Phonation. Langage. Écriture. Dessin. Musique - compte-rendu ; n°2 ; vol.34, pg 900-916

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L'année psychologique - Année 1933 - Volume 34 - Numéro 2 - Pages 900-916
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1933
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X. Phonation. Langage. Écriture. Dessin. Musique
In: L'année psychologique. 1933 vol. 34, n°2. pp. 900-916.
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X. Phonation. Langage. Écriture. Dessin. Musique. In: L'année psychologique. 1933 vol. 34, n°2. pp. 900-916.
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de caractères particuliers, surtout objectifs ; l'attitude est ici plutôt
critique et dubitative qu'affective et spontanée.
Ces trois attitudes correspondent à des différences individuelles,
mais sont aussi en rapport avec l'âge des sujets. La première est fr
équente à 8 ans ; les garçons de 12 ans adoptent fréquemment la
troisième. D'une façon générale, l'impression globale joue dans ces
sortes de jugements un rôle plus grand que ne le ferait croire l'expli
cation donnée après coup par le sujet, qui est obligé d'analyser et
grossit l'importance des éléments les plus faciles à traduire par le
langage. P. G.
1408. — K. LISSER. — Die Entspannung von Bedürfnissen durch
Ersatzhandlungen (La détente des besoins par des actes substitués).
— Ps. Forsch., XVIII, 1933, p. 218-250.
Les élèves de Lewin continuent leurs études des actes inte
rrompus, qui laissent subsister une tension spécifique en vertu de
laquelle les actes seront souvent repris spontanément. Si, après
l'interruption d'une première tâche, on en prescrit une seconde
qui puisse être considérée comme un substitut de la première, la
tension sera-t-elle amoindrie ?
Six types d'épreuves sont choisis : construction d'une figure en
mosaïque, pliage d'une feuille de papier, modelage, puzzle, énigme,
traduction. On compare le nombre des reprises spontanées, selon
que l'acte interrompu a été remplacé par un acte tout différent ou
par un acte analogue au premier ; dans ce second cas, il y aura encore
lieu de distinguer les cas où le deuxième acte est plus facile ou moins
facile que le premier. Le nombre des reprises est moindre quand les
deux actes sont semblables, sans être identiques ; cette ressemblance
est la condition essentielle de leur valeur de substitution, mais, il
s'agit ici de la ressemblance interne, qui dépend de la signification
attribuée à l'acte par le sujet. Le degré de difficulté intervient en
second lieu ; toutes choses égales d'ailleurs, une tâche difficile a plus
de valeur de substitution qu'une tâche facile ; la réussite d'un acte
facile n'est efficace sur le besoin que si le niveau des prétentions du
sujet a été abaissé par ses échecs. P. G.
1409. — M. SCHACHTER. — Maladie nerveuse organique et créa
tion littéraire. — An. Méd.-ps., XIV, I, 1933, p. 498-501.
A la suite d'une hémiplégie traumatique se développe chez un
sujet qui n'avait jamais manifesté de dispositions littéraires, un
véritable talent de romancier et de poète. Ce malade en était arrivé
à nier l'existence de son infirmité malgré l'impotence qui en résul
tait. L'A. voit dans ce double fait une réaction de compensation.
H. W.
X. — Phonation. Langage. Écriture. Dessin. Musique1
1410. — P. LANDSBERG. — L'homme et le langage. — R. phil.,
mars-avril 1933, p. 217-251.
Le langage est un fait spécifiquement humain, une fonction spi-
1. V. aussi les n08 333, 338, 713, 766, 1877, 1878. LANGAGE 901 PHONATION.
rituelle, un mode d'existence. En parlant, j'accomplis une opéra
tion qui modifie mon état intérieur, le transformant -en un objet; je
crée donc un univers. Le discours et la compréhension du discours
sont essentiellement différents d'une simple expression et d'une
compréhension expressive par contagion : ils procèdent d'une inten
tion spirituelle. Outre cette fonction générale, le langage comporte deux
fonctions particulières, conséquences de la première : la désignation
et la détermination. Le discours a pour objet « l'être de quelque chose
saisie comme telle », et dans cette opération on peut considérer comme
équivalents le « de quelque chose » de la désignation d'une part, et,
d'autre part, le « saisie comme telle » de la révélation. Seul un être
qui a un univers et qui crée un univers peut avoir quelque chose à
dire à un autre être pour qui ce même univers existe. Mais, si le lan
gage est ainsi social, il ne dérive nullement de la nature grégaire de
l'homme ; il est, au contraire, corrélatif de son individualisation.
Toutefois, l'intériorisation du langage est un fait secondaire ; la
soeiabilité est antérieure à la solitude, laquelle était intolérable pour
l'homme primitif. Enfin, si le langage, universel, est une fonction
universellement humaine, les langues, diverses, répondent chacune
au devenir d'un groupe humain, qui les modèle. Une génération
nouvelle crée ou peut créer un univers nouveau.
On ne contestera guère à l'auteur ces affirmations, mais on y
discernera difficilement ce qu'il appelle « ma théorie ». Faut-il la
chercher dans les définitions qu'il donne du signe et dans les diff
érences qu'il prétend établir entre les signes et le langage ? Le signe,
affirme-t-il, est au-dessous et au-dessus du langage. Il est dans le
monde de l'expression immédiate, vitale : tout ce qui vit peut « nous
parler ». Et il est, d'autre part, dans le monde « déshumanisé » des
sciences. Dans l'un comme dans l'autre cas, il ne révèle rien de
nouveau. Au contraire, le langage est révélation : le langage poétique
notamment révèle un univers absolument nouveau. L'homme court
le danger, à mesure que la civilisation progresse, « de laisser la fonc
tion du langage se déshumaniser peu à peu, et de se poser lui-même
en fabricateur de signes ». Mais, « à un certain niveau, le génie de la
langue résiste au besoin du pouvoir signifiant, de même que tout ce
qui est vivant, et aussi « l'esprit de la vie », résiste à l'intrusion
arbitraire de l'entendement utilitariste ».
On reconnaîtra dans ces dernières déclarations l'influence de
Bergson et aussi celle de quelques théoriciens allemands du lyrisme
(que l'auteur ne cite point d'ailleurs). Dire que le langage seul est
capable de nous « révéler l'univers », établir une séparation entre le
langage et le monde des signes, c'est dire en même temps que la
science ne donne pas cette « révélation », c'est un peu dire à l'homme :
le chemin de la science est long et décevant, il vaut mieux l'aban
donner, il existe une voie plus rapide. Si c'est là le fond de la pensée
de l'auteur (pensée qui n'est pas toujours clairement ordonnée ni
exprimée), ce n'est pas non plus une conception inconnue, et il est
à peine besoin de rappeler que des arguments d'une force redoutable
ont pu lui être opposés. I. M. 902 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
1411. — Journal de Psychologic — Nos 1-4, 1933, 498 pages. Numéro
spécial consacré à la psychologie du langage.
Numéro spécial relatif au langage ; réédité postérieurement sous
le titre de Psychologie du Langage. Les 24 articles ont été répartis
-en 6 sections : théorie du langage ; linguistique générale ; système
matériel du langage ; système formel du langage ; acquisition du
langage ; pathologie du langage.
H. Delacroix, Au seuil du langage. — H y a. un fossé entre
l'animal et l'homme ; « l'âge du chimpanzé » chez l'enfant (10-
12 mois) précède l'âge de la manipulation intelligente qui est aussi
celui du langage. Importance de l'ouïe chez l'homme, son rôle intel
lectuel et social.
E. Cassirer, Le langage et la construction du monde des objets.
— Connaissance, art et langage ne sont pas de simples reflets du
monde ; mais l'expression d'une force créatrice originale. L'espace
animal est d'action et d'efficience ; la conquête de « l'espace de repré
sentation », caractérise l'homme ; l'enfant demande les noms de
toutes choses — ce sont pour lui des moyens de consolider la repré
sentation des objets ; liaison dans l'aphasie entre les troubles de
perception et de représentation et les troubles du langage. Le monde
de la volonté aussi est une œuvre du langage ; métamorphose de
l'émotion dans la parole qui l'intellectualise. Enfin le langage,
d'abord égocentrique, est dominé par le besoin d'être compris : il
fournit le moyen d'expérimenter la force du milieu social, d'acquérir
le sens de la norme. Rôle du langage dans le mythe enfantin et dans
la pensée poétique.
L. Jordan, La logique et la, linguistique.
A. Séchehaye, La pensée et la langue ; ou comment concevoir le
rapport organique de V individuel et du social dans le langage ? — La
langue ne s'impose pas à l'homme comme la forme de son crâne
ou la couleur de ses cheveux (et par suite ne dépend pas de la confor
mation de ses organes phonateurs) ; activité de l'individu qui reçoit
sa langue maternelle, la reproduit et la recrée ; limites de l'action
sur sa pensée du système hérité : « Un mot français a-t-il dans mon
français, une valeur en raison des rapports qu'il entretient avec les
autres mots que je connais et dont je me sers, ou en raison de ceux
qu'il peut avoir avec les autres mots de la langue française en géné
ral ?... Le dualisme de l'individuel et du social est en nous-mêmes. »
Différences de langage et différences de pensée : un Français ne
peut-il penser comme un Russe ? Tout ne dépend pas de l'équiva
lence du' matériel linguistique ;'« le contexte dans la pratique l'em
porte de beaucoup en importance sur le texte ». — Usage que l'ind
ividu fait de la langue ; la langue oreiller de paresse intellectuelle,
source d'erreurs positives, procédé d'acquisition de pensée ; limites
de la création individuelle.
W. Doroszewski, Quelques remarques sur les rapports de la
sociologie et de la linguistique : Durkheim et F. de Saussure.
R. A. S. Pag et, V évolution du langage. — La parole humaine
résulte d'actions musculaires inconscientes : l'articulation prend sa
source dans la mimique corporelle, la phonation est liée à la mimique
du visage. PHONATION. LANGAGE 903
K. Bühler, L'onomatopée et la jonction représentative du langage.
— Le langage ne comporte pas un champ onomatopoétique interne ;
mais il admet sur ses frontières l'assistance d'un principe pittoresque
hétérogène.
H. Pongs, L'image poétique et V inconscient. — La notion freu
dienne de l'ambivalence subjective des sentiments doit se compléter
par celle de la réalité objective ; structure antinomique du monde
qui exige toujours de l'homme une décision. Types de rêves, corre
spondant aux types de création poétique.
A. Meillet, Sur le bilinguisme. — Fréquence du fait ; utilité
de son observation pour la linguistique et pour la psychologie.
J. Vendryes, Sur les tâches de la linguistique statique. — Encore
un aspect du conflit entre l'individu et la norme sociale.
P. Meriggi, Sur la structure des langues « groupantes ». — Ce sont
précisément celles qu'on appelle « isolantes » ; divers types de grou
pement, en chinois et siamois, en évé et boschiman.
V. Brœndal, L'autonomie de la syntaxe. — II faut séparer la
théorie de la phrase de l'étude de la signification des mots et
des formes : dans « un homme machine, un homme de goût » un
substantif ou un groupe jouent le rôle d'épithète ; il n'y a pas
en chinois ou en anglais de datif, mais des objets indirects comme
ailleurs. Utilité psychologique d'une analyse purement 'syntaxique
du langage.
N. Trubetzkoy, La phonologie actuelle. — Programme de « l'école
de Prague », avec laquelle K. Bühler se tient en contact. Le pho
nème est non le son qu'on prononce, mais ce qu'on s'imagine prononc
er, et qui seul est invariable ; c'est un élément différentiel, défini
par ses rapports avec les autre phonèmes du même système ; la
phonétique est atomiste, la phonologie est structurale et universa-
liste. Exemples de rapports phonologiques : corrélations (exemple
français p et b ; t et d; a et an ; en et un), disjonctions (a, u, p, l), etc.
Lois applicables à des langues différentes, par exemple là où il y a
distinction de l'accent montant et descendant, il y a aussi distinction
des voyelles brèves et longues.
E. Sapir, La réalité psychologique des phonèmes. — Erreurs faites
au cours d'observations linguistiques, et provenant d'interprétations
phonologiques inconscientes d'après le système de la langue des
observateurs.
G. Van Ginneken, La biologie de la base d'articulation. — Essai
d'application des lois de Mendel à la théorie des changements de
prononciation. La base d'articulation est innée. Le système consonan-
tique le plus simple, observable en Océanie, consiste en: p, t, k;
m, n, ng : or si dans une langue-mère primitive il existait déjà quelques
voyelles mais la seule consonne k, et si deux hommes de cette tribu
ont épousé des femmes ayant pour seule consonne m, on doit arriver
à une langue possédant les consonnes sus-mentionnées et ce, dans la
même proportion statistique. Cas plus compliqués ; coexistence des
langues « laryngales » d'Europe avec le territoire de la race alpine,
des langues « labiales » avec celui de la race méditerranéenne. Le
système explique les actions pareilles dans un groupe à dates dif
férentes, et la possibilité d'évolutions phonétiques réversibles. Il y a 904 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
donc un arbre généalogique des langues ; des langues-mères et des
langues-pères ; mais pas de langues-sœurs.
A. Sommerfelt, Sur le rôle des éléments moteurs dans les change
ments phonologiques ; remarques sur la palatalisation des consonnes.
A. W. de Grost, Le mètre et le rythme du vers. — Variations à
l'intérieur d'un ensemble métrique ; le mètre est un mouvement
psychiquement complet, non nécessairement réalisé.
0. Jespersen, Causes psychologiques de quelques phénomènes de
métrique germanique. — Déviations suivant la place dans l'ensemble.
Ch. Bally, Les notions grammaticales d'absolu et de relatif.
G. Guillaume, Immanence et transcendance dans la catégorie du
verbe ; esquisse d'une théorie psychologique de l'aspect. — Le temps
expliqué s'exprime par des faits de morphologie pure (le « temps ») ;
le temps impliqué, qui est l'aspect, par des faits de vocabulaire
(mots, dérivation ; préfixes, auxiliaires) ; il est susceptible de
« temps » (aimer, j'aime, j'aimerai : avoir aimé, j'ai aimé, j'aurai
aimé). Différence qualitative entre le temps qui s'en va, le temps
de ce qui fuit (immanent) et le temps qui vient (transcendant) ; le
premier a sa source dans le présent, son passé est un imparfait
(« Pierre marchait »), le second a sa source dans le futur, son passé
est un « aoriste » (« Pierre marcha »). L'application de ces notions à
des systèmes impliqués donne l'aspect. — Dans l'histoire des langues,
l'explicite tend à primer l'implicite, l'objectif le subjectif ; la même
cause explique le développement de l'article défini.
A. Grégoire, L'apprentissage de la parole pendant les deux pre
mières années de l'enfance.
M. Cohen, Observations sur les dernières persistances du langage
enfantin. — La lutte se prolonge sur les points faibles du
normal et en laisse présager l'évolution.
A. Gelb, Remarques générales sur l'utilisation des données patho
logiques pour la psychologie et la philosophie du langage. — L'apha
sique n'est pas simplement un homme dont le langage est modifié,
c'est un homme modifié (Goldstein). Chez lui le assume une
fonction nouvelle ; les modifications y sont corrélatives à des troubles
de l'espace tactile, de l'action et de la pensée, un comportement
plus immédiat et plus concret que le normal. Dans la cécité psychique,
l'incapacité de retrouver ou reconnaître les noms des couleurs ne
suppose pas leur disparition ; mais ils s'emploient pour des raisons
occasionnelles, concrètes, immédiatement et sans réflexion ; ils
manquent quand il faut faire appel à un principe de classement, à
« l'attitude catégorielle ». La maladie suppose la santé antérieure ;
il n'y a donc pas à comparer le malade à un non-civilisé.
K. Goldstein, L'analyse de l'aphasie et l'étude de l'essence du
langage. — I. — Principes : les « faits » que note l'observateur sont
faussés par la dissection ; ce sont les signes d'une modification de
l'organisme total ; nécessité d'une biologie de l'individu. L'organisme
malade est d'avance dans une position spéciale : asservissement
à un milieu rétréci ; réactions de durée et de force anormales,
détours inconscients. IL — Troubles des moyens d'expression verbale
(aphasie motrice). Distinguer le langage représentatif, le langage
expressif, le savoir verbal, le langage usuel. Le premier est plus fra- PHONATION. LANGAGE 905
gile que le second ; les troubles s'en manifestent par la difficulté
d'analyse, celle de répondre aux questions, signes d'absence de
l'attitude « catégorielle » ; rôle du style télégraphique. — Troubles
du langage intérieur (aphasie cérébrale) ; paraphasie littérale (lapsus)
ou verbale (lapsus mental, exemple : église : Dieu ; crocodile : tortue),
agrammatisme ; incompréhension du sous-entendu dans la parole,
III. — Aphasie amnésique ; cas des noms de couleurs, cf. Gelb ;
les langues étrangères qu'on est en train d'apprendre s'oublient très
vite, celles qu'on sait se substituent au contraire aisément à la
maternelle, parce qu'elles sont un acquis plus extérieur. Le savoir
verbal, son rôle de suppléance ; dans la cécité psychique (sans lésion
de la sphère optique), le langage est correct mais simplifié, expressif
et non représentatif, sans spontanéité, il n'est pas pensé. Le langage
normal suppose une attitude symbolique et catégorielle ; ce n'est
pas un outil, c'est la manifestation de l'être intime et du lien psychique
qui nous unit au monde et à nos semblables. Jules Bloch.
1412. — OV. DECROLY. — Comment l'enfant arrive à parler
(révision de Mlle le Dr J. Decroly et M. J. E. Segers). —
2 vol. in-16 des Cahiers de la Centrale (vol. VIII), de 306 pages.
Bruxelles, Centrale du P. E. S., 1934. Prix : 30 francs belges.
Cet ouvrage posthume du regretté D., pieusement mis au point
par sa fille et son disciple Segers, grâce à la volonté agissante de
Mme Decroly, représente une magistrale étude des débuts du lan
gage, avec exposé systématique des résultats obtenus au cours des
observations d'un nombre déjà grand d'auteurs, psychologues et
linguistes dont les travaux ont été dépouillés avec soin (bibliogra
phie de 162 numéros). Et, pour les premiers stades, se trouvent
jointes les données relatives à la fillette dont les films de Decroly
ont fixé l'évolution sous une forme concrète.
Le développement du langage parlé est envisagé en trois parties,
l'une concernant les stades préparatoires, la seconde visant la
compréhension et la dernière l'expression.
Le stade du cri est le stade primitif de la manifestation vocale
d'états affectifs (plus souvent d'états de malaise) ; bientôt au cri
s'ajoute, surtout dans les états d'euphorie, une « lallation », un
babil spontané, sorte de jeu vocal avec des sons, des voyelles prin
cipalement, qui paraissent être des phonèmes propres à l'enfant
et dont certains seront repris plus tard dans le langage imité, par
fois après une période de disparition ; un passage, assez difficile
à préciser, relie ce stade à celui de l'expression et de l'imitation
verbale.
Mais, à côté de ce jeu vocal, et avant qu'il y ait une imitation
verbale, on note que les réactions à la voix humaine, très précoces,
traduisent assez vite une certaine compréhension du langage (par
fois avant 6 mois déjà, surtout vers 7 ou 8 mois).
Avant la fin de la première année en général (du moins dans les
milieux aisés) on note une répétition de sons entendus, surtout quand
ces sons entendus coïncident avec ceux que l'enfant émet spontané
ment (ce qui est c^autant plus souvent le cas que les parents ont 906 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tendance à reprendre les sons émis parles enfants, comme les « papa »,
« mama », etc.).
A ce moment, il y a une compréhension sans expression, et une
imitation sans compréhension. Puis naissent les premiers mots à
signification complexe (les mots-phrases que précédaient déjà les
sons-phrases).
Puis la phrase se développe avec ses éléments constitutifs, le
vocabulaire se constitue, s'enrichit.
Ce développement, général du langage, avec analyse des facteurs
d'influence, fait l'objet des dernières parties de l'ouvrage, qui
comprend des chapitres relatifs aux divers types de déformation des
mots, et au langage des jumeaux.
Cet exposé synthétique sera précieux pour tous ceux qui voudront
connaître l'état actuel de la question du langage enfantin.
H. P.
1413. — L. L. LAB RAN T. — A study of certain language develop
ments of children in grades four to twelve inclusive (Étude de
certains développements du langage de Venfant de la quatrième
à la douzième classe). — Genet. Ps. Mon., XIV, 5, 1933, p. 387-
491.
L'unité de langage considérée dans cette étude est la proposition,
le degré de développement du langage d'un individu étant mesuré
par le pourcentage de propositions subordonnées par rapport au
nombre total de propositions employées dans une brève rédaction.
L'analyse du langage de l'enfant a de plus porté sur la nature des
propositions incidentes, qui ont été classées en adverbiales,, substant
ives et adjectives.
Pour un premier groupe de sujets comprenant 482 enfants de
8 à 16 ans, les indices de subordination moyens croissent avec l'âge
mental et l'âge chronologique, considérés en unités de 10 mois ;
mais le lien est plus intime avec l'âge chronologique {r = 0,41)
qu'avec l'âge mental (r = 0,29). Dans les groupes de même âge
mental, l'indice de subordination varie comme l'âge chronologique.
Mais pour 504 élèves des 9e à 12e années scolaires, âgés de 16 ans
et plus, l'âge chronologique ne semble plus agir quand l'âge mental
est constant. Le pourcentage moyen de propositions subordonnées
est presque le même que celui des plus jeunes enfants, considérés
dans leur ensemble. L'indice de subordination n'est dans ce cas
que de 36 %, alors qu'il atteint 45,3 % dans de brèves portions de
texte empruntées aux écrits de 21 psychologues connus. La longueur
des propositions, assez constante entre 8 et 16 ans, augmente faibl
ement chez les écoliers de plus de 16 ans (0, 8 mot environ), mais elle
est deux fois plus grande environ pour les psychologues.
Les proportions relatives des différentes sortes de propositions
subordonnées restent à peu près les mêmes aux différents âges
considérés. Mais le contenu se précise, en même temps que la struc
ture se complique.
Les différences entre sexes sont insignifiantes. Les filles, cepen
dant, emploient plus de mots et écrivent plus longuement sur le
même sujet dans le même temps. é A. B.-F. PHONATION. LANGAGE 907
1414. — J. HAMILTON. — Sprachbeeinflussung in andersprachiger
Umgebung (Modifications du langage sous F influence d'un milieu
linguistique étranger). — Soc, IX, 4, 1933, p. 427-439.
L'A. a essayé d'apporter une contribution à la question de
savoir si les modifications linguistiques sont d'un caractère spontané
ou s'il faut les attribuer au mélange des peuples et aux influences
des langues étrangères. Elle a étudié le vocabulaire et la syntaxe
des colons allemands mélangés, dans de petites proportions, aux popul
ations anglaises du Canada. Son étude est basée sur les matériaux
que lui a fournis un journal local allemand (annonces, avis, lettres
adressées à l'éditeur, etc.) de même qu'un roman de M. Dunham sur
la vie des habitants de Pensylvania et des Mennonites.
Tandis que les immigrés récents emploient un vocabulaire pure
ment allemand, les anciens colons empruntent fréquemment des
mots anglais bien que l'allemand leur offre des mots équivalents.
Ils marquent cependant la tendance à leur donner des terminaisons
allemandes : ils les déclinent ou les conjuguent. Dans un stade plus
avancé les mots communs aux deux langues sont employés dans le
sens qui leur est conféré en anglais. Plus tard les mots anglais entrent
dans le vocabulaire des immigrés allemands comme s'ils étaient
allemands. Ce mélange donne finalement naissance à une lingua
franca, telle qu'elle est parlée dans les communautés de Mennonites et
autres.
Quant à la syntaxe elle reste allemande à tel point que là où les
colons allemands adoptent définitivement l'anglais, la construction
allemande des phrases persiste. A. G.
1415. — E. A. ESPER. — Studies in linguistic behavior organization :
I. Characteristics of unstable verbal reactions (Études sur l'orga
nisation du comportement linguistique : I. Les caractéristiques des
réactions verbales instables). — D. L. WOLFLE. — A reply to
Professor Esper (Réplique au professeur Esper). — J. of gen.
Ps., VIII, 2, 1933, p. 346-381 et IX, 1, p. 241-242.
Pendant 4 mois, 12 sujets apprirent à associer des réponses ver
bales (syllabes sans aucun sens), à 12 objets visuels (figures anguleuses
irrégulières) différant de forme ou de grandeur ; 4 formes représen
tées chacune par 4 aires de grandeurs relatives : 1, 2, 4, 8 avaient
fourni 16 stimuli distincts, dont 4, différant à la fois de forme et de
grandeur, avaient été mis de côté. Ces 4 figures furent alors présent
ées, l'apprentissage à nommer les 12 premières étant parfait, dans
des séries où les 16 figures se suivaient au hasard. E. enregistrait
le temps de réponse, et celle-ci en signes phonétiques.
Dans l'apprentissage préalable, on observe une instabilité des
réponses verbales due à ce que les stimuli, à cause de leurs traits
communs, tendent à activer non seulement la réponse la plus spéci
fique mais aussi les autres (« réponse multiple ») ; quand cette ten
dance est forte, le temps de la réponse verbale est augmenté.
Cette activation simultanée de 2 ou plusieurs réponses peut relier
celles-ci de sorte que le son ou l'articulation de l'une en évoque une
autre. Quand une association figure-mot n'a pas de forte tendance 908 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à être confondue avec une autre, des associations verbales peuvent
aussi s'établir, mais leur base est purement phonétique.
Il y a des différences individuelles nettes dans le mode et le degré
de l'organisation verbale. Les sujets aux courts temps de réaction
font le plus fréquemment des réponses variables, mais les temps
longs indiquent des réponses multiples non exprimées.
Si, pour une forme donnée, des 4 aires 1, 2, 4, 8, la nouvelle
(non montrée durant l'apprentissage) est 1 (ou 8), elle suggère le nom
de 2 (ou 4) et 2 tend à provoquer le nom de 4 (ou vice versa). Si le
nouveau stimulus est de grandeur 2 (ou 4), il excite le plus souvent le
nom de 4 (ou 2), moins souvent celui de 1 (ou 8). En somme, soient
a, b, c, les 3 noms appris ; ils tendent à un équilibre, envers le sys
tème nouveau de 4 stimuli, où ceux-ci seront nommés : a, b, b, c.
En général, les sujets dont les associations verbales montraient
la plus grande communauté avec celles du groupe, la plus grande
constance et le plus court temps de réaction montrent le plus de
fidélité et de rapidité dans l'organisation du matériel verbal, surtout
quand cette organisation exige des transferts dans un système de
réponses dont on a troublé l'équilibre.
L'A. ayant été frappé de la ressemblance entre certaines publi
cations de W. (qui avait travaillé chez lui) et les siennes, W. en donne
les raisons. G. D.
1416. — STANLEY S. NEWMAN. — Further experiments in pho
netic symbolism (De nouvelles expériences sur le symbolisme
phonétique). — Am. J. of Ps., XLV, 1, 1933, 51-75.
Les très intéressantes expériences de N. inspirées par celles que
Sapir avait effectuées, il y a quelques années, ont visé à montrer
qu'un certain symbolisme s'attachait aux éléments phonétiques
(voyelles et consonnes) indépendamment de leur fonction dans un
contexte linguistique particulier. Elles ont consisté à présenter à
606 sujets (à partir de l'âge de 9 ans) une centaine de paires de mots
dépourvus de sens et forgés d'une manière telle que les mots de
chaque paire différaient par une voyelle seulement. Après avoir
donné un sens arbitraire à ces mots, on demandait aux sujets de
dire lequel des deux mots semblables désignait un objet plus grand.
La méthode statistique a été appliquée par N. pour le traitement des
réponses obtenues. Le procédé qu'il a employé a consisté à réduire
les proportions expérimentales aux sigmas de notes sur une courbe
de distribution normale.
Il en résulte que « la base des schémas symboliques de grandeur
est de nature mécanique. Dans le sens du petit au grand les voyelles
forment la série i, e, s, ä, a, ö, u, qui est parallèle : 1) aux positions
précédentes de l'articulation réalisée par la langue ; 2) aux fréquences
décroissantes des résonances vocaliques ; à la grandeur croissante
de la cavité orale dans la prononciation. Cependant ce dernier
facteur paraît moins important dans l'appréciation du symbolisme
de la grandeur.
Dans une autre série d'expériences il s'agissait de déterminer
l'influence des symbolismes dissemblables sur les schemes subjectifs
des sons phonétiques. Encore cette fois-ci il fallait juger suivant le

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