Phonation. Langage. Dessin. Musique - compte-rendu ; n°1 ; vol.26, pg 569-582

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L'année psychologique - Année 1925 - Volume 26 - Numéro 1 - Pages 569-582
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1925
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X. Phonation. Langage. Dessin. Musique
In: L'année psychologique. 1925 vol. 26. pp. 569-582.
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X. Phonation. Langage. Dessin. Musique. In: L'année psychologique. 1925 vol. 26. pp. 569-582.
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X. — Phonation. Langage. Dessin. Musique.
HARVEY FLETCHER. — The physical properties of Speech,
Music and Noise and their relation to transmission problems {Les
propriétés physiques du langage, de la musique et du bruit, et leurs
rapports avec les problèmes de transmission). In-8 de 25 pages.
New- York, Western Electric Company, Octobre 1924.
Depuis la radiophonie, on ne se préoccupe plus seulement de garder
l'intelligibilité de la parole transmise comme en téléphonie courante,
On a souci d'une transmission plus fidèle, d'où la nécessité de mieux
connaître les sons à transmettre, et leur audition.
Les physiciens des laboratoires de téléphonie se sont donc mis à
la phonétique analytique et synthétique, et l'auteur donne des oscil-
ÎQgranimes de mots divers, indique la participation moyenne des
sons de différentes hauteurs dans le langage de conversation anglaise
(ou spectre sonore du langage), montre d'après la vérification syn
thétique la composition des diverses voyelles de langue anglaise}
parlées et chantées. Et il analyse de même les différentes notes d'in
struments de musique, comme le piston, la clarinette, le trombone
ou l'orgue, et les spectres sonores des instruments ; enfin, il donne
des analyses de bruits., en particulier un bruit de rue, avec une
extrême irrégularité de vibrations s'ordonnant à une fréquence
moyenne de 500. Et il résume la mécanique schématique de l'au
dition d'après Wegel et Lane, mettant en rapport ces données avec
le problème de la bonne transmission téléphonique : il est plus
facile de savoir ce qu'il faudrait que de le réaliser en pratique.
H. P.
L-B. CRANDALL et C. F. SACIA. — A dynamical study of the
vowel sounds (Etude dynamique des sons des voyelles). — The Bell
System technical Journal, III, 2, 1924, Extrait, 6 pages et 3
planches.
Le développement technique des laboratoires de téléphonie per
met de réaliser d'importants progrès phonétiques ; en particulier
l'analyse des voyelles a été singulièrement poussée ces dernières
années.
L'appareil dont se sont servis les auteurs consiste en un trans
metteur, un amplificateur, et un oscillographe, le dispositif n'appor
tant aucune déformation pour les. sons compris entre 100 et 5000
v. d. ; l'enregistrement oscïllographique se fait sur une bande sen
sible à raison de 6 mètres par seconde, en sorte que l'on suit en détail
la courbe vibratoire, et ensuite on procède à une analyse « photo
mécanique » des courbes obtenues.
Treize voyelles ont été soumises à une telle analyse pool, put, tone,
talk, ton, father, part, tap, ten, pert, tape, tip, team, chez quatre
hommes et quatre femmes.
Le spectre sonore moyen de chaque voyelle a pu être ainsi établi»
et une planche fournit les 13 spectres masculins et les 13 féminins
(nettement différents). H. P. 570 ANALYSES BIBMOGBAPH1QUGS
E.-R. JAENSCH. — Grundfragen der Akustik und Tonpsychologie.
— II. HANS LACHMUND. — Vokal und Ton [Problèmes fo
ndamentaux de V acoustique et de la psychologie du son. — //. Voyelle
et son musical). — Z. für Ps., 88, 1921, p. 1-52.
Jaensch et ses élèves ont essayé de reprendre le difficile problème
de l'analyse et de la synthèse des voyelles. La méthode d'investiga
tion, ébauchée par Jaensch dans deux articles publiés avant la guerre
(Z. für Sinnesphysiol. 47, p. 219, 1913 ; et Untersuchungen zur
Tonpsychologie, Bericht über den VI. Kongress für experimentelle
Psychologie, Göttingen, 1914), et précisée par l'auteur, repose sur
l'emploi de la sirène à sélénium. Le dispositif est, schématiquement,
le suivant. Un faisceau lumineux parallèle, qui éclaire une cellule
de sélénium intercalée, dans le circuit d'un téléphone (ou, plus exac
tement, d'une lampe à trois électrodes en dérivation sur laquelle
est placé un téléphone, selon le montage habituel), est intercepté,
interrompu par les bords découpés d'un disque tournant. En modif
iant le profil du disque, en le découpant de façon sinusoïdale, et selon
les modalités de durée et d'amplitude voulues, on réalise les varia
tions correspondantes dans le circuit du téléphone. La résistance
<ie la cellule de sélénium varie de 5.000 ohms (éclairement total)
à 100.000 (obscurité). Les disques sont faits en carton épais, les
bords découpés en sorte qu'une « onde » représente le 15e ou 30e de
la circonférence (disques de 24° ou de 12°). Le procédé rend l'onde
sonore visible en quelque sorte : le bord du disque en constitue
presque le tracé.
Les expériences faites à l'aide de cette technique ont conduit
l'auteur aux conclusions que voici.
Une onde sonore nous apparaît comme une voyelle, lorsque nous
n'en entendons plus la tonalité, la hauteur tonale. Pour éliminer
la sensation tonale, il suffit d'altérer la régularité du phénomène
sonore, d'apporter un « facteur de perturbation ». Ce facteur peut
être de deux espèces : longueur d'onde, amplitude.
La « perturbation » ainsi apportée ne doit pas être irrégulière,
mais périodique. La suite des ondes est ordonnée de manière à former
des périodes de plusieurs (5, dans la plupart des expériences) ondes
dont la longueur et l'amplitude oscillent autour d'une moyenne
(sans s'en écarter beaucoup). Ce sera, par exemple, une période telle
que : 18°, 24°, 21°, 30°, 27°, et à l'intérieur de cette période, l'ampli
tude passera de 4 millimètres à 10 millimètres pour revenir à 4 mill
imètres, croissance et décroissance progressives ou brusques.
Cette périodicité apporte, à côté de la fréquence, un fait nouveau :
le « régime périodique », le « son périodique » (Periodenton), le « ton
vocal » (Stimmton), porteur de la qualité vocale. La voyelle est en
tendue quand la vocalité se substitue à la tonalité, quand le « ton
vocal » se substitue au « ton musical ».
La nature même de la voyelle n'est pas liée au « ton vocal », elle
ne dépend que du nombre de vibrations : on entend Vo à 450, l'a
à 930, quel que soit le nombre de périodes (pour l'a cette règle ne
serait peut-être pas absolue : il pourrait y avoir une légère influence
le la périodicité). PHONATION. LANGAGE, DESSIN. MUSIQUE 571
Les actions de l'amplitude et la longueur d'onde s'ajoutent : lor
squ'on supprime l'un des deux facteurs de « perturbation », il faut
augmenter l'autre. Les voyelles obtenues dans ces conditions sont
d'ailleurs moins nettes, moins pures, que celles qu'on obtient par
l'action combinée des deux facteurs.
Une seconde série de recherches a eu pour but d'examiner quel
ques-unes des conditions de la synthèse des voyelles telle qu'elle
était effectuée dans l'expérience même de Helmholtz : par fusion
de plusieurs sons simultanés. Ces conditions semblent être de deux
ordres. Il faut une localisation subjective commune des sons cons
tituants, sinon l'oreille fonctionne comme un organe analyseur et
distingue chaque son séparément ; l'étude de cette localisation sou
lève d'ailleurs une série de problèmes techniques délicats. Il faut,
d'autre part, des intensités différentes des sons composants. Dans
les expériences de l'auteur, faites avec deux sifflets (512 et 640 vi
brations, une tierce), on entendaitJ'o, lorsque le son supérieur (640)
était considérablement plus faible que le son plus bas. L'explication
de la « vocalité » obtenue dans ces conditions serait la même que
celle des précédentes expériences : le son supérieur introduit un
« facteur de perturbation ». I. M.
E.-R. JAENSCH. — Grundfragen der Akustik und Tonpsychologie.
— III. HANS LACHMUND. — Ueber die Abhängigkeit der
scheinbaren Schallstärke von der subjektiven Lokalisation der
Schallquelle, ein Analogon zu den sog. zentralen Faktoren des
Farbensehens (Problèmes fondamentaux de V acoustique et de la psy
chologie du son. — ///. De V influence exercée par la localisation
subjective de la source sonore sur la force apparente du son, un pen
dant de ce qu'on appelle les facteurs centraux de la vision des cou
leurs). — Z. für Ps., 88, 1921, p. 53-55.
Lorsqu'on fait des expériences avec un appareil de localisation
des sons, une illusion est presque constante. On a l'impression
d'entendre un son plus fort dans l'oreille du côté où on localise le
son. L'illusion ne cède pas devant la vérification objective de l'égal
ité des forces. L'explication proposée est la suivante. Dans l'audi
tion normale, naturelle, à la localisation correspond réellement une
différence d'intensité : l'oreille tournée du côté du son reçoit
excitation notablement plus forte que celle du côté opposé. Lorsqu'on
localise, dans d'autres conditions anormales, celles de l'expérience
citée, l'interprétation « normale » subsiste.
Le phénomène paraît à l'auteur l'analogue de ce qu'on observe
lorqu'on fait tourner un secteur noir devant un disque blanc. On
voit, ou une surface blanche à travers un voile noir, ou un mélange
(du gris), selon les conditions de localisation des excitations lumi
neuses. I. M.
E.-R. JAENSCH. — Grundfragen der Akustik und Tonpsychologie.
— IV. E. R. JAENSCH et GEORG ROTHE. — Die psycholo
gische Akustik der Sprachlaute in ihrer Beziehung zu Frages
tellungen der Wissenschaften von der Sprache (Problèmes fonda- .
,
.
572 ANALYSES B1»LK>6RAPH1QÜES
mentaux de F acoustique et êe la psychologie du son. — IV. L'acous'
tique psychoto'gique des sons du langage dans ses rapports avec les
problèmes posés par les sciences du langage). — Z. fur Ps., 97, 1925,
p. 89-126.
On peut essayer de préciser les conditions de l'expérience de
Hefenhottz à Faïde de la sirène à sélénium , en superposant les « courbes »
SDöotfes sur un même disque et en examinant quelles sont les mod
ifications qui améliorent ïa « vo«auté » du son obtenu. Les stn-
teurs ont opéré «l'abord avee deux puis avec trois sons superposés
ainsi (longueurs d'onde 18° et 22°5, 45a):. Ils ont en même temps1
différencié tes ampJitudtes. Ils ont pu constater qu'à mesure que les
différences devenaient plus grandes, que la variation moyenne de
longueur d'onde et d'amplitude augmentait, les sujets entendaient
mieux les voyelles, qu'Us !es percevaient aussi au bout d'un nombre
de to-u-rs moindre. Ces expériences leur paraissent confirmer }& thèse
d'après laquelle îa « voealité » est Bée au « facteur de perturbation ».
Ils &m concluent que voyelle et sow musical sont différents au
point de vue de leur structure sonore, quW se différencient préc
isément par cette- irrégularité périodique ; l'a voyelle n'est pas uh
son musical auquel des bruits sont venus s'ajouter et que la mélodie
continue seule sépare des intervalles fixes de la musique. Mais lors
que, au lieu d'étudier la musique d'aujourd'hui et la parole d'aujeur>
d'hui, on se place au point de vue géiaétique:,, eette diversité actuelle
donne, l'indication d'une identité possible originelle. Comme les
perceptions et les représentations ont pu se développer à partir de
l'unité eMéti que primitive; de même 1' «. intention- »> verbale et 1' « in
tention » musicale ont pu être peu distinctes à l'origine. Quelques
faits linguistiques en seraieat ïa preuve. Bans, quelques langues
airicames une variation de hauteur de t»n change complètement
le sens des mots. Dans quelques langues il y a des intervalles fixes.
Dans quelques langues la mélodie verbale serait faite d'aetaves,
de quintes, de quartes. La est expression des senjtimeats.
La vie affective iatense de l'homme primitif donnait dm mouveiaeiiA
senore à toutes ses expressions.. Sa parole était musiqiia«,, comme sa
musique était parole. L'homme moderne a créé une parole déporarvme
de musique, au seïviee d'états dépourvus di'affeetivité. Il existe,
eatre le son musàcal p^ur et le bruit dépourvu de musicalité (la coi»-
so-ane), un intermédiaire,, éeho de l'unité de jadis,, la voyelle.
I. M.
AGNES M. THORSON. — Th* rdatron oT tcatgm Movement» to
internai speech {Les relations des mouvements de la langue (mec la
parole intérieure). ■ — ■ J. of exp. Ps.r VII, 1, 1^25, p. 1-32.
La théorie de Watson qrai identifie; la pemsée et îa. parole intérieure
et fait consister celle-ci en contractions musculaires réelles des or
ganes de la voix, a donné une impulsion nouvelle aux recherches.
Elle a eu au moins le mérite de provoquer des tentatives pour enre
gistrer les phénomènes, périphériques dont elle affirmait l'existence.
Un analyseur de mouvements permet l'inscription des mouvements
horizontaux et verticaux de la langue, La première question, à r
ésoudre était celle-ci : les mouvements de Ta langue, enregistrés du- PHONATJO.X. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 573
rant la pensée silencieuse d'une phrase de quelques mots, sont-ils
comparables à ceux qui ont lieu lorsque la même phrase est réell
ement prononcée ^chuchotée) ? Sur 10 sujets, trois seulement ont
des tracés semblables dans lesdeux cas etseulemeat daas une partie
de l'épreuve ; les 7 autres ne montrent nulle part la moindre
corrélation ; au total il n'y a ressemblance que dans 4 % de l'e
nsemble des tracés. De plus, il n'y a guère 13 % des cas de
ressemblance appréciable entre les tracés correspondant aux di
verses répétitions mentales d'une même phrase, tandis qu'on en
trouve dans 89 ° /odes cas pour la répétition de phrases chuchotées.
Ceci permet d'écarter l'objection que le langage intérieur consis
terait en mouvements abrégés et modifiés par des court-circuite
nerveux. Mais on pourrait encore objecter des phénomènes de sup
pléance dans les autres organes moteurs (larynx, main) jouant le
rôle des de la langue inhibés par une cause quelconque.
Or, si l'on astreint le sujet pendant les épreuves à des actes automat
iques qui mettent en jeu le larynx ou la main (taper continuell
ement du doigt sur la table, et chanter la voyelle a sur une note dé
terminée), il est impossible d'admettre cette suppléance ; les mou
vements de la langue n'offrent pas plus de ressemblance avec ceux
de la prononciation réelle dans cette expérience que dans les précé
dentes. La thèse de Watson est donc incompatible avec les faits :
le langage intérieur est possible sans mouvements différenciés de la
langue.
Comment donc expliquer l'accroissement de la quantité de mou
vement qu'on observe souvent au cours des épreuves ? Par une série
de nouvelles expériences, l'auteur montre qu'elle est en rapport
avec l'accroissement de tension nerveuse qui accompagne certaines
tâches difficiles, ou qui suit des exercices où la langue a été mise
en action. Les mouvements dépendent donc moins du contenu de la
parole intérieure que de l'irradiation nerveuse et du tonus muscul
aire. P. G.
MAY KIRK SCRIPTURE et WINIFRED BOYD KITTREDGE.
— An attempt to determine another etiological factor of stutte
ring through objective measurement (Essai pour déterminer un
nouveau facteur étiologique du bégaiement par une mesure object
ive). — J. of ed. Ps., XIV, 3, 1923, p. 162-173.
Les causes du bégaiement sont encore très mal connues : on a
pu invoquer une amnésie auditive passagère (Bluemel), des perver
sions légères lors de la formation du langage (Kenyon), une défi
cience mentale (Schrang), un tempérament nerveux, excitable, em
porté (Lieb mann, Gutzmann), la volonté inhibée par le doute (Wine-
ken), un conflit mental (Freud).
Les auteurs de ce travail recherchent : 1° quel est le niveau mental
des bègues ; 2° quelle est la nature de leur développement ;
3° s'ils manifestent une inhabileté verbale spéciale. L'examen de
62 enfants bègues a, sur le premier point, donné un quotient intel
lectuel égal à 92 (cas extrêmes 56 et 130), le quotient est bas mais
non anormal ; on compte sur le nombre 8 débiles, 8 cas limite (in- 574 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
férieurs), 8 normaux très faibles, 13 faibles, 8 moyens, 6 au-dessus
de la moyenne, 6 supérieurs, 5 très supérieurs).
En ce qui concerne le développement mental, on sait qu'un en
fant a un développement inégal quand, par exemple, à l'âge de 14 ans,
il réussit des tests de son âge et échoue à certaines épreuves de 3
ou 4 ans : or, un tel enfant, au système nerveux mal intégré, est sujet
aux bouleversements émotifs et souvent il se révèle en lui des ten
dances antisociales. Or, les bouleversements affectifs et le compor
tement instable ont été souvent cités chez les bègues et les 62 cas
étudiés se répartissent en 10 cas à développement normal (en ad
mettant une inégalité normale de 4 ans au-dessus de l'âge dé base)
15 cas limite (inégalité de 4 ans), 37 cas à développement franche
ment anormal.
Quant à la troisième question : Y a-t-il une maladresse verbale,
caractéristique du bégaiement, les auteurs ont noté une différence
d'âge mental de 2,7 ans entre l'ensemble des tests et les épreuves
de vocabulaire.
42 enfants ont un « âge de langage » inférieur à leur âge chrono
logique et à leur âge mental.
5 ont un âge de langage inférieur à leur âge mental (enfants in
telligents).
1 a un .âge de langage égal à l'âge mental (inférieur à l'âge chro
nologique).
2 ont un âge de langage supérieur à leur âge mental (également
supérieur à l'âge chronologique).
Mais ces deux derniers enfants sont des cas exceptionnels. L'un
a acquis le bégaiement de son frère aîné avec lequel il était élevé,
l'autre avait la manie d'apprendre par plaisir des pages de diction
naire.
Si on évoque les lois d'acquisition de Thorndike (loi d'exercice
et loi de satisfaction), on peut comprendre qu'en raison dé leur n
iveau mental généralement inférieur, de leur développement inégal
(instabilité et émotivité) et de leur maladresse verbale, les liens
entre la « situation » et la réaction verbale qui constituent l'acquisi
tion du langage se soient malaisément formés et qu'ils restent par
ticulièrement instables.
Il resterait à déterminer la nature de cette inhabileté verbale.
H. L.
CHARLES LALO. — Science du langage (Extrait du Manuel du
Baccalauréat). — ■ In-8 de 30 pages. Paris, Vuibert, 1925. Prix :
1 fr. 75.
La linguistique contemporaine est imprégnée à la fois de psychol
ogie et de sociologie ; elle met en évidence le jeu, en matière de lan
gage, de lois de variation psychophysiologique, et de lois d'évolution
collective ; elle suit, au cours de l'acquisition par l'enfant, comme au
cours de la transmission par les générations successives, le vocabul
aire, et les diverses formes de l'expression phonétique, le groupement
et le sens des signes verbaux. La linguistique générale se constitue
comme une science déjà riche en acquisitions solides. En quelques
pages, Ch. Lalo donne une idée précise des problèmes et de PHONATION. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 575
unes des données principales fournies par cette science, qui doit
tant au maître A. Meillet. H. P.
M. GEBHARDT. — Zur Kritik der Sie versschen- Schule {Contri
bution à la critique de Vécole de Sievers). — A. f. ges. P., L, 1-2, 1925,
p. 175-186.
D'après la théorie de Sievers toutes les œuvres littéraires ou musi
cales d'un auteur se distinguent par une qualité vocale particulière
constante chez un auteur donné. Chez un auteur en train de créer,
les muscles du tronc se trouvent dans un état particulier ; celui qui
interprétera l'œuvre adoptera instinctivement une attitude iden
tique.
Mais il semble que la qualité vocale dépend bien plus des muscles
du larynx que de ceux du thorax. Les attitudes du thorax n'ont
pas été examinées d'une façon objective et les perceptions des sujets
sont une source de renseignements par trop incertaine.
D'ailleurs, le terme même de la « qualité vocale » demande à être
fixé par des critères objectifs, car les disciples de Sievers l'entendent
de manières bien différentes.
Telles sont les principales critiques formulées par l'auteur. D. W.
R. LE SAVOUREUX. — Recherches sur les rapports des mouve
ments d'expression et du langage. — J. de Ps., XXII, 1925, p. 128-
143.
La mimique faciale qui accompagne la parole comprend deux
parties : l'une relative à la simple expression, l'autre à la significa
tion. Les recherches exposées ici tendent à dégager le second él
ément. Leur principe était de noter au moyen du cylindre enregis
treur les différences de longueur des- vibrations correspondant à un
même mot selon qu'il était prononcé sans penser à son sens ou en
évoquant une situation qui lui correspondît. Les mots choisis comme
tests étaient d'ordre conatif, d'ordre représentatif et d'ordre affectif.
Les résultats obtenus manquent encore de netteté. G.-H. L.
B. BOURDON. — La. perception et la pensée verbales. — J. de Ps.(
XXII, 1925, p. 721-727.
Les mots jouent souvent un rôle considérable dans nos perceptions
et nos pensées. Les mots ne diffèrent spécifiquement en rien d'autres
phénomènes que nous pouvons percevoir ou imaginer (ce qui, entre
parenthèses, rend invraisemblable l'hypothèse de centres cérébraux
spécialement affectés au langage) et les fonctions psychiques sus
ceptibles de s'exercer sur des phénomènes non-verbaux peuvent
s'exercer tout aussi bien sur les mots. Néanmoins, les perceptions
ou représentations que nous avons des mots présentent des particul
arités qui expliquent leur importance psychique. Ainsi, les mots, pour
jouer leur rôle de moyens de communication sociale, doivent être
produits et perçus avec une grande exactitude ; les |perceptions que
nous fournit le nom d'un même objet diffèrent beaucoup moins
celles de l'objet lui-même ; elles sont plus fréquentes, ne fût-ce que
parce que le même nom général correspond à une foule d'objets
individuels différents. 576 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le développement de représentations verbales nettes et fréquentes
résulte non seulement de la netteté et de ïa fréquence des percep
tions verbales, mais aussi du langage mental. La pensée prend un
caractère plus ou moins verbal chez les individus, sans parler peut-
être de dispositions naturelles, selon la nature de leurs occupations.
Nos perceptions et représentations verbales comprennent des él
éments non-verbaux à côté des éléments verbaux : la perception ou
la représentation du nom d'un objet tend à évoquer la représenta
tion de cet objet. De même que nos actions sont couramment déter
minées par des perceptions très incomplètes des objets, le caractère
ordinairement vague des représentations évoquées par le mot, en
particulier par les mots généraux, ne nuit pas à leur utilité.
G.-H. L.
J. DAMOURETTE et ED. PICHON. — La grammaire en tant au«
mode d'exploration de l'inconscient. L'Evolution psychiatrique (1),
1925, p. 237-257.
D'après les auteurs, l'étude du langage est la voie qui permet de
pénétrer le fond inconscient commun aux divers membres d'une
collectivité nationale. Damourette et Pichon se sont adressés à la
grammaire française pour dégager, d'après les cas dans lesquels
figure une tournure ou une forme grammaticale, la notion incons
ciente qui commande l'emploi de cette forme ou de cette tournure.
Ils indiquent les résultats généraux de leur recherche, et doivent,
pour cela, définir toute une série de termes qu'ils emploient.
Ils appellent « eémièmes » un matériel d'idées en voie d'accroiss
ement continu (relevant de la lexicographie), et « taxièmes » les no
tions directrices, inconscientes, mais toujours présentes, et command
ant des classifications adéquates des éléments du langage ou « ré-
partitoires ». Dans l'activité verbale, l'expression part du « locuteur »
et parvient à F « allocutaire » ; si l'on reste limité — forme primi
tive — à ces deux personnes, on est sur le « plan locutoire » (auquel
appartiennent encore les interjections, impératifs, vocatifs, excla-
matifs) ; lorsque le monde extérieur est intégré, avec la personne
dont on parle, le « délocuté », on se trouve sur le « plan délocutoire ».
Le répartitoire du langage en ces deux plans s'intitule la « per-
sonnaison » où la place des éléments affectifs (seuls en jeu dans le
premier plan, manifestes dans le subjonctif sur le deuxième plan)
se manifeste considérable.
Le répartitoire des catégories concerne l'opposition des phéno
mènes (« f actif s ») et des substances (« substantifs »), avec expression
des qualités (adjectifs) et des modalités (affonctifs).
Le répartitoire de classe, comprend les « strûments » n'exprimant
que des taxièmes, les « verbes » représentant des sémièmes ayant
cependant un rôle constructif, et les « noms » (sémièmes ordinaires).
Le croisement de ces deux répartitoires fournit douze essences
linguistiques, comprenant les « parties du discours » des grammaires
usuelles.
1. Voir le compte rendu de cet ouvrage dans la rubrique, Psychologie
pathologique ,de Y Année, p.299. PHONATION. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 577
Sur ces divisions logiques vient régner tout un jeu de réparti toires
variés, dont celui du temps.
C'est justement la dissociation de la notion de temps dans le verbe
qu'exposent les auteurs, avec de multiples exemples, comme échant
illon très clair de leur méthode d'analyse.
L'examen des faits permet, disent-ils, de penser que les notions
inconscientes qui guident l'emploi des tiroirs verbaux dans le domaine
du temps sont bien plus fines que celles dégagées par les grammair
iens.
Ils mettent en évidence un répartitoire d' « actualité » (comprenant
le « noncal » ou non-imparfait qui convient au fait réel, et le « toncal »
ou imparfait, convenant au fait exclu de l'actualité) ;.un répertoire
de « temporaireté » avec des taxièmes, des tiroirs concernant l'anté-
tériorité et la postériorité (ou distemporané) et l'extemporané ;
enfin un répartitoire d' « époque » avec trois cases, le mansif (pré
sent), l'antif (passé) et le futur.
Donnons un des exemples d'expression pouvant être commandé
par un taxième ou par un autre :
Dans le Puits de Sainte Claire (Saint Satyre), Anatole France
écrit : « Et Fra Mino vit que, s'étant levées, elles cueillirent des roses
à pleines mains et s'acancèrent vers lui ».
Nous sommes dans le tiroir de 1' « antif » ; l'acte de cueillir est
conçu, sans durée, comme un élément d'un spectacle noyé dans un
passé périmé.
Mais on pourrait écrire : « Fra Mino vit qu'elles cueillaient des
roses». Nous serions alors dans 'le tiroir du «toncal »qui marquerait
que, pendant la durée de l'acte des Nymphes, le frère Mino les voit.
Ainsi, sous la notion consciente et simpliste du temps, on voit
apparaître dans l'inconscient collectif qui formerait le génie national
du peuple français, trois catégories nuancées, comportant chacune
une case indifférenciée où l'on met ce qu'on n'a pas de raison de
mettre dans les autres cases (le mansif corrrespondant à ce qui n'est
ni futur, ni antif, le noncal à ce qui n'est pas toncal, l'extemporané
à ce qui n'est ni antérieur, ni postérieur) et pour laquelle on utilise le
présent de l'indicatif comme « indifférencié universel » (mansif noncal
extemporané).
La notion de négation, robuste mais rigide, ne se rencontrerait pas
en réalité dans le génie de la langue française, et bien d'autres concepts
logiques devraient être dissociés ou modifiés.
On ne peut discuter cette importante conception générale sur un
exemple unique de la méthode, qui est certes fort intéressante
lorsqu'on a vaincu l'obstacle d'une nomenclature rébarbative et
souvent inutilement rébarbative.
Mais il n'y a plus de doute aujourd'hui, que les nuances de la langue
recouvrent une pensée autrement complexe que ne le laisseraient
prévoir les cadres trop simples de la grammaire et de 1' « analyse
logique ». H. P.
ANIBAL PONCE. — Psicologia de la Metalora {Psychologie de la
métaphore). — Rev. di Fil., XI, 4, 1925, p. 120-133.
Dans son intéressante note, l'auteur distingue la « pseudométa-
l'année psychologique, xxvi. 37

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