donc, nécessairement, avoir une portée soit uni
verselle, soit individuelle, soit collective, etc.
Les résultats obtenus sont très intéressants.
Les processus qui aboutissent à donner leur signification aux
termes primitivement dépourvus de sens, peuvent se décomposer
d'après l'auteur, en quatre stades principaux :
A) Au début, lorsque l'association est faible, le mot dépourvu de
sens évoque l'image associée (ou les images, car dans la suite des
expériences, on associait au même mot plusieurs images représent
atives d'individus différents de la même catégorie, de façon à favo
riser la formation de significations générales). Cette évocation est
souvent suivie (cela ne se fait cependant pas toujours) d'un juge
ment, d'un assentiment, d'un état de conscience affirmatif, indi
quant que l'image est bien celle qui correspond au mot.
£) Plus tard, le mot — excitant, l'image associée et la signification
(donnée souvent par un mot de la langue habituelle du sujet) se
distinguent encore les uns des autres^ mais il s'établit entr'eux une
connexion de plus en plus intime. En général, l'image est assez
complète et exacte.
C) A un stade plus avancé, la signification du mot précède l 'appari
tion de l'image, mais elle se distingue assez nettement du mot — exci
tant; le sujet comprend donc le mot après sa lecture, mais avant
qu'une image se soit présentée. L'image n'intervient qu'à titre de
contrôle ou d'exemple. La fusion entre le mot et sa signification
devient de plus en plus complète, et l'on arrive ainsi au dernier
stade.
D) Le mot alors porte sa signification; la liaison est si parfaite, que
l'analyse ne permet plus de les distinguer l'un de l'autre comme
phénomènes distincts; le vocable et sa signification forment un
tout inanalysable, comme s'il s'agissait d'un terme ordinaire du
langage.
En somme les faits les plus saillants que l'on observe dans ces
processus sont : 1° La distinction nette entre les phénomènes ima-
ginatifs, représentations verbales ou visuelles, et la signification des
mots, et 2° l'élimination progressive des images. Cette disparition
est d'autant plus remarquable, que la signification était donnée pr
imitivement par le moyen d'impressions sensorielles, et que la répé
tition des groupes mots-images, pendant la période d'apprentissage,
aurait dû avoir pour effet de renforcer les associations entre les
mots et les éléments sensoriels, du moins, entre les mots et ce qu'il
y avait de commun dans les différentes images, comme la forme
générale p. e. Il est intéressant de noter que d'anciennes expé
riences, faites au laboratoire de Louvain sous notre direction, mais
non encore publiées, nous ont mené à des conclusions qui étaient
dans leurs grandes lignes, très semblables à celles-ci. 452 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
2° Les résultats des séries principales d'expériences sont tout
aussi nets, voici les principaux :
A) Lorsque les mots créés pendant la période d'apprentissage
étaient utilisés comme sujets de propositions, la forme sous laquelle
se présentait leur signification dépendait de leur valeur logique. Dans
les jugements universels, l'imagerie était infiniment plus pauvre
que dans les jugements individuels; ainsi, pour le cas « universel »,
dans un tiers des procès-verbaux d'expériences, environ, les sujets
ne font pas mention d'images; dans le cas « individuel », les signi
fications sans images ne se retrouvent que dans 4 p. 100 des cas;
encore les résultats de ces quelques expériences étaient-ils douteux.
Inversement, la signification avec images, sans indication d'une
signification non imaginative, est mentionnée dans plus de la moitié
des cas « individuels », dans un cinquième seulement des cas « uni
versels ». L'apparition d'images dans les jugements universels
répond à des conditions nettement définies : 1° le type individuel
du sujet, 2° l'existence d'une inhibition arrêtant le cours normal
des processus; 3° enfin, le fait d'une incompatibilité quelconque
entre l'un des objets qui avaient donné sa signification au mot,
et la signification actuelle du jugement. Ces deux derniers faits
devraient, sans aucun doute, être mis en rapport avec la psycho
logie de la « détermination ».
C'est sur ces résultats que l'auteur base son explication de la di
sparition graduelle des images dans la période d'apprentissage ; au
début, lorsque la signification du mot n'a été donnée que par un
seul objet (une image), elle est individuelle; lorsque, dans la suite,
le sujet apprend à appliquer le même terme à divers objets, sa signi
fication devient générale et les images sont éliminées.
B) Les différences que nous venons de signaler au point de vue de
l'imagerie, ne sont pas les seules qui distinguent les jugements uni
versels des autres; A. a pu observer, en effet, que ses sujets avaient
nettement conscience de l'extension de l'objet auquel ils appliquaient
le prédicat. Lorsque le jugement était individuel, les sujets visaient
intentionnellement tel objet particulier; dans un jugement général,
ils visaient tous les objets possibles de cette espèce; dans un jug
ement collectif enfin, ils visaient un certain nombre d'objets. Cette
visée, que l'auteur appelle « Overknowledge », constitue un ph
énomène distinct de la qualification de l'objet comme tel; elle peut
varier, la qualification restant identique ; elle peut être absente. Dans
certains cas, en effet, les sujets ont affirmé qu'ils étaient certains
de n'avoir point visé, de n'avoir pas appliqué le prédicat à telle ou
telle masse d'objets.
C) Enfin, les prédicats des jugements ont manifesté eux aussi,
des différences psychologiques correspondant à la valeur logique
des sujets. Le point le plus important qu'il y ait à signaler sous ce
rapport, concerne les rapports temporels qui unissent la représen
tation verbale du prédicat, à sa signification. Dans les jugements
universels, la signification du prédicat tendait à précéder l'appari- PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS 453
tion du mot, le fait s'est rencontré du moins dans 55 p. 100 des cas;
tandis que dans les jugements individuels, on ne l'a observé que
treize fois sur cent cas. L'auteur attribue cette particularité à la
prédominance de l'imagerie dans les cas individuels; l'imagerie
visuelle tendrait à mettre en relief l'imagerie verbale.
Ces résultats sont intéressants, et il font voir que la méthode de
l'auteur peut être appliquée avec fruits ; il ne faudrait pas cependant
leur donner une portée trop absolue, car les expériences d'A. sont
insuffisantes à justifier des conclusions générales.
En voici les raisons :
1° On peut se demander si la corrélation que l'auteur a constatée
entre le caractère individuel de l'objet de pensée et la présence
des images, est due au caractère individuel comme tel, et si elle
ne dépend pas plutôt des conditions d'expériences. C'est un fait
d'observation constante, et qui a été admirablement mis en lumière
par les anciennes expériences de Watt, que les images apparaissent
à la conscience lorsque leur présence est de nature à faciliter la
tâche que le sujet s'est imposée. Quand les images permettent
d'arriver promptement au but, elles interviennent; quand elles ne
sont d'aucune utilité, elles restent latentes. Or, il est évident que
dans les expériences d'A, les images devaient être d'un grand
secours dans le cas des jugements individuels; ce que l'on demand
ait au sujet en effet, était de trouver un adjectif qui s'appliquât à
tel ou tel objet, et la voie la plus simple pour y arriver était tout
naturellement de se représenter l'objet, et de « lire •> la réponse
dans l'image. Diverses remarques de l'auteur cadrent d'ailleurs par
faitement avec cette interprétation (p. 232). Dans le cas des jugements
universels, les images eussent été d'une utilité beaucoup moins
grande, car il eût été nécessaire de passer en revue tous les objets
qui avaient été présentés aux sujets, ou d'avoir à sa disposition une
image schématique composite, correspondant à tous les objets pré
sentés (ou même présentables). Il résulte de ces considérations que
l'on aurait dû s'attendre a priori à une prédominance des images
dans les jugements individuels, et cela à raison de la tâche parti
culière qu'A, imposait à ses sujets. Ses conclusions demandent donc
une confirmation, par d'autres expériences réalisées dans des con
ditions différentes.
2° Mais si l'on arrivait même à démontrer qu'il existe un rapport
entre l'individualisation d'un objet de pensée, et l'apparition de
l'imagerie, cette loi n'aurait qu'une portée relativement restreinte,
car tous les objets de pensée qui n'appartiennent pas au monde
représentatif échapperaient à son application. Ce serait le cas pour
l'objet individuel par excellence, le moi phénoménal, pour les états
affectifs, pour les vouloirs, etc. Il est d'expérience quotidienne que'
ces faits de conscience peuvent devenir objets de pensée indivi
duels, sans l'intervention d'images, de quelque espèce soient-elles.
A ces restrictions, nous nous voyons forcé d'ajouter quelques mm».^
454 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
critiques, et celle-ci surtout, que l'auteur a commis des confusions
fréquentes entre les points de vue de la logique et de la psychol
ogie ; sa description de 1' « overknowledge » en est un exemple ;
parfois même on rencontre des expressions tout à fait fautives,
comme p. e. celle d' « Universel psychologique ».
La partie théorique du travail est manifestement la moins bonne,
nous avons réservé d'en dire quelques mots en finissant, afin de
laisser à la recherche expérimentale proprement dite, tout son
intérêt et toute sa valeur. La théorie revient à ceci : l'auteur admet
la présence, dans toute perception, d'un élément non imaginai,
distinct non seulement des contenus sensoriels comme tels, mais
même de la « forme », de ce que l'on appelle « Gestaltqualtität »
dans la terminologie allemande. Cet élément non imaginai, consti
tutif de la représentation pourrait être séparé par abstraction des
autres éléments de la représentation. L'auteur a choisi, pour le
désigner, le terme impropre et d'un emploi très regrettable, de
« concept ». C'est en s'associant avec un pareil « concept », qu'une
représentation verbale prendrait sa signification. Enfin, les « con
cepts » formeraient l'ossature principale de la vie psychique supé
rieure.
Pour ce qui concerne le fonds de la théorie, il est à remarquer
que la simple association d'une représentation verbale avec un fait
de conscience, quel qu'il soit, est insuffisante à rendre compte de
la relation symbolique qu'il s'établit entre le mot et l'objet qu'il
signifie. De plus, la théorie proposée par l'auteur ne pourrait en
aucun cas être considérée comme théorie générale de la signifi
cation, car elle se heurterait à des difficultés insurmontables à
propos de la signification de termes qui désignent des données
d'expérience non représentatives.
Il est dommage que l'auteur n'ait pas procédé de façon plus
critique dans l'exposé de sa théorie; la chose est d'autant
regrettable que l'on trouve, dans les développements qu'il lui donne,
des remarques très justes, fort intéressantes, et qui côtoient souvent
de près les conclusions auxquelles est arrivé dernièrement Koffka
(Zur Analyse der Vorstellungen und ihrer Gesetze).
L'impression d'ensemble qui se dégage de ce livre se résume en
ceci : il contient beaucoup de bonnes choses, mais les expériences
sont insuffisamment poussées; d'autre part, il y a disproportion
entre les données d'observation et la théorie.
Ajoutons enfin que tout le travail est précédé d'une préface con
sacrée à l'historique du problème des universaux, qui a trop
d'ampleur, elle aussi, relativement à la portée des résultats exposés
dans la partie expérimentale de l'ouvrage.
A. Michotte (Louvain).
H. L. HOLL1NGWORTH. — Judgments of persuasiveness (Jugements
sur la force persuasive). — Ps. Rev., XVIII, 4, 1 911, p. 234-256.
Le public est docile à la réclame et se laisse facilement con- INTELLECTUELS 455 PHÉNOMÈNES
vaincre par des appels plus ou moins habiles. L'auteur s'est proposé
de comparer la force persuasive de ces appels suivant leur nature
et suivant les sujets. Il a rédigé, sans mettre de nom concret de
produit ou de maison, cinquante appels de publicité, se fondant
sur l'amour de la santé (tel produit est un tonique incomparable,
qui enrichit le sang, donne des couleurs, etc.), l'amour maternel
(rien n'est trop bon pour les enfants, tel produit assure la santé et
la gaieté, etc.), la notion de temps (Time is money, pour économiser
du temps, utilisez, etc.), l'autorité scientifique (notre article est
fabriqué par des méthodes scientifiques approuvées et éprouvées,
grâce à des procédés scientifiques, par des experts techniques, etc.).
Malheureusement les sujets furent, pour les nécessités de l'expé
rience, moins divers; ce furent 20 hommes et 20 femmes, étudiants
d'Université. Ils classèrent les appels dans l'ordre de persuasion
décroissante, en les groupant en 5 classes.
Malgré des différences individuelles, la parenté des jugements
dans les groupes de sujets au cours d'épreuves successives, parenté
exprimée par un indice de corrélation, fut très notable, avec plus
de variabilité chez les femmes pour tous les arguments à portée
sociale, et moins au contraire ceux qui se basent sur les
impulsions affectives et les instincts.
Dans le même groupe les jugements manifestèrent une constance
très nette au cours de deux épreuves successives.
Voici dans quel ordre se classèrent les grandes catégories d'argu
ments : Santé — Propreté — Valeur scientifique — Économie de
temps — Appétit — Efficacité — Sécurité — Caractère durable —
Qualité — Modernité — Affection familiale.
Beaucoup plus loin se classent : Réputation — Garantie — Symp
athie — Caractère médical — Imitation — Élégance — Courtoisie
— Économie — Affirmation — Sport — Hospitalité.
Beaucoup plus loin encore se placent enfin : Remplacements
— Netteté — Noblesse • — Recommandation — Supériorité sociale
— Importation — Beauté.
Cet essai sur les facteurs de persuasion est à coup sûr intéressant
et, bien que le public choisi soit très spécial et ait donné des résul
tats pour une bonne part très différents de ceux qu'aurait donnés
un autre public, il pourra rendre des services à ceux qui, en
Amérique, se sont souciés d'une étude précise de la puissance
psychologique de la réclame. Il existe en effet des écoles de public
ité aux États-Unis, et une véritable technique de la réclame.
Seulement la classification des appels n'est pas très satisfaisante :
elle mêle ce qui tient au rôle possible du produit fictif vanté (mets
savoureux, moyens de défense, produits pharmaceutiques) avec des
arguments persuasifs valant pour un produit quelconque (qualité
meilleure, succès de vente, progrès des affaires, contrôle scienti
fique, etc.). Ce sont deux questions bien distinctes.
Il est probable que la réclame vaudra toujours surtout par ce qui
promet la santé ou la richesse, mais quels arguments sont convain- 456 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
cants, argument du patronage de certaines autorités, affirmation
répétée, progrès inouï des affaires, etc.? C'est là ce qui est particu
lièrement intéressant. Au point de vue pratique, l'application
commerciale apparaît tout de suite : rendre la publicité plus efii-
cace. Mais il me semble que la plus importante serait l'éducation
du public pour assurer sa self-defence contre la puissance énorme
et scandaleuse des publicités mensongères et du charlatanisme
éhonté. H. P.
MARG. HART STRONG et H. L. HOLLINGWORTH. — The influence
of form and category on the outcome of judgment (Influence de
la forme el de la catégorie sur le produit du jugement). — J. of Ph.,
IX, 19, septembre 1912, p. 513-520.
25 photographies d'actrices ont été soumises à dix élèves pour
être classées, à huit jours d'intervalle, au point de vue de la préfé
rence et de l'aversion, de l'intelligence et de la stupidité. Or les
résultats du classement indiquant la préférence n'ont pas été exac
tement correspondants à ceux du classement indiquant l'aversion ;
de même pour l'intelligence d'une part et la stupidité d'autre part.
On en induit que « le jugement d'aversion n'est pas simplement
l'inverse du jugement de préférence, mais bien une nouvelle sorte
de jugement, peut-être avec des critères différents et sûrement avec
un produit différent. De même pour les jugements de valeur ou de
non-valeur intellectuelle (p. 517-518). Les plus subjectifs,
d'aversion ou de préférence, sont plus variables et incertains
que les jugements plus objectifs d'intelligence et de non-intelli
gence. » Les coefficients des jugements négatifs (aversion et stupi
dité) sont plus variables que ceux des jugements positifs.
G. L. Duprat.
BERNARD HART et G. SPEARMAN. — General ability, its existence
and nature (L'habileté générale, son existence et sa nature). — Br.
J. of Ps., V, 1, 1912, p. 51-79.
Spearman s'est toujours opposé à Thorndike en ce qu'il admet
une « habileté générale », une corrélation entre les succès dans les
diverses fonctions mentales, tandis que considère celles-
ci comme absolument indépendantes.
Les auteurs reviennent sur cette question pour discuter les
résultats qu'on leur oppose et tâcher à nouveau d'établir les corré
lations indicatrices d'une habileté générale, dont ils tâchent de
définir la nature.
Il n'y aurait pas là un processus synthétique, ni un phénomène
d'attention, mais plutôt un « fonds commun d'énergie ». Seulement
la nature de cette énergie commune n'est nullement précisée.
Le succès dépendrait à la fois de l'énergie générale, de facteurs PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS 457
spécifiques et d'épreuves analogues. En somme, chaque acte intel
lectuel impliquerait à la fois une activité spécifique d'un groupe
particulier de neurones et l'énergie générale de l'écorce toute
entière, correspondant à 1' « habileté ». H. P.
R. HENNIG. — Die Entwicklung des Naturgefühls — Das Wesen der
Inspiration. — In-8, Leipzig, Barth, 1912.
I. Dans la lrc dissertation, l'auteur s'attache à montrer que ni
l'antiquité, ni le moyen âge n'ont connu véritablement le sentiment
de la nature. La nature dont on goûtait alors le charme est la
nature aimable, gracieuse, féconde, hospitalière à l'homme; mais
la pure joie esthétique que procure la contemplation même des
choses, l'amour des montagnes, de la solitude, de la nuit, du myst
ère, de la sauvagerie même, tout cela est moderne et date, en
somme, de Rousseau.
Il n'y a rien là, semble-t-il, que de très connu. L'auteur s'est
montré très consciencieux; mais il est bien dangereux de vouloir
condenser en quelques 90 pages une question d'une telle ampleur.
La dissertation n'est guère qu'une collection de citations, souvent
heureuses d'ailleurs.
II. Même méthode que dans la lre dissertation. M. Hennig a col-
ligé diligemment un certain nombre de citations empruntées à des
écrivains, savants, artistes, et desquelles il appert que la création
artistique ou scientifique, etc., a souvent un caractère involontaire
— qu'elle se fasse lentement et par cristallisation ou surgisse en
illumination soudaine. On étudie succinctement le rôle des exci
tants (alcool, etc.), l'influence réciproque des différents arts (la
musique sur le peintre, ou le poète, etc.) et quelques autres points.
Tout cela est très appliqué. L'auteur se défend d'ailleurs d'avoir
voulu apporter autre chose que des faits, c'est-à-dire des citations.
Il remet à plus tard un essai d'explication. E. F.
JAMES R. ANGELL. — Imageless thought (Lu pensée sans image). —
Ps. Rev., XVIII, S, 1911, p. 295-323.
L'auteur hésite à admettre la conception d'une pensée sans
image et il énumère les raisons de doute suivantes :
Tout d'abord la méthode des recherches expérimentales qui ont
servi de base à cette conception ne lui semble pas satisfaisante. En
second lieu, chez maints observateurs, la pensée sans image paraît
un phénomène occasionnel, sporadique, sans lien constant avec
telle ou telle situation. D'autre part, à moins d'employer les termes
logiques propres, il est impossible de décrire ceux-ci autrement que
de façon négative, ce qui suggère l'idée d'une analyse incomplète,
inadéquate au contenu de la conscience. D'ailleurs, si l'on peut
accepter comme exacte la description de Woodworth, cela prouver
ait seulement l'existence de deux sortes de pensée répondant à

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