Phonation. Langage. Ecriture. Dessin. Musique - compte-rendu ; n°1 ; vol.31, pg 873-887

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L'année psychologique - Année 1930 - Volume 31 - Numéro 1 - Pages 873-887
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1930
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X. Phonation. Langage. Ecriture. Dessin. Musique
In: L'année psychologique. 1930 vol. 31. pp. 873-887.
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X. Phonation. Langage. Ecriture. Dessin. Musique. In: L'année psychologique. 1930 vol. 31. pp. 873-887.
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monde tel que le voit l'enfant dès sa première vision est une conglo
meration syncrétique ;
2° Le développement, à partir de cet état originel, se fait parall
èlement et concurremment par l'opposition de l'analyse et de la syn
thèse ;
3° La loi d£ la régression est la même pour les états fonctionnels
que pour les états organiques ;
4° L'organique et le fonctionnel ne sont que les deux faces des
mêmes phénomènes. .1. A.
X. — Phonation. Langage. Ecriture. Dessin. Musique1
1206. - HENRI DELACROIX. - Le langage et la Pensée. -
2e édition, 'revue et complétée. In-8 de 624 pages. Paris, Alcan,
1930. Prix : 60 francs. \
Cette nouvelle édition de l'important ouvrage de D. n'est pas une
simple reproduction de la première, du succès de laquelle elle se
contenterait de témoigner.
D'importantes modifications, que l'auteur indique lui-même dans
sa Préface, ont été apportées, non certes à l'attitude prise ou aux
thèses générales soutenues, mais aux faits invoqués et parfois au
mode de présentation et à la forme de l'exposé. L'auteur a tenu à ce
que son livre soit réellement au courant des travaux les plus récents,
et il a donné plus de place aux importantes études de Head sur
l'aphasie dont le grand ouvrage est postérieur à la première édition.
La présentation matérielle du livre a, elle-même, heureusement,
beaucoup gagné.
Signalons particulièrement une Introduction nouvelle, dans la
quelle se trouve reproduite en partie une Conférence de D., faite à
Oxford en 1926, sur l'analyse psychologique de la fonction linguis
tique ; complétant une distinction faite par Ferdinand de Saussure,
D. propose d'envisager dans le langage quatre aspects différents ; le
langage proprement dit, fonction humaine d'édification ou d'emploi
d'un système de signes correspondant à des notions ordonnées ; la
langue, ensemble de conventions linguistiques imposé par le groupe
social à l'individu, mais comportant un exercice de la pensée hu
maine ; le parler ou formulation verbale, impliquant une soumission
de l'individu à la langue, mais en même temps une action propre de
déformation ou de maintien ; enfin la parole, ou mécanisme psycho
physique, auditivo-moteur, extériorisant le système linguistique.
Pour qu'il y ait langage, il faut qu'il y ait fonction symbolique, et
l'on remonte ainsi à la psychologie générale de l'esprit humain ; la
langue seule est proprement sociale, elle est « le bien commun de la
communauté linguistique », mais à ce titre n'a qu'une existence vir
tuelle, et « ne prend vie que par la formulation verbale », s'actualisant
dans le parler après avoir pénétré dans l'esprit, s'être conservée dans
1. Voir aussi les n°s 227 à 239, 256, 419, 448, 487, 791, 820, <J44, 946, 1296,
1615 à 1617, 1640. 874 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
les consciences individuelles, où elle doit se créer à nouveau et où elle
se modifie. « L'existence d'une langue est une création continuée. En
l'apprenant, les enfants la refont et l'altèrent ». L'individuel et le
social se mêlent étroitement, car, si l'individu subit la contrainte
d'une norme, il est constamment obligé d'improviser, a II se trouve
continuellement dans des situations nouvelles et il a à dire beaucoup
de choses qu'il n'a jamais dites ou entendues exactement sous la
même forme ».
Ainsi l'analyse psychologique intervient-elle dans tous les aspects
du langage, et tout le livre est bien fait pour montrer le rôle fécond
que peut jouer cette analyse. H. P.
1207. - RICHARD PAGET. - Human Speech (Le langage
humain). — London, Kegan Paul, Trench, Trubner et Go Ltd., 1930,
360 p..
Il est difficile, sinon impossible, d'exposer dans le cadre d'un bref
compte-rendu, toute la richesse de faits et d'idées que l'éminent
phonéticien anglais a enfermée dans ce volume. La difficulté de la
tâche est d'autant plus grande qu'on se trouve en présence, non pas
d'un manuel ou d'un traité universitaire, mais devant un ouvrage
qui est d'un bout à l'autre, un apport original aux problèmes fonda
mentaux de la phonétique, un résultat de recherches personnelles et
combien ingénieuses ! Pour ce qui est de son caractère général,
l'œuvre de Sir Richard Paget se place nettement dans les traditions
des recherches qui étaient poursuivies en Angleterre dès la première
moitié du xixe siècle sur le mécanisme du langage et que symbolisent
les noms illustres de Willis et de Wheatstone. Aussi, en un certain
sens, apporte-t-elle la confirmation aux hypothèses qui ont déjà été
impliquées dans ces recherches. Il convient de faire remarquer cepen
dant que l'auteur a repris l'hypothèse de la double résonance, dans
la production de voyelles d'une manière tout à fait indépendante et
sans même connaître les résultats obtenus par certains de ses de
vanciers.
La première partie de l'ouvrage contient l'exposé des recherches
sur le mécanisme de la production des voyelles et des consonnes.
Ayant l'oreille musicale au plus haut degré, Paget est par
venu en première étape de son étude à démêler dans toutes les
voyelles de la langue anglaise deux fréquences caractéristiques. Il
trouve, en faisant cet effort extraordinaire d'analyse, que chaque
voyelle est essentiellement caractérisée par deux fréquences vibra
toires qui, sans être tout fait fixes, sont composées dans une marge
définie de quelques demi-tons. Ces deux fréquences caractéristiques,
Paget les rapporte à l'effet de résonance déterminé par les parties
antérieure et postérieure de la cavité buccale. Il entreprend ensuite
de vérifier son hypothèse en recourant à la méthode de synthèse au
moyen de tuyaux confectionnés avec diverses matières, qui repro
duisent les deux portions de la cavité buccale avec leurs résonances
propres correspondant aux différentes voyelles. Ainsi il constate,
d'une manière générale, un accord satisfaisant entre les valeurs de
fréquence trouvées par analyse et les résonances des voyelles artifi
cielles. Cette méthode lui permet d'ailleurs d'étudier aussi bien les LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 875 PHONATION.
voyelles chuchotées que les voyelles chantées, ces dernières pouvant
être facilement réalisées par l'adjonction d'une anche vibrante qui
remplit la fonction des cordes vocales. Cependant deux composantes
correspondant aux deux résonances ne suffisent pas pour la product
ion de toutes les voyelles : en particulier les « nasales » en comport
ent quatre, ce qui est dû à la participation des cavités résonantielles
supplémentaires.
En ce qui concerne les consonances, les résultats auxquels a
abouti Paget, ne sont pas moins importants. Il montre que les con
sonnes relèvent des résonances tout comme les voyelles et que, par
conséquent, il ne convient pas de les ranger sans plus parmi les
bruits ! Cependant leurs résonances particulières sont caractérisées
non seulement par la hauteur, mais aussi par le changement ou par
la vitesse de changement de celle-ci. Elles sont produites par la fe
rmeture totale ou partielle de l'orifice antérieur ou postérieur du
résonateur antérieur. Aussi, dans chaque cas, il entre en jeu plus de
deux résonateurs. Les marges des fréquences résonantielles sont à
peu près aussi grandes que pour les voyelles, mais la hauteur « ac
tuelle » d'une consonne donnée dépend principalement de la fréquence
résonantielle antérieure de la voyelle avec laquelle elle est associée.
C'est ce changement de la hauteur (susceptible de varier de i à 11
demi-tons pour la consonne « 1 ») qui caractérise essentiellement
toutes les consonnes. Il faut noter que tous ces résultats s'appuient
sur des expériences imaginées par l'auteur et qui ont cons
isté à produire artificiellement toutes les consonnes associées aux
différentes voyelles, par la fermeture partielle ou totale, en des en
droits convenables, des tuyaux en caoutchouc reproduisant les cavi
tés buccales à résonance.
La théorie du langage que l'auteur développe ensuite est dans un
rapport étroit avec la conception du mécanisme de la parole qui se
dégage de ses recherches. C'est la théorie du geste (the gesture theory)
suivant laquelle le langage humain s'est formé à partir des mouve
ments pantomimiques inconscients imitant les objets ou les actions.
Cette gesticulation a supplanté le symbolisme des mouvements faits
avec les mains qui devaient être de plus en plus absorbées par l'acti
vité instrumentale. Des sons produits par les mouvements des organes
d'articulation étaient reconnus ou compris parce que celui qui les
entendait pouvait reproduire ces mouvements d'une manière inconsc
iente. Sir Richard Paget appuie sa théorie sur de nombreuses don
nées de la linguistique comparée et fait état, entre autres, d'un certain
nombre de racines aryennes et des langues primitives telles que le
chinois archaïque, le sumérien et le polynésien.
La connaissance de cet ouvrage est indispensable aussi bien à
ceux qui s'adonnent aux recherches de phonétique, qu'à ceux qui
étudient le langage en linguistes ou en psychologues. P. K.
1208. - L. C. STRAYER. - Language and growth : the relative
efficacy of early and deferred vocabulary training, studied by the
method of co-twin control (Langage et croissance : l'efficacité rela
tive d'un entraînement précoce ou différé sur le développement du 876 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
langage, étudiée par la méthode de contrôle sur des jumeaux). —
Genet. Ps. Mon., VIII, 3, 1930, p. 205-319.
L'effet de l'entraînement sur le développement du langage chez
l'enfant a été étudié dans ses rapports avec le moment de la crois
sance où il est appliqué. Deux jumelles, T. et C. ont servi de sujets.
La première, T., a été, du début de sa 84e à la fin de sa 88e semaine
soumise à un entraînement quotidien, comportant 1 h. 3/4 d'exer
cices réguliers (1 h. 1 /2 : objets nommés, pointés, exécution d'ordres ;
1/4 d'heure : emploi de mots espagnols pour désigner les parties du
corps) et des périodes de conversation dirigée pendant les repas, le
coucher, etc.
Pour la jumelle G., qui avait été tenue pendant ce temps dans un
milieu normal où cependant on ne s'adressait jamais à elle par des
mots, la période d'entraînement a eu lieu de la 89e à la 92e semaine,
n'ayant donc duré que 4 semaines au lieu de 5 dans le cas de T.
Pendant ce temps T. a été replongée dans la vi ■ ordinaire. Les mé
thodes d'entraînement, appliquées par une seule personne, ont été
les mêmes dans les deux cas. Les réponses des enfants aux mots-
stimuli ont été enregistrées au dictaphone.
Les faits semblent bien indiquer que le développement du langage
a été plus rapide chez C. que chez T. : après 28 jours d'exercice, son
vocabulaire comportait 30 mots employés dans 64 cas différents,
alors que T. n'en employait que 23 après le même nombre de jours ;
à la fin de la 5e semaine, le vocabulaire de T comptait bien 35 mots,
mais ceux-ci n'ont été utilisés que dans 60 cas. Une supériorité a été
constatée chez T. en ce qui concerne l'exactitude de la prononciation
et la facilité à grouper les mots. G., par contre, s'est montrée plus
capable de désigner et de choisir des objets aussi bien que d'exé
cuter des ordres.
Le degré de maturité, qui a déterminé dans une certaine mesure
l'influence de l'exercice sur le développement du langage, semble de
plus avoir agi sur la forme générale du comportement de l'enfant.
L'entraînement, utile à l'accroissement du vocabulaire, ne peut
cependant suppléer à un certain degré de maturité. A. B.-F.
1209. — J. LEY. — Les troubles de développement du langage. —
J. de N. et de Ps., XXX, 7, 1930, p. 415-457.
Rapport présenté au Xe Congrès belge de Neurologie et de Psy
chiatrie (Liège, juillet 1930). Les troubles du langage n'ont rien de
statique, ils sont en perpétuel changement ; ils montrent de plus que
le langage ne peut être considéré comme une fonction plus ou moins
indépendante, que son étude ne peut être séparée de celle de l'acti
vité motrice et de la pensée en général. C'est grâce à la répétition des
mouvements instinctifs primitifs que nous prenons conscience de
notre existence et de la iéalité du monde. La perception n'est cons-
sciente que dans la mesure où elle engendre un mouvement. Ces réac
tions motrices ont tendance à se conserver et à être ensuite repro
duites spontanément par notre musculature, en tant qu'actes d'imi
tation. A l'origine, on peut dire que nous comprenons parce que
nous imitons ; cette imitation de gestes déterminés est la base des
premiers phénomènes de pensée. La pensée concrète précède certai- PHONATION. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 877
nement le langage, mais elle ne peut aller bien loin toute seule, elle
a besoin du langage pour s'élever, arriver jusqu'à l'abstraction. Il
n'y a pas de sans pensée, mais aussi il ne peut y avoir que
très peu de pensée sans langage. La preuve en est que si le langage
oral ne peut se développer normalement, la pensée également en
reste à ses premiers stades d'évolution, demeure rudimentaire, et en
tout cas ne parvient jamais à l'abstraction. D'autre part les troubles
qui peuvent empêcher le développement normal du langage n'inté
ressent jamais électivement et uniquement cette fonction. Celle-ci
n'est troublée que par le déficit des facteurs plus élémentaires dont
elle découle. On le peut noter très nettement par exemple dans les
cas d'audi-mutité où le déficit primaire s'il prédomine sur le langage
oral, le déborde dans une très large mesure, comme le trouble général
des fonctions d'extériorisation déborde aussi l'expression verbale.
Quand le déficit primaire est surtout gnpsique, il entraîne l'agnosie
auditive et non l'agnosie verbale pure, quand il est surtout praxique, il
s'agit d'un trouble d'ensemble de la fonction et non d'une dysarthrie.
L'extension de ces symptômes morbides au delà du domaine de la
parole et leur variabilité d'un moment à l'autre chez le même individu
se retrouvent dans les phénomènes de désintégration du langage qui
offrent avec ces troubles beaucoup de ressemblances très étroites.
Quant au langage écrit, ses troubles sont généralement bien plus
spécifiques que ceux du langage oral ; c'est qu'ils sont causés par une
perturbation de certaines synthèses très supérieures, arrivées à un
haut degré d'évolution, en rapport avec une représentation graphique
déterminée, alors que la notion de cette graphique,
pour les sons, comme pour les choses, est, elle, encore intacte. On ne
peut donc pas parler de trouble du langage proprement dit en ce qui
concerne la cécité verbale congénitale. L'expression verbale est pri
maire dans l'évolution de l'humanité, l'expression écrite beaucoup
moins importante au point de vue psychologique n'apparaît que bien
plus tard, sous l'influence de certaines nécessités sociales, qui auraient
aussi bien pu ne pas se produire. Aussi l'enfant qui apprend tout seul,
comme automatiquement à parler doit-il faire un effort considérable,
un travail réel, et qu'il ne saurait découvrir tout seul, pour arriver à
écrire. Aussi bien, sait-on que l'on a souvent constaté et signalé
(Déjerine, Van Gehuchten), une indépendance relative des syn
dromes alexie et agraphie.
Tous les troubles du développement se présentent sans exception
avec une fréquence bien plus élevée chez l'homme que chez la femme.
C'est là un fait curieux (comme la fréquence inégale que l'on constate
dans les cas de daltonisme, au désavantage de l'homme également),
que l'on ne peut que constater, sans qu'aucune explication satisfai
sante puisse en être produite actuellement.
On voit donc, et c'est la conclusion même de l'auteur, que l'étude
de l'intégration normale et pathologique du langage, quoi qu'elle n'ait
pas encore recueilli un nombre de faits bien considérables, montre
cependant que l'acte verbal met en jeu toutes les modalités princi
pales de l'activité cérébrale et qu'il n'est par conséquent pas possible
de lui attribuer, ni anatomiquement, ni même fonctionnellement un
caractère autonome. 878 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Une bibliographie de 112 numéros complète utilement cet impor
tant travail. M. F.
1210. - A. SECHEHAYE. - Les mirages linguistiques. - J. de
Ps., XXVII, 1930, p. 337-366.
S'appuyant sur la doctrine de F. de Saussure, S. s'applique à
dégager dans les opinions des grammairiens et des linguistes un cer
tain nombre de contradictions entre ce qui est proprement rationnel,
des principes dont la vérité est reconnue, et des idées reçues fondées
sur des illusions résultant du fonctionnement même de la langue ou
mirages linguistiques. La linguistique a pour objet non un ensemble
de phénomènes concrets, mais la forme qu'ils recouvrent, la langue
par opposition à la parole. La langue doit être détachée non seulement
de. sa réalisation psycho-physiologique, mais aussi de sa genèse his
torique. Dans ce système, chaque terme n'est pas expressif par lui-
même, mais par la différence qui le distingue des autres ; la langue
n'est donc pas un objet substantiel, mais une forme. L'unité linguis
tique n'est ni une étiquette collée sur une idée ni une idée, pourvue
d'une étiquette, mais l'union intime, dans une réalité d'un ordre
spécial, d'un signifiant et d'un signifié ; cette collaboration de la
forme et de la signification se retrouve aussi bien pour la syntaxe
et les éléments de liaison que pour les mots isolés. La phrase ne se
constitue pas uniquement par les rapports de succession qu'elle éta
blit entre des unités expressives (rapports syntagmatiques), mais elle
fait appel aussi à d'autres rapports qui existent uniquement dans la
pensée (rapports associatifs). La langue s'exprime par des idées
pures ; les idées qu'elle exprime, la logique à laquelle elle est soumise
sont des modalités de la vie. Tout dans la grammaire doit être vu
psychologiquement et par le dedans, a sa raison non dans la réalité
objective, mais dans la subjectivité vivante. La langue n'exprime
pas à elle seule la pensée du sujet parlant ; elle n'est pas efficace
sans les commentaires qu'y ajoutent les moyens propres au langage
spontané. Considérée en elle-même, elle présente des insuffisances,
qui sont souvent une gêne pour l'expression. La langue n'exprime
pas la pensée du sujet parlant, car elle contient une quantité de
choses traditionnelles et mortes qui ne répondent à aucun besoin
actuel de la pensée et reflètent seulement des habitudes prises dans
le passé. La langue n'exprime pas la pensée du sujet parlant dans sa
spontanéité individuelle ; au contraire, elle est une forme que cette
pensée trouve toute faite et, à laquelle elle doit bon gré mal gré se
plier pour y prendre conscience d'elle-même afin de pouvoir s'expri
mer. Il y a emprise de la forme sur la pensée qui n'est jamais total
ement libre et qui trouve dans la langue à la fois un stimulant et une
entrave. La langue est inséparable de la parole, mais il faut se garder
d'expliquer par les caractères de la parole ceux de la langue. Celle-ci,
considérée dans son abstraction et sa généralité, repose uniquement
sur la capacité des collectivités intelligentes de se créer un système
de signes conventionnels. C'est là le fait linguistique fondamental
dont la linguistique a pour rôle de dégager les lois. G. -H. L. PHONATION. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 879
1211. - J. MAROUZEAU. - Prévision et souvenir dans l'énoncé.
- J. de Ps., XXVII, 1930, p. 99-111.
Toute parole, verbale ou écrite, doit faire pénétrer celui à qui elle
s'adresse dans la pensée de celui qui l'exprime, avec ses rappels du
passé et ses amorces de ce qui se prépare. Tandis que la phrase fran
çaise est une suite d'énoncés dont chacun satisfait l'esprit, la phrase
latine, et de même la phrase allemande, est une combinaison de cha
rades emmêlées qui demande pour être comprise que l'esprit retienne
à la fois toutes les données d'un problème syntaxique dont la solution
n'apparaîtra qu'à la fin. Pour orienter le récepteur, l'émetteur dis
pose dans le langage oral de l'intonation, dans le langage écrit, en
latin, de l'ordre des mots. L'adjectif placé avant le substantif indique
un rappel ou une amorce. Les répétitions de mots, de groupes de
mots, de constructions syntaxiques, particulièrement fréquentes
chez Virgile, témoignent chez l'auteur d'une sorte de hantise, de
persistance obstinée du souvenir et comme de tic d'expression. En
latin, l'exception à l'ordre normal des mots, inversion ou disjonction,
met en lumière le rôle de l'anticipation, c'est-à-dire à la fois du sou
venir et de la prévision, dans l'interprétation de l'énoncé. Tout se
passe comme si le sujet qui énonce, spéculant sur la psychologie de
celui qui perçoit, ordonnait son énoncé non seulement d'après ses
souvenirs et prévisions propres, mais aussi d'après ceux qu'il suppose
chez celui qui perçoit. G.-H. L.
1212. - M. GRAMMONT. - La psychologie et la phonétique.
II. La phonétique diachronique. III. La phonétique impressive. —
J. de Ps., XXVII, 1930, p. 31-53 et 544-613.
La piionétique diachronique ou étude de l'évolution phonétique
envisage deux sortes de changements. Les premiers sont des chan
gements des phonèmes indépendants des autres phonèmes, qui se
produisent en vertu des tendances articulatoires de la langue ; la
conscience et l'attention n'y jouent aucun rôle. Les seconds ou chan
gements dépendants sont dus à l'influence de phonèmes voisins.
Leurs principales catégories sont d'abord l'assimilation des con
sonnes, l'assimilation des voyelles ou contraction, la différenciation
qui est dans une certaine mesure le contraire de puis
qu'elle tend à rendre plus distincts deux mouvements articulatoires
au lieu de les ou moins semblables l'un à l'autre, l'inte
rversion qui a pour effet de placer deux phonèmes contigus dans un
ordre plus commode. A ces trois phénomènes relatifs à des phonèmes
en contact répondent trois concernant des
placés à une certaine distance les uns des autres, la dilatation, la dis
similation et la métathèse. La différence entre les deux séries est
moins psychologique que physiologique. L'analogie, sans être un
phénomène d'évolution phonétique, détermine des changements
phonétiques semblables aux phénomènes d'évolution précédents ;
aile ne correspond pas à un état physiologique, mais à un état ment
al ; tandis que l'application d'une loi phonétique est obligatoire,
l'analogie est une tendance qui tantôt aboutit et tantôt n'aboutit
pas, ou peut avoir des aboutissements différents ; en outre, tandis
•que les lois phonétiques ont leur formule propre à chaque langue, 880 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
l'analogie se comporte chez toutes de la même manière. En somme,
parmi les phénomènes qui interviennent dans l'évolution phonétique,
il en est peu d'où la psychologie soit totalement absente ; mais dans
la plupart des autres elles n'apparaît qu'à l'état subconscient ; elle
consiste le plus souvent en faits d'attention (ou d'inattention), et
plus fréquemment d'attention musculaire que d'attention mentale.
Bien que d'une manière générale les éléments phoniques n'aient
aucune valeur sémantique propre, toutes les langues ont des mots
qui font onomatopée, c'est-à-dire qui imitent plus ou moins par leurs
phonèmes des bruits de la nature. Le redoublement semble toujours
avoir eu à l'origine une valeur plus ou moins intensive ou insistante.
Les voyelles ont une impressive ; elles rendent par exemple
selon le cas des bruits aigus, éclatants ou sourds. La valeur impressive
des consonnes dépend de la nature de leur articulation et du point
et du mode de cette articulation ; on peut s'en rendre compte par
exemple pour l et r. Bien que chaque phonème ait sa valeur propre,
le plus souvent l'impression d'une onomatopée est complexe et ré
sulte de la combinaison et de la réaction réciproque de ses divers él
éments ; ainsi le vibrement de IV donne une impression différente
selon qu'il s'appuie sur une voyelle claire ou grave et qu'il se combine
avec une occlusive ou aspirante. Pour les voyelles comme pour
les consonnes, la signification du mot onomatopéique ne fait que
mettre en lumière la valeur que les sons ont en puissance, elle ne
saurait jamais leur en donner une différente, et cette valeur qu'ils
ont en puissance ne devient une réalité que si la signification du mot
où ils se trouvent s'y prête. Le caractère onomatopéique d'im
est subjectif ; parmi les sons dont un mot par sa permet
la mise en valeur, tel individu sera sensible aux uns, tel autre aux
autres. De là des changements de nuance dans la signification des.
mots onomatopéiques.
Les mots onomatopéiques obéissent servilement aux mêmes loi
phonétiques que les autres ; par suite, l'évolution phonétique a pour
effet tantôt de supprimer des onomatopées, tantôt d'en créer. Noil
seulement les langues réparent soit par création, soit par emprunt,
les pertes causées par l'évolution phonétique, mais encore elles sub
stituent par les mêmes procédés aux mots mal venus des mots plus
expressifs. Il est donc faux que l'évolution phonétique ait pour effet
un appauvrisesment du vocabulaire onomatopéique.
A côté des onomatopées, les langues contiennent des mots express
ifs, c'est-à-dire dans lesquels les phonèmes traduisent non plus un
son, mais un mouvement, un sentiment, une qualité matérielle ou
morale, une action ou un état, grâce aux associations entre les idées
les plus abstraites et des représentations sensorielles. Par exemple,
du moment que certaines idées sont considérées comme sombres et
d'autres comme graves, et puisque les onomatopées ont permis de
reconnaître des voyelles sombres et des voyelles graves, ces voyelles
traduiront respectivement les idées correspondantes. Les vers des
poètes fournissent d'innombrables exemples de cette accentuation
des idées par les phonèmes qui les expriment.
Dans une catégorie de mots expressifs, certains phonèmes tirent
leur valeur des mouvements de physionomie nécessités par leur pro- PH0N4TI0N. LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 881
nonciation ; le son devient la traduction d'une sorte de geste du
visage ; c'est ainsi que les labiales et labio-dentales, dont la prononc
iation exige un gonflement des lèvres, sont propres à exprimer le
mépris et le dégoût. Dans certains morphèmes, en particulier les suf
fixes, la valeur sémantique n'est que favorisée, mais non déterminée
par le son ; il y a simplement transfert à toute une catégorie de mots
de la signification acquise par ces morphèmes dans certains :
telle est la péjorative des suffixes asse et aille.
Les nombreux exemples cités au cours de cette étude, et analysés
avec une finesse et une pénétration remarquables, montrent que si
la psychologie tient une -place dans presque tous les phénomènes
phonétiques, son rôle est particulièrement marqué dans le vaste
domaine, encore à peu près inexploré, de la phonétique impressive.
G.-H. L.
1213. - A. R. ROOT. - Pitch-Patterns and tonal Movement in
Speech {Formes et mouvement de la tonalité dans le langage). —
Ps. Mon., XL, 1, (181), 1930. Un. of Iowa Studies in Ps., XIII,
p. 109-159.
L'auteur a soumis, d'une part à une analyse perceptive, d'autre
part à une analyse physique, les variations tonales du langage au
cours des syllabes successives de discours ou de déclamations enre
gistrées sur disques.
Faisant noter par 14 sujets d'ouïe fine la note correspondant aux
syllabes, il a obtenu des résultats qui, pour des déterminations suc
cessives chez le même observateur, et les das divers
observateurs présentent une cohérence très élevée, voisine de l'unité.
Les syllabes paraissent d'ailleurs douées d'un caractère musical très
inégal.
Les sujets notaient en outre les variations tonales, les glissements
d'intonation dans la syllabe même (dans sa structure, son « pattern »
primaire) et le passage des syllabes (structure mélodique plus
complexe, « pattern » secondaire) .
L'analyse physique a permis des observations naturellement plus
complètes et plus précises que l'analyse perceptive, montrant que
les « pitch patterns » syllabiques se caractérisent par la présence ou
l'absence d'oscillations (de période plus ou moins brève, et plus ou
moins régulière), par la présence ou l'absence de « glissements », par
la relation du mouvement tonal avec une note dominante, etc.
H. P.
1214. — A. H. WAGNER. — An experimental study in control of
the vocal vibrato {Etude expérimentale sur le contrôle du vibrato
vocal). — Ps. Mon., XL, 1 (181), 1930. Un. of IowaStudies in Ps.,
XIII, p. 160-212.
Dans cette thèse pour le doctorat en philosophie d'Iowa, l'auteur
donne le résultat de l'analyse phonophotographique des variations
tonales, au cours d'une note soutenue dans le chant expressif, qui
constituent le « vibrato », pour différents chanteurs, sur disques enre
gistrés. Il mesure l'amplitude de la variation tonale et la durée
moyenne de l'oscillation. Et surtout il indique comment il a appris
l'année psychologique, xxxi. 56

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