Piper De l'influence de la grandeur des objets lumineux sur la puissance d'excitation qu'ils manifestent. Piper Sur le rapport de clarté des sensations provoquées par une excitation monoculaire et par une excitation binoculaire. Schaternikoff De l'influence de l'adaptation sur les phénomènes de papillottement. Kries Sur la perception du papillotement chez le sujet normal et chez le sujet atteint de cécité totale pour les couleurs. Braunstein Contribution à la théorie de l'excitation intermittente de la rétine saine et de la rétine malade - compte-rendu ; n°1 ; vol.11, pg 573-584

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L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 573-584
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1904
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J. Larguier des Bancels
Piper De l'influence de la grandeur des objets lumineux sur la
puissance d'excitation qu'ils manifestent. Piper Sur le rapport de
clarté des sensations provoquées par une excitation
monoculaire et par une excitation binoculaire. Schaternikoff De
l'influence de l'adaptation sur les phénomènes de papillottement.
Kries Sur la perception du papillotement chez le sujet normal et
chez le sujet atteint de cécité totale pour les couleurs.
Braunstein Contribution à la théorie de l'excitation intermittente
de la rétine saine et de la rétine malade
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 573-584.
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Larguier des Bancels J. Piper De l'influence de la grandeur des objets lumineux sur la puissance d'excitation qu'ils manifestent.
Piper Sur le rapport de clarté des sensations provoquées par une excitation monoculaire et par une excitation binoculaire.
Schaternikoff De l'influence de l'adaptation sur les phénomènes de papillottement. Kries Sur la perception du papillotement chez
le sujet normal et chez le sujet atteint de cécité totale pour les couleurs. Braunstein Contribution à la théorie de l'excitation
intermittente de la rétine saine et de la rétine malade. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 573-584.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3692TROISIÈME PARTIE
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
i
SENSATIONS VISUELLES
L'ADAPTATION DE L'ŒIL A L'OBSCURITÉ
I. — PIPER. — Ueber die Abhängigkeit des Reizwertes leuchtender
Objekte von ihrer Flächen-bezw. Winkelgrösse (De Vinfluence de
la grandeur des objets lumineux sur la puissance d'excitation qu'ils
manifestent). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXII,
98-113, 1903.
PIPER. — Ueber das Helligkeitsverhältnis monokular und bin
okular ausgelöster Lichtempfindungen (Sur le rapport de clarté des
sensations provoquées par une excitation monoculaire et par une
excitation binoculaire). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg.,
XXXII, 161-177, 1903.
II. — L'excitation intermittente de la rétine et l'adaptation. —
SCHATERNIKOFF. — Ueber den Einfluss der Adaptation, auf die
Erscheinung des Flimmerns (De l'influence de Vadaptation sur les
phénomènes du papillottemcnt). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sin
nesorg., XXIX, 241-255, 1902.
v. KRIES. — Ueber die Wahrnehmung des Flimmerns durch
normale und durch total farbenblinde Personen (Sur la percep
tion du papillottement chez le sujet normal et chez le sujet atteint de
cécité totale pour les couleurs). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sin
nesorg., XXXII, 113-118, 1903.
BRAUNSTEIN. — Beitrag zur Lehre des intermittierenden
Lichtreizes der gesunden und kranken Retina (Contribution à la
théorie de l'excitation intermittente de la rétine saine et de la rétine
malade). — Zeits. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg., XXXIII, 171-
207 et 241-289, 1903.
I
J'ai analysé dans le précédent volume de Y Année (X, p. 416 et
suiv.) les importantes recherches de Piper sur l'adaptation de l'œil 574 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à l'obscurité. On trouvera ici le compte rendu d'un certain nombre
de travaux qui les complètent sur divers points.
Fœrster, Aubert, puis Treitel, Charpentier et d'autres ont constaté
que la puissance d'excitation d'un objet lumineux, au voisinage
du seuil, augmente en général avec l'étendue de la surface sensible
intéressée; de telle sorte que, pour une même intensité d'éclai
rage, de très petits objets demeurent invisibles, tandis que des
objets un peu plus grands sont nettement perçus. Le fait paraît du
moins bien établi en ce qui concerne la vision centrale (Riccô,
Charpentier). L'étude des portions périphériques de la rétine, au
contraire, a été fort négligée jusqu'ici, et les recherches récentes de
Piper apportent sur cette question intéressante de précieux ren
seignements, dont quelques-uns sont entièrement nouveaux.
L'auteur s'est proposé de déterminer l'influence de la grandeur
de l'objet lumineux sur la valeur du seuil d'excitation, dans les
conditions d'adaptation à la lumière, d'une part, dans les condi
tions à l'obscurité, de l'autre. Il a utilisé, à cet effet,
l'appareil qu'il avait disposé pour ses recherches sur l'adaptation
de l'œil à l'obscurité. La source lumineuse qui servait à la mesure
du seuil était une surface carrée, plus ou moins étendue, que le
sujet observait — la tête immobilisée — à 30 centimètres de dis
tance. La surface éclairée était obtenue de la manière suivante. Un
carton blanc transparent fixé devant une ouverture de 30 cen
timètres de côté pratiquée dans la paroi d'une caisse à l'intérieur
de laquelle se trouvait une lampe à incandescence. Celle-ci, dont
l'éclat pouvait être diminué à l'aide de plaques de verre laiteux,
illuminait le carton et fournissait ainsi une plage uniformément bril
lante. Cette plage éclairait, à son tour, le verre dépoli d'une
chambre obscure munie d'un objectif; un diaphragme à iris, fixé
devant l'objectif, permettait de varier régulièrement l'intensité
lumineuse. Des écrans opaques, percés d'ouvertures carrées, et
appliqués contre le verre dépoli de la chambre, découpaient les
images de grandeur convenable qui constituaient les excitants.
Les appareils étaient disposés dans deux pièces à parois noircies :
dans l'une se trouvait la source de lumière, ainsi que l'objectif et
le diaphragme de la chambre obscure — laquelle traversait le mur
de séparation; — dans l'autre, le verre dépoli sur lequel apparaiss
ait l'image carrée. Ce dispositif donnait un objet lumineux dont
la clarté était susceptible de modification continué entre des
limites fort éloignées et dont la qualité restait néanmoins constante.
Les intensités correspondant aux divers degrés d'ouverture du di
aphragme et à l'interposition des verres laiteux avaient été détermi
nées avec soin dans une série de mesures photométriques préalables.
Les explorations ont porté exclusivement sur les portions périphé
riques de la rétine. Le bord interne de l'image rétinienne se trouvait
dans tous les cas à 20-25° au moins de la fovea. Dans quelques
séries d'expériences la direction du regard était fixée à l'aide d'un
repère. Les résultats obtenus avec ou sans point de fixation n'of
frent, au reste, aucune différence appréciable. SENSATIONS VISUELLES 575
L'adaptation de l'œil à l'obscurité a été réalisée par un séjour de
30 à 45 minutes dans une chambre obscure. Les recherches anté
rieures de Piper ont montré qu'elle atteint, après cet intervalle de
temps, une valeur très élevée et sensiblement constante. Je repro
duis dans le tableau suivant quelques-unes des déterminations du
seuil, exécutées dans ces conditions d'adaptation « maximale ». On
trouvera, dans la première colonne, les grandeurs des surfaces
excitatrices; dans la seconde, les racines carrées de ces grandeurs
— soit les côtés des carrés considérés; dans la troisième, les
valeurs du seuil — moyennes, dans chaque cas, de six observations;
la valeur du seuil correspondant au carré de 1 centimètre de côté
est posée égale à 10; dans la quatrième colonne, les valeurs d'exci
tation pour les différents surfaces, c'est-à-dire les récipro
ques des seuils, multipliées par 10; la puissance d'excitation du
petit carré est prise comme unité.
II Ill IV III I IV
1 cmc. 1 cm. 10 1 10 1
10 — 3 15 2,94 3,4 3,125 3.2
2.'i — 5 cm. 1,96 5.1 2,13 4,7
100 — 10 1,02 9.8 1,03 9,7
II résulte immédiatement de ces données — comme on voit, en
comparant les nombres portés dans les colonnes II et IV — que,
pour les portions périphériques de la rétine adaptée à l'obscurité,
la puissance d'excitation d'une surface lumineuse s'accroît proportion
nellement à la racine carrée de celle-ci. Ou encore, le produit de la
valeur du seuil par la racine carrée de la grandeur de la surface
lumineuse — ou de son image rétinienne — est constant; soit, en
désignant par s la valeur du seuil et par a la de la surface
lumineuse, s. sia = constante. — On remarquera, d'ailleurs, que la
racine carrée de la surface mesure la grandeur angulaire de l'objet.
On peut se demander dès lors si la proposition précédente est
formulée en termes parfaitement corrects ou si, au contraire, il
ne conviendrait pas de substituer à l'expression : racine carrée de
la surface, l'expression : grandeur angulaire de l'objet. Bien que
peu vraisemblable, cette dernière hypothèse méritait d'être con
trôlée. Les expériences instituées à cet effet démontrèrent qu'elle
n'était pas fondée. Des objets de grandeur angulaire inégale, mais
de même surface, possèdent, aussi bien, une puissance d'excitation
identique.
Il est intéressant de comparer aux résultats de Piper ceux que
Riccô a obtenus, dans l'étude de la vision fovéale. D'après cet auteur,
la puissance d'excitation d'une surface lumineuse s'accroît propor
tionnellement à la grandeur de celle-ci ; il vient : s. a — const.
A supposer que les déterminations de Riccô soient correctes, on, 576 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
remarquera que le facteur surface a une importance bien plus con
sidérable pour la vision centrale que pour la vision périphérique.
L'adaptation à la lumière ne saurait être, dans de telles expériences,
réalisée aussi parfaitement que l'adaptation à l'obscurité. Il est
nécessaire, en effet, d'exécuter les déterminations du seuil à
l'obscurité, et il est clair que l'adaptation de l'œil se modifie pen
dant la durée de l'opération. Les valeurs, obtenues dans des con
ditions de sensibilité rétinienne différentes, ne sont dès lors pas
exactement comparables. Le seul moyen de limiter l'intervention
de cette cause d'erreur est de réduire autant que possible la durée
de l'expérience. En conséquence, Piper s'est contenté de mesurer
les seuils pour les surfaces de dimensions extrêmes, de 1 et de
100 centimètres carrés. Les deux déterminations étaient exécutées
très rapidement, l'une après l'autre. La première portait toujours
sur le petit carré, de telle sorte que la différence entre les deux
valeurs du seuil parut augmentée plutôt que diminuée sous l'i
nfluence de l'adaptation croissante à l'obscurité.
Les déterminations de Piper démontrent, en tous cas, que l'i
nfluence de la surface lumineuse est minime pour Vœu adapté à la
lumière. La puissance d'excitation du grand carré surpasse celle du
petit de 2 à 2,5 fois, en moyenne. Il est difficile d'évaluer conve
nablement l'action de l'adaptation à l'obscurité pendant la durée
de l'épreuve; l'auteur estime que la différence observée doit lui
être rapportée. L'influence de la surface lumineuse serait sensibl
ement nulle pour les portions périphériques de la rétine adaptée à
la lumière.
Ainsi, en résumé, la puissance d'excitation d'un objet pour les
régions excentriques de la rétine ne serait pas fonction des mêmes
variables, dans l'état d'adaptation à l'obscurité et dans l'état d'adap
tation à la lumière; elle dépendrait, dans le premier cas, non seu
lement de l'intensité lumineuse de la surface éclairante, mais aussi
de l'étendue de cette surface; elle ne dépendrait, dans le second,
que de lumineuse. Tels sont, du moins, les résultats
obtenus par Piper. Ils comportent une interprétation assez simple
dans la théorie de Parinaud, v. Kries, etc., où les appareils de la
vision diurne — qui intervient dans l'œil adapté à la lumière — et
de la vision crépusculaire — qui intervient dans l'œil adapté à
l'obscurité — sont indépendants l'un de l'autre. Il suffit, en effet,
d'admettre que les excitations transmises par l'intermédiaire des
bâtonnets sont susceptibles de « sommation », tandis que les exci
tations transmises par l'intermédiaire des cônes ne le sont pas '. —
Pour solides que paraissent être les observations de Piper et
quelque séduisante que soit l'interprétation qu'il en donne, on
remarquera que cette interprétation s'accorde mal avec les données
recueillies par Riccö dans l'étude de la vision centrale — où les
1. Il est intéressant de constater, à ce propos, que chaque cône est en
relation avec une cellule bipolaire, tandis qu'une seule cellule bipolaire
est affectée à plusieurs bâtonnets; c'est là, du moins, ce qui résulte des
recherches de Ramon y Cajal. , J. L. B. SENSATIONS VISUELLES 577
cônes sont seuls en jeu — et qui témoignent néanmoins de l'i
nfluence relativement considérable de la grandeur de la surface
sensible intéressée sur l'intensité de la sensation correspondante.
Il est vrai que les recherches de Riccô, entreprises à une époque où
les limites réelles de la fovea étaient mal connues, ne méritent
peut-être pas toute confiance; il conviendrait, en tous cas, de les
reprendre et de les contrôler.
Les recherches de Piper, auxquelles j'ai fait allusion au début,
conduisaient à admettre que, dans les conditions de l'adaptation à
l'obscurité, la sommation n'est pas restreinte aux excitations pro
voquées au niveau d'une seule et même rétine, mais qu'elle inter
vient dans la vision binoculaire; de telle sorte que la puissance
d'un excitant croîtrait, en général, avec l'étendue totale des sur1' faces sensibles intéressées (v. l. c, p. 420 et suiv.). A la 'Année,
vérité, le fait n'avait été établi que pour les intensités lumineuses
voisines du seuil. Les observations nouvelles de Piper montrent que
la sommation des excitations se réalise de même pour des inten
sités très supérieures.
On sait que les objets semblent d'ordinaire également éclairés,
qu'on les examine avec les deux yeux ou avec un seul. Les expé
riences de Fechner, d'Aubert, de Helmholtz, de Hering et d'autres
ont apporté des résultats qui sont sensiblement en accord, sur ce
point, avec l'opinion commune. Mais s'il en est ainsi dans les con
ditions de l'adaptation à la lumière, le phénomène se présente tout
autrement dès que les yeux sont adaptés à l'obscurité : un objet
d'intensité lumineuse convenable — c'est-à-dire qui se trouve au
voisinage du seuil de la vision diurne — apparaît alors plus ou
moins éclairé, suivant qu'on le considère monoculairement ou
binoculairement; il s'assombrit notablement si on ferme un œil,
pour augmenter de clarté quand on le rouvre. L'épreuve est aussi
simple que démonstrative. Elle témoigne nettement de la différence
que présente l'appareil visuel dans l'état dfi l'adaptation à l'obscur
ité et dans celui d'adeptation à la lumière.
Pour obtenir des données précises sur cette intéressante question,
Piper a eu recours à la méthode suivante. Il établissait l'égalité
entre deux surfaces lumineuses, considérées l'une monoculaire
ment, l'autre binoculairement, puis il déterminait la clarté object
ive de ces surfaces. L'appareil dont il s'est servi à cet effet consiste
en une boîte allongée, ouverte du côté de l'observateur et divisée
par une paroi médiane en une portion droite et une portion gauche.
La face antérieure de la boîte est percée de deux ouvertures —
correspondant à ces portions droite et gauche — fermées par des
plaques de verre dépoli et munies chacune d'un diaphragme à iris.
Ces plaques sont éclairées à l'aide d'une lampe à arc ou à incandes
cence et constituent deux sources de lumière, dont les diaphragmes
gradués permettent de varier et de mesurer l'intensité. Elles ill
uminent à leur tour deux écrans de verre dépoli encastrés dans les
portions droite et gauche de la boîte et parallèles à la face anté
rieure. L'appareil est fixé dans le mur de séparation de deux
l'année psychologique, xi. 37 578 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
chambres, dont l'une reçoit l'extrémité fermée de la boîte, l'autre
l'extrémité ouverte. Les écrans de verre dépoli fournissent deux
surfaces éclairées que l'observateur est en mesure de considérer
monoculairement ou binoculairement suivant la position qu'il donne
à ses yeux par rapport à la paroi médiane de la boîte. Supposons,
par exemple, que l'œil droit se trouve en face de la paroi médiane :
la surface de gauche sera vue binoculairement, la surface de droite
sera vue monoculairement.
Lés déterminations opérées dans ces conditions montrent que
V addition des excitations provoquées dans chacune des deux rétines ne se
réalise que dans l'état d'adaptation à*ï 'obscurité. — Quand les yeux
sont adaptés à la lumière, les champs lumineux également éclairés
donnent lieu à une sensation d'intensité identique, qu'ils soient
considérés monoculairement ou binoculairement. Il en est tout
autrement pour les yeux adaptés à l'obscurité (par un séjour de
vingt minutes dans la chambre noire). Le champ observé monoculai
rement apparaît, dans tous les cas, plus sombre que le champ observé
binoculairement. Comme il résulte de mesures exécutées avec des
éclairages de valeurs diverses, la clarté d'un objet est, en
moyenne, de 1,6 à 1,7 fois plus considérables dans la vision bino
culaire que dans la vision monoculaire. Pour des éclairages très
faibles, au voisinage du seuil, la différence est sensiblement du
simple au double. Ces données, recueillies chez plusieurs sujets,
confirment parfaitement le résultat que Piper avait obtenu dans ses
précédentes recherches, et elles permettent de le généraliser.
II
On sait qu'un éclairage intermittent provoque une sensation lumi
neuse continue, toutes les fois que les excitations rétiniennes
atteignent un certain degré de fréquence. La fréquence qui corres
pond à la disparition du papillottement et à la fusion complète des
impressions successives — et que, pour abréger, on peut appeler
« fréquence de fusion » — affecte des valeurs très différentes sui
vant les conditions où elle est réalisée. Elle varie, notamment, avec
l'état d'adaptation de l'œil.
Dans les de la vision crépusculaire, c est-à-dire pour des
intensités très faibles et telles que la lumière paraisse incolore, la fré
quence de fusion croît avec le degré d'adaptation de Vœil à l'obscurité. —
C'est là ce qui ressort très nettement, en particulier, des recher
ches de Schaternikoff, exécutées dans le laboratoire de v. Kries.
L'auteur a employé une méthode identique, en principe, à celle de
Polimanti. Les excitations intermittentes de la rétine étaient provo
quées à l'aide d'un disque tournant, percé de quatre fenêtres, de
45° d'ouverture chacune, et qui démasquaient périodiquement la
source de lumière considérée. Un moteur électrique permettait de
donner au disque le mouvement de rotation convenable. Les obser
vations ont porté sur des rayons spectraux de longueurs d'onde,
respectivement égales à 670,8 w (lithium), 589,3 y.y. (sodium) et SENSATIONS VISUELLES 579
510,3 [ifi (vert). On remarquera, en passant, que les conditions de la
vision crépusculaire ne sauraient être strictement réalisées dans la
région rouge du spectre; la lumière apparaît toujours colorée,
quelque faible qu'en soit l'intensité. Du moins l'éclairage était
alors réduit à l'extrême, dans les limites compatibles avec la sécurité
des déterminations.
L'auteur opérait dans une salle complètement obscure. Il com
mençait la série des expériences, l'œil adapté à la lumière. La
mesure des fréquences d'excitation correspondant à une impression
lumineuse continue était exécutée de cinq en cinq minutes, au
début, puis à des intervalles plus considérables. Je reproduis, à
titre d'exemple, une partie des résultats avec la lumière jaune. La
durée (en minutes) du séjour à l'obscurité est inscrite dans la ligne
supérieure du tableau. Les nombres correspondants donnent la
fréquence de fusion (excitations par seconde).
10 MINUTES 15 MINUTES 25 MINUTES 5 MINUTES
11,78 13,26 10,87 14,67
10,40 11,24 12,32 13,65
11,92 12,64 10,80
12,32 10,45 10,70 12,90
11,13 9,85 10,52 13,50
9,25 10,59 12,90 14,23
10,27 11,29 12,43 13,77
Voici les résultats moyens, disposés de la même façon :
5 MIN". 10 MIN. 15 MIN. 25 MIN. 35 MIN. 50 MIN. 70 MIN. 90 MIN.
12,80 13,80 14,50 Rouge. 12,36 13,07 14,13 14,54 14,73
Jaune. 10,27 11,29 12,43 13,77 14,08 15,01 15,40 15,51
— 11,42 13,36 14,70 15,70 16,21 Vert. . 16,38 16,73
L'allure des courbes construites avec ces résultats est sensiblement
la même pour les trois espèces de lumière.
Ainsi, plus l'adaptation de l'œil à l'obscurité se poursuit, plus la
fréquence de fusion s'élève. Cette fréquence est, en général,
d'autant plus haute que l'intensité de la lumière est plus forte. On
voit que l'accroissement de la sensibilité rétinienne entraîne un
effet du même ordre que l'augmentation de l'éclairage.
Tels sont les faits, dans les conditions où la vision crépusculaire
est approximativement réalisée. Ils se présentent tout autrement
quand l'intensité de la lumière est supérieure à celle que comporte ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 580
cette vision. Toutes choses égales d'ailleurs, la fréquence de fusion
diminue avec le progrès de l'adaptation à l'obscurité.
Pour la lumière jaune, l'auteur a obtenu les résultats moyens
suivants.
2 MIN. 5 MIN. 10 MIN. 15 MIN. 25 MIN. 35 MIN. 50 MIN. 70 MIN. 90 MIN.
t— Fréq". 25,06 23,03 20,25 18,13 17,94 17,94 17,52 17,62
L'ouverture de la fente du collimateur était trois fois plus grande
dans cette série d'expériences que dans la précédente.
On parvient à constater le même fait, plus simplement, en
adaptant un de ses yeux à l'obscurité et en observant tantôt avec
cet œil, tantôt avec l'œil adapté à la lumière, un disque à secteurs
blancs et noirs convenablement éclairé. L'expérience est particu
lièrement saisissante, d'après Schaternikoff, dans les conditions
suivantes. On établit pour chaque œil une source de lumière (au
moyen de deux becs de gaz, par exemple, dont on règle le débit) et
on s'arrange à compenser approximativement la différence de sen
sibilité rétinienne, de telle sorte que le disque paraisse également
éclairé pour les deux yeux. La fréquence de fusion atteint réguli
èrement une valeur plus élevée pour l'œil adapté à la lumière que
pour l'œil adapté à l'obscurité. L'auteur a trouvé, en moyenne, 46,43
(œil gauche à la lumière) d'une part, 29,57 (œil droit adapté
à l'obscurité) d'autre part, et, dans une seconde série d'expériences,
47,55 (œil droit adapté à la lumière) et 29,23 (œil gauche adapté à
l'obscurité).
Il convient de rapprocher des résultats obtenus par Schaternikoff
ceux que Braunstein a recueillis au cours de ses recherches sur
l'excitation périodique de la rétine. Dans la mesure où ils sont
comparables, ils présentent un accord très satisfaisant et ils sont,
les uns et les autres, aisément intelligibles d'un même point de vue.
Braunstein s'est efforcé de déterminer les valeurs de la fréquence
de fusion, en diverses régions de la rétine, pour l'œil adapté à
l'obscurité et pour l'œil adapté à la lumière. Il se servait de disques
tournants, à secteurs blancs et noirs.
Dans les conditions de V adaptation à l'obscurité — réalisée par un
séjour de 30 minutes à l'obscurité — et pour une intensité lumineuse
très faible, les valeurs de la fréquence de fusion augmentent du centre
à la périphérie de la rétine. Pour la tache jaune, on peut dire
que cette valeur est rigoureusement nulle. En fixant le disque
tournant avec le centre de la rétine, l'auteur n'a jamais perçu de
papillottement, quelque lent que fût le mouvement de rotation. Il
en est tout autrement dans les portions excentriques de la rétine
(à 10-20° du centre) : le papillottement est sensible et la fusion des
impressions successives ne s'opère complètement que pour 8 à 9
excitations par seconde. Dans les portions plus périphériques (20° et SENSATIONS VISUELLES 581
plus à partir du centre) la valeur de la fréquence de fusion atteint
22 à 23.
Si, dans les mêmes conditions d'adaptation, l'intensité lumineuse
est plus forte, le papillottement devient perceptible dans le centre
et la fusion n'apparaît que pour une fréquence de 17 excitations par
seconde. La valeur de la fréquence, à la périphérie, est de 19 à 20.
Si l'intensité lumineuse augmente encore, les différences entre
le centre et les régions périphériques s'atténuent de plus en plus et
elles finissent par disparaître.
Enfin, quand V éclairage est relativement fort , la fréquence de fusion
affecte des valeurs plus considérables au centre qu'à la périphérie.
L'ensemble de ces résultats est groupé dans le tableau suivant :
FRÉQUENCE DE FUSION
(nombre d'excitations par seconde) INTENSITÉ
NEUSE CENTRE PÉRIPHÉRIE PÉRIPHÉRIE
DE LA RETINE (temporale) (nasale)
Pas de papillot' 1/456 9 8
1/64 17 20 19
1/32 20 22 23
1/16 24 24 24
1/8 27 25 24
1/4 29 26 24
1/2 32 29 27
1 43 40 38
Dans les conditions d'adaptation à la lumière, c'est-à-dire pour un
œil qui s'adapte à la lumière après un séjour d'une demi-heure à
l'obscurité, les valeurs de la fréquence de fusion sont au début
plus élevées dans le centre que dans la périphérie de la rétine. La
différence s'atténue peu à peu et, au bout d'une demi-heure
environ, elle est sensiblement nulle.
DURÉE FRÉQUENCE DE FUSION
DE L'ADAPTATION A
CENTRE LA LUMIÈRE PORTION TEMPORALE PORTION NASALE
3 minutes. 64 52 52
5 — 45 48" 58 48
10 — 44 42
15 — 48 44 43
30 — 43 42 43
Les effets opposés qu'exerce l'adaptation de l'œil suivant l'inten
sité des lumières considérées s'expliquent aisément dans la théorie
de v. Kries. Il suffit, en général, pour les interpréter, d'admettre
que l'appareil qui intervient dans la vision crépusculaire est doué

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